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Le travail d’un fossoyeur de la DDS, consiste à faire chaque jour le tour des prisons pour ramasser les cadavres et aller les enterrer... En moyenne nous enterrons dix personnes par jour. La plupart du temps dans des fausses communes.

Nous continuons notre série d’entrevues sur l’affaire Hissène Habré. Une procédure juridique qui oppose l’ancien dictateur et ses victimes tchadiennes. Une bataille juridique qui défraie la chronique dans la capitale sénégalaise.
C’est notre troisième entretien. Cette fois-ci, c’est avec la deuxième victime tchadienne venue de N’Djaména pour témoigner pour convaincre l’opinion publique sénégalaise de l’ampleur des crimes connus par l’ex-président tchadien exilé au Sénégal. Les ONG persistent pour demander au peuple sénégalais de se séparer de son hôte, Hissène Habré. M.Clèment Abafouta, ancien détenu, victime du régime Habré, était le fossoyeur de la Direction de la Documentation et de la Sécurité (DDS). En plus d’être prisonnier, il a enterré ses codétenus.

Pour rappel, M. Abafouta a été arrêté par les agents de DDS à peine qu’il venait d’obtenir une bourse d’études pour l’Allemagne. On lui a notifié et reproché dans les locaux de la tristement célèbre et redoutable machine répressive de vouloir rejoindre un de ses parents, un exilé, opposant au régime tchadien d’antan.

Depuis quinze ans M. Abafouta se bat à tous les niveaux pour réclamer justice. Après sa sortie de prison en 1990, il milite au niveau national au sein de l’Association des Victimes, des Crimes et Répressions Politiques ( AVCRP), où il est membre du bureau et administrateur. Mais il est actif aussi au niveau international aux côtés de Human Rights Watchs (HRW) dans le but de poursuivre Hissène Habré devant les juridictions belges. Il nous a reçus ce jour du 24 octobre 2005 au sortir d’une séance de travail avec la Coalition sénégalaise pour l’Extradition de Hissène Habré vers la Belgique( COSEHAB), au siège de la RADDHO, Amitié II, sis avenue Seydou Nourou Tall, Villa N° 4024, Dakar, Sénégal.
C’est un homme humble, posée et respectueux qui a répondu avec flegme à toutes nos questions. « Je suis optimiste quant à l’extradition de Hissène Habré » dit-t-il. Il affirme saisir une fois de plus cette occasion pour sensibiliser l’opinion publique nationale et internationale et justifier ainsi auprès d’elle les raisons de son combat.

Ialtchad Presse : Bonjour M. Clément ! Vous êtes à Dakar pour l’affaire Hissène Habré, dites-nous comment vous êtes arrivé à la prison de la DDS ?
Clément Abafouta: Je suis arrivé à la prison de la DDS, le 12 juillet 1985, où j’ai été interpellé  dans la nuit par ses agents de renseignements.

Ialtchad Presse : Qu’est-ce qu’on vous reprochait ?
Clément  Abafouta: On me reprochait de vouloir rejoindre un oncle à moi, opposant au régime de Hissène Habré. Je venais juste d’obtenir mon baccalauréat en plus d'une bourse d’études pour l’Allemagne.

Ialtchad Presse : Comment avez-vous accueilli la nouvelle d’extradition en tant qu’ancien détenu ?
Clément  Abafouta: Naturellement en tant qu’ancien détenu, c’était une immense joie pour moi car j’attendais depuis des années cette opportunité. Et je crois comprendre qu’une fois Hissène Habré serait extradé, ce serait alors plus que jamais ma victoire.

Ialtchad Presse : Comment êtes-vous passé de prisonnier en fossoyeur ?
Clément Abafouta : Je ne sais comment vous expliquer cela (quelques secondes de réflexion). Je pense que c’est lié à ma corpulence physique mais c’est arbitrairement que l’on m’a sélectionné pour faire partie du groupe des fossoyeurs. Je n’avais pas le choix.

Ialtchad Presse : En quoi consiste le travail d’un fossoyeur à la DDS ?
Clément Abafouta : C’est le plus gros de travail. Il consiste à faire chaque jour le tour des prisons pour ramasser les cadavres et aller les enterrer.

Ialtchad Presse : Combien de temps aviez-vous fais cela ?
Clément Abafouta : J’ai fait quatre ans en prison. Donc quatre ans dans cette triste œuvre de fossoyeur.

Ialtchad Presse : Combien de personnes enterriez-vous par jour ?
Clément Abafouta : En moyenne nous enterrons dix personnes. La plupart du temps dans des fausses communes.

Ialtchad Presse : Les avocats de Habré mettent en doute vos témoignages. Que répondez-vous ?
Clément Abafouta : Ils sont mal informés. Puisqu’ils sont des avocats, ils ne  peuvent que soutenir leur client contre ses adversaires. Simplement, jusqu’à la preuve du contraire, j’ai été arrêté par la DDS et je porte encore des séquelles  qui justifient  effectivement le fait que j’ai été  prisonnier sous le régime Habré Habré.

 

Ialtchad Presse : Quelles sont par exemple vos séquelles ?
Clément Abafouta : D’abord, j’ai failli perdre toutes mes dents. Jusqu’aujourd’hui je fais de cauchemars. J’ai des douleurs au niveau de mes jambes. Je souffre de fatigue générale et ne peux faire un travail intellectuel de longue durée. J’ai de la céphalée. Et comme vous me voyez devant vous, je porte des lunettes.

Ialtchad Presse : Où en êtes-vous avec vos démarches en ce moment ?
Clément Abafouta : Depuis notre arrivée à Dakar, chaque jour, nous essayons de faire plus et gagner du temps. Mais au niveau du Sénégal, le public était sous informé sur Hissène Habré. Mais depuis trois semaines les Sénégalais commencent à mieux comprendre les choses sur les actes de cet homme. Je dirai qu’il y a une avancée significative sur notre travail.

Ialtchad Presse : Vous venez de mettre sur pied une coalition pour l’extradition de Hissène Habré, comment elle entendez-vous œuvrer pour atteindre cet objectif ?
Clément Abafouta : Nous avons plusieurs stratégies et le moment n’est pas opportun pour dévoiler nos techniques. Mais, je dois vous dire que je suis satisfait par rapport au soutien de la société civile sénégalaise. Elle n’a pas hésité à s’associer à notre lutte. En ce qui concerne nos stratégies, nous utilisons  efficacement la presse. Nous faisons des réunions d’orientations et nous envisageons rencontrer toutes les couches sociales sénégalaises pour mieux leur expliquer pourquoi nous tenons à ce que Habré soit extradé en Belgique où il devrait être jugé.

Ialtchad Presse : Qu’en pensez-vous  de la réticence des pays comme les États-Unis et la France qui ne sont pas motivés par un éventuel procès de Habré ?
Clément Abouta : Si les États-Unis et la France sont réticents c’est qu’ils se reprochent quelque chose. Car c’est eux qui ont soutenu et maintenu financièrement et matériellement Habré au pouvoir grâce à un système de répressions et de tortures. J’ai en mémoire que c’est sont les États-Unis  qui ont formé les agents de la DDS. Qu’à cela ne tienne, je garde espoir car la justice vaincra.

Ialtchad Presse : Avez-vous déjà été indemnisé par les autorités tchadiennes ?
Clément Abouta : Le processus relatif à notre indemnisation est en cours. Nous avons soumis un projet des lois au niveau de l’Assemblée Nationale tchadienne. Apparemment les choses avancent et je crois bien qu’une fois ce projet de lois voté, le processus d’indemnisation sera enclenché.

Ialtchad Presse : Êtes-vous soutenus par les autorités tchadiennes dans cette campagne d’extradition de Hissène Habré ?
Clément Abouta : Oui car nous avons été reçus par le président de la République en 2000 Idriss Deby qui nous a rassurés de son soutien, de même que le Premier ministre de l’époque. Je sais également que le président de la République a écrit à Human Rights Watchs pour leur dire qu’il soutient nos actions. En fin de compte lui-même était victime.

Ialtchad Presse : Qu’en pensez-vous de cette loi de compétence universelle ?
Clément Abouta : D’abord, je salue cette la loi belge qui, à travers une disposition transitoire satisfait les critères de poursuites engagées contre Habré, n’eut été cela, on ne pourrait jamais encore parler du cas Habré. Et le dossier serait déjà clos. Je crois que c’est comme une grâce de Dieu car je suis croyant.

Ialtchad Presse : Que pensez-vous de la réticence des autorités sénégalaises sur l’extradition de Habré?
Clément Abouta : Bon ! C’est vrai car je suis là depuis un mois, mais je n’arrive toujours pas de voir la face réelle des autorités sénégalaises. Toutefois, d’ici les prochains jours elles finiront par céder à ce lobbying et à toute cette campagne que nous menons.

Ialtchad Presse : Qu’allez-vous faire si vous n’arriviez pas à obtenir l’extradition de Habré vers la Belgique ?
Clément Abouta : Dans un premier temps, je refuse de croire à cette perspective. Dans un deuxième temps, nous allons nous remettre à l’histoire et elle jugera le Sénégal qui est un grand pays réputé pour sa maturité démocratique qui manquera  son rendez-vous avec la justice internationale.

Ialtchad Presse : On dit que l’opinion publique tchadienne n’apprécie pas toutes vos poursuites concernent seulement Hissène Habré alors que l’actuel président Deby y était aussi pour quelque chose pendant cette période  de terreur. Qu’en dites-vous ?
Clément Abouta : Le président Deby est au pouvoir et en cette qualité, il n’est pas « poursuivable». En ce qui nous concerne, notre dossier se limite au règne de Hissène Habré. Si les gens disent que Idriss Deby y était aussi impliqué, il reviendra à Habré une fois à la barre de faire des révélations pour dire que je n’étais pas seul et doit démontrer par des preuves la part de responsabilités attribuées à Deby. Sauf que Habré est bel et bien seul à le faire.
À mon avis, je suis mal placé pour inculper Deby. Par contre face à Hissène Habré, je possède des preuves qu’il m’a soumises à des traitements inhumains et dégradants pour m’avoir torturé et privé de liberté.

Ialtchad Presse : Vous êtes optimiste quant à l’issue de votre bataille ?
Clément Abouta : Effectivement, je suis optimiste.

