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Quelques semaines après la fin de la saison pluvieuse, les travaux d'aménagement des canaux ont démarré dans une partie du 7e et 8e arrondissement de la capitale tchadienne, N’Djamena. L'objectif est de réduire les risques d'inondations dès l'année prochaine, dit un topographe sur le lieu. Reportage.

Suspendus au début de la saison pluvieuse, les travaux d'aménagement des canaux qui traversent une partie du 7e jusqu'au 8e arrondissement ont repris. Un travail de grande envergure est en train d'être abattu par l'entreprise chinoise CGCOC. Des ouvriers, des camions, et des pelleteuses font le job. Chacun dans son métier spécifique, mais coordonné pour faire avancer le projet.

Du rond-point 10 octobre jusqu'à celui de Hamama les travaux sont presque bouclés. Les anciens canaux de drainage des eaux sont en train d'être remplacés par des nouveaux. Pour, Basga Joseph, Topographe sur le lieu ces travaux consistent à canaliser les eaux de la voirie, du rond-point à double voie jusqu'au palais de la culture et des arts, ex palais du 15 janvier. Il affirme qu'il y a pas une profondeur fixe à cette canalisation. « Ça varie d'une pente à une autre. Il y a celui de 1m 50, 1m, etc., ça va d’une pente à une autre », a-t-il affirmé. Il rassure la population que l'année prochaine, elle ne souffre pas des inondations. « Grâce à ces travaux, les eaux de pluie seront drainées dans les différents bassins de rétentions qui seront aménagés et une partie sur le Chari » dit-il.

Toujours selon lui n'eût été la forte saison pluvieuse de cette année, le chantier devrait être exécuté tôt pour minimiser les risques d'inondations. Il explique que tous les efforts sont faits pour que les travaux soient achevés d'ici la fin 2022. Issakha Oumar, habitant de N'Djari affiche un sentiment de satisfaction quant au niveau d’avancement des travaux. Il estime que  contrairement aux anciens canaux, les nouveaux sont larges et profonds. «Ça pourrait réduire le risque d'inondation » a-t-il justifié. Il invite les autorités communales et la population à veiller sur l’entretien de ses infrastructures.

Abderamane Moussa Amadaye

Comme la plupart des communautés chrétiennes catholiques dans le monde, celle du Tchad également célèbre chaque 1er novembre la fête de Toussaint appelée communément « la fête des saints». Cette fête est célébrée le premier dimanche après la Pentecôte dans l'Église orthodoxe.  L'équipe d'ialtchad a échangé avec le curé Abbé Madou de la paroisse Saint-Isidore de Bakandja de Walia Goré. Reportage.

La Toussaint est une fête catholique, en l'honneur de tous les saints du panthéon catholique. Au IVe siècle, l'église grecque décide de fêter les martyrs chrétiens. À l'origine, les premiers saints, après les apôtres, étaient des martyrs, morts pour leur foi. Le curé de l'église catholique de Walia Goré, souligne que compte tenu de l'inondation et de deuil national la célébration de cette fête est particulière. Il ajoute que ces deux fêtes sont les fêtes de communion de l'église, en précisant l'église terrestre qui celle des hommes sur la terre et l'église céleste qui est celle de l'ensemble des saints qui ont mené une bonne vie reconnus par l'humanité et déclarés saints par l'église en faisant des bonnes œuvres. Et qui sont morts dans la foi. Durant l'apocalypse de Saint-Jean, il y a ceux qui sont vêtus en blanc. Selon lui, le 02 novembre ils commémorent tous leurs frères défunts qui ne sont pas encore déclarés saints, mais ceux qui sont morts dans la foi. Car c'est la fête de communion, les vivants qui prient pour tous ceux qui sont déjà saints et les vivants qui prient en communion avec ceux qui attendent la résurrection.                               

Il précise que cette année, il y a deux particularités. D'abord les manifestants plus de centaines de personnes froidement assassinés qu'ils vont prier pour eux à cette occasion. Deuxième particularité, la commémoration des fidèles défunts, ils peuvent plus aller au cimetière parce que les cimetières sont inondés et envahis par l'eau, dit-il. Le curé poursuit qu'ils vont rester en communion avec les fidèles défunts à partir de leur paroisse respective.                    

Enfin, il affirme qu'ils feront des gestes particuliers, tout en commençant par habiller l'hôtel de l'église en couleur violette pour marquer le deuil, bénir l'eau pour eux et leur offrir des bougies à partir de la paroisse. Il ajoute qu'ils vont partager le repas ensemble avec les sinistrés.

