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Il a trimé dur pour vivre sa passion. Rien n’a été facile, mais il s’est accroché. Aujourd’hui il est gastronome et rêve d’être ambassadeur de la gastronomie tchadienne. Entrevue avec le cuisiner et pâtissier Hissène Mahamoud.

Qui est Hissein Mahamoud ?

Écoutez c’est dur de parler de soi. Vous savez, on porte en nous nos bagages culturels. Il est très mal vu de parler de soi. Je dirais simplement que je suis Hissein Mahamoud chef cuisinier pâtissier franco-tchadien. Je suis né à dans la belle palmeraie de Faya, dans l’extrême-nord du pays. J’ai fait mes premières études entre cette ville-palmeraie et la capitale, N’Djamena. J’ai fait des études supérieures en Algérie. Et surprise en Lettres Modernes. En 2007, j’ai posé ma valise en France, ou j’ai changé de filière pour faire des études en gastronomie.

Pourquoi ce revirement brusque ?

Je me suis posé beaucoup de questions avant de me lancer dans la gastronomie. Puisque ce n’est pas ce que la famille attendait de moi. Pour eux, c’est les Lettres Modernes pour le métier d’enseignant, mais le destin en a voulu autrement. Il faut dire que la gastronomie est une question de passion pour moi. J’en étais passionné depuis mon enfance, mais au Tchad il est difficile de s’exprimer. Et plus encore les communautés nordistes très fermées et conservatrices. Au début je me cachais sous des pseudonymes sur les réseaux sociaux pour faire mon métier. Comme je gagnais bien ma vie, j’ai décidé de sortir de l’anonymat. Il n’y avait aucune raison de rester caché. Cuisiner est un métier comme un autre. Surtout que je ne volais personne. Le public m’a découvert et apprécié ce que je fais. Voilà une partie du film de ma vie qui m’a conduit où je suis aujourd’hui. J’espère que Dieu me prêtera vie pour continuer à progresser et réussir mes projets.

Quel est le regard de votre entourage ?

Mon entourage est très fier. Surtout ma mère elle est vraiment comblée. Je tiens à lui rendre hommage. Elle est mon pilier.

Combien de temps vous êtes dans le métier ?

12 ans

Est-ce que l’art culinaire tchadien est valorisé ?

Oui je crois que l’art culinaire est valorisé au Tchad. Le Tchad est très riche parce que moi en tant que pâtissier, je réalise mes produits à base de nos recettes locales. Il y a des produits qu’on ne trouve nulle part en Europe. On a aussi des valeurs dans ce pays. J’ai créé un Label spécial pour mettre en scène cette culture culinaire du Tchad. Cette richesse que Dieu nous a donnée. Dommage que très peu en en sont conscients.

Par exemple, j’ai réalisé des gâteux et des macarons à la spiruline. C’était très apprécié et très bon. Un produit qui se vend très bien en France. J’ai aussi créé une pâtisserie que j’ai dénommé Paris-N’Djamena, qui est le dérivé de Paris presse qui n’est rien d’autre que la tour de France. J’ai imité cela pour introduire  le « cournaka ». Cette création cartonne bien en France. Et il y a aussi le chococise, un mixage américano- tchadien dans les biscuits. Au lieu de mettre les chocolats j’ai mis des dattes tchadiennes.

 Est-ce que l’art culinaire tchadien a un avenir ?

Oui. Pourquoi vous savez ? Parce que là je suis à ma troisième édition de Master class. À la première année ont était 3 personnes, à la 2ème ont était 5 et la 3ème ont était 8 personnes. Donc il y a de l’avenir dans la cuisine tchadienne. Le public commence à comprendre l’importance de la cuisine. Je rencontre beaucoup de personnes comme moi. Ils veulent vivre leur passion de la cuisine, mais s’abstiennent par peur d’être jugés par les autres, ils se cachent. Mais dans la vie il faut affronter les choses. Le fait d’être parti du pays m’a beaucoup aidé. Je me suis dit parfois que si j’étais resté au pays, j’aurais des problèmes avec ma famille, puisqu’être cuisinier pour eux est un insensé.

Est-ce que le Tchad a des structures de formation ?

Je n’ai pas encore vu une structure qui forme les jeunes pour ce métier. Un de mes projets est de créer une école de formation pour la gastronomie tchadienne. J’ai échangé avec le ministre de la Culture et de l’Artisanat à ce sujet.

Quelle est la spécialité de l’art culinaire tchadien ?

