L’incident qui s’est produit au domicile de l’opposant et candidat à la présidentielle d’avril 2021 Yaya Dillo fait l’objet de toutes les supputations. L’opposant accuse le pouvoir de vouloir l’éliminer. Le gouvernement l’accuse de rébellion armée en ville. Reportage.
La première réaction du gouvernement venait du ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement Cherif Mahamat Zene. Sur les ondes de la RFI le 28 février, le ministre parle d’une interpellation qui a mal tourné. D’après lui, les éléments de la police, venus pour interpeller Yaya Dillo Djerou Betchi, ont essuyé des tirs venant de l’intérieur de son domicile. « Les forces de l’ordre ont agi en légitime défense », dit-il. Il donne un bilan de 2 morts sans préciser leurs identités. L’opposant Yaya Dillo, lui, parle de 5 membres de sa famille tués, dont sa mère.
La deuxième réaction est celle du procureur de la République près du tribunal de grande instance de N’Djamena, la capitale tchadienne, M. Youssouf Tom. Dans sa déclaration faite le lundi 1er mars, il affirme que M. Yaya Dillo fait l’objet d’une procédure correctionnelle orientée en citation directe depuis octobre 2020. « Ce dernier n’avait pas daigné comparaître », précise le procureur. Il affirme que le concerné se trouvait dans une zone difficile d’accès. Il a fallu attendre son retour à N’Djamena. Le samedi 27 février, les forces de sécurité sont allées exécuter le mandat d’amener, « n’ayant pas atteint leur objectif, le dimanche 28 février, les officiers de la police judiciaire chargés d’exécuter les mandats ont renforcé leur sécurité pour se rendre au domicile de Yaya Dillo. Ce dernier a opposé une résistance et il y a eu des échanges de tirs qui ont causé quelques morts, des blessés et des dégâts matériels, » déplore le procureur. Une enquête judiciaire est ouverte pour meurtre, coups et blessures volontaires et complicité de meurtre et de coups et blessures volontaires contre tous les auteurs, coauteurs et complices de ces infractions, informe le procureur.
La troisième et la dernière version est celle du patron de la diplomatie, M. Abba Siddick. Détails à l’appui, le ministre des Affaires étrangères a voulu convaincre les diplomates. Il a qualifié l’événement de rébellion en pleine capitale. « Les autorités judiciaires sont confrontées à une rébellion de M. Yaya Dillo qui a refusé d’obtempérer aux injonctions de la police venue lui présenter, le 27 février un mandat d’amener » dit-il.
Ensuite, il est revenu sur les faits reprochés à l’opposant. « Yaya Dillo est visé par deux plaintes déposées contre lui, pour refus de restituer trois véhicules de service après avoir quitté ses fonctions de représentant de la CEMAC, et de diffamation et insulte à l’égard de l’épouse du Chef de l’État », dit le patron de la diplomatie tchadienne aux ambassadeurs présents. Puis il est revenu en détail sur le déroulement de l’opération qui a mal tourné.
Selon l’ambassadeur, Abba Sid Dick, au premier jour de son interpellation, Yaya Dillo, entouré de 5 hommes armés de fusil d’assaut, s’est montré hostile et menaçant. Face à ce comportement, les officiers de la Police judiciaire ont quitté son domicile. Après leur rapport à la hiérarchie, les autorités judiciaires ont instruit la Police de faire cesser cette rébellion de fait dans la capitale. C’est ainsi que le 28 février, les forces de l’ordre se sont présentées à nouveau à son domicile avec des moyens conséquents. À leur arrivée, dit le ministre, Yaya Dillo a directement ouvert le feu, blessant 3 agents des forces de l’ordre, tout en se protégeant derrière les membres civils de sa famille. Un tir de l’intérieur, précise le gouvernement, visant les forces de l’ordre a mortellement atteint la mère de Yaya Dillo. Une enquête établira les faits, promet le ministre. Le chef de la diplomatie tchadienne dit également que 3 agents des forces de l’ordre ont été blessés et 2 autres sont tués lors de l’opération.
