dimanche 5 février 2023

IaltchadTribune

IaltchadTribune (100)

Dans ses vœux de la nouvelle année 2023, le Président des Transformateurs a déclaré qu'il demandera à l'ONU le droit à l'autodétermination d'une partie du Tchad, sans la nommer. Tout d'abord, cette déclaration s'inscrit dans un contexte politique marqué par la répression sanglante des manifestations du 20 octobre 2022, la suspension des partis politiques et l'exil de Succès Masra sous la pression du régime de transition dirigé par le général Mahamat Idriss Deby qui a succédé à son père. Ensuite, cette revendication sécessionniste de Succès Masra n'est pas nouvelle. Historiquement, jusqu'en 1984, la partie méridionale du Tchad échappait au pouvoir de l'ancien président Habré qui a réprimé dans le sang les séparatistes du général Kamougue. Enfin, le fédéraliste Yorongar est arrivé deuxième à la présidentielle de 2001 avant que le candidat Deby ne s'approprie de la promesse d'un référendum sur le fédéralisme à la présidentielle de 2021.

Pour revenir à Succès Masra, il utilise sa dernière carte politique : celle de la "rupture". A court terme, la menace de partition du Tchad est un moyen de pression pour ramener le pouvoir militaire à la table de négociation. Mais à long terme, c'est un suicide politique pour Succès Masra qui n'apparaît plus comme un rassembleur du peuple mais un diviseur de la nation. Malheureusement pour lui, sa quête sécessionniste a de faibles chances d'aboutir pour plusieurs raisons.

Primo, Succès Masra n'a pas une légitimité démocratique pour demander une division du Tchad et la création de deux États. Jusqu'à présent, il n'a été élu ni président, ni député ni maire comme le Président de Transition d'ailleurs.

Secundo, il est seul dans sa quête sécessionniste car il n'existe aucune unité dans le sud du pays pour demander une quelconque auto-détermination. C'est plus une démarche personnelle qu'une revendication populaire.

Tertio, il n'a pas un moyen de pression politique comme une rébellion armée à l'instar du MPLS de John Garang et Salva Kiir au Soudan. Même s'il n'exclut pas de prendre les armes.

Quarto, le régime de Transition au Tchad entretient des relations conciliantes avec les puissances occidentales par le bradage des ressources pétrolières et minières et l'interventionnisme militaire contre le terrorisme. Contrairement aux relations clivantes du régime soudanais d'Elbechir avec l'Occident. Donc, les officines occidentales n'ont pas un grand intérêt géostratégique à soutenir une division du Tchad.

Quinto, le sud du Tchad n'est pas aussi riche que le Soudan du Sud qui produisait 75% du pétrole du Soudan. Donc, les multinationales occidentales n'ont pas un intérêt économique à financer la division du Tchad.

Pour finir, l'intérêt du Tchad est de rester uni et l'intérêt des tchadiens est de privilégier le dialogue inclusif et la justice sociale pour créer les conditions de la paix et du développement.

Brahim Khalil Wardougou

Il en est du Tchad comme dans la mythologie, de l’Égypte de Pharaon subissant une succession des fléaux. Mais il demeure qu’au pays de Toumaï, les dix plaies et sans doute davantage, ne procèdent pas de la foudre divine. Elles sont inhérentes à la nature et à la pratique assumées du pouvoir par les tenants institutionnels et de fait. Des plaies qui entraînent l’anesthésie voire l’extinction de l’essentiel des énergies vertueuses et créatrices de la valeur. Sauf que si les Pharaons et les Égyptiens qui étaient responsables des représailles divines ont fini par obtenir la clémence en libérant Moïse et son peuple, le peuple tchadien pour sa part, n’est absolument coupable de rien, mais est maintenu dans ce tunnel sans issue du supplice des plaies. Il en est ainsi de la plaie du Mouvement Patriotique du Salut, (MPS), parti au pouvoir, qui gouverne depuis 32 ans le pays avec un électroencéphalogramme plat. Ce parti n’a que la colonne du passif dans son long bilan, mais continue de faire du placement des militants ainsi que de l’entrave à la loyauté du libre jeu démocratique, les seuls déterminants de son offre politique. Il en est de même de la plaie de la pléthore des partis politiques et des organisations de la société civile au service des entrepreneurs politiques, en sommeil la plupart du temps, et qui ne se réveillent que sur commande du régime pour systématiquement altérer la vitalité de l’exercice démocratique, et ainsi développer le chiffre d’affaires de leurs chefs respectifs. Il peut encore en être ainsi du maintien de la pratique moyenâgeuse de la Dya qui discrimine les citoyens selon l’ethnie, mais qui est surtout un puissant moteur d’incitation et de licitation de l’homicide volontaire. C’est encore le cas de la pratique revendiquée du régionalisme voire du communautarisme dans leur expression la plus abjecte par tous ou presque, à commencer par le sommet de l’État, et un refus irrationnel par certains du fédéralisme qui en est pourtant l’acception transparente et responsable. D’autres plaies aussi handicapantes que l’impunité et la corruption relèvent tellement du banal au Tchad que leur évocation ne revêt plus aucun intérêt. Ma contribution propose une analyse de sept autres plaies, aussi gangrénâtes pour le pays. 

La plaie de la crédulité des ex-opposants

En dépit de la récurrence des illusions rapidement perdues par la cohorte successive des ex-opposants ralliés, des nouveaux et non des moindres, continuent à se laisser enrôler. Il en est ainsi des derniers et notamment, des sieurs : Mahamat Ahmat ALHABO, Gali NGOTÉ GATTA et Saleh KEBZABO. Aucun des trois, en raison de son haut magistère intellectuel et de son expérience personnelle de la pratique du régime, ne peut passer pour « le perdreau de l’année », entretenant encore l’illusion d’un amendement du régime. Dès lors, quel pourrait être le déterminant de leur ralliement ? Le crépuscule de l’âge, la fatalité, la résignation, l’inconfort matériel, la relégation dans l’opinion publique ?

Sans doute un peu de tout cela à la fois. La preuve en est, la déclaration à la presse du vice-président de l’Union Nationale pour le Développement et le Renouveau (UNDR) en date du 19 novembre selon laquelle, « qu’est-ce qu’on peut contre les militaires en armes » ? Reste qu’avec cette nouvelle doctrine, on ose à peine imaginer dans quel camp aurait été le parti sous l’apartheid en Afrique du Sud ou en 1939 en France sous l’occupation allemande ? Mais au-delà, cette déclaration, qui au demeurant sert indistinctement la nouvelle posture de chacun de ces trois illustres leaders, est une négation de leur vingtaine d’années de combats acharnés et éprouvants pour les libertés publiques et individuelles, pour la bonne gouvernance, bref pour la démocratie. Mais elle marque surtout le reniement de leur identité politique, construite patiemment sur la durée d’une vie publique. Aung SANG SUU KYI qui par sa résistance héroïque à la junte Birmane, avait conquis le cœur de ses concitoyens et acquit une large audience internationale, marquée par un prix Nobel de Paix en 1991, a cru de bonne foi, pouvoir reformer le régime militaire de l’intérieur en y apportant la caution de sa stature. Elle croupit depuis, en prison et enfile condamnation sur condamnation, mais pas avant d’avoir réduit à néant sa crédibilité internationale en devenant le paravent de l’armée dans sa répression des Rohingyas. C’est à peu près et mutatis mutandis la trajectoire qu’emprunte Saleh KEBZABO, qui en raison de sa stature et de ses nouvelles fonctions, est celui des trois qui est le plus engagé et exposé. Et à l’évidence, M. KEBZABO n’a obtenu depuis, aucune concession et n’en obtiendra pas de tangible. Le Dialogue National Inclusif et Souverain (DNIS) était une promesse des militaires eux-mêmes pour endormir l’opinion (c’est d’ailleurs la même tactique avec la commission d’enquête internationale déjà torpillée). Et si on en juge par les résultats du DNIS, pires en termes d’iniquité et de dérèglement institutionnel que ceux des forums de Déby père, il y a de quoi s’interroger sur l’influence de KEBZABO. On peine également à voir son imprimatur sur le gouvernement et le parlement transitoires dont les compositions sapent l’exigence du respect des grands équilibres nationaux et qui par ailleurs, brillent par une atonie qualitative.

Le régime a toujours besoin d’un opposant de service, faisant office de faire-valoir contre les autres. Il suffit de se rappeler les conditions d’éviction de KEBZABO de la fonction de chef de file de l’opposition parlementaire. Les commanditaires de cette éviction sont les mêmes qui aujourd’hui (Deby père excepté), lui mangent dans la main, le temps de sa partition sur commande. Demain, ou, sa partition terminée, ils lui préféreront un autre opposant, sans doute nouveau, plus avenant et vendable ; à lui, ils réserveront le purgatoire s’il se permettait d’élever la moindre contestation. Certes, la trésorerie de l’UNDR et peut-être au-delà, y aura gagné dans l’affaire, mais sans doute pas l’honneur de M. KEBZABO et encore moins l’essor démocratique du pays  et de son parti. « L’illusion étant une foi démesurée », à moins qu’il ne s’agisse de la méthode Coué, KEBZABO promet de tout mettre en œuvre et de lutter de toute ses forces pour garantir, pour une fois, des élections transparentes et crédibles à la fin de la transition. Mais il avait aussi déjà certifié à la télévision nationale en mai 2021 que le fils Deby ne resterait pas un jour de plus au pouvoir après les18 mois de transition. On sait ce qu’il en est depuis. Son ralliement, armes et bagages à la transition laissait perplexe, sa caution des massacres du 20 octobre jusqu’au cynisme, a achevé d’épuiser sa crédibilité à l’international et son audience nationale au-delà de son giron natal. Comme le disait Winston CHURCHIL, quand on a le choix entre le combat et le déshonneur et que l’on choisit le second, on aura le déshonneur et le combat. KEBZABO sait en son for intérieur qu’il n’obtiendra absolument rien sur la transparence électorale. Pas le moins du monde avec ce ministre de l’administration qui a fait ses gammes d’entourloupe et de machination électorales à la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) ; gammes éprouvées depuis, par les fonctions de rapporteur du fameux Comité d’Organisation du Dialogue Nationale Inclusif (CODNI), lui ayant permis de gagner, en dépit du bon sens élémentaire et du conflit d’intérêts manifeste, celle d’orchestrateur en chef du DNIS avec les résultats et l’anti-méthode que l’on connaît. Il est à ce ministère pour orchestrer l’élection de Deby fils, et qu’importe la manière, le prix et les charniers. N’a-t-il pas dans sa première expression publique de ministre, indiqué que le gouvernement se réservait le droit de dissoudre les partis politiques et les associations suspendues le 20 octobre ? Il s’agit par ce biais retors et éculé de dégager de la chaussure de son commettant, le seul caillou (incarné par ce leader contraint depuis à l’exil) qui perturbe encore la marche royale vers les présidentielles. Mais peut être que le deal de KEBZABO avec le régime a pour objet in fine, une convergence de synergies devant conduire au soutien de l’UNDR à une candidature de Deby fils à la présidence ? Ce qui serait d’une certaine façon logique en l’état des choses. Comme l’a dit le prélat moundoulais, « choisir le moindre mal, c’est choisir le mal ». Rein n’y fait.

