dimanche 2 octobre 2022

IaltchadTribune

IaltchadTribune (96)

Le dialogue national qui devait être « INCLUSIF et SOUVERAIN » a démarré le 20 août passé. Un exercice au rabais. Une bonne partie de politico-militaire, de la société civile, de parti politique et des religieux ne participe pas. Et ils ont raison.  C’est une mascarade pour conserver le pouvoir. Pour ceux qui ne le savent pas, le contexte n’est plus favorable aux manipulations d’antan, le peuple tchadien ne consacrera plus jamais la tyrannie d’un clan ou d’un groupe.

Persécuter Succès Masra ne suffira pas. L’ancien parti au pouvoir surreprésenté dans le dialogue ne suffira pas. Les hiérarques de l’ancien régime assis aux premières places ne suffiront pas. Le Comité d’Organisation du Dialogue National Inclusif (CODNI) déguisé ne suffira pas. L’armée clanique et ses généraux armés ne suffiront pas. Les tchadiens sont prêts et veulent tourner la page des dictatures et de cet État d’exception. Un Tchad de démocratie et de justice ou rien.

En ce moment au Tchad, personne n’est élu. Personne n’est légitime pour décider. Personne n’empêchera le changement au Tchad pas moins que les pharaons n’ont pu empêcher d’appartenir à l’histoire et au tourisme. Ceux qui participent aujourd’hui à la persécution rendront des comptes un jour. Aujourd’hui la documentation numérique est de plus aisée.

D’abord la souveraineté appartient au peuple et même dans les démocraties consolidées aucun dirigeant ne perd de vue cette évidence. Le Maréchal du Tchad, à ses dernières années, était en difficulté permanente face aux aspirations de son peuple. L’autoritarisme n’ayant plus le monopole de l’information, le Maréchal le savait, il ne peut plus revendiquer le soutien du peuple. Les tchadiens ont bien compris, le pouvoir reste une légitimité et elle est détenue par le peuple. Il ne sera plus possible de gouverner par la force.

Aussi, le peuple tchadien est fort de ses expériences. 29 ans après la Conférence Nationale Souveraine (CNS), il n’est pas difficile à comprendre ce qui n’a pas marché et refuser légitimement tout ce qui entravera à l’avènement d’une véritable démocratie. Dorénavant, en toute cohérence, les tchadien se donneront les moyens de refuser les textes qui consacreront la participation de ceux qui sont en charge de la transition aux prochaines échéances électorales. Ils se donneront les moyens de résister à tout plan permettant la confiscation du pouvoir par un groupe ou un clan.  

Je dis bien il ne suffira pas de remplir la salle de Dialogue des personnes du même bord politique. Ceux-là mêmes qui ont abjectement taillé en faveur du Maréchal les deux dernières Constitutions. Les tchadiens s’opposeront totalement aux textes qu’ils jugeront arbitraires et réaffirmeront leur aspiration à une véritable démocratie.

Le contexte international a aussi les étoiles alignées avec celles des valeurs d’émancipation démocratique et de justice revendiquées par des peuples. Bien de chancelleries occidentales et autres représentations internationales sont aujourd’hui rattrapées par leur passé discutable. Et leur influence dans le monde a pris un coup. Une autre Afrique maintenant. Un autre Tchad maintenant. Non, aujourd’hui il n’est plus possible d’imposer des zouaves ou de soutenir des états d’exception. La jeunesse est aujourd’hui une entité majoritaire et elle n’est plus silencieuse désormais.

Aujourd’hui, dans leurs fuite en avant, les « anciens », ceux-là mêmes qui ont conforté 30 ans de dictature, des pseudos opposants, cherche à persécuter Yaya Dillo Betchi, Max Loalngar, Succès Masra. Nous ne sommes plus à l’heure des faux procès. Le Maréchal l’aurait fait. Il n’a pas fait. Comprenez la leçon. Yaya Dillo Betchi, Max Loalngar, Succès Masra ne sont plus seuls maintenant. Ils sont une conscience, celle la mieux partagée par les tchadiens et les tchadiennes de nos jours. La barbarie est révolue.

Le message de Moussa Faki est juste pour notre époque : « Aucune communauté, aucun groupe, aucun parti ne peut désormais à lui seul prétendre gouverner ou diriger ce pays.

Aucune entité, quels que soient sa force, ses ambitions, ses atouts actuels ou potentiels ne peut prétendre gouverner seul ce vaste pays, complexe, divers et diversifié ». Comprenez la leçon.

Seul le peuple est souverain. Et un jour ensemble (tchadiens) nous verront le soleil, nous atteindront la vraie JUSTICE. C’est inévitable, le petit clan laissera la place au seul GRAND TCHAD.

Douksou Lipelba

Depuis le 24 août 2022, date de l’ouverture des débats au dialogue national inclusif souverain, il règne une ambiance de souk. Ce qui s’apparente à des échanges contradictoires des grandes assemblées, décris une réalité prévisible, celle d’une hostilité de générations. Les caciques soixante-dix ans consommés de l’ancien régimes et ses descendants, contre une jeunesse cinquantenaire enfin sortie de l’ostracisme des dictatures successives. Ce qui est sûr, au sortir du dialogue une seule génération s’imposera, l’antagonisme est bien profond pour une cohabitation harmonieuse.

En effet, dès l’entame des débats la satire est servi à profusion. De tout part on ne manquait pas l’occasion d’indexer l’autre. Pour chaque parole prise, le sujet au programme du jour est recalé. Comme des mages, on croit connaitre les intentions des uns et des autres. Des joutes verbales, on s’enlise, et on suspend pour éviter un chaos en direct. Procès d’intention national souverain en marche.

Pour la génération des caciques de l’ancien régime, la compréhension est simple. On a peur de tout changement. Habituée aux nombreuses avantages pécuniaires et des outrances de pouvoir, elle tient à se régénérer à travers ses nouveaux adultes. S’adapter au changement est pour elle apprendre à rester derrière. Elle résiste de son mieux. Les preuves ne manquent pas. La parole est donnée en priorité à leurs progénitures. Les invités de l’émir du Qatar marginalisés. Le CODNI est attisé pour une seconde vie, son équipe en préparation pour un recyclage. Et quand on parle du présidium, les mêmes CV qui ont servi à évangéliser l’exclusion, la gabegie, le népotisme, la corruption, les détournements, sont déposés sur la table. Le Maréchal du Tchad n’est plus là, il faut anticiper l’émancipation de certains de leur, le vote à main levée est brandi.