Le Tchad regorge de spécialités. Chaque province du Tchad a une spécialité même si je suis incapable de vous citer une spécialité. J’entends, je lis, je vois à travers les débats sur les réseaux sociaux. Le pays est riche en matière de ses spécialités culinaires. Nous devons faire quelque chose. Pourquoi pas organiser un festival gastronomique inter provincial pour valoriser nos spécialités ? Vous voyez par exemple au sud du Tchad, on a la sauce longue, au centre on a le koumranga, etc. C’est d’une richesse inouïe.

J’appelle nos gouvernants à valoriser la gastronomie tchadienne, à diversifier cette culture. Franchement je suis en train de me transformer en ambassadeur de la gastronomie tchadienne. Il me faut l’appui de l’État tchadien. Je voudrais être entendu. Le ministre m’a déjà fait la promesse de valoriser la gastronomie tchadienne. Et donner ainsi la chance à tous ceux qui veulent faire la cuisine.

Pensez-vous venir vous installer au Tchad ?

Sans retenu, je réponds oui. J’ai des promesses pour cela. Je reviendrais m’installer la tête haute pour transmettre mon savoir à ceux qui le désirent. J’ai un projet que j’ai soumis. J’attends la suite de l’État tchadien puisque de l’autre côté de la France c’est déjà bon.

Réalisation, Christian Allahdjim

Au Tchad, la tomate est produite en abondance, mais elle est une denrée périssable. La plupart des producteurs et les grossistes jettent les invendus qui risquent de pourrir entre leurs mains. N’existe-t-il pas des techniques de conservation ? Reportage

La tomate est produite dans plusieurs zones du pays. Le Tchad ne dispose qu’une seule usine de transformation de fruit à Doba. Elle est fermée depuis plusieurs années. La plupart des producteurs des tomates après un dur labeur voient pourrir leurs produits. Selon Moustapha Djibrine, tout le monde est perdant : producteurs, grossistes et même les consommateurs. « Vous voyez, ils sont dans des caisses, sinon pendant le transport tous vont pourrir. On dit qu’une tomate pourrie pourrit toutes les autres. Malgré cela, c’est difficile. On finit toujours par en jeter », déplore-t-il.

Pour Mahamat Abdelkrim Ahmadaye, technicien à Direction de la Nutrition et de la Technologie Alimentaire (DNTA), il est possible de conserver les produits agroalimentaires comme la tomate. D’abord, c’est un problème de volonté, le vouloir c’est déjà le pouvoir, dit-il. Pour lui, la tomate fait partie des fruits qu’on peut conserver d’une manière élémentaire sans avoir besoin de connaissances techniques agro-industrielles très approfondies Il propose aux producteurs trois techniques de conservation artisanale et ancestrale de la tomate. Il faut d’abord pellée la tomate.

La première technique consiste à sélectionner les tomates mûres, les laver, les chauffer, laisser refroidir et les éplucher. Les pétrir puis les passer à la stérilisation à un degré souhaité, le laisser refroidir, embouteiller et étiqueter.

La deuxième technique explique-t-il, c’est la conservation sèche. « On sèche la tomate après avoir découpé en tranche », dit le technicien.

Travailler en amont

« En période de pic, de forte production, il faut un travail en amont. Il faut former les producteurs. Quel type de tomate produire ? Parce qu’il y a plusieurs variétés », déclare Mahamat Abdelkrim Ahmadaye. Pour lui, l’agriculture n’est pas un métier de pauvre. Selon lui, au Soudan, au Nigeria et aux États-Unis, c’est de grosses fortunes qui investissent dans l’agriculture. « Lorsque le Président de la République demande aux Tchadiens de s’investir dans l’agriculture, le message n’est pas agressé au petit paysan sans moyens au fond du village qui vit avec moins d’un dollar par jour ». Il rajoute « je demande aux opérateurs économiques d’aimer la terre, la main d’œuvre est là. Ce sont des milliers d’emplois pour les jeunes. Et nous, en tant que nutritionnistes et technologues nous feront le suivi », dit-il. M. Mahamat Abdelkrim Ahmadaye demande à la population et aux producteurs de venir vers eux, les techniciens pour recueillir de conseils. Au lieu de jeter les tomates invendues, « nous allons leur proposer des solutions ».

Le technicien de la DNTA affirme que la DNTA est un service public. Il est ouvert à la population. Il indique que la direction dispose des ressources humaines compétentes pour former les producteurs.

Il interpelle les autorités et les partenaires techniques et financiers de se rapprocher de la DNTA pour voir ensemble les faisabilités de vulgarisation de plusieurs techniques au plus grand nombre.

