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Les premiers pas de notre Magazine, l’urbanisation plutôt muscle, le timide recensement électoral sont en substance les fourches de ce deuxième édito.

Ialtchad Magazine : un pari promoteur

Le Magazine bien accueilli à N’Djamena et à Moundou. Nous avons tout donné en qualité comme en contenu pour sa réalisation et la conséquence est une pluie de messages de soutien, de remerciements et de suggestions. C’est aussi ce que nous attendions de nos nombreux lecteurs. Pour façonner ensemble un Magazine aussi proche de leurs réalités et autres souhaits. Que ceux qui nous ont suggéré des rubriques s’assurent, nous sommes en train d’étudier les nombreuses sollicitations. Mais pour ceux qui ont souhaité nous voir faire davantage de place à l’actualité, nous leur disons que pour l’instant nous trouvons qu’il y a pas mal de journaux qui s’occupent de l’actualité. Toutefois rien n’est exclu. Aussi, on avance, le Magazine sera disponible dès le 18 juin 2010 à Abéché, à Sarh et Massaguet, nous en ferons progressivement pour les autres grandes villes du pays. Le prix reste partout au Tchad à 1000 F CFA.

N’Djamena : le pari de Paris

Il y a sûrement mille choses à dire sur l’urbanisation de la capitale, mais l’engagement de la mairie et du ministère de l’intérieur de faire de N’Djamena la vitrine de l’Afrique Centrale se fait d’une manière baraquée. La promesse de la compréhension de la première femme maire par rapport à son prédécesseur n’aura donc pas lieu. Les expropriations et les déguerpissements continuent tranquillement. Sous une saison de pluie, les désagréments ne manquent pas, les décisions sont prises le plus souvent à la hâte et l’exécution avec un empressement démesuré. Comme si Paris s’est construit à quelques mois du 25 août 1994 soit cinquante années après sa libération. Chose certaine, il ne manquera pas bientôt un discours du genre “N’Djamena otage, N’Djamena brisé, N’Djamena martyrisé, mais enfin N’Djamena une vitrine de l’Afrique Centrale”. Vouloir faire de N’Djamena une belle ville est en soi noble comme volonté, mais on doit faire preuve d’humanisme et de réalisme surtout. Les choses sérieuses se font avec plus de responsabilité et non avec des propos du type “que ceux qui n’ont pas les moyens de construire en matériaux durables vendent leurs propriétés”.

Recensement électoral : un pari diminué

L’accord du 13 août 2007 fait son petit chemin mais pas comme on le souhaitait. Le recensement électoral qui constitue l’ossature de ce dernier accord, se déroule à dos d’âne. Le consensus politique, la technologie mise en avant (puisque c’est pour la première fois qu’on cherche à établir au Tchad des listes électorales informatisées) et les nombreuses missions de sensibilisations peinent à convaincre la population. À quelques dix jours de la fin du processus de recensement le constat serait tout sauf un succès. Pas un véritable engouement chez la population. Même si cela ne compromettra en rien les échéances électorales futures, un travail de communication est à faire. A une semaine de l’échéance du recensement, on peut espérer changer d’avis à bien de personnes. Peut-être même penser à proroger si nécessaire l’échéance.


Moussa Yayami, Hamid

« La paix n’a pas de prix. Nous allons continuer toujours, tant que nous pouvons, à œuvrer pour que la paix puisse un jour revenir dans notre pays. » Delphine Kemneloum Djiraïbé 

Avocate et militante des droits de l’Homme, Delphine Kemneloum Djiraïbé a fondé en 1993 l’Association Tchadienne pour la Promotion et la Défense des Droits de l’Homme (Aptdh) dont elle a été présidente pendant dix ans. Lauréate du prix Robert F. Kennedy pour les droits de l’Homme, elle est aujourd’hui la coordinatrice nationale du Comité de Suivi de l’Appel à la Paix et à la Réconciliation au Tchad. A l’occasion de la conférence de presse que son Comité a tenue en date du 21 février 2006 à Paris, Ialtchad Presse lui a proposé de réaliser la présente interview pour laquelle elle n’a pas hésité un seul instant, en dépit de l’acharnement de la presse internationale autour d’elle.

Ialtchad Presse : Me Delphine Bonjour. L’Appel à la Paix est-il entendu par tous les Tchadiens ?
Delphine Kemneloum Djiraïbé : Nous pensons que c’est l’unique voie de sortie de crise crédible en ce moment. Les politico-armés eux-mêmes réclament un espace de dialogue. Les Partis politiques de l’opposition à l’intérieur réclament un espace de dialogue. Les populations expriment leur ras-le-bol par rapport à la situation de non-paix que nous vivons, par rapport à la situation de prise de pouvoir par les armes. Le pouvoir fragilisé essaye de se maintenir mais de toutes les façons, nous pensons qu’il faut absolument s’engager dans un processus de paix et nous continuons de porter le message là où il doit être entendu et nous espérons que les pouvoirs politiques au Tchad entendront ce message qui est salutaire pour tout le monde.

Ialtchad Presse : De 2002 à 2006, cela fait quatre ans que vous vous battez pour la promotion de la paix au Tchad. Où en êtes-vous et quel bilan avez-vous à présenter aujourd’hui ?
Delphine Kemneloum Djiraïbé : La paix n’a pas de prix. Nous allons continuer toujours, tant que nous pouvons, à œuvrer pour que la paix puisse un jour revenir dans notre pays.

Ialtchad Presse : Vous-vous opposez à la tenue d’une élection présidentielle qui est prévue en mai prochain. Est-ce que le président Deby qui s’est donné les moyens d’être reconduit au pouvoir va accepter cela et pourquoi vous êtes contre la tenue de ces élections ?
Delphine Kemneloum Djiraïbé : Tout le monde sait que dans les conditions actuelles, on ne peut pas parler d’élection au Tchad parce que les recensements ont été mal faits. Techniquement, aucune administration au Tchad en ce moment n’est en mesure d’organiser des élections. Beaucoup de personnes liées au pouvoir ont pris les armes parce qu’elles ne croient plus aux élections tel que ça se passe maintenant. Le pouvoir a rompu déjà un consensus national en procédant à la modification de la Constitution et nous pensons qu’il ne va pas encore rompre ce consensus national qui est claire et qui dit que les conditions ne sont pas réunies pour aller aux élections.

