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Les économistes-interventionnistes prétendent qu’une politique macroéconomique discrétionnaire contribue à stabiliser l’économie. On pourra une fois de plus, apprécier la justesse de cette assertion dans le contexte actuel où le gouvernement tchadien envisage gérer une partie des revenus pétroliers pour d’autres fins.

Au regard  de ce qui se passe au Tchad, et surtout, récemment avec l’approbation de la modification de la loi 001 sur la gestion des revenus pétroliers qui comporte un ensemble de dispositions très important et faisant fi des préoccupations de la banque mondiale (garante du projet pétrole Tchad-Cameroun), tout porte à croire que l’étau se serre davantage au sein du gouvernement tchadien en matière de bonne gouvernance.

Le 10 novembre 2005, le ministre de la communication, Moussa Doumgor disait « nous avons besoin de ces fonds maintenant pour assurer le développement et la paix du pays ». Aussi, selon le compte rendu du conseil extraordinaire des ministres daté du 8 novembre 2005, on peut lire « les retouches opérées sur la loi No1/PR/99 visent à établir une approche réaliste dans la gestion des revenus pétroliers en intégrant d’une part la satisfaction des priorités présentes, et d’autre part la préparation de l’avenir des populations ».

Cette approche est ambitieuse et paradoxale, du moment où rien de concret n’est légué à la génération future. Comment peut-on expliquer ou comprendre que le gouvernement tchadien jusqu’à présent n’a pas pu justifier et avancer des arguments valables par rapport à la gestion des revenus pétroliers depuis 2003. Et tout d’un coup, il mise aujourd’hui sur les fonds destinés à la génération future pour assurer le développement et la paix ?

Naturellement, le Tchad fait face à des problèmes de trésorerie. Mais cela est le résultat de la mauvaise gestion de deniers publics. De là à rapatrier les fonds destinés à la génération future, il y a bien des ambitions sous-jacentes que nourrissent nos gouvernants. Ce « détournement paradoxal » ne doit en aucun cas occulter les problèmes de trésoreries et donc de bonne gouvernance. Les 36 millions et plus qui dorment dans le compte des générations futures, même rapatriés, ne résoudront pas le problème de bonne gouvernance dont souffre le Tchad.

De plus, on est en droit de se demander si l'instabilité politique qui est présente depuis belle lurette au Tchad n’est pas due à l’incapacité du gouvernement tchadien à faire preuve de plus de responsabilité politique et d’équité en matière de redistribution de la richesse nationale ?

Il y a deux grands défis économiques à relever. D’abord, il faut faire face à un déficit exponentiel. Ensuite, il faut faire face à un ralentissement récurrent de l’économie avec un taux de chômage qui ne parvient pas à diminuer.

Pour solutionner ce problème, il va falloir mettre sur place un programme de réduction des déficits à long terme. Mieux encore, il faut diminuer considérablement les dépenses de l’État et structurer la réduction du déficit. Ces politiques pourront favoriser la reprise de l’économie nationale. Finalement, ces mesures de réduction globale du déficit pourraient rétablir la confiance des investisseurs et donc la relance de l’économie. Et la population pourra ainsi croire encore à la capacité du gouvernement à maîtriser la situation. Et se passer ainsi de la loi 001.

Lona Ouaidou, Ramadan

« Le monde est maintenant dirigé par un casino financier mondial. Des banquiers anonymes et de spéculateurs en fonds de placement en sont les maîtres. C’est une machine qui fonctionne dans le secret. Chaque jour, deux billions de dollars s’échangent à travers globe. L’objectif : le profit rapide avec comme conséquence la turbulence des marchés boursiers. Ces nouveaux maîtres détruisent les économies des nations. Ils achètent et vendent des sociétés et utilisent des dirigeants politiques pour servir leurs intérêts » affirme DAVID KORTEN

Depuis que la Banque Mondiale a ouvert la voie aux ajustements structurels pour réduire la dette et consolider l’économie des pays africains. Ces derniers ont payé cher leur adhésion à cette stratégie. Le Tchad n’a pas échappé. Prenons l’exemple de la fameuse STEE (Société tchadienne d’Eau et d’Électricité).
Société anonyme d’économie mixte, la STEE traverse une crise particulière. Elle subit la pression des grands lobbies de la mondialisation économique. Pire, elle est d’une part la vache à lait du gouvernement et d’autre part le nid des bons de commandes. Malgré tous les efforts de partenariat et de la privatisation, elle est jusqu'à présent incapable d’assurer à sa clientèle un bon service. Tout en continuant à facturer sa clientèle, le plein tarif.

