Donc la campagne électorale a commencé officiellement depuis quelques jours. Le candidat et président sortant Idriss Deby Itno rempile pour la 6e fois. Oui, vous l’avez bien lu. C’est la 6e fois. Dans un autre pays, le débat sur la candidature du candidat Deby Itno aurait fait débat. Pas au Tchad où l’attentisme et la paresse intellectuelle en sont les ADN. Bref la précampagne était injuste. Et la campagne électorale actuelle est terne et déséquilibrée. Pourquoi?
D’abord, la précampagne. Elle a duré quelques semaines. Il n’y avait que pour le président Deby Itno. Il a fait le tour du pays, posant une seconde première pierre sur la première pierre d’il y a 5 ans. Promettant les mêmes routes et les mêmes infrastructures d’il y a 6 ans. Le même disque rayé. Les mêmes endroits. Le même discours. Le Kaftan et le turban du raïs dépassaient un peu trop. Personne ne croit. Ces promesses sont insensées parce qu’électoralistes. Et tenez-vous c’était en pleine période de la Covid-19 et du couvre-feu. Seul, le Maréchal et son parti, le Mouvement Patriotique du Salut (MPS) étaient autorisés à braver le méchant coronavirus. Un film tragicomique où le scénario étaient écrit d’avance avec des acteurs qui s’affranchissaient allègrement des toutes les règles du plateau. La mise en scène était tellement grossière que le premier quidam aurait compris que c’était une campagne électorale avant l’heure. Une campagne déguisée en tournée présidentielle. Elle était injuste et inéquitable. Surtout que les médias publics comme des enfants de la chorale du dimanche étalaient sur les ondes, payés par tous les Tchadiens, cette grossière campagne. Tant pis alors pour les esprits naïfs qui croient qu’il suffit d’être président candidat pour réaliser des miracles. Simplement parce que même si le Maréchal Président Candidat veut, il ne peut rien, car les caisses de l’État sont vides.
Ensuite, la campagne officielle a démarré depuis le 11 mars. Le paysage politique est terne. Plusieurs poids lourds politiques se sont retirés de la campagne. Quelques poids légers sont dans la course. Pour combien de temps? Peu d’entre eux ont les moyens de continuer à battre campagne. La plupart sont, comme le disait un politologue, « des accompagnateurs ». Bien avant le déclenchement officiel la tension sociale avec la plateforme syndicale revendicative était un caillou dans la chaussure du président. Le caillou s’est métastasé. Il est partout dans le corps du candidat. Deby Itno ne s’est surtout pas aidé en continuant à verrouiller l’espace public empêchant l’expression de la société civile, de certains acteurs politiques et comme si cela ne le suffisait pas il a double-verrouillé Internet. L’affaire Yaya Dillo a été la gaffe de trop qui a permis de tout déverrouillé tellement la bavure était indéfendable. Le Maréchal s’est retrouvé, dans cette affaire, à découvert et sans troupe tout en offrant à Dillo une stature de brave opposant. Cette aventure montre deux grandes faiblesses du président : soit il n’a pas de bons conseillers autour de lui. Soit il n’écoute que lui-même. C’est là le danger d’un pouvoir seul. Et d’un système sclérosé par l’usure du pouvoir. Deby Itno apparaît alors comme le dirigeant d’un système qui n’a toujours pas compris que le bébé né en 1990, à son arrivée au pouvoir, est un adulte de 30 ans. Un adulte qui n’a aucune perspective devant lui à part être militaire et avec un peu de chance être fonctionnaire de l’État. Mais de quel État?
Le 13 mars. Jour de lancement de campagne du candidat du consensus Idriss Deby Itno. Lieu : au stade Idriss Mahamat Ouya. Les Tchadiens ont vu et entendu un candidat véhément, presque martial. Il a arrosé d’une insulte vulgaire ses adversaires politiques. Et a qualifié certains hommes politiques des officines au service de l’étranger. Une sortie qui donne le ton d’une campagne sans relief où les arguments ont laissé la place à l’improvisation. C’est à se demander si le candidat a un programme. Elle a parasité 1h de discours. Le public ne parle que cette injure. Elle semble être la seule vilaine idée restée gravée dans la mémoire du public. Tout le Tchad en parle. Les internautes tchadiens tournent le tout en dérision.