Ialtchad Presse : Comment votre Comité entend faire un contre poids face à Deby ?
Delphine Kemneloum Djiraïbé : Nous avons une base assez large qui nous permet de porter le message que nous portons. Nous, en tant que Comité de Suivi, voulons jouer un rôle de médiation dans ce processus. Nous renfermons en notre sein les Associations de la société civile, les Associations de Droits de l’Homme, les Syndicats et autres qui ont des stratégies de mobilisations populaires pour faire des revendications. Les Associations de la société civile et les Partis politiques de l’opposition se mobiliseront pour faire un contre poids réel contre Idriss Deby s’il persiste à aller aux élections.

Ialtchad Presse : Pourquoi une conférence de presse portant sur l’Appel à la Paix et à la Réconciliation au Tchad aujourd’hui, quand on sait d’ores et déjà que tout le monde est en train de fuir le régime pour aller s’armer afin de revenir le combattre, de chercher à le renverser ?
Delphine Kemneloum Djiraïbé : Nous avons fait une analyse du contexte socio-politique au Tchad et nous avons estimé que la solution serait la mise en place d’une démarche pour la paix et c’est ce que nous proposons. En tout état de cause, nous pensons que le message de paix doit être porté et reste valable dans tous les scénarios, dans toutes les circonstances.

Ialtchad Presse : Comment entendez-vous organiser le processus du dialogue politique que vous prônez tant au Tchad ?
Delphine Kemneloum Djiraïbé : Le processus du dialogue peut s’organiser autour de trois thèmes 
- La mise en place des processus institutionnels de transition ;
- La réforme du secteur de sécurité ;
- La mise en place des mécanismes de réconciliation populaire.
Il faut évidemment qu’un comité de pilotage réfléchisse à cela avec le mandat du gouvernement, pour pouvoir donc réfléchir au contour de cette transition, réfléchir à un calendrier électoral et réfléchir à un processus de dialogue national qui va discuter des détails de tout ce que va comporter la transition. Nous pensons qu’un tel dialogue doit s’organiser et peut s’organiser si la Communauté internationale s’y implique en créant les conditions de sécurité nécessaires en face des organes de sécurité interne qui sont complètement en état de désagrégation et en face de la multiplication des armes et des foyers de tensions au niveau interne.

Ialtchad Presse : Avez-vous suggéré ces propositions à la Communauté internationale et quelle en est sa position ?
Delphine Kemneloum Djiraïbé : Nous avons suggéré cela à la Communauté internationale qui nous a écoutés pour le moment. Nous attendons sa réaction.

Ialtchad Presse : Le Comité de l’Appel à la Paix déclare devant la presse tout à l’heure que Déby n’est pas garant fiable de la paix et de la stabilité au Tchad. Or pour qu’il y ait une table ronde, il faut la participation de tous, c’est-à-dire celle de Deby ainsi que celle de l’opposition démocratique comme celle des politico-armés. Est-ce qu’avec une participation éventuelle de Deby ou du MPS à cette table ronde que vous préconisez, pensez-vous que vous allez pouvoir vous attendre à un résultat concret ?
Delphine Kemneloum Djiraïbé
: Nous sommes dans un processus global. Pour nous Deby est un acteur incontournable dans ce processus de paix. Il doit participer au dialogue comme les autres acteurs armés et non armés. Nous pensons qu’un tel processus, pour qu’il réussisse, doit créer les conditions pour que chacun puisse exprimer ses attentes, sa vision du Tchad et il faudrait que tout ce qui va être dit soit inscrit dans un pacte avec un mécanisme de suivi qui puisse garantir l’application. Deby seul ne peut pas prendre le processus en otage. Quand on dit ça c’est minimiser la capacité des autres acteurs à participer à un tel dialogue et à faire entendre leur point de vue. De notre part, nous pensons que la participation de Deby à un tel processus est nécessaire parce qu’il est le président du Tchad, on ne peut pas l’appeler autrement. Maintenant, quant à la dynamique de la négociation, chaque partie prenante à la négociation doit faire prévaloir se prétentions.

Ialtchad Presse : Pensez-vous que l’opposition armée soit favorable pour s’asseoir autour d’une table de négociation avec Deby sachant dorénavant que celui-ci n’a ni les forces ni les moyens de lui résister en cas d’offensive ?
Delphine Kemneloum Djiraïbé : Deby n’a pas les moyens de résister. Déjà notre processus ne veut pas présager de la force ou de la faiblesse ou de la capacité d’un acteur à prendre le pas sur l’autre. C’est une situation qui dure, les Tchadiens en ressentent les méfaits dans leurs corps, dans leur esprit et nous pensons que les Tchadiens sont capables de résoudre leurs problèmes autrement que par les armes. Nous savons par ailleurs que la prise du pouvoir par les armes est rejetée par les Tchadiens et a prouvé ses limites. Nous nous retrouverons exactement dans la même situation que celle que nous sommes en train de vivre actuellement où, la personne qui va prendre le pouvoir par les armes ne se prêtera pas au jeu démocratique parce qu’estimant que ce n’est que par les armes qu’on la fera partir. Donc on restera dans un cycle vicieux qui va être vraiment dommageable pour le Tchad et pour les Tchadiens. Nous pensons, en faisant la promotion de ce processus de paix, que c’est un processus qui est salutaire pour le Tchad et pour les Tchadiens.

Ialtchad Presse : Avez-vous pensé à suggérer à Idriss Deby de quitter le pouvoir le plus pacifiquement possible, sans qu’il y ait effusion de sang ?
Delphine Kemneloum Djiraïbé : Nous ne voulons pas d’effusion de sang et je crois qu’aucun tchadien n’a besoin d’effusion de sang. C’est pourquoi nous pensons que le processus que nous proposons est un processus non violent, un processus qui éviterait au Tchad une énième effusion de sang.

Ialtchad Presse : Est-ce qu’il vous est arrivé de dire à Deby de penser à quitter le pouvoir de manière pacifique ?
Delphine Kemneloum Djiraïbé : Ce n’est pas à nous de dire à Deby de quitter le pouvoir ou d’y rester. S’il y a un processus qui est mis en place, les Tchadiens auront l’occasion de choisir leur dirigeant. Je crois que c’est ça le plus important à l’heure actuelle.

Ialtchad Presse : Avez-vous un vœu à formuler ou une prière à psalmodier pour que la Paix, ce cheval de bataille que vous essayez d’adopter depuis quatre ans puisse porter le calumet que les Tchadiens allumeront peut-être bientôt ?
Delphine Kemneloum Djiraïbé : On appelle tous les Tchadiens à s’associer à ce processus de paix pour qu’une fois les Tchadiens montrent leur capacité à régler leur problème de manière pacifique.