Pour le ministre, il n’y a pas de doute. L’objectif visé par Yaya Dillo, candidat à la présidentielle, est de saboter la tenue de cette élection. « En réalité, l’objectif de Yaya Dillo n’est pas de se présenter à l’élection présidentielle, mais d’empêcher sa tenue », accuse Abba Siddick. Enfin, il rassure que le gouvernement tchadien ne laissera pas perdurer cette situation insurrectionnelle menée par un récidiviste qui refuse d’obéir aux lois. Il défie les forces de l’ordre et cherche, vis-à-vis de la communauté et la presse nationales et internationales à légitimer sa situation en se présentant faussement comme une victime. Et à provoquer des troubles graves.
Qui croire ? En attendant l’enquête ouverte pour situer les responsabilités, N’Djamena reste toujours coupé du monde. Pas d’internet, pas de SMS. Sauf les appels qui passent difficilement.
Djilel-tong Djimrangué
Allahadjim Christian
Tôt dans la matinée du 1er mars, le domicile de l’opposant et candidat à la présidentielle d’avril 2021 M. Yaya Dillo a été le théâtre d’un incident qui a causé la mort 5 personnes. Reconstitution des faits.
Ce matin du samedi 27 février des policiers selon le gouvernement, la garde prétorienne selon l’opposant ont fait irruption au domicile de l’opposant et candidat à la présidentielle 2021 Yaya Dillo Djerou Betchi. Sur sa page Facebook, Dillo alerte le public, « j’ai entendu des tirs devant ma porte à 3 heures du matin. À 6h des policiers entrent dans mon domicile et me demandent de les suivre. J’ai refusé, car il s’agit d’une intimidation suivie d’une violation de domicile. » Il n’a pas précisé l’objet de cette interpellation. Un peu plus tard dans la soirée, il est intervenu dans un direct Facebook pour éclaircir les motifs de cette tentative d’interpellation.
Il s’agit de l’action intentée par la première dame Hinda Deby Itno pour diffamation et injure.
Lendemain 28 février. 5 heures 14 minutes. Yaya Dillo alerte encore sur Facebook que « sa demeure est encerclée par l’armée et la police » puis « un blindé de l’armée a défoncé mon portail » et enfin « ils viennent de tuer ma mère et plusieurs de mes parents. » Selon l’opposant, 5 personnes sont mortes dans cet incident. La nouvelle s’est répandue très vite sur la toile.
9h 00. Les réseaux téléphoniques et Internet sont coupés. La capitale tchadienne, N’Djamena, est coupée du monde.
Quelques heures avant. Yaya Dillo parle sur les ondes de Radio France Internationale (RFI). Le candidat à la présidentielle accuse le pouvoir de vouloir l’assassiner. « Plusieurs éléments de l’armée appartenant au corps d’élite de la présidence ont tenté de pénétrer chez moi vers 5 heures du matin en défonçant le portail tout en tirant à balle réelle », fait-il savoir. « Ils veulent me tuer », affirme Yaya Dillo. Pour lui, le pouvoir cherche à l’empêcher de dénoncer les systèmes qu’il a mis sur place pour truquer les élections présidentielles. Faux, rétorque le gouvernement qui parle d’une rébellion et un défi à l’autorité à l’État.
À N’Djamena, la situation est confuse après la coupure des réseaux téléphoniques et d’internet. Aucune information ne filtre. Le quartier Karkandjié dans le 5e arrondissement où réside l’opposant est quadrillé par les éléments de la Direction générale de la Sécurité et de la Surveillance Institutions de l’État (DGSSIE) et la Police. Plus tard dans la journée, la rue N’Djamenoise parle d’une médiation communautaire menée par des sages afin d’éviter un bain de sang. Jusqu’à là aucune intervention des autorités à part celle du ministre de la Communication porte-parole du gouvernement M. Chérif Mahamat Zène soutenant que M. Dillo refusait de se rendre à une convocation du Procureur de la République.
Lundi 1er mars. 16h. Le ministre des Affaires étrangères M. Amine Abba Sidick convoque un point de presse. Il affirme, « malheureusement M. Yaya Dillo a refusé de se rendre ».