Noël Adoum

Le 28 octobre passé, les professions libérales judiciaires (notaires, huissiers, et les avocats) ont publié un communiqué conjoint pour informer le public de mise en place d'une cellule d'écoute, de conseil juridique et d'assistance judiciaire aux victimes des événements du 20 octobre 2022. Ialtchad Presse a échangé avec Me Dainonet Jouhinet Frédéric, président de la commission des droits de l'homme du Barreau et superviseur de la cellule. Reportage

Il est 12h 00 au palais de Justice de la capitale tchadienne, N’Djamena. La salle était calme, les parents des victimes ont les visages tristes. Chacun est devant un avocat pour être écouté. Chaque famille relate les faits et la circonstance qu'ont connue les victimes, mais refuse de témoigner.

Pour Me Dainonet, « il y a beaucoup de situations de violence de droit de l'homme relatif aux événements du 20 octobre 2022. Nous avons créé cette cellule pour apporter assistance et conseils juridiques aux populations compte tenu de ce qui est passé. Cette cellule va recenser toutes les victimes. Nous avons reçu pour le premier jour une centaine dans la ville de N’Djamena. Dans les prochains jours, nous irons en provinces pour les jours à venir ». Et il ajoute qu'il travaille en collaboration avec les associations de droit de l'homme qui sont menées par le barreau du Tchad pour voir dans quelle mesure assister les personnes arrêtées, et les personnes sont enlevées, déportées.

Me Dainonet affirme qu’il a adressé une correspondance au président de tribunal, une copie au procureur général et au procureur de la République. Cette correspondance dénonce la violence de la loi sur l'ordre du ministre de la Justice d'une mission des magistrats d'aller au Korotoro pour auditionner les déportés. La loi n'autorise dans aucun cas aux magistrats de siège à savoir le président de tribunal et le juge d'instruction de se déplacer. Sauf à la limite au procureur de la République qui est hiérarchisée. Selon lui, en ce qui concerne la question de droit de l'homme le dispositif de code de procédure pénale notamment dans l'article 50 dit « quand on veut auditionner des gens sur le procès d'enquête, il faut obligatoirement l'assistance d'un avocat ou soit une personne du choix de la personne qui est à auditionner ».

Dans ce cas à Korotoro qui bénéficie ?  Pour quelle assistance ? Cette violation des textes de la république est nulle et entacher de toutes les nullités. Il poursuit, « le ministère de la Justice et les magistrats font du simulacre (exemple de Mongo) » pourtant, les règles d'un procès sont l'équité et la transparence. Il se pose la question : est-ce le Tchad est un pays de droit qui respecte ses propres textes ? Nous ne pouvons pas recenser les victimes sans porter une action, cette affaire sera portée devant une juridiction nationale et aussi à internationale, conclut-il.

Ousmane Bello Daoudou

Les mérites guerriers de Deby père étaient indéniables. Ceux du fils sont sujets à caution en raison de la prégnance de l’empreinte de l’hérédité sur les troupes qu’il dirigeait sur les théâtres des opérations et sur la progression vertigineuse de sa carrière militaire en l’absence de faits d’armes éclatants ou de formation d’officier supérieur dans une École de guerre de référence. En revanche, l’hérédité, encore elle, à qui le fils doit ses fonctions de Président dans une République à la suite du père, conforte les deux alliés quand - à leur appétence aiguë du pouvoir pour le pouvoir.

En effet, quiconque, porteur de germes de défiance sur-le-champ démocratique et a fortiori militaire, des fondements de leur pouvoir en paiera le prix fort. Point d’économie de moyens pour réduire à jamais l’adversité au silence. Peu leur importe la proportionnalité et l’égalité des armes. Peu leur importe la loyauté du combat. Peu leur importe l’éthique, la morale et la méthode. Peu leur importe le parjure et le reniement. Peu leur importe les engagements internationaux souscrits par leurs soins au nom du pays en matière des droits de l’homme. Peu leur importe la procédure pénale et le droit pénal.