Ialtchad Presse : Delphine Kemneloum Djiraïbé, je vous remercie.
Delphine Kemneloum Djiraïbé : Merci beaucoup.

Propos recueillis par Mohamed Ahmed KEBIR  

Tidjani Brahim est né le 10 mai 1960 à N’Djamena. C’est un artiste peintre contemporain et muséologue de formation. Il est diplômé de l’École Nationale des Beaux-Arts (ENBA) et l’École de Formation à l’Action Culturelle (EFAC), de l’Institut National Supérieur des Arts et de l’Action Culturelle (INSAAC) d’Abidjan en Côte d’Ivoire. Ialtchad est parti le rencontrer dans son atelier, nous vous invitons à le découvrir.

Ialtchad Presse : Qui est Brahim Tidjani ?
Brahim Tidjani : Artiste peintre tchadien d’expression plastique contemporaine.

Ialtchad Presse : Comment votre carrière a commencé ?  Quel a été votre parcours ?
Brahim Tidjani : Cet engagement dans le domaine de la teinture artistique est jalonné d’un long parcours doté d’expériences pertinentes, périlleuses mais aussi passionnantes. Aux prémices de cette carrière en 1987, grâce à des manifestations artistiques organisées par des institutions culturelles telles le Centre des collégiens et lycéens (CCL) actuel Centre Emmanuel où j’ai exposé pour la première fois, le Centre culturel français (CCF) de N’Djamena et de Ougadougou où quelques prestations collectives s’en sont suivies successivement autour des expositions communes à des artistes locaux et étrangers, ont permis au peintre autodidacte que j’étais de montrer mes productions et les faire découvrir au public. L’aventure artistique commence avec un style particulier de l’art populaire dit “art naïf”, inspiré des scènes de vie quotidienne. C’était la période productive de tableaux décoratifs, exécutés au moyen de la gouache, chargée de sens et d’humours, aux formes et aux couleurs multiples, intéressant bon nombre d’adeptes. C’est bien entendu suite à cette relative “popularité” que vînt tout a fait l’occasion saisie pour une formation académique aux Beaux-arts d’Abidjan.

Au Beaux-arts d’Abidjan, j’étais confronté aux dures réalités académiques où je dois réapprendre tout ce que je croyais savoir et dont je ne maitrisais pas réellement. Ayant présenté le “presse book” montrant la photographie de mes productions dites “naïves”, celle-ci ont fait l’objet de remarques, de critiques acerbes et virulentes. Elles ont été qualifiées de nulles, de vides, de rien du tout, de n’importe quoi! Cette situation inattendue m’a fait subir un choque moral à tel point que j’ai tenté de démissionner. Il a fallu les précieux conseils des amis et le soutien moral de ma famille malgré la distance qui nous sépare, pour m’encourager à affronter l’adversité, en acceptant les avis comme tels et continuer ainsi, les études artistiques. Le compteur une fois remis à zéro, ce fût un nouveau point de départ dans le temple du savoir intellectuel artistique. Depuis lors mon style d’autodidacte s’est heurté à l’enseignement académique de 1993. Heureusement cette formation a été bénéfique à plus d’un titre, non seulement dans l’acquisition de connaissances théoriques de base utiles à la compréhension des données liées au savoir artistique et les méthodes pratiques du savoir-faire nécessaires au perfectionnement, mais aussi dans l’accumulation des expériences professionnelles sur le marché de l’art ivoirien, à travers diverses prestations individuelles et collectives. Ce fût la métamorphose totale à travers une maturité artistique, une ouverture d’esprit, une nette vision, dans un changement de style radical, sous l’influence positive d’une nouvelle tendance d’expressions artistiques contemporaines africaines.

D’où l’initiative de créer l’Association “des peintres de l’Échange”, avec diverses prestation autour d’expositions d’œuvres conceptuelles à Abidjan. Suite aux événements malheureux survenus en Côte-d’Ivoire, je suis de retour à N’Djamena depuis décembre 2002 où je mène diverses prestations ; l’enseignement des arts plastiques à l’école et parallèlement des cours de peinture à des particuliers.

Par ailleurs, je consacre le libre de mon temps à des productions en atelier, et bien d’autres actions menées en terme d’animation d’atelier de créativité dans la formation des peintres locaux tchadiens, autodidactes aux techniques de base de la peinture abstraite, mais aussi l’encadrement de bon nombre d’enfants aux techniques de base du dessin, d’illustration et de couleurs.

Outre diverses expositions individuelles ou collectives, s’inscrivent à mon actif des contributions d’actions sociales au moyen des ventes aux enchères et autres réalisations de fresques, illustrations de cartes de vœux etc.

Ialtchad Presse : Quelles sont vos sources d’inspirations actuelles ?
Brahim Tidjani : Je m’exprime dans un langage plastique à connotation plurielle à travers diverses sources d’inspirations conceptuelles puisées dans mon terroir notamment, les traditions tchadiennes en particuliers et africaines en général.

Ialtchad Presse : Et si on veut comprendre les démarches plastiques ?
Brahim Tidjani : Concernant les démarches plastiques, la technique de productions picturale se résume essentiellement à l’usage de la peinture à huile et l’acrylique avec des insertions d’objets et de collage des matières sur des toiles marouflées, sur du bois ou sur du fer comme supports. Au niveau de la conception, les lignes de construction et les formes tantôt dynamiques tantôt statiques sont saisies en surface, dans l’équilibre des masses. Au niveau des couleurs, la palette à dominante chaude est en rapport avec l’environnement immédiat. Il s’agit des couleurs terre, rouge, ocre jaune etc. avec une opposition d’ombre et de lumière, une vibration des rythmes et la force des symboles, l’équilibre de masse en perpétuel mouvement. Quant au collage des matières pour leurs textures, je cherche la structure du volume et le relief pour leurs effets par la procédure d’exploitation de matériaux de récupération et du recyclage. D’où l’intégration de sable, argile, sciure de bois, feuille morte, cendre, morceau de tissus, ficelles, papier mâché, poudre de verre, perles, plastiques, métaux etc. Cette opération de construction aux multiples aspects fait appel à la combinaison d’éléments réels aux formes imaginaires. Le tout exprimé dans une confrontation d’idées, un affrontement à mille et une variations avec le support.

