Les taxi-moto appelés communément clando par les tchadiens sont devenus le moyen de transport urbain par excellence à Ndjamena, un moyen de transport de proximité. Ils sont visibles partout dans les carrefours et autres endroits tels que les bars et les marchés.
Les taxi-voitures ont désormais depuis quelques années des concurrents. Ce sont les taxi-moto qui son de plus en plus nombreux. Les habitués les reconnaissent plus facilement. Contrairement aux autres villes du pays à savoir Moundou, Sarh, Abéché, Pala et Bongor, le secteur de taxi-moto à N’djamena n’est pas réglementé et les activités liées à cela restent interdites. Ben-skin au Cameroun, Zémidjan au Benin, les taxi-moto sont appelés clando au Tchad.
A Moundou par exemple, ce moyen de transport urbain s’est imposé et a obligé la mairie à le réglementer. Les pilotes portent de gilets d’identification, les pièces de leurs motos et les leurs sont strictement contrôlées.
À N’Djamena, l’avènement des taxi-moto est accueilli avec soulagement par la population. Le clando est perçu comme le moyen de transport de proximité. « Le clando te laisse devant ta porte ou t’amène partout où tu veux, même à l’intérieur des quartiers là où c’est inaccessible aux taxi-voitures » nous disent certains clients en majorité des femmes. Ces femmes nous confient même qu’elles prennent le clando pour se rendre au bureau. La colère de certains chauffeurs de taxi-voiture est parfois perceptible. Ils n’hésitent pas à percuter en pleine circulation les pilotes de taxi-moto. Avec les autres usagers de la route ce n’est pas non plus le parfait amour.
Les taxi-moto font l’objet de plusieurs accusations. Ils sont source de cas d’accidents de la voie publique et d’insécurité disent les uns et les autres. Dans une note circulaire datée du 18 mars 2010 signée de l’ancien ministre de l’intérieur et de la sécurité publique Ahmat Mahamat Bachir, la circulation des taxi-moto a été interdite sur l’ensemble du territoire national. Motif : perturbation de la circulation (particulièrement à N’djamena), assassinat, vol etc. Puis quelques jours plutard, la mesure est levée dans les autres villes du pays mais reste en vigueur à N’djamena.
Coup d’épais dans l’eau ! Cette mesure n’a rien changé. Les taxi-moto circulent, puisque contrairement aux autres villes, le secteur n’est pas réglementé et donc impossible de faire la différence entre les motos des usagers ordinaires et les taxi-moto. Le port de gilet d’identification est inexistant. Le nombre de ces moyens de transport augmente au quotidien. On les voit partout à travers la ville au grand bonheur de nombreux usagers, cités plus haut qui pensent que les clando sont plus rapides même s’ils se plaignent quelques fois du prix.
Taxi-moto : gagne-pain
Les activités des taxi-moto sont devenues depuis peu des activités génératrices de revenus donc classable comme activités économiques. Une journée remplie peut rapporter jusqu’à 25.000 F CFA par jour selon les pratiquants. Le secteur absorbe de nombreux sans emplois et des laisser pour compte. Abdallah, la trentaine, marié et père de quatre enfants, est clandoman. Nous l’avons rencontré dans un carrefour au quartier dembé où il exerce, il nous confie que cette activité lui permet de nourrir sa petite famille. « Je fais honnêtement mon travail et amène mes clients en toute sécurité aux endroits désirés et à des prix raisonnables » précise-il. Répondant à la question sur la mesure d’interdiction toujours en vigueur à ’Ndjamena, Abdallah conseille plutôt au ministère de tutelle la réglementation du secteur, car poursuit-il, on ne peut pas interdire les activités des taxi-moto parce que la plupart de moto-taximen sont des gens désœuvrés qui ne cherchent juste à se prendre en charge. Comme lui, beaucoup des jeunes qui sont dans cette activité plaident pour une réglementation du secteur. Cela évitera selon eux beaucoup de dérives. Richard Madjitoloum est un client que nous avons rencontré au moment où il s’apprêtait à prendre le clando pour faire des courses. Il nous lance cette phrase avec grise mine pendant la conversation avec Abdallah « il n’ya au Tchad que les taxi-voitures ne demandent jamais la destination du client. Ailleurs les clients indiquent leurs destinations avant de monter à bord. Au Tchad, on vous prend par exemple à dembé et on vous laisse à ambassatna au marché central etc. » De plus en plus tendu, Richard s’exprime sur un ton dur « laissez-nous prendre tranquillement nos clandos ». Le ministère de tutelle doit donc penser à faire œuvre utile en autorisant la circulation des taxi-motos tout en appliquant de stricts contrôles pour éviter de diverses dérives et autres accidents de la voie publique.
Sécurité et service public
Mais une chose est vraie, c’est que les clandos sont à travers leurs pilotes des dangers publics, malgré le service qu’ils peuvent rendre à la population. Leurs allures en circulation sont dignes de films d’action. Ils faufilent entre les automobiles en toute vitesse sans se soucier de la vie de leurs clients ni du tort qu’ils peuvent causer aux automobilistes. Le non respect des codes de la route et le manque d’égard vis-à-vis d’autres usagers restent à déplorer chez les pilotes des taxi-motos.
Tout de même, il faut reconnaitre que les taxi-motos à N’djamena rendent un énorme service à la population. Ils desservent les quartiers périphériques, qui sont le plus souvent inaccessibles au moyen de taxi-voitures. Comme dans les autres villes du pays ou des villes des pays africains que sont Douala, Yaoundé et N’gaoundéré (au Cameroun) ou encore Cotonou au Benin, Bangkok en Thaïlande, le secteur des taxi-moto nécessite désormais d’être canalisé par de règlements. Par exemple, l’obligation de la régularisation (pièces des motos, permis de conduire, port de casques et de gilets d’identification, respect de code de la route etc.)
Et puis une chose et non de moindre, la construction des routes doit prendre en compte les véhicules à deux roues (comme par exemple le cas de la ville de Ouagadougou au Burkina-Faso où les routes construites ont des parcelles réservées aux automobilistes et motocyclistes séparées). Cela éviterait des nombreux cas d’accidents. Les contrôles de routine doivent être assurés pour dissuader les brebis galeuses qui se glisseraient dans le secteur. Tous ceux qui voudront ou exercent ce métier doivent donc se mettre en règle vis-à-vis de l’administration publique.
Dingamnaïel Kaldé Lwanga
Sur l’axe Abéché-Biltine, à une cinquantaine de Kilomètres de la capitale du Ouaddaï, se trouve un endroit plus que vénéré. Il s’agit du Rocher plat dénommé « Salatoul-Rassoul». Dès l’abord l’on se rend compte que l’endroit est protégé par une haie de branchages d’épineux (acacias), à l’ombre Sud-Est d’un jeune acacia verdoyant. La haie est envahie par des herbes folles. Le rocher, plat et pas trop grand, n’est pas seul. D’autres minéraux de même espèce sont mitoyens. La particularité du Rocher «Salatoul-Rassoul» est qu’elle porte, incrustées sur sa paroi, des empreintes qui subjuguent : deux fossettes parallèles (traces de genoux ?) et une fossette isolée (front ?) ainsi que des empreintes démesurément longues de cinq doigts (mains ?) de part et d’autre de la fossette isolée. Le tout donne les traces d’un orant ayant accompli une prière mahométane suivant la qibla.
En bien observant les empreintes des mains, elles sont de loin trop grandes, comparées à une main humaine. Elles ressemblent plutôt aux empreintes d’un grand échassier ou d’un dinosaure. Ce qui intrigue le plus, c’est la possibilité de pouvoir laisser de telles traces sur une matière aussi dure qu’est la roche ! Comment est-ce possible ? Depuis quand ? Qui fut alors ce prophète qui pria en cet endroit et sur ce rocher ? Que des questions sans réponses.
«Salatoul-Rassoul», un endroit de vénération !
Quoiqu’on dise, le lieu attire bien des gens qui viennent déposer des offrandes de toute nature. Des hommes et des femmes en désespoir viennent s’y recueillir et prier. Les uns cherchent la guérison d’une maladie ou la fortune, d’autres, souvent des femmes stériles ou célibataires, s’adressent des vœux de fertilité et d’un mariage attendu qui ne vient pas.
Selon les on-dit, un trio de femmes avait, dans une époque récente, exprimé trois vœux lors d’une descente à cet endroit mystique : la premier demanda la richesse, la seconde exprima le souhait d’avoir une postérité (enfants) et la troisième, un mariage avec un Sultan. Toutes les trois femmes auraient vu leurs vœux se réaliser dans une certaine période.
«Salatoul-Rassoul» est un endroit bien insolite. Son mystère reste entier. Cependant de nombreux tchadiens ignorent son existence alors qu’il se situe à une cinquantaine de mètres de la route Abéché-Biltine intensément empruntée par les voyageurs.
Des adolescents âniers, gardiens du temple !
Lorsque nous visitâmes ce mystérieux endroit le 27 Août 2009, aucune âme n’habitait dans les parages. Seuls quelques enfants perchés sur des ânes nous observaient de loin. Juste après avoir quitté le rocher « Salatoul-Rassoul », nous vîmes les galopins à dos d’ânes se ruer vers le lieu, croyant y trouver des offrandes laissées par notre passage. Nous y fûmes pour notre curiosité et non pour une vénération. Nos jeunes âniers seraient bien déçus de se retrouver bredouilles.
Un trésor touristique ignoré !
Ce lieu mystérieux reste un endroit mal gardé. Une restauration de l’endroit s’impose ainsi que sa mise en valeur pour attirer des pèlerins et des touristes. Les collines et les ravins environnants constituent de beaux paysages pour des trekkings.
Dr Djiddi Ali Sougoudi, Médecin
La petite place de festivité d’Oumchalouba était encore déserte mais il y flottait déjà quelques banderoles et drapeaux. Il était d’ailleurs tôt encore. C’était le 1er décembre 2008, journée de la Liberté et de la Démocratie. Je venais d’arriver, la veille, en provenance de Fada, dans une vétuste ambulance du district sanitaire de l’Ennedi-Ouest. Mission : aller à la rencontre des tchadiens en détresse.
Le gouverneur de l’Ennedi, Ahmat Dari Bazine, m’a demandé d’aller à la rencontre des tchadiens expulsés de la Libye. C’étaient des émigrés tchadiens partis en quête d’un eldorado chez le voisin du Nord. Des tchadiens en infortune dont le parcours était jalonné des morts sans sépultures ni rituels, parmi lesquels une épidémie mal définie semait la mort et la peur.
De l’eldorado à l’enfer
Ils étaient 362 tchadiens entassés dans deux gros-porteurs communément appelés « 26-24 ». Arrêtés et emprisonnés depuis les terres libyennes, puis expulsés, ces compatriotes avait vu leur périple commencé à Maten-el-Serra. Fouettés par le vent, rudoyés par les conditions du voyage, affaiblis et traumatisés, ces fils de toumaï flirtaient avec la mort. La quête d’un eldorado se transforma vite en un enfer : le convoi enterra son premier mort à Ounianga et le second à Bir-Nassara (ou Yigué-Eskyi ou Puits-Neuf) dans les dunes mugissantes au Sud-Est de Faya-Largeau.