Ialtchad Presse : Merci ! M. Clément Abafouta
Clément Abouta : C’est moi qui vous remercie.

Entretien réalisé par Makaila Nguebla, correspondant à Dakar

« Les paysans ont été très mal valorisés en terme de compensation. Par exemple, un manguier était compensé à 3500 FCFA, un pied de mangue entier. Alors qu’en Europe une mangue coûte 1000 FCFA. Donc, on s’est rendu compte que c’était de la tromperie...» Djeralar Miankeol

Vendredi 10 octobre 2003, le gouvernement tchadien a inauguré officiellement sous grande pompe l'exploitation du brut à Komé (Doba). De passage à Montréal pour une rencontre avec des partenaires dans le cadre d'une étude d'un projet de développement et une évaluation environnementale régionaux, Monsieur Djeralar Miankeol, représentant d'une ONG dénommée Association d’Appui d’Initiative Locale pour le Développement (A.S.A.I.L.D.) basée à Moundou et qui travaille dans le Logone géographique (Logone et la Tandjilé)  a rencontré Ialtchad Presse. Durant cet entretien, tous les aspects des questions liés à l'indemnisation des paysans, aux conséquences environnementales et aux retombés concrets du projet pétrole ont été abordé. 

Ialtchad Presse: - Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs de Ialtchad Presse, le premier journal électronique tchadien ?
Djeralar Miankeol 
: Je travaille pour une ONG nationale créée par des cadres tchadiens avec l’appui de la coopération suisse.
Ialtchad Presse: - Quel est le nom de l’ONG pour laquelle vous travaillez?
Djeralar Miankeol
 : L’ONG s’appelle Association d’Appui d’Initiative Locale pour le Développement autrement A.S.A.I.L.D. Cette ONG est basée à Moundou et travaille dans le Logone géographique c’est-à-dire les deux Logone et la Tandjilé. L’ONG est en place depuis 1985. Elle a commencé par des activités de micro-crédits tant financiers qu’en matériels agricoles. Depuis 1995, l’ONG a transformé ses activités et évolue comme accompagnateur disons qu’elle s’occupe beaucoup de l’aspect formation, d’aider la population par rapport aussi à tous les enjeux liés surtout autour du projet pétrole dont l’exploitation a commencé depuis 1996. Ces opérations de construction de surface sont à peine terminées et le premier baril est déjà sur le marché.

Ialtchad Presse: - Quelles sont les activités de votre ONG?
Djeralar Miankeol : Dans le cadre des activités de l’ONG, l’ASAILD se charge à aider, à conseiller la population à  mettre en place des systèmes de production beaucoup plus durables. À l'époque, les paysans étaient beaucoup plus ancrés à faire de la production intensive, à cultiver des hectares et une fois que le sol s’appauvrit, ils sont obligés de couper d’autres brousses. Ainsi, ils sont arrivés à appauvrir des terres qu’ils cultivent davantage, des terres fertiles deviennent de plus en plus rares. Ce qui ne leur permet pas d’assurer ne serait-ce que le minimum pour leur subsistance. Ils n’arrivent plus à produire comme par le passé ou des maraîchages étaient de longue durée.
Maintenant l’ONG travaille beaucoup dans le sens de l’intégration de l’agriculture et de l’élevage avec un accent mis sur la protection de l’environnement, de la place de la femme tchadienne dans l’économie villageoise etc. Comment faire en sorte que les producteurs arrivent à mettre en place des systèmes cohérents où l’agriculture combinée à l’élevage, ou encore comment on peut faire des cultures continues au lieu de faire des cultures discontinues, comment on peut intégrer les cultures de saisons pluvieuses mais aussi des cultures de maraîchages etc. C’est dans ce sens-là que l’ASAILD accompagne les producteurs dans le processus en les accompagnants mais aussi en les suivant dans leur système d’exploitation.

Ialtchad Presse: - Quelle est votre position par rapport à la compensation accordée aux populations des régions pétrolières?
Djeralar Miankeol : Maintenant dans le cadre du projet pétrole, depuis 1996, il s’est avéré qu’il y a eu beaucoup d’espoir autour de ce projet où la Banque Mondiale (BM) en soutenant ce projet a fait comprendre que ce dernier devrait sortir les paysans de leur état de pauvreté. Mais force est de constater en revanche que quand les opérations de construction ont démarré, on a dépossédé les populations de leurs terres, de leurs ressources…

Les paysans ont été très mal valorisés en termes de compensation. Par exemple, un manguier était compensé à 3500 FCFA, un pied de mangue entier. Alors qu’en Europe une mangue coûte 1000 FCFA. Donc, on s’est rendu compte que c’était de la tromperie parce que la part belle était accordée au gouvernement en terme de convention avec la BM pour avoir de l’argent en vue d’exploiter le pétrole pour enrichir ceux qui sont au pouvoir. Et nous nous sommes rendus compte qu’on ne pouvait pas continuer dans ce sens, nous qui travaillons dans la région du projet c’est-à-dire les ONG, les Associations de Droits de l’Homme (ADH). Nous avons vu la nécessité de construire une dynamique de développement en milieu rural. On s’est rendu compte aussi que tous les efforts consentis depuis des dizaines d’années sont en train de s’écrouler. Alors on a organisé un séminaire à grande échelle ou des ONG du Nord (États-Unis, Europe) et en même temps des ONG africaines, tchadiennes pour essayer de voir qu’est-ce qui se passe autour du projet pétrole dans la mesure où il nous a été dit que ça devrait apporter un bonheur aux populations les plus démunies. C’est pour ça que la BM finance le projet sur le guichet IDA en plus. À partir de ce moment, on a démontré que le projet apporte plus de malheur pour les pauvres et enrichit les riches. On l’a démontré dans le cadre de compensation du pied de manguier. Et nous avons été invités au niveau de la BM qui était contrainte de nous impliquer à partir de ce moment dans le projet. Donc depuis 1998, particulièrement, j’ai participé à l’évaluation des ressources de populations. Nous avons fait des études sur la valeur du manguier qui est passée de 3500 Fcfa à 550 000 FCFA. C’est sur cette base que cette ressource a été évaluée. Mais beaucoup reste à faire quant aux autres ressources notamment les qualités d’autres espèces qui ont des valeurs dans notre économie. Parce que le coton est en déclin pratiquement. Donc c’est sur les arbres fruitiers que les paysans arrivent à joindre les deux bouts compte tenu de la mondialisation où l’école est payée, où la santé est payée. On est en train de travailler dans ce sens.
Au-delà de ça, le plaidoyer que nous faisons autour de pétrole est trop large. Nous ne voulons pas retomber dans l’expérience du Nigeria, de l’Angola, du Cameroun, du Congo etc; où le pétrole a servi des régimes dictatoriaux d’acheter des armes, de réprimer la population déjà démunie. Dans le cadre du Tchad, le plaidoyer que nous avons fait a abouti en fait à la mise en place de la loi 001 sur la gestion des revenus du pétrole où certains pourcentages sont alloués à la région productrice. Et c’est dans ce cadre que nous sommes au Canada. Concernant les pourcentages  des revenus alloués à la région  pétrolière, on ne sait pas comment ça va être géré. Et au niveau des ONG  et des ADH, nous avons lutté pour qu’un plan de développement relatif au projet soit mis en place. Le premier baril va couler déjà. Si nous n’avons pas un plan de développement, évidemment, comme on le connaît dans la plupart des pays africains, les revenus du pétrole vont passer dans des caisses noires où on ne saura plus comment ça va se passer. Dans ce cadre, nous travaillons avec le cabinet canadien CIMA qui a gagné le marché pour élaborer un plan de développement. Cela aussi est malheureux et il faut encore le déplorer car il y a des cadres Tchadiens qui ont le savoir pour élaborer un plan de développement. Mais on va rattraper ce qu’on peut rattraper. On a plaidoyé à la BM qui a accepté d’envoyer une équipe composée de techniciens de l’État, des ONG et des ADH au Canada. Donc c’est dans ce cadre que nous sommes ici. Heureusement, le CIMA est resté ouvert. Nous avons fait des ateliers dans les villages pour que la population puisse exprimer ce qu’elle pense. Puisque lors des décisions qui sont prises dans les capitales et les grandes villes, on ne prend jamais les aspirations et les problèmes des populations à la base. On parle en leur nom mais en fait ce n’est que du leurre. C’est donc à ce titre qu’au niveau des ONG et des ADH nous sommes représentés. Nous sommes venus six personnes dans la délégation : une personne de la BM, deux personnes du gouvernement et trois personnes de la société civile. Et là, il a fallu une bagarre pour qu’on en arrive là. Mais déjà c’est une grande réussite d’avoir fait ce pas. Nous allons continuer de travailler toujours.
Maintenant en termes de plaidoyer, nous avons bien sur un message particulier. Je travaille dans un réseau des ONG et ADH qui s’appelle Commission Permanente Pétrole Locale (CPPL). Et le mandat que j’ai, c’est de voir comment impliquer la colonie tchadienne dans ce projet. C’est des revenus qui doivent profiter à tous les Tchadiens. Donc comment faire en sorte que nous puissions conjuguer tous nos efforts parce que les seuls plaidoyers que nous faisons au Tchad ne suffisent pas. À un autre niveau, il faudrait aussi qu’à l’extérieur du pays des voix puissent se porter là où des sensibilités peuvent faire pression sur le gouvernement tchadien. Nous savons aussi qu’au niveau de la BM, le Canada est assez représenté au conseil d’administration et c’est à ce titre que nous comptons nouer des relations assez sures avec la colonie tchadienne pour que des informations nous parviennent. On a aussi besoin de beaucoup d’informations au niveau du Canada en ce qui concerne les informations d’une manière générale dans le cadre du pétrole.