Moyalbaye Nadjasna

Depuis une semaine les femmes tchadiennes réalisaient des activités diverses relatives à la SENAFET. Ce lundi, 8 mars les femmes de différentes corporations sont sorties à la place de la nation pour commémorer la journée internationale de la femme (JIF). Reportage.

Difficile d'avancer et pénible pour elles de supporter la chaleur accablante de ce matin du 8 mars à la place de la nation. Elles sont venues de différentes composantes sociales, des ministères, des compagnies de téléphones mobiles. Banderole et pancartes en mains, elles sont belles dans leurs uniformes bigarrés. Des policières sur des motos font de parades impeccables. L'ambiance est festive. Le public curieux était témoin oculaire.

Mme Falmata Danembaye, la cinquantaine est chef de service Apprentissage du Fonds national d'appui à la formation professionnelle (FONAP). Selon elle, la SÉNAFET/JIF a marqué les souvenirs des souffrances des femmes. « Au début nous l’avons résumée à l'habillement, mais au fil du temps, nous découvrons que c’est une lutte », dit Falmata. Pour elle cette célébration porte ses fruits depuis quelques années. Elle estime que la femme autrefois marginalisée est plus consciente et doit continuer la lutte pour faire sa place dans la société. « Nous remercions les autorités qui nous soutiennent dans cette dynamique qui nous permet de libérer la parole », affirme-t-elle joyeusement.

Falmata soutient qu'aujourd'hui, les femmes sont responsabilisées dans presque toutes les institutions publiques comme privées. Elles jouissent des mêmes droits et devoirs que les hommes.

Autre son de cloche. Pour Denemadji Joséphine, 28 ans, c’est le contraire. Pour elle la SÉNAFET /JIF, ne représente rien pour elle. Elle affirme n’être qu’une pauvre petite dame qui cherche à manger à ses enfants. « Je vois une foule nombreuse alors je fonce pour vendre mes boulettes. Je profite pour faire des bonnes affaires. Je le fais pour nourrir la maisonnée. C'est la fête des femmes qui travaillent. Et non pour les pauvres femmes comme moi ».

La journée internationale de la femme (JIF), pointe cette année le leadership féminin. Un défi institutionnel, mais aussi social. Les sociétés se doivent être justes et équitables sur les questions de genre.

Moyalbaye Nadjasna

Assyongar Masra Succès, président du parti Les Transformateurs a déposé sa candidature à la présidentielle d’avril 2021. Et ce, en dépit de son âge. Reportage.

Il l’a annoncé le 6 novembre 2020 dernier. Le président du parti Les Transformateurs, Dr Assyongar Masra Succès a officiellement déposé sa candidature, le jeudi 25 février, à la Cour suprême à l’élection présidentielle d’avril prochain. Il est le 4e candidat à faire acte de candidature.

Pour cela, il a donné rendez-vous ce jeudi à 9h 30 mn à ses militants à la Cour suprême, lieu de dépôt des candidatures. C’est finalement à 10h09mn que le leader des Transformateurs s’est présenté. Vêtu en bleu, un cache-nez aux couleurs du tricolore tchadien, le candidat Masra Succès était accompagné par les membres du Bureau Exécutif de son parti et une dizaine de militants. L’artiste Raïs Kim était présent.

Dans la salle d’audience où siège la commission de réception des candidatures, Succès Masra est reçu par les membres de cette commission. À huis clos, le dépôt s’est fait. À 10h29mn, celui qui a fait acte de candidature officielle, en dépit de la clause d’âge qui l’exclut, est ressorti tout souriant.

Dans sa déclaration à la presse, faite sur l’estrade de la Cour suprême, Dr Masra Succès explique que sa candidature est motivée par l’inclusion. « Nous sommes ici au nom de l’inclusion électorale. Ça veut dire que tous ceux qui veulent être candidats ont le droit de l’être. Sinon ce sera de l’apartheid électoral », dit-il. Pour lui, les trois conditions pour que l’élection présidentielle soit utile au Tchad sont la Justice électorale, l’inclusion et l’alternance. « L’heure de l’alternance est arrivée. Et les Tchadiens veulent que le président sortant Deby les voie continuer le chemin qu’il a commencé », affirme-t-il avant de proposer le poste de conseiller à la sécurité à Deby.