En ce qui concerne M. Mahamat Ahmat ALHABO, à quoi lui aurait servi son compagnonnage de feu Ibni Oumar MAHAMAT SALEH dès lors qu’il peut aujourd’hui et sans état d’âme, laisser-faire, et pire, endosser non seulement l’arbitraire judiciaire, mais surtout la diversion sur les exécutions sommaires des opposants, manifestants du Jeudi Noir ? Le procédé usité par le régime en l’espèce est le même par lequel son illustre et auguste compagnon avait péri en février 2008. Il en est de même du trésor d’imaginations et de moyens mobilisés pour compromettre la recherche de la vérité et noyer les responsabilités. ALHABO fait purement et simplement sienne la recette servie pour le cas Ibni, s’agissant de la vérité et de la justice pour les victimes du Jeudi Noir.  Il y a lieu de se demander ce faisant, s’il ne l’a pas assassiné pour une troisième fois ? 

La plaie de l’ « intrusivité » et de la nuisance des officiers généraux

Il n’est pas ici question d’instruire un nième procès en illettrisme qui n’a pas lieu d’être tant pour un certain nombre de généraux, la vérité du terrain a révélé les hauts faits de stratèges militaires qui justifieraient le grade et le statut sauf quand ceux-ci préemptent les fonctions d’administrateurs civils à la tête des préfectures et des gouvernorats. Il n’est pas non plus question de relever dans les pas de la remarquable contribution du 12 août 2022 de Gali NGOTÉ GATTA, démontrant de manière probante, l’inflation galopante des officiers généraux dans l’armée comme en témoigne la dernière fournée du 8 décembre 2022 avec une trentaine de nouveaux généraux ; une folie dans un pays au chômage de masse, de jeunes diplômés. Il n’est pas plus question d’appuyer l’auteur précité dans sa démonstration de la surreprésentation inqualifiable des généraux dans le clan régnant (pour le seul patronyme Itno, il y’ avait à la date de l’étude, 21 généraux et pour le clan, plus des 2/3 des 303 que comptait le pays). Le serviteur conseille au demeurant la lecture de cette contribution pour apprécier la centralité de la problématique des officiers généraux dans le tourment tchadien et la pertinence de l’analyse qui en est faite afin et aussi de mesurer le vertige du revirement à 180 degrés de l’illustre analyste moins d’un mois après. Cela étant, la plaie des généraux procède, et l’étude précitée l’illustre avec méthode, des effets croisés de la dynamique de la croissance de l’effectif avec la préséance de leur statut qu’ils imposent de manière intrusive en dehors des garnisons militaires. Leur propension à s’immiscer sans complexe dans la vie socio-économico-administrativo politique a fini par métastaser le cancer dont souffre le pays.

Quel ministre, secrétaire général, directeur général de ministère ou d’entreprise publique, chef de service de régie financière, ou encore collaborateur de la présidence de la République n’a pas fait l’objet d’assauts répétés et incisifs, à la limite du racket ou de l’extorsion de leur part, exigeant une contribution pour financer, soit les funérailles, soit un baptême, soit un mariage, soit les frais de soins pour un membre de famille, ou encore pour le placement d’un ou plusieurs membres de famille dans la haute administration ? Les généraux et en particulier ceux du clan, soumettent la haute administration à un véritable régime de prélèvement obligatoire parallèle pour des causes d’intérêts privés. Et cela, alors même qu’ils ont, statutairement, les meilleurs traitements indiciaires de la fonction publique. Le statut de fonctionnaire dont ils devraient être la quintessence interdit, sauf dérogation ou autorisation spéciale, l’exercice d’une activité privée intéressée. Mais ils n’ont cure. Ils sont, et au grand jour, commerçants, chefs d’entreprise et mieux, fournisseurs de l’État au grand désarroi des entrepreneurs légaux. Le transport de marchandises et des personnes, l’import/l’export ; le transit douanier ; l’immobilier ; le bétail, le commerce de détail et de gros, la distribution de produits pétroliers, les travaux publics, tout y passe. À eux, les marchés publics adjugés de gré à gré qu’ils se dépêchent souvent de rétrocéder au mépris du code de la commande publique. Aux commerçants légaux, les contraintes et l’aléa du concours à l’appel d’offres. À eux, le non-assujettissement à l’impôt, aux frais de douane, et aux charges patronales et professionnelles ; aux entrepreneurs légaux, tout cela à la fois, plus les rackets de la police et de la gendarmerie sur les routes ainsi que les tracasseries bureaucratiques. Les généraux inscrivent leurs activités lucratives intéressées et débordantes, dans le registre sui generis de l’entrepreneuriat sans risque, charges, contraintes et de surcroît avec un accès préférentiel à la commande publique. Que demander de plus ? Ce grade tient lieu de sésame donnant l’accès à la caverne d’Ali Baba qu’est devenu le Tchad. De là vient leur hargne dans la sauvagerie de la répression de toute velléité de contestation démocratique des fondements du régime qui les a faits rois. 

La plaie du management des ressources humaines

Les décrets rythment la vie publique tchadienne ; ceux de nominations (infra.) croisant dans une frénésie de fête foraine, ceux des évictions. C’est à se demander si cette activité n’est pas avec celle de l’effort de neutralisation de Succès Masra, les seules qui occupent l’agenda des crânes d’œuf du palais rose, du gouvernement et du MPS. Ces décrets constituent au demeurant la seule raison d’être de l’attrait résiduel des médias publics (ou plutôt d’État) à l’audimat déclinant en raison de la sclérose de l’offre, mais surtout de l’obséquiosité inégalée de la ligne éditoriale et de la flagornerie à l’égard du pouvoir. Certains auditeurs et téléspectateurs, espérant, parfois en dépit de toute rationalité, y entendre, voir ou découvrir leur nomination, quand d’autres, attributaires des fonctions, redoutent y découvrir leur éviction, mais préfèrent, l’apprendre par la voie des ondes en même temps que tout le monde. Pour ainsi dire, il n’est pas besoin de commettre une thèse en management des ressources humaines ou de projets pour savoir qu’une fonction de direction pour tout nouveau titulaire, requiert plusieurs temps : le temps de l’état des lieux, celui de la définition des objectifs et de leur hiérarchie, de la trajectoire et du chronogramme, des moyens, de la mise en œuvre et enfin de l’évaluation. Mais cela suppose en amont une sélection objective, rigoureuse et exigeante des candidats.

L’instabilité frénétique qui agite le landerneau se joue de la rationalité managériale en inscrivant la sélection et la gestion des hauts fonctionnaires au registre de l’aléa si ce n’est simplement de la filiation héréditaire ou clanique. C’est à cela aussi sans doute que s’explique encore aujourd’hui la prégnance du pouvoir anachronique des autorités traditionnelles en matière de gestion de carrières, mais également au-delà, sans qu’on en mesure l’utilité et l’intérêt publics. Cela étant, si généralement, les promus savent très bien, comment et par qui, ils doivent leur promotion, les évincés pour leur part, en ignorent inversement les motifs, mais seule leur importe, un rebondissement rapide. Institué par Deby père qui en faisait un vecteur d’allégeance ou inversement, d’assujettissement et d’humiliation, et poursuivi à une autre échelle de grandeur par le rejeton, le management par le stress de l’éviction est mortifère pour la productivité du pays. Seuls les féticheurs, marabouts et autres « Fakharas », faiseurs passablement intéressés de « bonnes fortunes » y trouvent intérêt. Moralité, même les rares méritants (faisant souvent office de témoins ou de cautions), finissent, soit par considérer que l’étalon de la durée étant la médiocrité, il faut s’aligner sur les tenants en levant le pied sur le travail sous peine d’éviction ad nutum ; soit, par juger que, la charge étant une sinécure, mais de durée très aléatoire ; il faudrait en profiter très vite pour s’enrichir par tous les moyens et placer les siens au mieux avant le gong. C’est souvent les deux approches d’ailleurs qui ont cours cumulativement.

Enfin, la plaie de la gestion des ressources humaines de la fonction publique est aussi celle de l’absence d’évaluation de l’activité et des compétences des agents. Celles-ci sont pourtant indispensables à l’amélioration de la performance individuelle et le cas échéant, à l’adéquation de l’offre de formation continue proposée aux agents improductifs. C’est nécessaire pour la motivation et donc la productivité des agents. Reste que pour évaluer le rapport d’activités demandé à l’agent ou réaliser son bilan de compétences, le chef devrait en avoir les ressources, du moins le minimum. En douter chez certains des décrétés est un doux euphémisme. 

La plaie de la soumission du droit à la volonté du prince

Sans verser dans les méandres de l’argumentaire juridique, un peu barbant pour le public, le droit OHADA qui régit globalement la vie des affaires dans les pays membres, réserve le pouvoir de nomination des administrateurs à l’assemblée générale des sociétés anonymes (SA à capitalisation privée comme publique ou mixte) et celui des directeurs généraux (DG), du président du conseil d’administration (PCA) ou du président directeur général (PDG) au seul conseil d’administration. Le PCA ou le PDG devant pour leur part, être nécessairement nommés parmi les membres du CA en exercice, c’est-à-dire qu’il faut être déjà administrateur pour y prétendre.

Le régime, signataire pourtant de l’Acte uniforme, n’a cure du respect de ce droit communautaire qui prime pourtant sur le droit national. Il continue de pourvoir ces fonctions directement par décret du chef de l’État, et qui plus est, des PCA non administrateurs à leur nomination. Et pourtant, avec sa main mise sur toutes les entreprises publiques, il aurait été tout à fait loisible au chef de l’État d’y faire nommer ses candidats, en passant par les organes compétents. Et l’argument de l’urgence n’est pas opposable, en effet, non seulement un CA peut se réunir de manière impromptue, mais en plus, il peut légalement procéder à la cooptation d’un nouveau membre et le porter aussitôt à sa présidence, en attendant la ratification de la cooptation par la prochaine assemblée générale. Ce n’est pourtant pas compliqué, mais c’est connu, pour le pouvoir tchadien, le respect du droit, c’est pour les autres. Et pourtant, malheureusement un jour viendra où un partenaire international de ces entreprises pourrait facilement compromettre leur intérêt vital en obtenant en justice l’inopposabilité des actes passés par des dirigeants dont la désignation est incontestablement irrégulière. Le pays n’aura alors que les yeux pour pleurer.   