Et s’il faut pour cela, passer sur les corps, même de leurs partisans et courtisans (le seul métier porteur d’avenir au Tchad), ils le feront sans état d’âme. S’il faut y engager toutes les ressources disponibles et potentielles de l’État, en obérant irrémédiablement l’amélioration minimale des conditions de vie et l’avenir de la population, ils le feront (pour preuve, la primauté et la disproportion des dépenses militaires que la pratique du système rend immaîtrisables). Par ailleurs et sur le plan idéologique, s’il faut dans l’intérêt de la pérennité du pouvoir, être communautariste ou régionaliste, ils le seront pour deux et trois. S’il faut être confessionnaliste, ils le seront pour 4 et 5. S’il faut être ethniciste ou grégaire, ils le seront pour 6 et 7. Panafricaniste et à la fois pilier de la françafrique (encore qu’il peut y avoir un doute raisonnable sur la culture politique du fils), ils le seront. Le père, en son temps, et le fils aujourd’hui, ne croient qu’en la foi de leur pouvoir. Et si cela doit passer par un massacre de masse (1) ou par une pratique méthodique du cynisme (2), ils emprunteront un raccourci pour gagner du temps. D’où l’expression de la diagonale, c’est-à-dire le plus court chemin pour parvenir à une destination. L’un et l’autre s’y sont employés non sans efficience, bénéficiant au passage d’une part, d’une indulgence rare de la communauté internationale, et d’autre part, de services après-vente, toujours laborieux, d’une cohorte patentée de « blanchisseurs » intellectuels et hauts commis d’État au demeurant jetables. Reste que la mémoire de la justice universelle est immuable (3).  

Diagonale dynamique des massacres de masse 

Le tableau de chasse macabre du père est de nature à faire pâlir de jalousie la concurrence régionale. Par métaphore sportive (même si la gravité du sujet ne se prête pas à l’exercice), on pourrait affirmer qu’il était de « classe mondiale ». En cause, et sans égard à la longue liste d’éminentes personnalités politiques, civiles, militants de la société civile et militaires dont l’élimination physique sans procès était une marque de fabrique déposée de l’interminable règne, Deby père s’était particulièrement illustré par des massacres de masse : sans doute des milliers de victimes au Moyen Chari et dans les deux Logones au cours du fameux septembre noir. Idem des Hadjaraï dans tout le Tchad pour leur filiation supposée avec Moldoum, Garboubou et Kaffine, à partir des événements du 13 octobre 1991. Pareil pour les Ouaddaïens, manifestant à N’Djamena contre le vol de bétails et les représailles meurtrières de Ngnuiguilim et Chokoyane, à partir des événements du 8 août 1993, etc.

Quant au fils, « Bon sang ne saurait mentir », et il aurait honte et tort de ne pas faire mieux que le père. La trajectoire naissante de son œuvre macabre est d’une telle portée qu’il battra à très brève échéance la performance du père, construite pourtant patiemment sur la durée. Le fils a inauguré son office par 17 victimes transformateurs sans compter les dizaines de blessés dès le lendemain de sa prise de pouvoir le 27 avril 2021, suivie des dizaines d’Abéchois en janvier 2022, des centaines (probablement) de victimes à Kouri Bougoudi (dans le BET), et l’apothéose du point d’étape, le plat de choix : les transformateurs de Succès Masra et les militants de Whakit Tamma ce 20 octobre dont des centaines de victimes (décédées et blessés) et sans doute, plus d’un millier de déportés. Une vraie boucherie barbare qui questionne sans conteste, le degré d’humanité de ses auteurs.

Cette statistique macabre encore très loin de l’exhaustivité donne l’effroi. Et rappelle par sa dynamique et sa distributivité géographique (Nord, Sud, Est, Ouest), la constance de l’ADN du pouvoir Deby : la cruauté comme paravent à toute velléité de contestation (légitime fut-elle) lorsque la corruption de consciences par les postes de responsabilités ou les deniers du Trésor public montrent sa limite. Mais elle montre surtout que les Deby ne sont ni du camp, selon la vulgate abominable tchadienne, des « nordistes », des « sudistes », des « musulmans », des « chrétiens » ou d’« animistes ». Ils ne sont d’aucun camp si ce n’est de celui de leur propre pouvoir et de sa pérennité.


L’unité et la stabilité du pays n’ont de sens qu’à l’aune de leur acception personnelle, fermez le ban. C’est pourquoi, le constat que le procès en violence contre Succès Masra et Les Transformateurs prennent le pli, paraît pour le moins contre nature dès lors qu’il y a un monde entre l’échelle de gravité de tirs à balle réelle. Celle des exécutions sommaires en plein jour des manifestants non armés et le fait pour ceux-ci de braver l’interdiction, au demeurant constatable légalement et légitimement. Mais il est aussi à déplorer pour l’avenir du Tchad que le procès en « communautariste » servi contre Succès Masra (encore lui) et les siens, prenne le pli chez certains aujourd’hui comme il avait pris hier à l’occasion des présidentielles de 1996 contre Abdelkader Kamougué, de 2001 contre Yorongar Ngarledji, et de 2016 contre Saleh Kebzabo (il s’agit bien de l’actuel premier ministre). C’est sans doute parce que le régime est passé à la faveur de l’usage, maître dans l’art de la pratique du cynisme.