Dans la soirée, le lourd dispositif sécuritaire dans le quartier où résidait l’opposant est allégé. Plusieurs sources affirmaient que Yaya Dillo s’est exfiltré. Comment ? Mystère. « Yaya Dillo s’est probablement échappé profitant de l’évacuation des civils. À l’heure actuelle, il n’est plus localisé et a déclaré sur les réseaux sociaux s’être caché ailleurs », dit le ministre Abba Sidick aux ambassadeurs.
Avant le ministre Abba Siddick, le procureur de la République a tenu presque les mêmes propos.
Djilel-tong Djimrangué
Le musée national est, ces derniers jours, régulièrement visité par des élèves. Ce jour du mois de février, un groupe d’élèves de plusieurs établissements privés de la capitale, N’Djamena ont visité le prestigieux pavillon qui retrace l’histoire du Tchad. Reportage.
L’ambiance ce matin dans les pavillons du musée national était bon enfant. Les élèves des écoles privées, collégiens et primaires déambulent, les yeux écarquillés de curiosité, dans les couloirs et pavillons du musée. Ils sont à la découverte de leur patrimoine national. Les encadreurs et les guides ne les quittent pas d’un pouce. Et arrivent par toutes sortes d’astuces à captiver leurs esprits. À les amener à se concentrer sur l’objectif de leur visite.
Amdam Ahmed Béchir est instituteur et enseigne l’histoire au Complexe scolaire Dar Al Salem de Diguel. Selon lui, leur établissement a organisé cette visite pour rapprocher la théorie enseignée aux élèves à la pratique. « C’est un petit groupe qui est ici. Nous leur avions conseillé de suivre avec sérieux ce qu’ils voient et entendent afin de les rapporter auprès de leurs camarades », dit Amdam. Il rajoute que cette visite permet de faire découvrir aux élèves, le vécu de leurs ancêtres et émousser leur appartenance au pays.
Mbodou Brahim Adoum, technicien arabophone du musée est le guide du groupe mené par Amdam Ahmed Béchir. Dans le pavillon paléontologie, où se trouve le crâne de Toumaï, il explique aux élèves, « Toumaï signifie espoir de vie en Gourane, une des langues tchadiennes. Il a été découvert en 2001 par un Tchadien au nord du Tchad dans le Djourab du Tibesti. L’équipe était conduite par le Professeur Michel Brunet de l’Université de Poitier en France ». Selon lui, c’est important que les élèves comprennent que le plus ancien des crânes découverts est tchadien. Et que l’ancêtre de l’humanité est Tchadien, note-t-il.
Les élèves pour témoigner de leur intérêt ont commencé par répéter à haute voix. « Nous avons vu Abel qui date de 3 millions et demi d’années, Tchadanthropus de 1 million et demi d’années, et Toumaï 7 millions d’années. Toumaï a été découvert en 2001 par le Tchadien Aounta Oudalbaye. Le crâne est ramené au pays en 2005 », crient-ils à tue-tête. Satisfaction se lit sur les visages. « Je remercie notre encadreur Amdam qui nous a conduits ce matin au musée national. Nous avons vu beaucoup des choses. Je suis très émerveillée », affirme Hawa Djibrine Mahamat, élève au Lycée-collège Dar Al Salem.
Mbodou Brahim Adoum encourage les élèves à sensibiliser leurs camarades d’emboîter leurs pas. « C’est important que les établissements scolaires publics et privés fassent découvrir l’histoire du Tchad à travers les objets d’art ».
Dans une circulaire conjointe de l’année dernière, les ministères du Développement touristique, de la Culture et de l’Artisanat et celui de l’Éducation nationale et de la Promotion civique ont commencé une campagne d’information sur la valorisation du patrimoine national. Cette note circulaire vise les élèves de la classe de 6e et 3e.
Moyalbaye Nadjasna
Une femme enceinte est vulnérable. Elle est exposée à plusieurs risques liés à son état. Un suivi sanitaire de la mère et du fœtus est indispensable. Selon les spécialistes une consultation prénatale est recommandée. Reportage.
