À la suite de l’incident ayant entraîné la mort de deux enseignants devant les locaux de la SNRJ/PSIG, le procureur de la République Youssouf Tom s’est prononcé ce vendredi.
À l’entame de sa communication, le procureur de la République près du tribunal de grande instance de N’Djamena a tenu à préciser que les tirs n’ont été effectués ni par les éléments du peloton spécial d’intervention de la gendarmerie (PSIG) ni par la section nationale de recherche judiciaire (SNRJ). « C’est un élément de la garde nationale et nomade du Tchad en poste à l’Agence nationale de la sécurité informatique et la cybercriminalité électronique (ANSICE) qui a tiré », a dit le procureur.
Les faits
Le 23 mars autour de 13 heures, deux enseignants sur une moto ont été tués par balles devant les locaux de la Section nationale de recherche judiciaire (SNRJ) et le Peloton spécial d’intervention de la Gendarmerie. Selon le procureur, l’auteur des tirs auditionné sur procès-verbal régulier affirme avoir repéré deux personnes tentant de voler un véhicule dans les locaux de l’ANSICE. En poste pour assurer la sécurité des biens et des personnes, il a réagi en voulant immobiliser le véhicule. « Il dit avoir visé les pneus », rapporte le procureur en citant le procès-verbal d’audition. Malheureusement, poursuit-il, les balles ont raté la cible. Et ont atteint mortellement deux enseignants qui passaient devant les locaux de l’agence. Les victimes sont Wantamo Solbel et Wilva Djilvankissam, tous enseignants à l’école primaire Notre dame de la paix de Beguinage.
La procédure
L’auteur des tirs a été interpellé le même jour. Le parquet a été aussitôt saisi, dit le procureur Youssouf Tom. Une enquête a été ouverte et le mis en cause a été auditionné sur procès-verbal régulier. Les parentes des victimes se sont constitués partie civile. L’auteur est déposé à la maison d’arrêt de Klessoum. Pour le procureur, cet événement est douloureux. « Perdre deux enseignants à la même heure est bien regrettable. Mais ce qui est arrivé est arrivé. La justice est saisie et le droit va être dit, promet le procureur Youssouf Tom.
La Société nationale d’Électricité tchadienne (SNE) renoue les délestages intempestifs de l’électricité en période de chaleur. Depuis quelques jours, les N’Djamenois sont en colère. Ils sont nombreux à dénoncer « la mauvaise pratique habituelle de la SNE », disent-ils. Reportage.
« C’est la misère. Dans ce pays, l’énergie qui est une nécessité vitale est un luxe. Je suis désolé, la SNE joue la comédie. Elle donne le courant tard la nuit pour reprendre au petit matin. Une telle pratique n’est possible qu’au Tchad », dit, Jérôme Togyangar Gustave. En colère, il rajoute qu’après des décennies, les gouvernants sont incapables de résoudre le problème de l’énergie. C’est dommage.
Dans les quartiers nord comme sud de la capitale, N’Djamena, les ménages, les petites et moyennes entreprises et les petits commerçants se plaignent des coupures de la SNE. Dans un atelier de soudure non loin de l’avenue Charles de Gaulles, les employés et patron racontent, « vous le remarquer, même maintenant nous n’avons pas d’électricité. Lorsqu’on l’a, il faut attendre 72 heures après. Et le ravoir pour 2 à 3 heures. L’entreprise tourne à perte. » Comment ? Vous tournez à perte ? Ils répondent, « nous démarrons notre groupe électrogène qui consomme assez de carburant. Tous nos bénéfices sont engloutis dans l’achat de carburant. Les clients font pression pour avoir leurs produits. Ils sont rois donc il faut les satisfaire. »
Lui, Opportun Nadjasbé, résident au quartier Ridina. Il rappelle que le Président Deby Itno avait durant le 1er confinement dit que le gouvernement a injecté des milliards à la SNE. De quoi cette société se plaint-elle ? Pourquoi priver ainsi la population d’électricité au moment où elle en a plus besoin, s’interroge-t-il. « Nous sommes fatigués de la SNE. Ceux qui la gèrent et nous font souffrir ne sont mêmes pas inquiétés, qu’est-ce que vous voulez M. le journaliste », dit-il résigné.