Le gouvernement tchadien a cédé à la pression de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International, en remettant cette société aux mains des Barons de l’eau. Reconnu dans le monde des affaires comme l’une des plus grandes transnationales en matière de l’eau, Vivendi et son dauphin Suez possèdent ou contrôlent les compagnies d’eau dans plus de 120 pays, sur cinq continents.

C’est Vivendi que le gouvernement tchadien a choisi comme partenaire lors de la cette privatisation. Cette société a exigé du gouvernement tchadien qu’il déréglemente, éliminent les obstacles à l’investissement. En un mot d’abandonner le contrôle de ce secteur. Le gouvernement tchadien a fait preuve d’une maladresse en acceptant cette transaction nébuleuse. Vivendi est aujourd’hui dans le rouge. Elle est incapable de respecter ses engagements d’investissements. Résultat : des milliers d’abonnés sont privés d’eaux et électricité pendant des jours.

Ce manque d’approvisionnement en eau a eu comme conséquence l’apparition des maladies telles que le choléra, la déshydratation et la dysenterie. L’incapacité du gouvernement à reprendre en main la gestion des services d’eau et d’électricité, permet à cet transnationale d’imposer ses intérêts au gouvernement.
Le problème d’accessibilité à l’eau potable et à l’électricité au Tchad est alarmant. Aujourd’hui on consomme dans le monde sept fois plus de l’eau qu’au 19ème siècle. La population tchadienne, elle, paie en moyenne 12 fois plus cher le litre d’eau que les autres populations de la terre. Des robinets sont déconnectés parce qu’un nombre croissant des familles tchadiennes n’arrivent plus à payer leurs factures. Leur seule alternative est de s’approvisionner dans des sources d’eau non potable. Et bonjour les maladies de toutes sortes.

Un des responsables de cette situation est la Banque Mondiale (BM) avec sa politique de recouvrement des coûts. La BM exige comme condition indispensable, l’octroi de nouveaux prêts, la privatisation du secteur lié à l’eau et à l’électricité. Dans la majorité des cas, cela se fait au détriment des intérêts des pays en voie de développement.

Il serait souhaitable que le gouvernement et le conseil économique et social prennent leurs responsabilités. La liquidation de ces institutions publiques, voire le quasi-bradage des sociétés parapubliques à des sociétés étrangères, doit faire l’objet des débats publics. 
La privatisation de l’eau est immorale. Car l’eau n’est pas une marchandise. C’est un Bien commun d'importance majeure. Il représente la vie. Toute question concernant cette ressource doit faire l’objet d’un débat public. Les compagnies sont motivées par le gain des profits à tout prix. Alors que l’eau comme ressource naturelle doit être au service du Bien-Être des populations. Et non pas céder au monde des affaires. Le gouvernement tchadien doit renoncer à la privatisation de ce secteur stratégique pour l’intérêt national.

  Lona Ouaidou, Ramadan

La mondialisation est incontestablement un phénomène qui influence de façon directe ou indirecte, tous les États. D'un point de vue économique, elle peut se définir comme : « un processus d'intégration des marchés pour les biens, les services, les capitaux et peut-être même la main-d’œuvre. » d’après Susan Georges et Martin Wolf, auteurs d’un ouvrage intitulé Pour & Contre la mondialisation libérale, publié aux éditions Grasset Les Échos. Cette intégration des ressources commerciales engendre un esprit de concurrence parfois féroce entre les États. Dans une telle situation, les États subissent diverses pressions. Et il ne se passe un jour sans que différents gouvernements et institutions tentent de s'adapter aux exigences de la mondialisation des marchés. Or, on constate malheureusement que les effets de la mondialisation sont tels que certains pays n’ont pas le temps de bâtir des infrastructures économiques et des institutions politiques capables de contrecarrer les effets pervers de la globalisation. Au nombre de ces États on trouve le Tchad en tête de peloton. Il affronte les effets pervers de cette nouvelle réalité (la mondialisation) un peu à l'aveuglette. Dans certains cas, on peut dire que le Tchad n’a carrément pas de vision et de politique conséquence face à la mondialisation.