Souvenir Pauline est Sage-femme et RCS du Centre de santé de 3 zones : Ardep-djoumal, Kabalaye et Sabangali (AKS). La cinquantaine, taille moyenne, elle est presque la doyenne des sages-femmes. Selon elle, le sujet est indispensable parce que la vie humaine en dépend. Elle signifie que, la consultation prénatale (CPN) est un processus de préparation d’une femme enceinte pour un accouchement probablement saint. La CPN dit-elle, s’étale sur quatre temps. « Le premier temps commence à partir de 4 mois quand on voit l’enfant bouger. La femme peut déjà prendre la fansidar, on lui fait un bilan de santé. Et elle se soumet à l’échographie pour voir l’évolution de l’enfant. Le deuxième temps, la femme est soumise au Vaccin anti Tétanique 2 (VAT2) puis revient 1 mois après. À 6 et 8 mois, elle revient voir son médecin. Enfin, au dernier trimestre si elle ressent des malaises elle doit revenir, même en dehors des rendez-vous », explique-t-elle.
Pour la sage-femme, la CPN est importante. Elle permet de débusquer certaines maladies chez les femmes enceintes. « Le premier, rendez-vous, c’est la CPN1, on lui fait le bilan surplace au centre de la santé », dit Mme Souvenir Pauline. D’après elle, toute femme qui veut que son bébé soit en bonne santé le fait. Lors du bilan de santé, plusieurs tests de dépistage sont effectués. Entre autres : VIH/Sida, hépatite, paludisme, tension artérielle et la glycémie pour le diabète. Pour le VIH/Sida, si le test se révèle positif, la femme enceinte est systématiquement soumise au traitement aux anti rétroviraux (ARV), déclare la Responsable du Centre de Santé. « Cela permet de diminuer le taux de charge du virus et préserver ainsi la vie de l’enfant. A l’accouchent, les nouveau-nés sont testés négatifs. On appelle cela la prévention de la transmission de la mère à l’enfant (PTME) ».
Pour l’hépatite B, déclare-t-elle, si le résultat se révèle positif, les nouveau-nés sont vaccinés à la naissance. Cette méthode évite la contamination de l’enfant par l’allaitement. Mme souvenir note également que le groupage sanguin est aussi effectué. Pour Mme Souvenir Pauline, si le groupe sanguin de la femme est très tôt connu, elle peut échapper aux fâcheuses conséquences psychologiques de l’enfant mort-né, les enfants qui meurent à la naissance. Pour le cas de forte tension, la femme risque une crise d’éclampsie pendant l’accouchement. Pour la glycémie, dit-elle, la femme diabétique accouche d’un gros nourrisson.
Examens pas tous gratuits
Au centre de la santé, deux femmes sont assises. Elles attendent d’être consultées. Le centre est très calme contrairement à d’habitude. « Nous respectons les rendez-vous que les sages-femmes nous donnent » déclarent-elles. Une troisième femme assise derrière un pilier en béton du bâtiment. Elle affirme être venue sans rendez-vous pour consulter les sages-femmes pour des conduites à tenir. Elle a un malaise et fait du vertige.
Le Centre tourne à pleine capacité, mais les difficultés ne manquent pas. Certaines femmes dit-elle, respectent la CPN mais d’autres non. « Certaines femmes sont démunies. Et les examens ne sont pas gratuits à part le dépistage de VIH/Sida. Par exemple, elles ne font pas le bilan santé. Elles ne reviennent pas parce qu’elles ne peuvent pas payer les frais. D’autres ne le font pas par négligence. Des examens gratuits à la CPN, cela pourrait aider les femmes »
« Entre temps, Expertise France nous appuyait en nous livrant des vaccins contre les hépatites. Donc le dépistage et le vaccin sont gratuits pour les femmes. Maintenant, on n’a plus un partenaire qui nous appuie », plaide Souvenir Pauline. Elle demande à l’État et ses partenaires de rendre les examens de la CPN gratuits ou de les subventionner afin d’aider les femmes. « L’accouchement est gratuit, mais si cela nécessite des produits, la femme doit acheter les médicaments. On ne se comprend pas avec les femmes. Lorsqu’elles accouchent, elle croit que tout est gratuit. Or c’est l’acte d’accouchement qui est gratuit, les produits ne sont pas gratuits ».