Des hommes en agonie autour d’un cadavre
Je quittai Oumchalouba vers 7 heure, accompagné de deux infirmiers, d’un brancardier et deux agents de polices. Les expulsés se trouvaient à 23 km d’Oumchalouba, sur l’axe Oumchalouba-Faya, dans l’enneri de Yiandinga, un oued serpentant dans une immense zone d’erg parsemée de butte de rochers bleuâtres, aux silhouettes de pachydermes. Une voiture de la police tchadienne qui avait escorté le convoi depuis le sol libyen avait pris le soin d’accoster les gros-porteurs en cet endroit pour éviter une dissémination d’une éventuelle maladie au sein de la population locale. Une sorte de mise en quarantaine. Les policiers m’avaient appris que les voyageurs souffraient d’éruptions cutanés, de fièvres et de faim.
Arrivé sur le lieu, je découvris un spectacle insoutenable : des hommes éparpillés çà et là sous des épineux aux ombres radines. Les uns étaient enveloppés dans des couvertures, d’autres recroquevillés sur eux-mêmes, les visages fouettés par un vent poussiéreux, les bouches aux langues saburrales et chargées et aux dents truffées de poussière et de paille. La peau sur les os, corps crasseux et les têtes envahies de tignasses rebelles, ils avaient tous l’allure d’un fauve malade. Regards lointains, attitudes figées, ils étaient sans morale et sans conviction.
Un mort sans sépulture et des vivants sans visages
52 personnes sur 362 étaient sérieusement malades dont 7 hommes étaient dans un coma. Il n’y avait aucune femme parmi les expulsés. Ils étaient pour la plupart originaires du Ouaddaï, de Biltine, d’Arada mais surtout d’Ati et d’Oum-hadjer. Ils avaient entre 17 et 45 ans et étaient tous partis pour la Libye dans l’espoir d’être riches.
La varicelle compliquée des conditions de voyage, de nutrition et de déshydratation constituait la principale cause de leur morbidité. Certains semblaient présenter des symptômes de rougeole (éruptions cutanées, catarrhe occulo-nasale, bronchites…).
Un corps sans vie, inerte, celui de Albeïne Hiréké, se trouvait coucher sous une des voitures, emmitouflé dans une couverture grise. La mort l’avait surpris dans une attitude de sommeil, le bras droit sous la tête, la gauche en flexion du coude et du poignet dont la face externe se reposait sur le sol. Un chapelet était enroulé en double tour sur ce bras qui portait aussi une montre métallique. Il était né en 1974 à Oum-hadjer. Sa mère s’appelait Kaltam Djarad et il était, de profession, éleveur. Il portait de boutons vésiculeux sur la face et son corps était en rigidité cadavérique. Sa mort datait probablement du milieu de la nuit ou de la veille. En tenant compte des lésions élémentaires cutanées, Hiréké serait mort suite à une varicelle ainsi qu’à la suite des conditions du voyage. Selon un des voyageurs, il sortait d’une prison de Bengazi. Ses compagnons ne l’avaient pas enterré faute d’eau. Dans une de ses poches, il n’avait que 30 dinars libyens et ses cartes d’identités tchadiennes (l’ancienne et la nouvelle). Un patrimoine que j’avais remis en main propre au Commandant de brigade d’Oumchalouba. À 14h j’avais ordonné d’enterrer le corps pour éviter une contamination des vivants.
Les autres malades avaient bénéficié des perfusions (Ringer, sérum salé, sérum glucosé) ainsi que d’antibiothérapie (injectables ou orales) selon les cas et les indications. Beaucoup d’entre eux présentaient des symptômes d’atteindre pulmonaires (toux, râles etc.).
J’avais passé toute la journée avec eux, surveillant les malades les plus graves, contrôlant leurs perfusions. Une citerne d’eau leur avait été livrée avec le concours du maire de la ville d’Oumchalouba.
Le soir je regagnai la bourgade d’Oumchalouba et câblai le Gouverneur de l’Ennedi par un thuraya. Altruiste et hautement humanitaire, la haute autorité régionale me laissa accéder à ma demande, celle d’apporter une alimentation carnée à ces tchadiens venus d’une terre où la viande demeurait une denrée rare. Le manque de viande, donc le défaut de protéines, n’était-elle pas une malnutrition, donc une maladie ?
Le lendemain je rejoignis mes patients, accompagnés des autorités (maire de la ville) mais aussi avec une quinzaine de caprins qui furent distribués aux sinistrés.
Un peu dégourdis et délassés, les expulsés m’accueillirent en bon samaritain. Je me précipitai pour réexaminer les comateux mais tous se tenaient sur leurs séants. Ce qui m’avait nourri d’une évanescente satisfaction personnelle. J’ai cru un moment que j’avais sauvé des vies, des vies tchadiennes !
Je découvris aussi que les chauffeurs des gros-porteurs étaient des libyens et ils parlaient un arabe étrange ou peut-être du berbère. Le plus vieux montrait des signes d’impatience teintée d’arrogance. Il prétendait avoir fini sa mission de déposer les indésirables tchadiens sur leur terroir et qu’il pouvait rebrousser chemin.
Les autorités tonnèrent à leur tour et ordonnèrent aux agités chauffeurs de convoyer les expulsés sur Arada. Ce qui fut entrepris le soir du 2 décembre 2008.
Docteur Djiddi Ali Sougoudi
A propos du gagnant
Moussa Yayami Hamid est un diplômé en science politique, en informatique et en Infographie de l’Université de Montréal au Canada. Installé depuis 1998 dans la province du Québec au Canada, il est rentré au Tchad il y a à peine une année à la faveur de l’invitation lancé en octobre 2008 par le Président de la République Idriss Deby Itno lors de sa visite au Canada en marge du sommet de la francophonie. Le Chef de l’Etat Tchadien avait alors invité les diplômés universitaires de la diaspora tchadienne au Canada à rentrer servir le Tchad.
Entreprenant, ce jeune est aujourd’hui le Président, Chef de la Direction de la société IALTCHAD MEDIA & TRADE. C’est un réseau d’Information et de Promotion qui comprend quatre Site Web et un mensuel papier de 32 pages en couleur IALTCHAD MAGAZINE dont il est le Directeur de publication. Le Magazine Ialtchad est la première revue au Tchad à intégrer le nouveau concept triple nord-américain à savoir : Information Générale, Commercial de promotion et People. Aussi, Moussa Yayami Hamid Kodi est le fondateur du Groupe Ialtchad Presse.
Moussa Yayami Hamid Kodi est aussi spécialisé en Publication Assistée par Ordinateur, Nouvelles Technologies de l’Information, et Administration web. Il donne aussi des cours en Infographie, et Internet & création web.
Le logo du cinquantenaire
La carte du Tchad en grandeur nature sur un fond blanc. Cette carte qui porte fièrement les 50 ans d’indépendance est merveilleusement illuminée par le soleil. Voici les signes distinctifs du cinquantenaire de l’accession du Tchad à la souveraineté internationale. Ce logo subtilement conçu a impressionné les membres du jury. La source d’inspiration de l’auteur est bien simple. Il s’agit de l’histoire du pays « je me suis inspiré du Tchad actuel. Il y a une paix retrouvée depuis quelques années grâce à son excellence le Président Idriss Deby Itno. Et cette paix on a vraiment besoin de la gravé quelque part, j’ai trouvé qu’il serait subtile de l’immortaliser dans un logo officiel. »
Le gagnant a une solide expérience dans son métier d’infographe professionnel. Une expérience qui a sans doute pesé dans la balance lors de ce concours de la conception du logo du cinquantenaire de l’indépendance du Tchad. Moussa Yayami a participé et son travail a remporté le prix. Moussa confit une fois de plus que sa fibre patriotique a vibré : « je suis honoré par le choix porté sur mon œuvre pour devenir le logo officiel du cinquantenaire de notre indépendance. Ému encore de servir mon pays le Tchad une fois de plus, car je rappelle, pour ceux qui ne le savent pas encore, que j’ai offert il y a dix ans le premier portail web professionnel à mon pays et encore depuis le 15 mai 2010, je produis Ialtchad Magazine, qui est en fait le premier commercial de promotion et people du Tchad. C’est un magazine papier dédié à la promotion de la culture et des fils du Tchad. Aussi, j’aimerais bien partager cette reconnaissance avec tous ceux ou celles qui croient en ce pays. »
Dans la conception de son œuvre, Hamid Moussa Yayami a bien mit en relief le bilinguisme, les inscriptions sont en Français et en Arabe. L’auteur du chef-d’œuvre est naturellement bien fier de sa création. En guise de récompense pour l’excellent travail abattu le lauréat du concours de meilleur logo du cinquantenaire de l’indépendance du Tchad, a reçu un chèque d’un million de nos francs. Les trois meilleurs logos sur les vingt retenus par le jury du concours du logo sont l’œuvre du même artiste, et les trois prix sont revenus à Ialtchad Media & Trade, institution que dirige l’artiste Hamid Moussa Yayami. Les deux autres prix sont remis pour des raisons protocolaires à ses étudiants. Du coup, Hamid Moussa Yayami entre dans la cours des grands ou plutôt dans l’histoire.
David Madjigoto et Syntyche Mantar (Télé-Tchad)
La rentrée vient d’être officiellement lancée comme à l’accoutumé par les autorités en charge de l’éducation. Mais déjà, quelques parents et élèves n’ont pas attendu que cette date ne soit lancée pour s’inscrire.
Chaque année, les rentrées scolaires sont lancées avec éclats. Pour cela, les établissements privés sont obligés d’attendre la date annoncée pour démarrer les cours. Et donc, s’il se pose un problème de retard, tout le monde tombe sous le coup. Toute fois, certains établissements n’ont pas attendu pour ouvrir leurs portes afin d’accueillir ceux des parents qui veulent inscrire leurs enfants.
Du coté de certains établissements privés, affiches, spots publicitaires, communiqués radiodiffusés, annoncent les couleurs d’une reprise certaines des cours, invitants les parents qu’ils y pensent ou pas, à venir inscrire leurs enfants.
Cependant, la fausse note est que nombre de parents ne se bousculent pas pour inscrire leurs enfants. Les raisons sont multiples. Le contexte socioéconomique ne s’y prête pas. Le salaire des fonctionnaires non plus ne répond face au coût élevé de la vie. Même les prix de certaines denrées alimentaires et de fournitures scolaires ne sont pas à la portée de tous. Dans plusieurs quartiers de la capitale, l’école a disparu, emporté par les eaux de pluies. D’autres sont complètements inondées. Comme tous les ans, la rentrée de cette année ne commence pas seulement sous l’eau, mais elle commence au moment où les parents ne savent à quel saint se vouer à cause de la précarité.
Parmi ceux-ci, certains ne peuvent du tout acheter un stylo à bille et quelques cahiers pour leurs enfants. Le coût de vie étant très élevé, certains parents ont carrément démissionné et se disent incapables de s’occuper de la scolarité de leurs progénitures. Ces complaintes, ils n’en manquent pas, surtout en cette période de préparation des rentrées scolaires où les inscriptions, l’assurance, les tenus et autres besoins relatifs à la rentrée sont obligatoires.
Certes, des partenaires du Tchad en matière d’éducation font d’excellent travail. Toutefois, l’effort de l’Etat tchadien se doit d’être soutenu davantage. D’autre part, on exhibe avec véhémence la gratuité de l’éducation cependant, dans les faits, c’est de la poudre aux yeux. L’enfant a droit à l’éducation, c’est que stipule l’Article 28 de la Convention relative aux droits de l’enfant. En signant l’ordonnance numéro 018/PR/90 du 28 juillet 1990, le Tchad engage sa responsabilité.