Au plan institutionnel, au Gabon et au Togo, les successions de Bongo et de Eyadema pères ont été certes dynastiques. Mais les rejetons éponymes de ces autocrates ont su faire l’économie de la critique, du moins sur la forme, de la succession en respectant les dispositions du régime transitoire des Constitutions de leurs pays. Au Tchad, pays aux « réalités propres très spécifiques » dont celle de la culture de la médiocrité, il n’y a nulle part de droit ni de procédure en dehors de la volonté du prince.  Car, quel grief aurait pu invoquer la Commission Paix et Sécurité de l’Union africaine (UA) ou le Parlement Européen (voir, Résolution Commune n° B9‑0575/2022  du 14/12/22, notamment les points 1, 4 et 13) si Kabadi, assurant la présidence de la République durant la transition, remettait le pouvoir à Deby fils, vainqueur haut la main des présidentielles que le pays aurait organisé. Le MPS disposant de compétences et de l’expertise éprouvées en matière de tripatouillage électoral ne saurait, en étant au pouvoir, perdre une élection. Certes et comme attendu, l’opposition pousserait des cris d’orfraie à raison, mais sur le plan formel, la succession aurait été inattaquable. Un vrai régime de bras cassés.  Par ailleurs, c’est aussi le fait de prince qui peut conduire un président de Cour Suprême à s’octroyer de bon gré ou mal gré, la compétence de la formation plénière de sa haute juridiction pour des décisions aussi graves que la constatation de la vacance de pouvoirs du Président de la République, celle de la « défaillance du suppléant institutionnel », celle de « l’absence d’alternatif institutionnel » et pour finir, celle de l’investiture à la charge, d’un comité militaire. Un comble ! Il y a là de quoi perdre son droit. Le même résultat aurait pu être aisément obtenu de la formation compétente dont le président a la haute maîtrise non seulement du rôle, mais surtout des délibérations comme en témoignent les dénouements au fil de l’eau et à huis clos de la rocambolesque affaire Société des Hydrocarbures du Tchad (SHT). C’est toujours le fait de prince qui explique l’abattage judiciaire des manifestants du 20 octobre en violation de tous les principes élémentaires du procès pénal dans une démocratie : un remake grandeur nature de procès stalinien avec le goulag de Koro Toro en prime pour l’exécution des peines.

Enfin, l’exécutif tchadien (gouvernement, gouverneurs, préfets, etc.) ne motive quasiment jamais ses décisions même parmi celles qui sont les plus graves en termes d’atteintes aux libertés publiques et fondamentales ; la seule indication du risque de trouble à l’ordre public ne pouvant tenir lieu de motivation. Et pourtant, les recours en excès de pouvoir contre ces actes dont la légalité externe (défaut de motivation) est viciée incontestablement n’aboutissent jamais. Le juge de la légalité préfère regarder ailleurs de peur de subir les représailles du pouvoir. Moralités, dans l’inconscient collectif tchadien (pouvoir et population confondus), les décisions de l’exécutif sont intangibles. Elles doivent être et sont reçues comme telles par le public. Quelle arriération civilisationnelle qui interroge au passage la raison d’être d’une justice administrative au Tchad et pire encore celle d’une justice constitutionnelle ?                 

La plaie de la promotion de la médiocrité

La plaie de la gestion des ressources humaines est celle des nominations ainsi que des promotions n’obéissant à aucune logique managériale. Des fonctionnaires encore stagiaires promus à des postes de direction (DAF, DG, SG) dans les ministères et les régies financières au nez et à la barbe des hiérarques des céans, et qui n’ont que mépris et condescendance pour ceux-ci. N’étant obligés qu’à l’égard du sommet, ils se moquent éperdument de la bienséance, des codes éthique, moral, de diligence et de responsabilité de la haute administration publique. Ainsi, dans un corps aussi hiérarchisé que la magistrature, des chefs de cour, hauts conseillers à la Cour Suprême ; procureurs de la République, présidents de tribunaux, en début de carrière, officient, avec autorité sur des collègues supérieurs en grade ou en ancienneté. Ainsi encore dans les corps des enseignants-chercheurs dans les universités publiques ou des médecins dans les hôpitaux et bien d’autres. Mais c’est aussi la facette des avancements d’échelons et de grades au mépris des tableaux, des rangs et des corps alors qu’aucun éclat ou relief de l’état de services des impétrants ne justifient la reconnaissance. Comment préserver la discipline et la cohésion dans la fonction publique, le respect et l’autorité de la hiérarchie et plus, l’exigence d’efficience et de diligence ou l’émulation, quand la filiation familiale, politique, conjugale et amicale avec le prince ou ses ministres est le seul déterminant des carrières ? De même, des lauréats des écoles de commerces privés, à peine diplômés, promus dans les fonctions hautement stratégiques dans les entreprises publiques et parapubliques. Certes, « aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre d’années » dixit Corneille, mais la spécificité des âmes bien nées réside dans leur rareté, et la très forte valeur ajoutée de leur expertise ainsi que la plus-value hors du commun de leur prestation. Dans le cas du régime, on ne peut parler de la rareté de ces élus quand c’est la norme dans tous les cercles du pouvoir ; leurs conjoint(e)s, compagnes et progénitures compris. Quant à l’expertise, si elle est certaine en matière de captation et de prédation des deniers publics, on peine à en avoir l’infime manifestation en ce qui concerne l’efficience ou la plus-value, si on en juge par la faiblesse institutionnelle généralisée de l’appareil d’État dans tous les domaines productifs, excepté l’armée et la sécurité.

Le Président dispose et use de son pouvoir discrétionnaire de nomination aux hautes fonctions publiques, mais le pendant de cette prérogative exorbitante est sa responsabilité en tant que commettant à l’égard de la nation lorsque ses protégés se rendent coupables d’incartade ou d’inconduite indigne de la charge. Or, dans l’affaire SHT, consorts secrétaire particulier et autres, non seulement le titulaire de la charge présidentielle ne bat pas sa coulpe, mais il promeut le collaborateur indélicat et se remet pour le reste, à la justice divine. Allez-y y comprendre ! Quelqu’un pourrait-il lui expliquer que s’il prétend être Président d’une République ; en République justement, des faits caractéristiques de cette espèce relèvent des lois sociales ; lesquelles instituent une justice pénale dont les leviers sont confiés au ministère public. Qu’importe, le Président nomme et démet frénétiquement aux hautes fonctions au-delà du raisonnable.  

La plaie de la dette nationale de sang

Le clan régnant oppose à bas bruits, dans un semblant d’exercice d’auto-persuasion, le lourd tribut payé par ses membres sur les indéchiffrables théâtres d’opérations armées du régime pour légitimer le système de prédation et la mise sous coupe réglée du pays. Outre l’aveu que le pays est un butin de guerre ainsi que celui de la fictivité d’une armée nationale, l’argument mériterait l’attention si ces pertes en vies humaines ont été enregistrées à l’occasion d’une guerre de libération nationale ou de résistance à une occupation étrangère.

Or, les guerres successives et lancinantes du régime sont des guerres civiles ; c’est à dire, des Tchadiens opposés militairement à d’autres Tchadiens pour, selon la position, la conservation ou la conquête du pouvoir avec des victimes innombrables dans tous les groupes ethniques nationaux. Par suite, la surreprésentation des membres du clan dans certaines unités de l’armée et leur forte exposition dans ces opérations (comme le démontre magistralement la contribution de GATTA, op. cit), procède de l’instinct grégaire et n’a pour seule raison d’être que la défense non pas de l’État et de ses institutions républicaines, mais du pouvoir du clan. Dès lors, la justification d’une dette de sang de la communauté nationale à l’égard dudit groupe paraît plus que fallacieuse. Qui plus est, elle paraît moralement indéfendable sauf dans une logique d’esprit de la mafia. Par ailleurs, le cynisme, chevillé au corps du régime, qui alimente en continu les frustrations, vexations et humiliations est un puissant moteur de la rébellion armée. Or, le régime n’a point l’intention de s’amender au contraire. Résultats, voguent les rébellions et voguent les victimes dans les rangs du clan qui justifieront la pérennité de la dette de sang et donc de la prédation du pays et ainsi de suite. Un vrai filon.  

La plaie de l’élasticité du périmètre des collaborateurs de la présidence de la République

Le gouvernement qui a la lourde charge de la politique et de la gestion du pays compte 44 membres, son chef compris. La présidence de la République au service duquel, œuvre déjà le gouvernement, compte à elle seule, pas moins de 90 collaborateurs politiques et/ou militaires ayant plus ou moins rang de ministre. Jugez-en : 26 conseillers techniques et leurs deux chefs (dont le premier est ministre d’État) ; 20 conseillers spéciaux ; 29 chargés de mission ; 7 ambassadeurs itinérants ; 2 directeurs du cabinet civil, du cabinet particulier, de l’État-major particulier, sans compter les 3 ministres d’État, conseillers à la présidence (qui n’apparaissent pas dans l’organigramme). Il y a dans cette armée mexicaine des collaborateurs politiques de la présidence, un anachronisme qui au-delà de l’incidence financière sur les faméliques finances publiques, frise l’absurdité. En effet, à quels besoins d’emplois d’utilité publique répondrait tout un troupeau des conseillers spéciaux, de chargés de missions et d’ambassadeurs itinérants ? Le sujet n’est pas de questionner l’opportunité de l’emploi par la présidence de son budget, mais plutôt de l’existence d’une limite à ce budget si budget il y’a ?