Contrairement aux autres pays du monde, la jeunesse tchadienne née après les années 70 a vieilli sans prendre la main. Pourtant, nos anciens étaient déjà dans les affaires depuis leur vingtaine. On a même connu des présidents trentenaires. Les raisons sont multiples et les principales sont les guerres successives et la pauvreté génitrice de l’avidité. Dans tous les cas, depuis les années 80 à aujourd’hui on a les mêmes sur nos têtes. 30 ans ministre, 30 ans chef de parti, 30 ans ambassadeur, 30 ans chef militaire, 30 ans DG, 30 ans président des institutions, 30 ans député, 30 commissaire, 30 ans protocole.

Des repris de justice. Des soustraits de justice. Des mafieux. On n’aurait rien dit si nous n'étions pas à terre. Le constat est sans appel. L’éducation au plus bas de la région. La santé au plus bas de la région. Le sport au plus bas de la région. L’eau, l’électricité, les voies bitumées sont minuscules. Des provinces entières isolées en saison pluvieuse. Des quartiers et des hôpitaux dans l’eau. Pendant ce temps d’autres familles à l’abri dans des maisons achetées indument en Europe, en Amérique, au Maghreb, etc. On veut perpétuer quoi ?

C’est déjà important l’organisation de ce dialogue. Le président de transition Mahamat Idriss Deby a fait son travail, le reste c’est de bonne guerre et la vérité s’imposera. Tout porte à croire qu’il y a une majorité qui veut saisir cette occasion. Il y aura certainement d’autres Moussa Faki, encore plus courageux. Le ton est donné, rien ne sera comme avant. Mahamat Egreye Secrétaire Général de l'Union des Forces de la Résistance (UFR), Mahamat Assileck Hallata, vice-président de l'UFDD et bien d’autres ont dit non, quand il fallait répondre aux agissements contreproductifs des caciques. Les faits sont têtus. Et tout est désormais filmé. Ça promet un dialogue.

Il n’y a rien de plus persévérant, de plus inéluctable que le changement. Alors s’adapter que d’avoir peur. Et si nous faisons confiance à une nouvelle génération ? Le pays est déjà tombé, une nouvelle génération ne fera pas pire.

Mahamat Kebir-mi

Le 20 août 2022 malgré que rien était prêt, le Général Mahamat Idriss Deby, président de transition du Tchad a préféré ouvrir le dialogue pour simplement éviter un troisième report. De l’ouverture on ne peut rien retenir que le discours de Moussa Faki Mahamat, président de la commission de l’Union Africaine.  Je partage ici ma compréhension

Moussa Faki Mahamat très courageux

Ce discours, un peu gazeux, surement pour ne pas trop bousculer la junte au pouvoir et ses amis du parti le Mouvement patriotique du Salut (MPS), est bel et bien adressé à ceux qui pense toujours rééditer le règne du Maréchal et de son parti. C’est également un message adressé à toute la vielle classe politique.

De ce discours de 22 minutes environ et long de plusieurs pages, l’essentiel est habilement incrusté dans un seul paragraphe :

« … Aucune communauté, aucun groupe, aucun parti ne peut désormais à lui seul prétendre gouverner ou diriger ce pays. Aucune entité, quel que soit sa force, ses ambitions, ses atouts actuels ou potentiels ne peut prétendre gouverner seul ce pays vaste, complexe, divers et diversifié. Vous voulez décidez dans le sens de l’histoire et dans l’intérêt supérieur du peuple tchadien, alors décidez dans ce sens. Vous voulez continuez de tourner en rond, alors allez y tête baisser à faire comme avant, ignorant les exigences d’une population longtemps silencieuse, c’est si simple, c’est si terrifiant à la fois … ».

On peut ne pas aimer le président Moussa Faki. Et facilement égrener ses défauts qui seraient légions, qui est propre se lève dans cette salle du palais de 15 janvier. Moussa Faki a été très courageux. Et d’ailleurs sans se disculper. Ce qu’a dit Moussa Faki, 99% des Tchadiens le savent notamment ceux qui sont aujourd’hui à des responsabilités et continuent à mentir.

En d’autres termes, Moussa Faki a dit :

Le monde a changé. Le Tchad a changé. Le peuple tchadien n’est pas du reste. L’époque a changé. Les vies humaines sont interconnectées. Le mensonge est aujourd’hui questionnable. Les urnes chez le chef du quartier ou chez le chef de village sont révolues. Désormais tu violes, tu détournes l’argent, tu tues, mais la France, la Belgique, le Canada, le Royaume-Uni ne seront pas des paisibles abris.  Vérifiez avec vos enfants si tout cela est faut.

C’est clair, désormais il ne sera plus possible un pouvoir arabe, baguirmi, kanembou, kotoko, gourane, gambaye, hadjarai, lélé, ouaddaï, etc. N’en déplaise aux fanatiques de l’intolérance, désormais il est temps du Tchad un pays pour tous. Voilà en réalité le message de Moussa Faki. C’est d’autant plus vrai que les tchadiens savent que le Maréchal n’a jamais organisé des élections libres, que Saleh Kebzabo n’a jamais été un opposant pour ce pays. Allez savoir comment ont fini ceux qui se sont opposés au Maréchal, si ce n’est pas coté de Brahim Selguet, ce n’est pas dans des palais. Cette triste période est terminée. Que ces pervers politiques qui ont su tirer les ficelles de nos problèmes depuis bientôt 40 ans se rendent compte que la jeunesse tchadienne a changé.

Le Message du président de la commission de l’Union Africaine est aussi une perche tendue au président de transition Mahamat Idriss Deby. Que ceux qui ont détourné le Maréchal de son peuple 30 ans durant ne vie viennent pas vendre l’idée que Mahamat Idriss Deby peut aussi être le Maréchal Idriss Deby Itno. Comme chaque personne est unique, le maréchal Deby est aussi unique et il appartient à son époque. Faire comme avant avec les réalités d’aujourd’hui, ce n’est pas possible. C’est comme le dit si bien Moussa Faki, faire comme avant, « c’est si simple, c’est si terrifiant à la fois ».

Moussa Faki a été courageux de dire ce que tout monde sait sans le dire. Je prie pour que le courage de dire la vérité soit la chose la mieux partagée pendant ce dialogue. Si on a attendu des rebelles de salon pendant des mois à Doha, pourquoi ne pas donner son temps pour ramener Wakit tamma et les transformateurs à la table du dialogue. Ceux-là peuvent autant l’aider si la quête définitive est une transition mémorable. Le président de transition Mahamat Idriss Deby a tout à gagner de les ramener.

Ahmat Nine Bakou

Le président du conseil militaire de transition (PCMT) aurait récemment déclaré que « rien, au plan juridique, ne [l’]obligeait à organiser [le] Dialogue » mais qu’il a « décidé en [son] âme et conscience, que c’était la voie idéale ».

