Mécontents que leurs enseignants les aient libérés ce matin pour cause de grève, les élèves du lycée Hillé Leclerc, dans la commune du 4e arrondissement, ont manifesté contre cette grève de soutien de 3 jours aux enseignants scientifiques contractuels de l’État. Reportage.
Ce sont des élèves visiblement en colère qui exprimaient leur ras-le-bol. Des pneus brûlés, des magasins fermés, bref la circulation est perturbée sur la voie bitumée qui passe devant le lycée jusqu’au marché à mil. Quelques minutes après, la police débarque. À leur arrivée, la fumée du gaz lacrymogène et celle des pneus s’entremêlaient. C’était le sauve-qui-peut. Les élèves fuyaient de partout pour se sauver. Les commerçants qui vendent les habits aux alentours du lycée, ramassaient leurs produits et détalaient eux aussi.
Du côté des policiers, l’action ne manquait pas. Par exemple en voulant lancer une grenade lacrymogène vers les manifestants, l’étui est finalement tombé dans leurs véhicules. Les policiers sont tous descendus du véhicule en fuyant pour revenir 30 min plus tard pour chercher le véhicule. Un monsieur habillé en tenue militaire qui passait à moto a failli être capturé par les élèves. Il a eu la vie en faisant demi-tour. Interrogés sur le mobile de leur manifestation, quelques élèves affirment ne rien savoir. D’autres disent qu’ils sont en cour quand le Directeur est venu leur demander de rentrer sans donner d’explication. Cette information est confirmée par le Directeur administratif du collège Hillé Leclerc Seïd Podda.
Pour lui, c’est le Syndicat des Enseignants du Tchad SET qui a demandé à tout le corps enseignant d’observer une grève de soutien de 3 jours à compter de ce 22 février. Seulement, le SET a informé la base que ce matin. D’autres enseignants l’ont écouté à la radio. « C’était ce matin qu’on est informé de la grève. Entre temps, les élèves étaient en plein cours déjà. Alors l’administration a fait passer l’information suivie de la libération des élèves. C’est cela qui les a mécontentés », explique-t-il. Il reconnaît l’erreur que le SET a commise en informant tardivement la base. Normalement, le syndicat doit informer les inspecteurs qui doivent saisir les responsables des établissements à la veille. Selon lui, cela pourrait éviter la manifestation des élèves dans la rue s’ils étaient informés la veille. Cette manifestation est organisée dans presque tous les établissements scolaires publics de la capitale. Pour ceux du collège Leclerc, les policiers sont fatigués de les disperser donc ils sont partis les laisser. Ces derniers ont pris alors la direction du lycée de la liberté pour se joindre aux élèves de ce lycée.
Kouladoum Mireille Modestine
Les propos du ministre de la Communication, Porte-parole du gouvernement, Abderaman Koulamallah, parlant de la disqualification du chef rebelle Timane Erdimi du pré-dialogue des politico-militaires de Doha, au Qatar, fait réagir de nombreux analystes et leaders de la société civile. M. Timane Erdimi aurait échangé avec un ex-conseiller politique centrafricain de sa volonté de s’allier au groupe paramilitaire russe Wagner pour renverser le régime du Conseil militaire de la transition (CMT), dirigé par le général du corps d’armée, Mahamat Idriss Deby. Reportage.
Le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Abderaman Koulamallah, avait exprimé la semaine dernière, l’intention du CMT d’une probable exclusion de Timane Erdimi du pré-dialogue des politico-militaires prévu pour le 27 février prochain à Doha, au Qatar. Le ministre avait réagi suite à la fuite d’un document sonore où l’on aurait entendu Timan Erdimi faire part de sa volonté de coopérer avec le groupe paramilitaire russe, Wagner pour renverser le président du conseil militaire de la transition (PCMT) et ses alliés français.