Ce sont les produits les produits antipaludiques et les ARV qui sont gratuits. Il n'y a pas longtemps, l’État remettait des moustiquaires aux femmes, maintenant il n’y a rien. « En fait, une femme enceinte lorsqu’elle attrape le paludisme elle risque de tomber dans l’anémie qui provoquera l’avortement, ou un accouchement prématuré », dit-elle.
En attendant que l’État agisse, Mme Pauline demande aux hommes de prendre en charge les frais d’examens médicaux de leur épouse. « Je souhaite aussi que les époux accompagnent leurs épouses pour voir les réalités ».
Moyalbaye Nadjasna
Il est un enseignant à part. Il est le fondateur d’une école à ciel ouvert au campement des nomades à la sortie sud de N’Djamena, capitale tchadienne. Il y enseigne gratuitement parce qu’il ne supportait pas de voir les enfants nomades sans éducation. Qui est cet enseignant qui transmet gratuitement le savoir aux enfants nomades ? Qui fait pétiller de curiosité leurs yeux et met du baume sur le cœur de leurs parents nomades ? Ialtchad Presse l’a choisi comme le Tchadien de l’année (2020). Portrait.
Il ne porte pas de blouse blanche comme le font les enseignants. Et les salles de classe qu’il a créées n’ont rien d’une classe moderne. Elles sont sur un campement des nomades de fortune où il a installé son école sous l’ombre d’un nimier. Il est dévoué à sa tâche. Il est comme disent ces nomades « notre sauveur ». On l’appelle affectueusement « mésié ».
Il fait froid en cette matinée du mois de février. Un vent poussiéreux rafle le campement des nomades à la lisière de Walia, dans le 9e arrondissement de la ville de N’Djamena. Gamaigué Watouing Léonard, vêtu d’un manteau noir enfilé sur une chemise blanche carrelée, est déjà en poste. 1m 80, teint noir, cheveux coiffés au ras et barbe taillée à la mode Fally Ipupa, Léonard prend place sur son bureau constitué d’une chaise et d’une table en caoutchouc. Il doit apprendre aujourd’hui à ses élèves à lire, compter et écrire les chiffres de 0 à 10.
Cela fait 2 ans que ce natif de Fianga, ville frontalière du Cameroun, tient cette structure de deux niveaux du cours préparatoire. Cette école « je l’ai créée par nécessité ». Il veut donner la chance aux enfants des nomades d’avoir accès à l’éducation. « J’ai été touché par le fait que ces enfants erraient sous ces arbres pendant que les autres sont en classe », affirme-t-il.
Né au milieu des années 1991, ce jeune homme a toujours le sourire. Son humilité, sa timidité et son sang-froid lui ont permis cahin-caha de mener ce projet. Son attitude d’écoute envers ses élèves bouillants et désordonnés lui permet surmonter les temps durs. Il a effectué ses études primaires et secondaires effectuées à Fianga puis a fait l’université de N’Djamena. Il est sorti avec une licence en Sciences de l’éducation en 2015. En 2017, il s’inscrit en master à l’université de Yaoundé 1 Il opte pour la Psychologie de l’éducation. Il attend la soutenance de son master 2.
Fort de ces acquis, celui qui est à l’aube de ses 30 ans n’a pas tardé à s’investir dans l’enseignement. Et à la base, l’enseignement fondamental. En novembre 2019 alors qu’il partait pour la bourgade de Toukra à motocyclette, il repère un groupe d’enfants nomades qui jouaient aux heures de classes. Il décide alors avec l’accord des parents d’implanter cette école. Il y enseigne bénévolement avec l’aide d’un condisciple, lui également diplômé en Sciences de l’éducation. « Ce qui me motive à venir enseigner ici chaque jour sont l’engouement des apprenants et la reconnaissance de leurs parents », se réjouit Léonard.