Enfin, le parti au pouvoir le MPS ne semble pas être un vrai parti. C’est un assemblage d’hommes et de femmes qui ne produisent aucune réflexion après 30 ans au pouvoir. Cela se sent. Cela se voit. Cela s’entend. Il suffit de discuter avec ses leaders pour comprendre qu’ils sont dans une impasse. Le MPS n’est finalement qu’une bannière où les plus opportunistes écrasent les plus travaillants. Et les plus roublards enfarinent les plus honnêtes. Plus personne ne sort du lot. Les uns par crainte d’être écartés. Les autres sont occupés à meubler la taverne du Maréchal à coup des « présidents fondateurs » et des « grâces à votre clairvoyance ». Ce manque de débat patent au sein du parti fera-t-il, enfin, revenir le Maréchal sur la confiance qu’il accordé à ses amis politiques incapables de lui proposer un programme et de le défendre. Ils sont fort probablement en train de conduire le candidat Deby Itno vers l’abîme. Parce qu’il n’y a aucune tête pour réfléchir et produire des idées innovantes. Ils préfèrent produire des éloges « gondwanaises » à la Mahamane. Entre temps, les Tchadiens ont évolué. Ils n’attendent rien du candidat président. Ils ont appris à le connaître depuis 30 ans. Il a désappris à les connaître depuis 30 ans. Dans cette élection, le candidat Deby Itno doit regretter n’avoir en face de lui que des poids plumes de la politique. Il compte certainement sur un fort taux de participation pour se consoler. Les Tchadiens se bousculeront ils le 11 avril devant les bureaux de vote? Surtout que plusieurs organisations politiques et de la société civile s’organisent pour appeler au boycott. Le Maréchal fait le pari de gagner cette bataille électorale avec un fort taux de participation. Cible presque inatteignable tellement cette campagne est terne et morose.
Bello Bakary Mana
C’est une foule des militantes, militants, alliés qui s’est mobilisée au stade Idriss Mahamat Ouya. Attentifs au message de leur candidat, ils veulent vulgariser le message de leur candidat.
Ils sont fatigués. Certains sont tombés sous l’effet accablant du soleil. Et transportés par les ambulances à l’hôpital le plus proche. La majorité des militants des bureaux de soutien installés dans les tribunes est jeune. Sur la pelouse du stade, on peut voir les militants de 113 autres partis alliés. À son arrivée, le candidat du consensus Idriss Deby Itno et ses alliés font le tour de la piste pour saluer les jeunes militants sous les youyous.
Pour le Maire de la ville de N’Djamena, Foullah Laounan, « c’est visible et clair, la foule nombreuse témoigne la victoire sans équivoque de notre candidat », dit-il. Selon lui, le message de leur candidat est précis, il ne reste plus qu’à le vulgariser partout.
Le Président de la VIVA-RNDP Nouredine Delwa Kassiré Koumakogne va avec son commentaire, « c’est un petit frère, on se connaît depuis plus de 30 ans. Je l’estime, il m’estime. Il a bien parlé », dit-il d’un air très jovial.
Ali Oumar, porte-parole du Mouvement pour l’Unité et le Renouveau (MUR) affirme qu’ils sont des alliés. Et ils sont venus depuis le matin pour soutenir Idriss Deby Itno, candidat de l’alliance et du consensus. « C’est l’homme idéal qu’il faut pour le Tchad. Notre slogan c’est un coup ko! Nous croyons à notre victoire dès le 1er tour ».
Pour le Rapporteur Adjoint du RDP, Doulgué Mbaïlassem, « Idriss Deby est le candidat des jeunes et du consensus. Le Rassemblement démocratique pour le Progrès est aussi un parti de masse, notre victoire est assurée », dit-il.
Les militants demandent aux Tchadiens de sortir massivement le jour du vote pour faire le seul choix responsable : Idriss Deby Itno. « Le taux de participation à N’Djamena sera au-delà de 70%. Rien à craindre ».
Moyalbaye Nadjasna
Le candidat Idriss Deby Itno son parti Mouvement Patriotique du Salut (MPS) accompagné de ses alliés vient de lancer officiellement sa campagne électorale samedi 13 mars. C’était au stade Idriss Mahamat Ouya de la capitale, N’Djamena.