Une déclaration qui rappelle celle de son père disant ce qui suit à Jeune Afrique en 1994 : « personne ne m’a rien imposé. Dès juin 1990, alors que j’étais encore au maquis, j’avais déclaré que le but de notre combat était l’instauration de la démocratie » (Transition et élection au Tchad – 1993-1997, R. Buijtenhuijs, p. 60)

La déclaration du PCMT aurait, semble-t-il, fait bondir les quelques derniers irréductibles, dont le leader des Transformateurs, qui osent encore résister aux promesses inaudibles mais exubérantes, et presque envahissantes, de partage du généreux gâteau que le pouvoir militaire et ses tentacules civiles, composées essentiellement d’anciens opposés (opposants et Mps) réconciliés et fusionnés, ne cessent de faire miroiter.

Selon, donc, le Général d’armée à la tête du pays depuis un peu plus de 15 mois, « rien, au plan juridique, ne l’obligeait » à organiser le Dialogue.

Dit-il vrai ?

Réponse en demi-teinte :

  1. Sur le plan sémantique, d’abord

En disant « rien ne m’obligeait », le PCMT parlait à l’imparfait, et donc au passé. Sauf s’il a appris la conjugaison à l’armée comme ce fut le cas pour son illustre prédécesseur dont l’inoubliable « je mourrirai » a été propulsé au premier rang des mots les plus recherchés sur facebook un soir de mars 2021, le PCMT ne dit pas que « rien ne l’oblige » à organiser le Dialogue national. Il ne parlait pas au présent. La grand-messe, tant attendue pour ses immanquables selfies et moments de ridicules grandiloquences à l’effet de masquer la vacuité des propositions issues des soi-disant pré-dialogues, aura bel et bien lieu. Ne nous inquiétons pas. Même pour la photo, ils l’organiseront, le fameux dialogue national que la classe politique traditionnelle voudrait « inclusif » et que la société civile ne le conçoit que « souverain ».

  1. Sur le plan juridique, ensuite

Le PCMT dit-il vrai lorsqu’il affirme qu’«au plan juridique», rien ne l’obligeait à organiser le Dialogue national ? Pas tout à fait.

En effet, le Conseil militaire de transition, après le coup d’état du 20 avril 2021 qui lui a permis de prendre pouvoir, a dissous la Constitution du 4 mai 2018 et lui a substitué une Charte de transition de la République du Tchad (qui n’est ni plus ni moins qu’un patchwork de la Charte nationale provisoire du 28 février 1991 et de la Charte de transition de la République du Tchad du 5 avril 1993 légèrement remaniées).

La Charte de transition du 20 avril 2021, à laquelle les textes législatifs ultérieurs (art.103), les dispositions de la Constitution dissoute, les lois et règlements non-contraires (art. 102) servent de béquilles, ne contient, il est vrai, aucune disposition claire rendant obligatoire la tenue d’un Dialogue national.

Mais, si elle ne prévoit pour aucun des organes de la transition l’obligation d’organiser une quelconque conférence nationale, la Charte de transition dit, en revanche, expressément que « la paix et la sécurité sont des préalables à la consolidation de la démocratie au Tchad » (Préambule) avant d’ajouter que « le Conseil militaire de transition [PCMT] est un organe de définition et d’orientation des questions de paix, de stabilité et de sécurité nationale » (art. 36) pour enfin rendre le président du conseil militaire de transition (PCMT) « garant de l’unité nationale » (art. 38)

Or, si la rhétorique de ‘‘Paix’’, de ‘‘stabilité’’ et d’‘‘unité nationale’’ a permis à son prédécesseur de confisquer le pouvoir à vie, la dissolution de la Constitution de 2018 par le Conseil militaire de transition et l’engagement quasi-constitutionnel (art.97) de celui-ci à limiter à 18 mois l’état d’exception dans ce pays profondément meurtri par plusieurs décennies de « guerres sans fin » (Les Temps Modernes 2017, M. Debos, N. Powell) impliquent nécessairement de réunir , dans ce laps de temps, autour d’une table, l’ensemble des acteurs politiques, bandes armées et militants associatifs afin de fixer les meilleures résolutions pour permettre à la nation de sortir du cycle de la violence et de surmonter ses divisions.

En cela, contrairement à l’analyse du PCMT, la tenue d’un Dialogue national trouve son fondement juridique dans la Charte de transition du 20 avril 2021.

Aurait-il dû dire « rien ne m’obligeait à instituer une Charte de la transition » ? Affirmatif ! La Constitution de 2018 suffisait largement à garantir l’expression démocratique. Si Kabadi avait accepté d’assumer, « en âme et conscience », ses responsabilités, les Tchadiens auraient déjà élu démocratiquement un président et ainsi pu éviter le spectacle désolant qu’offre ce régime d’exception qui ne survit que grâce à l’incommensurable tolérance des 16 millions de citoyens qui se laissent asservir, acceptent toutes les injustices et détournent le regard face à la négation de leurs droits les plus élémentaires.

Lyadish Ahmed

Permets-moi de laisser aux politiciens le soin d’utiliser avec connaissance et expérience vos titres, grades et gloires. Ils ne m’ont pas attendu, tes politiciens, toute honte bue, ils ont sangloté pour la camera. Moi je crois que le vilain cirque de levé de deuil t’est d’aucune utilité dorénavant. Vers toi nos douas.

Je veux t’appeler Idriss

Oui tu ne m’as jamais connu, tu ignores mon existence. Moi je t’ai connu président de mon pays, de quoi légitimer mes écritures pour toi. Bien de choses n’ont pas fonctionner pour toi comme d’ailleurs à tous ceux qui ont eu à gouverner, ça n’a pas été facile pour toi, et tu ne savais pas que tu finiras ainsi.

Que Allah te pardonne Idriss. Et si je dois te pardonner comme tchadien, je te pardonne Idriss. Mon père, tailleur toute sa vie, jusqu’à perdre l’usage de ses jambes, tu ne connais pas son existence, il n’a jamais cessé de prier pour ton repos éternel. Vois du ciel.

Un an déjà, me souvenant de toi, cette nuit je n’ai pas dormi, du ciel, qu’il te soit permis de voir l’étendu de la peur dans mon ventre. Né en 1981 sous les bâches des humanitaires à Kousseri, d’une famille pauvre, comme bien du monde lucide, ma famille refuse tout désordre, elle veut juste vivre et adorer Dieu.

C’est Dieu qui juge, cependant.

Idriss, j’ai le courage de te porter deux regrets que ma famille déplore.
D’abord, ça nous a pas aider de constater que tu as toujours responsabilisé des hommes et des femmes sans amour pour le pays. Que Dieu nous vienne en aide, on les connait, ils ne sont pas sérieux, j’imagine la fin du jeu.

Et l’autre regret, que Allah te pardonne aussi, tu as tant favorisé ta communauté, aujourd’hui, elle a du mal à croire que le pouvoir est une légitimité. Même ta disparition n’a pas servi d’école, Pitié.