L’éducation fait bel et bien partie des priorités du gouvernement. Et tout ce qui se fait ou doit se faire dans ce domaine se doit de retenir l’attention de tous les partenaires, notamment les parents et autres. Mais, malgré ce qui s’y fait, peut-on se demander si, l’éducation connait-elle en réalité des améliorations quantitatives et qualitatives vu la prolifération des établissements scolaires? On dénombre 708 écoles privées et 3500 écoles communautaires au Tchad.
La rentrée scolaire de cette année est apriori un sacré casse tête pour de nombreux parents qui, en plus de leurs propres enfants sont « obligés » de s’occuper de l’éducation des enfants d’un parent défunt ou démissionnaires.
Dingamnaïel Kaldé Lwanga
Le 17 juin dernier s’est ouvert à N’Djamena le premier sommet sur le projet de la “Grande muraille verte”. 11 pays africains de la zone sahélo-saharienne veulent relier par une ceinture de végétation l’Ouest à l’Est de l’Afrique. Ces pays confrontés à des problèmes de désertification et de sécheresse entendent ainsi agir. Pour comprendre un peu plus sur ce grand projet, Ialtchad Presse vous propose une entrevue avec M. Hassan Terap, ministre de l’Environnement et des Ressources aloétiques.
Ialtchad Presse : Expliquez-nous cet ambitieux projet de Grande Muraille Verte (GMV)
Ministre Hassan Terap : La Grande Muraille est certes un projet ambitieux, mais c’est aussi une réponse au défi environnemental. C’est une union des pays membres pour lutter contre le desert, la pauvreté des populations, la dégradation des terres et la restauration de l’écosystème.
Ialtchad Presse : Quels sont les objectifs visés ?
Ministre Hassan Terap : Les objectifs visés sont de couvrir le couvert végétal et animal par une politique de reboisement dans la zone tracée.
Ialtchad Presse : N’est-il pas prétentieux de croire qu’une muraille de 15 kilomètres de largeur peut permettre d’atteindre ces objectifs ?
Ministre Hassan Terap : Évidemment il va falloir d’abord commencer quelque part pour exécuter un projet quel que soit sa taille.
Ialtchad Presse : Au-delà de la tracée sur la carte, pensez-vous qu’il est facile de synchroniser un projet de cette envergure entre plusieurs pays ?
Ministre Hassan Terap : La GMV s’étend sur 7000 km de long et 15 km de large repartie entre 11 pays. Donc, l’agence panafricaine de la GMV créée le 17 juin 2010 à N’Djamena est une structure chargée de coordonner les actions des agences nationales qui sont créées dans chaque pays membres. Le but est d’amener chaque État à s’occuper de sa partie. Par exemple au Tchad la GMV s’étend sur 1010 km de long et 15 km de large de Gueredaye aux confins du Lac Tchad et au nord de hadjar Lamis jusqu’à Guereda au Wadi Fira. Nous devons nous investir pour reboiser cet espace.
Ialtchad Presse : D’aucuns disent qu’il faut près de 20 millions de dollars pour le tronçon tchadien qui est de 100 km. Comment compter le financer ?
Ministre Hassan Terap : Nous comptons réaliser le tronçon tchadien d’abord par la volonté, les ressources humaines compétentes que nous disposons ensuite les efforts du gouvernement et de ses partenaires. La prise de conscience de nos compatriotes, ce dernier temps aux problèmes environnementaux est un atout non négligeable. Aujourd’hui l’un des défis qui est un exemple non de moindre est le Lac Tchad. Le Lac a diminué de superficie, tout ceci est lié aux effets pervers du changement climatique.
Ialtchad Presse : N’est-il pas juste d’investir cet argent dans nos programmes d’action nationaux de lutte contre la désertification qui connaissent mieux les besoins ?
Ministre Hassan Terap : Il est vrai que nous avons de programme d’action nationale de lutte contre la désertification. Je pense à la semaine nationale de l’arbre. Mais ce programme manque de cohérence. Aussi ne dit-on pas que l’union fait la force ? La GMV est un grand programme qui attire le regard du monde entier et peut mobiliser beaucoup des apports extérieurs.
Propos recueillis par Fatimé Mahamat
Le Tchad à l’instar de plusieurs autres pays africains s’apprête à fêter le cinquantième anniversaire de son indépendance. Proclamé le 11 août 1960 par François Tombalbaye (Président de la République); plusieurs changements se sont opérés au cours de ces cinquante années d’indépendance. Le Ministre de la justice garde des sceaux Mbaïlaou Naimbaye Lossimian, grande figure de la vie politique tchadienne, explique dans Ialtchad Presse ses souvenirs et l’opportunité qu’offre cet événement pour unir d’avantage les fils du Tchad. Entretien.
Ialtchad Presse : M. Le ministre, nous voici à quelques jours du 50ème anniversaire de l’accession du Tchad à l’indépendance, quel sentiment éprouvez-vous ?
Ministre Mbaïlaou Naimbaye Lossimian : D’abord je remercie le jeune Média Ialtchad Presse pour l’opportunité qu’il m’offre pour pouvoir donner mes impressions au souvenir inoubliable qui est le 11 août 1960. Personnellement, j’éprouve un sentiment de joie, de fierté parce que cette date-là, le Tchad venait d’être libéré du joug colonial et que désormais la destinée du pays est dans nos mains.
Ialtchad Presse : Vous avez une vingtaine d’années lorsque l’indépendance du Tchad a été proclamée, quel souvenir avez-vous de ce 11 août 1960 ?
Ministre Mbaïlaou Naimbaye Lossimian : En fait, j’ai gardé un grand souvenir de cette date. À l’époque pendant que le Président Tombalbaye proclamait l’indépendance à Fort Lamy, je me trouvais en vacance chez les parents. On a organisé un grand bal au centre culturel de Moundou où ont pris part les fonctionnaires, les étudiants et les forces vives de Moundou. Franchement la fête était belle. Malheureusement un fumeur en voulant allumer sa cigarette à côté d’un fut d’essences a provoqué un incendie et voilà la flamme a envahi tout le centre. C’était la débandade totale, les filles et les garçons se bousculaient pour sortir donc, c’est sauve qui peut. Et Dieu merci moi je suis sorti indemne. Voilà un peu l’événement qui m’a marquée dans la nuit du 11 août 1960 à Moundou.
Ialtchad Presse : Quel est le bilan de 50 ans d’indépendance ?
Ministre Mbaïlaou Naimbaye Lossimian : Faire un bilan de 50 ans d’indépendance au cours d’une entrevue me parait un peu difficile mais globalement je dirais que si le Tchad n’a pas connu les guerres internes, il serait classé parmi les pays en voie de développement ou encore un pays mieux nanti. Malheureusement, le Tchad a été freiné par ses propres enfants, les uns influencés par les puissances extérieures et les autres nourris par des ambitions démesurées et voilà le pays a failli basculer dans le néant. Mais il faut reconnaitre que le Tchad est un pays béni de Dieu. Malgré les évènements qu’a connu le pays à travers les guerres successives de 9 mois en 1980, puis celles d’avril 2006, février 2008 dans la capitale N’Djamena, on constate de nos jours des actions de développement concrètes notamment dans le domaine de l’Éducation, de la santé, de l’agriculture et des infrastructures, etc.
Récemment lors d’une mission à Abéché, il y a eu un grand changement. Je ne suis pas retrouvé, la ville a complètement changé. Je me rappelle en octobre 1960 quand j’étais affecté la bas, la ville n’était pas celle qu’on voit aujourd’hui. À l’époque pour aller à Abéché ou à Sarh, on peut mettre facilement une semaine en route mais aujourd’hui tout a changé. Aussi, en ce qui concerne l’enseignement supérieur nous avons 4 ou 5 universités et plusieurs instituts universitaires alors que par le passé on ne parle que de la seule université du Tchad. Nous n’avons pas des médecins, des magistrats, des ingénieurs, des agronomes aux premières heures des indépendances, mais de nos jours, on en a des centaines. Donc à mon avis, c’est un bilan que je dirais de positif parce qu’il y a une nette avancée dans des domaines divers.
Ialtchad Presse : Êtes-vous d’avis que la célébration du cinquantenaire de l’indépendance est une opportunité pour unir davantage les tchadiens ?
Ministre Mbaïlaou Naimbaye Lossimian : Je pense que toutes les occasions qui militent en faveur de l’unité, la concorde nationale sont pour moi une satisfaction. Dans les temps anciens, le Président Tombalbaye décalait la fête du 11 août en janvier pour permettre à tous les fils du Tchad, c’est à dire les cadres, les chefs traditionnels de se retrouver à N’Djamena pour se parler. Donc pour moi c’est une opportunité à saluer.
Ialtchad Presse : Êtes-vous optimiste quant à l’avenir du Tchad ?
Ministre Mbaïlaou Naimbaye Lossimian : Évidemment, dire le contraire serait un crime de ma part. Non seulement je suis optimiste, mais j’ai toujours été optimiste pour mon pays. Je n’ai jamais baissé les bras devant les perturbations, moins encore devant les difficultés conjoncturelles. L’optimisme est mon credo. À un moment donné, les faibles d’esprit “s’il faut les appeler ainsi” se posaient la question à savoir est-ce qu’on peut sauver le Tchad ? Mais non seulement le Tchad est sauvé, la paix est rétablie et le Tchad est en train d’amorcer son décollage. Que ses fils abandonnent les coups bas, la trahison, l’esprit de gain facile, la conquête du pouvoir par les armes, etc. Le Tchad a toutes les potentialités pour se développer. Nous avons les ressources humaines, naturelles et minérales. J’ai été optimiste, je le suis et je le serais.
Ialtchad Presse : Un vœu pour cette circonstance ?
Ministre Mbaïlaou Naimbaye Lossimian : Mon vœu le plus cher, c’est le renforcement de la paix retrouvée dans l’unité et la cohabitation pacifique grâce à une bonne et véritable justice.
Propos recueillis par Moussa Yayami, Hamid
«...La paix au Tchad ne peut pas être une paix bilatérale. Ce ne sera pas une paix entre le Pouvoir et le MDJT moins encore une paix entre le Pouvoir et la CMAP et il fallait s'y attendre...» Dr Boulada Jean-prospère président de la CMAP/dd
Au cours de la rencontre qui a duré une demi-journée dans le luxueux appartement de son Hôtel au centre-ville de Montréal, le président de la CMAP/dd le Dr Boulada Jean-prospère et sa délégation nous ont reçu chaleureusement. Interroger par ialtchad Presse, le président Dr. Boulada nous a confié que la CMAP/dd est, et reste toujours ouvert de cœur et d’esprit. Car, dit-il, la CMAP/dd a été créé pour relancer la dynamique de paix et de dialogue avec les acteurs de la vie politique tchadienne. Mais il estime que l'exigence de paix et de démocratie, condition sine qua none du développement, exige à son tour des garanties solides et fiables ainsi que l'implication de la communauté internationale et cette tournée Nord-américaine est utile pour cette perspective.
Dans cet entretien, il a bien voulu nous livrer en toute franchise ses impressions, sa vision sur la paix et la démocratie au Tchad, et les problèmes de l’heure. A la tête d’une délégation, Dr Boulada a eu à effectuer plusieurs contacts avec notamment les autorités Canadiennes, quelques ONG et surtout une grande rencontre avec les ressortissants Tchadiens du Québec.