Ialtchad Presse: - Vous avez évoqué plusieurs aspects importants du dossier pétrole tchadien notamment celui des indemnisations des populations de la région pétrolière. Vous avez prix l’exemple du manguier qui a été réévalué de cent fois plus de la valeur de départ (3500 FCFA a 550 000 FCFA). Est-ce qu’on peut dire que la population concernée en est satisfaite et le combat à ce niveau est gagné? Si non, comment comptez-vous faire aboutir votre plaidoyer?
Djeralar Miankeol
 : En fait, le chemin a été long. Vous connaissez bien l’histoire du pétrole. C’est une histoire très complexe. Au Tchad, on a eu l’occasion avec la présence de la BM d’être dans le projet pour parler du pétrole. Dans d’autres pays c’était pratiquement impossible. On a vu le cas de l’Angola, du Gabon, du Cameroun etc. C’est un sujet tabou. Au Congo ça a amené beaucoup de guerre. Au Tchad on a la chance de discuter autour de ce sujet. C’est déjà une porte de sortie. Mais le chemin est très long parce que les firmes multinationales (FMN) sont des compagnies qui veulent maximiser le profit. C’est ça qui les intéresse. On parle de démocratie mais en fait, on est très loin.
Donc les enjeux même autour du pétrole surtout en ce qui concerne l’environnement avec les conséquences dramatiques que pourrait engendrer l’exploitation du pétrole sur le sol, les eaux etc... sont très vastes. On ne fait que commencer les compensations. Et ce n’est pas grand-chose par rapport aux conséquences néfastes sur l’environnement et sur la population...
Et concernant la gestion de revenus, même si une loi a été votée, c’est le régime en place qui va gérer les revenus. Et on connaît, il y a eu plein de détournements sur les grands projets financés par la Banque Mondiale sur l’éducation, la santé, etc. Donc le plaidoyer ne fait que commencer. On ne va pas baisser les bras. On va continuer surtout si on veut que les générations futures ne soient pas totalement lésées, si on veut que l’environnement ne soit pas totalement détruit. On sait que le Tchad est un pays agropastoral. Donc le plaidoyer ne fait commencer à plusieurs niveaux : au niveau de l’environnement, au niveau de revenu etc. Vous avez certainement entendu que les premiers revenus du pétrole, le bonus, ont été utilisés pour acheter des armes au Tchad malgré le plaidoyer qui a été fait. Nous avons la Banque Mondiale qui a pris un engagement vis-à-vis de l’opinion internationale que le projet pétrolier tchadien doit profiter aux populations les plus démunies. Et nous saisissons l’opportunité pour aller dans ce sens pour interpeller la BM et le gouvernement tchadien. Donc, on travaille à deux niveaux. On ne peut pas dire dès aujourd’hui qu’avec les valeurs des ressources qui ont été réévaluées que la population est contente. La population n’est pas préparée. Des gens qui sont habitués à gagner peut être 50 000 FCFA avec la culture du coton et qui se retrouvent dépossédés de leurs terres. Il faut bien les organiser sinon ils n’arrivent pas à gérer la situation. Tout le monde n’a pas été préparé. Et les FMN profitent du manque de préparation des Tchadiens pour faire ce qu’ils veulent sur le terrain.

Ialtchad Presse : Pour gérer les recettes pétrolières, le Tchad a adopté la loi dont vous parliez prévoyant qu’il en déposait 10% des fonds dans un fonds spécial destiné aux générations futures et 80% serviront à financer le développement et les programmes sociaux à l’intention de la population défavorisée. Qu’y a-t-il à ce niveau?
Djeralar Miankeol
 : La loi, on s’est battu pour qu’elle soit votée. Mais en Afrique d’une manière générale et au Tchad en particulier, on a les meilleures lois au monde. La question c’est celle de l’application des lois dans la mesure où l’exécutif, le législatif et le judiciaire sont mélangés. C’est toujours aux profits du régime en place. Donc l’exécution de cette loi pose problème. Nous avons milité pour qu’ils mettent sur pied un collège de contrôle dans lequel la société civile doit être majoritaire. Mais jusque-là, cette équipe n’est pas fonctionnelle. Et le baril va sortir. Les revenus vont être là. Mais les dispositifs pratiques pour la gestion des revenus ne sont pas prêts jusqu’aujourd’hui. Les 10% ont été convenus qu’ils soient logés dans des banques internationales. On nous a toujours rien dit. Moi, je milite. Je suis coordonnateur de réseau. J’ai beaucoup voyagé. On a travaillé avec la Banque Mondiale. Aujourd’hui rien n’est clair. Donc au niveau des dispositions, les lois sont les lois. Mais c’est les hommes qui les appliquent. Donc, est-ce qu’on a un système judiciaire, un système législatif, un parlement etc... qui peuvent aider?
Je sais que vous avez entendu l’exemple des projets élevage, des projets éducation etc. où des personnalités ont détourné des milliards de FCFA. C’est décrié au niveau de l’Assemblée mais ces personnalités sont en liberté et briquent des postes plus importants. Cela est connu déjà. On voit tout rouge encore. Comment la loi peut être mise en pratique? On doute de ça. Et, on se bat pour que le collège de contrôle puisse être fonctionnel parce qu’il aura au moins la liberté de suivre la gestion de ces revenus. Mais en même temps, on dit que ces fonds vont être gérés par des collectivités décentralisées. Il n’y a jamais eu d’élection au Tchad. Les préfets, les sous-préfets, les maires sont nommés. Et si on ne fait pas en sorte que les populations s’organisent à mettre en place des petits comités, on arrivera jamais à contrôler ces fonds qui vont passer dans des poches des individus qui vont en faire ce qu’ils veulent comme par le passé. C’est pour ça justement que nous essayons de faire ce qu’on peut faire et à quel niveau… À partir de ce moment, on a une base qui pourra aider au cas où il y a des revenus du pétrole. On pourra mettre dans les routes, dans les écoles etc. C’est dans ce sens que nous travaillons avec la CIMA qui a beaucoup travaillé avec le gouvernement mais ignorant la population. Nous sommes là pour leur dire attention dans telle région, c’est tel aspect que vous avez oublié. Nous essayons de tirer les ficelles mais ce n’est que le début du commencement.

Ialtchad Presse : On disait que les ONG et les ADH étaient complètement écartées des débats sur le pétrole. Aujourd’hui, vous nous dites qu’on vous en associe. Est-ce seulement au niveau des discussions qu’on vous associe? Vous disiez aussi que le collège de contrôle n’est pas fonctionnel. Vous n’avez pas apparemment de contre-pouvoir en tant que tel au niveau de la gestion des recettes du pétrole. Quelles sont les autres armes dont vous disposez pour demander une gestion saine des revenus du pétrole afin qu’un groupuscule de personnes n’en profite au détriment de la population défavorisée?
Djeralar Miankeol
 : Il faut dire que des grands points ont été franchis. On ne nous a pas introduit. Mais souvent, on se fait entendre. C’est très difficile qu’il y a de cela 5 ans, 10 ans, écouter la société civile, sortir, parler librement. Aujourd’hui, on a la chance qu’il puisse avoir une société civile qui se construit que ça soit au niveau des provinces, des grandes villes, de la capitale etc. Les ONG et les ADH ont mis sur pied des réseaux qui se font entendre. Et notre force aussi, c’est d’avoir des relations avec des partenaires du Nord, des réseaux allemands, américains, hollandais etc. Et cela fait une grande force.
L’autre chance qu’on a est que la BM a pris l’engagement devant la société civile que c’est un défi de faire de ce projet un exemple d’un projet de développement. Donc, c’est surtout à ce niveau que nous avons la chance d’interpeller la BM qui est très puissante. Vous savez que quand la BM et le FMI demandent des ajustements, il n’y a pas un État africain qui peut y résister. C’est vrai que l’État est souverain mais on a cette chance d’avoir la BM dans ce projet. On a aussi cette possibilité de nous organiser au niveau de la société civile mais aussi d’être en relation avec des partenaires à l’étranger. Le collège de contrôle dont je parle est constitué de 2/3 de la société civile. L’équipe est en place. Elle a des difficultés à commencer son fonctionnement. C’est déjà un grand pas qu’on se fasse entendre, qu’on soit dans les débats. Et c’est petit à petit qu’on va amener le changement. Le changement ne se fait pas du jour au lendemain. Donc cette chance qu’on a au Tchad d’avoir la BM dans ce projet, même si elle a des intérêts, on la tient sur parole. Et aussi le gouvernement qui prend des engagements devant la BM soi-disant qu’il fera tout pour que le projet profite aux pauvres, on le prend aussi au mot et on essaie de nous battre. Si vous voulez, le plaidoyer vient de commencer. Nous comptons aussi sur tout le réseau à l’extérieur, comme déjà ce que le journal Ialtchad Presse fait en ce moment. C’est quand la BM sait que son image de marque est en cause que ça pose problème. Et là nous avons aussi des partenaires aux États–Unis qui font beaucoup de plaidoyer autour du projet pétrole.

Ialtchad Presse : Le projet pétrole tchadien est le plus grand investissement privé en Afrique avec ses 3.5 milliards prévus dans les 5 ans à venir. Qu’est-ce qui est fait pour que du point de vue de la santé, de l’éducation, des infrastructures ces millions de dollars puissent profiter au pays et aux zones pétrolières méridionales?
Djeralar Miankeol
 : Déjà, en général, la première phase de la construction n’a pas profité aux Tchadiens. Les compagnies sont venues en place avec les moyens qu’on ne connaît pas au Tchad. Il n’y a pas un entrepreneur tchadien qui peut gagner un marché. On vous demande de fournir 36 000 œufs par jour, combien de milliers de tonnes de nourriture par jour etc. En fait, ce sont les entreprises étrangères qui en ont bénéficié notamment les entreprises françaises, sud-africaines etc.
Maintenant, on va passer à la phase d’exploitation et la question est de savoir comment faire en sorte que les revenus estimés à 50 milliards (tout est lié aussi au cours du baril qu’il soit à la hausse ou à la baisse). Mais déjà, ce que nous sommes en train de faire, nous sommes au Canada pour faire en sorte qu’il y ait un plan de développement de la région du pétrole.
Il faut que cela se fasse aussi pour le reste. C’est à partir de ce plan  qui est un outil de pilotage, qui va d’ailleurs indiquer ce qui doit être fait. C’est dans cela qu’il y a des choses qui sont prévues en matière de santé, d’éducation, de l’environnement, du développement rural, etc. Donc si vous voulez, nous sommes en train de préparer le récipient pour accueillir de l’eau. C’est ça l’image. Et si vous avez un bon et grand récipient, vous pouvez recevoir la pluie. C’est vrai qu’on est en train de parler de revenus qui vont tomber d’ici janvier 2004. C’est vrai que la population n’est pas préparée. Mais d’ici la fin de l’année, on aura ce plan de développement du projet pétrole. Donc il faudra nécessairement aller dans ce sens, prévoir des mécanismes dans le domaine de l’éducation, de la santé etc. L’État a toujours dit que la politique du développement se base sur ces secteurs précités. Nous pensons que si ce travail est fait, nous devons avoir un collège de contrôle avec le groupe consultatif que la BM a mis sur pied qui est sensé regrouper des consultants indépendants pour suivre les effets du pétrole sur le plan de l’environnement mais aussi de suivre comment les revenus vont être gérés. On a le Groupe International Consultatif (G.I.C) à l’échelle de la BM, le collège de contrôle au niveau du Tchad, mais si on arrive à mettre en place un plan de développement conséquent, avec la société civile aussi qui regarde de près, à travers le réseau national, régional au Cameroun et international, nous espérons que le mal ne soit pas total.