En effet, de deux choses l’une, ou il existe un organigramme carré et budgété des collaborateurs ; le président disposant de la latitude de pourvoir les postes et de les renouveler à sa discrétion dans la limite de cet organigramme ; où alors, il n’y a pas d’organigramme, le président dispose de la faculté de nommer autant de collaborateurs qu’il voudra, mais à budget constant. Or, à l’évidence, la présidence des Deby père et fils ne s’inscrit dans aucune des deux configurations budgétaires sans que cela n’émeuve ni la Chambre des comptes de la Cour suprême (gardienne de l’orthodoxie de l’emploi du budget) et encore moins la Commission des finances du parlement (compétente en matière de contrôle de l’opportunité de l’emploi du budget). La liste des conseillers s’allonge à l’infini et de nouvelles catégories encore plus budgétivores sont créées ex nihilo. Les spécialistes des finances publiques, ainsi que la presse devraient chiffrer le budget de fonctionnement relatif à l’emploi de ces seuls collaborateurs et le comparer à celui des membres du gouvernement. Et, il ne peut être opposé à cette démarche la fameuse et obsolète souveraineté de la présidence, car il ne s’agit pas du Président lui-même, mais de l’appréciation du coût de l’emploi de ses collaborateurs politiques qui est une question d’intérêt public, sauf à considérer et assumer que le budget de fonctionnement de la présidence est indéfiniment sans bornes. Pour la petite histoire, la Présidence des USA à qui l’on doit la fonction de conseiller spécial ou haut conseiller (Senior Advisor to the President of the United States) n’en dispose généralement que d’un seul. Elle en compte deux depuis les présidences Trump et Biden. Le Président tchadien qui en compte dix fois plus doit avoir sans doute plus de dossiers hautement inextricables à traiter que son homologue étasunien !, à moins qu’il ne s’agisse simplement que de l’expression des attributs du pouvoir d’un monarque absolu dans une République.  

Le pays s’enfonce chaque jour davantage dans les abysses du néant. Le régime et ses nouveaux ralliés bombent le torse jusqu’à l’hubris. Mais le pays truste les dernières places dans tous les tableaux comparatifs : alphabétisation, accès aux soins, à l’eau potable, à l’électricité, aux transports, au travail ; les libertés publiques et individuelles, la justice, la démocratie, la gouvernance, le PIB par tête d’habitant, l’indice de développement humain, etc. Qu’en attendre d’autre, lorsque l’essentiel de son intelligentsia, censée être la boussole et la conscience collectives, a fait don de son droit à l’irrévérence. Elle s’est mise en situation d’attendre tout du prince et ne peut dès lors s’offrir le luxe de déplaire. En ne considérant que les seules dernières actualités brûlantes, ses portes-étendard n’ont rien dit sur les massacres du « Jeudi Noir » ainsi que de l’abomination des conditions carcérales et du traitement judiciaire inique des rescapés ; comme ils n’ont rien dit de ceux de Sadanan, de Mangalmé et de Krim Krim. Faudrait-il leur rappeler les propos du Pasteur Martin NIEMOLLER sur la lâcheté des intellectuels allemands à l’égard des victimes de nazis, « Quand ils sont venus chercher les juifs, je n'ai rien dit, car je n'étais pas juif. Quand ils sont venus chercher les communistes, je n'ai rien dit, car je n'étais pas communiste. Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n'ai rien dit, car je n'étais pas syndicaliste. Et quand ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester ». Et il n’y a désormais plus personne au Tchad pour protester depuis le Jeudi Noir.

Le pouvoir sans conscience n’a plus de limite, il n’est désormais que ruine de la nation.

Abdoulaye Mbotaingar
Docteur en droit
Maître de conférences à l’université d’Orléans
Membre du centre de recherche juridique Pothier (CRJP), EA 1212.
Chargé d’enseignement à l’université Paris-Dauphine-Psl      

Les mérites guerriers de Deby père étaient indéniables. Ceux du fils sont sujets à caution en raison de la prégnance de l’empreinte de l’hérédité sur les troupes qu’il dirigeait sur les théâtres des opérations et sur la progression vertigineuse de sa carrière militaire en l’absence de faits d’armes éclatants ou de formation d’officier supérieur dans une École de guerre de référence. En revanche, l’hérédité, encore elle, à qui le fils doit ses fonctions de Président dans une République à la suite du père, conforte les deux alliés quand - à leur appétence aiguë du pouvoir pour le pouvoir.

En effet, quiconque, porteur de germes de défiance sur-le-champ démocratique et a fortiori militaire, des fondements de leur pouvoir en paiera le prix fort. Point d’économie de moyens pour réduire à jamais l’adversité au silence. Peu leur importe la proportionnalité et l’égalité des armes. Peu leur importe la loyauté du combat. Peu leur importe l’éthique, la morale et la méthode. Peu leur importe le parjure et le reniement. Peu leur importe les engagements internationaux souscrits par leurs soins au nom du pays en matière des droits de l’homme. Peu leur importe la procédure pénale et le droit pénal.

Et s’il faut pour cela, passer sur les corps, même de leurs partisans et courtisans (le seul métier porteur d’avenir au Tchad), ils le feront sans état d’âme. S’il faut y engager toutes les ressources disponibles et potentielles de l’État, en obérant irrémédiablement l’amélioration minimale des conditions de vie et l’avenir de la population, ils le feront (pour preuve, la primauté et la disproportion des dépenses militaires que la pratique du système rend immaîtrisables). Par ailleurs et sur le plan idéologique, s’il faut dans l’intérêt de la pérennité du pouvoir, être communautariste ou régionaliste, ils le seront pour deux et trois. S’il faut être confessionnaliste, ils le seront pour 4 et 5. S’il faut être ethniciste ou grégaire, ils le seront pour 6 et 7. Panafricaniste et à la fois pilier de la françafrique (encore qu’il peut y avoir un doute raisonnable sur la culture politique du fils), ils le seront. Le père, en son temps, et le fils aujourd’hui, ne croient qu’en la foi de leur pouvoir. Et si cela doit passer par un massacre de masse (1) ou par une pratique méthodique du cynisme (2), ils emprunteront un raccourci pour gagner du temps. D’où l’expression de la diagonale, c’est-à-dire le plus court chemin pour parvenir à une destination. L’un et l’autre s’y sont employés non sans efficience, bénéficiant au passage d’une part, d’une indulgence rare de la communauté internationale, et d’autre part, de services après-vente, toujours laborieux, d’une cohorte patentée de « blanchisseurs » intellectuels et hauts commis d’État au demeurant jetables. Reste que la mémoire de la justice universelle est immuable (3).  

Diagonale dynamique des massacres de masse 

Le tableau de chasse macabre du père est de nature à faire pâlir de jalousie la concurrence régionale. Par métaphore sportive (même si la gravité du sujet ne se prête pas à l’exercice), on pourrait affirmer qu’il était de « classe mondiale ». En cause, et sans égard à la longue liste d’éminentes personnalités politiques, civiles, militants de la société civile et militaires dont l’élimination physique sans procès était une marque de fabrique déposée de l’interminable règne, Deby père s’était particulièrement illustré par des massacres de masse : sans doute des milliers de victimes au Moyen Chari et dans les deux Logones au cours du fameux septembre noir. Idem des Hadjaraï dans tout le Tchad pour leur filiation supposée avec Moldoum, Garboubou et Kaffine, à partir des événements du 13 octobre 1991. Pareil pour les Ouaddaïens, manifestant à N’Djamena contre le vol de bétails et les représailles meurtrières de Ngnuiguilim et Chokoyane, à partir des événements du 8 août 1993, etc.

Quant au fils, « Bon sang ne saurait mentir », et il aurait honte et tort de ne pas faire mieux que le père. La trajectoire naissante de son œuvre macabre est d’une telle portée qu’il battra à très brève échéance la performance du père, construite pourtant patiemment sur la durée. Le fils a inauguré son office par 17 victimes transformateurs sans compter les dizaines de blessés dès le lendemain de sa prise de pouvoir le 27 avril 2021, suivie des dizaines d’Abéchois en janvier 2022, des centaines (probablement) de victimes à Kouri Bougoudi (dans le BET), et l’apothéose du point d’étape, le plat de choix : les transformateurs de Succès Masra et les militants de Whakit Tamma ce 20 octobre dont des centaines de victimes (décédées et blessés) et sans doute, plus d’un millier de déportés. Une vraie boucherie barbare qui questionne sans conteste, le degré d’humanité de ses auteurs.

Cette statistique macabre encore très loin de l’exhaustivité donne l’effroi. Et rappelle par sa dynamique et sa distributivité géographique (Nord, Sud, Est, Ouest), la constance de l’ADN du pouvoir Deby : la cruauté comme paravent à toute velléité de contestation (légitime fut-elle) lorsque la corruption de consciences par les postes de responsabilités ou les deniers du Trésor public montrent sa limite. Mais elle montre surtout que les Deby ne sont ni du camp, selon la vulgate abominable tchadienne, des « nordistes », des « sudistes », des « musulmans », des « chrétiens » ou d’« animistes ». Ils ne sont d’aucun camp si ce n’est de celui de leur propre pouvoir et de sa pérennité.


L’unité et la stabilité du pays n’ont de sens qu’à l’aune de leur acception personnelle, fermez le ban. C’est pourquoi, le constat que le procès en violence contre Succès Masra et Les Transformateurs prennent le pli, paraît pour le moins contre nature dès lors qu’il y a un monde entre l’échelle de gravité de tirs à balle réelle. Celle des exécutions sommaires en plein jour des manifestants non armés et le fait pour ceux-ci de braver l’interdiction, au demeurant constatable légalement et légitimement. Mais il est aussi à déplorer pour l’avenir du Tchad que le procès en « communautariste » servi contre Succès Masra (encore lui) et les siens, prenne le pli chez certains aujourd’hui comme il avait pris hier à l’occasion des présidentielles de 1996 contre Abdelkader Kamougué, de 2001 contre Yorongar Ngarledji, et de 2016 contre Saleh Kebzabo (il s’agit bien de l’actuel premier ministre). C’est sans doute parce que le régime est passé à la faveur de l’usage, maître dans l’art de la pratique du cynisme.

Diagonale du cynisme

Accusé l’autre de ce dont on est soi-même coupable, dépasse la banalité du mensonge, c’est du cynisme qui est le second marqueur du régime. Le fils vient d’en donner une parfaite représentation en se rendant à l’hôpital au chevet des manifestants blessés par des tirs exécutés par des militaires dont il est le chef. Et de surcroît, non pas pour compatir à la souffrance des malheureuses victimes, mais plutôt pour appuyer sa condamnation de la violence des manifestants (dont les victimes blessés, hospitalisés), auteurs du vandalisme du siège des deux partis alliés. À la douleur physique des blessures des corps par balles, il fallait encore ajouter une dose morale et il s’y est chargé personnellement. Mieux, il a décrété une semaine nationale de deuil pour honorer la mémoire des victimes de ses hommes, mais sans le moindre remord, regret, excuse ou pardon à l’endroit desdites victimes et de leurs familles. C’est rationnellement incompréhensible et inexplicable, si ce n’est pas le seul ressort du cynisme. Mais ce n’est pas tout. Il a dépêché Saleh Kebzabo, endosser, face à l’opinion publique, sa furie (au demeurant magistralement exécuté par le commis) contre les manifestants, alors que ce dernier est celui qui avait tout à perdre dans la forme et l’opportunité de cette prise de parole. Il en est de même, de l’exercice jubilatoire de l’inversion de l’échelle des valeurs auquel il s’est livré, après l’épreuve de feu du Premier ministre, en transformant les victimes en bourreaux et ces derniers en victimes. C’est difficilement compréhensible dans une société civilisée. Depuis, c’est le branle-bas dans les rangs du bataillon des affidés qui n’en demandaient pas tant pour lui emboîter le pas les médias publics sans le moindre contradicteur.