Au regard ce qui se passe au Tchad, on peut dire que l'instabilité politique (remaniement gouvernemental récurrent, rebellions à répétition), le drame social (pauvreté), la mauvaise santé financière ou économique du pays (mauvaise gestion, détournements des deniers public) sont-ils à l’origine de l’incapacité du gouvernement tchadien à s'intégrer à l'économie mondiale ? Si non, comment peut-on expliquer pourquoi certains pays du Sud s'intègrent à l'économie mondiale plus rapidement que d'autres ? Le Tchad fait-il l’exception à la règle ?

La mauvaise santé financière du pays est le résultat de l'absence d'un plan d'intégration efficace. L'accroissement excessif des dépenses publiques au cours de ces dernières années, les problèmes structurels et institutionnels, le manque de transparence et l’absence de véritable politique et supervision des activités bancaires et financières sont des freins au développement et à la croissance économique. Face à ce tableau noir, il y a lieu de croire que le renouvellement futur de la classe politique actuelle laisse entrevoir une lueur d’espoir. Mais le dilemme est : comment les nouveaux et les anciens dirigeants vont-ils s'adapter à cette nouvelle situation économique ? Et avec quels moyens ?

Il est vrai que le contexte actuel de globalisation des marchés ne garantit pas nécessairement des profits pour tous. Le Tchad doit faire preuve de courage et de volonté politique afin de mettre en place des politiques indispensables à la bonne marche des activités économiques afin de faire naître de l’espoir au plan social. Dans certains cas précis, le gouvernement peut faire appel à la communauté internationale sans pour autant affaiblir la souveraineté nationale. Nous exhortons donc le gouvernement à mettre sur place des politiques concrètes, accompagnées des mesures visant à assurer la stabilité macroéconomique. Cela dans l’objectif de créer des conditions propices aux investissements et à l'épargne. Toutes les actions gouvernementales doivent s'inscrire une stratégie : la réduction de la pauvreté. De plus, le gouvernement doit assurer la stabilité du système financier ; principale préoccupation économique de tout gouvernement responsable. Finalement, il est aussi indispensable d'adopter une approche participative qui ferait en sorte que la société civile soit consultée sur toutes les questions fondamentales. Appliquée avec rigueur, cette stratégie a des fortes chances de succès. Et de sortir le pays de la morosité économique dans laquelle, il est présentement plongé malgré les recettes pétrolières.

Lona Ouaidou, Ramadan

Un des promoteurs du genre musical tchadien, Bamba Tchaddoulaye alias Jorio Stars vient de sortir un nouvel album intitulé “la paix”. Ialtchad Magazine est parti à la rencontre de ce digne fils du Mayo-Boneye et du Mayo-Danay, en pays Massa. Il nous parle de lui, de son album, de la musique tchadienne et de ses projets.

Ialtchad Presse : Comment vous présentez à nos lecteurs ?
Jorio Stars : Bien évidemment on doit de se connaître. Je suis né à Bongor. Je suis artiste, auteur, compositeur, arrangeur et danseur. Je m’appelle Bamba Tchandoulaye, mon nom d’artiste est Jorio Star ou pour ceux qui m’ont connu dans les années 98 et 2001 c’est bien le gouverneur de tous les bananas. Autrefois, j’étais dans le groupe musical Kilimandjoro de notre grand frère St Mbété Bao le pharaon du Rongondoh.

Ialtchad Presse : C’est particulier comme nom d’artiste, Jorio ?
Jorio Stars : Oui. Jorio signifie “guerrier” en Massa. Cela résume mon propre parcours de guerrier. J’avoue que j’ai trimé fort pour être ce que je suis. Aujourd’hui mes fans témoignent que le choix de ce nom est subtil. Ça me rassure. J’ai voulu honorer une de nos plus belles langues.

Ialtchad Presse : Vous êtes aujourd’hui l’un des chanteurs les plus en vue de la capitale. Comment en êtes-vous arrivé là ?

Jorio Stars : Ah ! Cela me flatte un peu. Vous savez derrière cette réussite, il y a trois choses : croire en soi, faire son chemin quelque soient les obstacles et surtout persévérer. J’en ai fait école et Dieu a exhaussé mes vœux. Pour la musique j’ai tout donné. À un moment dans ma quête du savoir de la musique j’ai quitté ma famille, l’école, mon pays. Aujourd’hui je récolte les fruits de mes durs labeurs.