Mais, ses propos ont fait réagir plusieurs analystes et certains leaders de la société civile tchadienne. Beaucoup qualifient la position du porte-parole du gouvernement Abderaman Koulamallah de va-t’en guerre. Ils estiment que le ministre devrait adopter une position de rassembleur. Pour eux, le ministre devrait se retenir.
Critiquant les propos de Abderaman Koulamallah, l’enseignant chercheur de l’université de N’Djamena, le Dr Évariste Ngarlem Toldé estime que l’interception de cette communication ne peut pas être à l’origine d’une exclusion. Pour lui, même s’ils n’avaient pas intercepté cette communication, ils savent que tout mouvement politico-militaire a des alliés ou il est à la recherche des alliés. « À ce que je sache, cette interception ne doit pas pousser le gouvernement à prendre une telle décision », ajoute, l’analyste. Selon lui, il n’y a aucun accord avec le politico-militaire et le gouvernement, moins encore avec le comité technique spécial. À son avis, le fait de chercher à suspendre Timane Erdimi du dialogue va pousser les autres politico-militaires à lui apporter leur soutien. L’enseignant chercheur de l’université de N’Djamena estime que la position du ministre porte-parole du gouvernement pourrait faire rétracter plusieurs de politico-militaires. Evariste Ngarlem Toldé explique qu’il devait avoir lieu le 15 février dernier à Doha, une rencontre entre Timane Erdimi et les autres groupes politico-militaires, mais c’est reporté. Mais, précise-t-il, le CMT avait appelé les responsables qataris à ne pas abriter cette rencontre. Pour lui, si les gens prennent les armes, c’est pour conquérir le pouvoir. Selon l’analyste, s’il n’y a pas de dialogue avec les politico-militaires, il n’y aurait pas de dialogue national inclusif. « Il faut éviter de prendre des décisions sur un coup de tête, ce n’est pas important », dit-il.
Abondant dans le même sens, le coordonnateur de la plateforme des organisations de la société civile Wakit Tama, Me Max Loalngar, souligne que c’est une opinion, mais provenant du Ministère de la Communication, qui s’avère être celle du gouvernement, c’est grave. Selon lui, on dialogue avec les personnes qui ont une opinion contraire à la nôtre. L’avocat estime que dans le cadre de la recherche de la paix au Tchad, personne ne doit être laissé sur le quai. Pour le coordonnateur de Wakit Tama, quelle que soit la position de Timan Erdimi, en tant que membre d’une faction rebelle, devrait être convié à ce dialogue. Selon lui, la position de ce politico-militaire ne devrait pas surprendre les autorités, puisqu’il a pris les armes pour s’opposer. De l’avis de l’avocat, le gouvernement devrait jouer le rôle de conciliateur en appelant tout le monde à la table de négociation, quelles que soient les positions des uns et des autres. « C’est irresponsable de la part du porte-parole du gouvernement de faire une telle déclaration », dit-il. Me Max Loalngar souligne que personne ne sait absolument rien des autres groupes politico-militaires et de leurs partenaires. Il précise que le plus important, c’est de faire asseoir tout le monde autour de la table pour trouver des solutions durables aux problèmes tchadiens. Selon lui, ceux qui sont là et qui ne parlent pas sont en train de dîner avec Wagner, mais personne ne le sait. Le coordonnateur de Wakit Tama exhorte le porte-parole du gouvernement à se ressaisir et maintenir la dynamique pour la tenue d’un dialogue inclusif et sincère pour tourner la page noire du pays.
Jules Doukoundjé
La grève des cadres du ministère de la Jeunesse, des Sports et de la promotion de l’Entrepreneuriat est effective ce lundi 21 février 2022. C’est une décision de la cellule syndicale de la jeunesse et des sports de la province de N’Djamena, le samedi 19 février à l’issue d’une Assemblée générale extraordinaire tenue à son bureau à l’école du centre. Le syndicat revendiquait l’annulation des actes de nomination aux postes techniques par le ministre sans tenir compte des compétences internes. Reportage.
