«...On est parti du constat qu'il n'existait aucun site web qui traitait objectivement et en toute neutralité les problèmes de notre pays en général et ceux de la jeunesse tchadienne en particulier. (...) Pour ce faire, il était impérieux pour la jeunesse tchadienne tout entière de s'offrir un cadre pouvant lui permettre de débattre elle-même de ses problèmes...» Moussa Yayami, Hamid
Ialtchad Presse déjà deux ans. Aujourd'hui, nous profitons de cette occasion pour faire un petit peu le point avec le Directeur de publication et Webmaster Moussa Yayami, Hamid, créateur de ce qu'on pouvait qualifier aujourd'hui de portail de réflexion et d'information par excellence de la jeunesse tchadienne.
Ialtchad Presse : Qui a conçu ce site ? depuis quand a-t-il été créé ?
Moussa Yayami, Hamid : Celui qui a conçu le site, c'est moi, Hamid. Il a été créé vers la fin 2000. À l'époque ce n’était pas aussi riche en contenu mais j'ai préféré le publier afin de pouvoir le façonner ialtchadement, c'est à dire l'améliorer de manière dynamique et responsable avec les ialtchad. Notre grand départ était le jeudi 11 janvier 2001. Je remercie beaucoup ceux qui ont cru dès les premières heures en Ialtchad Presse et ce sont joints en moi plus particulièrement toi, pour le travail abattu chaque jour. Bien évidemment merci à tous ceux qui m'ont soutenu et qui continuent de me soutenir. Je ne pourrai les citer tous car ils sont nombreux, mais qu'ils sachent que je ne les oublie pas, c'est aussi grâce à eux que ce site fonctionne.
Ialtchad Presse : - Quels ont été vos motivations et vos objectifs?
Moussa Yayami, Hamid : On est parti du constat qu'il n'existait aucun site web qui traitait objectivement et en toute neutralité les problèmes de notre pays en général et ceux de la jeunesse tchadienne en particulier. Or, nous sommes conscients du fait que notre pays a traversé plusieurs décennies des guerres et des déchirures ayant créés des cicatrices difficiles à panser où d'ailleurs personne n'en est sorti gagnant. Pour ce faire, il était impérieux pour la jeunesse tchadienne tout entière de s'offrir un cadre pouvant lui permettre de débattre elle-même de ses problèmes.
Dès le départ, nos objectifs consistaient à :
Voilà en quelques mots les objectifs que nous nous sommes assignés.
Ialtchad Presse : Quelles sont les sources d'informations et la fréquence de mise à jour d'ialtchad ?
Moussa Yayami, Hamid : Nos informations proviennent des médias nationaux et internationaux, de la part de nos correspondants ainsi que de la bonne volonté des ialtchad repartis un peu partout dans le monde. Il est à noter que nous mettons beaucoup l'accent sur la fiabilité et la pertinence de l'information ainsi que la crédibilité de leurs provenances. Par contre notre mise à jour se fait de la manière la plus régulière et soutenue qu'on n'en peut trouver ailleurs grâce à une équipe très dynamique dotée d'une permanence de presque 24h sur 24h.
Ialtchad Presse : Comment s'effectue le fonctionnement administratif et l'entretien d'Ialtchad Presse ?
Moussa Yayami, Hamid : Tous les membres de l'équipe participent à la recherche, aux traitements et à la diffusion des informations sauf que les tâches quotidiennes sont reparties à tour de rôle entre les différents membres. Cette dynamique harmonieuse nous a permis de faire d'Ialtchad Presse ce qu'elle est aujourd'hui.
Ialtchad Presse : Voilà deux ans que Ialtchad Presse existe, quel est le bilan du site ?
Moussa Yayami, Hamid : En général, nous avons atteint la quasi-totalité de nos attentes. Nous sommes partis d'environs une dizaine de visiteurs par jour à pratiquement plus d'un millier d'internautes par Jour, de partout dans le monde qui viennent prendre de l'air sur les pages d'ialtchad Presse. Tous les jours c'est aussi entre 2000 et 7000 pages consultées. Nous n’attendions pas autant, pas aussi vite, c’est 5 fois plus que nos prévisions les plus optimistes. En plus ces chiffres augmentent chaque jour. Les statistiques ci-dessous illustrent bien cela.
Autrement, notre fierté est de pouvoir enfin offrir à la jeunesse tchadienne cet instrument tant précieux qui lui permet de discuter librement de ses problèmes, d'échanger son vécu en vue de préparer son avenir.
En outre, nous nous réjouissons de pouvoir respecter notre ligne de conduite qui se traduit par la neutralité et l'impartialité qui jusqu'à là nous a permis de contenir les divergences des uns et des autres mais aussi d'affirmer notre indépendance. Toutefois, notre leitmotiv demeure celui qui consiste à présenter une tribune libre qui refuse les plaisantins se contentant à donner un avis à l'emporte-pièce ou encore à se lancer dans des critiques vulgaires et stériles. D'où notre acharnement à vouloir cultiver un climat de confiance inter-ialtchad basé sur des principes comme le respect, la tolérance, la solidarité, etc.
Plusieurs témoignages ainsi que la participation massive de nos frères et sœurs montrent aujourd'hui le rétablissement effectif de cette atmosphère de confiance mutuelle et de respect du prochain qui nous a malheureusement toujours fait défaut.
Nonobstant ce constat rassurant, il en demeure pas moins qu'il reste beaucoup à faire afin de donner à notre site l'image de marque et la notoriété tant attendues.
Ialtchad Presse : Que pourraient être les perspectives d'avenir d'Ialtchad Presse ?
Moussa Yayami, Hamid : Il faut reconnaître que notre Presse est embryonnaire. Elle existe grâce au travail bénévole et studieux de l'équipe dirigeante. Mais cela ne nous empêche pas d'élaborer davantage des projets combien ambitieux qui visent à concurrencer les portails panafricains existant, bien que ces derniers disposent de moyens considérables.