Ialtchad Presse : Avez-vous des références dans votre domaine ?
Brahim Tidjani : En termes de référence dans le domaine de la peinture artistique au Tchad, je cite l’artiste plasticien tchadien Badaoui qui est aussi peintre, calligraphe, sculpteur et designer. C’est un professionnel au parcours exceptionnel, doté d’expérience artistique multidimensionnelle qui fait preuve d’un grand talent remarquable connu pour son art d’expression majeur et qui demeure incontestablement le pionnier de la peinture artistique au Tchad. J’admire son esprit de professionnalisme et l’exigence de la qualité. Aussi, j’admire bien d’autres professionnels du métier artistiques en Afrique et dans le monde.

Ialtchad Presse : Lorsque vous entamer une toile, avez-vous déjà une idée du travail final ?
Brahim Tidjani : Objectivement oui. Subjectivement non. En ce sens que le sujet faisant l’objet de production n’est qu’un prétexte. Par ailleurs, une œuvre d’art ne finit jamais, on l’arrête à un niveau de satisfaction donné. Cependant je suis toujours animé par les soucis de bien faire et du bien accomplis.

Ialtchad Presse : En plus de votre métier d’artiste peintre, vous êtes professeur d’art plastique au Lycée Montaigne. Comment concilier vous les deux ?
Brahim Tidjani : L’enseignement des arts plastiques à l’école est un auxiliaire pratique d’instruction à l’éducation, dans l’esprit d’éveil, de créativité mais aussi dans la culture générale. Le travail en atelier libre est une activité personnelle menée à loisir certes, mais exige aussi plus de temps et de concentration maximum pour parvenir à des bons résultats. Je saisi donc les moments qu’il faut pour cela. Les deux types d’activité avec et sans contraintes.

Ialtchad Presse : Qu’aimeriez-vous que les gens retiennent de vos œuvres ?
Brahim Tidjani : Des œuvres qui donnent à réfléchir sur l’art comme structure de vie du passé qui rappelle une perception du présent. Un apport esthétique contemporain comme sources de savoir intellectuel et de médiations, d’éducation et d’action positive, des formes artistiques formidables, extraordinaires, agréables et symboliques d’expressions modernes, subtiles, aux dimensions plurielles, d’échos intérieurs et extérieurs, d’aspects situationnels, d’interrogations en quête de solutions, en tant que fruit de réflexion, de sensibilité, de pensée, de la destinée humaine.

Ialtchad Presse : À quel endroit aller pour découvrir vos œuvres ?
Brahim Tidjani : En permanence dans mon atelier de production, dans des institutions publiques ou privées ( ambassade des USA au Tchad, ambassade de France, le Centre Culturel Français de N’Djamena, le Lycée Montaigne etc.) et ailleurs telles la représentation du Tchad aux Nations-unies, au Musée municipal d’Abidjan et chez des particuliers.

Ialtchad Presse : Est-il facile de s’immiscer dans ce monde de la peinture ?
Brahim Tidjani : Relativement non. Le domaine de la peinture artistique nécessite des sacrifices énormes à consentir, des consécrations tant sur les plans physiques et intellectuels. Cet univers passionnel et contraignant est comme un magma souterrain où il faut se fonder en tant que matière, résister au bouillonnement, survivre dans la température ambiante et s’éclore le moment venu pour être fertile. Les vraies œuvres d’art naissent dans la douleur. Ce domaine est aussi et surtout celui de la persévérance.

Ialtchad Presse : Des projets d’expositions ?
Brahim Tidjani : Projet en cours si Dieu le veut, avec des peintres professionnels tchadiens d’expressions contemporaines d’ici à décembre 2010 à N’Djamena.

Ialtchad Presse : S’il vous est demandé de portraiturer ialtchad, que vous vient à l’esprit ?
Brahim Tidjani : Comme son nom l’indique ialtchad est une structure médiatique qui concerne de près et même de loin tous les fils et filles du Tchad qu’elle symbolise. C’est un joyau précieux, une lumière scintillante qui alimente l’esprit humain par des informations utiles et agréables. Nous vous sommes reconnaissants pour votre apport au développement de notre société sur le chemin de la modernité. Vous faites preuve de sagesse, de talent et de professionnalisme dans l’évolution de la presse au Tchad.

Entretien réalisé par Yasmine Kaman

Ialtchad Presse : Qui est Paul N’Gadjadoum?
Paul N’Gadjadoum : Moi c’est Paul N’Gadjadoum, sans détour, je suis l’une des grandes figures du Sport Tchadien, un ancien champion d’Afrique, en saut en hauteur. Professeur certifié en Éducation physique et sportive. Aujourd’hui j’ai 52 ans, marié et père de 2 enfants.

Ialtchad Presse : Parlez-nous de votre carrière en quelques lignes ?
Paul N’Gadjadoum :
J’étais, en fait, inspiré au départ par deux grands sauteurs en hauteur tchadiens que sont Idriss Ouya et Ahmed Senoussi. En ce temps-là, j’étais déjà au seuil de l’adolescence, et je venais régulièrement au stade pour les admirer. Ma carrière a commencé plus tard en 1974 sous la direction de deux entraineurs: Vitli Sogrine (un Russe) et Mahamat Idriss Ouya alors Ministre de la Jeunesse et des Sports. Je sautais déjà 1 m 60 et un an plus tard, en 1975 je remporte ma première médaille internationale à Yaoundé lors des premiers jeux d’Afrique centrale. Performance : 2, 05 m une progression fulgurante. Deux ans plus tard en 1977, je remporte mon premier titre de champion d’Afrique en Tunisie, j’avais alors 19 ans. Lorsque du haut du podium, saisissant mon trophée en main, et que retentissait l’hymne national au Stade de Kassar Said, je n’avais jamais cru atteindre un jour le sommet d’une telle gloire, l’émotion, me prit à l’instant même et mes yeux s’embuèrent.

Ialtchad Presse : Quel est votre record ?
Paul N’Gadjadoum : Mon record est de 2 m 17.

Ialtchad Presse : Y a-t-il des prédispositions physiques pour pratiquer le saut en hauteur ?
Paul N’Gadjadoum : Bien sûr, il y a des prédispositions physiques, mais aussi des qualités naturelles innées. C’est à dire la taille, l’envergure des segments corporels, posséder des muscles, aux fibres fines et longiligne capables de réagir instantanément au sol.