Ialtchad Presse : Que peut-on retenir de la musique que vous faites ?
Jorio Stars : Vous savez, ma quête du savoir dans le domaine musical m’a amené à sillonner Presque toute la sous-région. Ainsi, j’ai pu travailler dans plusieurs formations musicales du Tchad, au Cameroun, au Nigeria et au Bénin. De toutes ces expériences j’en ai accouché un genre musical un peu particulier. Une symbiose aux effluves traditionnels tels le Difna (flute), le Tokolomna (corne), le Dillah (cithara massa) et des instruments modernes tells la guitare électrique, le solo et le medium sont synchronises avec aisance. Toutefois, la toile de fond de mon inspiration reste toujours le gourna, une danse du Mayo Kebbi.

Ialtchad Presse : Comment peut-on appréhender votre dernier album ?
Jorio Stars : L’album “la paix” répond à une impérative du moment pour le pays. Soyons braves et faisons la paix nous les tchadiens. Personne ne le fera à notre place. Un appel pour une prise de conscience. Je me demande ce qu’on fera sans la paix. L’album aborde aussi des thèmes comme la femme tchadienne, le mariage forcé etc. Je l’ai chanté en arabe, en français, en massa et en Sara pour que mon message soit à la portée de bien des Oreilles.

Ialtchad Presse : Que pensez-vous de la musique au Tchad ?
Jorio Stars : En dépit de tous nos problèmes, il y a quand même quelques bonnes nouvelles sur lesquelles on peut s’accrocher. La musique tchadienne évolue, les infrastructures se développent et à l’image de la BUTDRA, les artistes s’organisent pour faire face aux récurrents problèmes du piratage.

Ialtchad Presse : À part la musique à quoi dédiez-vous, votre temps libre ?
Jorio Stars : Je donne de cours de musique et de danse en France dans la ville de Bourges où je réside. J’aime aussi le cinéma et le sport.

Ialtchad Presse : Quels sont vos projets ?
Jorio Stars : Après avoir lancé mon 3ème album et finie ma tournée tchadienne, je veux bien me consacrer à la promotion de cet album. Le reste suivra.

Ialtchad Presse : S’il faut conclure ?
Jorio Stars : Merci à tous ceux qui ont contribué à la réalisation de cet album. Mes pensées vont à tous ceux qui comme vous, apportent ce qu’ils peuvent pour donner un nouvel élan de développement à ce pays.

Propos recueillis par Fatimé Mahamat

Musicien, encadreur des jeunes musiciens et acteur, Maestro Diégo de son vrai nom Mustapha Ngaradé est un des dinosaures de la scène artistique tchadienne avec déjà deux décennies de carrière. C’est aussi un artiste engage pour la cause de la démocratie et le développement dans son pays. Rappelons qu’il a été décoré chevalier de l’ordre du mérite civique du Tchad par le chef de l’État. Diégo a été aussi désigné en 2009 par Festafrica Magazine pour ses 20 ans de carrière, c’est ialtchadement que ce brillant et toujours joyeux génie de la musique tchadienne sous parle de lui, de sa carrière et de la musique tchadienne. Découvrez-le dans cette entrevue à cœur ouvert.

Ialtchad Presse : Qui est Maestro Diégo ?
Maestro Diégo : Je suis artiste et formateur des jeunes artistes. La musique est mon essence, la transmettre aux artistes est tout ce que j’aime faire et c’est à quoi je me suis donné pendant 20 ans.

Ialtchad Presse : Hier membre du groupe Tibesti, aujourd’hui en solo, parlez-nous de votre parcours ?
Maestro Diégo : Eh oui, je suis toujours membre du groupe Tibesti. Le groupe est une grande partie de moi, c’est tout mon parcours. Avec Tibesti j’ai eu à monter sur scène un peu partout dans le monde : beaucoup des pays en Afrique, en France, en Roumanie, etc. Je suis aussi en solo pour soutenir des projets personnels notamment pour financier mon centre d’apprentissage et de création musical en abrégé (CACM).

Ialtchad Presse : Vous faites de la musique pour quel public ? Vos inspirations ?
Maestro Diégo : Je fais un genre musical universel. Un genre qui marque le temps et l’espace. Pour mes inspirations, je suis d’accord que la terre ne manque pas d’inspiration mais je trouve chez le bon Dieu.

Ialtchad Presse : Après autant d’années d’expérience, quelle est votre discographie ?
Maestro Diégo : Alhamdoulil-lahi. Gloire à Dieu. J’ai fait 3 albums en solo et 3 avec Tibesti dont 1 compilation Afrique Centrale.

Ialtchad Presse : Qu’est-ce qu’être musicien au Tchad ?
Maestro Diégo : C’est désastreux d’être musicien au Tchad. Deux pour résumer la situation : souffrance et humiliation.