Toutefois à court terme:
À moyen et long terme:
Cependant, l'avenir de cette Presse incombe à tous les jeunes ayant le souci du défi, de l'unité, de la fraternité, du sens de patriotisme visant à sortir notre pays de la médiocrité.
Ialtchad Presse : Pour conclure, je voudrais te demander à qui appartient Ialtchad Presse ?
Moussa Yayami, Hamid : Certes, cette question est trop pertinente du fait de sa récurrence, mais grande est ma frustration d'attribuer au site une certaine paternité. Car comme son nom l'indique, ialtchad signifie les enfants du Tchad. Par conséquent, il va de soi que ce site appartient à tous les concernés. Je profite de l'occasion pour inviter toute la jeunesse à apporter leur pierre angulaire au développement de cet outil indispensable à notre épanouissement tous azimuts.
Aussi que chacun fasse preuve de sagesse, de responsabilité, de courage, d'abnégation pour l'instauration du respect des diversités culturelle, religieuse, ethnique et d'opinion. Car cet outil est loin d'être une tribune de règlements de compte, de procès, de rancœur. Il n'est de mise que les idées d'où surgiront les prémisses d'un Tchad nouveau bâti sur l'espérance. Cette célèbre phrase de Thomas Sankara, ce grand homme, figure emblématique de la jeunesse africaine devrait nous inspirer davantage: « là où s'abat le découragement s'élève l'espoir des persévérants ».
ialtchad Presse : Merci
Moussa Yayami, Hamid : À moi de remercier une fois de plus tout le groupe Ialtchad Presse, les internautes, les correspondants pour leur concours combien important à la survie de cette Presse.
Propos recueillis par Brahim Wardougou
Goukouni Weddeye : Mon pays, la Paix et Moi
“Le Tchad d’aujourd’hui n’est pas celui d’hier à moins qu’on veuille délibérément le juger au passé.”
Le 19 août 2009 dernier Goukouni Weddeye, Président de la République du Tchad à deux reprises : 23 mars 1979 - 29 avril 1979 et 3 septembre 1979 - 7 juin 1982, est rentré définitivement au pays après 27 ans d’exil. Ialtchad Presse est partie à sa rencontre et son Excellence à bien voulu nous confier ses prochaines vues. Il se dit absolument disponible pour se mettre au service de son pays. La paix, la réconciliation nationale et le développement socio-économique du Tchad sont à l'avenir ses préoccupations.
Ialtchad Presse : Bonjour Mr le président. Goukouni Weddeye de retour, lassitude de l’exil ou fruit de la politique de la main tendue du Président Idriss Deby Itno ?
Goukouni Weddeye : Ni l’un, ni l’autre, mon retour est plutôt basé sur ma propre conviction à la nécessité d’apporter une contribution dans le cadre de la paix au Tchad. C’est pour cette initiative que j’ai entrepris en 2007 des démarches auprès du feu Président gabonais Oumar Bongo. Ces démarches ont abouti à une réunion que j’ai eu à présider avec certains opposants et d’autres personnalités politiques tchadiennes, c’était la conférence de Libreville de juillet 2007. Après Libreville, nous avons eu à rencontrer le Président Idriss Deby Itno à N’djamena, nous nous sommes informés de son avis afin d’harmoniser nos opinions. La rencontre s’est bien passée, le Président nous a donné son approbation et nous a exhorté à poursuivre notre initiative. C’est dans ce cadre que des comités de paix et de réconciliations ont été mis sur pied.
Malheureusement, nos démarches ont été sabotées par des manques de volontés de part et d’autres. Des pays stratégiquement importants pour la paix au Tchad comme la France, la Libye, le Soudan nous ont bloqué la porte en refusant de soutenir nos démarches. A ces difficultés, s’ajoute la mort du Président Oumar Bongo, notre principal soutien.
En définitif, nous avons jugé qu’il serait judicieux d’engager des discussions directes sur place à N’Djamena avec le Président Idriss Deby. J’avoue qu’il n’a ménagé aucun effort quand il s’agit de paix au Tchad. Ouvrir des discussions inter-tchadiennes sur place est la solution adéquate. Voilà en gros ce qui a motivé mon retour.
Ialtchad Presse : Déjà en 1993 vous étiez là lors de la conférence nationale souveraine, et brûler symboliquement des armes. Mais vous regagniez plus tard votre exil. En quoi ce second retour sera différent du premier ?
Goukouni Weddeye : Vous savez, lorsque la 1ère fois j’étais venu m’associer au président et au 1er ministre pour brûler les armes, c’était avec la ferme conviction de mettre un terme à toute hostilité armée. Mon honnêteté ne souffre de rien, j’avais bien assisté à la conférence nationale. Cependant beaucoup de tristes événements sont venus jalonner le parcours de notre pays et saper nos belles initiatives. Des oppositions armées au Lac, au Sud, au Nord et la guerre n’a jamais été aussi présente avec son corollaire de victimes. Beaucoup de tchadiens seront tués, des familles entières décimées et des vies brisées. Je ne peux revenir et cautionner tout cela. Aujourd’hui vous conviendrez avec moi qu’il y a eu des changements notables, bien que cahin-caha, le pays est dans une dynamique de stabilité et de développement. L’accord du 13 août 2007 entre le gouvernement tchadien et l’opposition démocratique est un pas considérable vers une stabilité politique du pays qui est gage de tout développement. Des importantes lois ont été adoptées, une commission électorale a été créée d’un commun accord. Aussi, il faut le noter, peu sont ceux qui croient aujourd’hui à la solution militaire, ce qui fait que beaucoup de nos frères sont revenus ou sont en négociations. Il y a là une réalité des volontés des tchadiens et autant il faut apporter sa contribution, venir aider ceux qui ont la volonté de faire quelque chose pour l’avenir de notre pays. Le Tchad d’aujourd’hui n’est pas celui d’hier à moins qu’on veuille délibérément le juger au passé.
Ialtchad Presse : Après 27 ans d’exil, quels sont aujourd’hui vos sentiments ?