La rencontre de la section Académique de la Culture, de la Jeunesse et des Sports (SACJS) avec le ministre de tutelle le samedi 19 février 2022 a accouché une souris. Les cadres du ministère à N’Djamena sont en grève ce lundi 21 février. Le ministre leur a demandé de déposer leurs curriculum vitae pour audit, d’instaurer les réunions mensuelles ou bimensuelles et de reconstituer leurs bases de données, a noté le SGA de la SACJS Netel Mianwodjim. Dans certaines entités sous tutelle, cette grève n’est pas totalement observée. Au sein du ministère également certains bureaux techniques sont fermés, mais la plupart sont ouverts.
À l’Institut national de la jeunesse et des Sports (INJS), certains enseignants sont en salle avec leurs étudiants. Le Directeur des Études de l’INJS, Loumingué Nganansou précise que la grève n’est pas suivie totalement dans leur institution. « Vous avez vous-même constaté qu’il y a des enseignants qui sont en salle avec les élèves. Il nous reste qu’une semaine pour finir l’année. Nous avons appelé la cellule qui est consciente des efforts que les étudiants ont consentis pour arriver jusqu’à la fin de cette période. Sans bourse d’ailleurs et nous pensons qu’il ne sert à rien de les sacrifier de cette manière », évoque-t-il. Selon lui, ils se concertent en équipe pour solliciter auprès leur syndicat une dérogation. Il soutient que les examens devraient commencer le lundi 28 février. Cette grève tombe à un mauvais moment même si les motivations des uns et des autres diffèrent, dit le directeur des Études. Nous tenons à négocier avec la cellule, insiste-t-il. « L’INJS compte plus de 400 étudiants avec une trentaine d’enseignants. Les niveaux deux et trois ont déjà fini et sont en vacances. Actuellement c’est la première année qui tend aussi vers la fin. Nous sommes en termes de l’année académique en cours et je pense qu’ils nous comprendront afin qu’on termine et d’ici la semaine prochaine procéder aux examens finaux », dit l’académicien.
Le secrétaire général adjoint de la SACJS, Netel Mianwodjim estime que c’est un problème général et ça concerne tous les cadres du ministère de la Jeunesse et des Sports de la province de N’Djamena. Ceux qui sont à l’INJS sont aussi leurs camarades. « On ne peut pas leur faire une dérogation spéciale. Il n’y a pas de raisons que les autres passent par les mailles pour organiser les cours. Dans un groupe, il y a toujours de brebis galeuses. Nous avions décidé unanimement cette action le samedi de la semaine passée donc on ne doit pas chercher des arguments pour s’écarter des autres », a déclaré M. Netel. Il estime qu’il ne faut pas que la lutte prenne un coup. À son avis, si d’ici deux jours un compromis se dégage la grève pourrait être levée et les activités reprendront.
Une rencontre qui accouche une souris
M. Netel Mianwodjim confie qu’ils ont rencontré le ministre malheureusement, ils sont restés sur leur soif. « Notre insatisfaction est liée au décret paru depuis le 14 janvier. C’est notre 3e rencontre avec le ministre, mais on n’avance pas. Le ministre nous a proposé de constituer une base de données. Cette base de données va lui permettre dans l’avenir qui il doit nommer. À notre avis, ce qu’il nous demande aurait dû être fait depuis longtemps et non en ce temps de revendications », souligne le SGA. Il précise que pour des nombreux cadres il faut reconsidérer ces différentes nominations. M. Netel soutient que si le ministre va dans ce sens, les cadres pourraient l’accompagner. Mais rien de clair de sa part, regrette le SGA. Selon lui, constituer une base de données nécessite la mise sur pied d’une commission. Or, il y a un acte qui existe déjà et que les cadres attaquent. « Il faudrait qu’il effectue des nominations en tenant compte de compétence interne. Nous attendons, s’il y a des propositions dans ce sens, nous sommes disposés à lever la grève et revenir aux bons sentiments. Si c’est le contraire, la grève va continuer avec une ambition de l’étendre sur le territoire national. Nous ne le souhaitons pas, mais il faudrait que la solution soit trouvée le plus tôt que prévue », affirme-t-il.