Candidature à polémique

L’annonce de la candidature du leader des Transformateurs est sujette à polémique. Certains affirment d’ores et déjà le rejet de sa candidature. D’autres soutiennent qu’elle est recevable sur la base de la hiérarchie des normes. Les premiers évoquent la constitution du 4 mai 2019, modifiée en 2020, a, dans son article 67 fixe l’âge à candidater pour la présidentielle à 40 ans. Les deuxièmes, la charte de la jeunesse de l’Union Africaine (UA) fixe cet âge à 35 ans. Pourtant le candidat des Transformateurs n’en a que 38. Interrogé à cet effet, il rétorque : « vous avez vu que ma candidature vient d’être enregistrée. Donc, parlons de ce qui est accepté pour le moment. » Reste à la Cour suprême de juger de sa recevabilité ou non.

Le dépôt des candidatures s’est ouvert le 13 février. Il restera ouvert jusqu’au 26 février à minuit. La liste des candidats retenus sera publiée le 9 mars conformément au chronogramme de la Commission électorale nationale indépendante (Céni).

Christian Allahadjim

L'association tchadienne pour la promotion et la défense des droits de l'homme (ATPDH) s’inquiète du climat social et politique au Tchad qui, selon elle, se dégrade continuellement. C’est ce qui ressort du communiqué de presse signé du Vice-président, Djekourninga Kaoutar Lazare, ce 23 février 2021.

Selon le communiqué de presse de l’ATDPH, depuis quelques mois, les manifestations de rue, les grèves des travailleurs du public rendent la vie sociale et économique du pays morose. Pour le vice-président de l'ATPDH, Djekourninga Kaoutar Lazare, les libertés d'opinions, d'expression, de manifestants et de réunion sont constitutionnelles. « L’article 28 de la constitution, les articles 19 et 20 de la Déclaration universelle des droits de l'homme, et l’article 21 du pacte international relatif aux droits civils et politiques, entre autres, constituent les garanties », dit-il. Il soutient que, le Tchad est dans la période électorale et les candidats qui concourent aux suffrages doivent exercer leurs activités dans le respect de la loi.

Selon lui, le respect de la souveraineté et de l'unité nationale ainsi que la démocratie pluraliste sont plus que nécessaire. Le vice-président de l'ATPDH s'indigne des décisions du ministre de la Sécurité publique interdisant les réunions publiques. Il se demande comment les candidats à l’élection pourront mener leurs activités. Pour lui, l'argument covid-19 n’est plus acceptable. «…alors que le Président de la République et le Mouvement patriotique du Salut (MPS ) effectuent régulièrement des activités et des tournées politiques dans le pays ».

Le Tchad est signataire des instruments juridiques internationaux et a l'obligation de les respecter, relève le communiqué.  Les autorités tchadiennes doivent appliquer les lois garantissant aux Tchadiens leurs libertés d'opinion d’expression, de manifestations et des réunions en vigueur au pays affirme le vice-président de l'ATPDH.

Moyalbaye Nadjasna

Il a marqué les actualités de ces derniers jours. Yaya Dillo (YD) est une énigme pour certains. Et un mélange d’ambition personnelle et d’âme rebelle pour d’autres. Qui est Yaya Dillo? Quel a été son parcours? Quels sont ses liens avec le pouvoir du président Deby Itno? Portrait d’un neveu ambitieux qui adore braver ses oncles.

Dans les années 2000, mécontent Yaya Dillo disait à un compatriote étudiant à l’Université d’Ottawa, suite à l’emprunt d’un manuel et à la manière de sa remise, « tu devais me remettre l’ouvrage main à main. Il ne fallait pas remettre à mon cousin. Non, il ne le fallait pas. Tu sais il ne faut pas me mettre au même rang que ces jeunes. Je suis appelé à jouer un grand rôle dans l’avenir de notre pays ». Ces propos prononcés il y a une dizaine d’années sonnent aujourd’hui comme un programme politique, avant l’heure, dont seul l’auteur était convaincu. Il exigeait déjà de la considération de la part d’un ami. Et surtout d’un compatriote. L’histoire de Yaya Dillo, c’est l’histoire d’un neveu timide, téméraire, sûr de son destin politique, mais dont personne n’accordait de crédit. Il devait donc se construire un parcours dans l’adversité familiale. Et en engageant le bras de fer avec des oncles trop envahissants.

Comme la plupart des enfants du désert, il est difficile de dire avec précision où et quand est né Yaya Dillo. Dans son dossier de candidature déposé à la Cour Suprême, il est, selon cette institution, mentionné dans son acte de naissance établi par jugement supplétif qu’il serait né en 1974 à N’Djamena. Dans l’interprétation de l’arbre généalogique Tchadienne, il est par le sang, neveu des frères jumeaux Tom et Timane Erdimi parce que fils de leur cousin germain. Et par sa mère et son père, le neveu et petit-fils du président Deby Itno. Ce lien expliquerait peut-être les difficultés de freiner les ardeurs de ce neveu un peu trop ambitieux. Un peu trop rebelle.