Ialtchad Presse : - Mr le Président, la visite d’un des chefs de l'opposition Tchadienne (CMAP/dd) en Amérique du Nord est un événement important. Peut-on connaître les raisons qui motivent cette visite et ce qui en est attendu?
Dr Boulada Jean-prospère: La CMAP/dd a suivi avec un grand intérêt la récente tournée en Afrique de Jean Chrétien premier ministre du canada en vue de la préparation du sommet de G8. Ce sommet qui s’est déroulé du 25 au 28 juin à Kananaski et présidé par le Canada, a fait un certain nombre de déclarations et pris des résolutions sur le concept du développement durable sur le continent africain. Ce concept intègre nécessairement la démocratie et la paix. Ces résolutions ne peuvent que rencontrer l’adhésion de la CMAP/dd. On se rappelle que c’était dans cette optique que la CMAP originelle avait mis en place une commission baptisée «commission dialogue et paix» présidée par le commissaire aux relations extérieures, le Dr Ley Ngardigal. Cette commission s’était rendue au Tchad en décembre 2001. Les discussions que nous avons eues avec le président de la république et le gouvernement s’inscrivaient dans cette dynamique de paix. Vous pouvez vous référer au communiqué commun CMAP/Gouvernement.
L’exigence de paix et démocratie, condition sinon quo none du développement, exige à son tour des garanties solides et fiables et une implication de la communauté internationale particulièrement en ce moment où après la formation du nouveau gouvernement et l’installation de la nouvelle assemblé, le dialogue entre les différents protagonistes de la crise politique, tchadienne, reste malgré tout bloqué. Le Canada et les usa, dont la contribution, pour la paix dans le monde est très appréciée nous seraient utiles dans cette nouvelle dynamique de paix que la CMAP/dd a voulu relancer. D’où l’objet de ma visite en Amérique du nord placée sous deux angles, politique essentiellement puis professionnel.
Pour ce qui est du volet politique, la CMAP/dd dont j’ai l’honneur de présider la destinée souhaite
1- Rencontrer les autorités politiques du Canada et des usa pour évoquer la contribution de ces deux pays à la reprise du dialogue politique inter tchadien suivi d'une conférence de paix globale.
2- Rencontrer les Ong.
3- rencontrer la diaspora tchadienne.
4- Rencontrer l’équipe ialtchad Presse.
Pour ce qui est du volet professionnel, je suis expert judiciaire près de la cour d’appel de Colmar (France). C’est à dire personne qualifiée pour faire la traduction et l’interprétation d’une langue dans une autre au pénal. En effet je suis traducteur interprète freelance assermenté de russe-français. Je suis membre de la société française des traducteurs (SFT), elle-même membre de la fédération Internationale des traducteurs (FIT). La Fit tient son 16ème (XVI) congrès en ce moment à Vancouver. Et je suis attendu avec une communication scientifique sur le statut des traducteurs interprètes jurés en Alsace et Moselle.
Ialtchad Presse : - Mr le Président, où en êtes-vous de vos contacts avec les autorités canadiennes ?
Dr Boulada Jean-prospère: Dès notre arrivés, nous avons pris contact avec le cabinet du premier ministre Jean Chrétien pour envoyer une demande d’audience, faisant suite au courrier que notre commissaire aux relations extérieures, Dr Ley-Ngardigal lui avait précédemment envoyé. Le cabinet est au courant des contraintes de la durée de mon séjour au Canada. Mais comme vous pouvez le constater, entre le remaniement ministériel et les rencontres programmées avec les personnalités importantes, le premier ministre Mr Jean Chrétien est très occupé. Malgré tout son cabinet nous assure que nous aurons incessamment réponse à notre demande d’audience.
Ialtchad Presse : - Mr le Président, quelle est votre vision de dialogue et paix au Tchad: Paix ou guerre ? Accord de paix du 07 Janvier 2002 entre le MDJT et le pouvoir ?
Dr Boulada Jean-prospère: Manque de pot, la délégation de la Commission Dialogue et Paix qui s'était rendu au Tchad, avait refusé de considérer son acte politique posé au Président de la République et à son Gouvernement comme relevant d'un jeu ou d'une simple opération médiatique en signant le communiqué conjoint CMAP-Gouvemement et en acceptant l'invitation du Président de la République d'aller à Komé, malgré les oppositions des cadres du FNTR, démontrant par-là que leurs pieds étaient dehors par rapport à l'acte politique que nous avons collectivement posé. Deuxième raison: celle-ci est la plus importante qui différencie fondamentalement la CMAP/dd de la CMAP/FNTR. Ce n'est pas par ce que la Commission Dialogue et Paix de la CMAP est allée au Tchad remettre son projet de Paix globale et discuter avec le Président de la République que cette Commission, par, un tour de passe-passe magique, était devenue amnésique au point de ne plus reconnaître qu'il y a des foyers de rébellion au Tchad et donc des problèmes politiques. C'est la raison pour laquelle la Commission Dialogue et Paix avait négocié durement avec le pouvoir pour admettre dans un texte juridique que l'abandon de la lutte armée au Tchad, ne pouvait être la conséquence d'une paix globale de tous les protagonistes assis autour d'une même table. À l'époque quand nous étions au Tchad, nous avions pensé au MDJT, nous avions pensé aux autres politico-militaires opérant ou non sur le terrain ou qui sont en exil. Quand vous faites une analyse de la situation socio-politique et économique du Tchad et que vous vous demandez ce que les fils de ce pays sont capables de lui offrir, vous avez le cœur gros comme une patate.
Le Tchad, après plus de quatre décennies d'indépendance, regorge de cadres techniques et scientifiques de talent. Mais pour des raisons de paix introuvable, la plupart sont pris en otage en exil. C'est pourquoi, pour nous, il faut d'abord créer les conditions d'une paix globale. Pour reprendre l'expression du Président de la République, que les fils du pays se retrouvent et mettent ce qu'ils ont proposé «dans la balance: on pèse le pour et le contre et on prend ce qui est utile pour le pays», avant de proclamer solennellement l'abandon de la lutte armée. C'est ce que l'ancienne Commission Dialogue et Paix avait réussi à obtenir du pouvoir. La paix au Tchad ne peut pas être une paix bilatérale. Ce ne sera pas une paix entre le Pouvoir et le MDJT moins encore une paix entre le Pouvoir et la CMAP et il fallait s'y attendre : l'accord de paix cadre entre le MDJT et le Pouvoir scellé le 7 janvier 2002 à Tripoli ne pouvait que faire long feu. Pourquoi ? En dehors des raisons multiples dont les explications seront longues à développer, nous dirons qu'il-n ‘y a pas de confiance entre les deux parties et le syndrome des évènements de février 1979 (guerre civile provoquée par un Premier Ministre contre le Président de la République), ne pouvait que durci les positions et faire voler en éclat cet accord entre l'exigence de l'intégration dans l'armée dite nationale des éléments du MDJT et la formation d'un gouvernement de transition.
Le MDJT a pris les armes pour combattre l'injustice. Depuis, ces combattants et cadres ont payé un lourd fardeau pour cet engagement et courage légendaire que nous leur concédons. Mais ce n'est pas par ce que les autres Tchadiens n'ont pris les armes qu'ils ne pensent pas moins aux voies et moyens pour établir un Etat de droit véritable au Tchad, c'est-à-dire la paix, la justice et la démocratie. Cette tendance qui consiste à décréter à un parti ou à mouvement la respectabilité politique par un rapport de force militaire qu'il maintient sur le terrain et à considérer l'autre qui ne fait usage de la violence comme une entité négligeable, est une tendance qui fait l'apologie de la violence. Il est vrai que ceux qui ont décidé de la conduite de la guerre et de la lutte armée, ont peu réfléchi aux conséquences mais aux causes. Les conséquences qui sont tout de même des vies humaines sacrifiées et la destruction des infrastructures socio-économiques, la pose des mines anti personnelles, valent-elles les causes nobles, soient-elles, qu'on peut négocier. Pour négocier, il faut que les intérêts des uns et des autres soient préservés ou trouvent un compromis. Autrement, nous n'arriverons jamais à faire sauter les verrous de la négociation. Nous ne pouvons que pousser les protagonistes du conflit dans leurs derniers retranchements par une intransigeance et un jusqu'auboutisme suicidaires pour eux-mêmes et pour le peuple. Il n'y a pas que des Tchadiens qui font l'apologie de la violence. Certaines chancelleries occidentales vous tiennent le discours similaire alors qu' elles sont les premières à mobiliser tous leurs moyens d'information de masse pour vous discréditer d'avoir utilisé la violence dans votre conquête du pouvoir. Or l'apologie de la violence dans l'histoire du Tchad, est une catastrophe. Alors le moment est venu pour la nouvelle génération d'hommes et de femmes Tchadiens de voir autrement la politique. Quand nous faisons de tel raisonnement, les mêmes chancelleries n'ont fait qu’acquiescer que nous avons raison. C'était le sens de la démarche de la CMAP dont sa Commission Dialogue et Paix a rencontré le Président Idriss Deby en décembre 2001 à N'Djaména. Tous les problèmes posés par le MDJT à savoir la formation d'un gouvernement de transition, la réforme de l'armée et des institutions de la République, sont réels. Mais cet accord ne marchera pas par ce qu'il est bilatéral. Au niveau de la CMAP/dd, nous n'avons de cesse de répéter que si accord, il y a, il doit être global d'un accord. Un accord de paix global concerne tous les acteurs de la vie politique tchadienne, la société civile et les ADH. Un tel cadre qui fera appel de témoins aux institutions internationales à savoir la naissante l'UA et l'ONU et des observateurs internationaux et illustres personnalités tel que Nelson Mandela, est une garantie sûre au Président Idriss Deby que l'application de cet accord de paix global par un gouvernement tchadien quel qu' il soit, que ce soit celui de la transition (à former après l'accord de paix global) ou celui qui sera issu des élections libres organisées par le gouvernement de transition, ne le poursuivra pas pour complicité de tortures et crimes de Hissein Habré. C'est uniquement à ces conditions qu'on ferra sauter les verrous de la paix introuvable au Tchad. Sur l'exemple de l'Afrique du Sud, nous pensons qu'il n'y a pas des problèmes que les Tchadiens ne peuvent pas négocier pour avoir la paix.
Pour la CMAP/dd, c'est dans les phases préparatoires de cette conférence de paix globale qu'on élabora la plateforme du gouvernement de transition. Le gouvernement de transition ne sera pas un gouvernement déjà connu dans l'histoire du Tchad. C'est un gouvernement spécial dont le contour va être balisé pour éviter les dérives qu'a connues le Tchad. Il doit définir ses relations avec le pouvoir exécutif (statut du Président de la République) législatif et judiciaire.
Ialtchad Presse : - Mr le Président, quelle est aujourd'hui le rapport de force à l’échelle nationale et international ?
Dr Boulada Jean-prospère: Je schématise les données la France est avec idriss deby, les usa sont avec idriss deby, les institutions financières internationales (BM) sont avec idriss deby, les consortiums sont avec idriss deby. Ajouter à cela, le fait que le 11 septembre ne permet pas à la lutte armée d'avoir un écho favorable.
- L’opposition politico-militaire dans son ensemble est divisée car elle s’enfonce dans des querelles de leadership
- N'en parlons plus de l’opposition intérieur démocratique.