Mais ça l’est aussi et c’est désormais une évidence, à travers le verrouillage méthodique et horloger, notamment de la préparation de la liste des participants, de la direction et des délibérations du fameux Dialogue National Inclusif et Souverain (DNIS), pour en dégoutter de la participation les contradicteurs et leur imputer gaiement la responsabilité pour cause de radicalité de mauvais aloi. Le DNIS, une réussite dixit ses promoteurs, mais avec autant de morts, de blessés et de déportés à peine deux semaines après, qu’en aurait-il été s’il avait été un échec ?

Par ailleurs, le cynisme du régime, c’est aussi aller chercher la meilleure expertise à l’international, non pas pour aider au développement du pays ou à asseoir une gouvernance vertueuse, mais plutôt pour le dévoiement de la légalité et l’instrumentation de la forfaiture. La présence de son Excellence Mahamat Saleh Annadif dans le gouvernement Kebzabo en est un petit aperçu : un vrai gâchis.    

Mais, au-delà, la pratique du cynisme par le système Deby est à l’échelle industrielle. Elle convoque les médias d’État et les médias privés partisans, l’appareil sécuritaire, les appareils judiciaire et administratif, la Kyrielle de partis politiques et d’organisations de la société civile factices et/ou alimentaires et pire, les chefs religieux et les relations familiales et amicales des cibles. Aujourd’hui, tout l’appareil de l’État tchadien avec l’ensemble des ressources humaines, matérielles, financières, disponibles et mobilisables sont dévolus prioritairement au harcèlement, à l’intimidation, au chantage, à la calomnie, à l’humiliation, à la persécution de Succès Masra (et dans une moindre mesure, du leader de Whakit Tama et de Yaya Dillo).

Passent les inondations et la famine endémiques. Passe, l’enclavement intérieur et extérieur du pays. Passe la faiblesse structurelle des ressorts de l’économie, de l’éducation et de la santé. Passe, le désœuvrement structurel des forces vives de la nation. Passe, l’absence d’outils de production confinant l’économie nationale à l’échelle de celle de boutiquier. Passe, la confiscation des richesses nationales par un clan. Passe la désespérance de la jeunesse en l’avenir, leur présent étant déjà compromis. Briser les reins de Succès Masra et à défaut, le soumettre est le seul déterminant du moment du régime. L’épreuve de feux nourris de tous les fronts que celui-ci et ses partisans, subissent depuis quatre ans de la part de l’État et de son bras politique le Mouvement Patriotique du Salut (MPS), ex-parti au pouvoir, est au-delà de la limite du supportable pour l’espèce humaine. Dans ces conditions, il est difficile d’être résilient plus longtemps, d’où l’indulgence compréhensible que ce dernier adopte à l’égard de ses ex-militants et cadres qui ont cédé, même si pour ce faire, ceux-ci ont dû être obligés de passer par la case de la contrition publique en accusant les anciens camarades de « tous les péchés d’Israël » comme s’y est livré, le désormais ex-vice-président du parti.

La défection organisée de celui-ci, après tant d’autres, est destinée à servir le récit préfabriqué d’un parti infréquentable par les « nordistes » pour cause de communautarisme chrétien. Or, à l’analyse, entre un Succès Masra qui n’a jamais encore exercé une moindre responsabilité publique de l’État, pour permettre d’en mesurer le degré de communautarisme, et ceux dont c’est l’alpha et l’oméga de la gouvernance publique depuis 32 ans, le premier ne peut décemment recevoir des seconds, de leçons de civisme, d’égalité et encore moins de républicanisme.

Feu Ibni Oumar Mahamat Saleh, alors secrétaire général du PLD et surtout porte-parole de la coalition CPDC avait fait les frais d’un ostracisme larvé des dignitaires communautaires et religieux, organisé par le régime pour son refus de se rallier à la candidature de Deby père à la présidentielle, mais surtout pour intelligence avec l’ennemi « sudiste » incarné par les autres leaders des parties de la coalition. Ses trois compagnons d’alors, membres éminents aujourd’hui du régime du fils peuvent en témoigner, même s’ils ne sont plus à un reniement près. Il était pourtant musulman et « nordiste » bon teint.

Moussa Faki, ex-dignitaire du régime, aujourd’hui en rupture de ban, après une introspection rendue possible par ses éminentes fonctions de président de la Commission de l’Union Africaine (UA), est voué aux gémonies par le système pour avoir simplement osé rappeler le principe de la disposition de l’article 25 de la Charte Africaine de la Démocratie, proscrivant l’éligibilité des auteurs de changement anticonstitutionnel, mais aussi pour avoir condamné comme l’ont fait tous les responsables des institutions internationales, les massacres du 20 octobre. Désormais, plus rien ne lui sera épargné, y compris les égouts et leurs émanations nauséabondes. Son procès en ingratitude étant désormais sur la table d’instruction. Pour en avoir été, il sait à quoi s’en tenir. Il est désormais une cible de choix et sa filiation avec le clan ne pèsera pas lourd dans la balance. Telle est aussi la situation de Yaya Dillo.

À l’évidence, le sentiment de toute-puissance du régime s’explique en interne par la faiblesse institutionnelle entretenue, reléguant tous les leviers de contre-pouvoirs que sont notamment la justice (judiciaire, administrative et constitutionnelle), le parlement, les autorités administratives indépendantes, les médias publics, à un simple rôle de décor ou mieux, à celui d’instruments à la dévotion du Président, des siens et de son parti. Il s’explique en externe par le bouclier que déploie irraisonnablement et systématiquement la France pour protéger le régime en contrepartie des services rendus à son armée. Mais une chose est certaine, ces protections ne peuvent toujours triompher de la justice dont la mémoire est immuable.   

La mémoire immuable de la justice

Il est une certitude que ne peuvent contester même les thuriféraires du régime : c’est la déliquescence avancée du pays.  En effet, en dehors de leur gloire personnelle, qu’est-ce qu’ont fait les Deby du tunnel de 32 ans de leur pouvoir qui soit de nature à améliorer le quotidien des citoyens et offrir une perspective d’avenir au pays ? Rien et trois fois rien. Inutile de revenir sur l’abysse de leur passif. Comme l’a écrit le journal Le Monde sous la plume de Jean-Philippe Rémy, le 19 février 2008 à propos de Deby père : « mais, hormis survivre, qu'a-t-il fait depuis son arrivée au pouvoir en 1990 ? Rien, au fond, qui ait marqué une véritable rupture avec la « guerre de Trente Ans » subie par le pays au lendemain de l'indépendance et qui, avait-on espéré, devait prendre fin avec son arrivée au pouvoir. Tandis que se poursuit l'épopée des guerriers tchadiens, le pays continue de souffrir mille morts, dont celle de sa démocratie ». C’est sacrement d’actualité 14 mois après sous le magistère du fils.

Les jeunes manifestants dont certains ont été sauvagement exécutés ce jeudi 20 octobre et d’autres, déportés sans être présentés au préalable à un officier de police judiciaire et sans un arrêté d’éloignement du ministre de la Sécurité publique, sont sensibles et réceptifs aux discours de Succès Masra et autres Yaya Dillo ou Max Loalngar. Parce que ceux-ci sont simplement porteurs d’espérance et de promesse de méthode partagée de direction du pays et d’évaluation de la gouvernance et des résultats d’une part. Et d’exemplarité et de responsabilité des décideurs publics à l’égard des citoyens, d’autre part. C’est la seule raison pour laquelle ils sont écoutés par ces jeunes, sortis massivement braver ce jeudi 20 octobre l’interdiction arbitraire de manifester. Ils le feront encore et encore en dépit de ce lourd tribut et le risque non moins réel de nouveaux massacres dans leur rang par le régime. L’élimination physique de ces leaders qui, sous ce régime, n’est pas qu’une hypothèse d’école ne pourra rien contre cette dynamique d’éveil de la conscience populaire. Le germe est planté. D’autres, encore plus nombreux, reprendront le flambeau.

Le pouvoir ne doit cependant pas se méprendre, les auteurs intellectuels et matériels, les co-auteurs, les complices et receleurs des massacres du 20 octobre doivent se rendre à l’évidence que la mémoire de la Justice est immuable surtout en matière de crimes qui plus est, contre l’humanité. Une qualification hautement plausible dans le cas des massacres du jeudi noir et par conséquent, susceptible de fonder la compétence universelle des juridictions des pays étrangers. Nombreux sont les Tchadiens ou non, qui y travaillent. Ils ne ménageront pas leurs efforts pour maintenir vive cette mémoire.


Le hasard de l’actualité contemporaine à celle du jeudi noir tchadien le rappelle s’il en est besoin, par deux procès en cours sur des circonstances de fait similaires : le premier à Conakry, celui de l’ex-Président guinéen Moussa Dadis Camara, treize (13) ans après les massacres et viols de masse au stade de football, le 28 septembre 2009. Le second, devant la cour d’assises de Paris, celui de Kunti Kamara, ancien seigneur de guerre libérien de l’ULIMO, pour des massacres et viols de masse commis en 1993, soit vingt-neuf (29) ans plus tôt. 

À méditer.

Orléans le 31 octobre 2022

Abdoulaye Mbotaingar
Docteur en droit,
Maître de conférences, Université d’Orléans
Membre du centre de recherche juridique Pothier (CRJP), EA 1212
Chargé d’enseignement, Université Paris-Dauphine-Psl

Après la Centrafrique, le Mali et il y a deux jours le Burkina-Faso, il n’est pas impossible de voir les tchadiens se soulever contre la France et ses incalculables intérêts au Tchad. Le problème de la France n’est pas son passé colonial encore moins la Russie et ses mercenaires de wagner. La France est resté obscurantiste.

 Les méthodes colonialistes on le sait. Assassinat, déportation, pillage, expropriation, assimilation, acculturation, privation de liberté, négation de la dignité. Et tout ça juste pour vous enrichir. Et bien vous l’avez fait français. 50 ans après vous nous avez imposé des dirigeants pour continuer autrement vos méfaits. Ça ne vous vous suffit pas françaises et français ? Sans l’Afrique, la France n’aura pas valu le Portugal ou la Grèce, français faites le calcul.