Malgré les difficultés, celui que ses élèves appellent « mésié » ne compte pas abandonner. Il veut pérenniser cette initiative. « Je suis tellement attaché à cette initiative qu’il m’est presque impossible de m’en séparer », dit-il. Et de conclure, « je crois que je n’ai pas d’autres rêves que de rester ici, même si c’est difficile ». Pour lui, avoir un gros diplôme est bien, mais c’est le savoir-faire qui compte. « Moi je ne tiens pas compte du diplôme, mais sur ce que je peux faire, ce que je peux apporter à ces enfants ».
Christian Allahadjim
Créée en 2019 par Gamaigué Watouing Léonard, l’école pour les enfants des éleveurs nomades a deux niveaux. Ialtchad Presse vous amène à la découverte cette école spéciale, dirigée par un homme à part dans la petite forêt de Walia. Reportage.
Elle n’a rien à envier à école moderne avec des salles de classe en béton, des tables-bancs, un terrain de sport, etc. C’est à l’ombrage d’un nimiers, un tableau adossé contre le tronc, une forêt d’arbres au milieu d’un campement d’éleveurs nomades à la sortie sud de N’Djamena, la capitale. Il est 8h. Sur le tableau il est écrit mercredi 3 février, M. Gamaigué Watouing Léonard, l’instituteur et fondateur est présent malgré le froid. Étudiant en Master 2 en Sciences de l’éducation, il est bien là fourré dans son manteau. Il est sur place depuis 8 heures. Les cours commencent à 8h30mn pour finir à 11h00mn du lundi au vendredi. Une table et une chaise lui font office de bureau. Un tableau est installé juste à sa droite. En face de lui, une soixantaine d’élèves du Cours préparatoire niveau 1 (CP1). Deux tapis, offerts par une ONG nationale, servent de tables-bancs. Assis pêle-mêle dans un brouhaha interminable, ardoises et cahiers de 32 pages en mains, les élèves du CP1 ont répondu présents à la séance du jour. Tant bien que mal, le maître Gamaigué Watouing Léonard tente de rendre moins bruyante la classe. Mésié, mésié, mésié, (mauvaise prononciation de monsieur) fusent de partout. Mais l’instituteur reste imperturbable.
La leçon du jour porte sur les chiffres de 0 à 10. Léonard les reproduit au tableau. Après plusieurs exercices de répétition vient le tour des écoliers de passer au tableau. « Qui va passer au tableau ? », demande Léonard. « Moi, moi, moi », répondent à la fois les élèves. Si certains attendent que le maître les désigne, d’autres se donnent volontiers. Puis arrive le moment de recopier sur les ardoises ou les cahiers. Un exercice délicat. Et enfin, le maître note.
Répondre à un besoin
Le fondateur de cette école spéciale pour les enfants d’éleveurs nomades explique que la création de cette école de fortune est partie d’une constatation. « Un matin je partais à Toukra. J’ai vu les enfants des nomades en train de jouer sous les arbres. Ils étaient nombreux », dit-il. Et rajoute « C’était vers 8h du matin. Cela m’a touché. Je me suis demandé pourquoi tous ces enfants traînent à la maison. Leur place est à l’école. Et l’idée de créer cette école à germer dans ma tête », lâche-t-il. Gamaigué Watouing Léonard a rencontré les parents des enfants, « je leur ai expliqué mon idée. Ils ont accepté sans condition. J’ai démarré ».
Le jeune instituteur s’est engagé, « j’avais un peu d’argent entre temps. J’avais acheté un morceau de plafond et de « lambour ». J’ai fabriqué un tableau. Et l’aventure a commencé et dure encore depuis 2 ans ». Les élèves issues de la première promotion sont maintenant au CP2. « Après évaluation, ceux qui ont un niveau de compréhension acceptable sont admis au niveau suivant », explique le fondateur. Malheureusement, cette école n’est pas encore reconnue par l’administration tchadienne. Donc aucun document n’est délivré aux apprenants. « L’essentiel est que ces enfants puissent apprendre à lire, écrire et compter en Français. Le droit à l’éducation est fondamental », dit l’instituteur avec fougue.