Chers compatriotes. Nous sommes entre nous. Et nous pouvons parler à cœur ouvert. Ce que je vais vous dire, beaucoup le savent déjà. Notre pays est un enjeu international principalement pour sa richesse mais aussi pour sa position géopolitique. On a dit et répété que le développement d’un pays ne peut se concevoir sans démocratie. Or notre pays a fait l’objet de deux hold-up électoraux successifs.
Ialtchad Presse : - Mr le Président, quel sentiment vous inspire l’abandon de la lutte armée par le FNTR ?
Dr Boulada Jean-prospère: Le FNTR est un mouvement qui se dit politico-militaire et revendique à son actif 400 combattants opérant à l'Est du pays. Quelle est la réalité de son rapport de force militaire sur le terrain ? Nous ne le savons pas pour ne pas dire inexistant. Entant que mouvement signataire du Protocole d' Accords portant création de la CMAP, le FNTR est libre de ses activités politiques par rapport au choix des formes de lutte et de sa stratégie pourvu que celles-ci ne portent pas atteinte ou ne nuisent à la Coordination dans son ensemble. Or la Coordination a connu une longue période de crise par la faute des cadres dirigeants du FNTR et la CMAP originelle s'est muée en CMAP/dd dont les membres m'ont honoré de leur confiance pour me nommer à la Présidence. L’autre groupe, est justement celui que nous avons qualifié de CMAP/FNTR.
Donc, l’abandon de la lutte armée par le FNTR, pour revenir précisément à votre question, est pour la CMAP/dd, un non-événement. Pour plusieurs raisons. Première raison : D'abord, ce n'est pas au 6ème Congrès que le choix de cette stratégie anime les dirigeants du FNTR. Déjà au 5ème Congrès la question cogitait leurs esprits, ce qui se reflétait dans leurs déclarations publiques. Eh bien, dans ce cas il faut joindre l’acte à la parole. Pour nous, quand on pose un acte politique, il faut le suivre jusqu' au bout. Et vous allez le comprendre dans notre démonstration que l’acte posé par les cadres du FNTR se résume à un pied dedans, un pied dehors. C'est ainsi que l'acte d'une proposition du dialogue avec le pouvoir, a été considéré par les cadres du FNTR comme une opération médiatique.
Ialtchad Presse : - Mr le Président, si on peut revenir un peu en arrière, quelle place laissez-vous à vos anciens frères d’armes, la CMAP/FNTR comme vous la qualifiez?
Dr Boulada Jean-prospère: Permettez-nous Mr Brahim d'être peu loquaces à ce sujet. Nous avons définitivement tiré un trait sur notre passé. Cela se comprend car nous n’allons pas éternellement trimbaler derrière nous nos vieilles casseroles ce n’est pas du tout péjoratif l’expression «vieilles casseroles». Nous ne visons pas quelqu’un ni un mouvement politique en particulier. Les vieilles casseroles pour nous sont :
- Les incompréhensions
- les interprétations tendancieuses de notre initiative du dialogue et de paix
- les querelles de leadership
- les crocs-en-jambe ou peaux de banane intentionnellement posées sur nos chemins.
- Les discussions interminables sur des questions de forme alors qu'il est plus utile pour le pays de discuter sur des problèmes de fond. Il appartient à tous ceux et toutes celles qui sont rompus à cette vision anachronique de nous rejoindre dans cette nouvelle dynamique de paix.
Ialtchad Presse : - Mr le Président, Ialtchad Presse pour vous en quelques mots ?
Dr Boulada Jean-prospère: Ialtchad Presse est un des sites tchadiens les plus performants, transcendant, faut-il le rappeler les clivages. Ialtchad Presse apporte à sa manière sa pierre à l’édification du Tchad, pour ces mines d’informations sur son site, cette tribune du débat d’idées et du débat contradictoire, permettant aux tchadiens de la diaspora de s’extérioriser à défaut d’influer sur le cours des évènements au Tchad. Ce qui, en soit, est déjà une thérapie du groupe, dans ces pays d’exil, où, en dépit de leur hospitalité légendaire, vous rencontrez des frustrations de toutes sortes. Ialtchad Presse contribue à la sainteté d’esprit de nos ressortissants et le Tchad a besoin de ses fils sains d'esprit, et Ialtchad Presse y est pour beaucoup.
Ialtchad Presse : - Merci Mr le président et bons séjours en Amérique du Nord
Dr Boulada Jean-prospère: C'est moi qui vous remercie
Interview réalisée par Brahim Wardougou
Le Secrétaire aux Affaires Étrangères Adjoint, Chargé de l’Afrique Rapporteur Général de la Commission de Réconciliation Nationale du MDJT Mr NGARO Ahidjo Ahmadou après avoir nous parler de son mouvement, s'est montré optimiste en la réalisation de l'Accord du 07 Janvier 2002 lors d’une interview accordée à Ialtchad Presse. Par ailleurs il a souligné la nécessité pour les Ialtchad d'assumer désormais leur avenir et demande à ces derniers de se souder les coudes sans considération de confession, ethnie, région, tribu ou coterie donnée...
Ialtchad Presse : - Vous êtes Secrétaire aux Affaires Extérieures Adjoint, Chargé de l’Afrique, Rapporteur Général du MDJT, principale rébellion tchadienne, parlez- nous brièvement de ce Mouvement et de ses projet de société et programme.
NGARO Ahidjo Ahmadou : Il n’y a pas longtemps encore, le langage des armes passait pour être la panacée à nos incuries. N’ayant pas d’autres voies de recours, une infime poignée de patriotes s’inscrira dans la même logique pour combattre la misère, la pauvreté, l’injustice, l’insécurité et l’asservissement qui sont le lot quotidien du peuple tchadien… La légitimité de ces revendications finira par faire des émules dans toutes les couches sociales du pays. Ainsi sera né le MDJT sur les traces Tibestiennes des premières rébellions que le Tchad a connues…
Le nombre infime des combattants et la précarité des moyens disponibles en ce moment- là donnèrent à plus d’un, l’impression d’une aventure de très courte durée. Mais, hélas ! Puisqu’on n’en tînt pas compte, la triste saga des chaînes montagneuses du Tibesti se répéta : En effet, ce relief accidenté a toujours offert une couverture militaire de choix au premier combattant qui y prend appui. Depuis les années 60, cette logique a prévalu : Des groupuscules de rebelles dépourvus de tout ont ainsi pu venir à bout des Armées les mieux équipées…
Comme il est d’usage au Tchad, la sagesse ne surviendra malheureusement qu’après accumulations de pertes variées... Le statu quo enregistré de part et d’autre, le contexte international défavorable à l’acquisition du pouvoir d’Etat par la force et l’appel des Chefs d’Etat des pays membres de la CEN-SAD aidant, des pourparlers furent amorcées en Décembre 2001 entre les belligérants... Un Accord de Paix verra jour le 07 Janvier 2002, sous la Médiation Libyenne et grâce aux efforts personnels du Colonel KADHAFI, Guide de la Révolution d’Al- Fatah. Du coup, le MDJT, jadis Mouvement armé en lutte, opéra une pleine métamorphose politique.
Le Congrès qui s’est tenu du 11 au 20 Décembre 2001 à Sebha (Libye), a doté le MDJT des Statuts, Règlement Intérieur et Programme Politique ; des structures crédibles en sortiront et des cadres nommés à divers postes de responsabilité… Ces Textes de Base sont, quant à eux, fondés sur des convictions profondes dont la première source part du constat ci- après : Le Tchad est devenu un vaste cimetière tant pour enterrer ses milliers de martyrs que pour ensevelir des projets de société les plus affinés, étouffés prématurément dans l’œuf parfois du fait de leur aspect un peu trop vague et sans commune mesure avec la réalité de tous les jours…
Partant, le MDJT met en avant-garde son sigle pour élaborer le projet de société qu’il se propose de gérer en partenariat étroit avec le peuple : Démocratie et Justice qui en sont les points cardinaux suffisent à traduire les vœux chers de tous les Tchadiens...
Hormis les fonctions régaliennes classiques de l’Etat sur lesquelles repose ce projet de société, je m’en vais de manière ramassée vous en donner quelques grandes lignes. Il est axé principalement sur l’Unité Nationale : Le Tchad est UN et Indivisible ne doit plus être une simple rengaine… Ce slogan doit se traduire par des mesures sociales pratiques et courageuses telles que : L’incitation aux mariages mixtes, les brassages des populations, la cohabitation saine entre éleveurs et agriculteurs, la recomposition pluriethniques et multiconfessionnelles des quartiers urbains…
Le 2ème credo de ce projet de société est l’application au Tchad du principe de l’homme qu’il faut à la place qu’il faut : Que le rabotage de bois revienne au menuisier, la réparation de véhicule au mécanicien… Que le médecin ne soit plus détourné de son bistouri pour se voir confier la tâche d’entretenir les installations électriques...
Cela dit, le MDJT est d’obédience Sociale- Démocratique, Libérale et Individuelle. Il met un point d’honneur sur l’épanouissement de l’individu qui est gage de l’épanouissement de la Nation toute entière…
Par ailleurs, la politique qui est une remise en cause permanente de soi, exige des stratégies qui s’adaptent aux sociétés humaines, que l’on sait, sans cesse changeantes … Étant entendu que l’ère des dogmes et des doctrines figées est à jamais révolue, on ne peut classer le MDJT ni dans une Gauche Statique, ni moins encore dans une Droite Classique… Les idéologues et autres penseurs du Mouvement ont, dès à présent, le devoir de définir une voie assez originale qui pourrait, pourquoi pas, prendre la forme d’un Centre Gauche/Droite. Cette synergie aura la particularité de puiser aux différentes idéologies tout ce qu’elles ont de positif…
Très sommairement, voilà ce qu’on peut déjà retenir du MDJT. Toutefois, il suffit de se rapprocher des services compétents du Mouvement pour de plus amples informations. Dans le même ordre d’idées, un Site Internet spécial sera prochainement consacré à la question...
Ialtchad Presse : - On peut constater des divisions au sein du MDJT à travers les différents Communiqués émis. En tant que Secrétaire aux Affaires Extérieures Adjoint, Chargé de l’Afrique, comment percevez-vous ces querelles intestines qui semblent aujourd’hui secouer le MDJT ?
NGARO Ahidjo Ahmadou : Tant que les Textes de base et les Organes statutaires du Mouvement restent en vigueur, le MDJT vit ! Il n’y a donc pas lieu de paniquer parce que des râles sont notables par-ci, par-là pour annoncer la fin prochaine d’une certaine politique- prestidigitation.
Néanmoins, si dans un Mouvement de lutte ou dans toute autre Organisation humaine apparaissent des divisions ou des confusions, la sagesse recommande de rester souder aux normes régissant son milieu d’attache : De ce fait, les croyants iront automatiquement vers leurs Livres Saints ; les Militants modèles se dirigeront tout naturellement vers les Textes de Base qu’ils ont approuvés par applaudissements nourris. Quelques soient les Communiqués, leur sérieux ne peut s’apprécier que par rapport à l’identité de leurs auteurs. Pour le reste, les Textes de Base du Mouvement sont là pour faire la part des choses...
En effet, le MDJT est loin d’être une Organisation Monarchique où des postes s’héritent par affinités ethniques, claniques, confessionnelles ou régionales… Fort heureusement, la dernière lettre du sigle ‘’M.D.J.T’’ conforte plus d’un patriote convaincu dans la mesure où elle s’adresse bel et bien au Tchad dans sa dimension la plus nationale et non à une coterie donnée.