Que chaque français retienne, la jeunesse africaine est aujourd’hui plus lucide que vous ne le croyez. Nous ne sommes pas des pro Russes, nous ne sommes pas des revanchards pour vos crimes contre l’humanité. On vous demande de cesser d’être des obscurantistes. Il ne faut pas aller à l’école pour comprendre que la France, considérée comme la seconde économie européenne ne possède rien de plus que la monnaie CFA pour mamelle. L’ascension de la puissance africaine est inéluctable. L’Afrique, forte de ses richesses naturelles et de sa démographie règnera pour elle-même et dans ses frontières un jour.

Cependant il n’est pas trop tard. La France peut être encore un grand partenaire pour la Centrafrique, le Mali, le Burkina-Faso et le Tchad, si elle décide de s’inscrire définitivement aux côtés du peuple et non des dictatures. La France doit cette fois-ci arrêter son hypocrisie et promouvoir sincèrement les valeurs sur lesquelles elle a bâti son existence. À ce titre elle doit aider le peuple africain épris de liberté et de démocratie. Pour le cas du Tchad elle doit se prononcer clairement et sans réserve contre la transmission dynastique du pouvoir. Le peuple tchadien en a marre, elle n’acceptera plus la perpétuation de la dictature, il n’acceptera plus de Deby fils, même si la France se rangera de son côté. On a plus peur, tout sera transformé, seul le peuple règnera.

Le problème de la France n’est pas la propagande russe, c’est les choix injustes que ses dirigeants continuent à opérer. Elle choisit toujours le camp des dictateurs, elle se met d’emblée contre les intérêts du peuple. Il n’est pas trop tard à la France. La France doit choisir le peuple tchadien et refuser la mascarade de dialogue qui se tient en ce moment à N’Djamena. Elle doit envisager écouter le peuple Tchadien, l’Union Africaine, les États-Unis, et commencer à sanctionner tous ceux qui sont contre la volonté du peuple. Ils ont assez détourné et acheté des biens immobiliers en France, aux États-Unis, au canada, en Égypte.

Aux français, les tchadiens croient aux mêmes valeurs que vous. Même votre silence est dorénavant incompris en Afrique. Levez-vous et défendez vos valeurs, l’Afrique croit aussi à ses valeurs. Vive le Tchad, vive la France quand elle soutiendra le peuple tchadien.

Samuel Mbainaissem

Le dialogue national qui devait être « INCLUSIF et SOUVERAIN » a démarré le 20 août passé. Un exercice au rabais. Une bonne partie de politico-militaire, de la société civile, de parti politique et des religieux ne participe pas. Et ils ont raison.  C’est une mascarade pour conserver le pouvoir. Pour ceux qui ne le savent pas, le contexte n’est plus favorable aux manipulations d’antan, le peuple tchadien ne consacrera plus jamais la tyrannie d’un clan ou d’un groupe.

Persécuter Succès Masra ne suffira pas. L’ancien parti au pouvoir surreprésenté dans le dialogue ne suffira pas. Les hiérarques de l’ancien régime assis aux premières places ne suffiront pas. Le Comité d’Organisation du Dialogue National Inclusif (CODNI) déguisé ne suffira pas. L’armée clanique et ses généraux armés ne suffiront pas. Les tchadiens sont prêts et veulent tourner la page des dictatures et de cet État d’exception. Un Tchad de démocratie et de justice ou rien.

En ce moment au Tchad, personne n’est élu. Personne n’est légitime pour décider. Personne n’empêchera le changement au Tchad pas moins que les pharaons n’ont pu empêcher d’appartenir à l’histoire et au tourisme. Ceux qui participent aujourd’hui à la persécution rendront des comptes un jour. Aujourd’hui la documentation numérique est de plus aisée.

D’abord la souveraineté appartient au peuple et même dans les démocraties consolidées aucun dirigeant ne perd de vue cette évidence. Le Maréchal du Tchad, à ses dernières années, était en difficulté permanente face aux aspirations de son peuple. L’autoritarisme n’ayant plus le monopole de l’information, le Maréchal le savait, il ne peut plus revendiquer le soutien du peuple. Les tchadiens ont bien compris, le pouvoir reste une légitimité et elle est détenue par le peuple. Il ne sera plus possible de gouverner par la force.

Aussi, le peuple tchadien est fort de ses expériences. 29 ans après la Conférence Nationale Souveraine (CNS), il n’est pas difficile à comprendre ce qui n’a pas marché et refuser légitimement tout ce qui entravera à l’avènement d’une véritable démocratie. Dorénavant, en toute cohérence, les tchadien se donneront les moyens de refuser les textes qui consacreront la participation de ceux qui sont en charge de la transition aux prochaines échéances électorales. Ils se donneront les moyens de résister à tout plan permettant la confiscation du pouvoir par un groupe ou un clan.  

Je dis bien il ne suffira pas de remplir la salle de Dialogue des personnes du même bord politique. Ceux-là mêmes qui ont abjectement taillé en faveur du Maréchal les deux dernières Constitutions. Les tchadiens s’opposeront totalement aux textes qu’ils jugeront arbitraires et réaffirmeront leur aspiration à une véritable démocratie.

Le contexte international a aussi les étoiles alignées avec celles des valeurs d’émancipation démocratique et de justice revendiquées par des peuples. Bien de chancelleries occidentales et autres représentations internationales sont aujourd’hui rattrapées par leur passé discutable. Et leur influence dans le monde a pris un coup. Une autre Afrique maintenant. Un autre Tchad maintenant. Non, aujourd’hui il n’est plus possible d’imposer des zouaves ou de soutenir des états d’exception. La jeunesse est aujourd’hui une entité majoritaire et elle n’est plus silencieuse désormais.

Aujourd’hui, dans leurs fuite en avant, les « anciens », ceux-là mêmes qui ont conforté 30 ans de dictature, des pseudos opposants, cherche à persécuter Yaya Dillo Betchi, Max Loalngar, Succès Masra. Nous ne sommes plus à l’heure des faux procès. Le Maréchal l’aurait fait. Il n’a pas fait. Comprenez la leçon. Yaya Dillo Betchi, Max Loalngar, Succès Masra ne sont plus seuls maintenant. Ils sont une conscience, celle la mieux partagée par les tchadiens et les tchadiennes de nos jours. La barbarie est révolue.

Le message de Moussa Faki est juste pour notre époque : « Aucune communauté, aucun groupe, aucun parti ne peut désormais à lui seul prétendre gouverner ou diriger ce pays.

Aucune entité, quels que soient sa force, ses ambitions, ses atouts actuels ou potentiels ne peut prétendre gouverner seul ce vaste pays, complexe, divers et diversifié ». Comprenez la leçon.

Seul le peuple est souverain. Et un jour ensemble (tchadiens) nous verront le soleil, nous atteindront la vraie JUSTICE. C’est inévitable, le petit clan laissera la place au seul GRAND TCHAD.

Douksou Lipelba

Depuis le 24 août 2022, date de l’ouverture des débats au dialogue national inclusif souverain, il règne une ambiance de souk. Ce qui s’apparente à des échanges contradictoires des grandes assemblées, décris une réalité prévisible, celle d’une hostilité de générations. Les caciques soixante-dix ans consommés de l’ancien régimes et ses descendants, contre une jeunesse cinquantenaire enfin sortie de l’ostracisme des dictatures successives. Ce qui est sûr, au sortir du dialogue une seule génération s’imposera, l’antagonisme est bien profond pour une cohabitation harmonieuse.

En effet, dès l’entame des débats la satire est servi à profusion. De tout part on ne manquait pas l’occasion d’indexer l’autre. Pour chaque parole prise, le sujet au programme du jour est recalé. Comme des mages, on croit connaitre les intentions des uns et des autres. Des joutes verbales, on s’enlise, et on suspend pour éviter un chaos en direct. Procès d’intention national souverain en marche.

Pour la génération des caciques de l’ancien régime, la compréhension est simple. On a peur de tout changement. Habituée aux nombreuses avantages pécuniaires et des outrances de pouvoir, elle tient à se régénérer à travers ses nouveaux adultes. S’adapter au changement est pour elle apprendre à rester derrière. Elle résiste de son mieux. Les preuves ne manquent pas. La parole est donnée en priorité à leurs progénitures. Les invités de l’émir du Qatar marginalisés. Le CODNI est attisé pour une seconde vie, son équipe en préparation pour un recyclage. Et quand on parle du présidium, les mêmes CV qui ont servi à évangéliser l’exclusion, la gabegie, le népotisme, la corruption, les détournements, sont déposés sur la table. Le Maréchal du Tchad n’est plus là, il faut anticiper l’émancipation de certains de leur, le vote à main levée est brandi.

Contrairement aux autres pays du monde, la jeunesse tchadienne née après les années 70 a vieilli sans prendre la main. Pourtant, nos anciens étaient déjà dans les affaires depuis leur vingtaine. On a même connu des présidents trentenaires. Les raisons sont multiples et les principales sont les guerres successives et la pauvreté génitrice de l’avidité. Dans tous les cas, depuis les années 80 à aujourd’hui on a les mêmes sur nos têtes. 30 ans ministre, 30 ans chef de parti, 30 ans ambassadeur, 30 ans chef militaire, 30 ans DG, 30 ans président des institutions, 30 ans député, 30 commissaire, 30 ans protocole.

Des repris de justice. Des soustraits de justice. Des mafieux. On n’aurait rien dit si nous n'étions pas à terre. Le constat est sans appel. L’éducation au plus bas de la région. La santé au plus bas de la région. Le sport au plus bas de la région. L’eau, l’électricité, les voies bitumées sont minuscules. Des provinces entières isolées en saison pluvieuse. Des quartiers et des hôpitaux dans l’eau. Pendant ce temps d’autres familles à l’abri dans des maisons achetées indument en Europe, en Amérique, au Maghreb, etc. On veut perpétuer quoi ?

C’est déjà important l’organisation de ce dialogue. Le président de transition Mahamat Idriss Deby a fait son travail, le reste c’est de bonne guerre et la vérité s’imposera. Tout porte à croire qu’il y a une majorité qui veut saisir cette occasion. Il y aura certainement d’autres Moussa Faki, encore plus courageux. Le ton est donné, rien ne sera comme avant. Mahamat Egreye Secrétaire Général de l'Union des Forces de la Résistance (UFR), Mahamat Assileck Hallata, vice-président de l'UFDD et bien d’autres ont dit non, quand il fallait répondre aux agissements contreproductifs des caciques. Les faits sont têtus. Et tout est désormais filmé. Ça promet un dialogue.