Ialtchad Presse : Concernant les populations qui ont été déguerpies de leur village, de leur localité, y a-t-il des politiques qui ont été élaborées pour les réhabiliter?
Djeralar Miankeol
 : Tout à l’heure, je disais qu’à tous les niveaux les Tchadiens n’ont pas été préparés pour le projet pétrole. Le consortium  est venu et, ils ont les gros moyens. Ils ont commencé les choses. Donc il y a beaucoup de Tchadiens surtout les paysans qui ont été déguerpis et ils se retrouvent dans les villes. Ils ont essayé après le plaidoyer de la société civile de réhabiliter quelques Tchadiens dans les villages et c’est insignifiant. Et ces opérations de réhabilitation ont été ridicules. 

L’avenir est encore très flou parce que quand vous venez dans la zone du pétrole, là où il y a les puits pétroliers, avec les différentes routes qui partent de partout pour  rejoindre le collecteur central au pipe-line pour conduire le pétrole jusqu'à Kribi (Cameroun), il y a beaucoup de villages qui sont emprisonnés. C’est comme des animaux dans une cage. On sait qu’il y a beaucoup de villages qui ont été déguerpis et nous avons entamé déjà des plaidoyers dans ce sens pour que l’État et la BM essaient de voir avec les compagnies qui sont sur place, comment faire en sorte que ces villages qui sont emprisonnés puissent retrouver un autre espace où ils pourront faire l’agriculture et l’élevage. Certains villages sont coupés des zones de culture, d’élevage parce qu’il y a un système de sécurité qui est en place. Donc les gens ne peuvent pas aller librement au champ pour faire des cultures. Il y a aussi beaucoup de travail qui reste à faire dans ce sens. Nous avons déjà entamé des études, nous avons élaboré les documents qui résument ou qui retracent la situation avec des preuves à l’appui et nous continuons à faire des plaidoyers dans ce sens à divers niveaux. Mais le pétrole tchadien, ce que beaucoup ignorent, n’est pas seulement le bassin de Doba. Alors le consortium est déjà dans l’Est du Tchad, dans le Moyen Chari. Ils sont au nord de Moundou jusqu’au Mayo Kébi. Donc le sud du Tchad quand vous regardez la carte hydrogéologie, c’est tout le bassin qui est concerné par le projet. Nous sommes en train de militer pour que nous puissions avoir une situation globale des réserves de pétrole tchadien. Car le consortium est très malin. Ils vous disent qu’on a seulement le pétrole de Doba, il faut regarder maintenant à grande échelle et ça va concerner des milliers et des milliers de Tchadiens. Et en même temps, en terme de pollution, puisque le sud du Tchad baigne dans un bassin où les deux fleuves Logone et Chari drainent depuis le sud jusqu’au Lac Tchad. Imaginez ce que ça va comporter s’il y a des fuites quelques soient les disponibles qui seront prise. C’est des milliers et des milliers d’agriculteurs, d’éleveurs, de pêcheurs qui vont être touchés par ce projet-là. Nous même on se demande quel est le mécanisme, quel est le dispositif que nous pouvons mettre en place pour faire de telle sorte que le consortium  puisse s’occuper des paysans qui n’ont de ressources que leurs terres, leurs aliments…Or les ressources vitales sur lesquelles les paysans se reposent sont en train d’être dépossédées et détruites. Donc, il y a très peu d’efforts, il n’y a pas une politique dans ce cadre. C’est un peu de manière ponctuelle qu’on essaie de compenser certains paysans qui n’arrivent même pas à trouver leur situation de départ. Donc un travail supplémentaire reste à faire. Et on vient dans une zone, on a perturbé le système d’exploitation des paysans mais il y a aucune étude qui a été faite pour envisager le redéploiement des paysans. Comment est-ce qu’ils peuvent adapter leur système d’exploitation ancien à cette nouvelle donne, à ce nouveau contexte. En tout cas, il y a un vide à ce niveau.

Ialtchad Presse : Je vous remercie de nous avoir accordé cette interview qui a touché les points obscurs et sensibles du projet. Comme vous l’avez dit, bien que ce soit réciproque, nous avons besoin de vous pour nous informer sur le dossier du pétrole tchadien. À notre niveau, nos portes vous sont ouvertes. Notre mission consiste à informer au maximum le peuple tchadien en général, mais la jeunesse en particulier tant sur le plan national qu’international sur tout ce qui se passe dans notre pays. Ialtchad Presse que vous venez de découvrir est le premier journal électronique tchadien qui travaille dans ce sens. Tous ensembles, nous allons conjuguer nos efforts pour le devenir de notre pays. Toutefois, je vous accorde la parole pour dire un dernier mot à nos lecteurs.
Djeralar Miankeol 
: Ce que je voulais dire au sujet de cette interview, c’est que souvent, quand nous au niveau de la société civile essayons d’aider le gouvernement, essayons d’apporter notre contribution pour ce projet, on est traité comme des ennemis du pétrole. On ne veut pas que le pétrole soit exploité. Loin de là. Nous voudrions que le pétrole, tel que la BM et le gouvernement le disent, que ce projet puisse amener vraiment le changement dans le mode de vie des populations les plus démunies. C’est notre seul souci.

Comment aider le gouvernement à aller dans ce sens parce que ce n’est pas facile de faire face à ces firmes pétrolières. Même les régimes les plus puissants sont gérés par les firmes pétrolières. C’est connu les Bush (Président des États-Unis), ce sont eux qui dirigent. Donc au niveau de la société civile, on a cette chance d’avoir cette liberté au moins de parler. Parce qu’on ne peut pas nous enlever cette liberté. Tout notre souci, c’est aider le gouvernement. On l’a déjà démontré à plusieurs reprises. Les lecteurs qui certainement vont essayer de comprendre ce qui a été dit, qu’ils le comprennent dans le sens positif. Ce n’est aucunement pour bloquer l’exploitation du pétrole comme beaucoup le pensent. Mais c’est pour attirer l’attention du gouvernement et de la BM de l’expérience qu’on a connu dans les pays surtout d’Afrique où le pétrole n’a amené que des misères. Le peuple Ogoni au Nigeria par exemple, au Congo…Ce n’est pas la population qui a profité du pétrole. Donc on essaie de rappeler les gens, de faire des propositions que le gouvernement a reconnues. C’est dans ce sens qu’on continue de travailler. On n’est venu au Canada pour aider le gouvernement à faire un travail qui peut aider les Tchadiens à changer leur mode de vie. En ce qui concerne le journal Ialtchad Presse, c’est par hasard que je suis tombé sur vous. J’ai eu la chance de réaliser cette interview. Je vous encourage. Je vais aussi porter l’information du travail qui a été fait au niveau du pays et désormais nous allons garder le contact pour vous fournir des informations. Mais dans le seul souci que les choses puissent aller positivement. Donc à ce niveau, que ça soit très clair. Mais pour le travail que nous faisons, si on ne le fait pas ; qui va le faire pour nous ? Dans des grandes villes comme N’Djamena, Moundou, Sarh, il n’y a pas d’eau ni d’électricité pendant des semaines. Des gens restent sans conditions minimum de santé, d’éducation, d’eau potable etc. Comment faire pour que le gouvernement tchadien puisse créer des conditions de vie décentes aux générations futures ?

Je vous encourage beaucoup en tant que jeune.

Ialtchad Presse : - Merci

Entretien réalisé Par Ahmad Mandekor

« Comment voulez-vous qu’on aille à un dialogue qui pose comme préalable la démission du président de la République qui vient d’être élu démocratiquement ? ... (...) ...pour le moment il n’est pas question d’y associer les politico-militaires. » Hourmadji Moussa DOUMNGOR

Le Gouvernement tchadien vient de dépêcher une importante délégation ministérielle pour une mission d’information en Europe. La crise du Darfour et les nouveaux accords avec la Banque mondiale occupent une place prépondérante dans cette tournée. A l’occasion de son séjour à Paris, la délégation gouvernementale a organisé une rencontre avec les Tchadien(ne)s de France. À l’issue de ces retrouvailles, des brochures intitulées « PREUVES DE L’AGRESSION SOUDANAISE CONTRE  LE TCHAD » ont été distribuées. Cette rencontre a été suivie d’une projection de quelques images montrant la capture des « mercenaires soudanais » qui ont attaqué la capitale tchadienne en avril dernier. Une série de questions-réponses  suivie d’un buffet ont clôturé la rencontre dans une ambiance sereine et pleine d’allégresse. Ialtchad Presse a rencontré le ministre de la Communication, Porte-parole du gouvernement tchadien. Entrevue

Ialtchad Presse : Monsieur le ministre bonjour. Vous êtes en ce moment en France dans le cadre d’une tournée européenne. Quel est l’objet de votre mission ?
Hourmadji MOUSSA DOUMNGOR :
C’est une mission d’information. Trop de choses sont dites sur le Tchad, il est temps que le gouvernement informe, donne sa version des faits qui sont commentés dans un sens ou dans un autre, par rapport aux intérêts des uns et des autres. C’est une campagne d’information pour expliquer la situation telle qu’elle se présente, telle que nous la vivons et telle que nous la gérons.