Diversifier l’énergie, rendre chaque localité indépendante
Selon Mahamat Saleh Issa, ingénieur spécialiste en production énergétique, les efforts du gouvernement dans ce domaine sont à saluer. Mais nous avançons dit-il, vers l’émergence. Il nous faut une permanence énergétique, « ce qui va amener les industries, les zones agroalimentaires et autres à « booster » notre développement ». Le jeune ingénieur explique et affirme qu’il est possible que le gouvernement rende l’énergie opérationnelle en trois temps. Par exemple explique-t-il, actuellement nous sommes en période de novembre-décembre-janvier-février, c’est l’hiver. Et les groupes électrogènes ne fournissent pas assez de températures donc ne se chauffent pas. « L’air ambiant et celui des moteurs sont favorables et peuvent déjà contrôler le groupe électrogène qui peut avoir en tout temps la production. En mars-avril-mai, c’est la chaleur. L’air ambiant et celui du moteur sont chauds. Il y a problème et le rendement du générateur est très faible, source de délestage intensif », dit Mahamat Saleh Issa. D’après lui, le gouvernement devrait corriger ce mécanisme en basculant vers l’énergie photovoltaïque en période de forte chaleur.
Le spécialiste en production énergétique conseille vivement la diversification de l’énergie. C’est-à-dire, rendre chaque localité indépendante, dit-il. « Si nous voyons bien, la plupart de certaines localités au Tchad dépendent des sources d’énergie de N’Djamena. La centrale produit à partir de Ndjamena et envoie », explique l’ingénieur. Pour lui, même si on a des centrales à Moundou, Abéché, Sarh cela ne couvre pas la totalité des besoins de ces localités. Avec l’énergie renouvelable, on peut implanter des centrales photovoltaïques dans presque toutes les provinces et résoudre ainsi cette épineuse question d’énergie, affirme-t-il.
Moyalbaye Nadjasna
Aziz Adoum est un enfant de 10 ans. Il est victime des sévices corporels infligés par son père. La scène s’est déroulée durant 72 heures du vendredi 19 au dimanche 21 mars à N’Djamena, capitale du Tchad. Traumatisé par ses sévices, l’enfant a profité d’un moment d’inattention pour s’évader de chez son papa tard dans la nuit. Il est conduit par un bon samaritain chez une de ses parentes maternelles. Sa mère témoigne.
Des plaies, des enflures au dos et sur la tête sont les sévices subis par Aziz, un petit garçon de 10 ans, indique sa mère sous couvert de l’anonymat. Une torture infligée par son père, un homme habitant à N’Djamena, a-t-elle précisé. Selon elle, cette pratique dégradante s’est déroulée pendant 72 heures : « L’enfant aurait été faussement accusé par sa demi-sœur d’avoir volé sa carte mémoire dans sa voiture. Voilà la cause de la maltraitance de mon fils », dit-elle. Elle rajoute que cette dernière a frappé l’enfant, mais cela n’a pas suffi. Elle informe son père. Le papa sans vérifier la véracité des faits, frappe à son tour le petit garçon, affirme la mère d’Aziz. Elle poursuit son témoignage en affirmant que tard dans la nuit, alors que l’enfant dormait, le père est revenu pour tenter de l’étrangler, l’a battu à coups de chicottes et l’a mordu au dos.
Le Samedi 20 Mars, le supplice continue mais dans la journée seulement.
Dimanche 21 mars. L’enfant entend sa grande sœur confier à quelqu’un qu’elle aurait retrouvé la carte mémoire dans la même voiture, « lorsque ses informations nous ont été rapportées, la tante maternelle a appelé le père pour lui dire, qu’il n’est pas interdit de corriger un enfant. Mais le torturer, le mordre et l’étrangler c’est cruel ».