Il n’y a rien de plus persévérant, de plus inéluctable que le changement. Alors s’adapter que d’avoir peur. Et si nous faisons confiance à une nouvelle génération ? Le pays est déjà tombé, une nouvelle génération ne fera pas pire.

Mahamat Kebir-mi

Le 20 août 2022 malgré que rien était prêt, le Général Mahamat Idriss Deby, président de transition du Tchad a préféré ouvrir le dialogue pour simplement éviter un troisième report. De l’ouverture on ne peut rien retenir que le discours de Moussa Faki Mahamat, président de la commission de l’Union Africaine.  Je partage ici ma compréhension

Moussa Faki Mahamat très courageux

Ce discours, un peu gazeux, surement pour ne pas trop bousculer la junte au pouvoir et ses amis du parti le Mouvement patriotique du Salut (MPS), est bel et bien adressé à ceux qui pense toujours rééditer le règne du Maréchal et de son parti. C’est également un message adressé à toute la vielle classe politique.

De ce discours de 22 minutes environ et long de plusieurs pages, l’essentiel est habilement incrusté dans un seul paragraphe :

« … Aucune communauté, aucun groupe, aucun parti ne peut désormais à lui seul prétendre gouverner ou diriger ce pays. Aucune entité, quel que soit sa force, ses ambitions, ses atouts actuels ou potentiels ne peut prétendre gouverner seul ce pays vaste, complexe, divers et diversifié. Vous voulez décidez dans le sens de l’histoire et dans l’intérêt supérieur du peuple tchadien, alors décidez dans ce sens. Vous voulez continuez de tourner en rond, alors allez y tête baisser à faire comme avant, ignorant les exigences d’une population longtemps silencieuse, c’est si simple, c’est si terrifiant à la fois … ».

On peut ne pas aimer le président Moussa Faki. Et facilement égrener ses défauts qui seraient légions, qui est propre se lève dans cette salle du palais de 15 janvier. Moussa Faki a été très courageux. Et d’ailleurs sans se disculper. Ce qu’a dit Moussa Faki, 99% des Tchadiens le savent notamment ceux qui sont aujourd’hui à des responsabilités et continuent à mentir.

En d’autres termes, Moussa Faki a dit :

Le monde a changé. Le Tchad a changé. Le peuple tchadien n’est pas du reste. L’époque a changé. Les vies humaines sont interconnectées. Le mensonge est aujourd’hui questionnable. Les urnes chez le chef du quartier ou chez le chef de village sont révolues. Désormais tu violes, tu détournes l’argent, tu tues, mais la France, la Belgique, le Canada, le Royaume-Uni ne seront pas des paisibles abris.  Vérifiez avec vos enfants si tout cela est faut.

C’est clair, désormais il ne sera plus possible un pouvoir arabe, baguirmi, kanembou, kotoko, gourane, gambaye, hadjarai, lélé, ouaddaï, etc. N’en déplaise aux fanatiques de l’intolérance, désormais il est temps du Tchad un pays pour tous. Voilà en réalité le message de Moussa Faki. C’est d’autant plus vrai que les tchadiens savent que le Maréchal n’a jamais organisé des élections libres, que Saleh Kebzabo n’a jamais été un opposant pour ce pays. Allez savoir comment ont fini ceux qui se sont opposés au Maréchal, si ce n’est pas coté de Brahim Selguet, ce n’est pas dans des palais. Cette triste période est terminée. Que ces pervers politiques qui ont su tirer les ficelles de nos problèmes depuis bientôt 40 ans se rendent compte que la jeunesse tchadienne a changé.

Le Message du président de la commission de l’Union Africaine est aussi une perche tendue au président de transition Mahamat Idriss Deby. Que ceux qui ont détourné le Maréchal de son peuple 30 ans durant ne vie viennent pas vendre l’idée que Mahamat Idriss Deby peut aussi être le Maréchal Idriss Deby Itno. Comme chaque personne est unique, le maréchal Deby est aussi unique et il appartient à son époque. Faire comme avant avec les réalités d’aujourd’hui, ce n’est pas possible. C’est comme le dit si bien Moussa Faki, faire comme avant, « c’est si simple, c’est si terrifiant à la fois ».

Moussa Faki a été courageux de dire ce que tout monde sait sans le dire. Je prie pour que le courage de dire la vérité soit la chose la mieux partagée pendant ce dialogue. Si on a attendu des rebelles de salon pendant des mois à Doha, pourquoi ne pas donner son temps pour ramener Wakit tamma et les transformateurs à la table du dialogue. Ceux-là peuvent autant l’aider si la quête définitive est une transition mémorable. Le président de transition Mahamat Idriss Deby a tout à gagner de les ramener.

Ahmat Nine Bakou

Le président du conseil militaire de transition (PCMT) aurait récemment déclaré que « rien, au plan juridique, ne [l’]obligeait à organiser [le] Dialogue » mais qu’il a « décidé en [son] âme et conscience, que c’était la voie idéale ».

Une déclaration qui rappelle celle de son père disant ce qui suit à Jeune Afrique en 1994 : « personne ne m’a rien imposé. Dès juin 1990, alors que j’étais encore au maquis, j’avais déclaré que le but de notre combat était l’instauration de la démocratie » (Transition et élection au Tchad – 1993-1997, R. Buijtenhuijs, p. 60)

La déclaration du PCMT aurait, semble-t-il, fait bondir les quelques derniers irréductibles, dont le leader des Transformateurs, qui osent encore résister aux promesses inaudibles mais exubérantes, et presque envahissantes, de partage du généreux gâteau que le pouvoir militaire et ses tentacules civiles, composées essentiellement d’anciens opposés (opposants et Mps) réconciliés et fusionnés, ne cessent de faire miroiter.

Selon, donc, le Général d’armée à la tête du pays depuis un peu plus de 15 mois, « rien, au plan juridique, ne l’obligeait » à organiser le Dialogue.

Dit-il vrai ?

Réponse en demi-teinte :

  1. Sur le plan sémantique, d’abord

En disant « rien ne m’obligeait », le PCMT parlait à l’imparfait, et donc au passé. Sauf s’il a appris la conjugaison à l’armée comme ce fut le cas pour son illustre prédécesseur dont l’inoubliable « je mourrirai » a été propulsé au premier rang des mots les plus recherchés sur facebook un soir de mars 2021, le PCMT ne dit pas que « rien ne l’oblige » à organiser le Dialogue national. Il ne parlait pas au présent. La grand-messe, tant attendue pour ses immanquables selfies et moments de ridicules grandiloquences à l’effet de masquer la vacuité des propositions issues des soi-disant pré-dialogues, aura bel et bien lieu. Ne nous inquiétons pas. Même pour la photo, ils l’organiseront, le fameux dialogue national que la classe politique traditionnelle voudrait « inclusif » et que la société civile ne le conçoit que « souverain ».

  1. Sur le plan juridique, ensuite

Le PCMT dit-il vrai lorsqu’il affirme qu’«au plan juridique», rien ne l’obligeait à organiser le Dialogue national ? Pas tout à fait.

En effet, le Conseil militaire de transition, après le coup d’état du 20 avril 2021 qui lui a permis de prendre pouvoir, a dissous la Constitution du 4 mai 2018 et lui a substitué une Charte de transition de la République du Tchad (qui n’est ni plus ni moins qu’un patchwork de la Charte nationale provisoire du 28 février 1991 et de la Charte de transition de la République du Tchad du 5 avril 1993 légèrement remaniées).

La Charte de transition du 20 avril 2021, à laquelle les textes législatifs ultérieurs (art.103), les dispositions de la Constitution dissoute, les lois et règlements non-contraires (art. 102) servent de béquilles, ne contient, il est vrai, aucune disposition claire rendant obligatoire la tenue d’un Dialogue national.

Mais, si elle ne prévoit pour aucun des organes de la transition l’obligation d’organiser une quelconque conférence nationale, la Charte de transition dit, en revanche, expressément que « la paix et la sécurité sont des préalables à la consolidation de la démocratie au Tchad » (Préambule) avant d’ajouter que « le Conseil militaire de transition [PCMT] est un organe de définition et d’orientation des questions de paix, de stabilité et de sécurité nationale » (art. 36) pour enfin rendre le président du conseil militaire de transition (PCMT) « garant de l’unité nationale » (art. 38)

Or, si la rhétorique de ‘‘Paix’’, de ‘‘stabilité’’ et d’‘‘unité nationale’’ a permis à son prédécesseur de confisquer le pouvoir à vie, la dissolution de la Constitution de 2018 par le Conseil militaire de transition et l’engagement quasi-constitutionnel (art.97) de celui-ci à limiter à 18 mois l’état d’exception dans ce pays profondément meurtri par plusieurs décennies de « guerres sans fin » (Les Temps Modernes 2017, M. Debos, N. Powell) impliquent nécessairement de réunir , dans ce laps de temps, autour d’une table, l’ensemble des acteurs politiques, bandes armées et militants associatifs afin de fixer les meilleures résolutions pour permettre à la nation de sortir du cycle de la violence et de surmonter ses divisions.

En cela, contrairement à l’analyse du PCMT, la tenue d’un Dialogue national trouve son fondement juridique dans la Charte de transition du 20 avril 2021.

Aurait-il dû dire « rien ne m’obligeait à instituer une Charte de la transition » ? Affirmatif ! La Constitution de 2018 suffisait largement à garantir l’expression démocratique. Si Kabadi avait accepté d’assumer, « en âme et conscience », ses responsabilités, les Tchadiens auraient déjà élu démocratiquement un président et ainsi pu éviter le spectacle désolant qu’offre ce régime d’exception qui ne survit que grâce à l’incommensurable tolérance des 16 millions de citoyens qui se laissent asservir, acceptent toutes les injustices et détournent le regard face à la négation de leurs droits les plus élémentaires.

Lyadish Ahmed

Permets-moi de laisser aux politiciens le soin d’utiliser avec connaissance et expérience vos titres, grades et gloires. Ils ne m’ont pas attendu, tes politiciens, toute honte bue, ils ont sangloté pour la camera. Moi je crois que le vilain cirque de levé de deuil t’est d’aucune utilité dorénavant. Vers toi nos douas.

Je veux t’appeler Idriss

Oui tu ne m’as jamais connu, tu ignores mon existence. Moi je t’ai connu président de mon pays, de quoi légitimer mes écritures pour toi. Bien de choses n’ont pas fonctionner pour toi comme d’ailleurs à tous ceux qui ont eu à gouverner, ça n’a pas été facile pour toi, et tu ne savais pas que tu finiras ainsi.