Ialtchad Presse : Quelles doivent être les différentes étapes de votre périple européen ?
Hourmadji MOUSSA DOUMNGOR :
En principe, après Paris ça va être à Bruxelles. Nous avons pris des contacts, et c’est en fonction de ces contacts que nous allons poursuivre la mission qui, pour le moment, doit se poursuivre à Paris et à Bruxelles.

Ialtchad Presse : Où est-ce que votre mission vous conduira-t-elle après cette tournée européenne ?
Hourmadji MOUSSA DOUMNGOR :
Dans bien d’autres pays qui seront ciblés après la présente tournée.

Ialtchad Presse : Vous faites partie d’une délégation composée de trois ministres et d’une femme parlementaire. Cette délégation est censée tenir une conférence de presse le 25 juillet à Paris. Aujourd’hui, vous rencontrez la communauté tchadienne de France, en l’occurrence celle qui vit à Paris et en région parisienne. Qu’est-ce votre délégation entend-elle dire à vos compatriotes expatriés ?
Hourmadji MOUSSA DOUMNGOR :
Disons qu’il y a une ignorance ou bien une intoxication qui a induit un certain nombre de nos compatriotes en erreur par rapport à la perception de la situation qui prévaut au Tchad. Nous sommes venus ici pour leur dire que le Tchad a été victime d’une agression. Le Tchad a eu des difficultés avec ses partenaires en développement, ce qui a provoqué des tensions de trésoreries qui ont amené aux difficultés que nous avons en ce moment avec les syndicats avec notamment la grève sèche des hôpitaux qui a eu ces conséquences que nous connaissons. Nous avons également dit que le Tchad voulait aller au dialogue politique avec les acteurs politiques, les partis politique légalisés pour voir comment relancer la dynamique démocratique qui a fixé les échéances électorales dont l’une est l’échéance municipale qui doit avoir certainement lieu entre octobre et novembre. Suivra ensuite l’échéance législative, et pour cela il faudra que la classe politique, du moins celle qui, est au regard de la loi, anime l’expression démocratique, c’est-à-dire le régime - le pouvoir - et les partis de l’opposition puissent accorder leur violon, s’entendre sur un minimum pour que ce dialogue politique se renouer, pour que le processus démocratique se poursuive de façon sereine afin que les échéances électorales puissent être respecter, que les élections se font avec la participation de tout le monde de façon transparente. Donc quelles sont les conditions que nous devons créer ensemble. Voilà l’objet de ce dialogue qui n’a pas été très bien perçu par nos compatriotes qui ont fait l’amalgame entre une conférence nationale regroupant les politico-militaires, les associations de la société civile et les partis politiques. Nous avons essayé d’expliquer que le dialogue est une quête permanente, c’est une préoccupation permanente par rapport à soi, par rapport à sa famille dans la République, dans l’Etat. Il n’y a pas un moyen pour un dialogue précis, mais c’est par rapport aux échéances démocratiques, aux échéances constitutionnelles que nous avions estimé que s’il y a dialogue aujourd’hui, c’est un dialogue politique entre le gouvernement et les partis politiques légalisés afin de relancer le processus démocratique. Il ne faut pas l’ignorer, l’opposition a boycotté le recensement électoral, elle a boycotté l’élection présidentielle, ça veut dire que la vie démocratique risque d’être bloquée si l’opposition qui participe à l’expression démocratique ne participe pas aux élections. C’est cette préoccupation qui a amené le gouvernement à proposer aux partis politiques légalisés d’amorcer un dialogue qui permettra peut-être de dialoguer sur d’autres sujets d’intérêt national.

Ialtchad Presse : Les opposants tchadiens vivants en France sont-ils les bienvenus à cette rencontre ?
Hourmadji MOUSSA DOUMNGOR :
Tant que leurs partis sont légalisés, ils sont conviés à ce dialogue.

Ialtchad Presse : Est-ce que c’est pareil pour l’opposition armée ?
Hourmadji MOUSSA DOUMNGOR :
C’est la différence que nous faisons avec l’opposition armée. Il faut dire que l’opposition armée a posé comme exigence ces derniers temps la démission du président Deby. Comment voulez-vous qu’on aille à un dialogue qui pose comme préalable la démission du président de la République qui vient d’être élu démocratiquement ? Que vous contestiez ou pas l’élection, dès l’instant où la cour constitutionnelle a rendu son verdict qui est sans appel, sa décision s’impose à tous les démocrates. Mais si on pose comme condition le départ du président de la République, dans ce contexte le dialogue n’est pas possible. Mais les contacts sont maintenus, la recherche de la main tendue est constante pour qu’à un moment ou à un autre, les compatriotes qui sont mécontents, qui ont pris les armes trouvent un moyen de négocier, de renoncer à la violence et d’engager un dialogue politique avec le gouvernement quitte à se constituer en partis politiques. Pour le moment, étant donné les préalables posés par les politico-militaires, il nous semble qu’il ne faut pas faire de l’amalgame.

Ialtchad Presse : Le 5 juin 2006, le chef de l’Etat a lancé un appel en direction de l’opposition démocratique pour une négociation de paix au Tchad, excluant du coup toute négociation avec l’opposition armée. L’opposition démocratique a refusé de donner suite à l’appel du président. Pour elle, une négociation de paix doit se faire avec l’ensemble des tchadiens, sans exclusive. Depuis lors, l’on est dans une impasse totale. Avec votre périple actuel, le gouvernement tchadien serait-il en train de revoir sa copie pour enfin tendre la main à toute l’opposition aussi bien démocratique que politico-armée ?
Hourmadji MOUSSA DOUMNGOR :
Je vous annonce que la date du dialogue politique est connue. Cela est prévu pour le 28 juillet. Tous les partis politiques légalisés sont conviés. Dans tous les cas les problèmes du Tchad sont connus.

Ceux qui ne sont pas prêt pour venir à ce dialogue maintenant, viendront plus tard par rapport au résultat. Le plus important, c’est qu’est-ce que ce dialogue politique va produire comme résultat. Mais la date du lancement du dialogue politique est connue, ce sera dans quelques jours, le 28 juillet et tous les partis sont conviés. Mais pour le moment il n’est pas question d’y associer les politico-militaires.

Ialtchad Presse : L’opposition tchadienne de la diaspora vient de retenir les dates du 11 et 12 septembre prochain pour tenir une conférence dite « conférence de l’opposition » ici à Paris. Quel impact cela pourrait-il avoir sur le gouvernement tchadien ?
Hourmadji MOUSSA DOUMNGOR :
Disons que quand les Tchadiens se rencontrent pour discuter du problème de leur pays c’est toujours une bonne chose. De la discussion, dit-on, jaillit la lumière. Maintenant qu’est-ce qui en sortira ? Le gouvernement sera toujours attentif à ce qui sortira d’une rencontre entre tchadiens. Mais pour le moment nous n’y sommes pas conviés, pour le moment on ne sait pas quel est le programme, quel est le sujet, autour de quoi vont se focaliser les débats. Pour le moment nous attendons de voir et nous apprécierons la conclusion qui sortira de ce dialogue.

Ialtchad Presse : Est-ce que c’est pour chercher à convaincre l’opposition de renoncer à l’organisation d’un tel forum que la délégation gouvernementale se préoccupe-t-elle tant à la rencontrer ce lundi 24 juillet ?
Hourmadji MOUSSA DOUMNGOR :
Nous n’avons même pas évoqué cette question. Nous avons invité les compatriotes, les Tchadiens qui sont à Paris et qui ont besoin d’une information. Nous ne sommes pas venus à Paris pour détruire l’initiative de l’opposition. Cela n’a pas été notre préoccupation.

Ialtchad Presse : Le bras de fer qui opposait le gouvernement tchadien à la Banque mondiale vient d’avoir un dénouement heureux en faveur de l’Etat tchadien. Quels sont les tenants et aboutissants du nouvel accord qui vient d’être signé par les deux parties ?
Hourmadji MOUSSA DOUMNGOR :
Je crois que ça repose essentiellement sur l’affectation des ressources pétrolières vers les secteurs dits prioritaires qui sont l’Éducation, les Infrastructures, la Santé, l’Environnement et autres. Je crois que c’est un très bon accord qui ne peut pas être considéré comme une victoire du gouvernement tchadien mais comme une espèce de normalisation de relation entre le Tchad et ses partenaires par rapport à un différend, par rapport à un malentendu qui avait fait que les relations étaient tendues, qu’on avait quelquefois suspendu notre coopération mais maintenant les choses sont rentrées dans l’ordre après des explications franches que le Tchad a données à la Banque mondiale et aux autres partenaires. Le Tchad est toujours engagé à utiliser les ressources pétrolières pour réduire la pauvreté, pour enfin transformer le Tchad en un chantier véritablement pour le développement parce qu’en fait le fond du problème tchadien depuis des années, c’est la pauvreté. Mais s’il y a les moyens pour résoudre les problèmes essentiels du peuple tchadien, je crois que nous aurons fait un pas et les ressources pétrolières seront mises à la disposition du développement du Tchad dans les infrastructures, dans l’Éducation, dans la Santé et je crois que la Banque mondiale et tous les partenaires du Tchad ont bien compris, étant donné que nous avons également les dispositifs de contrôle de gestion des ressources pétrolières. Je crois que je ne dirai pas d’une victoire, mais, d’un heureux dénouement. Cette crise qui a pénalisé le Tchad pendant un certain moment parce qu’il nous a manqué de ressources pour continuer nos projets de développement et maintenant les choses repartent à nouveau sur de bons rails avec la Banque mondiale, c’est une très bonne chose.

Ialtchad Presse : Quelles ont été les garanties octroyées par le gouvernement tchadien qui ont suscité la Banque mondiale à accepter de débloquer la situation ?
Hourmadji MOUSSA DOUMNGOR :
La transparence totale dans la gestion des ressources pétrolières avec un dispositif qui est mis en place en accord avec la Banque mondiale.

Ialtchad Presse : En vertu de cet accord, il a été créé un fonds de stabilisation qui a supplanté le fonds pour les générations futures. Comment ce fonds pourrait-il permettre de combler le déficit de l’Etat ?
Hourmadji MOUSSA DOUMNGOR :
De toutes les façons le fonds de stabilisation ne fonctionne que quand les ressources attendues sont importantes. Ce fonds permet de maintenir une constance dans le projet de développement engagé.