Selon la mère d’Aziz, le père tout furieux que l’enfant l’ai dénoncé et a informé son entourage avoir subi des sévices corporels, il recommence de plus belle et cette fois, en utilisant la manche de son pistolet pour frapper l’enfant. A minuit, l’enfant s’est enfui. « Dieu merci, il est tombé sur un bon samaritain qui l’a conduit chez sa tante. Pas content de la fuite de l’enfant, le papa appelle la tante et lui dit : il s’est enfui après que je l’ai corrigé encore et aller le chercher car je ne serais pas responsable de ce qui pourrais lui arriver », dit-elle.
Fâchée, la mère d’Aziz raconte « j’étais choquée en tant que mère. Un père qui va jusqu’à mordre son enfant, c’est plus que la haine. Mon enfant est victime de la folie de son papa. On s’est séparé il y a plus de 8 ans, il n’a jamais accepté cette séparation. Maintenant il se venge en maltraitant mes enfants ». Pour elle, le monsieur a demandé la garde des enfants, lorsque cette dernière s’est remarié et a obtenu la garde de ses enfants seulement en 2019. Et en moins de 2 ans, il les maltraite. Elle soutient que son garçon est certes turbulent, mais la correction infligée par son père à cause d’une carte mémoire est disproportionnée. Elle dit être effarée qu’un père puisse faire une telle chose à son enfant. D’après elle, ce monsieur déverse la haine qu’il a envers elle sur son fils. « J’ai deux enfants avec ce monsieur. J’ai peur pour leur avenir. Je veux que justice soit faite. Les enfants ont des droits. On ne peut pas les torturer comme ça. Je suis une mère et je ne peux pas me taire et accepter une chose pareille ». Elle rajoute que les enfants sont des imitateurs. Elle a peur que ses deux fils ne copient négativement leur père pour le reproduire, adultes, dans leur propre famille.
C’est dommage déplore-t-elle, c’est un homme qui est censé éduquer, informer et de sensibiliser les citoyens sur de tels actes. Il est en déphasage, « mon enfant vit présentement avec nous. Il est en sécurité mais traumatisé ».
Affaire à suivre….
Moyalbaye Nadjasna
Longtemps sous l’ombre du son leader et mentor Dr Nouredine Delwa Kassiré Koumakoï, président de VIVA RNDP, Pahimi Padacké Albert a cassé la baraque pour tracer son chemin. Il a créé son parti RNDP-Le Réveil depuis il a fait sa place sur la scène politique et en étant plusieurs fois ministre et une fois Premier ministre. Il est candidat à la présidentielle d’avril 2021. Portrait de cet homme politique astucieux.
Le destin est métaphysique mais il peut aussi être également forgé. Pahimi Padacké Albert natif de Gouin, sous-Préfecture de Torrock ne s’est jamais imaginé faire de la politique. Il l’a rencontré à l’Université du Tchad grâce à un patriarche politique, Dr Delwa Kassiré Koumakoî. « Il nous enseignait le droit public. Une matière à l’épreuve orale. Il m’a très vite remarqué parce que je lui posais toujours de questions pertinentes ».
« Un jour il, (Kassiré) a demandé de me voir. Je suis rendu à son domicile. Dans notre conversation, il me fait savoir que je suis son petit frère. Donc je dois le fréquenter à chaque fois, ». Raconte Padacké.
En 1990, le régime dictatorial du Président Hissène Habré tombe. L’ère nouvelle sonne, c’est la démocratie portée par le Mouvement Patriotique du Salut (MPS) d’Idriss Deby. Dr Kassiré koumakoï, ministre de Habré à l’époque, trouve refuge à l’extérieur du pays. Le jeune Pahimi garda le domicile de koumakoï avec un de ses neveux. « Kassiré de retour me demande d’élaborer un projet de règlement intérieur et un statut pour créer un parti politique. Il me demande ensuite de préparer une assemblée générale», relate Pahimi. Jeune diplômé sans expérience avec toute une panoplie d’idées derrières la tête, dit : « Je vais vous aider, mais je ne veux pas faire la politique. » Grande surprise, Pahimi Padacké Albert figure sur la liste des membres fondateurs et du Bureau exécutif.