Goukouni Weddeye : Au vu de tous les problèmes et autres désolations fratricides qu’a connu ce pays, il y a lieu d’espérer aujourd’hui. Le pays commence à avoir un peu de souffle, que chacun apporte le sien pour seconder celui du pays. Certes, beaucoup reste à faire, mais nous avons là une opportunité à saisir, à essayer de redresser ce pays et personne ne nous reprochera d’avoir osé.
Ialtchad Presse : À la sortie d’une audience avec le Président Idriss Déby Itno vous affirmiez vouloir être utile pour le pays, à quel titre et comment comptez-vous, vous y prendre ?
Goukouni Weddeye : Le titre importe peu, je veux aider mon pays uniquement dans le cadre de la paix, apporter ce que je peux, et cela en toute circonstance, sans rien attendre.
Ialtchad Presse : Comptez-vous assumer un rôle politique si possible ?
Goukouni Weddeye : Je ne dirais pas non dans le cadre de la paix, je suis là pour contribuer à la stabilité, à la démocratie et au développement de mon pays.
Ialtchad Presse : Depuis l’indépendance, le Tchad a toujours été confronté à la guerre et son corollaire d’instabilité, vu vos expériences personnelles, quels enseignements avez-vous tiré ?
Goukouni Weddeye : Rien n’est pire que la guerre, le retard que le Tchad accuse aujourd’hui dans tous les domaines est dû aux hostilités qui ont circonscrit la destinée du pays. Cependant la lutte déclenchée par Brahim Abatcha et suivi par nous même dans le cadre du FROLINA a apporté un grand changement sur l’orientation politique du pays qu’il fallait nécessairement corriger la dérive à l’époque. Sur ce point, personnellement je n’ai rien à regretter. Pour revenir à la question, l’état du Tchad et surtout la situation de ceux qui y habitent résument en eux même tout. L’urgence ce n’est pas de confabuler sur les responsabilités des uns ou des autres, c’est plutôt de s’employer à mettre fin à cette tragédie tchadienne.
Ialtchad Presse : Il s’avère qu’il y a encore des tchadiens qui croient au changement par les armes, votre point de vue ?
Goukouni Weddeye : Sur ce point, j’ai une position tout à fait différente à ceux qui pensent ainsi. Voilà plus d’une quarantaine d’années qu’on fait le plaidoyer de la guerre, je crois que tout tchadien doit comprendre que le dialogue reste l’issue adéquate pour régler nos différends. Toujours penser à résoudre les obstacles par les armes, est à mon avis une grosse erreur, regardons seulement la posture du pays par rapport aux pays voisins.
Ialtchad Presse : Pour terminer
Goukouni Weddeye : Oui ! Je souhaite à mon pays et au peuple tchadien la paix, la démocratie et la prospérité, ce sont là, les nécessités pour l’heure. L’unité de tous les tchadiens est une impérative pour la reconstruction du pays. Bannissons cette quête de l’intérêt personnel pour l’intérêt de tous, et pensons au devenir de nos enfants.
Moussa Yayami, Hamid
Miss Tchad 2010 Khadidja Hissein Wakkai : “Ce titre représente pour moi un grand honneur, un plaisir immense et surtout la réalisation d’un merveilleux conte de fée...”
18 ans, 1.70M, 45 Kg, élève en littérature au Lycée de Lafontaine, Khadidja Hissein Wakkai est élue le 9 janvier dernier Miss Tchad 2010. La Miss Tchad à cœur ouvert sur Ialtchad Presse.
Ialtchad Presse : Bonjour ! Merci de nous accorder cet entretien. Khadidja Hissein Wakkaye Miss Tchad 2010, que représente pour vous ce titre ?
Miss Tchad 2010 : Oui bonjour ! Ce titre représente pour moi un grand honneur, un plaisir immense et surtout la réalisation d’un merveilleux conte de fée. C’était mon rêve. Comblée, je veux dédier cela pour la quête de la paix au Tchad.
Ialtchad Presse : Qu’est ce qui a motivé le jury à voter pour vous ?
Miss Tchad 2010 : C’est une question que le jury pourrait mieux vous instruire (rire). Cela dit j’avoue que je me suis tant donnée pour ce sacre. J’ai travaillé tout ce qu’une compétition d’envergure exige. Dans ma beauté qui comprend ma silhouette, ma démarche, ma tenue vestimentaire, et surtout mon esprit d’ouverture, j’ai rien laissé au hasard.
Ialtchad Presse : Comment vivez-vous aujourd’hui votre succès ?
Miss Tchad 2010 : C’est vrai, quand on devient Miss d’un pays, rien n’est comme avant, je représente des valeurs de mon Tchad et je suis bien consciente des responsabilités que cela implique. Cependant, j’ai bien mes pieds sur terre, ma famille, mes études et mes amis restent encore mes préoccupations.
Ialtchad Presse : Être choisie Miss d’un pays n’est pas une chose facile, comment l’avez-vous préparé ?
Miss Tchad 2010 : Tout naturellement et avec beaucoup de courage et de sérénité. C’était mon rêve de petite fille et grande est ma croyance en moi. Comme toutes les candidates, je suis partie déposer ma candidature pour passer le concours de la présélection avec 60 consœurs venues des différents horizons du pays. Je me suis investi et cela a porté fruit, après le casting, j’ai été aussitôt retenue pour la finale avec 9 autres filles. En finale, nous avons bénéficié d’un encadrement supplémentaire et j’en ai aussi pris note. Dès lors, il me fallait juxtaposer mon rêve, mon intelligence, ma beauté, ma foi en ce que je fais, un peu de chance, la volonté de Dieu et voilà des ingrédients pour être distinguée Miss d’un pays.
Ialtchad Presse : Maintenant que vous-êtes la plus belle tchadienne de l’an 2010, quel message aimeriez-vous transmettre aux tchadiens ?
Miss Tchad 2010 : En tant qu’ambassadrice de la beauté, j’aimerai transmettre un message de paix aux tchadiens. Je demande au tout puissant de nous unir pour le bon fonctionnement et le développement de notre pays.
Ialtchad Presse : Quelles sont vos ambitions ?