Ialtchad Presse : Le Tchad brille rarement au niveau international en athlétisme. Quels sont les handicapes de notre athlétisme ?
Paul N’Gadjadoum : L’athlétisme tchadien avait connu dans le passé des moments plein d’apothéose et ce, grâce à ses grands pionniers que sont Ahmed Issa, Idriss Ouya, Ahmed Senoussi, Yanyambal, Ahmed Kinder Degaule, pour ne citer que ceux-là. Aujourd’hui, nous assistons depuis une vingtaine d’années à une époque relativement contradictoire, même si, l’athlétisme tente de survivre en voulant s’agripper fortement à la rampe grâce à Kaltouma Nadjina. Tenez! Un coup d’œil au stade Idriss Ouya. Vous allez constater que les fausses de haut en longueur, du triple saut, et les aires de lancer de poids, de javelot, de disque, ont disparu au détriment de la pelouse du football en matière synthétique. Seule la piste de 400 m, a pu résister à cette invasion. Voyez-vous c’est erreur monumentale commise par les responsables qui ont mené une telle action. L’athlétisme depuis lors, se trouve amputé de ses disciples phares (5 au total). Le deuxième point que je tiens aussi à souligner, c’est celui de la Fédération tchadienne d’athlétisme qui, depuis, je ne sais peut être 3 ans, souffre d’une crise interne. Les conditions dans lesquelles a été organisée la dernière assemblée générale élective du 13 février 2009, ont une fois de plus entraîné un enlisement. Et la fédération internationale d’athlétisme elle aussi, compte tenue de cette crise, a arête ses subventions en direction du Tchad évidemment dans l’attente d’une solution. La fédération se trouve ainsi réduite dans ses marges de manœuvre. Voilà, en somme, la situation dans laquelle se trouve l’athlétisme tchadien. Une situation de “black-out”.

Ialtchad Presse : Quel est le meilleur souvenir de votre carrière ?
Paul N’Gadjadoum : J’en ai beaucoup (rire). Deux fois membre de la sélection africaine pour la coupe du monde d’athlétisme en 1997 où j’étais le 4ème en finale du saut en hauteur à Düsseldorf (Allemagne) et en 1981 (Rome). Et puis il y a mes titres de champion d’Afrique du saut en hauteur.

Ialtchad Presse : Merci Paul N’Gadjadoum
Paul N’Gadjadoum : Merci à vous, réussite et succès à toute l’équipe Ialtchad Presse

Propos recueillis par Fatimé Mahamat

Les taxi-moto appelés communément  clando par les tchadiens sont devenus le moyen  de transport urbain par excellence à Ndjamena, un moyen de transport de proximité. Ils sont visibles partout dans les carrefours et autres endroits tels que les bars et les marchés.

Les taxi-voitures ont désormais depuis quelques années des concurrents. Ce sont les taxi-moto qui son de plus en plus nombreux. Les habitués les reconnaissent plus facilement. Contrairement aux autres villes du pays à savoir Moundou, Sarh, Abéché, Pala et Bongor, le secteur de taxi-moto à N’djamena n’est pas réglementé et les activités liées à cela  restent interdites. Ben-skin au Cameroun, Zémidjan au Benin, les taxi-moto sont appelés clando au Tchad.

A Moundou par exemple, ce moyen de transport urbain s’est imposé et a obligé la mairie à le réglementer. Les pilotes portent de gilets d’identification, les pièces de leurs motos et les leurs sont strictement contrôlées.

À N’Djamena, l’avènement des taxi-moto est accueilli avec soulagement par la population. Le clando est perçu comme le moyen de transport de proximité. « Le clando te laisse devant ta porte ou t’amène partout  où tu veux, même à l’intérieur des quartiers là où c’est inaccessible aux  taxi-voitures » nous disent certains clients en majorité des femmes. Ces femmes nous confient même qu’elles prennent le clando pour  se rendre au bureau. La colère de certains chauffeurs de taxi-voiture est parfois perceptible. Ils n’hésitent pas à percuter en pleine circulation les pilotes de taxi-moto. Avec les autres usagers de la route ce n’est pas non plus le parfait amour.

Les taxi-moto font l’objet de plusieurs accusations. Ils sont source de cas d’accidents de la voie publique et d’insécurité disent les uns et les autres. Dans une note circulaire datée du 18 mars 2010 signée de l’ancien ministre de l’intérieur et de la sécurité publique Ahmat Mahamat Bachir, la circulation des taxi-moto a été interdite  sur  l’ensemble du territoire national. Motif : perturbation de la circulation (particulièrement à N’djamena), assassinat, vol etc. Puis quelques jours plutard, la mesure est levée dans les autres villes du pays mais reste en vigueur à N’djamena.

Coup d’épais dans l’eau ! Cette mesure n’a rien changé. Les taxi-moto circulent, puisque contrairement aux autres villes, le secteur n’est pas réglementé et  donc impossible de faire la différence entre les motos des usagers  ordinaires et les taxi-moto. Le port de gilet d’identification est  inexistant. Le nombre de ces moyens de transport augmente au quotidien. On les voit partout à travers la ville au grand bonheur de nombreux  usagers, cités plus haut qui pensent que les clando  sont plus rapides même s’ils se plaignent quelques fois du prix.

Taxi-moto : gagne-pain

Les activités des taxi-moto sont devenues depuis peu des activités  génératrices de revenus donc classable comme activités économiques. Une journée remplie peut rapporter jusqu’à 25.000 F CFA par jour selon les pratiquants.  Le secteur absorbe de nombreux sans emplois et des laisser pour  compte. Abdallah, la trentaine, marié et père de quatre enfants, est clandoman. Nous l’avons rencontré dans un carrefour au quartier dembé où il exerce, il nous confie que cette activité lui permet de nourrir sa petite famille. « Je fais honnêtement mon travail et amène mes clients en toute sécurité aux endroits désirés et à des prix raisonnables » précise-il. Répondant à la question sur la mesure d’interdiction toujours en vigueur à  ’Ndjamena, Abdallah conseille  plutôt au ministère  de tutelle la réglementation du secteur, car poursuit-il, on ne peut pas interdire les activités des taxi-moto  parce que la plupart de moto-taximen sont des gens désœuvrés qui  ne cherchent juste à se prendre en charge. Comme lui, beaucoup des jeunes qui sont dans cette activité plaident pour une réglementation du secteur. Cela évitera selon eux beaucoup de dérives.  Richard Madjitoloum  est  un client que nous avons rencontré au moment où il s’apprêtait à prendre le clando pour faire des courses. Il nous lance cette phrase avec grise mine pendant  la conversation avec Abdallah «  il n’ya au Tchad que les taxi-voitures ne demandent jamais la destination du client. Ailleurs les clients indiquent leurs destinations avant de monter à bord. Au Tchad, on vous prend par exemple à dembé et on vous laisse à ambassatna au marché  central etc. »  De plus en plus tendu, Richard s’exprime sur un ton dur «  laissez-nous prendre tranquillement nos clandos ».  Le ministère de tutelle doit donc penser à faire œuvre utile en autorisant la circulation des taxi-motos tout en appliquant de stricts contrôles pour éviter de diverses  dérives et autres accidents de la voie publique.