En 1989, alors adolescent âgé de 15 à 16 ans, il rejoint la rébellion de nul autre que l’actuel président Deby Itno. Yaya Dillo était ce qu’on appelle aujourd’hui un enfant soldat. Sur le terrain, il piaffait d’impatience d’assister au combat dans la lutte contre la dictature de l’ex-président Hissène Habré. Ses supérieurs hiérarchiques, ses parents et ses amis ne voulaient pas le laisser participer aux combats. Ils lui confiaient l’ingrate tâche de garde malade et de gardien des soldats ennemis faits prisonniers. Le jeune combattant ruminait sa frustration jusqu’à l’entrée triomphale des rebelles dans la capitale tchadienne, N’Djamena.

1er décembre 1990. Après la chute de la dictature, Yaya Dillo se débarrasse de sa tenue d’enfant soldat. Il reprend le chemin de l’école sous les conseils de son entourage à la tête duquel ses oncles les jumeaux Erdimi. Assidu et studieux il est admis au baccalauréat série C scientifique.

Dans les années 98, l’immense espoir démocratique qu’a suscité l’arrivée du Mouvement Patriotique du Salut (MPS) commence à s’estomper face aux réalités du pouvoir. C’est le temps de la déception et de la remise en question. L’exercice du pouvoir est difficile. Dans un pays sans grandes ressources, c’est encore mille fois plus difficile. Arriva le moment du grand départ de jeunes vers l’ailleurs. Une grosse vague d’immigration quitte le pays. Certains pour les études, d’autres pour simplement fuir une société sans espoir. Yaya Dillo choisit de partir pour le Canada. Il a la ferme intention de continuer ses études universitaires. Il s’inscrit en Génie Électrique et télécommunications à l’Université d’Ottawa. Il sort ingénieur avec deux profils.

2005-2006. C’est le retour au pays. Auréolé de ce diplôme d’ingénieur d’une prestigieuse université nord-américaine Yaya Dillo croyait être accueilli les bras ouverts par le régime. Il est surpris d’être ignoré. Pis, une pluie de reproches lui tombe dessus pour avoir écrit quelques articles critiques envers le pouvoir. Un régime qui, selon lui, prenait des décisions souvent injustes et impopulaires. Il encaissait le coup sans broncher. Sans laisser filtrer sa colère, lui qui a sacrifié son adolescence pour installer un oncle au pouvoir.

2007. Le clan au pouvoir se divise. Ses oncles, les jumeaux Erdimi sont accusés de coup d’État. Une grosse partie des militaires se rebellent. Ils gagnent le maquis aux confins du Darfour au Soudan. Yaya Dillo est parmi la troupe. Il sent son heure arrivée. Il s’impose comme porte-parole des insurgés. Il est partout sur les ondes radiophoniques, surtout la radio française RFI. Il prend goût. Il profite selon les acteurs d’antan pour créer le Socle pour le changement l’unité nationale et la démocratie (Scud), mais en réalité il est, dit-on, le faux nez des tontons Erdimi. Les vrais leaders de cette rébellion ce sont eux. Sur le terrain, un bras de fer s’engage entre lui et ses oncles. Dillo refuse de céder et réclame la paternité du mouvement. De conciliabule en conciliabule, il est éjecté. Un autre mouvement le Rassemblement de Forces pour le Changement naît sur les cendres du Scud. La bravade est faite. Elle est assumée. Yaya Dillo est arrêté. Il est prisonnier de ses oncles dans la jungle du Darfour. Il est soupçonné de vouloir saboter la rébellion en informant son autre oncle, le président Deby Itno, des faits et gestes des rebelles. Les sages de la communauté apprennent la nouvelle, ils se rendent sur le terrain et négocient. Ils n’obtiennent pas sa libération, mais il est remis aux alliés soudanais. Il est transféré à Khartoum, la capitale soudanaise. Le président Deby Itno envoie des émissaires, négocie et obtient sa libération. Il est rapatrié à N’Djamena. Et brandi comme un trophée arraché aux rebelles. Comme une preuve que la lutte armée est une aventure sans lendemain.