Ialtchad Presse : Votre coup de gueule alors…
Maestro Diégo : Que ceux qui ont le devoir et la responsabilité de changer la situation de changer les choses agissent. Que s’arrête cette insouciance vis à vis de l’art et de la culture dans notre pays. Une idée, qu’on commence à nommer à la tête de ces ministères des homes et des femmes imprégnés de ses arts.

Ialtchad Presse : À quand le prochain Album ?
Maestro Diégo : Pour bientôt, j’attends que les partenaires et sponsors me dissent oui. Le travail de studio est fini. C’est un album en double avec 20 titres qui marquera mes 20 ans de carrière. Le volume 1 intitulé Kaar (soleil) en langue Ngambaye comporte 10 titres. Le volume 2, intitulé Sa-ï-dou Awine (aidez les femmes) en langue arabe tchadien a 10 titres. Le lancement official est prévu en juin si tout va bien.

Ialtchad Presse : D’autres projets ?
Maestro Diégo : Après l’album à paraître, je me consacrerai à la réalisation de mon centre d’apprentissage musical.

Ialtchad Presse : Ialtchad Presse pour vous ?
Maestro Diégo : Avec Ialtchad Presse, il y a de quoi croire en la jeunesse tchadienne. J’ai beaucoup d’admiration pour ceux qui font des choses pour leur pays. Big Up.

Fatimé Mahamat

Issakha Digadimbaye alis Mandargué est un de nos grands comédiens. C’est avec singularité qu’il aborde des questions aussi importante comme celles de l’homosexualité, du nord-sud, de l’abus de pouvoir etc. L’artiste est captivant et chaleureux. Il parle de sa carrière et des difficultés de son métier. Découverte.

Ialtchad Presse : Si on veut vous faire connaître à nos lecteurs, que leur direz-vous ?
Mandargué :
Je m’appelle Issakha Digadimbaye alis Mandargué. Je suis comédien membre fondateur et dirigeant durant 13 ans de la troupe théâtrale Hassan Djamouss. Depuis 2 ans, je suis président de la compagnie artistique “Mandagué”. Ma troupe théâtrale est composée de 2 actrices et 6 acteurs. Je suis marié et père de 3 enfants.

Ialtchad Presse : Comment êtes-vous arrive au théâtre ?
Mandargué : C’est Presque par hasard que je me suis retrouvé dans le mode artistique. Cependant, il ne manque pas des artistes dans la famille. En 1987, mon grand frère qui était alors directeur artistique du théâtre Sagaie du Peuple présente une pièce et il manquait un enfant. Il m’a sollicité. Après présentation de la pièce, il m’a avoué sa satisfaction. Ainsi ont commencé mes premiers pas dans le théâtre.

Ialtchad Presse : Tes importantes réalisations ?
Mandargué : Chamarakha bachtana, Unité (Germaine et Mahamat), Iyal théâtre, Député Mandargué, Cercle des autorités etc.

Ialtchad Presse : Et si je veux devenir artiste au Tchad ?
Mandargué : Sans vouloir décourager quiconque, il faut s’attendre à un long chemin de croix. Et pour savoir combine c’est difficile dans ce pays, il faut vivre 1 jour seulement dans la peau d’un artiste. Pas des infrastructures nécessaires et avoir accès aux quelques rares infrastructures relève d’un labyrinthe de procédure et surtout des moyens démesurés. Le pire, c’est le manque de considération. On doit notre salut qu’en comptant sur soi-même.

Ialtchad Presse : Y a-t-il des astuces pour devenir un grand comédien comme vous ?
Mandargué : Pas vraiment, sauf quelques conseils. Aimer son travail, cohabiter avec l’indifférence de nos dirigeants, accepter les critiques d’où qu’elles viennent et surtout s’armer de persévérance.

Ialtchad Presse : Avez-vous un message à passer pour vos fans ?
Mandargué : De toutes mes luttes, la force et mon espoir ont été mes fans. Ils sont aussi en quelque sorte mes sources d’inspirations et ma croyance envers eux est inébranlable. Je leur dis merci pour leur soutien moral et intellectuel, je leur dois une reconnaissance infinie.

Ialtchad Presse : Pour finir mandargué ?
Mandargué : Je ne peux achever cet entretien sans concéder que ce Magazine est une opportunité pour bien des gens. Vous êtes un portail pour la culture, la jeunesse et pour bien d’autres activité socioculturelles. Je vous souhaite longue vie.