Miss Tchad 2010 : Poursuivre mes études, pourquoi ne pas devenir journaliste un jour et être utile pour mon pays. Aussi, comme la première dame Hinda Deby Itno, la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants me tient à cœur, je veux m’impliquer effectivement.
Ialtchad Presse : Bravo pour cette élection et bonne chance.
Miss Tchad 2010 : Bien à vous mon coup de cœur Ialtchad presse, j’ai vu la maquette du journal sur votre site web ialtchad.com, un site que je consulte régulièrement depuis quelques années. Franchement la qualité de votre revue m’a beaucoup impressionnée. Je concède que c’est la chose que j’attendais le moins sur le marché tchadien. C’est formidable votre œuvre, vous ne manquerez pas de succès inchallah.
Réalisation Fatimé Mahamat
Samira : « La mode et le mannequinât au Tchad restent un domaine sous-exploité… »
Femme de foyer, étudiante à HEC (Hautes Études en Communication) en filière Banque et Finance, Madame Toyoum née Samira Marie Loubriat est responsable d’une Agence de Mannequinât. Entourée de ses mannequins les Gazelles du Sahel, la jeune professionnelle a bien voulu nous aider à comprendre son métier et les exigences du statut de mannequin au Tchad. Samira s’est confiée à notre reporter. Entretien…
Ialtchad Presse : Bonjour Madame! Et si nos lecteurs veulent te connaitre ?
Samira : Je suis madame Toyoum, née Samira Marie Loubriat responsable de l’Agence de mannequinât « Les Gazelles du Sahel ».
Ialtchad Presse : Selon vous qu’est-ce que le Mannequinât ?
Samira : Dans l’univers de la mode, le mannequinât occupe une place fondamentale. Le mannequinât est selon moi l’art de mettre en valeur certaines potentialités culturelles que regorge le pays. Dans mon agence, nous mettons en valeur les tissus africains et nous vendons des tableaux qui mettent en évidence les réalités de notre terroir, l’immensité de notre richesse culturelle.
Ialtchad Presse : D’où vous est venu l’envie d’embrasser ce métier ?
Samira : Cette vocation m’est venue de ma génitrice. Ma mère était d’abord mannequin et n’avait pas vraiment atteint l’objectif qu’elle s’était fixé. Elle a voulu voir ce rêve se concrétiser à travers sa fille. Elle m’a donc encouragé dans ce domaine. Ainsi, je me suis impliqué dans la chose aussi comme mannequin et aujourd’hui responsable d’une agence de mannequinât.
Ialtchad Presse : Comme responsable d’une agence, quelles sont les activités que vous menez ?
Samira : Nous organisons des défilés de mode dans les principales villes du Tchad et à l’extérieur du pays. Nous confectionnons des banderoles, nous sommes spécialisés dans la décoration des salles de réunion et de conférence, nous confectionnons des guirlandes, des chapelets, des chapeaux. Pour l’accueil des personnalités, la mise en disposition d’un service de secrétariat et d’interprète, la réservation des billets d’avion et des formalités de police, mon agence est à votre disposition (Rire !).
Ialtchad Presse : Quelle place pour la mode au Tchad ?
Samira : Au Tchad, la mode reste un domaine sous-exploité ou presque pas du tout. Et nous essayons de relever le défi en le professionnalisant en dépit de nombreuses contraintes qui freinent nos activités. Cependant, je demande aux pouvoirs publics et les médias de nous soutenir pour donner plus de visibilité à ce secteur.
Ialtchad Presse : Quelles sont ces difficultés que vous rencontrez ?
Samira : Nous sommes une jeune Agence, et les difficultés sont inhérentes à toute structure ou Institution naissante. Nous avons d’énorme problèmes financiers et ces problèmes s’expliquent par le manque des contrats. Nous ne décrochons pas de marchés. Toutefois, nous restons optimistes quant à l’avenir.
Ialtchad Presse : Quels sont vos perspectives d’avenir ?
Samira : Nous souhaitons faire partie des membres organisateurs des élections Miss Tchad pour pouvoir apporter notre pierre à l’édifice. Nous sommes en train de travailler sur l’organisation dans les jours avenir d’une grande manifestation à N’Djaména avec les firmes textiles de renoms et des couturiers et stylistes du Tchad et de l’Afrique.
Ialtchad Presse : Merci Samira
Samira : Nous remercions Ialtchad Presse qui a bien voulu nous porter cette attention.
Propos recueillis par Fatimé Mahamat
Ialtchad Presse : Zénaba Ahmat Tidjani Miss Tchad 2010, quels sont vos impressions ?
Miss Tchad 2011 : Je suis très émue, ceux qui étaient présents l’ont surement constaté. Je suis très surprise d’être élue miss Tchad néanmoins j’ai le sentiment de satisfaction. Autant toutes les candidates méritent cette couronne.
Ialtchad Presse : Concrètement que représente pour vous ce sacre ?
Miss Tchad 2011 : Ce sacre représente pour moi le fruit d’un travail soutenu et de longue haleine.
Ialtchad Presse : Comment l’avez-vous préparé ?
Miss Tchad 2011 : Péniblement car de l’autre cote il ya aussi les études mais la passion aidant j’ai pu tenir. Merci à ma famille, elle m’a beaucoup soutenue dans mes efforts.
Ialtchad Presse : Pourquoi le jury à voter pour vous ?
Miss Tchad 2011 Simplement par des critères d’élection à mon avis.
Ialtchad Presse : Comment vivez-vous aujourd’hui cette intronisation ?
Miss Tchad 2011. Pas de mots exacts, c’est un passage difficile parce qu’il y’a derrière cela une lourde responsabilité. Toute fois, je suis très fière.
Ialtchad Presse : Vous êtes la plus belle femme tchadienne 2011, quel est votre message pour tes concitoyens et concitoyennes ?
Miss Tchad 2011 : Je leur demande de se mettre au travail et ne pas se sous estimer. Car en chacun de nous il ya un talent caché.
Ialtchad Presse : Voulez-vous nous partager déjà vos projets ?