Les difficultés sont énormes de cette école à commencer par le cadre et les autres conditions d’études. M. Gamaigué Watouing Léonard ne compte pas abandonner « si nous avons tenu près de 2 ans, ce n’est pas demain qu’on va abandonner ». Bien que chômeur, Léonard dit accomplir cette tâche par passion et non par ce qu’il est en chômage. Il dit être fier de son œuvre bien que n’ayant ni un salaire ni un quelconque avantage « ma récompense est la reconnaissance des parents d’élèves et des élèves. Cela suffit à mon bonheur ».
Christian Allahadjim
Suite à un communiqué de presse signé par la Cellule SET de Walia, le 17 février, les activités pédagogiques au lycée et collège de Walia sont suspendues. Objectif, libération immédiate et sans condition des élevés, enseignants et responsables de cet établissement public arrêtés par la police, le 15 février passé. Selon janvier Adamou secrétaire général cette suspension, compte du jeudi, 18 au samedi 20 février. Ialtchad Presse est allé s’imprégner de la réalité du terrain. Reportage.
Lycée et collège de Walia, il est 11 heures passées. Un silence cimetière règne dans la cour. Tout est suspendu, cours et activités pédagogiques du jeudi 18 au samedi 20 février. Et les autorités administratives et la cellule des Syndicats des enseignants tchadiens de Walia ont tour à tour arrêté leurs activités. Selon le communiqué de presse de la cellule, c’est suite à la bavure policière du 15 février lors d’une manifestation qui ne concernait en rien les élèves. Pour le signataire, janvier Adamou, secrétaire général, les forces de l’ordre ont tiré de lacrymogène dans la cour du lycée, saccagé les salles et bureaux, bastonnés, arrêté et humilié les enseignants et le personnel administratif de l’établissement. « La cellule du SET demande aux autorités compétentes de protéger les enseignants de cet établissement dans l’exercice de leur fonction. Elle se réserve le droit d’engager les actions de grande envergure », conclut le communiqué.
Pour Beakba Gabgaroua, proviseur du lycée de Walia, tous les élèves étaient dans leurs salles en train de faire cour ce lundi 15 février. Du coup dit-il, aux environ de huit heures, un groupe d’individus marche le long de la grande voie en face de leur établissement. « Ils commencent à brûler les pneus et la police intervient pour les disperser à coup des gaz lacrymogènes. Une partie des gaz tombe dans la cour du lycée. Stupéfaits, les élèves sortent de leurs classes en débandade », explique-t-il. Selon lui, paniqués certains élèves ont escaladé les murs, ceux qui ont de malaise respiratoire ils se sont réfugiés dans le bâtiment de l’administration et d’autres encore dans les toilettes. Un moment après, témoigne-t-il, la police investit la cour et leur demande de leur livrer les élèves qui gémissent. « Nous nous sommes opposés en leur expliquant que nos élèves ne sont pas des manifestants. Ils ont seulement pris peur et ils sont sortis de leurs classes. Du coup, on nous brutalise devant nos élèves et nous embarque », confie le proviseur.
Pertes des heures, plus grande inquiétude !
Beakba Gabgaroua, de poursuivre que les forces de l’ordre leur demandent pourquoi pousse-ils les élèves à manifester ? Réponse : « Nous sommes des agents de l’État et par conséquent, nous ne formons pas des délinquants », dit-il. D’après le proviseur, ils ont arrêté les élèves filles et garçons puis, sur-le-champ, les filles ont été libérées. Mais les garçons jusqu’aujourd’hui, personne ne sait s’ils sont libérés ou pas, note-t-il. « Pour des raisons d’accalmie, les autorités administratives ont suspendu les cours mardi et mercredi et normalement nous devons reprendre jeudi passé. Mécontent, de la bavure policière, le syndicat suspend lui aussi les activités pédagogiques jusqu’au samedi », précise le proviseur.