Entretien réalisé Fatimé Mahamat

Rencontre avec Totala Madjidji Laure, styliste modéliste tchadienne, créatrice de la marque TM L’OR. La talentueuse styliste est diplômée de l’école des arts et de la mode de Lomé (Togo) puis elle s’est forgée pendant 3 longues années chez Alphadi au Niger. Dans ce numéro TM L’OR nous parle d’elle, de son parcours et de sa mode pour le plaisir des lecteurs de Ialtchad Presse.

Ialtchad Presse : Qui est TM L’OR ?
TM l’OR : TM L’OR est Tatola Madjidji Laure. Je suis styliste modéliste de nationalité tchadienne, fille du Général de division Ngartokéte Tatola de la chefferie traditionnelle de Moissala (région de Mandoul Tchad).

Ialtchad Presse : Qu’est-ce qu’être styliste modéliste ?
TM l’OR : Être styliste-modéliste c’est l’art de créer un modèle disons un style, l’adopter. Autrement dit, s’imposer par sa façon de faire à un monde, ou captiver les gens par ce qu’on fait.

Ialtchad Presse : D’où vous est venue cette passion pour la mode et la création ?
TM l’OR :
J’ai toujours été passionnée par la mode et je dessinais mes modèles selon mes gouts puis mes tailleurs me les confectionnaient. Ma famille, plus particulièrement mon oncle Tatola Robert m’a beaucoup encourage et j’ai décidé de me donner pour réussir. C’est ainsi que j’ai entamé des études de stylistes-modéliste à l’école des arts et de la mode de Lomé au Togo de 1996 à 1998. Ensuite, de 1999 à 2002 chez Alpha à Niamey au Niger.

Ialtchad Presse : Quels sont les caractéristiques de votre style et vos inspirations ?

TM l’OR : Je m’inspire du passé. J’imagine comment nos grands-parents s’habillaient, de la culture africaine en générale mixée à la culture occidentale et orientale. Mon combat c’est de ramener l’Afrique à reconsidérer son identité. Ma dernière collection est uniquement pagne africain taillé dans le modèle de tenue de soirée portée dans des événements comme cocktail, Gala, diner etc.

Ialtchad Presse : Quelles sont les matières avec lesquelles vous aimez travailler ?
TM l’OR : J’aime travailler avec les tissus africains du genre pagnes tissés décorés de perles, de cauris, de calebasse ou de coquillage. J’ai choisi ces tissus parce qu’ils sont en coton et s’adaptent parfaitement à notre climat chaud. Une autre raison, le coton est la culture la plus pratiquée en Afrique autant le valorisé.

Ialtchad Presse : Vous souhaitez faire progresser quelle image de la femme tchadienne ?
TM l’OR : Mon souhait le plus ardant c’est de faire progresser l’image de la femme. Faire émerger une image de femme responsable, émancipée, indépendante financièrement et battante. Une image qui porte la paix et propose des solutions aux problèmes. Aujourd’hui la femme tchadienne se bat sur tous les plans comme c’est le cas de Jacqueline Moudeïna, Mme Lise Loum, Mme Kaltouma Nadjina etc.

Ialtchad Presse : Le pays vous offre-t-il d’opportunités ?
TM l’OR : Oui le Tchad est un pays vierge. Il y a beaucoup de choses à exploiter. Ce que je déplore ce que le tchadien est resté toujours paresseux. Il n’aime pas travailler et aimer ester consommateur. Cette inconscience m’a marqué. C’est nécessaire de le dire ainsi, d’en parler parce qu’on ne peut pas progresser dans la paresse.

Ialtchad Presse : Quel est votre clientèle ?
TM l’OR : Ma clientèle varie entre 28 à 60 ans. Elle est composée de la classe moyenne et des femmes ordinaires. Et même de la 1ère dame.

Ialtchad Presse : Où peut-on trouver vos produits ?
TM l’OR : Dans ma boutique au quartier Moursal à domicile là où est mon atelier. Précisément chez le Général Ngartokété Tatola. A deux rues du rondpoint centenaire. Aux numéros suivants : 66 27 88 03 ou 99 22 42 47 ou 252 54 12. Email : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.. Ce sont le même contact pour passer des commandes.