Moyalbaye Nadjasna
Suite aux évènements de Faya, d’Abéché et de Sandana qui a abouti par mort d’Homme, les avocats, huissiers de justice et notaires ont organisé une marche pacifique ce lundi 21 février 2022 pour exiger le respect des droits humains et la justice au Tchad. La marche est partie de la Cour Suprême pour finir au Ministère de la Justice. Reportage.
Ils sont descendus dans la rue pour dire non à la prolifération des armes. Non à l’impunité. Non à l’esclavage et à la traite des êtres humains. Non à la violence institutionnelle : ce sont les messages écrits sur les pancartes. Ils sont destinés au pouvoir exécutif. Selon les manifestants, tous ces maux ont fait que la balance de la justice n’est plus dans sa position initiale. C’était une marche silencieuse. Elle est partie de son point de départ, la Cour Suprême pour se disperser devant le palais de Justice de la capitale, N’Djamena. Arrivée au ministère de la Justice, les choses ne se sont pas passées comme prévu. Le portail du ministère est fermé pour empêcher les marcheurs d’entrer. Tout de même, ils se sont tenus debout devant le ministère pour exprimer leur message. Tour à tour, les présidents de la Chambre des Huissiers (CH), des notaires et des avocats disent exprimer leur mécontentement face à l’injustice galopante. Prenant la parole, Maître Eldjimbaye Mbaïhodoum Élysée président de la CH du Tchad, demande une minute de silence en mémoire des concitoyens qui ont perdu la vie de manière gratuite selon ses termes. Pour lui, le Tchadien ne peut pas contribuer à acheter des armes pour qu’elles se retournent contre lui faisant allusion aux tueries de Faya, d’Abéché et de Sandana, Me Eldjimbaye affirme que l’injustice crée l’insécurité. « Dans un État de droit, le règlement de conflit se fait par la justice, quel que soit le degré de ce problème. C’est comme ça que fonctionne l’État de droit. Nous sommes au regret de voir autre chose dans notre pays. Alors nous voulons exprimer notre désaccord total pour ce qui se passe maintenant ». Me Eldjimbaye d’ajouter que les décisions de justice sont rendues tous les jours, mais ne sont pas traduites dans les faits. Il n’y a que la justice qui élève une nation et l’État doit se soumettre aux décisions de justice. A-t-il souligne. Aussi, il signale que le Tchad tient la queue sur le plan de développement parce qu’il n’existe pas de justice équitable pour tous.
Maître Djomian Germain président de la chambre des notaires lui, explique le contexte de leur marche. Selon Me Djomian, il est rare de voir les avocats habillés en toge pour réclamer Justice. Ils se disent dépassés par la recrudescence de la barbarie et de la violation du droit à la vie. Et que la noirceur de leur robe ne suffit pas pour exprimer cette douleur. « Tous les Tchadiens ont droit à la vie. Quand leur vie est menacée, ils doivent faire recours à la justice. Mais les auxiliaires de justice ne peuvent pas faire normalement leur travail parce que l’État ne lève pas le petit doigt pour les protéger », affirme-t-il. De son avis, beaucoup d’auxiliaires de justice sont menacés au quotidien. L’État tchadien nous manque de considération poursuit-il, en faisant miroiter la séparation des pouvoirs exécutifs, législatif et judiciaire. Il réaffirme le vœu de tous qui est celui d’exercer librement le métier des professions judiciaires sans l’injonction du pouvoir exécutif.