Après 30 ans d’exercice de pouvoir, Idriss, je concède que tu as compris bien de choses à la fin. Aussi, je concède que tu as bien voulu entamé le cap de la justice si ce n’est pas le rappel divin. Que ceux qui ont aujourd’hui la destinée du pays comprenne la nécessité de la justice, de la démocratie et du bon vivre ensemble. À présent, le monde a beaucoup évolué, les tchadiens aussi, la vérité ne se torde pas pour s’imposer.

Idriss, je n’ai pas été de ta vie, mais tu as vu du ciel que j’ai été de ta prière mortuaire à la grande mosquée de N’Djaména. J’ai pu garder l’instant à travers une photo. Que le paradis al-firdos de Dieu soit définitivement ta demeure.

Ahmat Nine Bakou

Qu’on l’ait aimé ou détesté, l’homme qui a dirigé à la destinée du Tchad pendant trente longues années vient de disparaitre tragiquement, laissant le peuple tchadien sur le qui-vive au moment même où une énième rébellion armée est repoussée. Comme tout bon croyant le ferait, nous ne pouvons que constater en disant « toute âme goutera à la mort; à Dieu nous appartenons et à lui nous retournons ». En plus de son Président, le Tchad pleure encore une fois de plus beaucoup de ses fils peu importe la cause de leur disparition.

L’autre réalité est qu’en lieu et place du Président Deby Itno, se trouve aujourd’hui le Conseil Militaire de Transition (CMT) qui semble être une couleuvre difficile à avaler pour les uns et un espoir de pérenniser le pouvoir de l’ancien régime pour les autres. Pourtant, qu’on ait été muselé ou invité à la mangeoire, embastillé ou enrôlé pour réprimer, nostalgique du passé ou enthousiaste pour le futur, les Tchadiens doivent se faire à l’idée que dorénavant rien ne sera comme avant. Il est plus que jamais temps que chacun commence à modérer ses ardeurs et privilégier plutôt l’intérêt collectif par-dessus tout. Autrement dit, il serait aberrant que l'égoïsme et l'égocentrisme puissent encore primer sur la chose commune. En outre, s'il est recommandable de faire preuve d’indulgence en ce qui a trait aux erreurs du passé, il serait en revanche important d’exiger plus de rigueur pour ce qui concerne le futur. Le peuple tchadien est mis à l’épreuve et il se doit d’assumer ses responsabilités en se surpassant pour solutionner la crise constitutionnelle qui l’attend: comment basculer vers un pouvoir légitime sans effusion de sang?  

Le Tchad étant un pays géographiquement stratégique et naturellement riche, fait l'objet de beaucoup de convoitises de la part des pays occidentaux, sans oublier qu’il fait partie du fameux pré-carré cher à la France. Celle-ci ne semble pas prête à sacrifier sa chasse gardée au nom du principe de la souveraineté des États indépendants. De plus, l’efficacité avérée de l'armée tchadienne, qui n'est plus qu'un secret de polichinelle, partout où elle a eu à opérer se trouve être le condiment qui manquait à la sauce pour rendre les intérêts géostratégiques encore plus alléchants.

Par conséquent, nous savons par expérience que les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts. A quoi servirait-il donc de pleurnicher sur son sort sachant qu’aucune épaule étrangère ne sera prêtée au peuple tchadien pour pouvoir consoler sa peine? Ceci étant, la solution à la crise tchadienne ne saurait provenir de l’extérieur. Elle doit être d’abord tchado-tchadienne et la communauté internationale pourrait à la limite se contenter de l'accompagner.

Pour ce faire, à notre humble avis, il faudrait résoudre une équation à multiples inconnues qui puisse prendre en compte toutes les parties prenantes : la junte au pouvoir, la société civile, l’opposition démocratique, la diaspora, les politico-militaires ainsi que les personnalités ressources. Chacune desdites partie doit pleinement jouer son rôle pour relever le défi qui l’attend :

  1. Le CMT

Le CMT et son gouvernement de transition doivent sortir des sentiers battus en rompant définitivement avec les méthodes de l’ancien système, en proposant des nouvelles idées et en montrant des signes manifestes de bonne volonté et surtout en faisant beaucoup de concessions. D’abord, ils doivent inviter inclusivement tous les acteurs de la vie publique tchadienne à la table des négociations au terme desquelles une nouvelle constitution représentative des aspirations du peuple devra être votée. Ensuite, s’ensuivra l’organisation des élections libres et transparentes avec tous les préalables que cela implique, à l’issue de laquelle un président civil sera élu. Enfin, la grande muette devra impérativement regagner les casernes pour poursuivre la noble mission inhérente à toute armée républicaine :  observer la stricte neutralité et garantir l’intégrité territoriale de la patrie. C’est à ce prix seulement que le CMT et son Président rentreront dans l’histoire par la grande porte et Dieu seul sait combien ce serait mieux pour tout le monde.

  1. Les politico-militaires  

A partir du moment où les nouvelles autorités les invitent à la table des négociations, les politico-militaires doivent ipso facto abandonner l'option militaire et privilégier le dialogue. Ils doivent répondre à l'invitation officielle du CMT avec pour seul préalable la garantie de leur sécurité ainsi que de leurs biens. Une fois rentrés au bercail, ils peuvent activement participer au processus de changement qui s’amorce avec bien entendu la possibilité de transformer leur mouvement en parti politique légal.

  1. L'opposition démocratique et la société civile

Il va sans dire que l'opposition démocratique et la société civile ont un rôle déterminant à jouer pour influer sur le processus de changement que les Tchadiens appellent de leurs vœux. En revanche, elle doit à son tour rompre définitivement avec les vieilles méthodes abjectes du passé telles les alliances contre nature, l'opportunisme démesuré, le vagabondage politique, le griotisme vulgarisé, le marchandage d’illusions ou encore le colportage des ragots et mensonges. Elles ne doivent pas non plus inciter la population à se livrer à des manifestations outrancières qui n’ont rien à envier à des actes de vandalisme organisé. Toute manifestation, si nécessaire, doit se dérouler pacifiquement dans le sens strict du terme; autrement dit, dans le respect des concitoyens et de leurs biens. 

L'opposition démocratique doit jouer pleinement son rôle régalien à savoir la défense des idéaux de son parti et non se réduire à des considérations d’ordre subjectif et individuel. Aussi, savons-nous par expérience que la qualité d'une démocratie ne s’évalue nullement en fonction du nombre des partis politiques en lice, mais de la substance de leur projet de société.  Et ce dernier doit être porteur des vraies aspirations des militants du mouvement. Aujourd'hui, les Tchadiens attendent de leurs leaders politiques un engagement ferme de s'attaquer aux vrais enjeux de société: la corruption qui gangrène l'appareil étatique, le combat pour la moralisation de la vie publique, la lutte contre la dépravation des mœurs, les détournements des deniers publics, la cherté de vie, le problème d'eau et d'énergie, la défaillance du système éducatif, judicaire et sanitaire...