Ialtchad Presse : Ialtchad Presse ça vous parle ?
TM l’OR :
J’apprécie Ialtchad Presse que je viens découvrir il y a pas longtemps. Bon travail surtout dans le fait de faire la promotion des tchadiens. Je suis impressionné par votre longévité. 10 ans sans faillir. Chose très rare. Mes félicitations et longue vie. Le nom à lui seul est émouvant. Dans ma langue ça se traduit par “ligan Tchad” C’est très profond. Encore une fois longue vie.

Par Yasmine Kaman

Le Ministre des relations extérieures, Monsieur Ahmad Allam-mi, n’est pas un vrai Tchadien. Il ne doit en conséquence pas jouir des privilèges qui doivent être réservés aux seuls vrais Tchadiens. C’est en substance ce qui ressort des affirmations publiquement assumées du Ministre plénipotentiaire hors classe, Hassan Abakaka Mayo, lorsqu’il écrit sans détours que : « Si le Tchad n’est pas plongé dans le désordre politique actuel, ‘‘des personnes n’ayant pas d’attache sérieuse’’ (…) ne seront pas à la tête de notre diplomatie ». Autrement dit, pour occuper un poste prestigieux de responsabilité politique, il est impératif d’avoir ses racines paternelle et maternelle au Tchad. Avoir un seul parent ayant des racines au Tchad ne serait pas suffisant pour se revendiquer Tchadien. Surtout, être né d’un parent Blanc est une situation qui devrait définitivement restreindre vos chances de prétendre occuper des fonctions politiques au Tchad.

Dans l’absolue, il peut paraître surprenant qu’à notre époque de métissage, entre Noirs et Noires de différents pays, entre Blancs et Noirs ou encore entre toutes les races…, il puisse exister des individus pour tenir de tels propos. Il est encore plus surprenant que de tels propos soient tenus par une personne qui se revendique intellectuel, docteur, très haut fonctionnaire, diplomate de carrière ayant sillonné le monde et côtoyé diverses cultures.

Pourtant, aussi surprenant que cela puisse paraître, il est regrettable de constater que les propos de Monsieur Abakaka Mayo trouvent un appui dans la Constitution tchadienne qui classe expressément les Tchadiens en plusieurs catégories pour l’élection à la magistrature suprême. Notre Constitution (art.62) indique clairement que pour prétendre aux fonctions de Président de la République, il faut impérativement « être Tchadien de naissance né de père et de mère, eux-mêmes Tchadiens d’origine… ». Aussi, ni la nationalité que l’on peut acquérir jus soli ou jus sanguini, ni la naturalisation que l’on acquière en en faisant la demande, ne suffisent-elles à octroyer les mêmes droits à l’éligibilité qu’aux « vrais » Tchadiens, c’est-à-dire ceux qui sont nés de père et de mère Tchadiens « d’origine ». Cette disposition ne s’est pas retrouvée fortuitement dans la Constitution tchadienne. Elle a été défendue unguibis et rostro à la Conférence Nationale Souveraine (1993) par des individus qui pensent et réfléchissent exactement comme Abakaka Mayo. Elle a surtout été effectivement appliquée pour écarter la candidature d’Abderamane Khoulamallah lors de l’élection présidentielle de 1996. Les membres de la CENI ne se sont pas gênés de lui rappeler que sa mère était Soudanaise. La circonstance que sa mère ait passé toute sa vie au Tchad et que son père ait été plusieurs fois ministre et même Premier Ministre du 12 au 24 mars 1959, n’a pas suffi à faire de lui un « vrai » Tchadien.

Certains me rétorqueront sans doute qu’il est normal qu’il y ait des distinctions entre citoyens pour les fonctions du Président de la République. Notre Directeur de la Publication m’a fait la remarque suivante : « dans tous les pays, il existe des conditions pour être Président ». Cette remarque serait exacte si et seulement si elle n’insinue pas que la condition « d’origine tchadienne » posée par notre Constitution est une condition objective. Il est incontestable que pour occuper la plus haute fonction de l’Etat, il faut au moins établir ses attaches avec le pays qu’on prétend diriger. Cette condition est à mon sens valable pour toutes les fonctions politiques, quelles qu’elles soient. Par exemple, la Constitution exige des candidats à la présidence qu’ils aient au moins 35 ans qu’ils n’aient pas une double nationalité. Je suis entièrement d’accord avec cette dernière exigence. L’on ne peut pas être naturalisé Français ou Canadien et ensuite venir prétendre diriger le Tchad. Déjà dans le domaine du sport en général et du football international en particulier, un joueur ayant participé à une compétence internationale sous les couleurs d’un pays ne peut plus faire partie de l’équipe nationale d’un autre pays. A fortiori, diriger un pays doit exclure la double nationalité.