Miss Tchad 2011 : Je ne sais pas encore, tellement de choses se passent dans ma tête. Cependant, il y a des causes qui m’intéressent beaucoup notamment la lutte contre l’enrôlement des enfants dans l’armée et l’autonomisation de la femme
Ialtchad Presse : Le mot de la fin…
Miss Tchad 2011 : C’est l’occasion pour moi de remercier la première dame Hinda Deby Itno pour ses nombreuses contributions à l’endroit de la femme tchadienne. Mes remerciements également à tous ceux qui ont contribué pour la réussite de cette manifestation culturelle et enfin notre à Ialtchad Presse.
Propos recueillis par Hamid Kodi
Le Retour du baobab
Ialtchad Presse : Présentez-vous aux lecteurs d’Ialtchad Presse ?
St Mbété Bao : Je suis Djerabété Bernard à l’Etat civil et St Mbété Bao le Pharaon de Rongondoh, le Seigneur de Dala. Cependant appelez-moi l’Ambassadeur de la paix.
Ialtchad Presse : Pourquoi l’Ambassadeur de la paix ?
St Mbété Bao : Je m’érige en ambassadeur de la paix pour appuyer nos politiques qui se battent au jour le jour pour l’instauration d’une paix durable sinon définitive pour mon pays le Tchad. En chantant la paix, c’est une façon pour moi d’apporter ma noble contribution à l’édification de la paix, seul gage fondamental pour le développement. Mon dernier album (Faisons la paix) interpelle tous les fils du Tchad sans exception à s’asseoir ensemble, à enterrer la hache de guerre et fumer le calumet de la paix.
Ialtchad Presse : Vous êtes l’un des précurseurs de la musique tchadienne, quel regard critique et objectif portez-vous sur la musique tchadienne ?
St Mbété Bao : La musique tchadienne grandit bien, elle s’exporte et c’est une grande fierté pour moi particulièrement. Cependant, je déplore le manque d’identité de la musique tchadienne. Il est bien de copier sur les Congolais, les Camerounais, les Ivoiriens et que sais-je encore, mais on est arrivé à un moment où on s’interroge sur l’authenticité, l’originalité de la musique de notre terroir. Nos ainés n’ont pas su imposé un rythme, il ne faudrait pas que nous commettons cette même erreur sinon la génération future nous demandera des comptes un jour.
Ialtchad Presse : Quel a été votre apport dans la musique tchadienne et quel est votre genre musical ?
St Mbété Bao : Je suis né et j’ai grandi au village. Mon enfance est bercée par les chansons du village. Je n’ai aucune influence de certains artistes de renom de la capitale (N’djaména). Il n’y a pas des cassettes mieux encore des CD à cette époque pour me permettre d’écouter ces artistes et de copier sur eux. Je n’avais même pas un poste radio cassette d’ailleurs (éclat de rire !). Je suis venu du village avec mon propre rythme, le rongondoh style, composé de Dala et Saï. J’ai commencé à marquer de mes empreintes la scène musicale à partir de mon tout premier album Neurmé Majel (La jalousie n’est pas bonne). Nos ainés n’ont pas su imposer un rythme pour promouvoir la culture de notre terroir. Je suis venu révolutionner notre musique en la faisant transcender les clivages. Sans forfanterie et loin de choquer qui que ce soit, mais j’ai fait en dix ans de dur labeur ce que beaucoup de musiciens tchadiens n’ont pas pu faire après des vingtaines ou trentaines d’années.
Ialtchad Presse : Il y a une guéguerre de paternité de création du rythme Dala entre toi qui t’érige comme le Seigneur de Dala et Ingamadji Némo Mujos (artiste musicien tchadien vivant en France) qui se dit lui le Pape du Dala….
St Mbété Bao : (Rire) Comment pouvez-vous comparer le Seigneur et le Pape ? Le Pape rend toujours hommage au Seigneur et s’incline toujours devant lui. (Rire) J’amuse juste la galerie. Nous sommes des grands amis et frères Mujos et moi et je respecte le travail qu’il fait pour la promotion de la culture tchadienne.
Ialtchad Presse : Vous êtes satisfait de votre parcours ?
St Mbété Bao : Musicalement oui.
Ialtchad Presse : Que devient Saint Mbété Bao après ces 5 albums ?
St Mbété Bao : L’éléphant a maigri, mais l’écureuil ne pourra jamais porter sa robe. Je voudrai finir mon propos en remerciant Ialtchad Presse pour cette entrevue. Qu’Allah bénisse ce média et lui accorde longue vie.
Interview réalisée par Dingamnaïel Kaldé Lwanga
Manga Jean Bosco : “De l’amour à la haine, le mariage devient mirage, les enfants en pâtissent.”
Titulaire d’une Maîtrise en Droit Privé, enseignant et journaliste, Manga Jean Bosco écrit un livre paru aux Editions SAO intitulé « Le réquisitoire des parias ». Ialtchad Magazine s’est entretenu avec lui.
Ialtchad Presse : Présentez-vous aux lecteurs de Ialtchad Magazine
Manga Jean Bosco : Je suis Manga Jean Bosco, natif de Guidma un petit village dans le canton Tikem, Sous-préfecture de Fianga, actuel Département de Mont Illi. Je suis d’ethnie Toupouri.
Ialtchad Presse : « Le réquisitoire des parias » votre livre, vient de paraître. Dans quel contexte est né cet ouvrage ?
Manga Jean Bosco : Étant issu d’un couple qui n’a jamais vécu, mon expérience personnelle a été moins douloureuse, parce que j’ai eu le privilège, d’avoir eu des grands-parents maternels formidables qui m’ont élevé et donné une éducation digne de ce nom. Ils m’ont redonné très vite confiance en moi-même et ont supplée valablement mes géniteurs. Il en serait autrement si ce domicile et cette famille de refuge ne nous avaient pas créée ces meilleures conditions d’épanouissement et de sécurité, ma petite sœur et moi. Ce phénomène des conséquences du divorce sur les enfants est un véritable drame, une véritable braise que couve notre société mais on semble le banaliser. Il faut attirer l’attention de la collectivité sur ce problème. On constate qu’il y a beaucoup de non-dits entre les enfants issus des couples divorcés et leurs géniteurs, d’une part et ces couples divorcés utilisent souvent leurs enfants comme « tirailleurs » mercenaires afin de se régler les comptes. L’enfant, être fragile et innocent, est manipulé selon les humeurs des adultes. Et son éducation dans tout ça ! C’est dans ce contexte trouble où l’enfant demeure la grande victime, le bouc émissaire, le dindon de la farce que j’ai lancé le débat dans ce livre intitulé « Le réquisitoire des parias ».