La nouvelle vie de Pahimi commence. Elle est envahissante. Toujours sans conviction, il revient vers Dr Kassiré et lui dit : « cette vie ne m’intéresse pas la politique ». Son mentor lui répond, « met toi au travail ». Un an plus tard, le laborieux Pahimi est nommé secrétaire exécutif national de la formation politique Rassemblement National pour la Démocratie et le Progrès (VIVA-RNDP).
En 1996, lors des présidentielles, le président fondateur du VIVA-RNDP Dr Kassiré Koumakoï est arrêté par le régime MPS. Pahimi porte le parti sur ses épaules. « J’ai fait passer sa candidature pendant qu’il était en prison. J’ai battu campagne comme directeur et comme candidat », explique-t-il. M. Pahimi n’avait que 29 ans, à l’époque. Il est vite baptisé « le Mandela tchadien » grâce à ses discours touchants.
Kassiré sort de la prison la même année. Il désigne la mauvaise organisation des campagnes suite à un accident sur la route de Pala, Léré occasionnant la mort de 4 membres importants de VIVA RNDP. Frustré, Pahimi démissionne du VIVA-RNDP et crée le parti Rassemblement National des Démocrates Tchadiens (RNDT-le Réveil) le 11 septembre 1996.
Il a désormais son destin politique entre les mains. Il est déterminé a montré à son mentor de quoi il est capable. Vite il attire les regards sur lui. Il entre en 1994 dans le gouvernement. La politique lui réussit bien. Du 13 février 2016 au 04 mars 2018, il devient Premier Ministre. C’est la consécration du petit garçon de Gouin
Il est le dernier premier ministre du président Deby Itno. Pahimi se consacre à plein temps à son parti, surnommé le parti du Cop Blanc. « Je ne peux rester indifférent face à la situation actuelle que travers le Tchad. » Pour lui, les élections de 2021 se déroulent dans un contexte difficile. Il fait allusion à l’attaque du domicile de l’opposant Yaya Dillo et à la mort de sa maman, une vielle maman de 80 ans. « Le RNDT analyse avec beaucoup de critique la situation du pays aujourd’hui, » dit-il. D’après le président de RNDT, s’abstenir, retirer sa candidature ou boycotté ces élections, c’est accepté de voire la population Tchadienne dans la souffrance.
D’après lui, le boycott ne résout pas la demande du peuple tchadien. « Le peuple veut un changement, une alternance pacifique au sommet de l’État. Le RNDT part aux élections pour renverser le régime MPS », conclu Pahimi Padacké avec assurance.
L’ancien Premier ministre a fait ses études primaires et secondaires dans son village de Gouin. Puis il obtint son baccalauréat série A4 au Lycée Joseph Brahim Séid de Pala. Admis à l’Université du Tchad, Faculté de Droit, il décrocha sa licence en Droit et Technique Juridique en 1990 et une maitrise en droit public l’année suivante.
Djilel-tong Djimrangué
L’Union Nationale pour le Renouveau et la Démocratie (UNDR), parti de l’opposition a donné rendez-vous à ses militants et aux Tchadiens à la bourse du travail, lieu du départ, pour une marche pacifique pour dénoncer la tenue des élections présidentielles en avril. Reportage.
8h du matin ce 20 mars devant chez le député et président du parti UNDR, Saleh Kebzabo sis au quartier Paris-Congo, 6e arrondissement de N’Djamena. Objectif, le voir sortir de son domicile privé et se diriger vers l’itinéraire de sa marche pacifique annoncée la veille. Mais le patriarche politique serait parti plutôt. Le parti avait fixé l’itinéraire de la marche avec comme point de départ la Bourse de Travail. Arrivée : rond-point de l’Union.