Pour ainsi dire, en l’absence du Président, l’Article 5, Alinéa 5 B du Règlement Intérieur du MDJT dispose : «Ils (mis pour les deux Vices Présidents) sont élus par le Congrès, en même temps que le Président pour une durée de trois (03) ans… Ils assistent celui- ci et le remplacent en cas d’empêchement, dans toutes ses attributions, selon leur ordre protocolaire… ».
Sur la même lancée, des Porte- Paroles sont chargés des relations publiques au sein du Mouvement et un Rapporteur Général pour assurer le relais au niveau de la Commission de Réconciliation Nationale : En quoi est- ce que ces attributions statutaires incomberaient- elles à d’autres individus, si ce n’est que pure diversion ?
Nous autres n’avons foi qu’aux dispositions des Statuts et Règlement Intérieur du Mouvement qui prévoient la tenue d’un Congrès Extraordinaire pour pourvoir aux postes vacants et amender, au besoin, les Textes de Base.
Les Communiqués abracadabrantesques distillés ces derniers temps sont caractéristiques de ce qu’on qualifierait d’esprit- Petit- Combattant- Tchadien. Nous espérons tous que le Congrès en vue donnera bien lieu à une lutte active contre ce phénomène dont la survivance serait, à terme, préjudiciable tant à la cohésion interne du Mouvement qu’à l’ardeur de ses nombreux partisans. Prétendre défendre les idéaux du MDJT suppose se conformer à l’esprit et à la lettre et non instrumentaliser ses textes !
Ialtchad Presse : - La perspective de la tenue du dialogue entre le MDJT et N’Djamena, notamment l’Accord du 07 Janvier 2002 de Tripoli, a semblé porter beaucoup d’espoirs… Près de un an plus tard, où en est- on ?
NGARO Ahidjo Ahmadou : Un processus de négociation est comparable à un verger qui ne se récolte qu’avec le temps, c’est -à- dire une fois les fruits arrivés à maturité… En bons jardiniers de la paix, les trois parties impliquées dans ce processus de négociation (Gouvernement du Tchad, Libye et MDJT) ont mis le temps qu’il fallait pour pouvoir, enfin, parvenir à un exemple de réconciliation réussie… Les précipitations et autres arrangements de façade ne donnent que fruits verts ou Accords sans lendemains… Alors, la colique ou les gueules- de- bois sont légion.
De notre part, personne n’a jusque- là failli dans la mesure où la phase capitale du processus a été franchie il y a 12 mois environ. L’Accord du 07 Janvier 2002 qui en est une bienheureuse consécration, dispose en son Article 8, je cite : «La formation de trois Sous- Commissions Techniques (Politique et Juridique, Militaire et de Sécurité, et Socio-économique) chargées de rédiger les détails du présent Accord dans un délai n’excédant pas deux mois à partir de la date de sa signature… ».
Ce qui a été fait dans les limites du temps imparti. Cette reprise a donc permis d’aborder les modalités pratiques dudit Accord. Ainsi donc, sur les 10 points que le MDJT a eu le mérite de faire adopter, un seul a fait l’objet de blocage… Mais en dépit de ce parcours sans faute, des avis tatillons se sont manifestés dans nos rangs. Il fallait donc recourir au vote pour trancher. Le Procès- Verbal N°001 du 24 Avril 2002 est éloquent à ce propos : 90% des voix exprimées font abstraction du Poste de Premier Ministre exigé par certains des nôtres…
Mais, comme il s’agit de poser des actes de portée historique auxquels le Peuple tchadien fonde tout son espoir, le MDJT était tenu d’en informer d’abord sa base… Le Communiqué Conjoint du 04 Mai 2002 signé par la Partie Gouvernementale et le MDJT convient de cette nécessité impérieuse ; interaction qui a, d’ailleurs, été saluée par la Libye, Partie Médiatrice.
Entre temps, beaucoup d’eau a coulé sous le pont, vous me direz non sans raison : Citons la mort de Youssouf Togoïmi et les accrochages de Faya, Fada… Mais, il n’en demeure pas moins aujourd’hui que les conditions aussi bien objectives que subjectives de faire une paix juste et durable sont plus que jamais réunies…
La reprise des négociations ne visera plus qu’à faire la volonté de la majorité ci- dessus exprimée, c’est- à- dire céder sur le dernier point qui fait obstacle ; ensuite, passer à la finalisation de l’Accord du 07 Janvier 2002. Cette phase d’application aurait mérité qu’on s’y attarde beaucoup plus que tout autre chose : Car négocier, c’est aussi savoir lâcher du lest lorsque votre vis- à- vis a tout concédé ! Autrement dit, on court le risque de verser dans l’irrationnel destructeur… Ce qui n’est de l’intérêt de personne, ni moins encore de celui du peuple qui en a marre des tergiversations politiciennes !
Ialtchad Presse : - Selon vous, qu’est- ce qui peut motiver le MDJT à signer l’Accord du 07 Janvier après 4 années de lutte armée ?
NGARO Ahidjo Ahmadou : Les appels concomitants de paix lancés par le Président Tchadien, le Guide Libyen et les Chefs d’Etat membres du Conseil Présidentiel de la CEN- SAD semblaient si sincères que nul n’avait plus de raison de rester indifférent...
En acceptant cette offre de dialogue et de paix, le MDJT a prouvé combien sa lutte ne vise autre objectif que l’intérêt supérieur de la Nation : L’instauration au Tchad de la Justice qui est l’égalité de tous devant la Loi, la Démocratie qui est le pouvoir du peuple pour le peuple et par le peuple, est le but de notre lutte. Par conséquent, le MDJT est prêt à toute option pouvant éviter le drame à notre peuple qui nous est si cher.
Ceci étant, après le temps de guerre qui lui a permis de revendiquer des droits légitimes, le MDJT s’inscrit dans une logique de paix maintenant que ses idéaux, c’est- à- dire celui du Peuple, peuvent être défendus autrement...
Ialtchad Presse : - Et si le dialogue avec N’Djamena échoue, quelle serait votre dernière option ?
NGARO Ahidjo Ahmadou : À mon avis, le dialogue est l’art de la patience et de la mesure ; c’est aussi la valse des propositions et contre-propositions… Lorsqu’un blocage survient, ce qui est courant, il suffit de convenir d’une suspension opportune afin que chaque partie fourbisse ses arguments, voire calmer ses nerfs… Davantage de dialogue est la solution miracle quand on reprend des négociations qu’on croyait perdues d’avance !
Cette sagesse a prévalu lorsque, pour une question de poste de Premier Ministre difficilement accessible, les parties en présence ont ajourné les travaux en Sous- Commissions pour permettre que des consultations aient lieu au niveau des bases respectives… En d’autres termes, nous sommes encore loin de la probabilité d’échec.
Ialtchad Presse : - Imaginez un scénario conduisant votre Mouvement au pouvoir, quelles seraient vos priorités au plan de la reconstruction socio-économique du pays ?
NGARO Ahidjo Ahmadou : Le MDJT au pouvoir, c’est la victoire du peuple parce que c’est lui qui, bravant les dangers les mains nues, a pris la déterminante décision de s’ériger contre des pratiques de gouvernement datant, pour la plupart, des heures ténébreuses de l’indépendance…
Pour ce qui est du modèle de notre régime, nous partons de ce postulat : Aussi vertueux que soient les concepts comme Démocratie, Économie, Capitalisme ou, que sais- je encore…, que représentent- ils concrètement dans le vécu quotidien du Tchadien moyen… ? Un pays sortant de loin comme le nôtre a davantage besoin de projets détaillés, programmés, chiffrés et réalistes… Il n’a que faire de ces agencements de textes prêt-à-porter d’importation dont a coutume de gaver le bas-peuple…
En tant qu’émanation de la Base, le MDJT marque la différence en proposant à son mandataire, c’est- à- dire le peuple, un programme et un projet de société qui l’aideront à s’assumer en toute souveraineté afin de mieux répondre aux exigences de la globalisation et de la mondialisation où la bataille des compétences est reine…
Moins lettré et ayant sûrement mieux à faire ailleurs, le bas- peuple a besoin de comprendre, par exemple, les indices sur lesquels d’aucuns se fondent pour calculer son SMIG, fixer les prix, voire répartir les revenus de l’Etat ; son pouvoir d’achat devant s’apprécier au panier de la ménagère, la Sécurité se jaugeant à partir des cohabitations harmonieuses dans nos villes et campagnes… Par voie de conséquence, on doit cesser d’assimiler le peuple à cette notion vague et abstraite qu’on applique généralement aux foules d’indigents qu’on mobilise de manière circonstancielle pour applaudir n’importe quoi ou voter n’importe qui…!
En faisant de la restauration de l’autorité de l’Etat, la défense des Droits de l’Homme, le rétablissement de la Justice Sociale et la Sécurité son cheval de bataille, le MDJT touche du doigt les fondements mêmes d’un Etat de Droit qui prend sous d’autres cieux l’appellation de communisme, Socialisme ou libéralisme… Mais au Tchad, particulièrement, il s’agit d’exister tout d’abord comme un Etat moderne dans le concert des Nations civilisées…
Réussir ce pari, c’est offrir un terrain fertile à l’éclosion socio-économique nationale. Mais pour l’heure, combattre l’esprit- petit- combattant- tchadien qui empoisonne les rapports humains, crée la méfiance entre les composantes sociologiques nationales, bloque la croissance et retarde le développement est la première des priorités. C’est ce à quoi le MDJT entend s’attaquer inlassablement s’il accède au pouvoir !
Ialtchad Presse : - La classe politique tchadienne, l’opposition en particulier, piétine toujours lorsqu’il y a lieu de négocier avec le Gouvernement en place : Hier, c’était l’effritement de la CMAPP ; aujourd’hui, tout laisse croire qu’il y a division au sein du MDJT… Quelle est votre analyse sur ce problème ?
NGARO Ahidjo Ahmadou : Il y a toujours eu des nombreux non- dit en ce qui concerne les piétinements notables dans les négociations entre le Gouvernement et l’opposition tchadienne… Qu’est- ce qui a bien pu être dit, quels engagements ont été encore pris sur le dos du Peuple…? Et ces pactes secrets…?
A ces multiples interrogations, le peuple a besoin que les signataires des différents Accords, aujourd’hui désuets, puissent répondre un jour. Alors, jaillira la vérité pour établir les responsabilités exactes des échecs successifs… Mais avant que chaque partie ne se prononce clairement, je me refuse à des jugements hâtifs par respect pour la Démocratie et la Justice telles que prônées par notre Mouvement !
En revanche, j’ai été de ceux- là qui ont enfanté la CMAP; mais je fus un faux père puisqu’on m’a seulement annoncé la naissance de l’enfant sans qu’une fois je n’aie rencontré sa mère… Je suis sûr que beaucoup de fondateurs présumés se reconnaîtront à travers cette métaphore ! C’est dire que la barque a pris de l’eau au départ : Il va sans dire qu’on ne peut que tourner en rond en dépit des efforts louables consentis par une nouvelle classe de dirigeants du Mouvement…
Les organisations de l’opposition comme ceux du pouvoir, sont des entités publiques qui exigent transparence, probité et loyalisme dans leur conduite. Toute gestion opaque et partisane ne génère que dissonance de cloches, voire dispersion dans les rangs…
Jusqu’à preuve du contraire, le MDJT n’a pas encore atteint ce seuil. Le phénomène des alliances, mésalliances, trahisons et autres attaques personnelles est, à mon sens, lié à un état d’esprit propre à une catégorie de spécialistes de la géométrie variable. En dépit de la disparition de son Président et des sautes émotionnelles notables ici et là, le MDJT fait, quant à lui, son petit bonhomme de chemin.