Ialtchad Presse : Pourquoi ce titre ?
Manga Jean Bosco : C’est un titre évocateur. La lecture synoptique de l’ouvrage fait état de sévères remontrances que celles ou ceux qui s’estiment être mis en marge de la société font à leur alter égo. Ce sont les reproches que je nomme « réquisitoire » et j’appelle parias les supposés marginalisés de la société. Dans cet ouvrage, vous retrouverez des femmes qui ne sont pas tendres avec les hommes. Elles ont une conception négationniste du mariage. Il y a également les hommes qui ne sont pas du reste et tirent à boulet rouge sur les femmes. Le conflit de génération occupe une bonne place dans le livre à travers plusieurs personnages.
Ialtchad Presse : Quand on lit attentivement le livre, il en ressort une autobiographie. Pensez-vous régler son compte à votre géniteur ?
Manga Jean Bosco : Le livre est une œuvre de fiction. J’ai certes puisé mon inspiration à partir de ma propre vie, mais le parcours atypique de mon personnage principal que j’ai nommé Kolyang ne ressemble aucunement au mien ; moins encore celui de sa sœur Maïssankraï à la mienne. Je ne règle pas de compte avec mes géniteurs. Ils sont irremplaçables pour moi. Cependant, je veux établir un contact entre nous et tourner la page du passé.
Ialtchad Presse : Que peut-on retenir globalement de votre œuvre ?
Manga Jean Bosco : Le thème principal du livre c’est l’impact du divorce sur les enfants. Dans un ménage, l’amour est la pièce maîtresse et le reste n’est que des ingrédients. Quand l’amour s’évapore, le mariage ne devient plus qu’une association ou une société d’intérêts économiques. On passe ainsi de l’amour à la haine, le mariage devient mirage.
Dingamnaïel Kaldé Lwanga
Enseignant, écrivain et metteur en scène, le jeune Ouaga-Ballé DANAÏ à bien voulu nous conter son propre itinéraire d'écrivain et sa passion pour ce métier. Il confie également à ialtchad, ses réflexions sur la littérature tchadienne et ses projets d'écriture. Les deux œuvres déjà éditées par Ouaga-Ballé DANAÏ en font de lui l'un des auteurs espoirs de la jeune littérature tchadienne.
Ialtchad Presse : Bonjour, qui êtes-vous, Monsieur Ouaga-Ballé DANAÏ ? Vous semblez ne pas être connu du grand public tchadien. Pouvez-vous nous en dire plus sur vous ?
Ouaga-Ballé Danaï : Bonjour Hamid Kodi ! Il est vrai que je ne suis pas connu du grand public tchadien, mais je pense qu'il va me découvrir au fil des productions d'autant plus que certains journaux ont publié et publient des article sur mon travail et que je collabore de temps en temps avec le journal Carrefour dans la rubrique « Note de lecture ». Les raisons en sont simples : je suis parti de N’Djamena depuis 1985 et mon dernier voyage au pays remonte à 1990. J'estime aussi que je ne suis qu'au début de ma carrière d'écrivain et que le grand public pourra me découvrir le moment venu.
Ceci étant, je suis né le 1er décembre 1963 à Sarh. Après le primaire dans la même ville, j'ai fait mes études secondaires au Lycée Félix Éboué, puis au CEG de Kyabé, au Lycée Ahmed Mangué avant de revenir au Lycée Félix Éboué où j'ai obtenu mon Bac A4 en 1984. Mon rêve était de faire des études supérieures de Journalisme ou de droit. Finalement, je me suis inscrit en Lettres Modernes à L'Université d'Abidjan où j'ai soutenu une thèse de 3ème Cycle en Littérature comparée. N'étant pas boursier, j'ai commencé dès la licence à enseigner dans des établissements en Côte d'Ivoire afin de payer mes études. Depuis 1998, j'enseigne au Lycée Eugène Marcel Amogho de Franceville (Gabon). En plus de l'écriture, je fais de la mise en scène. Cette année par exemple, nous avons remporté le prix du meilleur spectacle au Festival de Théâtre Scolaire de Libreville 2002. Voici brièvement présentée ma personne. Les internautes qui voudraient en savoir plus peuvent visiter mon site : http://site.voila.fr/doballe
Ialtchad Presse : Comment conciliez-vous votre carrière professionnelle et l'écriture ?
Ouaga-Ballé Danaï : Il faut dire qu'il n'est pas facile de concilier les deux, surtout en Afrique et quand on est enseignant. La dégradation des conditions de travail, les effectifs pléthoriques des classes sont des freins réels à la pratique de l'écriture. Il faut donc s'imposer une discipline de fer, gérer rigoureusement son temps. C'est ce que j'essaie de faire. Entre les copies, les préparations, les répétitions théâtrales, je dois écrire tous les jours, même une ligne. Ce qui ne vous laisse pas beaucoup de temps à consacrer aux amis. À partir du moment où l'on a décidé de faire de l'écriture un métier, il faut s'y consacrer entièrement. Hélas, on est obligé d'avoir un autre métier pour pouvoir vivre. L'écriture relève en définitive de la passion, du sacerdoce.
Ialtchad Presse : À quand remonte la révélation de votre penchant pour l'écriture ? Dites-nous comment vous est venue l'idée d'écrire pour la première fois ?