Diagonale du cynisme

Accusé l’autre de ce dont on est soi-même coupable, dépasse la banalité du mensonge, c’est du cynisme qui est le second marqueur du régime. Le fils vient d’en donner une parfaite représentation en se rendant à l’hôpital au chevet des manifestants blessés par des tirs exécutés par des militaires dont il est le chef. Et de surcroît, non pas pour compatir à la souffrance des malheureuses victimes, mais plutôt pour appuyer sa condamnation de la violence des manifestants (dont les victimes blessés, hospitalisés), auteurs du vandalisme du siège des deux partis alliés. À la douleur physique des blessures des corps par balles, il fallait encore ajouter une dose morale et il s’y est chargé personnellement. Mieux, il a décrété une semaine nationale de deuil pour honorer la mémoire des victimes de ses hommes, mais sans le moindre remord, regret, excuse ou pardon à l’endroit desdites victimes et de leurs familles. C’est rationnellement incompréhensible et inexplicable, si ce n’est pas le seul ressort du cynisme. Mais ce n’est pas tout. Il a dépêché Saleh Kebzabo, endosser, face à l’opinion publique, sa furie (au demeurant magistralement exécuté par le commis) contre les manifestants, alors que ce dernier est celui qui avait tout à perdre dans la forme et l’opportunité de cette prise de parole. Il en est de même, de l’exercice jubilatoire de l’inversion de l’échelle des valeurs auquel il s’est livré, après l’épreuve de feu du Premier ministre, en transformant les victimes en bourreaux et ces derniers en victimes. C’est difficilement compréhensible dans une société civilisée. Depuis, c’est le branle-bas dans les rangs du bataillon des affidés qui n’en demandaient pas tant pour lui emboîter le pas les médias publics sans le moindre contradicteur.

Mais ça l’est aussi et c’est désormais une évidence, à travers le verrouillage méthodique et horloger, notamment de la préparation de la liste des participants, de la direction et des délibérations du fameux Dialogue National Inclusif et Souverain (DNIS), pour en dégoutter de la participation les contradicteurs et leur imputer gaiement la responsabilité pour cause de radicalité de mauvais aloi. Le DNIS, une réussite dixit ses promoteurs, mais avec autant de morts, de blessés et de déportés à peine deux semaines après, qu’en aurait-il été s’il avait été un échec ?

Par ailleurs, le cynisme du régime, c’est aussi aller chercher la meilleure expertise à l’international, non pas pour aider au développement du pays ou à asseoir une gouvernance vertueuse, mais plutôt pour le dévoiement de la légalité et l’instrumentation de la forfaiture. La présence de son Excellence Mahamat Saleh Annadif dans le gouvernement Kebzabo en est un petit aperçu : un vrai gâchis.    

Mais, au-delà, la pratique du cynisme par le système Deby est à l’échelle industrielle. Elle convoque les médias d’État et les médias privés partisans, l’appareil sécuritaire, les appareils judiciaire et administratif, la Kyrielle de partis politiques et d’organisations de la société civile factices et/ou alimentaires et pire, les chefs religieux et les relations familiales et amicales des cibles. Aujourd’hui, tout l’appareil de l’État tchadien avec l’ensemble des ressources humaines, matérielles, financières, disponibles et mobilisables sont dévolus prioritairement au harcèlement, à l’intimidation, au chantage, à la calomnie, à l’humiliation, à la persécution de Succès Masra (et dans une moindre mesure, du leader de Whakit Tama et de Yaya Dillo).