La société civile doit aussi prendre son mal en patience et saisir toute opportunité de dialogue pour se sortir de crise. Elle doit surtout être prête à sacrifier certains conformismes procéduraux sur l'autel de la paix et de la stabilité politique. Par exemple, si le CMT s’engage solennellement à restituer le pouvoir aux civils selon les règles de l’art au bout de dix-huit mois d’exercice, le retour à l’ordre constitutionnel pourrait très bien attendre. En plus, pourquoi vouloir rétablir une constitution qui reste quand même discriminatoire?

  1. La diaspora tchadienne

Tout au long des trois décennies qui ont précédé la mort du Président Deby, la diaspora tchadienne a été assurément la force vive la plus active et la plus critique de toutes les autres, du fait certainement de sa liberté d’action et d’expression. Malheureusement, certains membres de la diaspora, ignorant la réalité du terrain, se laissent parfois emporter par des considérations subjectives qui les poussent à la culture de la haine et à l’incitation à la violence plutôt que de prôner la paix et la cohésion sociale. Sont-ils seulement conscients des conséquences de leurs démarches? Comme disait Ghandi à juste raison d’ailleurs, « qui connait la mort a plus de responsabilité devant la vie » et surtout poursuivait-il : « Commencez par changer en vous ce que vous voulez changer autour de vous ». La triste réalité est qu’une guerre si elle devait s’éclater, ne saurait faire des victimes sélectives en fonction de leur degré de culpabilité. Est-il nécessaire de rappeler que si le Tchad est ce qu'il est aujourd'hui (avant dernier pays le plus pauvre de la planète malgré ses immenses ressources), c'est quand même par la faute de beaucoup de ses propres fils et filles, toutes obédiences confondues? N'est-il pas temps que chacun fasse sa propre autocritique, son mea-culpa en se demandant ce qu'il aurait dû faire quand il en avait l'opportunité. 

  1. Les personnalités ressources

Les personnalités ressources ne doivent pas non plus attendre de se faire inviter à la table des négociations pour émettre leur opinion. Elles doivent participer activement et contribuer généreusement à bâtir l’édifice national de la paix et de la stabilité politique et ce, indépendamment de leur position géographique ou rang protocolaire

En somme, le pari qui s’annonce difficile n’est pas irréalisable, pourvu que tout le monde y mette du sien.

À bon entendeur salut !

Hissein Idriss Haggar

Par son adoubement instantané de la succession dynastique de Deby, le président Macron remet une pièce dans la machine du procès latent en néocolonialisme de la France.

Feint, fantasmé ou réel, le néocolonialisme ou son sentiment est désastreux pour l’image de la France dans la sphère francophone africaine et sape son universalisme au-delà. L’irrationalité du rapport à l’Afrique de la France, rend sensible toute prise de position de celle-ci sur le continent africain. Espérée par un bord et redoutée par l’autre et inversement : le premier, vouant aux gémonies la France quand elle reste silencieuse ; le second lui réservant le même sort lorsqu’elle parle. Consciente de ce malaise et résistant à l’entrisme de ceux, en Afrique comme en France, faisant fortune de la nébuleuse Françafrique, la France entreprend depuis peu de jeter les bases d’un nouvel édifice partenarial qu’elle voudrait empreinte d’équilibre, de responsabilité et de multilatéralité. Moralité, le Quai d’Orsay peut condamner l’incarcération d’un Alexey Nalvany ou le sort des Ouïgours. Mais pour l’Afrique, il marche sur des œufs. Paris n’ose plus rien dire même sur le reflux ambiant des restrictions des libertés publiques si ce n’est abrité derrière les positions de l’UA ou des organisations multilatérales régionales (CEDEAO, CEMAC, CEEAC). Reste que celles-ci, à la doctrine aussi mouvante qu’élastique sur ces sujets, sont au mieux mezza voce, sinon accommodantes. Il en va ainsi de la vague des modifications pro domo des constitutions ainsi que du destin carcéral réservé aux voix discordantes. Ce faisant, ces organisations réduisent la France au silence, mais couvrent son exposition à la critique. Et puis patatras, est arrivée la dramaturgie tchadienne. Foin de la couverture de l’UA, ni de prudentes réserves : Paris acquiesce doublement ni plus ni moins la violation de la constitution et la succession dynastique. Par le communiqué daté de l’annonce du décès, l’Élysée « prend acte de l’annonce par les autorités tchadiennes de la mise en place d’un conseil militaire »It missa est. On se pince pour y croire. Et quand de N’Djamena où il participait aux obsèques, le président Macron déclare que "La France ne laissera jamais personne, ni aujourd’hui, ni demain, remettre en cause la stabilité et l’intégrité du Tchad", l’incompréhension le dispute à l’incrédulité. Outre le fait que sur la forme, cette déclaration dissipe le bénéfice de la purge de la Françafrique et crée un précédent inespéré pour les rejetons des autocrates régnant en Afrique centrale ; sur le fond, elle paraît inappropriée et d’effets hypothétiques.

Ainsi, sur l’intégrité, il n’y a pas de risque actuel d’agression extérieure du Tchad, et l’arrêt de la CIJ de 1994 a obéré la convoitise libyenne sur le septentrion. Le régime fait certes face à des rebellions dans et hors du territoire. Mais aucune d’elle ne professe une aliénation ou la sécession d’une partie du territoire. La nation tchadienne reste un mirage, mais l’État tchadien ne souffre contestation dans aucune des diverses communautés nationales. Les accords militaires de 1976 ne peuvent être actionnés qu’en cas d’agression extérieure. Les rebellions tchadiennes en relèvent-elles ? En convenir, comme le régime l’a régulièrement obtenu de la partie Française, est une acception contestable et sur laquelle l’arbitrage des juridictions de contrôle en France pourrait être appelé. Par ailleurs, le risque d’une préemption d’une partie du territoire (le BET) par des mouvements djihadistes, est une vue de l’esprit. Ces mouvements ne prospèrent que sur des terreaux confessionnels favorables ou par la soumission des populations vulnérables et sans défense. La pratique d’un Islam traditionnel et la culture guerrière innée chez les Toubous, Téda et Kréda qui peuplent cette région ne laissent que peu de chance à cette hypothèse. Quant à Boko Haram, elle peut certes faire des incursions sur le versant tchadien du Lac-Tchad, mais ne peut y conquérir et conserver une position durable.

S’agissant de la stabilité du pays, elle n’était déjà qu’un leurre en trente ans. Il n’y a pour s’en convaincre qu’à constater le foisonnement des rebellions armées et les récurrents soubresauts internes. La poigne de fer du régime n’a jamais pu en tarir la source. Il en sera malheureusement ainsi pendant aussi longtemps que perdureront l’exclusion, la prédation et l’injustice ambiantes. L’insécurité institutionnelle obligeait Deby lui-même à vivre de façon permanente sous le parapluie de l’armée française et à mettre le pays sous un quasi état d’urgence continu. De même, il n’y a pas de stabilité politique sans institutions, or sous ce régime, il n’y a point d’institution digne en dehors de celle de l’hérédité des Itno et de leurs familles par alliance.