Ouaga-Ballé Danaï : Nous sommes tous des parturientes potentielles. Il suffit d'un déclic. L'écriture, on la porte en soi comme une grossesse parce qu'on a des choses à dire, des histoires à raconter. Je me rappelle, mes rédactions au collège prenaient des allures de fiction. Et quand on est dans une société pourrie, engluée dans les injustices, la corruption et autres maux, la révélation ne peut qu'être fulgurante, je dirai même foudroyante. J'avais emmagasiné tellement de choses pendant la guerre civile, peut-être inconsciemment, qu'une fois à Abidjan, dans mes moments de déréliction, j'ai laissé exploser ma révolte dans «La malédiction» en 88-89. L'écriture fut pour moi un exutoire pour résoudre toutes les contradictions que je portais en moi, disons une sorte de thérapie.
Ialtchad Presse : Parlez-nous en quelques mots de votre itinéraire d'écrivain ?
Ouaga-Ballé Danaï : Mon itinéraire d'écrivain est des plus banals. Lorsque j'avais écrit « La malédiction » (un roman au départ que j'ai repris en pièce de théâtre), c'était d'abord pour me libérer de toutes ces pesanteurs. Le fait de l'avoir dédiée au peuple tchadien et à mon père, victime de la guerre civile, n'est pas gratuit. Après avoir proposé sans succès en 1989 mon manuscrit au concours théâtral RFI, je l'ai gardé dans mon tiroir.
En 1995, je l'ai proposé à mes étudiants de la troupe de l'Université de Bouaké que j'encadrais. Ils étaient en quête d'un texte. Poussés par le sentiment d'avoir été mal jugés lors de la 12ème édition du Festival de Théâtre Universitaire et Scolaire de Côte d'Ivoire (2ème au classement et prix de la meilleure actrice), mes acteurs m'ont demandé de leur écrire un autre texte, « L'enfant de Frica », qui leur permettra d'être lauréats à la 13ème édition avec le prix de la meilleure mise en scène en supplément. Ils m'ont par ailleurs encouragé, comme de nombreux spectateurs, à envoyer mes textes aux éditeurs. C'est ainsi que « La malédiction » a été retenue par L'Harmattan. « L'enfant de Frica » avait intéressé Les éditions Panthéon. Malheureusement, ce projet n'a pas abouti. Depuis lors, je n'ai cessé d'écrire. J'ai décidé de faire de l'écriture «un métier».
Ialtchad Presse : Quels sont les auteurs africains qui vous inspirent?
Ouaga-Ballé Danaï : Je dirai plutôt des auteurs africains qui m'ont marqué par leur écriture. De par ma formation, j'ai beaucoup lu et ma profession m'amène à travailler des extraits d'auteurs de tout horizon. Je ne peux rester insensible à tout ce qui est beau. Je m'extasie donc devant un beau texte, face à l'originalité d'une œuvre. Je peux citer entre autres Sony Labou Tamsi, Ahmadou Kourouma, Boubacar Boris Diop, Aminata Sow Fall, Henri Lopés, Baba Moustapha, Koulsy Lamko, Aimé Césaire, Massa Makan Diabaté et que sais-je encore. Cette liste ne peut être close car ce qui m'intéresse, c'est d'abord la qualité de l'écriture.
Ialtchad Presse : - Pour quel public écrivez-vous de préférence ?
Ouaga-Ballé Danaï - A priori, je n'ai pas de public cible. Lorsque j'écris, j'ai deux préoccupations : d'une part, l’universalité des thèmes abordés même si mes histoires sont inspirées de faits propres à un espace géographique donné ; d'autre part, le souci de la créativité, de l'originalité de mon écriture. Pour moi, tout homme doit pouvoir s'interroger après lecture de mes ouvres, se reconnaître dans les histoires que je raconte. Je n'écris pas uniquement pour le public tchadien ou africain. Cependant, cela ne m'empêche pas de puiser dans ma culture, d'être enraciné dans celle-ci.
Ialtchad Presse : Comment est née « La malédiction » ?
Ouaga-Ballé Danaï : Comme je vous l'ai déjà dit, « La malédiction » est née d'un sentiment de ras-le-bol. C'est l'expression de ma révolte. J'y ai mis toute ma rancœur, ma fougue et ma rage. J'avais envie de crier ma révolte, je l'ai fait et cela m'a vraiment libéré.
Ialtchad Presse : Qu'est-ce que vous voudriez qu'on retienne de la lecture de votre roman « Mon amour l'autre » ?
Ouaga-Ballé Danaï : Question délicate car je préfère le plus souvent laisser la liberté au lecteur de faire sa propre analyse. Pour le même livre, il y a autant d'œuvres qu'il y a de lecteurs. Chacun l'interprète selon sa culture, ses compétences.
Néanmoins, je vais essayer de répondre à votre question. Dans « Mon amour l'autre », j'aborde plusieurs thèmes. Qu'est-ce que l'amour ? Pourquoi y a-t-il tant de haine dans notre société ? Quel regard ai-je sur autrui ? Le lecteur trouvera peut-être dans les histoires que je raconte, des réponses à ces interrogations. Mais attention, qu'il ne se laisse pas abuser par le titre.
Ialtchad Presse : Vous comptez déjà deux œuvres éditées, comment jugez-vous l'évolution de cette écriture ?
Ouaga-Ballé Danaï : Je trouve qu'il est prématuré d'en parler. En plus, j'estime que c'est aux critiques de la juger. Laissons-leur le temps de s'imprégner de cette littérature. Toutefois, je peux dire que de « La malédiction » à « Mon amour l'autre », je passe de la révolte à un peu plus de sérénité, tout en gardant un regard critique sur la société.
Ialtchad Presse : Laquelle de vos œuvres considérez-vous comme majeure ?
Ouaga-Ballé Danaï : Pour moi, chacune de mes ouvres a son histoire, ses particularités. Elles sont toutes majeures pour le créateur que je suis, avec leurs qualités et leurs faiblesses. On ne peut demander à une mère de choisir parmi ses fils ! Encore une fois, c'est aux critiques et aux lecteurs de faire leur analyse.