Selon le 1er administrateur du lycée de Walia, il y a eu déjà une longue grève et le lendemain, un tel événement c’est bien dommage ! « Ce n’est pas un bon signe pour une éducation de qualité. C’est une perte des heures », déplore-t-il d’un air frustré. Il plaide pour que les cours reprennent le plutôt que possible, ce lundi comme prévu, afin de rattraper le temps perdu.
Moyalbaye Nadjasna
Le musée national est par définition un grenier rempli d’objets d’arts. Une maison connue où le présent fait parler les repères du passé. Un nombre important des objets culturels qui peuvent enrichir les pavillons du musée se trouvent en France. Des efforts sont-ils entrepris pour leur restitution ? Ialtchad Presse est allé chercher les réponses. Reportage.
Pour Gariam Philippe, le Tchad est un des pays concernés par la restitution des objets d’arts pillés par la France. Il est le premier pays avec 9296 objets d’arts conservés dans les musées français. « La restitution de ces biens culturels spoliés par la France est un long processus », dit-il. Selon le directeur Gariam Philippe, plusieurs conditions sont à réunir pour assurer le succès de la restitution. Il s’agit entre autres : de faire un inventaire technique de ces objets, de mobiliser des ressources humaines et financières, de réviser les accords de coopération culturelle entre la France et le Tchad. « Depuis 2019 le Tchad a donné sa position officielle à la France par voie diplomatique. Un travail technique est en cours afin de mettre en place un Haut Comité National chargé de la restitution des biens culturels spoliés par la France », dit le directeur.
« Le Musée National du Tchad contient de nombreux objets qui retracent la culture du Tchad et de l’humanité tout entière », déclare-t-il. Pour lui, le crâne de Toumaï, ancêtre de l’humanité datant de sept millions d’années, constitue l’exposition phare du Musée National. Le Musée National explique-t-il, réserve un espace convivial pour l’exposition permanente des biens culturels. Il est reparti en huit (8) pavillons. « Le Patrimoine religieux, le Pavillon Préhistoire, le Pavillon Archéologie de l’art Sao, le Pavillon Histoire, Pavillon Arts et Traditions populaires, Pavillon Paléontologie et le Pavillon du Patrimoine mondial », a cité
Adoum Gariam Philippe. Selon lui, le Musée National est couramment visité par le public tchadien et les touristes. Mais plus de 90% de visiteurs sont des élèves et étudiants. « Nous exhortons le public à s’intéresser au Musée National qui est un grenier de la culture tchadienne et de l’humanité », lance-t-il.
Qu’est-ce qu’une exposition permanente et une exposition temporaire ? Le technicien répond : une exposition, c’est un moyen de communication d'un musée, par extension, l'ensemble d’espace mural dédié. Elle réunit un ensemble d'objets, faisant ou non partie des collections du musée, autour d'un thème, d'une idée, d'un fil conducteur, précise-t-il. « L’exposition permanente c’est une exposition fixe qui peut durer tandis que l’exposition temporaire, comme son nom l’indique, est une exposition sur une thématique donnée et pour une durée déterminée ». Jusqu’aujourd’hui, les expositions temporaires réalisées sont celles sur Joseph Brahim Séid (2017), la marche du Tchad vers l’indépendance (2018), Kelou Bital Diguel (2019). Dans les différents pavillons, nous pouvons découvrir le moulage de Tchadanthropus uxoris, des collections d’arts et traditions populaires, de l’archéologie, de l’histoire, de la paléontologie et du patrimoine islamique.
La plupart des vitrines sont consacrées à la culture Sao. Toute une salle est réservée à la paléoanthropologie. On peut voir des moulages des fossiles de Tchadanthropus uxoris, d’Abel (Australopithecus bahrelghasali) et de Toumaï (Sahelanthropus tchadensis). On peut aussi voir les lacs Ounianga qui sont entrés déjà dans le patrimoine mondial de l’UNESCO. Le dossier du Lac Tchad qui avance. Ce sont-là, des potentiels touristiques favorables au développement du Tchad, conclut le directeur.
Moyalbaye Nadjasna