Certes Macron appelle au dialogue inclusif pour garantir une transition partagée. La médiation du G5 Sahel devrait y contribuer. Mais cet appel risque de tomber à plat parce qu’il intervient seulement pour rééquilibrer le blanc-seing donné ab initio à la succession dynastique. Or le nouveau président et tous ses hiérarques dont la culture du dialogue se résume à la soumission de l’altérité par la force, la violence ou l’argent risquent de ne retenir du discours de Macron que le premier volet. La preuve en est leur rejet martial de l’offre de dialogue de la rébellion FACT ainsi que malheureusement la répression meurtrière des manifestants civils. Et puis, quel crédit accorder à l’engagement de cette junte de rendre le pouvoir à l’issue de la transition quand ses membres ont été façonnés à la technique éprouvée du reniement de la parole publique et du fait accompli du défunt chef ? Pour l’opposition politique et la société civile dont la confiance en la vertu démocratique du régime frisait le néant, l’adoubement sans préalable du fils a retiré toute illusion d’espoir d’une neutralité de Paris. Plus personne dans ce camp n’attend rien de Paris, ni d’une communauté internationale dont l’alignement sur la position parisienne ou le silence interroge. Pour ceux-ci, seul importe le rapport de force politique, sociale et civique. L’épreuve de feu contre le 6e mandat avait coagulé le mouvement contestataire contre le Maréchal lui-même, alors croire que le fils le contiendrait serait illusoire.

Pour des raisons historiques et stratégiques, l’armée française considère le Tchad comme relevant de son domaine réservé. Elle a trouvé en Deby un interlocuteur digne de ses attentes, fiable et efficace comme relai et partenaire dans l’accomplissement de ses opérations extérieures. Elle le défend avec l’esprit d’un corps de commando. L’arrivée au Quai d’Orsay de Jean-Yves Le Drian qui fut son chef sous Hollande, a achevé d’aligner la diplomatie sur sa position proactive à Deby. Elle s’inquiète à juste titre de l’éventualité d’un retrait des 2600 militaires du contingent tchadien du Nord du Mali et de la zone des trois frontières ; une perspective qui mettrait ses plans en péril, l’obligerait à renforcer ses effectifs et à renoncer au désengagement annoncé. Reste que cette appréhension est exagérée car personne dans la classe politique tchadienne ne remet en cause cette intervention ni celle de la relation à la France (du moins jusqu’aux dernières sorties de Paris sur la succession ouverte). L’opposition ne dénonçait que le biais politique qu’Idriss Deby tirait de l’interventionnisme militaire extérieur du pays et les chantages au retrait de ses troupes en contrepartie du silence de la communauté internationale sur ses abus domestiques. Paris aurait dû ne rien craindre de ces chantages car à la vérité, l’efficience en opération extérieure de l’armée tchadienne est inversement proportionnelle à la fragilité interne du régime. Le concours de l’armée française était indispensable à la survie du régime du père, il l’est davantage pour le fils. Retirer les troupes et se fâcher avec la France, serait suicidaire pour le clan. Le président Macron qui le savait aurait pu saisir cette opportunité unique, inattendue et inespérée pour exiger en préalable un vrai dialogue inclusif et ouvert pour jeter les bases d’une transition partagée. Il aurait été le facilitateur d’une nouvelle ère démocratique et aurait gagné les cœurs de tous les tchadiens y compris, ceux des Itno qui auraient ainsi pu civiliser leur rapport au pouvoir, mais surtout avec le commun des compatriotes.

Orléans le 29 avril 2021
Abdoulaye Mbotaingar, docteur en droit,
Maîtres de conférences à l’université d’Orléans             

Suite à votre allocution prononcée devant les jeunes de Baktchoro ayant suscité l’émoi et le désarroi d’une partie de la population que vous êtes censé représenter, accentuée par le Communiqué de presse du 03 janvier, je voudrais sortir du silence observé par certains cadres intellectuels du Mayo-Kebbi et de la Tandjilé, pour vous exprimer, sans arrière-pensées ni couleur politique (c’est-à-dire loin du débat MPS/UNDR), et surtout loin de citer vos propos, mes inquiétudes, mon étonnement et vous appeler à plus de persuasion et de justesse afin d’espérer encore vous compter parmi, non pas des hommes politiques, mais tout simplement, des leaders intellectuels de nos deux  régions, chantres de paix exemplaire pour tout le Tchad, notre pays.

Inquiétudes parce que la Tandjilé et surtout le Mayo-Kebbi sont constitués d’une population agropastorale vivant en quiétude depuis de nombreuses années, malgré les différends pouvant survenir entre les propriétaires des champs et ceux du bétail. Des conflits souvent réglés à l’amiable auprès des chefs de communautés (communément appelés chefs traditionnels), marginalement avec recours auprès de l’Administration publique, mais toujours sans vengeance privée. Cette quiétude est soutenue par de nombreuses alliances, amitiés, convivialités et habitudes tissées entre les couches sociales, de telle sorte :

  • qu’un agriculteur achète ou loue du bétail pour labourer son champ. Et qu’un éleveur se procure jusqu’aujourd’hui du foin de l’agriculteur pour nourrir ses bêtes en période sèche ;
  • qu’il n’y a pas ce qu’on appelle « le prix du sang » entre les communautés ;
  • et que les promotionnaires d’École, du Collège ou du Lycée gardent leurs souvenirs d’études et leur amitié même pendant leurs carrières professionnelles.

Étonnement parce qu’on comptait toujours sur des intellectuels de la région. Ils sont presque tous, en période de crise, déshabillés de leurs couleurs politiques, de leur appartenance communautaire, de tout parti pris, pour venir calmer les esprits échauffés. Ils raisonnent les protagonistes et préservent par cette approche la paix entre les populations. Des habitants déjà imbriqués et entremêlés par leur mode de vie et leurs vécus quotidiens.

Mais vous avez fait, il me semble, le contraire lors de votre descente dans la zone de conflit.

Plus de persuasion et de justesse parce qu’il n’est jamais trop tard de rattraper ses lapsus et ses erreurs. Et même si erreur il y a, cela ne constitue-t-il pas une édification de l’esprit et des idées pour l’avenir ?