Le dernier intervenant était Me Djerandi Laguerre Dionro président de la chambre des avocats. Il appelle l’État à assumer ses responsabilités. Il affirme que ce n’est pas une demande, moins encore une prière, mais une obligation pour l’État de prendre ses responsabilités vis-à-vis des situations. « La justice que nous vivons maintenant n’est pas celle que nous voulons. Il y a l’impunité totale, certains Tchadiens se croient supérieurs aux autres. Nous voulons un nouveau Tchad ou tout le monde est égal devant la loi », dit-il. Plus loin, il demande à l’État de prendre ses responsabilités en nommant des administrateurs formés et compétents dans les postes de responsabilités et non des analphabètes et des semi-lettrés. Me Djerandi conclut en disant que quand l’État est faible, nous périssons et nous avons peur de nous retrouver dans l’état de nature. Le ministère de la Justice qui a fermé son portail aux marcheurs a fini par envoyer son secrétaire général et son directeur des ressources humaines à la rencontre des marcheurs. Ces derniers ont reçu de la main des auxiliaires de justice, un mémorandum de 6 pages destiné au président du Conseil Militaire de Transition (CMT) Mahamat Idriss Deby Itno. La marche est suivie de 3 jours d’arrêt de travail.
Kouladoum Mireille Modestine
Une déclaration de Me Jacqueline Moudeïna soulève l’indignation, et un enregistrement audio, non authentifié, de l’opposant Timane Erdimi suscite la controverse.
D’abord, les propos de Me Jacqueline Moudeina. L’avocate et militante des droits humains affirme dans une vidéo, en marge des manifestations du 15 février au sujet du massacre de Sandanan, qu’il y a un plan pour exterminer tout le sud. Me Moudeïna a dérapé. Cette déclaration est grave. Il faut être clair. Ce qui s’est passé à Sandanan comme à Abéché est inadmissible. Le problème de Jacqueline Moudeina ce qu’elle a enfourché ce drame pour le sortir du cadre de la dénonciation des violations des droits humains. Me Moudeina doit clarifier ses propos. Plus grave, elle date ce plan d’extermination à partir de la guerre civile de 1979 qui avait opposé schématiquement le nord musulman au sud chrétien et animiste. Si Me Moudeïna a des preuves, qu’elle les met sur la place publique. Sinon ces affirmations relève de la mythomanie. Elle doit tourner 7 fois sa langue avant d’avancer une pareille ânerie.
Ensuite, dans un enregistrement non authentifié, on entend une voix attribuée à M. Timane Erdimi discuter avec un inconnu. Dans la conversation M. Erdimi planifie de renverser le président de la transition Mahamat Idriss Deby. Et de faire partir la France du pays. Une sortie qui a agaçé les autorités de la transition qui demandent la disqualification de M. Erdimi du pré-dialogue de Doha.
Apparemment M. Erdimi a jeté son dévolu sur la Russie du redoutable Vladimir Poutine et sur Wagner pour l’aider à prendre le pouvoir. Le Conseil Militaire de transition (CMT) a-t-il le droit de disqualifier un des principaux chef rebelle de ce rendez-vous ? Si cette information est confirmée, elle est maladroite. Elle est d’autant plus maladroite que M. Erdimi, affirme que même s’il se réconcilie, il a la ferme intention de déclencher la guerre. Décidément, M. Erdimi est obsédé par le pouvoir pour le pouvoir même après la mort du Maréchal avec qui il a eu maille à partir. Exclusion ou inclusion ? Le CMT doit continuer à privilégier le dialogue inclusif. Sinon, cette inclusivité n’est que factice.
Enfin, les Tchadiens sont lassés de cette génération d’hommes et des femmes politiques souvent chefs de coterie, toujours chef de guerre, jamais hommes d’État. Ils sont aussi fatigués de ces leaders d’opinion qui ont le menton toujours levé et les propos incendiaires.