Passent les inondations et la famine endémiques. Passe, l’enclavement intérieur et extérieur du pays. Passe la faiblesse structurelle des ressorts de l’économie, de l’éducation et de la santé. Passe, le désœuvrement structurel des forces vives de la nation. Passe, l’absence d’outils de production confinant l’économie nationale à l’échelle de celle de boutiquier. Passe, la confiscation des richesses nationales par un clan. Passe la désespérance de la jeunesse en l’avenir, leur présent étant déjà compromis. Briser les reins de Succès Masra et à défaut, le soumettre est le seul déterminant du moment du régime. L’épreuve de feux nourris de tous les fronts que celui-ci et ses partisans, subissent depuis quatre ans de la part de l’État et de son bras politique le Mouvement Patriotique du Salut (MPS), ex-parti au pouvoir, est au-delà de la limite du supportable pour l’espèce humaine. Dans ces conditions, il est difficile d’être résilient plus longtemps, d’où l’indulgence compréhensible que ce dernier adopte à l’égard de ses ex-militants et cadres qui ont cédé, même si pour ce faire, ceux-ci ont dû être obligés de passer par la case de la contrition publique en accusant les anciens camarades de « tous les péchés d’Israël » comme s’y est livré, le désormais ex-vice-président du parti.

La défection organisée de celui-ci, après tant d’autres, est destinée à servir le récit préfabriqué d’un parti infréquentable par les « nordistes » pour cause de communautarisme chrétien. Or, à l’analyse, entre un Succès Masra qui n’a jamais encore exercé une moindre responsabilité publique de l’État, pour permettre d’en mesurer le degré de communautarisme, et ceux dont c’est l’alpha et l’oméga de la gouvernance publique depuis 32 ans, le premier ne peut décemment recevoir des seconds, de leçons de civisme, d’égalité et encore moins de républicanisme.

Feu Ibni Oumar Mahamat Saleh, alors secrétaire général du PLD et surtout porte-parole de la coalition CPDC avait fait les frais d’un ostracisme larvé des dignitaires communautaires et religieux, organisé par le régime pour son refus de se rallier à la candidature de Deby père à la présidentielle, mais surtout pour intelligence avec l’ennemi « sudiste » incarné par les autres leaders des parties de la coalition. Ses trois compagnons d’alors, membres éminents aujourd’hui du régime du fils peuvent en témoigner, même s’ils ne sont plus à un reniement près. Il était pourtant musulman et « nordiste » bon teint.

Moussa Faki, ex-dignitaire du régime, aujourd’hui en rupture de ban, après une introspection rendue possible par ses éminentes fonctions de président de la Commission de l’Union Africaine (UA), est voué aux gémonies par le système pour avoir simplement osé rappeler le principe de la disposition de l’article 25 de la Charte Africaine de la Démocratie, proscrivant l’éligibilité des auteurs de changement anticonstitutionnel, mais aussi pour avoir condamné comme l’ont fait tous les responsables des institutions internationales, les massacres du 20 octobre. Désormais, plus rien ne lui sera épargné, y compris les égouts et leurs émanations nauséabondes. Son procès en ingratitude étant désormais sur la table d’instruction. Pour en avoir été, il sait à quoi s’en tenir. Il est désormais une cible de choix et sa filiation avec le clan ne pèsera pas lourd dans la balance. Telle est aussi la situation de Yaya Dillo.

À l’évidence, le sentiment de toute-puissance du régime s’explique en interne par la faiblesse institutionnelle entretenue, reléguant tous les leviers de contre-pouvoirs que sont notamment la justice (judiciaire, administrative et constitutionnelle), le parlement, les autorités administratives indépendantes, les médias publics, à un simple rôle de décor ou mieux, à celui d’instruments à la dévotion du Président, des siens et de son parti. Il s’explique en externe par le bouclier que déploie irraisonnablement et systématiquement la France pour protéger le régime en contrepartie des services rendus à son armée. Mais une chose est certaine, ces protections ne peuvent toujours triompher de la justice dont la mémoire est immuable.   

La mémoire immuable de la justice

Il est une certitude que ne peuvent contester même les thuriféraires du régime : c’est la déliquescence avancée du pays.  En effet, en dehors de leur gloire personnelle, qu’est-ce qu’ont fait les Deby du tunnel de 32 ans de leur pouvoir qui soit de nature à améliorer le quotidien des citoyens et offrir une perspective d’avenir au pays ? Rien et trois fois rien. Inutile de revenir sur l’abysse de leur passif. Comme l’a écrit le journal Le Monde sous la plume de Jean-Philippe Rémy, le 19 février 2008 à propos de Deby père : « mais, hormis survivre, qu'a-t-il fait depuis son arrivée au pouvoir en 1990 ? Rien, au fond, qui ait marqué une véritable rupture avec la « guerre de Trente Ans » subie par le pays au lendemain de l'indépendance et qui, avait-on espéré, devait prendre fin avec son arrivée au pouvoir. Tandis que se poursuit l'épopée des guerriers tchadiens, le pays continue de souffrir mille morts, dont celle de sa démocratie ». C’est sacrement d’actualité 14 mois après sous le magistère du fils.