L’horloge indiquait 16h et 15 min. Le candidat du MPS Idriss Deby Itno fait son entrée au stade Idriss Mahamat Ouya sous les applaudissements de la foule des militants. Il est accompagné par son épouse Hinda Deby Itno. L’ambiance était électrique. Une marée de militants avait pris d’assaut le stade sous un soleil accablant de 39°C. Les partis alliés et les bureaux de soutiens brandissent pancartes, drapelets et photos de leur candidat. Le groupe musical « Gamba djoya » égraine les éloges envers leur candidat dans un grand capharnaüm haut en couleur ou des affiches et des portraits grand format du candidat semblent monter la garde en plus des gardes corps et la sécurité autour et dans le stade veillent à leur maximum sur le candidat Deby Itno.
Plus tard, le candidat du consensus, comme aiment le préciser les caciques du régime, est sur l’estrade. Il refuse d’être seul. Il appelle les représentants des partis alliés pour faire une photo de famille. Idriss Deby précise en tout 113 partis alliés au MPS. Pour lui, les candidats qui ont désisté ont peur et en conséquence, ils ont signé leur arrêt de mort politique. Deby demande aux bureaux de soutien de faire une campagne de proximité appelée communément «la campagne de porte en porte. » Déclinant son programme politique, Deby a parlé d’abord de l’eau potable. Car l’eau c’est la vie, a-t-il indiqué. Il informe qu’en 2016, l’accès à l’eau potable au Tchad était à 52% mais aujourd’hui on est à 76%.
Deby Itno dit être préoccupé davantage par la paix, la stabilité, la concorde nationale des fils et filles du Tchad. Deby Itno conseille ses militantes, militants, et le peuple tchadien à ne pas écouter les sirènes de division pour s’entredéchirer, « nous avons un pays fort généreux et plein des atouts. Le Tchad accueille des milliers de réfugiés parce qu’il y a la paix et la stabilité. » Il affirme que le Tchad n’est ni à vendre ni à acheter. Le multipartisme, les sociétés civiles et les presses disent ce qu’ils pensent voire le critiquer sans être inquiété, cela est prouvé que notre démocratie est réelle, explique Idriss Deby.
« La démocratie n’est pas le désordre »
Pour Deby Itno, le désordre doit se faire ailleurs. Pas au Tchad. La démocratie n’est pas synonyme de désordre. Il affirme que les Tchadiens, ses alliés et les candidats de croire en la démocratie. « Les élections vont se dérouler dans la paix, la stabilité et la transparence en présence des observateurs », a rassuré Idriss Deby. Il soutient qu’il y a 123 000 bureaux de vote. Peu importe les observateurs d’où qu’ils viennent, le peuple tchadien est capable de faire un choix idéal, dit-il.
« Justice sociale et l’égalité »
Selon Deby Itno, en 2021, il y aura des profondes réformes dans l’éducation. Il prévoit recruter massivement dans l’enseignement pour respecter le ratio maître-élève. Et améliorer les conditions d’études des étudiants des universités et des instituts. Sur la santé, il affirme tout mettre en œuvre pour disposer d’un spécialiste de santé dans chaque village. Au sujet du recrutement des jeunes diplômés à la Fonction publique, il note avoir arrêté le processus parce que ce sont les filles et fils de riches qui sont favorisés au détriment des jeunes issus des familles démunies. Il explique qu’il mettra sur pied une équipe de recrutement en incluant les représentants des diplômés. Pour Deby Itno, la jeunesse doit avoir de la valeur ajoutée et être entreprenante. Au sujet des femmes, il promet la parité au lieu de 30%. Mais elles doivent aussi prouver leur capacité dit-il. « L’ennemi de la femme c’est la femme elle-même ».
Le candidat président n’a pas manqué de parler de la diplomatie tchadienne. Pour lui, notre diplomatie est forte et réaliste. Il donne quelques exemples, entre autres, l’OCI, la Commission de l’UA, le Conseil de sécurité de l’ONU. Il appelle également d’être intègre. Il promet de livrer une guerre contre la corruption et le détournement des deniers publics. « Le Tchad est en train de sortir de la crise financière et économique. La justice sociale et l’égalité seront la base de mon prochain mandat. » Enfin, il a promis 3800 km de routes bitumées en plus de 3700 km pour désenclaver le Tchad. Idriss Deby dit que son homologue camerounais Paul Biya vient de signer le décret pour la connexion du chemin de fer Cameroun-Tchad.