2008-2009. En contrepartie de son ralliement, Yaya Dillo est nommé ministre d’État au ministère de l’Agriculture, ensuite ministre des Mines et de l’Énergie. Plusieurs fois conseiller à la présidence. Il s’attelle à sa tâche, prend de l’assurance et est convaincu d’avoir un destin politique. Son étoile palie, il est éjecté du gouvernement. Il chôme quelque temps. On lui trouve un point de chute comme Représentant Résident de la Commission économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac). Il ne semble pas s’épanouir à ce poste. Certaines sources affirment qu’il a démissionné de cette responsabilité. Alors que d’autres disent qu’il a été remercié.

Yaya Dillo avait un objectif : légaliser le parti qu’il a créé disent ses proches pour se présenter aux élections d’avril prochain. Ils affirment que les autorités n’ont jamais voulu légaliser ce parti. L’intéressé s’est alors trouvé une mission via les réseaux sociaux (RS) : il critiquait violemment la Fondation Grand Cœur (FGC) de la Première dame Hinda Deby Itno et par ricochet dénonçait la mal gouvernance et n’épargnait pas le Maréchal Idriss Deby Itno. Cela hérissait le Palais Rose qui, selon des indiscrétions, échafaudait des plans pour le faire taire.

Ces dernières années Yaya Dillo s’est réfugié dans la pratique rigoureuse de l’islam rigoriste sans décrocher de son dada de toujours : la politique. Ceux qui le connaissent disent que la religion l’a changé. Et qu’elle lui a donné ce qui lui manquait : de la sincérité et de la détermination. Il y quelques jours il dépose sa candidature à l’élection présidentielle et alimentait sa page Facebook par ses sorties virulentes à l’encontre de la FGC. C’était trop pour le Palais.

Samedi 27 février, un scout de sécurité constitué de blindés est envoyé au domicile pour arrêter ce neveu rebelle et ambitieux. L’opération tourne au fiasco. Dimanche matin 28 février, Yaya Dillo annonce sur les RS que son domicile est attaqué. Quelques minutes plus tard, il récidive « ils viennent de tuer ma mère et plusieurs de mes parents ». Cette mort crée un chiisme et un séisme au sein du clan. Internet est coupé. La capitale tchadienne, N’Djamena est isolée du monde. Le neveu rebelle n’est pas arrêté. Il est exfiltré. Personne ne sait où il se trouve. Le Maréchal serait furieux suite à la mort de sa cousine, la mère de Yaya Dillo. Ce dernier, dit-on, brave le président soutenu par des gradés du clan. À la place mortuaire, la peine est lourde. Les N’Djamenois s’interrogent. Et lâchent dans les causeries, « Dillo serait-il le lionceau ? » La ville bruisse des rumeurs. Une seconde, Internet est encore coupé. Une seconde fois, il est encore rétabli. Les rumeurs courent toujours. Cette bravade du neveu rebelle réserve encore des surprises.

 Bello Bakary Mana

BEBZOUNE BONGORO Théophile est vainqueur des primaires de la coalition Alliance Victoire de 16 partis politique de l’opposition. Il a fait chuter le « vieux renard » de la scène politique tchadienne, Saleh Kebzabo chef de l’Union nationale pour le développement et le renouveau (UNDR). Qui est celui qui osa affronter Kebzabo? Et qui lui ravit la place qui revenait naturellement à son ainé. Portrait  

Depuis un certain temps, le leader de l’opposition Saleh Kebzabo sentait un vent mi chaud, mi- frais lui souffler au cou. Il n’osait le dire mais les remontés de son fief le Mayo-Kebbi lui faisait savoir que le parti nouvellement créé par Me Bongoro chassait sur les mêmes terres que l’UNDR. L’affrontement entre les deux n’était qu’une question de temps. D’autant que Me Bongoro est lui aussi né en 1966 à Léré dans la même région que le vieux leader. L’éventuellement affrontement n’était qu’une question de temps. Kebzabo fort de son expérience et de l’implantation de son parti était sûr de lui. Me pas sûr de lui tissait sa toile dans dans la bonhommie en cachant sa détermination. Lorsqu’on l’interpellait il disait en privée que le temps du changement est arrivé.

Le parcours académique de Me Bongoro a été ordinaire comme plusieurs de sa génération. Étudiant, il est admis au baccalauréat série G1 en 1989 au Lycée Technique Commercial de N’Djamena. Il s’inscrit sans enthousiasme à la Faculté de Droit et Science juridiques à l’université de N’Djamena. En 1992, il réussi sa licence en Droit Privé Fondamental. Il se découvre une passion le Droit. En 2006, il bénéficie d’une formation de la première Université du Notariat d’Afrique Francophone de Lomé au Togo. En 2010, il décroche son Master II en Droit des Affaires.