Nous prenons la direction de la Bourse du travail en passant par l’avenue Goukouni Weddey, quartier Ardep-Djoumal, 3e arrondissement. Au virage du rond-point « Oiseau », un dispositif anti-émeute est bien installé. Chemin faisant, au feu rouge de Kabalaye, nous rencontrons quelques marcheurs déroutés par la police, mais identifiables par leur casquette orange avec le symbole de la calebasse de l’UNDR. On les interpelle pour avoir des informations.
Un marcheur, militant de l’UNDR s’arrête. Question : comment la marche s’est déroulée ? Il raconte : « La police a investi la Bourse de Travail et puis a empêché l’accès. Elle s’est mise à tirer au gaz lacrymogène. On ne pouvait rien faire », dit-il. Où se trouve votre président Saleh Kebzabo en ce moment ? « Il est à la Bourse du Travail. On ne sait pas s’il a été pris ou pas », dit-il inquiet. Y a-t-il des cas d’arrestations? « Je ne sais pas, comme nous avons été dispersés, chacun s’est sauvé de son côté », explique-t-il.
Les forces de l’ordre toujours visibles devant les entrées de la Bourse du travail. Nous avons tenté en vain de joindre au téléphone M. Saleh Kebzabo. La rédaction a pu échanger avec lui par message texte. M. Kebzabo n’est donc pas arrêté.
Moyalbaye Nadjasna
C’est fait, le PARTI Coq blanc est désormais de plein pied dans la campagne électorale pour la présidentielle d’avril 2021. C’était hier soir 19 mars au stade Idriss Mahamat Ouya de N’Djamena que candidat du RNDT-Le Réveil, le parti à l’emblème Le Coq blanc a fait cocorico devant ses militants, sympathisants et alliés venus nombreux applaudir leur champion Pahimi Padacké Albert.
Cavaliers, danseurs traditionnels Gourna du Mayo-Kebbi, cris et youyous, c’est dans une ambiance festive qu’une foule de militants et alliés ont rempli le stade Idriss Mahamat Ouya. Il était 16h moins, lorsque le cortège du candidat du RNDT-Le Réveil, Pahimi Padacké Albert (PPA) franchit la piste d’athlétisme du stade. Devant, des nombreux jeunes militants empêchent le cortège d’avancer. La police est intervenue pour permettre au président du parti Coq blanc de faire le tour du stade.
Sur l’estrade, PPA, dit en arabe tchadien « nascroukou kattir, man nanssa tap hanakou al alyom», « je ne vous oublierai jamais pour votre sacrifice sous cette chaleur ». Pour lui, leur parti prône l’alternance sans vengeance. Les Tchadiens attendent la justice et l’égalité, rajoute-t-il. « Nous sommes là pour les Tchadiens qui disent dans les quartiers Iyina, trop c’est trop. Je vous ai entendu. Je vous demande de vous lever et de vous joindre à nous parce que le temps du changement est arrivé », clame, le candidat du Coq blanc. Il se dit surpris qu’au 21e siècle, dans une ville les enfants cris et acclament comme un évènement, lorsque l’électricité arrive après un long délestage. Il soutient que le gouvernement a adressé une lettre aux candidats pour leur dire qu’il y a des hélicoptères militaires à louer. 3 millions par heure, plus 750 mille francs CFA pour le pilote. « C’est un stratagème pour permettre à un seul candidat d’utiliser les moyens de l’Etat. Je demande au gouvernement de retirer immédiatement cette lettre. Sinon ce sont des biens publics à la disposition de tous les candidats », dit-il. D’après lui, il faut être courageux dans ce pays pour s’engager dans un processus électoral comme celui qui se passe actuellement. Selon M. Pahimi, le boycott ne peut mener au changement souhaité par les Tchadiens. « Sur cette terre, rien n’est éternel. Même le souffle que Dieu nous a donné sera retiré un jour. Aucun pouvoir n’est éternel et aucun homme n’est irremplaçable ».
