Kabadi : L’homme qui refusa le pouvoir

Avr 03, 2025

Qui aurait refusé le pouvoir offert sur un plateau d’or ? Peu de personnes. Haroun Kabadi (HK) l’a fait. Dauphin constitutionnel du président de la République en cas de décès ou de vacances de pouvoir, il a renoncé et a mis en branle le Conseil Militaire de Transition (CMT). Il redevient en cette circonstance exceptionnelle pour une seconde fois Secrétaire général (SG) du Mouvement Patriotique du Salut (MPS), parti au pouvoir. Il est revenu après une longue convalescence en Allemagne finir  la transition, son œuvre. Les élections présidentielles, législatives, provinciales et municipales ont clos la transition. Les sénatoriales ont achevé ce qui reste. Le MPS est dominant, presque hégémonique. Kabadi est élu président du premier Sénat tchadien. Qui est Haroun Kabadi? Qui est ce dauphin de pouvoir qui refuse le pouvoir? Qui est cette mémoire grise de la transition passée? Portrait.

Il est à la tête de l’Assemblée nationale depuis 2011. Et il y a été jusqu’à  récemment encore président du Conseil National de Transition (CNT), la chambre législative de la transition jusqu’à la fin du mois de février. Haroun Kabadi est désormais président de la nouvelle chambre haute, le Sénat. Ce natif du Lac Iro, est un administrateur, un politicien rompu et un parlementaire aguerri. Il est issu des réputés Lycées et collèges. Entre autres : Jacques Modeina de Bongor, Félix Éboué de la capitale tchadienne, N’Djamena, et du célèbre grand établissement de Montréal, le Collège Jean de Brébeuf. Kabadi est un pur produit de la rigoureuse et excellente éducation jésuite. Il cumule plusieurs diplômes universitaires du Canada et des États-Unis : Université de Laval au Québec, Université de la Louisiane à Bâton Rouge, celle de California à Chico, Georgetown de Washington D.C.

Docteur en agronomie, avec une spécialisation la génétique du riz. Il connaît les méandres du ministère de l’Agriculture. D’abord comme cadre puis plusieurs fois au poste de direction, il parachève son parcours dans ce département en devenant ministre de l’Agriculture en 2007. En dehors de ces postes, il a occupé le poste de directeur général de la compagnie Air Tchad et coordinateur du projet Pétrole de Doba.

En politique, l’enfant de Djinedjebo, son village natal, s’y connaît. Son militantisme au sein du parti Mouvement patriotique du Salut (MPS) dès les premières heures a payé. Plusieurs fois ministres, conseiller spécial du président de la République, secrétaire général à la Présidence, il finit par être nommé Premier ministre en 2002.

Réputé discret et réservé,  Kabadi parle peu, mais écoute beaucoup. Sur la place publique, il expose rarement ses prises de position ou ses commentaires personnels. Il garde le mystère sur sa personnalité d’homme de pouvoir.  

En 2011 il est propulsé, président de l’Assemblée nationale, faisant de lui la deuxième personnalité de la République. Une assemblée qu’il a géré d’une main subtile et d’un esprit espiègle. Il est sévère avec les paresseux et très généreux avec les travailleurs.  

D’après les dispositions de la Constitution du 4 mai 2018 révisée en 2020, le président de l’Assemblée nationale est celui qui assure l’intérim du président de la République en cas de vacances du pouvoir ou de décès. Et c’est à Haroun Kabadi à qui revient la lourde charge de diriger le Tchad après la mort du président Idriss Deby Itno, tué aux combats le 20 avril. Son heure a sonné, mais, coup de tonnerre, le patriarche à la stature de basketteur de la NBA, refuse cette responsabilité en plaidant l’intérêt supérieur du Tchad et des tchadiens. Pour lui, face aux menaces des rebelles, il est impératif de mettre en avant les militaires.  Il a préféré être le concepteur, le maître d’œuvre et la mémoire grise du CMT. « Confronté au renoncement du président de l’Assemblée nationale et face à ce péril imminent, un CMT a été mis en place pour faire face au péril ultime », a déclaré à l’époque le Général de corps d’armée, Mahamat Idriss Deby alors président du CMT.

Le refus de Kabadi disent ses détracteurs a mis le Tchad dans des difficultés. Une partie de l’opposition et de la société civile étaient contre la mise en place du CMT. Ils ont organisé des manifestations, mais Kabadi est resté imperturbable, « il a pris la bonne décision », disent ses proches.

Ses admirateurs soutiennent que son désistement a plutôt sauvé le pays. « Kabadi est un homme de paix. Il a agi en homme de paix. Il ne voulait pas le déchirement des Tchadiens et l’effondrement de l’État qui sera suivi fort probablement par la guerre de tous contre tous et de chacun contre chacun. Ce sont les principales raisons qui ont motivé son désistement. Rien d’autre », affirme son entourage. L’histoire retiendra qu’une fois, au Tchad, un président de l’Assemblée nationale a renoncé à présider la transition.  L’histoire retiendra aussi que HK est un homme de pouvoir qui a refusé le pouvoir. En fait, il aime le pouvoir, l’autorité de l’État, la hiérarchie tout en se méfiant du piège du pouvoir avec ses protocoles et ses dorures. Bref, il aime l’exercer, mais loin des regards indiscrets. Kabadi est un homme sensible, attachant et attaché à la République et aux institutions. La transition, c’est lui. Le referendum, c’est lui. La présidentielle, c’est lui. Les législatives, il est resté derrière les rideaux, mais ce sont ces actes et conseils qui ont prévalu. Les sénatoriales, il est toujours resté derrière les rideaux. Les élections marquant le retour à l’ordre constitutionnel il les a suivis en arrière-scène. Kabadi est tellement attaché au pays que, dit-on,  que de son lit de convalescent, il n’avait des yeux et des oreilles que pour le Tchad.

À son retour, l’homme de pouvoir a repris ses prérogatives en dirigeant avec autorité les dernières plénières du CNT. « C’est un homme de culture, un travailleur acharné, un grand lecteur aussi », reconnaissent ses ennemis.

Plusieurs avaient cru que la boucle de sa carrière politique est bouclée. C’est mal le connaître. Comme il l’a fait pour Deby père, il a convaincu, lui et le nouveau président de l’Assemblée nationale Ali Kouloutou Tchaïmi, son successeur, le jeune président élu Mahamat Idriss Deby, d’accepter le grade de Maréchal. Tout le monde politico-médiatique croyait que Kabadi achèvera ainsi son retrait de la politique. Il déjoue tous les pronostics.  Il est désormais le président du Sénat. Et toujours le dauphin constitutionnel de l’actuel président.

Bello Bakary Mana

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