De retour au pays, le natif de Mayo-Kebbi se consacre à sa carrière de juriste comme Notaire tout en flirtant avec la politique. Ironie de l’histoire, il fait ses premières armes à l’Union nationale pour le développement et le renouveau (UNDR) dirigée alors par Dr Ramadane Weidou qui se trouve être son beau-père. Vite il prit ses distances et s’intéressait plus aux activités de la société civiles jusqu’à la fonda de sa propre formation politique en 2018, Parti pour le Rassemblement et l’Équité au Tchad (PRET), dont il en est le président. « Je n’ai jamais adhérer à l’UNDR. J’aurais dû le faire quand mon papa Ramadane Weidou était le président »

Deux ans après la création, du PRET, il intègre la coalition de 16 partis politiques de l’opposition dénommée « Alliance Victoire (AV) » le 03 Février 2021. Il est élu, à la surprise générale, candidat de cette coalition le 09 Février 202, au détriment du principal opposant Saleh Kebzabo. Pour Me Bongoro, son élection à la tête de l’AV donne une leçon à l’Afrique et apporte de corrections aux erreurs passées des opposants africains. Quelques heures après son élection des divisions ont apparu. Certains, soutiens de l’UNDR de clament l’inexpérience du candidat. Et le soupçonne d’être un satellite du parti au pouvoir.  Me BONGORO réplique, « c’est honteux de voire un parti politique de cette réputation avec un président qui à cette compétence et cette autorité puisse laisser ses militants dire des parait choses, » déplore-t-il.  Selon lui, la classe politique tchadienne, a besoin des nouveaux visages, la primaire s’est déroulée dans la transparence et sous l’égide d’un huissier de la justice. Il faudra se prendre au sérieux parce que diriger un parti, ce n’est pas rien. « Il faut une ambition à toutes épreuves pour diriger une nation », ajoute-t-il.

La politique, la notoriété, Kebzabo

« L’homme politique, c’est celui qui choisit son moment pour agir », déclare Bongoro Théophile. Pour lui, la nature humaine n’aime pas la défaite. Selon le président les personnes adultes de bonne foi qui ont décidé en leur âme et conscience de s’assoir autour d’un programme commun. Ils ont choisi librement le mode de désignation du candidat qui va les représenter, c’est du sérieux. Et ses primaires étaient libres et transparentes, dit-il. Critiqué sur le Net d’être un inconnu, le candidat de l’AV crispe son visage et lâche des coups, « je suis à la une des presses nationales et internationales. Se faire connaitre sur la scène politique n’est pas synonyme d’être présent en permanence sur les réseaux sociaux mais c’est être actif sur le terrain », dit le benjamin de la politique tchadienne comme on le surnomme. Il rajoute, « ils auraient dû commencer avec les tintamarres à N’Djamena, mais ce qu’ils ignorent faut qu’ils se renseignent pour savoir si Bongoro n’est pas connu, » ajoute-t-il.  

Interrogé sur ses rapports avec M. Kebzabo, il répond avec diplomatie « Kebzabo est pour moi, comme un papa. Il a tous mes respects, » affirme-t-il. Selon lui, gagné les primaires face à lui n’est pas un manque de respect. C’est plutôt un honneur. Pour Me Bongoro, l’opposant Kebzabo est une référence sur l’échiquier politique. « Kebzabo est une notabilité dans ma communauté qui est aussi la tienne mais il faut dire que la politique a ses réalités et comme maintenant on chasse sur le même terrain je peux être gênant pour lui un jour mais ce respect que je le voue restera toujours »

Au-delà de ses rapports avec M. Kebzabo, pour lui, le paysage politique est ouvert à tous. Chacun arrive avec son projet et ses arguments. C'est projet contre projet pour sortir notre pays de la situation dans laquelle il végète depuis des décennies. Aux dernières nouvelles, Me Bongoro a retiré sa candidature des prochaines élections présidentielles.

Djilel-tong Djimrangué

La liste des candidats à l'élection présidentielle au Tchad prévue pour le, 11 avril prochain, à été publiée, le 03 mars dernier. Sur les 17 dossiers de candidature déposés, seulement 10 ont été retenus. Cependant, au rang des candidats retenus, quelques-uns se retirent. Ialtchad s'est intéressée aux partants et non partants pour comprendre leurs raisons. Reportage

Selon le candidat de l'Union nationale pour le Renouveau et la Démocratie (UNDR), M. Saleh Kebzabo, les motivations du retrait de leur candidature sont nombreuses. Il déclare avoir envoyé une lettre de retrait  à la cour suprême avant la publication de la liste. D’après lui, la cour suprême a retenu sa candidature soit pour leur faire perdre les 10 millions de caution soit le dénigrer.  «La cour suprême est tenue de respecter le chronogramme qui s’impose à tous. Selon la CENI, la date de publication de la liste des candidats est fixée pour le 09 mars. Ce que la cour suprême vient de faire n’est pas loin d’un parjure, sinon une forfaiture», indique le candidat de l'UNDR. De son avis, c’est un désordre politique créé.