Ce qui est totalement absurde, c’est d’exiger, pour les fonctions présidentielles, une filiation doublement originelle avec son propre pays. Si cette condition subjective est appliquée dans les démocraties occidentales, ni Sarkozy (25% Français) ni Obama (12,5% Américain) ne pourrait prétendre exercer des fonctions politiques dans leurs pays respectifs. Surtout si comme le prétend Abakaka Mayo, il faut avoir une double filiation paternelle et maternelle avant d’occuper des postes politiques dans un pays donné, l’acteur américain Schwarzenegger n’aurait pas été élu Gouverneur de l’Etat de Californie. À moins de modifier la Constitution pour en abroger la disposition sur la double racine tchadienne, gageons que les membres de la CENI ne se gêneront pas de contester éventuellement la qualité de « vrai » Tchadien de : mon ami Ahmat Yacoub d’Alwihda et de ses enfants, du ministre Adoum Younousmi et de ses enfants, du juge Ahmed Bartchiret et de ses enfants, de Moukhtar Wawa Dahab et de ses enfants, de Kogri Issa et de ses enfants, des enfants d’Hissein Habré de mère sénégalaise, des enfants d’Idriss Déby nés de Wazouna. Bref, de tout Tchadien ou descendants de Tchadiens n’ayant pas une double racine au Tchad. Et en ces temps de test ADN, il serait difficile de cacher sa double filiation étrangère et tchadienne.

Mais être Tchadien, est-ce seulement être né de père et de mère Tchadiens d’origine ? Beaucoup de nos compatriotes sont Tchadiens sans avoir une double racine au Tchad. Ils doivent néanmoins jouir des mêmes droits que tous les Tchadiens de « souche » à l’éligibilité à la plus haute fonction de l’Etat. Et puis, si l’on devait continuer à raisonner en termes d’origine, je voudrais que l’on me dise à partir de quelle époque faut-il situer l’origine du Tchad. À partir du 25 février 1885 ou seulement depuis le 11 août 1960 ? Et pourquoi pas avant ou après ces deux dates ? Dans une récente « mise au point » adressée à un certain Kossadingar, qui aurait voulu lui contester son appartenance à la nation tchadienne, le Ministre des relations extérieures, Monsieur Allam-mi, s’est-il senti obligé de préciser qu’il est « le fruit d’un métissage de Gorane, d’Arabe et de Français ». Il précise ensuite avoir vu le jour à Faya où naquirent d’ailleurs sa mère ainsi que ses grands-parents. Il dit aussi avoir fait l’essentiel de ses études primaires et secondaires au Tchad où il a obtenu son bac avant de partir en France pour y poursuivre ses études supérieures qu’il a achevées au Cameroun grâce à une bourse tchadienne. Enfin, il aurait intégré le Ministère des relations extérieures où il a effectué toute sa carrière professionnelle conformément à sa formation universitaire. Il dit parler la langue française et le dialecte gorane. L’on suppose aussi qu’il parle parfaitement l’arabe véhiculaire tchadien.

Précisions utiles sans doute pour donner des indications sur sa filiation métisse, mais précision manifestement superflues pour revendiquer ses attaches avec le Tchad. Ahmad Allam-mi est Tchadien de notoriété publique. Il représente le Tchad sur le plan international et ne revendique aucune autre nationalité que sa nationalité tchadienne. Monsieur Abakaka Mayo me semble être un dangereux Lepéniste (idéologie de Jean-Marie Le Pen, politique français raciste et xénophobe). Il le revendique d’ailleurs au travers de cette affirmation : « Le Tchad a besoin d’un homme d’expérience certes, mais ayant une identité crédible et conforme aux réalités nationales pour conduire sa politique étrangère ». Réveillez-vous Monsieur Mayo Abakaka. Vous vivez aux USA et on est au 21ème siècle. On ne choisit pas ses parents on ne choisit pas non plus son pays de naissance. Si vous-même vous avez « réussi » à garder vos prétendues attaches originelles avec le Tchad, rien ne vous détermine à croire que cette situation sera maintenue par vos descendants. Et j’espère que si par hasard un de vos petits-enfants ait eu une filiation à moitié étrangère, vous ne lui fermerez pas les portes de la fonction publique. Je l’espère vraiment.

Lyadish AHMED

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