Les jeunes manifestants dont certains ont été sauvagement exécutés ce jeudi 20 octobre et d’autres, déportés sans être présentés au préalable à un officier de police judiciaire et sans un arrêté d’éloignement du ministre de la Sécurité publique, sont sensibles et réceptifs aux discours de Succès Masra et autres Yaya Dillo ou Max Loalngar. Parce que ceux-ci sont simplement porteurs d’espérance et de promesse de méthode partagée de direction du pays et d’évaluation de la gouvernance et des résultats d’une part. Et d’exemplarité et de responsabilité des décideurs publics à l’égard des citoyens, d’autre part. C’est la seule raison pour laquelle ils sont écoutés par ces jeunes, sortis massivement braver ce jeudi 20 octobre l’interdiction arbitraire de manifester. Ils le feront encore et encore en dépit de ce lourd tribut et le risque non moins réel de nouveaux massacres dans leur rang par le régime. L’élimination physique de ces leaders qui, sous ce régime, n’est pas qu’une hypothèse d’école ne pourra rien contre cette dynamique d’éveil de la conscience populaire. Le germe est planté. D’autres, encore plus nombreux, reprendront le flambeau.

Le pouvoir ne doit cependant pas se méprendre, les auteurs intellectuels et matériels, les co-auteurs, les complices et receleurs des massacres du 20 octobre doivent se rendre à l’évidence que la mémoire de la Justice est immuable surtout en matière de crimes qui plus est, contre l’humanité. Une qualification hautement plausible dans le cas des massacres du jeudi noir et par conséquent, susceptible de fonder la compétence universelle des juridictions des pays étrangers. Nombreux sont les Tchadiens ou non, qui y travaillent. Ils ne ménageront pas leurs efforts pour maintenir vive cette mémoire.


Le hasard de l’actualité contemporaine à celle du jeudi noir tchadien le rappelle s’il en est besoin, par deux procès en cours sur des circonstances de fait similaires : le premier à Conakry, celui de l’ex-Président guinéen Moussa Dadis Camara, treize (13) ans après les massacres et viols de masse au stade de football, le 28 septembre 2009. Le second, devant la cour d’assises de Paris, celui de Kunti Kamara, ancien seigneur de guerre libérien de l’ULIMO, pour des massacres et viols de masse commis en 1993, soit vingt-neuf (29) ans plus tôt. 

À méditer.

Orléans le 31 octobre 2022

Abdoulaye Mbotaingar
Docteur en droit,
Maître de conférences, Université d’Orléans
Membre du centre de recherche juridique Pothier (CRJP), EA 1212
Chargé d’enseignement, Université Paris-Dauphine-Psl

Le ministère des Finances, du budget et des comptes publics (MFBCP), en partenariat avec la Direction générale des douanes et des droits indirects ont lancé officiellement un nouveau système informatique automatisé (SYDONIA WORLD). La cérémonie du lancement officiel a eu lieu ce lundi 31 octobre 2022 à l’aéroport international Hassane Djamous de Ndjamena. Reportage.

Cette cérémonie marque le déploiement du Système Douanier  Automatisé (SYDONIA) dans les 3 bureaux des douanes (aéroport, base Adji Kossei et la poste). Les nouvelles procédures introduites par le système couvrent l'entièreté  du processus de déclaration, y compris le Fret et le Transit, et utilisent des outils sophistiqués qui vont de la sélectivité classique de la procédure d'inspection et de l'allocation des marchandises déclarées à un canal de contrôle pour la main levée des marchandises sans inspection à l'utilisation des images scannées.

Abdoulaye Tahiro Dabou directeur général des douanes et des droits indirects lors de son discours a souligné que la phase préparatoire de la migration de Sydonia ++ vers Sydonia world est lancée il y a plusieurs années. Cet outil informatique qui vient d’être mis à la disposition de l' administration est une étape pour mettre en œuvre les réformes structurelles et réglementaires, dont celle d’harmoniser les procédures de dédouanement aux standards et normes internationales, dit-il. « Il permet d’attacher des documents scannés à la déclaration et vise à éviter aux opérateurs de se déplacer jusqu’au bureau de douane pour déposer les déclarations » a déclaré M. Tahiro Dabou.

Pour ces efforts consentis par le gouvernement et la direction, Abdoulaye Tahiro dit qu’il  assure tout le monde de sa volonté et sa détermination à faire que tous les agents des douanes s’approprient  pleinement cet outil pour les opérations des dédouanements.