Ialtchad Presse : Selon cet accord, 70 % des fonds serviront au développement et à la réduction de la pauvreté. À quoi serviraient les 30 % restants ?
Hourmadji MOUSSA DOUMNGOR :
Les 30 % des fonds restants permettront de faire fonctionner les différentes structures de l’Etat, l’administration. Vous savez que les préfectures, les gouvernorats, les sous-préfectures vivent dans des conditions extrêmement difficiles. Cela permettra donc de donner les moyens d’un renforcement des capacités de l’administration d’une façon générale.

 

Ialtchad Presse : La crise du Darfour est en train de gangrener dangereusement la situation entre le Tchad et le Soudan voire la sous-région tout entière. Au-delà de votre mission actuelle qui consiste à informer l’opinion publique européenne sur ce qui s’y passe, qu’est-ce que le gouvernement tchadien entend-il faire de concret afin que cette partie de l’Afrique puisse connaître un minimum de stabilité ?

Hourmadji MOUSSA DOUMNGOR : On avait dit, il y a un moment, qu’on était en état de belligérance avec le Soudan du fait que ce pays a formé une force importante avec des moyens importants pour agresser le Tchad, pour agresser le pouvoir à N’Djamena. Cette situation s’est stabilisée avec l’intervention d’un certain nombre de pays. Je crois que nous sommes dans une phase de désescalade avec la mission que notre ministre des Affaires Étrangères vient d’effectuer au Soudan pour réaffirmer la volonté du Tchad d’aider à la résolution du problème du Darfour qui du coup permettrait peut-être de résoudre la tension entre les deux pays. La sécurité du Tchad dépend de la sécurité au Darfour et je crois que la sécurité du Darfour dépend également de la sécurité au Tchad. Les deux pays n’ont aucun intérêt à ce que la tension qui existe en ce moment puisse se poursuivre. Le Tchad est engagé dans la recherche d’une solution de paix avec le Soudan et naturellement nous attendons la réponse du Soudan par rapport aux hommes qu’il a armés puissamment et qui sont prêts à attaquer le Tchad. En fait la balle est dans le camp du Soudan en ce moment.

Ialtchad Presse : Le régime tchadien n’a-t-il pas une part de responsabilité dans cette crise ?
Hourmadji MOUSSA DOUMNGOR :
(Hésitation) De quelle nature ?

Ialtchad Presse : Quelle qu’elle puisse être !
Hourmadji MOUSSA DOUMGOR :
Responsabilité, non. Il y a des rébellions au Darfour certes. Des rébellions soudanaises. On a pensé que le Tchad aidait quelques factions de ces rébellions. Mais je peux vous affirmer qu’aucune de ces rébellions n’a aucune base militaire au Tchad. Voilà toute la différence. Mais dans le contexte, le Tchad a toujours mené une médiation. Évidemment il y a de rebelles qui viennent à N’Djamena, qui repartent parce que le Tchad, engagé dans le dialogue, essaye d’avoir des contacts avec les uns et les autres pour nouer le dialogue.

Ialtchad Presse : La mission de l’Union africaine pour le Soudan vient de collecter 200 millions de dollars, sur les 450 millions qu’elle souhaitait obtenir, à Bruxelles. Pensez-vous que cette mission parviendrait à mobiliser les moyens humains et logistiques nécessaires pour assurer la sécurité des populations civiles ?
Hourmadji MOUSSA DOUMNGOR :
Cela est à voir. Les besoins sont là, sont exprimés. Ils sont défendus par le Tchad et par les organisations. Nous souhaitons simplement que les ressources soient suffisantes pour régler tous ces problèmes.

Ialtchad Presse : Le président Deby vient de limoger deux de ses ministres jeudi 20 juillet 2006 pour détournement de plusieurs dizaines de millions de francs CFA. Les deux ministres sont actuellement placés en garde à vue et devront répondre de leurs actes devant la haute cour de justice de N’Djamena. Comment interprétez-vous le comportement de vos deux collègues ?
Hourmadji MOUSSA DOUMNGOR :
C’est une lutte qui est engagée depuis quelques temps, avec la création du Ministère de la moralisation et du contrôle général de l’Etat. N’importe quel citoyen qui se trouverait dans cette situation sera appelé à justifier, à répondre de ses actes. Ce n’est pas parce qu’ils sont des ministres qu’ils soient épargnés. Tous les citoyens qui se mettraient dans cette situation répondront de leurs actes.

Ialtchad Presse : Vous sentez-vous solidaires d’eux ou condamnez-vous leurs actes ?
Hourmadji MOUSSA DOUMNGOR :
Quand quelqu’un n’est pas encore jugé, je crois qu’il a la présomption d’innocence. En l’état actuel des choses, je ne peux pas les accuser d’avoir détourné ou de n’avoir pas détourné des sous.

Ialtchad Presse : Comment jugez-vous l’attitude du chef de l’Etat tchadien qui n’hésite pas à se désolidariser de ses ministres puis les mettre à la disposition de la justice lorsqu’ils commettent une faute lourde ?
Hourmadji MOUSSA DOUMNGOR :
C’est une question de responsabilité. Aucun citoyen n’est au-dessus de la loi. Nous avons une loi qui réprime un certain nombre de délits et dans ce contexte-là le chef de l’Etat est le garant de la justice, le garant des institutions.

Ialtchad Presse : Est-ce autant dire qu’en réprimant sans merci les délinquants qui se révèlent au sein du gouvernement, le régime voudrait-il désormais prouver sa détermination de rompre avec la mal-gouvernance et plutôt promouvoir la bonne gouvernance au Tchad ?
Hourmadji MOUSSA DOUMNGOR :
Le chef de l’Etat l’a déjà réaffirmé plusieurs fois.

Ialtchad Presse : Monsieur le ministre, merci.
Hourmadji MOUSSA DOUMNGOR :
Je vous en prie et tout le plaisir est pour moi.

Propos recueillis par Mohamed Ahmed KEBIR
Correspondant Ialtchad Presse

 

 

Le procès de Hissein Habré au Tchad comporte beaucoup de risque. Cela risquera d’être dramatique et périlleux à cause de la rancune et la haine de la population en son encontre. Il n’aura aucune chance de survivre à son arrivée à l’aéroport de N’Djamena. Il sera lynché.

Ismaïl Hachim, président de l’Association des Victimes de crimes et Répression Politique au Tchad (AVCRP) est à Dakar. Lui-même victime du régime Habré, c’est pour une deuxième fois qu’il est dans la capitale sénégalaise. Débouté en 2000 par la justice sénégalaise qui s’était prononcée incompétente pour juger Hissène Habré pour des crimes commis au Tchad, M. Hachim croit que cette fois-ci est la bonne. Pour lui la disposition « transitoire » belge permettra à la justice sénégalaise d’extrader l’ancien président tchadien afin qu’il soit jugé en Belgique.

C’est par rapport à cette affaire que M. Ismail Hachim nous a reçus  au siège de la Rencontre Africaine de la Défense des Droits de l’Homme (RADDHO) sis Avenue Seydou Nourou Tall Villa N°4024. Après les « salamalecks » coutumières et un bref échange en arabe tchadien, nous avons entamé l’entrevue. C’est un homme calme, attentif et disposé qui a répondu à toutes nos questions sur le combat qu’il mène. D’entrée de jeu il lance « mon but est d’informer l’opinion publique tchadienne et internationale sur le bien-fondé de notre poursuite judiciaire à l’encontre de H.Habré ». L’homme n’a rien oublié de son malheureux séjour dans les geôles de la redoutable Direction de la Documentation et de Sécurité (DDS). Il veut que justice soit rendue en la mémoire des 45.000 disparus durant le règne de fer d’Hissein Habré.

Ialtchad Presse : Bonjour M. Ismaïl Hachim, vous êtes le président de l’Association des Victimes, de Crimes et Répression Politique au Tchad. Pourquoi cette ONG a été créé ?
Ismaël Hachim Abdallah : D’abord merci. Notre ONG dénommée Association des Victimes, de crimes et Répression Politique au Tchad (AVCRP) est issue des circonstances extrêmement difficiles et catastrophiques, suite à la chute de Hissène Habré le 1er décembre 1990. Nous nous sommes retrouvés avec des milliers des victimes parmi lesquelles on y dénombre des orphelins, des handicapés, des veuves, des  rescapés des prisons. Tous étaient traumatisés et déstabilisés mentalement. Et tous ne savaient à quel saint se vouer. Ces milliers de personnes souhaitent que justice leur soit rendue et aspiraient à une réintégration dans la société tchadienne. Elles ont alors estimé nécessaires de s’organiser en association dans un cadre juridique légal pour faire prévaloir leurs droits autrefois bafoués. C’est ainsi qu’est née notre Association.

Ialtchad Presse : Quelle est votre mission et quels sont vos objectifs ?
Ismaël Hachim Abdallah : Notre mission est la défense des intérêts moraux et matériels des victimes de la répression. Pour cela nous avons procédé d’abord à identification des victimes, à l’inventaire de leurs biens spoliés et plaidons jusqu’au aujourd’hui leur cause afin que l’Etat tchadien les indemnise. Nous interpellons le pouvoir public et dénonçons toutes formes d’atrocités qui portent atteintes aux droits humains. Et nous militons pour qu’enfin des cruautés, comme par le passé, ne se répètent plus jamais au Tchad. Enfin, nous cherchons à donner un exemple au reste du monde en véhiculant un message de paix et de justice sociale. Nous avons deux objectifs principaux :

- Au niveau national, nous n’avons pas ménagé nos efforts pour convaincre le pouvoir en place de se débarrasser de nos anciens tortionnaires, bourreaux et complices du régime déchu. Et permettez-moi de vous annoncer que  nous avons réussi grâce à aux pressions exercées sur le gouvernement tchadien à relever de certains postes de responsabilité les personnes impliquées pour des atteintes et des violations massives des droits humains. Ces personnes doivent être désormais mises à la disposition de la justice et nous nous en réjouissons. Il faut dire que c’est un acte historique très important qui permettra à la société tchadienne de renouer avec la stabilité, la paix et la justice sociale.

-Au niveau international, nous sommes associés aux ONG internationales pour traduire en justice Hissène Habré et ses complices.