Moyalbaye Nadjasna
La plateforme syndicale revendicative a convoqué une réunion avec la base, vendredi 12 mars à la Bourse de Travail. Objectif : faire le point sur leur rencontre du jeudi, 11 mars avec le gouvernement. Reportage.
Bourse du Travail non loin de marché à mil, ce matin 12 mars. Il est 11 heures passées de quelques minutes. La cour du Quartier Général des travailleurs du Tchad grouille de monde. La base syndicale veut prendre connaissance des propositions du gouvernement. Barka Michel, porte-parole de la plateforme syndicale revendicative affirme que le gouvernement a reculé. Il propose dit-il, de payer un 1/12ème du montant total du titre de transport communément appelé le 13ème mois en avril au lieu de mai. « Nous sommes revenus à la base. Les camarades sont venus nombreux et nous avons échangé sur la question. Ce n’était pas du tout facile, le débat était âpre ». D’après M. le syndicaliste, après des discussions houleuses, les syndicalistes sont parvenus à ce consensus : les travailleurs exigent que le paiement s’effectue d’ici à la fin mars au lieu d’avril si le gouvernement est de bonne volonté. Sinon, la grève se poursuit. Au huitième jour, la plateforme va se retrouver pour une évaluation et voir ce qu’il y a lieu de faire, dit le porte-parole. « La plateforme est chargée de renvoyer cette proposition vers le gouvernement », précise-t-il.
Selon Ngartoidé Blaise, Secrétaire National du Syndicat des Enseignants du Tchad (SET) la médiation des religieux a échoué malgré les 23 jours francs accordés par la plateforme. Pour lui, les deux rencontres qui ont eu lieu avec le gouvernement et la plateforme n’a rien donné. « Cela veut dire que les religieux eux-mêmes sont arrivés à la limite de leur négociation », affirme-t-il. Il rajoute que le gouvernement veut que la plateforme signe un pacte social sans aucune garantie. « Si les enfants restent à la maison, c'est la faute du gouvernement et non des syndicats ».
« La paix exige le dialogue et la patience »
Contrairement aux syndicalistes, les religieux ne parlent pas d'échec de leur médiation. Selon Cheick Abdadayim Abdoulaye Ousmane, SG du Conseil Supérieur des Affaires islamiques du Tchad (CSAI), les négociations sont avancées. Il n’est pas un échec. « Nous voulons que gouvernement et syndicats sortent satisfaits », précise-t-il.
Pour le Pasteur Batein Kaligue, Secrétaire général de l'Entente des Églises Missionnaires et Évangéliques au Tchad (EEMET), une étape est passée, une autre viendra. « Le dialogue est un processus. Nous n’avons pas démissionné de cette médiation même si la plateforme n’est pas satisfaite et veut relancer la grève », argumente-t-il. Nous croyons, dit-il, qu’un jour nous arriverons à mettre fin à toutes ces grèves. « Nous confions ce processus à Dieu qui a le dernier mot. Le gouvernement et ses partenaires sociaux sont tous des fidèles. Les religieux sont des partisans de la paix, de dialogue et non la violence ».
Pour lui, s'opposer au dialogue ne serait pas un comportement sage. Il se dit déçu d'écouter les gens les taxer déjà d’être progouvernementaux. D’autres disent que les religieux viennent à la Présidence pour sortir avec des enveloppes. C'est déplorable de dire de pareilles choses. « On n’a pas désarmé. On n’a pas non plus plié bagages. Nous sommes toujours en train de négocier ».
Moyalbaye Nadjasna
Après la publication de la liste définitive des candidats retenus pour les élections présidentielles d’avril 2021 par la cour suprême, 30 jours est accordés aux candidats de battre leur campagne par la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI). L’heure est aux lancements des campagnes électorales. Le parti du Rassemblement National des Démocrates Tchadiens (RNDT) le Réveil « Coq blanc », a désigné son candidat. Et se dit fin prêt. Reportage !