Aussi, selon Tahir Hamid Nguilin, ministre des Finances, du Budget et des comptes publics, l’objectif recherché par ce nouveau système est l’échange des documents commerciaux entre la douane et les opérateurs économiques afin de faciliter le commerce grâce à̀ la simplification et à l’informatisation des procédures douanières pour accélérer le dédouanement de marchandises.

Le ministre d’ajouter  que ce lancement marque une nouvelle étape dans la mise en œuvre du vaste programme de modernisation de l’administration douanière et vise à terme la dématérialisation intégrale des opérations de dédouanement des marchandises.

La mise en place du système a été possible grâce à l’accompagnement de la Banque mondiale (BM). Désormais, les importateurs et exportateurs, les commissionnaires en douane et les agents des douanes auront accès, via internet, au système de dédouanement pour accomplir les formalités.

Enfin, la Douane tchadienne, à travers cette plateforme, assainit plusieurs procédures obligatoires en matière de transparence et simplifie les opérations commerciales, gages de bonne gouvernance. La digitalisation des formalités du commerce extérieur occupe une place de choix dans les engagements du Tchad à travers les conventions ratifiées, selon les autorités. Le lancement de cette plateforme est une aubaine pour les différents services de la douane de lancer un appel à tous les usagers, en particulier aux commissionnaires en douane agréés, à s’approprier les fonctionnalités du système tout en respectant l’ensemble des procédures, conclut-il.

Haoua Adoum Ibeth
Donatienne Rakindang

Suite aux événements tragiques survenus le 20 octobre dernier à Moundou qui a causé plus de 20 morts et 150 blessés, et des dégâts matériels, une délégation gouvernementale séjourne depuis 27 octobre pour calmer les esprits et véhiculer le message de paix.

La mission est conduite par le ministre d'État, ministre de la production et de la transformation agricoles Laoukein Kourayo Médard et le ministre des hydrocarbures et de l'Énergie Ndjérassem Le Bémadjiel. La délégation a échangé avec le Conseil des sages de la ville de Moundou (CSVM) ce 31 octobre à la résidence du gouverneur. Le Conseil dénonce le comportement de certains responsables en charge de la sécurité lors de la manifestation du 20 octobre.

En réponse à la préoccupation de la délégation gouvernementale, Bétoudji Mbainaïnda très remonté, le président du CSVM a fustigé les propos tenus par le commandant de zone de défense n°9 pointant du doigt accusateur en disant que « les Ngambayes auraient envisagé massacré les musulmans et il promet les tuer un a un ».  Toujours selon Bétoudji Mbainaïnda, Moundou est une ville qui n'a rejeté aucune ethnie et aujourd'hui à cause de cette manifestation « les Ngambayes dans leur ensemble sont diabolisés ». Quel intérêt trouve-t-on dans la manifestation lorsqu'il y a des morts s'est interrogé le président du CSVM? Le conseil rejette cette accusation dépourvue de fondement.

M. Bétoudji poursuit en affirmant que lors de la manifestation les hommes habillés en civiles ont tiré sur les manifestants ce qui a occasionné des débordements avec ses conséquences. Le conseil interroge la délégation « comment peut-on faire la paix avec les enlèvements ? Comment peut-on faire la paix lorsqu’une partie de la population détient des armes ? ». Pour finir le Conseil de sages, promets de relayer les informations auprès de la population pour la paix et le vivre-ensemble.

Avant cette rencontre la délégation a fait face aussi à la colère de l’évêque de Moundou Joachim Kouraleyo qui a dénoncé, dans un audio, le discours des autorités le qualifiant de propagande. Il est allé plus loin en affirmant à la délégation d’avoir choisi le moindre mal « c’est choisir le mal. Et le mal que vous avez choisi s’est bien produit. Il s’est traduit par plusieurs morts et des blessés. Maintenant vient le moment de justifier. Cela n’étonne pas celui qui a le béaba de la politique, l’État n’a jamais accepté d’accepter ses responsabilités lorsqu’il y a des morts. Lorsqu’il commet des injustices. Et cela n’est pas étonnant, ce n’est pas nouveau non plus.. La nature des régimes militaro-dictatoriaux est de commettre le crime et par la suite de chercher à couvrir ce crime », a dit le prélat. Il a aussi demandé aux autorités qui véhiculent cette propagande s’ils sont dignes devraient démissionner au lieu de chercher à cacher la vérité.