Innovations et perspectives du RNDT-Le Réveil
Dévoilant son programme politique, il dit que les Tchadiens ne veulent pas une paix armée. Mais une paix où le tchadien du nord et son frère du sud sont main dans la main, sans conflit. Il dit rassembler le peuple tchadien autour de la valeur de justice et égalité citoyenne. PPA veut résoudre le problème des fractures sociales et du système de gouvernement. Il suggère que le vice-président soit élu au même titre que le président et le gouvernement approuvé par le parlement. Cela, afin d’éviter aux ministres d’être des simples garçons de courses. L’armée nationale sera reformée pour prendre en compte tous tchadiens de toutes les contrées du pays, une véritable armée nationale avec une mission républicaine. PPA affirme que l’emploi des jeunes est sa principale préoccupation. « Je commencerai avec les formations liées aux besoins du marché de l’emploi ». Une autre innovation dit-il, l’anglais qui sera intégré comme 3e langue officielle au Tchad. Car affirme-t-il, c’est une langue internationale.
L’ancien premier ministre affirme qu’il fera les états généraux de l’Éducation, il réévaluera les moyens d’études des étudiants tchadiens. Il entend redéfinir les conditions d’attribution des bourses. Car relève-t-il, les 16 mesures de 2016 ne sont pas éternelles. Des campus universitaires seront construits. L’accès à la Fonction Publique se fera par voie de concours, aménager les impôts des entreprises qui génèrent des emplois aux jeunes. La femme sera au cœur de l’action publique, promouvoir la femme rurale, améliorer ses conditions de vie, encourager la scolarité de la jeune fille. La femme doit être une citoyenne pleine et forte, déclare le candidat du parti le Coq blanc. Sur le plan économique, il promet de réinstaurer le climat des affaires pour attirer les investisseurs. « Investir les revenus des minerais dans les secteurs prioritaires notamment, l’éducation, la santé et diversifier l’économie », dit-il. Ces revenus permettront de créer des chaines de valeurs dans le domaine agropastoral.
Moyalbaye Nadjasna
Le président et candidat du parti UNDR Saleh Kebzabo ne compte toujours pas participer à l’élection présidentielle d’avril prochain malgré son maintien par la Cour suprême. Conséquence, son parti boycotte cette élection. Reportage
« Je proclame haut et fort que je ne suis pas candidat à cette élection bidon ». C’est par ces mots que le candidat de l’Union nationale pour le renouveau et le développement (UNDR) Saleh Kebzabo a, une fois encore, fait part de son retrait de la course à la présidentielle d’avril 2021.
Lors de la conférence de presse dont il a animé ce 19 mars 2021, le président et candidat de l’UNDR est revenu sur les conditions qui ont conduit à son retrait. Il a aussi annoncé les actions que son parti entend mener. Sur le retrait de sa candidature, Saleh Kebzabo explique que celle-ci a été assortie de 12 conditions qui n’ont jamais été examinées par la Commission électorale nationale indépendante (Céni) ni par la Cour suprême et moins encore par le gouvernement. L’attaque du domicile du candidat déclaré Yaya Dillo est devenue le point majeur qui a cristallisé sa décision. « La lecture de cet événement est claire : le président Déby ne lésinera sur rien pour conserver le pouvoir, y compris de tuer, fut-il, un proche », dit le président de l’UNDR. Rien ne garantit une élection libre, selon le leader de l’UNDR. « Dans des conditions pareilles, peut-on parler d’une élection transparente, sincère, loyale et inclusive. La réponse est non », a martelé M. Kebzabo.