La population des éleveurs des deux régions n’attend pas de vous une réparation sous forme de dommages et intérêts, mais juste un pardon en bon fils du terroir, parent tant des moundang, des peuls, des moussey, des lélés, des massas et autres, et je pense qu’elle le mérite bien, parce que :

  • le terroir est à présent répulsif au discours politicien en quête d’électorat et attentif aux actes concrets et positifs de ses fils.
  • le terroir est un arbre sur lequel plusieurs oiseaux que nous sommes voleront au-dessus, finiront par nous y poser pour trouver du repos et du réconfort, et finiront par disparaître pour laisser place à d’autres de ses fils.
  • le terroir mérite bien qu’on le respecte, le sanctifie et l’honore même pendant les pires des évènements.

Et le nôtre en est un exemple pour le Tchad. Il a montré, hier comme aujourd’hui, qu’il est un havre de paix pour tout le pays. Il est resté en paix même pendant les guerres fratricides qu’il a connues. Et il entend bien le rester dans l’avenir. Jetez, M. Kebzabo, votre orgueil au fleuve Logone. Votre demande de pardon sera un engrais pour la paix. La paix éternelle dans les deux régions.

Mahamoud BOUBAKARY
Ex-TPG et Cadre du Mayo-Kebbi-Est

Pendant que certains responsables politiques regrettent d'avoir soutenu bec et ongles le président Deby, d'autres le qualifient de l'un des meilleurs chefs d'état que le Tchad ait connu et qu'il a apporté une véritable démocratie aux Tchadiens. Pendant que les uns le qualifient d'incarnation du désastre et du désordre, d'autres le qualifient d'un démocrate, loyale et soucieux du bienêtre de son peuple et de son pays et c'est la' la raison de sa longévité au pouvoir. Pendant qu'il est qualifié de premier responsable des dérives de la DDS et qu'il est connu pour son immoralité et ses détournements de biens publics par certains, il est vu comme un chef d'état-major discipline', qui n'a fait qu'exécuter des ordres et combattu pour son pays comme tout patriote exemplaire l'aurait fait.

Bien, en mettant de cote' la personnalité de Deby, qu'en est-il de l'état actuel du Tchad sur le plan économique, social, environnemental, politique, culturel, scolaire, sécuritaire ainsi que sur le plan des infrastructures et la liste peut être encore longue. La catastrophe a atteint son paroxysme dans tous ces domaines précités et pendant que la plupart des gens se demandent par quel miracle le Tchad tient encore debout, certains politiciens insouciants des problèmes du peuple se querellent sur les qualités et les défauts de leur ancien chef et bienfaiteur. Bien qu'étant président, Deby ne peut imposer sa volonté a toute la classe politique et de surcroît au peuple sans la complicité explicite de son entourage politique et familial qui accepte tous les caprices, même les plus ignobles, quoi que si l'entourage familial du président est bien connu, l'entourage politique ne peut être défini par aucun dictionnaire car tous les soi-disant politiciens(de l'opposition ou pas) ont défiles devant la porte du palais présidentiel a un moment ou un autre pendant ces 15 ans de règne pour bénéficier des largesses de l'empereur.

Alors s'il vous plaît arrêtez ces manœuvres politiques, cette hypocrisie connue de tout le monde et pour une fois pensons à ce pays en délabrement et en passe d'être hante' par les démons de la guerre. Pourquoi, nous Tchadiens, on a toujours tendance a' chercher des solutions dans la guerre ? Serions-nous incapables de trouver des solutions par le débat et le compromis ? A-t-on pense' aux conséquences humaines et socio-économiques d'une nouvelle guerre ? En quoi un autre changement par les armes pourrait-il être mieux que celui d’hier ? Les demandeurs de changement d'aujourd'hui ne sont-ils pas les hommes forts d’hier ? Une guerre n'est-elle pas toujours plus facile de la commencer que de la terminer une fois commencée ? Rappelons-nous des exemples récents de l'Iraq et de la Cote d'ivoire. Personne n'avait prévu que la guerre durerait autant. Réfléchissons avant d'agir car le contraire ne peut que ruiner les minces chances qu'on a encore d'échapper à un nouveau Libéria, Somalie ou Haïti.

Pour l'amour du Tchad, PEUPLE TCHADIEN, du petit au grand, du politique à l'apolitique, du riche au pauvre, de l'agriculteur au fonctionnaire, DEBOUT ET A L'OUVRAGE, conquérons nos droits et notre liberté que toutes les constitutions successives nous confèrent depuis octobre 1958.

Il y'a une arme beaucoup plus destructrice et fatale que les kalachnikovs et les M16 pour se faire valoir de ses droits, c'est la MANIFESTATION, faisons-en usage. Des manifestations pacifiques et disciplinées doivent non seulement souder la population entre elle mais elles obligeront les politiques a' aller dans le sens du peuple. On ne peut plus se permettre de s'asseoir en arrière et laisser des irresponsables chroniques décider à notre place, il est grand temps de se faire entendre, de prendre notre destin en main, refuser de rester sur le banc de touche et se faire marginaliser.
Chers compatriotes croyons au pouvoir de la démocratie mais soyons-en certain, jamais une vraie démocratie ne s'installera au Tchad tant que le pouvoir de l'amour ne surpassera pas l'amour du pouvoir.

Oumar Issa Senoussi

La SENAFET est perçue comme une semaine de la femme Tchadienne à l'occasion de laquelle ces dernières se retrouvent pour pouvoir passer en revue les différents maux qui entravent leur épanouissement dans la société tant sur le plan social, économique et professionnel.

Ces activités sont menées pour pouvoir solutionner ou pallier leurs difficultés majeures qu'elles soulèvent. En ville, cette semaine est un grand évènement tant attendu par les femmes. Cela leur permet d'associer les rurales pour solutionner leurs problèmes. Fort malheureusement, l'association est minime et insignifiante du côté des rurales surtout sur les initiatives et les décisions. On assiste chaque année à des séminaires, des débats, rencontres permettant aux femmes de discuter pour se faire valoir et se faire reconnaître comme un être apte à jouir de mêmes prérogatives que les hommes.

En même temps, des activités telles que les expositions sont organisées pour promouvoir les produits fabriqués par la gente féminine.

Des propositions sont faites par-ci et là par les sœurs pour améliorer leurs conditions sociales et trouver des mesures leur permettant de faciliter les tâches dans leurs travaux quotidiens.

D'une manière générale, toutes les femmes se mobilisent pour pouvoir apporter leur pierre à l'édifice. Le problème que nous devons soulever est de savoir quel est le degré d'implication de celles-ci en milieu rural et urbain.

Parlant de maux, les femmes en milieu rural sont plus exposées que leurs sœurs en milieu urbain. Plusieurs facteurs entrent en jeu tels que le poids de la tradition dont l'application y étant plus accentuée soutient l'écart de la femme, la pauvreté, le manque d'infrastructures adéquates, d'opportunités et j'en passe.