Avenue Taiwan, au quartier Abena dans le 7ème arrondissement de N’Djamena. Vu de l’extérieur du siège du parti Rassemblement National des Démocrates Tchadiens (RNDT-Le Réveil), tout est calme cet après-midi du vendredi 12 mars. Un géant poster du président fondateur Pahimi Padacké Albert, accueille les visiteurs. À l’intérieur, les militants se concertent en petits groupes sur la bonne stratégie à adopter mené leur campagne qui débutera le 19 mars.
Selon le directeur national de la campagne de RNDT-Le Réveil, Mbaigolmem Sébastien tout est fin prêt pour le grand jour. Il assure que le 19 mars N’Djamena sera pris d’assaut, « nous démontrerons notre force et notre capacité pour remplir le stade Idriss Mahamat Ouya », dit-il. Le parti du Coq blanc, explique-t-il, est un grand parti politique qui fait peur au pouvoir. Pour lui, le temps est arrivé pour renverser la vapeur, car, le RNDT-Le Réveil est une force incontournable. Il affirme que les bureaux de soutien du parti au pouvoir ne sont que de lieu de commérages. Son parti n’a en a pas besoin. D’après lui, la population adhère selon sa conviction et à un programme politique, « chaque militant est investi comme un président, » dit-il.
Pour Pahimi Padacké Albert, le président national de RNDT-Le Réveil, la force de sa formation politique est la justice et l’équité au Tchad. « Le Tchad a besoin d’un changement à la magistrature suprême. Désisté à ces élections, est un manque de respect envers les militants de RNDT », dit-il. Le leader politique affirme que la situation que le Tchad traverse ne doit pas être vue comme un obstacle empêchant d’aller aux élections.
Une militante de RNDT-Le Réveil, écharpe au cou, casquette à la tête, déclare que le temps est déjà arrivé pour leur chef d’être blanc au Palais Rose (la Présidence). « Rien ne nous fait peur, nous allons battre MPS dans les urnes ».
Par contre, certains militants déplorent le fait que la campagne est lancée, mais le parti à l’effigie du coq blanc n’est pas encore visible. Pour eux, il est temps de se donner les moyens d’avoir plus de la visibilité. Il ne faut pas attendre le jour de l’entrée officielle du parti.
Djilel-tong Djimrangué
La CENI vient d’annoncer le début de la campagne présidentielle d’avril 2021. Ialtchad allé au siège du parti, Union pour le Renouveau et la Démocratie (URD) organisée en une plateforme dénommée Alternance 21. Reportage.
Il était 10 heures passées au Siège national de l’Union pour le Renouveau et la Démocratie (URD). À l’intérieur du siège comme à l’extérieur, c’est le calme plat. Quelques militants et militantes tiennent des conversations amicales qui ressemblent fort bien à des échanges des personnes qui tentent de chasser l’ennui. M. Oumar Ibn Daoud, Directeur de campagne de la plateforme URD-Alternance 21 nous accueille. Notre première question fuse. Quand commence la campagne de l’URD ? « On est à pieds d’œuvre en train de faire le paquetage et multiplier les spécimens des affiches que la CENI a mis à notre disposition. Nous allons faire l’inventaire pour voir si ça peut couvrir nos besoins dans nos zones d’action. »
Selon lui, chaque candidat à sa manière de s’organiser, l’URD va commencer sa campagne d’ici le 15 mars à N’Djamena. Il explique que leur formation politique va au-delà de l’URD, c’est une plateforme dénommée « Alternance 21 » composée de 10 partis politiques. « Elle est encore ouverte à d’autres formations politiques qui voudront nous rejoindre », dit-il. Pour lui, un parti politique va aux élections sur la base de ses structures. Et celles de l’URD sont déjà activées pour battre campagne. Maintenant, c’est de mettre en synergie les actions avant de lancer la campagne, précise Oumar Ibn Daoud.
« Déraciner un vieil arbre de 30 ans nécessite une synergie d’action »
Pour lui, il ne suffit pas de créer des bureaux de soutien, mais il faut les animer à hauteur de l’évènement. C’est à la population d’adhérer à un programme politique. Et aussi à elle de se constituer en bureau de soutien. « Nous les visitons et enregistrons tout simplement à partir du moment où le peuple déclare, nous voulons adhérer à votre vision, au niveau d’un carré, quartier voire une concession », indique-t-il. Bref, relève le directeur, l’aspiration ne peut venir que des citoyens eux-mêmes. « Alternance 21, veut déraciner un vieil arbre de 30 ans. Les efforts doivent venir de partout, de chaque tchadien épris qui veut du changement ».