Ialtchad Presse : - Quelles Observations faîtes-vous de l’opposition tchadienne en général, armée et politique en place ?
NGARO Ahidjo Ahmadou : Parler d’opposition politique ou armée, m’amène à poser un regard critique sur l’arène politique nationale dans son ensemble : En effet, le commun de nos concitoyens en sont encore à se demander qui s’oppose et qui dirige réellement au Tchad ; sachant qu’on est plus opposant dès lors qu’on défend un programme politique et un projet de société qui sont la goutte jumelle de celles appliquées par le régime au pouvoir ; de même qu’on l’est moins lorsque le soir, on arpente les couloirs du pouvoir pour percevoir salaires de ses collaborations occultes… De l’autre côté, un régime issu des consultations démocratiques rentre en opposition contre lui- même dès lors qu’il viole le programme et le projet sur la base desquels il a été élu…
Que dire de ces caciques qui s’opposent aujourd’hui pour la simple raison qu’ils sont tombés en disgrâce… ? Et, ces aigris- là qui contestent pour un oui ou un nom sans jamais rien proposer de concret… ? Et, ces Souverains qui répriment la Vérité et la Raison par pure envie de nuire… ?
C’est la confusion au niveau de la classe politique nationale qui se trouve être constituée par deux extrêmes alors qu’aucune conviction nationale ni différence doctrinale de fond ne l’explique : Combien sommes-nous, de ces Organisations politiques à nous réclamer de la Sociale- Démocratie, du Socialisme ou du Communisme…? Combien sommes-nous réellement à agir en vrais démocrates dans nos vécus quotidiens, pratiques professionnelles ou militantes… ?
A force de créer des contradictions là où il y en a le moins, l’intolérance, la suspicion maladive, la violence aveugle nous détournent des lucides analyses des données dont a besoin tout homme politique… Ainsi, la politique qui est l’art de joindre les impondérables devient au Tchad, l’art de multiplier les inconséquences et les intrigues, de marquer les divisions et les délations…
L’absence de dialogue rassurant, l’incapacité pour chacun d’amorcer le premier pas salutaire et sincère vers l’autre, traduit la morosité de la scène politique actuelle : Tout y est désuet, sans aucun attrait pour l’électorat parce que tant la majorité que l’opposition sont en panne de stratégies crédibles de sortie de crise…
Faute de faire dignement face à cette triste réalité, l’opposition s’enlise chaque jour un peu plus, présentant, à de rares exceptions près, des colorations variées : Opposition de façade ou de mode ; de plaisance ou de saloon ; de jour ou de nuit ; sous-marine, spatiale ou souterraine ; opposition du ventre ou du bas- ventre ; rampante, couchée, assise, debout ou jouissive, tout court…
En tout état de cause, qu’elle soit velléitaire ou active, l’idée de s’opposer est en soi noble ; mais à la condition qu’elle soit constructive. À ce chapitre, il n’est pas déraisonnable d’avouer qu’une opposition radicale n’a jamais servie une alternance démocratique responsable au pouvoir !
En résumé, le plus grand ennemi de l’opposition, il faudrait se résoudre à le retrouver dans ses propres rangs ! Par contre, une majorité habile a toujours su en faire un bon rempart… !
Ialtchad Presse : - Dans votre dernière mise au point, vous parlez d’une mission du 2ème Vice-Président ADOUM TOGOÏ ABBO, au lieu d’une arrestation… Si c’est le cas, quel était le but de sa mission et dans quelles conditions s’est- elle déroulée ?
NGARO Ahidjo Ahmadou : Tout est parti de la reprise des négociations : Comme je l’ai dit plus haut, les travaux en Sous- Commissions consistaient à rédiger les modalités pratiques de l’application de l’Accord du 07 Janvier 2002… Vous convenez que cette phase n’est pas sans drainer des passions…
Butés sur le 10ème point relatif au poste de Premier Ministre, il a été convenu, après vote, de s’en remettre à la base militaire pour trancher. L’expression démocratique qui s’en est suivie a démontré que les décisions du Congrès primaient sur des consultations de routine… Cette lecture pourtant sensée a fait l’objet de toutes les extrapolations…
De réunions élargies en concertations restreintes, l’idée d’informer au lieu de consulter la base fut admise. Une Délégation de la Commission de Réconciliation Nationale conduite par son Président, le Général ADOUM TOGOÏ ABBO, en était chargée à travers les différentes positions du MDJT.
A la surprise générale, celui- ci et le défunt Président étaient plutôt attendu pour d’autres choses : Le premier devait répondre des chefs d’accusation qui pesaient sur lui…Alors que le second avait à justifier cette accusation… En effet, chacun des deux Présidents présentaient l’Accord du 07 Janvier 2002 sous l’angle qui convenait le mieux à ses aspirations… Confondue, la base voulait savoir si le processus de paix était un ralliement en pure forme tel que soutenu…
Après du temps et des séances d’explications soutenues, la Zone Militaire N°2 ne pouvait que succomber au charme dudit Accord-cadre : Par leur Motion N°002/MDJT/BP/HCM/Z2/02 du 19 Novembre 2002, le Commandement Militaire N°2 manifesta sa totale adhésion à la mission et exhorta la Délégation de la Commission de Réconciliation Nationale à redoubler d’efforts dans ce sens… De l’autre côté, des sanctions exemplaires furent prises à l’encontre des principaux responsables de cette menée subversive…
Ialtchad Presse : - Brièvement, quel message voulez- vous qu’on retienne de votre dernier mise au point par rapport à l’article faisant de « ADOUM TOGOÏ ABBO libéré pour raison de santé ? ».
NGARO Ahidjo Ahmadou : Je voudrais tout d’abord relever que je ne suis pas l’auteur de la dernière mise au point à laquelle vous faîtes allusion. Du moins, elle émane des Organes compétents du Mouvement. J’ai reçu mandat de signer cet acte à caractère impersonnel en ma qualité de Rapporteur Général de la Commission de Réconciliation Nationale : C’est dire que nous ne sommes pas des usurpateurs au MDJT ; heureusement d’ailleurs !
Cette mise au point lève le voile sur le flou entretenu à propos de la position du 2ème Vice-Président. Elle exhorte les Patriotes à faire fi de la profusion de contrevérités dont on tente de les gaver : Dieu merci, beaucoup ont aussitôt compris que ADOUM TOGOÏ ABBO n’est pas arrêté mais plutôt détenu ; il ne peut être libéré puisqu’il rentre délibérément d’une longue mission... Et sa santé est des plus excellentes…
Ialtchad Presse : - A l’issue de cet entretien pour les Ialtchad qui vont vous lire ?
NGARO Ahidjo Ahmadou : Comme je le disais plus haut, la scène politique nationale est en vacances de longue durée faute de stratégies viables de rentrée… Pour lui redonner de la couleur, du tonus et de la nouveauté, et rajouter ne serait-ce qu’une plus-value intellectuelle à son développement, la régénération de nos forces d’action à travers une classe d’acteurs politiques plus jeunes, plus cultivés, plus probes et plus patriotes s’impose…
Ailleurs, les anciens y veillent spécialement pour combler au fur et à mesure les tares liées à leurs âges avancés ainsi qu’à leur éternité au poste qui finissent par devenir un handicap… Ce serait un crime de lèse- succession que de compter sur les Grand-Frères du Tchad qui ne songent qu’à se river aux diverses fonctions…
Les Ialtchad doivent donc assumer désormais leur avenir en s’imposant de plus en plus dans la lutte politique et associative. Autrement dit, ils risquent de subir le destin désastreux de ces aînés dont l’égocentrisme n’a nulle part d’égal : À leur temps, ces derniers avaient bénéficié de tous les égards de la République ; rendre la pareille à la postérité ne leur vient point à l’esprit… Pire, pour mieux confondre la jeunesse, ils les engagent sur leurs pas alors que celle-ci à des défis plus importants à relever en cette heure d’informatique, d’Internet et de voyages spatiaux… À parler franchement, les Ialtchad n’ont plus une seule seconde à perdre sur ces querelles anachroniques qui constituent, depuis l’Indépendance, le fonds de commerce par excellence de leurs aînés …
Je demande donc à tous les Ialtchad de se souder les coudes sans considération de confession, ethnie, région, tribu ou coterie donnée… À cause de l’intolérance des aînés, plusieurs Ialtchad ont dû s’expatrier ; nés à l’extérieur, d’autres sont loin de connaître ce Tchad qui engloutit ses propres enfants… Tous, gardent de tristes récits ou témoignages de parents décimés ou brimés injustement, s’ils ne sont pas eux-mêmes les victimes…
Dieu merci, leur ardeur d’acquérir sans cesse du savoir tout comme leur voyage à travers des réalités nouvelles sont autant d’enseignements qui pourront valablement aider de nombreux jeunes compatriotes à sortir de l’obscurantisme dans lequel ils sont actuellement confinés… C’est en échangeant nos expériences et nos découvertes que nous pourrions un jour de concert avec les frères et sœurs restés au pays, suggérer le modèle qu’il faut à notre peuple …
Ce devoir n’est pas une exclusivité des organisations politiques ou armées, des traditionnels patriarches, Chefs de clans ou de files… C’est une exigence suprême pour tous les Patriotes soucieux du retour à la paix, à la cohésion et au développement harmonieux du pays… La jeunesse a de tout temps payé de son espérance de vie les excès des anciens ! Les Ialtchad dérogeront difficilement à la règle : Qui, à part eux, peut consentir ce sacrifice duquel se décide leur avenir… ?
Cette tâche semble, certes, ardue lorsque les Ialtchad acceptent les seconds rôles qu’on leur fait jouer depuis plus de 42 ans d’indépendance. Bien que dotés de valeurs intrinsèques indéniables, ils ont aujourd’hui moins de chance d’accéder aux responsabilités qui leur permettent généralement aux jeunes premiers de participer à la gestion des problèmes spécifiques de leur génération...
La seule solution est de se soustraire de cette traditionnelle tutelle des aînés qui empêchent que les jeunes libèrent avantageusement les énergies incommensurables qui se terrent en eux, de manière à donner libre cours à leur esprit fécond...
Et pour atteindre des résultats escomptés, d’innombrables champs de possibilités existent pour celui qui sait tirer leçon de la misère du peuple tchadien : Un match de football, un concert musical, une exposition artistique, un symposium ou une conférence/débat a toujours aidé à atténuer les tensions les plus vives ; ces occasions ont également servi à éveiller les consciences, lutter contre l’exclusion, les injustices, l’ethnicisme…
Elles ont aussi permis de revendiquer des droits légitimes, de susciter un sursaut de solidarité, de raffermir la fibre patriotique. Elles ont surtout constitué le leitmotiv d’une jeunesse en quête de repères sûrs, d’assurance, de cohésion et de progrès comme c’est le cas des Ialtchad…
Si les premiers cadres du pays ont pu atteindre des résultats, somme toute, acceptables, il n’y a pas de raison que les Ialtchad ne soient pas capables de relever les défis qui les assaillent si les conditions de leur épanouissement sont réunies…
En plus de l’espace Forum qui leur est alloué, une structure conviviale existe aujourd’hui : Il s’agit d’une ONG dénommée Cercle d’Études et de Recherches pour la Promotion de la Culture, des Arts et Sports (C.E.R.PRO.C.A.S). Ouvert à tous les Ialtchad de 7 à 77 ans, il permet d’échanger, sans tabou aucun, des idées positives pour nous extirper du suicide collectif ! Il suffit donc d’écrire à l’adresse E-mail suivante : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
Quant à vous qui animez le Site Ialtchad, je ne cesserai de vous féliciter et vous adresser du fond du cœur mes encouragements pour vos actions en faveur du Renouveau Tchadien : Vous pointez du doigt la lune et je pense que les Ialtchad sauront lever haut les yeux pour regarder l’astre qui illumine l’univers ! En tout cas, l’histoire de notre pays retiendra vos mérites et la noblesse de votre contribution.