Bello Bakary Mana
La saison 2012-22 de la ligue de football pour la province de N’Djamena tarde à démarrer. Djibert Younouss, porte-parole de la coordination des clubs affiliés évoque, lors d’une conférence de presse, le jeudi, 17 février dernier, le problème du tirage, de décision non concertée, de remboursements des dépenses engagées par les clubs pendant la saison blanche de 2020-2021. Le président de la ligue de Ndjamena affirme que ce sont des allégations sans motivation. Il promet que d’ici le 25 février, le championnat va commencer. Reportage.
La saison du championnat de N’Djamena de football, 2021-2022 n’a pas démarré. Les amoureux du ballon rond comme depuis quelques années déjà ne suivent ce sport qu’à travers leurs petits écrans. Certains déplorent le sort du football tchadien. Badawi Abdraman, un fan de football rencontré au quartier Sabangali. Il se dit asphyxié par la léthargie dans laquelle est plongé le football tchadien. « Nous sommes quelle nation je ne comprends pas. Je versais de larmes en regardant certains pays qualifiés à la CAN 2021 au Cameroun. S’il vous plaît épargnez-moi je ne veux plus parler pour augmenter ma tension », lance-t-il d’un air fâché. Haroun Djidda, à côté de lui estime pour sa part que ces responsables du football au lieu de s’unir pour relever ce défi se livrent la guerre. « Ce n’est pas du tout responsable de parler des choses sans enjeux pour notre football. Vous savez ce qu’on a regardé lors de la CAN au Cameroun nous a beaucoup énervé », dit-il.
Le président de la ligue de Ndjamena Ahmed Maïna Ahmed pour répondre à la coordination des clubs affiliés rappelle une réunion du 25 janvier 2022 avec le Comité de normalisation (CONOR). Au cours de cette rencontre, ils ont fait des observations, « ils ont dit si d’aventure on prend de décision, qu’on les avise. J’ai pris acte en tant que président de la ligue, si je fais quelque chose sous tutelle ou pas, je vais saisir le CONOR par le biais du secrétariat de la fédération », reconnaît-il. Selon lui, tous les documents que la ligue a fournis à la Fédération tchadienne de football association (FTFA), la présidente du CONOR n’a reçu aucun document sauf celui des 28 clubs qui ont signé pour le départ de la ligue. En juriste, dit-il, elle affirme s’en tenir aux documents à sa disposition. « Or les 25 et 26 janvier, 18 clubs de la 1re et de 2es divisions et le football féminin ont écrit à la ligue pour le démarrage. J’ai encore transféré le document à la fédération, mais le CONOR ne l’a toujours pas reçu. Avant-hier, j’ai photocopié tous ces documents pour les mettre à la disposition de la présidente du CONOR », explique le président. Seulement avise-t-il que ce qui se passe est un sabotage, une manipulation pour que le championnat ne se déroule pas à Ndjamena. D’après lui, ces pratiques qui gangrènent le football tchadien.
Le Tirage n’est pas une décision
Ahmed Maïna Ahmed affirme avoir envoyé une correspondance au CONOR via la fédération pour annoncer le tirage le 14 février. Pour lui, un tirage n’est pas une décision, si on convie les clubs c’est pour des questions de transparence. Il affirme qu’on peut faire le tirage sans les clubs, mais en présence de la presse. Mais comme la FIFA et la CAF le font, il faut convier les intéressés, soutient-il. « 10 clubs sont venus prendre les invitations que nous avions disposées avant le tirage. Le 14 février, sur les 12 clubs de première division, 6 étaient présents. Le tirage a inclus les 12 clubs et chacun connaît ses adversaires. Dans nos textes statutaires, ce qui nous lie aux clubs c’est l’affiliation », dit le président.