Le Directeur de campagne de la plateforme Alternance 21, estime pour sa part que, la situation que nous traversons aujourd’hui est connue de tout le monde. Tous les secteurs de notre pays sont affectés, dit-il. Pour esquisser leur programme social, M. Oumar Ibn Daoud indique que la paix est sérieusement mise à mal. Aussi, dit-il, le peuple tchadien n’a plus confiance à l’État, mais plutôt à sa communauté. « La protection du peuple et de chaque individu où qu’il se trouve est du domaine régalien de l’État et non des communautés ».
L’éducation a un sérieux problème, fait-il remarquer. À la base explique-t-il, les villages sont abandonnés et les écoles fonctionnent avec une catégorie d’enseignants appelés maîtres communautaires. Pour lui, la liste est longue, « je n’ai cité que quelques exemples. Les problèmes du pays, nous allons nous y atteler ».
Moyalbaye Nadjasna
Son portrait géant trône en veillant majestueusement sur la Place de la nation. Mais sa personne et son histoire sont peu connues. En cette semaine de la fête de la femme, Ialtchad Presse vous présente capitaine Sarla. Portrait d’une géante.
Elle est encore vivante et en pleine forme. Toujours en service au sein de l’armée. Sarla Samandjou Tato est la militaire dont le portrait géant trône à côté de celui d’un autre officier à la place de la nation à N’Djamena.
Née dans les années 1976 à N’Djamena, Sarla Samandjou Tato n’est pas arrivée dans l’armée comme par hasard. Non plus parce qu’elle est déçue de la vie, mais par passion. Dès sa tendre enfance, elle avait envie de porter la tenue militaire. Et celles qui l’ont donné encore envie sont ses cousines, Bella et Assiam Vangtou, deux femmes militaires. « Chaque fois qu’elles venaient chez nous, cela m’excitait. Et je disais toujours il faut que moi aussi je devienne comme elles », se souvient Sarla, sourire aux lèvres. Mais avant d’intégrer l’armée, celle qui a la morphologie d’un homme s’intéresse au football. « Je jouais à la défense donc je cassais les attaquantes », s’esclaffe-t-elle. D’après elle, elle est prédestinée à exercer les métiers des hommes. « J’étais plus imprégnée dans le milieu masculin ».
L’entrée dans l’armée
Si déjà en son temps (1980-1999), l’armée comptait dans ses rangs des femmes, aucune n’est passée par l’école des sous-officiers. Et ce qui fait la particularité de l’histoire de capitaine Sarla Samandjou Tato, c’est son passage à cette école. Elle est la première femme tchadienne à intégrer l’école des sous-officiers, le Groupement des écoles militaires interarmées (GEMIA).
1999, deux ans après l’obtention de son baccalauréat. Le concours d’entrée à l’école des sous-officiers est lancé. Sarla, la passionnée du métier des armes, n’est pas au courant. Un de ces condisciples qui connaît son désir l’informe presque à la clôture des dossiers. Informée, Sarla n’a pas de l’argent pour constituer son dossier. Sa mère non plus n’a d’argent. « Heureusement elle m’a remis une chèvre que j’ai vendue à 12 000F. Ce qui m’a permis de constituer le dossier », souligne-t-elle. Grâce à l’aide de son ami, elle dépose son dossier, le jour de la clôture des candidatures. Seule femme a ce concours, les hommes l’intimidaient. « Ils me disaient : ici c’est réservé aux hommes. Pas aux femmes », dit Sarla. Déterminée, elle ne s’est pas laissé décourager. Elle passe le concours et au bout de 2 ans (2001) elle sort Sous-lieutenant puis Lieutenant en 2003. « Le premier jour où j’ai porté la tenue militaire, je me suis dite j’ai relevé le défi. Ma joie était grande », raconte celle qui est aujourd’hui capitaine.