Ialtchad Presse : - Je vous remercie.
NGARO Ahidjo Ahmadou : C’est moi qui remercie.
Propos recueillis par Brahim Wardougou
Le travail d’un fossoyeur de la DDS, consiste à faire chaque jour le tour des prisons pour ramasser les cadavres et aller les enterrer... En moyenne nous enterrons dix personnes par jour. La plupart du temps dans des fausses communes.
Nous continuons notre série d’entrevues sur l’affaire Hissène Habré. Une procédure juridique qui oppose l’ancien dictateur et ses victimes tchadiennes. Une bataille juridique qui défraie la chronique dans la capitale sénégalaise.
C’est notre troisième entretien. Cette fois-ci, c’est avec la deuxième victime tchadienne venue de N’Djaména pour témoigner pour convaincre l’opinion publique sénégalaise de l’ampleur des crimes connus par l’ex-président tchadien exilé au Sénégal. Les ONG persistent pour demander au peuple sénégalais de se séparer de son hôte, Hissène Habré. M.Clèment Abafouta, ancien détenu, victime du régime Habré, était le fossoyeur de la Direction de la Documentation et de la Sécurité (DDS). En plus d’être prisonnier, il a enterré ses codétenus.
Pour rappel, M. Abafouta a été arrêté par les agents de DDS à peine qu’il venait d’obtenir une bourse d’études pour l’Allemagne. On lui a notifié et reproché dans les locaux de la tristement célèbre et redoutable machine répressive de vouloir rejoindre un de ses parents, un exilé, opposant au régime tchadien d’antan.
Depuis quinze ans M. Abafouta se bat à tous les niveaux pour réclamer justice. Après sa sortie de prison en 1990, il milite au niveau national au sein de l’Association des Victimes, des Crimes et Répressions Politiques ( AVCRP), où il est membre du bureau et administrateur. Mais il est actif aussi au niveau international aux côtés de Human Rights Watchs (HRW) dans le but de poursuivre Hissène Habré devant les juridictions belges. Il nous a reçus ce jour du 24 octobre 2005 au sortir d’une séance de travail avec la Coalition sénégalaise pour l’Extradition de Hissène Habré vers la Belgique( COSEHAB), au siège de la RADDHO, Amitié II, sis avenue Seydou Nourou Tall, Villa N° 4024, Dakar, Sénégal.
C’est un homme humble, posée et respectueux qui a répondu avec flegme à toutes nos questions. « Je suis optimiste quant à l’extradition de Hissène Habré » dit-t-il. Il affirme saisir une fois de plus cette occasion pour sensibiliser l’opinion publique nationale et internationale et justifier ainsi auprès d’elle les raisons de son combat.
Ialtchad Presse : Bonjour M. Clément ! Vous êtes à Dakar pour l’affaire Hissène Habré, dites-nous comment vous êtes arrivé à la prison de la DDS ?
Clément Abafouta: Je suis arrivé à la prison de la DDS, le 12 juillet 1985, où j’ai été interpellé dans la nuit par ses agents de renseignements.
Ialtchad Presse : Qu’est-ce qu’on vous reprochait ?
Clément Abafouta: On me reprochait de vouloir rejoindre un oncle à moi, opposant au régime de Hissène Habré. Je venais juste d’obtenir mon baccalauréat en plus d'une bourse d’études pour l’Allemagne.
Ialtchad Presse : Comment avez-vous accueilli la nouvelle d’extradition en tant qu’ancien détenu ?
Clément Abafouta: Naturellement en tant qu’ancien détenu, c’était une immense joie pour moi car j’attendais depuis des années cette opportunité. Et je crois comprendre qu’une fois Hissène Habré serait extradé, ce serait alors plus que jamais ma victoire.
Ialtchad Presse : Comment êtes-vous passé de prisonnier en fossoyeur ?
Clément Abafouta : Je ne sais comment vous expliquer cela (quelques secondes de réflexion). Je pense que c’est lié à ma corpulence physique mais c’est arbitrairement que l’on m’a sélectionné pour faire partie du groupe des fossoyeurs. Je n’avais pas le choix.
Ialtchad Presse : En quoi consiste le travail d’un fossoyeur à la DDS ?
Clément Abafouta : C’est le plus gros de travail. Il consiste à faire chaque jour le tour des prisons pour ramasser les cadavres et aller les enterrer.
Ialtchad Presse : Combien de temps aviez-vous fais cela ?
Clément Abafouta : J’ai fait quatre ans en prison. Donc quatre ans dans cette triste œuvre de fossoyeur.
Ialtchad Presse : Combien de personnes enterriez-vous par jour ?
Clément Abafouta : En moyenne nous enterrons dix personnes. La plupart du temps dans des fausses communes.
Ialtchad Presse : Les avocats de Habré mettent en doute vos témoignages. Que répondez-vous ?
Clément Abafouta : Ils sont mal informés. Puisqu’ils sont des avocats, ils ne peuvent que soutenir leur client contre ses adversaires. Simplement, jusqu’à la preuve du contraire, j’ai été arrêté par la DDS et je porte encore des séquelles qui justifient effectivement le fait que j’ai été prisonnier sous le régime Habré Habré.
Ialtchad Presse : Quelles sont par exemple vos séquelles ?
Clément Abafouta : D’abord, j’ai failli perdre toutes mes dents. Jusqu’aujourd’hui je fais de cauchemars. J’ai des douleurs au niveau de mes jambes. Je souffre de fatigue générale et ne peux faire un travail intellectuel de longue durée. J’ai de la céphalée. Et comme vous me voyez devant vous, je porte des lunettes.
Ialtchad Presse : Où en êtes-vous avec vos démarches en ce moment ?
Clément Abafouta : Depuis notre arrivée à Dakar, chaque jour, nous essayons de faire plus et gagner du temps. Mais au niveau du Sénégal, le public était sous informé sur Hissène Habré. Mais depuis trois semaines les Sénégalais commencent à mieux comprendre les choses sur les actes de cet homme. Je dirai qu’il y a une avancée significative sur notre travail.
Ialtchad Presse : Vous venez de mettre sur pied une coalition pour l’extradition de Hissène Habré, comment elle entendez-vous œuvrer pour atteindre cet objectif ?
Clément Abafouta : Nous avons plusieurs stratégies et le moment n’est pas opportun pour dévoiler nos techniques. Mais, je dois vous dire que je suis satisfait par rapport au soutien de la société civile sénégalaise. Elle n’a pas hésité à s’associer à notre lutte. En ce qui concerne nos stratégies, nous utilisons efficacement la presse. Nous faisons des réunions d’orientations et nous envisageons rencontrer toutes les couches sociales sénégalaises pour mieux leur expliquer pourquoi nous tenons à ce que Habré soit extradé en Belgique où il devrait être jugé.
Ialtchad Presse : Qu’en pensez-vous de la réticence des pays comme les États-Unis et la France qui ne sont pas motivés par un éventuel procès de Habré ?
Clément Abouta : Si les États-Unis et la France sont réticents c’est qu’ils se reprochent quelque chose. Car c’est eux qui ont soutenu et maintenu financièrement et matériellement Habré au pouvoir grâce à un système de répressions et de tortures. J’ai en mémoire que c’est sont les États-Unis qui ont formé les agents de la DDS. Qu’à cela ne tienne, je garde espoir car la justice vaincra.
Ialtchad Presse : Avez-vous déjà été indemnisé par les autorités tchadiennes ?
Clément Abouta : Le processus relatif à notre indemnisation est en cours. Nous avons soumis un projet des lois au niveau de l’Assemblée Nationale tchadienne. Apparemment les choses avancent et je crois bien qu’une fois ce projet de lois voté, le processus d’indemnisation sera enclenché.
Ialtchad Presse : Êtes-vous soutenus par les autorités tchadiennes dans cette campagne d’extradition de Hissène Habré ?
Clément Abouta : Oui car nous avons été reçus par le président de la République en 2000 Idriss Deby qui nous a rassurés de son soutien, de même que le Premier ministre de l’époque. Je sais également que le président de la République a écrit à Human Rights Watchs pour leur dire qu’il soutient nos actions. En fin de compte lui-même était victime.
Ialtchad Presse : Qu’en pensez-vous de cette loi de compétence universelle ?
Clément Abouta : D’abord, je salue cette la loi belge qui, à travers une disposition transitoire satisfait les critères de poursuites engagées contre Habré, n’eut été cela, on ne pourrait jamais encore parler du cas Habré. Et le dossier serait déjà clos. Je crois que c’est comme une grâce de Dieu car je suis croyant.
Ialtchad Presse : Que pensez-vous de la réticence des autorités sénégalaises sur l’extradition de Habré?
Clément Abouta : Bon ! C’est vrai car je suis là depuis un mois, mais je n’arrive toujours pas de voir la face réelle des autorités sénégalaises. Toutefois, d’ici les prochains jours elles finiront par céder à ce lobbying et à toute cette campagne que nous menons.
Ialtchad Presse : Qu’allez-vous faire si vous n’arriviez pas à obtenir l’extradition de Habré vers la Belgique ?
Clément Abouta : Dans un premier temps, je refuse de croire à cette perspective. Dans un deuxième temps, nous allons nous remettre à l’histoire et elle jugera le Sénégal qui est un grand pays réputé pour sa maturité démocratique qui manquera son rendez-vous avec la justice internationale.
Ialtchad Presse : On dit que l’opinion publique tchadienne n’apprécie pas toutes vos poursuites concernent seulement Hissène Habré alors que l’actuel président Deby y était aussi pour quelque chose pendant cette période de terreur. Qu’en dites-vous ?
Clément Abouta : Le président Deby est au pouvoir et en cette qualité, il n’est pas « poursuivable». En ce qui nous concerne, notre dossier se limite au règne de Hissène Habré. Si les gens disent que Idriss Deby y était aussi impliqué, il reviendra à Habré une fois à la barre de faire des révélations pour dire que je n’étais pas seul et doit démontrer par des preuves la part de responsabilités attribuées à Deby. Sauf que Habré est bel et bien seul à le faire.
À mon avis, je suis mal placé pour inculper Deby. Par contre face à Hissène Habré, je possède des preuves qu’il m’a soumises à des traitements inhumains et dégradants pour m’avoir torturé et privé de liberté.
Ialtchad Presse : Vous êtes optimiste quant à l’issue de votre bataille ?
Clément Abouta : Effectivement, je suis optimiste.
Ialtchad Presse : Merci ! M. Clément Abafouta
Clément Abouta : C’est moi qui vous remercie.
Entretien réalisé par Makaila Nguebla, correspondant à Dakar