Tous les jours depuis des millénaires, au premier chant du coq, les femmes sont debout, pagnes retroussés pour une longue journée de labeur. Elles seront au puits tirant l'eau pour le bain du matin, elles seront aux champs, courbés (souvent avec un bébé au dos) sur la terre asséchée à la recherche de condiments pour le repas des hommes. Et comme tous les jours elles se rendront dans la forêt, houe pendue sur l'épaule, à la recherche de bois mort. En bref, la femme en milieu rural est celle par qui passe l'apport du minimum vital, c'est-à-dire elle est la personne qui assure la prise en charge de la famille tant sur le plan financier que nutritionnel. Malgré tout cela, elles sont battues, humiliées, mal nourries, mal aimées et enrôlées dans la polygamie infinie sans jamais avoir droit ni à la parole, ni au choix décisif concernant leur avenir et celui de leurs enfants. Fatalité de la vie ou ironie du sort ?

Les femmes vivent dans des conditions rudimentaires et elles ne l'ignorent pas mais sont-elles résignées ou n'ont-elles pas d'autres issues ?
 
Gisèle Halimi, d'origine tunisienne, avocate, écrivain, ancienne ambassadrice de France à l'UNESCO et conseillère spéciale de la France à l'ONU, l'affirmait éloquemment :

« La femme n'est pas une catégorie, pas plus que l'homme n'en est une. La femme est une moitié et, à l'intérieur de ces deux moitiés de l'humanité, il y a toutes les catégories, les jeunes, les immigrés, les vieux, les handicapés, etc. Ce qui compte, par conséquent, c'est de faire en sorte que la différence fondamentale entre ces deux moitiés, au lieu d'être une source d'infériorisation et d'une identité réductrice, soit au contraire une source d'enrichissement des hommes et des femmes. »

Si le pays est dans son état actuel de délabrement c'est qu'il n'a jamais su redonner aux femmes qui représentent la couche la plus nombreuse et la plus active de nos sociétés, les droits fondamentaux qu'elles méritent dans le cercle familial et national des prises de décisions.

 Bien que les femmes en ville, actrices principales de ces journées ne peuvent pas mesurer exactement la teneur de ce que vivent au quotidien leurs sœurs en milieu rural, cela ne les empêche pas de chercher comment concilier les objectifs de leur émancipation dans le monde avec leurs différentes réalités. Comment, par exemple, une Sarah et une Gorane peuvent-elles partager, dialoguer dans ce « combat commun » ? Comment la Kanembou et la Massa peuvent-elles se mettre au même diapason, faire fi des particularités individuelles, pour se retrouver côte à côte et parler d'une même voix ? Comment trouver un consensus à partir de cette « alliance » même si les unes et les autres ne connaissent pas nécessairement les mêmes problèmes ? Est-ce une chimère que de penser à un dialogue commun en transcendant les décalages culturels et les diversités religieuses ? Bref, le temps du silence est révolu.

Cela va sans dire que toutes les recommandations ne peuvent être appliquées quand on sait souvent qu'il existe des diversités culturelles ; ce qui fait que ce qui peut être positif dans une zone ne peut l'être dans une autre. L'idée principale est de s'unir et d'échanger sur les conditions souvent misérables des femmes. Ne dit-on pas que l'union fait la force ? En se serrant les coudes, les Tchadiennes constitueront une force extraordinaire et efficace.

Une chose est certaine, on peut constater qu'indépendamment des origines, les femmes vivent des problèmes communs. Et même si ces problèmes connaissent des divergences, on constate que sur de nombreux points le combat des femmes est semblable. Le moins que l'on puisse dire est que la question des femmes se pose avec acuité. Dans tous les pays du monde, industrialisés comme en voie de développement, des voix s'élèvent pour dénoncer les injustices dont les femmes sont victimes. Quoiqu'il faille reconnaître que la condition des femmes est très hétérogène dans le monde, néanmoins, toutes ensemble, elles parviennent à trouver des points communs pour améliorer leurs conditions de vie. « Le monde des femmes est fait de points communs et de différences. Les points communs sont nombreux : partout les femmes sont chargées de mettre au monde et d'élever des enfants, de constituer et d'entretenir des familles, elles sont également responsables de la contraception. Partout les femmes sont confrontées à des rôles aux exigences contraires. Riches ou pauvres, nous avons les mêmes préoccupations concernant la santé, nous sommes vulnérables à la violence et à la pandémie du siècle qui est le sida, à l'exploitation de notre sexualité.

Il est temps que le Tchad se décide à redonner à la femme ses droits humains fondamentaux sans lesquels aucun processus de développement ne peut aboutir aujourd'hui, car le monde évolue vers l'état de droit impliquant systématiquement le respect des libertés individuelles et un renforcement institutionnel des droits des citoyens, hommes et femmes compris. Certes, les femmes ont des potentialités intellectuelles assez élevées mais elles n'en sont pas convaincues et c'est cela leur faiblesse. On se demande si au sortir de ces débats, les femmes continuent leur lutte pour l'application des recommandations qui s'en sont suivies. On ne peut arriver à ses fins que quand on est convaincu de ce que l'on est en train de faire. D'une part il y a les conditions et les critiques sociaux et de l'autre, l'égocentrisme masculin. En somme, la lutte est longue et on ne doit pas croiser nos bras et attendre seulement ce laps de temps pour mettre au point nos stratégies car l'on a tendance à faciliter à la femme ce qu'elle fait en la circonstance. L'accepter serait comme un gâteau servi. Les Tchadiennes profitent de la SENAFET pour montrer aux hommes qu’elles ne sont pas faites pour consentir l'affrontement dans l'humiliation mais qu'elles sont capables de se battre pour l'avoir.

Les hommes eux pensent que SENAFET est un moment organisé pour permettre à la femme de se défouler, de se ridiculiser ou pire que je ne saurais dire, en faisant du tapage en attendant l'année suivante. Battons-nous avec cette détermination et cette ténacité afin de nous frayer un chemin nous permettant d'accéder à la place à laquelle on aspire mais n'acceptons pas ce don qui représente le 1/52ème du gâteau. Se taire ne veut pas dire accepter la situation, mais les femmes jugent sage de garder leur énergie pour chercher les moyens qui sont en leur faveur c'est-à-dire, ceux avec lesquels elles sont sûres de remporter la bataille, et, SENAFET est une opportunité. Malheureusement, chaque année, les thèmes qui reviennent ont presque les mêmes approches (la femme en actrice opprimée). Si on accepte le fait que derrière un grand chef, se trouve une grande femme, alors, SENAFET et JIF ont toutes leurs raisons d'être.

De tout ce qui précède, il faut que les hommes se détrompent de penser que nous avons accepté que tout le reste est SENAHOT (Semaines Nationales des hommes Tchadiens) mais qu'ils sachent que c'est SENAFET (qui ne dis pas son nom) dans la recherche de voies et moyens qui seront exposés du 1er au 08 mars de chaque année.

Wahilo Diguera

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