L’immortelle Sarla
À sa sortie de l’école, Sarla a intégré l’Intendance de l’État-major général des armées. Faisant ses preuves, elle a occupé différents postes de responsabilité. Ces compétences et son abnégation au travail ont payé. Elle a participé à plusieurs reprises à des missions extérieures. À Bangui, dans le cadre de FOMUC et de FOMAC puis à Kidal avec la MINUSMA.
En 2010, le gouvernement décide de l’immortaliser. Celle qui est la première femme à intégrer l’école des sous-officiers voit son portrait dressé à la place de la nation à N’Djamena à côté d’un autre officier. Ce, dans le cadre du cinquantenaire de l’indépendance du Tchad. « Je suis très enthousiasmée par cet hommage. Avec cette statue, même si je meurs je sais que je suis vivante », ironise-t-elle.
Rentrée récemment du Mali, Sarla a regagné son service, la direction des services administratifs et financiers (DIRSAFI), mais sans poste. Mariée à un militaire et mère de trois filles, capitaine Sarla dit faire la différence entre la vie civile et la vie militaire. « À la maison, je fais mon devoir d’épouse et de mère. Au service, j’assume mes fonctions avec rigueur ».
Interrogée sur le traitement de la femme dans l’armée, capitaine Sarla ferme affirme, « dans l’armée, il n’y a pas de catégorisation. Tout le monde est traité sur le même pied d’égalité. » L’élève de la 16e promotion des sous-officiers dit faire l’objet d’une considération remarquable de la part de ses collègues. Sur son avenir dans l’armée, Sarla ne compte pas s’arrêter au grade de capitaine. « Pourquoi pas être aussi la première femme avec le grade de Général », rêve-t-elle.
Voici donc l’histoire qui se cache derrière la statue de la dame militaire dressée à la place de la nation.
Christian Allahadjim
Les établissements publics d’enseignement sont en grève depuis 24h suite au mot d’ordre de sous-section de la plateforme revendicative des enseignants de la province de N’Djamena. Reportage
Il est 10h. Les cours des établissements publics sont presque vides. Il y a des moutons, chèvres, et quelques élèves traînent encore dans la cour. Motif : les enseignants sont en grève. Aux Lycées de Walia, Félix Eboué, le constat est le même. Mais, ce n’est pas le cas du Lycée la Liberté dans le 5e arrondissement où il y a eu quelques échauffourées entre les élèves et les forces de l’ordre.
A l’entrée de ce Lycée, les véhicules du Groupement militaire d’intervention police (GMIP) sont visibles. Un enseignant de la 6e est assis un bâtiment, corrige les copies. Il explique sous le sceau de l’anonymat, « on était surpris lorsque les forces de l’ordre sont montées à l’assaut de l’établissement. Le problème ne vient pas des élèves ».
Selon lui, le mot d’ordre de la grève vient des syndicats, mentionne l’enseignant. Il répète que cette grève ne concerne pas les élèves. « Quand les élèves étaient venus ce matin, on les a libérés. Ce sont les policiers qui ont attaqué nos élèves », dit-il. Toujours selon l’enseignant, cette manifestation ne vient pas des élèves, mais cel vient plutôt d’une bande inconnue. « C’est une manifestation est venue de dehors. Et comme le Lycée est en face du marché, les élèves qui étaient hors de l’établissement fuyaient pour regagner la cour intérieure. Les policiers ont profité pour jeter du gaz lacrymogène. C’est malsain, » déplore l’enseignant.
Un homme voisin de l’établissement qui a assisté à l’affrontement affirme, « cela est lamentable et regrettable que jusqu’à nos jours, les policiers continuent à tirer de lacrymogène sur les élèves et les paisibles citoyens ». Pour lui, les élèves rentraient, les policiers les ont repérés. Ensuite, ils ont commencé à tirer de gaz lacrymogène.
Dans une salle, un élève de la terminale D, seul, avec un livre de mathématique en main, nous reçoit. « Tout est allé très vite. Cela à engendrer des désordres, » dit-il. Pour lui, les cours ont à peine repris. Et la grève reprend « le gouvernement ne se soucie pas de l’avenir de l’école tchadienne. Les policiers sont venus nous chasser dans notre cour de l’école à coup de gaz lacrymogène. »
Selon des sources sécuritaires, 3 véhicules des forces de l’ordre sont cabossés par les manifestants. Il n’y a pas eu, semble-t-il, des arrestations.
Djilel-tong Djimrangué