Ialtchad Presse : Comment avancent vos démarches auprès des officiels sénégalais ?
Ismaël Hachim Abdallah : Il y a cinq ans, ici même à Dakar, nous étions déçus par la justice sénégalaise qui s’était prononcée incompétente pour juger Hissène Habré. Nous nous souvenons bien du courrier qu’a adressé aux victimes tchadiennes,  le président Abdoulaye  Wade lorsqu’il était dans l’opposition. M. Wade a clairement dit, à l’époque, qu’une fois qu’il accéderait au pouvoir, il livrerait Habré à la justice. Aujourd’hui, il est au pouvoir. Et Habré n’est toujours pas jugé. Nous étions obligés d’explorer d’autres horizons où nous pourrions faire valoir nos droits.  Nous nous sommes rendu comptes alors que le Sénégal a ratifié la convention internationale des Nations Unies contre la torture, donc il pourrait faire « l’affaire ». Nous sommes donc ici pour sensibiliser l’opinion publique sénégalaise et internationale. Mais surtout nous adresser aux confréries musulmanes, entres autres ; Tijanes et Mourides. Des confréries très influentes politiquement au Sénégal. L’objectif est de leur demander de convaincre le président Abdoulaye Wade de remettre à la disposition de la justice Hissène Habré pour qu’il réponde des graves et multiples violations des droits humains commis sous sa gouverne. Voilà le but de notre déplacement ici à Dakar.

Ialtchad Presse : Comment avez-vous été accueilli par la société civile sénégalaise ?
Ismaël Hachim Abdallah : Nous avons été accueillis à bras ouvert par le très paisible peuple sénégalais. La société civile sénégalaise s’est mobilisée pour nous venir en aide. C’est grâce à elle que nous parcourrons les chancelleries étrangères accréditées au Sénégal pour les allier à notre cause. Mais il faut dire que nous avons remarqué ici que Habré a menti au peuple sénégalais et nous sommes là pour le démentir.

Ialtchad Presse : Avez-vous le soutien des autorités tchadiennes dans les démarches entreprises  pour extrader Hissène Habré ?
Ismaël Hachim Abdallah : Oui, nous avons le soutien des autorités tchadiennes. Je dois vous dire que le gouvernement tchadien a commencé par collaborer au niveau des entraves liées au volet international. Premièrement, N’Djamena a procédé à la levée de l’immunité de H.Habré. C’est pour la première fois au monde qu’un  pays lève l’immunité de son ancien président. Deuxièmement, les autorités tchadiennes ont donné l’autorisation à la commission rogatoire de venir au Tchad faire des investigations et accéder aux archives de la DDS. Donc à ces niveaux, rien à craindre.

Ialtchad Presse : Pourquoi vous ne réclamez pas que H.Habré soit jugé au Tchad ?
Ismaël Hachim Abdallah : Le procès de H.Habré au Tchad comporte beaucoup de risque. Cela risquera d’être dramatique et périlleux à cause de la rancune et la haine de la population en son encontre. Il n’aura aucune chance de survivre à son arrivée à l’aéroport de N’Djamena. Il sera lynché. Ce n’est pas le but 

Ialtchad Presse : Pourquoi vous n’avez jamais fait des pressions sur le gouvernement tchadien afin que H.Habré soit jugé au Tchad, devant les Tchadiens par exemple ?
Ismaël Hachim Abdallah : Si nous n’avions pas opté pour cette voie, c’est parce que nous estimons que H.Habré a fait de nombreuses victimes et endeuillé des milliers des familles tchadiennes. Pour ce fait, nous craignons pour sa vie au Tchad. Car les familles des victimes seront tentées de se faire justice au détriment du droit. Nous sommes pour un procès équitable. Habré a droit une défense. Voilà pourquoi il est souhaitable que ce procès se tienne dans un autre pays que son pays d’origine.

Ialtchad Presse : Les victimes tchadiennes ont-elles été indemnisées ?
Ismaël Hachim Abdallah : Nous avons mené une campagne pour sensibiliser le gouvernement sur cette question afin qu’il indemnise les victimes. Nous avons recouru aux avocats pour ficeler un dossier juridique. Nous l’avons soumis au gouvernement sous forme des propositions. Et les autorités tchadiennes nous ont promis de soutenir ces propositions. Pour l’instant nous attendons.

Ialtchad Presse : Pourquoi votre organisation s’acharne-elle seulement contre Habré ?
Ismaël Hachim Abdallah : Non. Nous ne nous acharnons pas contre Habré seul. C’est contre tout un système. Raison pour laquelle on parle de Habré et de ses complices, des bourreaux et des tortionnaires. Comprenons-nous bien, le système c’est la DDS. Une puissante machine répressive rattachée à la présidence et qui était à l’époque un Etat dans un État. Nous n’épargnons personnes. Il y a H.Habré et ses co-auteurs.

Ialtchad Presse : Hissène Habré et Idriss Deby ont marqué le Tchad de 1982 à 1990, le procès Habré peut-il se tenir sans Deby ?
Ismaël Hachim Abdallah : Je crois que c’est deux choses qu’il ne faut pas confondre, même si le dossier date de cette époque. Nous tenons à préciser qu’au niveau national des poursuites sont engagées contre les anciens agents de la DDS et à l’échelle internationale contre Habré. Mais le président Deby ne figure pas dans notre programme. Car lui aussi était victime de cette répression même s’il était l’ancien chef d’état-major de Habré. La preuve est qu’il a combattu ce régime. Autre chose importante : Deby est président de la République du Tchad et jouit d’une immunité présidentielle. Nous devons plutôt demander à Deby de soutenir notre combat. Et nous ne pouvons en aucun cas de figure le poursuivre.

Ialtchad Presse : Qu’allez-vous faire pour convaincre l’opinion sénégalaise et africaine très réticente pour l’extradition de Habré vers la Belgique. Parce qu’elle estime que même le président Deby doit répondre sur sa part de responsabilité durant la terreur de DDS sous Habré ?
Ismaël Hachim Abdallah : Je pense que nous possédons des éléments des preuves irréfutables grâce aux documents et aux archives qui témoignent l’ampleur des atrocités. S’agissant de la confrérie « Tijanes »  dont le soutien à H.Habré est  avéré. Celle-ci est encore sous informée. Nous espérons bien la convaincre dans les jours à venir. Quant à l’opinion africaine, je dois dire qu’elle-même était la victime de Habré. Pour le président Deby, il a lui-même perdu la majorité des membres de sa famille. Bref, c’est à la justice d’apprécier la situation.

Ialtchad Presse : Quelle est la situation des droits humains sous le régime actuel ?
Ismaël Hachim Abdallah : Comparativement au régime de Habré, où le peuple était bridé et laminé, dépossédé de sa liberté, il y a lieu de dire ici que sous le régime actuel, le peuple tchadien jouit de sa liberté et de son intégrité. À l’époque, circuler à l’intérieur du Tchad posait problème. Aujourd’hui, la liberté de circulation des personnes et de leurs biens est un fait réel. Le message de mon organisation au peuple tchadien est de leur demander de s’organiser davantage pour lutter contre toutes autres formes des restrictions des libertés publiques.  

Ialtchad Presse : En dépit d’un impressionnant soutien international acquis à votre cause, vous ne parvenez toujours pas à ébranler le dispositif juridique sénégalais. De même, les officiels sénégalais sont restés de marbre face à la pression. Selon vous qu’est ce qui  bloque ?
Ismaël Hachim Abdallah : Il est très tôt de parler des blocages. Nous sommes en pleines démarches à tous les niveaux. Donnons le temps à la justice sénégalaise de traiter le dossier conformément au délai requis.  

Ialtchad Presse : Quelle lecture faites-vous des déclarations du président Abdoulaye Wade et de son ministre des Affaires Étrangères Cheikh Tijani Gadjo. Tous deux disent s’en remettre à la justice de leur pays ?
Ismaël Hachim Abdallah : Nous ne sommes pas surpris par ces déclarations. Nous connaissons bien le président Wade dont la position est toujours complexe à cerner dans cette affaire. Le fait de dire de s’en remettre à la justice de son pays est pour lui un moyen de refuge. D’autant plus que la justice manque d’indépendance et nous savons cela. Vous savez cette affaire est trop politisée au point qu’il nous est aussi difficile de mieux comprendre l’intention réelle des gens.  

Ialtchad Presse : Qu’en pensez-vous lorsque l’on dit que l’affaire Habré est une question politico-judiciaire qui mérité aussi un traitement politique et juridique ?
Ismaël Hachim Abdallah : Justement, c’est à cause de son caractère politique que nous sillonnons toutes les représentations diplomatiques occidentales et africaines pour leur demander de bien vouloir nous trouver une solution à cette question politique. Au niveau juridique, nous comptons sur la pression du peuple sénégalais sur l’appareil judiciaire. Le but, c’est de réussir à associer le politique au juridique pour obtenir l’extradition de Habré.

Ialtchad Presse : Si jamais H.Habré est extradé. Ne craignez-vous pas qu’il fasse un déballage qui compromettre la cohésion sociale déjà précaire Tchad?  
Ismaël Hachim Abdallah : Depuis quinze ans règne au Tchad une stabilité politique. Le peuple est mûr pour consolider cet acquis qu’est l’unité nationale. Je pense donc que Habré n’est plus en possession de ses moyens pour influencer sur la scène tchadienne. De plus, le procès aurait lieu à l’étranger.

Ialtchad Presse : S’il n’est pas extradé ?
Ismaël Hachim Abdallah : Nous verrons bien. Nous sommes une coalition et nous prendrons ensemble les décisions adéquates devant une telle éventualité.

Ialtchad Presse : Hissène Habré est un ancien chef d’Etat africain, avec son procès prendra effet cette disposition de compétence universelle. Qu’est-ce que vous en dites ?
Ismaël Hachim Abdallah : Le fait de juger Habré entre dans cette logique. Celle de rompre avec l’arbitraire, l’injustice érigée en règles par quelques dirigeants de  ce monde sur des paisibles populations. La mise en application de cette disposition de compétence universelle serait sûrement dissuasive pour certains dirigeants politiques qui oppriment leurs peuples. J’encourage son application.