Sécurité  et service public

Mais une chose est vraie, c’est que les clandos sont à travers leurs pilotes des dangers publics, malgré le service qu’ils peuvent rendre à la population. Leurs allures en circulation sont dignes de films d’action. Ils faufilent entre les automobiles en toute vitesse sans se soucier de la vie de leurs clients ni du tort qu’ils peuvent causer aux automobilistes. Le non respect des codes de la route et le manque d’égard vis-à-vis d’autres usagers restent à déplorer chez les pilotes des taxi-motos.

Tout de même, il faut reconnaitre que les taxi-motos à N’djamena rendent un énorme service à la population. Ils desservent les quartiers périphériques, qui sont le plus souvent inaccessibles au moyen de taxi-voitures. Comme dans les autres villes du pays ou des villes des pays africains que sont Douala, Yaoundé et N’gaoundéré (au Cameroun) ou encore Cotonou au Benin, Bangkok en Thaïlande, le secteur des taxi-moto nécessite désormais d’être canalisé par de règlements. Par exemple, l’obligation de la régularisation (pièces des motos, permis de conduire, port de casques et de gilets d’identification, respect de code de la route etc.)

Et puis une chose et non de moindre, la construction des routes doit prendre en compte les véhicules à deux roues (comme par exemple le cas de la ville de Ouagadougou au Burkina-Faso où les routes construites ont des parcelles réservées aux automobilistes et motocyclistes séparées). Cela éviterait des nombreux cas d’accidents. Les contrôles de routine doivent être assurés pour dissuader les brebis galeuses qui se glisseraient dans le secteur.  Tous ceux qui voudront ou exercent ce métier doivent donc se mettre en règle vis-à-vis de l’administration publique.

Dingamnaïel Kaldé Lwanga

Sur l’axe Abéché-Biltine, à une cinquantaine de Kilomètres de la capitale du Ouaddaï, se trouve un endroit plus que vénéré. Il s’agit du Rocher plat dénommé « Salatoul-Rassoul». Dès l’abord l’on se rend compte que l’endroit est protégé par une haie de branchages d’épineux (acacias), à l’ombre Sud-Est d’un jeune acacia verdoyant. La haie est envahie par des herbes folles. Le rocher, plat et pas trop grand, n’est pas seul. D’autres minéraux de même espèce sont mitoyens. La particularité du Rocher «Salatoul-Rassoul» est qu’elle porte, incrustées sur sa paroi, des empreintes qui subjuguent : deux fossettes parallèles (traces de genoux ?) et une fossette isolée (front ?) ainsi que des empreintes démesurément longues de cinq doigts (mains ?) de part et d’autre de la fossette isolée. Le tout donne les traces d’un orant ayant accompli une prière mahométane  suivant  la qibla.

En bien observant les empreintes des mains, elles sont de loin trop grandes, comparées à une main humaine. Elles ressemblent plutôt aux empreintes d’un grand échassier ou d’un dinosaure. Ce qui intrigue le plus, c’est la possibilité de pouvoir laisser de telles traces sur une matière aussi dure qu’est la roche ! Comment est-ce possible ? Depuis quand ? Qui fut alors ce prophète qui pria en cet endroit et sur ce rocher ? Que des questions sans réponses.

«Salatoul-Rassoul», un endroit de vénération !

Quoiqu’on dise, le lieu attire bien des gens qui viennent déposer des offrandes de toute nature. Des hommes et des femmes en désespoir viennent s’y recueillir et prier. Les uns cherchent la guérison d’une maladie ou la fortune, d’autres, souvent des femmes stériles ou célibataires, s’adressent des vœux de fertilité et d’un mariage attendu qui ne vient pas.

 Selon les on-dit, un trio de femmes avait, dans une époque récente, exprimé trois vœux lors d’une descente à cet endroit mystique : la premier demanda la richesse, la seconde exprima le souhait d’avoir une postérité (enfants) et la troisième, un mariage avec un Sultan. Toutes les trois femmes auraient vu leurs vœux se réaliser dans une certaine période.

«Salatoul-Rassoul» est un endroit bien insolite. Son mystère reste entier. Cependant de nombreux tchadiens ignorent son existence alors qu’il se situe à une cinquantaine de mètres de la route Abéché-Biltine intensément empruntée par les voyageurs.

Des adolescents âniers, gardiens du temple !

Lorsque nous visitâmes ce mystérieux endroit le 27 Août 2009, aucune âme n’habitait dans les parages. Seuls quelques enfants perchés sur des ânes nous observaient de loin. Juste après avoir quitté le rocher « Salatoul-Rassoul », nous vîmes les galopins à dos d’ânes se ruer  vers le lieu, croyant y trouver  des offrandes laissées par notre passage. Nous y fûmes pour notre curiosité et  non pour une vénération. Nos jeunes âniers seraient bien déçus de se retrouver bredouilles.

Un trésor touristique ignoré !

Ce lieu mystérieux reste un endroit mal gardé. Une restauration de l’endroit s’impose ainsi que sa mise en valeur pour attirer des pèlerins et des touristes. Les collines et les ravins environnants constituent de beaux paysages pour des trekkings.

Dr Djiddi Ali Sougoudi, Médecin

 

La petite place de festivité d’Oumchalouba était encore déserte mais il y flottait déjà quelques banderoles et drapeaux. Il était d’ailleurs tôt encore. C’était le 1er décembre 2008, journée de la Liberté et de la Démocratie. Je venais d’arriver, la veille, en provenance de Fada, dans une vétuste ambulance du district sanitaire de l’Ennedi-Ouest. Mission : aller à la rencontre des tchadiens en détresse.
Le gouverneur de l’Ennedi, Ahmat Dari Bazine, m’a demandé d’aller à la rencontre des tchadiens expulsés de la Libye. C’étaient des émigrés tchadiens partis en quête d’un eldorado chez le voisin du Nord. Des tchadiens en infortune dont le parcours était jalonné des morts sans sépultures ni rituels, parmi lesquels une épidémie mal définie semait la mort et la peur.