Ialtchad Presse : En général, lorsqu'on parle de littérature africaine, on parle plus souvent de l'engagement. Avez-vous l'impression de vous situer dans un courant particulier ?
Ouaga-Ballé Danaï : Pas un courant particulier. De toute façon, ces classifications sont subjectives. En revanche, mon engagement s'exprime dans mes œuvres. Pouvait-il en être autrement dans une société aussi gangrenée que la nôtre ? Comme le dit Césaire, l'écrivain est la voix des sans voix. Je dirai à ceux qui pensent que la littérature n'est que chimère et futilité dans un monde aliéné à l'avoir que la littérature est une arme redoutable. Mais n'oublions pas que ce qui fait la littérarité d'un texte, c'est d'abord la créativité. La dimension esthétique est fondamentale. Ce n'est pas en clamant haut son engagement qu'on acquiert le statut d'écrivain, c'est en créant.
Ialtchad Presse : Peut-on dire qu'il existe une littérature tchadienne ? Quels en sont le parcours historique et les grandes étapes ?
Ouaga-Ballé Danaï : Bien sûr qu'elle existe, la littérature tchadienne ! On peut y voir trois grandes étapes :
- La période de collecte ou de réécriture des textes de l'oralité (contes, légendes) avec Brahim Seid, Antoine Bangui.
- La période des concours littéraires organisés par RFI (Théâtre et nouvelle) avec Baba Moustapha, Maïndoé Naïndouba, Djékéry Nétonon
- La nouvelle génération avec Djékéry, Koulsy, Haggar, Nimrod, moi-même.
Mon avis est que cette littérature est encore jeune en dépit de nos 42 ans d'indépendance et qu'il est encore trop tôt de parler de périodes. Ces écrivains travaillent de manière isolée. Il faut attendre et voir autour de quoi vont se cristalliser tous ces écrits. Il y a beaucoup de remous en ce moment dans le milieu culturel. Nous espérons que tout cela explosera en de belles créations. Vous remarquerez aussi que la plupart des auteurs sont hors du Tchad. Cependant, le mouvement commence à se faire sentir de l'intérieur et c'est un bon signe. C'est le lieu d'attirer l'attention des pouvoirs publics à encourager ces auteurs en aidant à la diffusion de ces œuvres. On pourrait les inscrire au programme scolaire et universitaire. C'est aussi l'une des raisons si le public tchadien ne connaît pas ses écrivains.
Ialtchad Presse : Quels sont les grands problèmes de notre littérature moderne, avez-vous des solutions à suggérer ?
Ouaga-Ballé Danaï : Il serait prétentieux de ma part de parler des grands problèmes de la littérature moderne, qui plus est, de suggérer des solutions. Je dirai simplement que la littérature est un regard sur la société. Elle évolue en fonctions des mutations de celle-ci. L'écrivain ne propose pas de solution, il bouscule la conscience du lecteur, l'amène à s'interroger sur la condition humaine, la destinée.
Ialtchad Presse : S'il vous était demandé aujourd'hui d'écrire un roman sur le Tchad, quel thème vous inspirerait ?
Ouaga-Ballé Danaï : Le thème de la guerre est récurrent dans notre littérature. Je l'ai déjà abordé dans mes deux ouvres, sous des angles différents. Ce qui m'intéresse, c'est de donner une vision universelle des thèmes et non de les confiner à l'espace Tchad. Une anecdote !
J'avais proposé à l'UNICEF Tchad un manuscrit jeunesse pour une aide à l'édition. Cela entrait dans le cadre d'un sponsor comme on le fait en musique. C'était aussi une manière de vendre l'image de la représentation de N’Djamena. Malgré la qualité du texte, on m'a reproché de n'avoir pas parlé du Tchad. J'en suis resté sidéré. Pensez-vous que le fait de n'avoir pas écrit le mot « Allaro » par exemple, ou d'avoir désigné mon espace par un autre nom que N’Djamena change réellement la gravité du phénomène que je veux critiquer ? Quelle place accordons-nous à l'imaginaire alors ? Évitons de tomber dans le journalisme qui a ses propres règles.
Ialtchad Presse : Quels sont vos projets d'écriture ? Avez-vous des projets d'articles et des livres en voie de finition ?
Ouaga-Ballé Danaï : J'ai un roman jeunesse et une pièce de théâtre en lecture chez des éditeurs. Je suis en train de finir un recueil de poèmes. Parallèlement, je travaille sur un roman adulte et un roman jeunesse. Mon grand projet est d'écrire un livre sur la littérature tchadienne. Je suis encore dans la phase de collecte d'informations. Je prie donc tout lecteur qui a des informations sur un livre écrit par un Tchadien de me les communiquer. Par ailleurs, j'invite tout chercheur intéressé par ce projet de me contacter.
Dernière nouvelle, je suis invité en novembre à présenter mon dernier livre au Fest'Africa de Lille (Festival organisé par notre compatriote Nocky Djedanoum). Ce sera l'occasion de me faire connaître un peu plus.
Ialtchad Presse : Auriez-vous un message à adresser à vos lecteurs et aux ialtchad ?
Ouaga-Ballé Danaï : Si les pays développés, malgré leur avance technologique, continuent de financer la culture, c'est parce qu'ils ont compris qu'un peuple sans culture est un peuple sans âme ; que la culture est au centre de tout développement. Ce message s'adresse à tous, politiques, intellectuels, hommes du peuple. Notre littérature est si balbutiante qu'il faut encourager les écrivains en divulguant leurs œuvres. Acheter un livre, c'est participer à la naissance d'une autre œuvre, c'est être fier de son pays et de sa culture.
Le second message est en faveur de l'unité au-delà de nos divergences. Et je crois que le nom que vous avez choisi, « Ialtchad », est un signe palpable du souci de tous les Tchadiens de s'unir et de participer au développement de leur pays. Je suis ouvert à toutes collaborations, à toutes correspondances. Je vous remercie de m'avoir donné cette opportunité et vous encourage dans votre initiative.
Ialtchad Presse : Merci à vous
Propos recueillis par Hamid Kodi Moussa