Une forfaiture de la Cour Suprême selon Kebzabo
Suite à l’événement au domicile de Yaya Dillo, M. Kebzabo dit avoir décidé de se retirer définitivement de la course. Malheureusement la Cour suprême n’a pas tenu compte de sa lettre de retrait estimant qu’elle est adressée trop tard. La Cour a décidé que Kebzabo reste bel et bien en lice. La Céni à son tour imprime les spécimens. Kebzabo ne s’y reconnaît pas et qualifie de « forfaiture » la décision de la Cour suprême. « Je ne comprends pas pourquoi la Cour veut m’obliger à participer aux élections alors que je ne le veux pas », s’est agacé le candidat. Il affirme que la Cour Suprême poursuit un objectif inavoué. Pour ses avocats, la Cour a violé plusieurs dispositions de la Constitution et du code électoral. « Le fait que la Cour suprême s’empresse de publier la liste des candidats avant la date indiquée est déjà contraire à la loi portant code électoral », affirme Me Frédéric Dainonet.
Un appel au boycott et à la marche pacifique
Déterminé dans un premier temps à empêcher la tenue des élections, le candidat de l’UNDR a modéré son langage lors de la conférence de presse qu’il a organisée. « C’est un mandat de trop. Notre souhait est que ces élections n’aient pas lieu. Mais il n’est pas question d’en empêcher sa tenue par la violence », dit l’opposant historique. L’UNDR affirme privilégier le dialogue. En attendant, le mot d’ordre est de boycotter la présidentielle comme elle l’a fait en 2011. « Au-delà, nous menons une campagne de boycott en demandant à la population de ne pas participer à ce simulacre qui ne mérite aucune considération ».
Le chef de l’UNDR a invité les candidats encore en lice de se retirer de ce cirque électoral. Pour lui, le président sortant doit écouter son peuple qui a soif du changement. « Prenez le temps d’organiser une vraie élection et passez pacifiquement les commandes à votre compatriote qui sera, une fois dans notre histoire, démocratiquement élu », conseille Kebzabo à Déby.
Ce 20 mars, le candidat de l’UNDR dit répondre à l’appel des jeunes qui sont déjà dans les rues. « Nos enfants nous invitent à les rejoindre. Nous répondrons à leur appel », affirme Kebzabo. Sur son compte Facebook, il définit l’itinéraire de sa marche. Départ : bourse du travail. Arrivée : rond-point de l’union. Cette marche, initiée par une coalition des partis politiques et d’associations de la société civile est interdite par le ministère de la Sécurité publique.
Pendant la période des questions-réponses, une question est posée au leader de l’UNDR : « Si à la proclamation des résultats, vous arrivez 2e au second tour, allez-vous vous jeter dans la course ? » Réponse : « C’est une situation improbable ».
Saleh Kebzabo semble déterminé à ne pas participer à l’élection présidentielle d’avril prochain.
Christian Allahadjim
Lorsque j’ai vu les images du président candidat Deby Itno, une seconde après sa publication, coude contre coude avec le chef des Transformateurs Succès Masra, je l’ai montré à un cousin. Il me répond : « Non, ces images sont truquées ». Je lui réponds, « non, elles sont authentiques ». Une autre personne entre dans la pièce. Il regarde les images, il a la même réaction, « non, c’est un montage ».
Un débat s’engage. Je leur dis « a priori, un président qui rencontre son compatriote, il n’y a rien de plus normal. Sauf que le timing est mauvais pour le jeune leader. Et excellent pour le Maréchal ».
Mes deux interlocuteurs lâchent, « tu as raison », mais ils avaient l’air sonné. Pourtant ils ne sont ni membres ni sympathisants des Transformateurs. Ils aimaient simplement l’audace de M. Masra. Ils sont déçus. « Il est comme les autres politiciens, je le présentais. », conclut une troisième personne qui s’est jointe à la discussion.
Voilà. Le génial Maréchal tacticien et stratège, président et candidat sortant vient de réaliser un coup fumant en s’appuyant avec succès sur Succès. Il vient d’effacer son « Damboula présidentiel » et a atténué « la bavure Dillo »
Le chef des Transformateurs vient par cette rencontre de rentrer dans la catégorie de « tous les mêmes », enfin peut-être...
Ensuite, la toile apprend la nouvelle et s’enflamme. Les internautes ont pris d’assaut les réseaux sociaux (RS) pour, en majorité, dénoncer M. Masra. Dans la précipitation, les Transformateurs ont tenté de faire barrage face au feu des critiques. C’était du parler pour parler.