Mbaiwanodji Adrien

Le bureau de la section provincial du Parti Africain pour la Paix et la justice sociale (PAPJS) du Logone assiste les blessés de la manifestation du 20 octobre dernier a Moundou contre la prolongation de la transition de deux ans.

Le PAPJS vient en aide aux blessés de la manifestation du 20 octobre dernier au service de chirurgie de l'hôpital provincial de Moundou. Le président de ce parti accompagné des membres de son organisation ont assisté ce lundi 31 octobre une vingtaine les blessés.

Selon M. Asrangar Djimassal président provincial de PAPJS les forces de défense et de sécurité se sont comporté de façon violente le jour de la manifestation. Il appelle à une enquête transparente et indépendante afin de situer la responsabilité des auteurs et coauteurs de ces actes qu’il qualifie de barbares.

Pour finir, il affirme « la violence engendre la violence, elle ne peut est la solution ». Il invite toutes les corporations à véhiculer le message de paix gage de développement.

Mbaiwanodji Adrien

Le coordonnateur de l’association Humanitaire Al-moussa’ada a animé un point de presse ce dimanche 30 octobre 2022 au siège de la dite association sise au quartier Diguel dans la commune du 8ème arrondissement de N'Djamena. Ce point de presse est relatif aux événements tragiques du 20 octobre. Reportage.

A l’entame de ses propres Moussa Abdoulaye Youssouf se  dit écorché par la douleur de ces événements inoubliables dont tout le monde a été  témoins et dit que la violence ne produit rien de bon « la violence, la violence mes chères  compatriotes, que peut-elle produire de mieux? Que peut-elle donner de meilleur? Que peut-elle fournir de bon? »  Toutes  ces questions sont des synonymes dit -il. « c'est la peine, qui me fait répéter pour plus d'emphase et d’insistance.  Les larmes ont empli mon cœur depuis et après le 20  Octobre. Une date mélancolique et de deuil, car plusieurs Tchadiens sont tombés en ce jour, pour des raisons de justice et d'égalité », souligne-t-il.

Il poursuit en disant que « ce qui est obtenu par la violence a une courte durée». Il ajoute que bien qu’il y ait de l’injustice et de l’inégalité, ce qui ne manque jamais dans toute société, il y a des voies appelées voies pacifiques et de dialogue, pour se faire entendre. Car, la violence n’engendre que la violence, alors que la paix n’engendre que la paix se lamente-t-il. « Chaque citoyen a droit à la revendication de ses droits et libertés fondamentaux, ce qui est un droit constitutionnel, mais ce droit ne lui donne aucun droit de proclamer la violence tout haut, en se justifiant avec  pour motif : la revendication de ses droits et libertés fondamentaux », a-t-il martelé.

« Je ne saurai manquer de fustiger les comportements violents que ce soit de la part des manifestants ou de la part des agents de l’ordre », dit-il.

C’est pourquoi, « je voudrais saisir la queue de cet instant pour vous dire : mes chers frères et sœurs Tchadiens, ne vous laissez envahir par la haine et la violence pour réclamer vos droits. Ne vous laissez entraîner par aucun politicien dans une insurrection ou dans une lutte sauvage, susceptible de causer des morts et de créer une guerre civile. Car, ce ne sont pas les politiciens et leurs familles qui perdent la vie et qui sont  blessés et couchés sur des lits d’hôpitaux, mais c’est vous seuls et vos familles qui en souffrez »  lance t-il.

En effet, «il y a une autre manière de résoudre nos conflits et de lutter pour nos droits, cette manière qui constitue l’un des principes des Nations unies, l’une des raisons pour lesquelles cette organisation existe : Cette manière de lutter, c’est par la voie pacifique».  La guerre, n’est jamais résolutoire ni bénéfique. Au contraire, elle a toujours été cause des sanglots, des pleurs et des gémissements voire des douleurs et des deuils a-t-il  signifié.

M. Moussa de dire que le vent de la violence dévaste mais celui de la paix construit. « Seule la paix peut construire un État et non la violence» martèle -t-il.

Pour lui les Tchadiens ont la chance d’appartenir à cette nation,  est une nation de diversité, de solidarité et où il y a le vivre ensemble. « Nos problèmes, nous allons les résoudre en famille, autour d’une table de dialogue et non en ayant des armes. Les linges sales se lavent en famille, dit-on ! Nous sommes tous tchadiens, il n’y a ni musulman ni chrétien, ni sudiste, ni nordiste, il n’y a que des Tchadiens » conclut-il.

Haoua Adoum Ibeth

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