La ligue de N’Djamena, assure-t-il, a promis aux clubs qui ont cotisé à 60% en 2021 de réactiver leurs cotisations pour le compte de l’année 2022. Ce qui va leur rester à compléter c’est le 40%. « La date du démarrage du championnat est prévue le 25 février. Dès lundi, je vais déposer une correspondance auprès du CONOR via FTFA. Sur le plan technique et administratif, les licences sont déjà prêtes. Du au retard du tirage, les différentes commissions seront prêtes dans les jours qui suivent pour le lancement du championnat de la ligue de N’Djamena ». Ahmid Mela Ahmid plaide auprès de l’État pour les soutenir, surtout le sponsor des sociétaires.
Ce que nous déplorons, dit le président de la ligue, ce sont les infrastructures footballistiques. Elles nous font cruellement défaut. Aujourd’hui, à N’Djamena seul on a plus de 200 clubs avec plus de 2000 joueurs et 10 sous-ligues, sans oublier les centres de formation, dit Ahmed Maïna Ahmed. Mais. Ceux qui prennent part au championnat c’est 36. Il trouve encourageant la réfection du stade Idriss Mahamat Ouya et la construction de celui de Mandjaffa. Pour cette année, précise-t-il, le championnat va se dérouler sur quatre stades (Diguel, Paris-congo, Académie de Farcha et le stade municipal de Farcha).
Moyalbaye Nadjasna
L’université de N’Djamena a organisé une conférence-débat sur le thème État importé, territorialité tourmentée et sociétés complexes face aux conflits africains contemporains ce samedi 19 février à l’amphithéâtre de la faculté de médecine. C’est professeur Bertrand Badié, émérite des universités des sciences politiques de Paris qui a animé la conférence. Reportage.
Le conférencier Bertrand Badié retrace dans sa présentation, l’histoire politique de certains Africains colonisés par la France. Pour lui, d’une manière ou d’une autre, les colonisés et les colons ont marqué l’histoire. Cette histoire est marquée par l’importation de la culture occidentale vers l’Afrique qui ne s’adapte pas aux réalités de la région. « Les Africains se trouvent confus dans la confrontation de ces deux cultures même après la colonisation. Il est difficile pour les Africains d’afficher leur identité culturelle aux yeux du monde. Je pense qu’il est temps pour l’Afrique de réécrire son histoire et d’arrêter de se consoler sur le dos du colonisateur », a-t-il précisé. Plus loin, le professeur parle de la victimisation des Africains. Selon lui, les Africains doivent arrêter de se victimiser. Si la culture que le colonisateur a imposé aux Africains ne les convient pas, ils peuvent valablement travailler pour le changer après les indépendances. Indique-t-il. Il prend l’exemple des problèmes de réconciliation entre l‘Algérie et la France qui à son avis, ne le concerne pas. Bertrand Badié se sent mille fois proche de l’Algérie dans sa quête pour sa dignité et sa liberté.
Quelques participants sont intervenus pour donner leurs contributions à l’exemple de Dr Ngariera Rimadjita et Dr Mahamat Fouda Djourab. Pour le chirurgien Ngariera, la compréhension du présent et du futur découle du passé. Il invite les jeunes à lire pour découvrir les choses qu’ils ignorent. Vous risquez de prendre des décisions inadaptées si vous ne vous référez pas au passé et c’est seul par la lecture que vous allez le découvrir. Insiste-t-il. « Nous avons été incapables de corriger les effets de la colonisation qui ne correspond pas à nos réalités culturelles. C’est une question d’intérêt. Je ne vois pas pour quel intérêt le colonisateur viendra nous demander de changer la culture qu’il nous a importée si on ne le fait pas nous-même», a-t-il souligné. Intervenant à son tour, Dr Mahamat Fouda Djourab s’appuie sur la sociologie pour étayer son intervention. De son avis, les sociétés évoluent, se transforment, s’adaptent se nouent des relations et les dénouent aussi. Alors ce qui se passe depuis le soleil des indépendances jusqu’à nos jours, est pire que ce que le colon a fait, a-t-il ajouté. Pour lui, les Africains sont étrangers à leur propre culture donc elle ne peut pas se développer avec des étrangers culturels. « Dans nos rencontres, nous reproduisons ce qui a été déjà fait sans les contextualiser. Aussi longtemps que nous serons incapables de définir un modèle de gouvernance, nous allons toujours attendre des autres qui viendront nous donner leur modèle », argue-t-il. Pour finir, le professeur Bertrand Badié reprend la parole pour dire qu’il ne comprend pas ce qu’on appelle démocratie universelle et qui peut décider de son applicabilité dans le monde. Pour lui, personne ne peut proclamer une soi-disant démocratie universelle, aux autres, conclut-il.