 De l’eldorado à l’enfer

 Ils étaient 362 tchadiens entassés dans deux gros-porteurs communément appelés « 26-24 ». Arrêtés et emprisonnés depuis les terres libyennes, puis expulsés, ces compatriotes avait vu leur périple commencé à Maten-el-Serra. Fouettés par le vent, rudoyés par les conditions du voyage, affaiblis et traumatisés, ces fils de toumaï flirtaient avec la mort. La quête d’un eldorado se transforma vite en un enfer : le convoi enterra son premier mort à Ounianga et le second à Bir-Nassara (ou Yigué-Eskyi ou Puits-Neuf) dans les dunes mugissantes au Sud-Est de Faya-Largeau.

 Des hommes en agonie autour d’un cadavre

 Je quittai Oumchalouba vers 7 heure, accompagné de deux infirmiers, d’un brancardier et deux agents de polices. Les expulsés se trouvaient à 23 km d’Oumchalouba, sur l’axe Oumchalouba-Faya, dans l’enneri de Yiandinga, un oued serpentant dans une immense zone d’erg parsemée de butte de rochers bleuâtres, aux silhouettes de pachydermes. Une voiture de la police tchadienne qui avait escorté le convoi depuis le sol libyen avait pris le soin d’accoster les gros-porteurs en cet endroit pour éviter une dissémination d’une éventuelle maladie au sein de la population locale. Une sorte de mise en quarantaine. Les policiers m’avaient appris que les voyageurs souffraient d’éruptions cutanés, de fièvres et de faim.
Arrivé sur le lieu, je découvris un spectacle insoutenable : des hommes éparpillés çà et là sous des épineux aux ombres radines. Les uns étaient enveloppés dans des couvertures, d’autres recroquevillés sur eux-mêmes, les visages fouettés par un vent poussiéreux, les bouches aux langues saburrales et chargées et aux dents truffées de poussière et de paille. La peau sur les os, corps crasseux et les têtes envahies de tignasses rebelles, ils avaient tous l’allure d’un fauve malade. Regards lointains, attitudes figées, ils étaient sans morale et sans conviction.

Un mort sans sépulture et des vivants sans visages

52 personnes sur 362 étaient sérieusement malades dont 7 hommes étaient dans un coma. Il n’y avait aucune femme parmi les expulsés. Ils étaient pour la plupart originaires du Ouaddaï, de Biltine, d’Arada mais surtout d’Ati et d’Oum-hadjer. Ils avaient entre 17 et 45 ans et étaient tous partis pour la Libye dans l’espoir d’être riches.
La varicelle compliquée des conditions de voyage, de nutrition et de déshydratation constituait la principale cause de leur morbidité. Certains semblaient présenter des symptômes de rougeole (éruptions cutanées, catarrhe occulo-nasale, bronchites…).
Un corps sans vie, inerte, celui de Albeïne Hiréké, se trouvait coucher sous une des voitures, emmitouflé dans une couverture grise. La mort l’avait surpris dans une attitude de sommeil, le bras droit sous la tête, la gauche en flexion du coude et du poignet dont la face externe se reposait sur le sol. Un chapelet était enroulé en double tour sur ce bras qui portait aussi une montre métallique. Il était né en 1974 à Oum-hadjer. Sa mère s’appelait Kaltam Djarad et il était, de profession, éleveur. Il portait de boutons vésiculeux sur la face et son corps était en rigidité cadavérique. Sa mort datait probablement du milieu de la nuit ou de la veille. En tenant compte des lésions élémentaires cutanées, Hiréké serait mort suite à une varicelle ainsi qu’à la suite des conditions du voyage. Selon un des voyageurs, il sortait d’une prison de Bengazi. Ses compagnons ne l’avaient pas enterré faute d’eau. Dans une de ses poches, il n’avait que 30 dinars libyens et ses cartes d’identités tchadiennes (l’ancienne et la nouvelle). Un patrimoine que j’avais remis en main propre au Commandant de brigade d’Oumchalouba. À 14h j’avais ordonné d’enterrer le corps pour éviter une contamination des vivants.
Les autres malades avaient bénéficié des perfusions (Ringer, sérum salé, sérum glucosé) ainsi que d’antibiothérapie (injectables ou orales) selon les cas et les indications. Beaucoup d’entre eux présentaient des symptômes d’atteindre pulmonaires (toux, râles etc.).
J’avais passé toute la journée avec eux, surveillant les malades les plus graves, contrôlant leurs perfusions. Une citerne d’eau leur avait été livrée avec le concours du maire de la ville d’Oumchalouba.
Le soir je regagnai la bourgade d’Oumchalouba et câblai le Gouverneur de l’Ennedi par un thuraya. Altruiste et hautement humanitaire, la haute autorité régionale me laissa accéder à ma demande, celle d’apporter une alimentation carnée à ces tchadiens venus d’une terre où la viande demeurait une denrée rare. Le manque de viande, donc le défaut de protéines, n’était-elle pas une malnutrition, donc une maladie ?
Le lendemain je rejoignis mes patients, accompagnés des autorités (maire de la ville) mais aussi avec une quinzaine de caprins qui furent distribués aux sinistrés.
Un peu dégourdis et délassés, les expulsés m’accueillirent en bon samaritain. Je me précipitai pour réexaminer les comateux mais tous se tenaient sur leurs séants. Ce qui m’avait nourri d’une évanescente satisfaction personnelle. J’ai cru un moment que j’avais sauvé des vies, des vies tchadiennes !

Je découvris aussi que les chauffeurs des gros-porteurs étaient des libyens et ils parlaient un arabe étrange ou peut-être du berbère. Le plus vieux montrait des signes d’impatience teintée d’arrogance. Il prétendait avoir fini sa mission de déposer les indésirables tchadiens sur leur terroir et qu’il pouvait rebrousser chemin.

Les autorités tonnèrent à leur tour et ordonnèrent aux agités chauffeurs de convoyer les expulsés sur Arada. Ce qui fut entrepris le soir du 2 décembre 2008.