Le lendemain : Conférence de presse au QG des Transformateurs. J’ai écouté et j’ai regardé avec beaucoup d’attention M. Masra accompagné de son Bureau Exécutif sur les RS. Certains ont la tête du mauvais jour. Il y a visiblement du gène dans les regards. La communication du chef était dispersée et surtout elle ne disait rien de plus que la veille. C’était de la redite. J’ai eu le sentiment qu’il parle trop. Il parle tantôt comme un gourou. Oui le gourou de la secte des transformateurs. Tantôt, comme un nationaliste entonnant les premiers mots du premier ver de l’hymne national tchadien : « Ta liberté… ». Et les autres membres du parti complètent le ver « …naîtra de ton courage ». Il y a quelque chose d’hallucinant.
Je ne le comprenais pas. Si j’étais là, je l’aurais certainement interpellé sur sa méthode de presbytérien. Une nouvelle religion est-elle née?
Il enchaîne son introduction avec des « la Terre promise », « Moïse », « Desmund Tutu », « Mandela », « De Klerk », « Martin Luther King » et tutti quanti pour nous convaincre que les Transformateurs ne sont pas un parti comme les autres, mais des « dialogueurs, des solutionneurs ». J’étais perdu. Succès et ses lieutenants sont sur leur comète. Ils parlent d’eux. Pour eux. À eux.
Les Tchadiens veulent qu’il explique le « pourquoi maintenant ? » de cette rencontre. Et s’il reconnaît avoir commis une erreur en acceptant de rencontrer le président Deby à ce moment précis. Mais tout cela lui passait par-dessus la tête.
Pourtant, les erreurs de Succès Masra sont nombreuses. Mais le public lui donnait l’avantage du doute. Et surtout donnait la chance au coureur parce qu’il représente la relève comme Yaya Dillo d’ailleurs.
Il en a commis des erreurs….
Première erreur : adopté la ligne dure avec ses marches et ses critiques acerbes. Aller rencontrer le président presque en catimini, il ne fallait pas. Il devait au moins annoncer la nouvelle avant d’aller à cette rencontre. Cet oubli voulu ou pas, a laissé un goût amer à ses admirateurs et aux Tchadiens.
Deuxième erreur : à quel titre est-il allé rendre visite à celui qui tire les ficelles de la non-reconnaissance de son parti?
Troisième erreur : Masra dans sa communication dit que le président le reconnaît enfin. Il affirme que le président demande qu’on arrête d’emmerder son parti. Il cherche donc la légalité et la légitimité à la présidence. Est-ce la bonne adresse? J’en doute…
Quatrième erreur : le jeune leader dit demander le report de l’élection présidentielle. Très bien. Est-ce qu’il faut le faire à la présidence? N’est-il pas plus indiqué de revendiquer l’annulation de cette élection devant les institutions en charge et devant les médias?
Cinquième erreur : cette rencontre précipitée avec le président et candidat Deby Itno a semé le doute chez les autres chefs de parti. Surtout dans le rang de la nouvelle génération qui demande un dialogue inclusif.
Enfin, après la conférence de presse, les Transformateurs et leur chef ne mesurent toujours pas les dégâts de cette rencontre improvisée. Une rencontre qui a permis au Maréchal d’apaiser les tensions. De baisser les pressions diplomatiques de plus en plus fortes sur son régime. Succès Masra a commis une boulette pour parler vulgairement. Il a servi sciemment ou inconsciemment d’oxygène à un pouvoir à bout de souffle, en bout de course. Pis, il n’en a même pas conscience.
Masra fait comme si rien ne s’est passé en appelant à une nouvelle marche. Sortez de votre bulle M. Succès. Le doute s’est installé. Il faut maintenant le dissiper en donnant des solides gages. Les Tchadiens n’en peuvent plus. Et n’en veulent plus de cette pratique « politicienne » de la politique.
Bello Bakary Mana