Que Allah te pardonne Idriss. Et si je dois te pardonner comme tchadien, je te pardonne Idriss. Mon père, tailleur toute sa vie, jusqu’à perdre l’usage de ses jambes, tu ne connais pas son existence, il n’a jamais cessé de prier pour ton repos éternel. Vois du ciel.

Un an déjà, me souvenant de toi, cette nuit je n’ai pas dormi, du ciel, qu’il te soit permis de voir l’étendu de la peur dans mon ventre. Né en 1981 sous les bâches des humanitaires à Kousseri, d’une famille pauvre, comme bien du monde lucide, ma famille refuse tout désordre, elle veut juste vivre et adorer Dieu.

C’est Dieu qui juge, cependant.

Idriss, j’ai le courage de te porter deux regrets que ma famille déplore.
D’abord, ça nous a pas aider de constater que tu as toujours responsabilisé des hommes et des femmes sans amour pour le pays. Que Dieu nous vienne en aide, on les connait, ils ne sont pas sérieux, j’imagine la fin du jeu.

Et l’autre regret, que Allah te pardonne aussi, tu as tant favorisé ta communauté, aujourd’hui, elle a du mal à croire que le pouvoir est une légitimité. Même ta disparition n’a pas servi d’école, Pitié.

Après 30 ans d’exercice de pouvoir, Idriss, je concède que tu as compris bien de choses à la fin. Aussi, je concède que tu as bien voulu entamé le cap de la justice si ce n’est pas le rappel divin. Que ceux qui ont aujourd’hui la destinée du pays comprenne la nécessité de la justice, de la démocratie et du bon vivre ensemble. À présent, le monde a beaucoup évolué, les tchadiens aussi, la vérité ne se torde pas pour s’imposer.

Idriss, je n’ai pas été de ta vie, mais tu as vu du ciel que j’ai été de ta prière mortuaire à la grande mosquée de N’Djaména. J’ai pu garder l’instant à travers une photo. Que le paradis al-firdos de Dieu soit définitivement ta demeure.

Ahmat Nine Bakou

Qu’on l’ait aimé ou détesté, l’homme qui a dirigé à la destinée du Tchad pendant trente longues années vient de disparaitre tragiquement, laissant le peuple tchadien sur le qui-vive au moment même où une énième rébellion armée est repoussée. Comme tout bon croyant le ferait, nous ne pouvons que constater en disant « toute âme goutera à la mort; à Dieu nous appartenons et à lui nous retournons ». En plus de son Président, le Tchad pleure encore une fois de plus beaucoup de ses fils peu importe la cause de leur disparition.

L’autre réalité est qu’en lieu et place du Président Deby Itno, se trouve aujourd’hui le Conseil Militaire de Transition (CMT) qui semble être une couleuvre difficile à avaler pour les uns et un espoir de pérenniser le pouvoir de l’ancien régime pour les autres. Pourtant, qu’on ait été muselé ou invité à la mangeoire, embastillé ou enrôlé pour réprimer, nostalgique du passé ou enthousiaste pour le futur, les Tchadiens doivent se faire à l’idée que dorénavant rien ne sera comme avant. Il est plus que jamais temps que chacun commence à modérer ses ardeurs et privilégier plutôt l’intérêt collectif par-dessus tout. Autrement dit, il serait aberrant que l'égoïsme et l'égocentrisme puissent encore primer sur la chose commune. En outre, s'il est recommandable de faire preuve d’indulgence en ce qui a trait aux erreurs du passé, il serait en revanche important d’exiger plus de rigueur pour ce qui concerne le futur. Le peuple tchadien est mis à l’épreuve et il se doit d’assumer ses responsabilités en se surpassant pour solutionner la crise constitutionnelle qui l’attend: comment basculer vers un pouvoir légitime sans effusion de sang?  

Le Tchad étant un pays géographiquement stratégique et naturellement riche, fait l'objet de beaucoup de convoitises de la part des pays occidentaux, sans oublier qu’il fait partie du fameux pré-carré cher à la France. Celle-ci ne semble pas prête à sacrifier sa chasse gardée au nom du principe de la souveraineté des États indépendants. De plus, l’efficacité avérée de l'armée tchadienne, qui n'est plus qu'un secret de polichinelle, partout où elle a eu à opérer se trouve être le condiment qui manquait à la sauce pour rendre les intérêts géostratégiques encore plus alléchants.

Par conséquent, nous savons par expérience que les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts. A quoi servirait-il donc de pleurnicher sur son sort sachant qu’aucune épaule étrangère ne sera prêtée au peuple tchadien pour pouvoir consoler sa peine? Ceci étant, la solution à la crise tchadienne ne saurait provenir de l’extérieur. Elle doit être d’abord tchado-tchadienne et la communauté internationale pourrait à la limite se contenter de l'accompagner.

Pour ce faire, à notre humble avis, il faudrait résoudre une équation à multiples inconnues qui puisse prendre en compte toutes les parties prenantes : la junte au pouvoir, la société civile, l’opposition démocratique, la diaspora, les politico-militaires ainsi que les personnalités ressources. Chacune desdites partie doit pleinement jouer son rôle pour relever le défi qui l’attend :

  1. Le CMT

Le CMT et son gouvernement de transition doivent sortir des sentiers battus en rompant définitivement avec les méthodes de l’ancien système, en proposant des nouvelles idées et en montrant des signes manifestes de bonne volonté et surtout en faisant beaucoup de concessions. D’abord, ils doivent inviter inclusivement tous les acteurs de la vie publique tchadienne à la table des négociations au terme desquelles une nouvelle constitution représentative des aspirations du peuple devra être votée. Ensuite, s’ensuivra l’organisation des élections libres et transparentes avec tous les préalables que cela implique, à l’issue de laquelle un président civil sera élu. Enfin, la grande muette devra impérativement regagner les casernes pour poursuivre la noble mission inhérente à toute armée républicaine :  observer la stricte neutralité et garantir l’intégrité territoriale de la patrie. C’est à ce prix seulement que le CMT et son Président rentreront dans l’histoire par la grande porte et Dieu seul sait combien ce serait mieux pour tout le monde.

  1. Les politico-militaires  

A partir du moment où les nouvelles autorités les invitent à la table des négociations, les politico-militaires doivent ipso facto abandonner l'option militaire et privilégier le dialogue. Ils doivent répondre à l'invitation officielle du CMT avec pour seul préalable la garantie de leur sécurité ainsi que de leurs biens. Une fois rentrés au bercail, ils peuvent activement participer au processus de changement qui s’amorce avec bien entendu la possibilité de transformer leur mouvement en parti politique légal.

  1. L'opposition démocratique et la société civile

Il va sans dire que l'opposition démocratique et la société civile ont un rôle déterminant à jouer pour influer sur le processus de changement que les Tchadiens appellent de leurs vœux. En revanche, elle doit à son tour rompre définitivement avec les vieilles méthodes abjectes du passé telles les alliances contre nature, l'opportunisme démesuré, le vagabondage politique, le griotisme vulgarisé, le marchandage d’illusions ou encore le colportage des ragots et mensonges. Elles ne doivent pas non plus inciter la population à se livrer à des manifestations outrancières qui n’ont rien à envier à des actes de vandalisme organisé. Toute manifestation, si nécessaire, doit se dérouler pacifiquement dans le sens strict du terme; autrement dit, dans le respect des concitoyens et de leurs biens. 

L'opposition démocratique doit jouer pleinement son rôle régalien à savoir la défense des idéaux de son parti et non se réduire à des considérations d’ordre subjectif et individuel. Aussi, savons-nous par expérience que la qualité d'une démocratie ne s’évalue nullement en fonction du nombre des partis politiques en lice, mais de la substance de leur projet de société.  Et ce dernier doit être porteur des vraies aspirations des militants du mouvement. Aujourd'hui, les Tchadiens attendent de leurs leaders politiques un engagement ferme de s'attaquer aux vrais enjeux de société: la corruption qui gangrène l'appareil étatique, le combat pour la moralisation de la vie publique, la lutte contre la dépravation des mœurs, les détournements des deniers publics, la cherté de vie, le problème d'eau et d'énergie, la défaillance du système éducatif, judicaire et sanitaire...

La société civile doit aussi prendre son mal en patience et saisir toute opportunité de dialogue pour se sortir de crise. Elle doit surtout être prête à sacrifier certains conformismes procéduraux sur l'autel de la paix et de la stabilité politique. Par exemple, si le CMT s’engage solennellement à restituer le pouvoir aux civils selon les règles de l’art au bout de dix-huit mois d’exercice, le retour à l’ordre constitutionnel pourrait très bien attendre. En plus, pourquoi vouloir rétablir une constitution qui reste quand même discriminatoire?

  1. La diaspora tchadienne

Tout au long des trois décennies qui ont précédé la mort du Président Deby, la diaspora tchadienne a été assurément la force vive la plus active et la plus critique de toutes les autres, du fait certainement de sa liberté d’action et d’expression. Malheureusement, certains membres de la diaspora, ignorant la réalité du terrain, se laissent parfois emporter par des considérations subjectives qui les poussent à la culture de la haine et à l’incitation à la violence plutôt que de prôner la paix et la cohésion sociale. Sont-ils seulement conscients des conséquences de leurs démarches? Comme disait Ghandi à juste raison d’ailleurs, « qui connait la mort a plus de responsabilité devant la vie » et surtout poursuivait-il : « Commencez par changer en vous ce que vous voulez changer autour de vous ». La triste réalité est qu’une guerre si elle devait s’éclater, ne saurait faire des victimes sélectives en fonction de leur degré de culpabilité. Est-il nécessaire de rappeler que si le Tchad est ce qu'il est aujourd'hui (avant dernier pays le plus pauvre de la planète malgré ses immenses ressources), c'est quand même par la faute de beaucoup de ses propres fils et filles, toutes obédiences confondues? N'est-il pas temps que chacun fasse sa propre autocritique, son mea-culpa en se demandant ce qu'il aurait dû faire quand il en avait l'opportunité. 

  1. Les personnalités ressources

Les personnalités ressources ne doivent pas non plus attendre de se faire inviter à la table des négociations pour émettre leur opinion. Elles doivent participer activement et contribuer généreusement à bâtir l’édifice national de la paix et de la stabilité politique et ce, indépendamment de leur position géographique ou rang protocolaire

En somme, le pari qui s’annonce difficile n’est pas irréalisable, pourvu que tout le monde y mette du sien.

À bon entendeur salut !

Hissein Idriss Haggar

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