Pour le président de l'UNDR leur retrait fonde beaucoup de raisons. En réalité, dit-il, les militants du Bureau politique national (BPN) ou Bureau exécutif savent depuis un an que la participation de l’UNDR allait être hypothétique. Kebzabo affirme que le régime MPS à tout ficelé  a son avantage. L'organisation donnant lieu à la 4ème République, la création de 50 départements et 23 régions, la modification du code électoral, l’élévation de Deby au rang du Maréchal sont entre autres les motivations de notre retrait.  « On s’insurge contre toutes ces causes», note-t-il. D'après lui, la date arrêtée pour les campagnes c’est le 11 mars. «Nous avons Il y a une dizaine de jours, publié un mémorandum en douze points afin de discuter avec la CENI et le gouvernement pour qu’on se mette d’accord sur les termes d’une élection transparente. Ils n’ont pas répondu à nos doléances», informe le présent de l’UNDR.

«Candidature avec un schéma de retrait à un moment précis »

Saleh Kebzabo souligne qu’il y a eu tentative d’assassinat d’un candidat à l’élection à la personne de Yaya Dillo, le dimanche dernier. C’est la 1ere fois, déclare-t-il, en 25 ans d’élections, qu’on assiste à une telle barbarie. A partir de ce fait-là, nous irons à quelle élection s’interroge-t-il ? Selon lui, l'UNDR n’a jamais fait d’accompagnement. Depuis 2016 poursuit-il, il n’y a pas d’améliorations et la situation politique s’empire. «J’ai déposé ma candidature avec un schéma de retrait de la course à un moment précis. Mais les gens ont précipité notre décision de retrait que nous ne regrettons pas notre retrait d’une fausse élection, une mascarade électorale qui va amener des résultats catastrophiques », martèle-t-il. Sur le plan politique, l’avenir de notre pays est de plus en plus hypothétique et notre démocratie est en danger, a-t-il signifié. «Je ne suis pas candidat de l’alliance mais de l’UNDR. J’ai représenté l’UNDR dans toutes les échéances et n’ont une alliance. L’accident de l’alliance qui s’est produit, la page est tournée. Nous avons été victime d’un complot mais les militants de l’UNDR ont très tôt compris et ont décidé que l’UNDR se retire donc c’est terminer», conclut-il.

Se retirer de la course c'est aller très vite au besoin

Romadoumngar Nialbé Félix est candidat du parti Union pour le Renouveau et la Démocratie (URD). Lui contrairement à Saleh Kebzabo, estime pour sa part que, le retrait d'une candidature respecte la procédure à laquelle on a été investi. « J'ai été investi  par un congrès extraordinaire qui a regroupé les militants de l’union pour le Renouveau et la Démocratie (URD) des 23 provinces du pays. Donc s'il fallait que je me retire  il va falloir que le congrès le décide», dit-il. Selon lui, Il s'est produit le 28 février, un problème judiciaire mal géré.

C'est tragique, les tchadiens en ont encore perdus leurs vie, regrette-t-il. C'est déplorable note-t-il que cela se passe au domicile d'un candidat qui, malheureusement n'a pas été retenu. «Mais il y a eu des événements plus grave que ça au Tchad qui n'ont pas empêché l'organisation des élections. L'arrivée de la rébellion en 2006 au cœur de N'Djamena en est une illustration», argumente, Nialbé Félix. Pour lui, dit-il, se retirer de la course suite à un problème judiciaire très mal géré, c'est aller très vite au besoin. «Ceux qui sont investis  par le bureau exécutif c'est facile de se retirer mais mon cas, il n'y a pas de raison pour me retirer», a terminé le candidat partant de L’URD.

La France demande qu’une enquête publique soit ouverte sur l’incident qui s’est produit au domicile de Yaya Dillo afin de situer les responsabilités. La RFI suggère qu’il y ait une couverture médiatique équitable des candidats. L’ONU pour sa part appelle au dialogue pour une meilleure organisation des élections libres et transparentes au Tchad.

Moyalbaye Nadjasna

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