Kouladoum Mireille Modestine
Le parti socialiste sans frontière PSF a organisé une marche pacifique ce 18 février 2022 à N’Djamena pour réclamer la justice aux victimes de massacre d’Abéché et de Sandana. La marche est partie du rond-point Dembé à la bourse du travail. Reportage.
Ils sont quelque 300 militants et sympathisants à répondre présents à l’appel du président du Parti Socialiste sans Frontière Yaya Dillo Djérou Béti ce 18 février. Les militants sont habillés aux couleurs du parti. À 08h 12 min, le cortège se lance, mais sans le président Yaya Dillo. C’est arrivé non loin du Centre National de Traitement de Fistule qu’il est arrivé avec une escorte de trois véhicules. Pas à pas, les marcheurs arrivent au point d’arrivée de la marche : la bourse du travail.
Tour à tour, les veuves des militaires montent au podium pour dénoncer les injustices dont elles font l’objet après le décès de leur mari. Elles accusent les autorités de n’avoir rien faire pour elle depuis la disparition de leurs maris il y a 14 ans. Yaya Dillo intervient à son tour. Il déplore d’abord le nombre insignifiant des militants qui sont sortis pour la marche avant d’aborder les raisons de la marche. Il a qualifié la tuerie d’Abéché de terrorisme d’État, « comment les autorités qui sont censées protéger leurs populations leur tirent dessus, les tuant. C’est un massacre. C’est du terrorisme et de l’irresponsabilité de nos gouvernants. Nous n’allons pas accepter cela », a-t-il martelé.
Aussi, il demande le limogeage du gouverneur de la ville d’Abéché. Il appuie sa thèse par le fait que les autorités sont incapables de gérer les problèmes. Pour le cas de Sandana, le président du PSF parle de conflit intercommunautaire entretenu. « Ces communautés vivaient ensemble depuis longtemps. Quand il existe un différend entre eux, les autorités locales prennent parti. C’est cela qui crée les tensions. Sinon comment comprendre qu’une communauté peut tuer une dizaine de personnes innocentes parce que 1 seul des siens est mort », regrette-t-il.
Faisant allusion aux veuves des militaires, Yaya Dillo demande aux forces de l’ordre de ne pas soutenir un régime qui opprime le peuple. Il s’adresse aux forces de l’ordre en leur disant de ne pas mourir pour rien, « ne mourrez pas pour la jouissance des individus qui s’en foutent de votre mort, de l’avenir de vos enfants. Cessez d’opprimer le peuple. Ne participez pas à la mauvaise gestion du pouvoir. Si vous les accompagnez, voilà le sort qui sera réservé à vous enfants après votre mort ». Il a émis le vœu de voir en les forces de l’ordre, des citoyens responsables et des forces de l’ordre républicaines. Le chef du PSF déplore la réaction de certaines personnes qui prennent des positions communautaristes face aux évènements d’Abéché et de Sandana. Selon lui, c’est une question nationale et relève de la mauvaise gouvernance. Il invite ses concitoyens à se lever pour combattre le système en place. De même, Yaya Dillo demande aux Tchadiens de cultiver le respect de la différence des uns envers les autres. La marche a été encadrée par les forces de sécurité. Aucun incident n’a été signalé. Une autre marche est annoncée par le président du PSF pour le mois de mars prochain avec un itinéraire à définir.
Kouladoum Mireille Modestine