Docteur Djiddi Ali Sougoudi

Nul ne peut ignorer que notre culture tchadienne avec  toutes ses  diversités, est en nette stagnation, pour ne pas dire en état de régression ,cela est dû évidement à plusieurs raisons subjectives et objectives, je peux citer parmi tant d’autres, le manque de considération et du respect aussi bien populaire et officiel à l’égard des hommes et des femmes de la culture, (artistes, humoristes, musiciens, etc.),la quasi inexistence  des infrastructures à caractère culturel, à savoir les maisons culturelles, les centres de formation ,et la liste peut s’allonger. mais au-delà de toutes ces raisons qui menacent l’existence de notre riche culture tchadienne, nous devons d’abord  déterminer les responsabilités  qui sont à l’origine de cette régression remarquable que vit notre culture dans toutes ses formes, en commençant par la musique et les chansons traditionnelles et modernes qui ne comptent  qu’une  poignée des professionnels, la plus part d’entre eux sont inconnus au niveau national, tandis que les autres malgré leur notoriété médiatique et sociale .n’incarnent pas la vraie culture tchadienne, qui fût incarnée par des talentueux comme Ahmat Pecos, Ahmad Djalali et Moussa Chauffeur, quant au niveau théâtrale et cinématographique, je peux dire avec regret que jusqu’à maintenant le Tchad n’a pas pu enregistré de succès dans ce domaine, ni sur le plan populaire, ni sur  le plan institutionnel, puisque tous ceux qui s’engagent dans ce genre des domaines, se heurtent finalement à des difficultés socio-économique qui les obligent à abandonner cette voie et à chercher une autre alternative, à titre d’exemple : toutes les troupes théâtrales ou presque, disparaissent après une courte durée d’existence. !!!

Quelles sont  les causes déterminantes de ce fiasco culturel ?

  D’après mon humble analyse, La non considération, le mépris et le rejet qui sont réservés par notre société à tous ceux qui veulent incarner, interpréter et diffuser notre culture, sont l’une des  principales causes.

  • Toute activité culturelle nécessite des moyens financiers et des infrastructures  culturelles qui sont capables de l’accueillir, ce n’est pas le cas de notre pays qui ne dispose presque pas des salles de projection, maisons des jeunes, centres culturels, laissant la porte ouverte aux étrangers qui ouvrent des centres culturels, afin de diffuser leurs cultures.
  • Le manque de conscience culturelle chez la plus part d'entre nous, qui  négligent et ignorent tout ce qui est tchadien et reçoivent par contre la culture d’autrui. Exemples : un tchadien peut avoir pour lui seul une dizaine voire une centaine de cassettes et CD étrangers, mais pas une seul cassette de : Moussa Chauffeur, Kafani, Alhadj Ahmat Pecos, Issa Moussa, Youssouf Hamid, Moudjos, Alhadj Ahmat Djalali, Talino, Gazounga, Said Alkouk, Moukhtar Waddassabila, etc.

Nous pouvons certes, nous ouvrir à la culture des autres, sans que cette ouverture soit au détriment de notre propre culture.

Les responsabilités sont-t-elles partagées ?

    Les responsabilités sont sans nul doute partagées entre l’individu et la société sans  pour autant oublier l’Etat, qui lui aussi se taille la part du Lion dans ce cette sérieuse crise. D’abord chacun d’entre nous est appelé à respecter, avant les autres, ses valeurs culturelles et traditionnelles, les montrés aux autres, si l’occasion se présente, malheureusement, l’individu tchadien s’est désintéressé de ce devoir.

    La transmission des valeurs culturelles et coutumières d’une génération à l’autre doit être garantie par  la société (la famille, l’école, l’entourage…) et cette dernière doit jouer son rôle dans ce sens, cela ne se réalise qu’à travers une renaissance culturelle générale, prônée par les élites les plus influentes culturellement dans notre société, à savoir les Musiciens, les Artistes, les Journalistes, les Ecrivains, les Educateurs et tous les intellectuels.

  • il faut que nos éducateurs et enseignants mettent sur pied une méthode éducative moderne et diversifiée, qui prend en considération la musique moderne, les contes populaires, la musique traditionnelle, et tous les autres aspects culturels;

  • il est temps que nos décideurs politiques prennent le courage et désenclavent ce pays médiatiquement, afin que la culture tchadienne occupe sa vraie place, ne serait-ce que sur les plans national et sous régional (Télévision et  Radio nationales en sens vrai tu terme);
  • le ministère de la culture doit être plus actif sur le plan culturel au lieu de devenir un simple département politique, il est important donc de dire que l’existence d’une politique  et d’un agenda culturels permanents, la construction des infrastructures culturelles, l’organisation des semaines culturelles, des expositions, des voyages, des concours, des prix culturels et autres, est une tâche qui incombe essentiellement au ministère de la culture;

  • Nos représentations diplomatiques doivent apporter leurs contributions en ce sens, j’ai du mal à comprendre que nos ambassades ne parviennent même pas à organiser des modestes journée culturelles, pour montrer  notre culture aux pays hôtes, alors leurs homologues des autres pays organisent de temps en temps des petites activités culturelles, en collaboration avec les unions estudiantines installées à l’extérieure, pour prouver aux pays qui les accueillent qu’ils  sont là pour représenter diplomatiquement et aussi pour faire la diplomatie culturelle;

  • Malgré le manque des moyens, les Unions estudiantines Tchadiennes ont, elles aussi, le devoir de faire connaître la Culture tchadienne partout dans le monde, en collaborant avec d’autres unions estudiantines étrangères;

  • le pouvoir public est appelé  également à encourager et à aider financièrement et moralement, tout initiative consistant à  diffuser, moderniser et conserver notre belle culture, à créer des  centres de formation en la matière, à obliger les médias publics et privés de consacrer une bonne place à la culture tchadienne, tout en récompensant tous les talentueux, bref, à réorganiser le champ culturel ,pour qu’un jour, les uns et les autres puissent connaître la valeur de leur culture, la conserver et la transmettre avec fierté à la génération future. Si chose faite, notre culture sera sans  aucun doute, une culture bien existante, visible et capable de relever les défis d’une mondialisation multiforme qui ne connaît pas les frontières et ne tolère pas  les cultures stagnantes.

Je ne saurai terminer sans rendre un sincère hommage au courageux cinéaste tchadien Mahamat Saleh Yacoub, ainsi qu’à tous ceux qui militent à l’intérieure comme à l’extérieure du Tchad, pour la renaissance de l’identité tchadienne.

Abdelsemi Ahmad Djibrine

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