Ialtchad Presse : Les États-Unis et l’Israël ne souhaitent pas que leurs ressortissants comparaissent devant une juridiction étrangère au nom de cette loi. Comment trouvez-vous leur position ?
Ismaël Hachim Abdallah : Si aujourd’hui cette loi est en souffrance c’est parce que certaines grandes nations s’illustrent par le mauvais exemple. Je déplore qu’elles mettent tous les moyens pour torpiller l’avancée de cette loi.

Ialtchad Presse : Merci M. Hachim
Ismaël Hachim Abdallah : C’est moi qui vous remercie.

Entretien réalisé par Makaila Nguebla, correspondant à Dakar

Le Sénégal a-t-il les coudées franches pour Juger Hissène Habré ?

L’Afrique vient de donner un énergique coup de pied dans la fourmilière de l’impunité, pensent les observateurs en matière des droits humains  présents à Banjul lors du sommet de l’Union africaine. Dans la capitale gambienne, Les chefs d’Etat du continent noir, dont certains n’ont rien à envier au  présumé criminel Hissène Habré, ont « confié » le sort de ce dernier à la justice sénégalaise, sous la bienveillance de son président Abdoulaye Wade ; celui-là même qui avait déclaré en 2001 en pleine tempête politico-judiciaire autour de cette affaire, que sous sa présidence Hissène Habré ne sera jamais jugé au Sénégal.

Est-ce encore un engagement sans lendemain ? Pour comprendre l’état d’esprit actuel de la classe dirigeante de Dakar autour du président Wade (porteur de ce lourd défi continental vis-à-vis du monde), nous donnons la parole à un expérimenté journaliste sénégalais, correspondant à Genève du quotidien gouvernemental « Le Soleil » et directeur de publication du journal en ligne « Continent premier ». El Hadj Gorgui Ndoye Wade suit depuis des années le dossier Habré dans l’ « antre » onusien du bout du lac Léman, notamment à la Commission des droits de l’Homme. 

Ialtchad Presse : Le dimanche 2 juillet, à Banjul, le Sommet de l’Union africaine, a finalement convaincu le Sénégal de juger l’ancien dictateur tchadien Hissène Habré. Quel commentaire vous inspire cette décision ?
El Hadj Gorgui Ndoye Wade :
C'est une très bonne nouvelle qu'Hissène Habré, accusé d'avoir commis des assassinats et des tortures de diverses sortes sur près de 40.000 personnes, selon ses détracteurs, puisse enfin être jugé. Il est évident que le président Habré ne peut pas éviter ce procès éternellement. C'est d'ailleurs mieux pour son honneur et celui de sa famille. Pour moi, c'est essentiel que le Continent noir, devenu adulte, se prenne totalement en charge en organisant ce procès.   

Ialtchad Presse : Le Sénégal peut-il, sans coup férir, assumer cette responsabilité inédite en Afrique, juger un ancien chef d’Etat étranger ?
El Hadj Gorgui Ndoye Wade :
Les autorités sénégalaises, dans l'attente de la décision de l'Union africaine, n'avaient pas commenté la décision. Pour sa part l'ONG américaine Human Rights Watch, soulagée, nous a déclaré par la voix de son conseiller spécial Reed Brody que " cette décision du Comité constitue un grand mérite car elle permet désormais de replacer dans un champ strictement juridique, une affaire qui risquait de tomber dans un feuilleton politique". Décision sans précédent car c'est donc pour la première fois que le Comité statue sur la Compétence universelle obligatoire d'un pays dans lequel se trouve un présumé tortionnaire. En réalité, affirmait Reed Brody, " Ce n'est pas en transférant le dossier Habré à l'Union Africaine que le Sénégal pouvait se dérober de ses obligations et ses responsabilités envers la Communauté Internationale". L'affaire Habré est un véritable cas d'école. Le Sénégal aura donc à juger une affaire déjà jugée. En plus le climat politique et social à la veille des élections présidentielles va-t-il permettre au juge sénégalais de se pencher avec sérénité sur ce dossier? Affaire à suivre.

Ialtchad Presse : Approuvez-vous l’avis de certains experts présents à Banjul qui prévoient déjà une longue et épuisante tergiversation des autorités sénégalaises dans l’exécution de ce procès ?
El Hadj Gorgui Ndoye Wade :
Pour être honnête, le Sénégal n'a jamais caché sa volonté de trouver les voies et moyens d'assurer un procès équitable à M. Habré. Il faut aussi rappeler que l'actuel président du Sénégal a hérité ce dossier de son prédécesseur M. Diouf. Hissène Habré bénéficie bel et bien de l'asile politique accordé par Abdou Diouf, président du Sénégal de l'époque. Quand ce dernier a accepté d'accueillir M. Habré, il n'était pas au courant des accusations qui pesaient sur celui qu'on désigne maintenant par le terme « Pinochet africain ». Vous savez bien que la justice est lente et obéit à des procédures délicates. Dès lors que Abdoulaye Wade a accepté la décision de ses pairs africains, je ne vois plus d'obstacles majeurs à la tenue correcte et rapide de ce procès tant attendu. C'est aux juges de dire le Droit et j'espère qu'il en sera ainsi. L'affaire, pour moi, a définitivement quitté le terrain politique pour se situer dans le champ juridique.

Ialtchad Presse : Pourquoi la réforme législative transcrivant dans le droit interne la Convention de l'ONU contre la torture, et permettant de juger au Sénégal un étranger pour des crimes contre l'humanité commis à l'étranger, n’est-elle toujours pas adoptée ?
El Hadj Gorgui Ndoye Wade :
C'est un manquement selon moi. Depuis 1986, date de la ratification de ladite Convention, le Sénégal devait se donner les moyens d'aménager sa législation afin d'être en phase avec ses engagements internationaux. Maintenant, je pense que la procédure suivra son cours et M. Habré sera jugé comme le réclament ses supposées victimes, la société civile, le Comité des Nations Unies contre la torture et l'Union Africaine.

Ialtchad Presse : N’y aurait-il des blocages politiques, comme par le passé ?
El Hadj Gorgui Ndoye Wade :
Abdoulaye Wade est quelqu'un qui dit haut ce qu'il pense. Et je pense que cette affaire est déjà réglée dans sa tête après ses différentes hésitations.

Ialtchad Presse : Selon vous, pourquoi le président sénégalais a-t-il tourné casaque (dire oui au procès après avoir dit non depuis des années) ?
El Hadj Gorgui Ndoye Wade :
Certes, le président Wade a dû ménager les amis sénégalais de M. Habré qui, rappelons-le, est africain et a résisté face à l'impérialisme américain, français et à son puissant voisin le colonel Khaddafi. Habré n'est pas n'importe quel accusé. En plus, il était normal que, par rapport à nos traditions africaines de Moolaadé ou le droit d'asile, le Sénégal lui accordât l'asile politique. Par ailleurs, Abdoulaye Wade est un professeur de Droit. Il est aussi un panafricaniste. On peut tout lui enlever sauf ça. Mais il est aussi un fin stratège politique. Il s'est accommodé dans ses " nuances". En outre, se définissant comme un démocrate et l'un des présidents africains les mieux élus, pouvait-il ignorer les recommandations amicales et fermes des Nations Unies?

Ialtchad Presse : Hissène Habré devant la Justice sénégalaise et Charles Taylor devant la Justice internationale basée aux Pays-Bas. Quelle est votre opinion sur cette différence de sort entre ces deux anciens chefs d’Etat africains ?
El Hadj Gorgui Ndoye Wade :
Habré a eu la chance d'avoir reçu l'hospitalité d'un pays comme le Sénégal où on refuse le déshonneur et l'humiliation. Un pays fidèle à la France mais enraciné dans ses fortes traditions africaines et d'ouverture au reste du monde. Personne ne pouvait se permettre de venir « cueillir » M. Habré comme un chien au Sénégal. Maintenant, Taylor, c'est autre chose. Nous Sénégalais, nous sommes en majorité des musulmans et des francophones conséquents. Nous avons hérité du Coran et de la Déclaration Universelle des droits de l'Homme. Je trouve honteux pour ma part qu'un président d'Afrique ayant commis ses supposés crimes en Afrique, puisse être extradé pour un jugement ailleurs qu'en Afrique. C'est encore un mépris affiché contre notre continent et rabaisser l'homme noir qu'on continue à montrer comme un "barbare". Il est évident que la situation politique des pays concernés dans cette affaire n'est pas la même.

Ialtchad Presse : Cette décision « africaine » peut-elle être considérée comme la première déclaration de guerre du continent noir contre l’impunité ?

El Hadj Gorgui Ndoye Wade : Je suis un fervent défenseur des droits humains. Je suis farouchement opposé à toute violation des droits de l'homme où qu'elle se produise dans le monde. Pour moi, l'impunité n'a plus sa raison d'être au 21ème siècle si les êtres humains sont nés égaux. Évidemment, nous assistons à un lent mais solide processus de démocratisation et d'ancrage de l'Etat de Droit en Afrique. M. Eric Sottas, directeur de l'Organisation mondiale contre la torture (OMCT) qui connaît bien le dossier considérait que « Dans le fonds, on aurait pu juger Hissène Habré depuis longtemps tant au Sénégal qu’au Tchad. Mais pour des raisons politiques on ne l’a pas fait. » Il a ensuite ajouté: « J’espère que le cas du Président Habré, constituera un précédent (pas une vengeance) pour que les droits des victimes soient reconnus et que ceux qui ont été leurs tortionnaires soient jugés et sanctionnés. » Il a conclu en disant qu’il y a « beaucoup d’Hissène Habré qui doivent être avertis car il faut lutter contre l’impunité.»

Mais ne nous leurrons pas, nos dictateurs africains ont eu toujours la bénédiction de l'Occident dit démocratique. Charles Taylor était partout accueilli en Europe et aux États-Unis. On lui déroulait le tapis rouge. Dans la complaisance. Tant que les intérêts occidentaux le justifiaient. Revenons à Habré. C'est connu! Les États-Unis et la France ont soutenu Habré, ils l'ont considéré comme un rempart contre le leader libyen Muammar Kaddhafi. Il a bénéficié sous Ronald Reagan de l'appui de la CIA. On l'a aidé à prendre le pouvoir, à entraîner ses hommes. Malgré l’enlèvement par Habré et ses hommes, alors en rébellion contre le pouvoir central, de l'anthropologue française Françoise Claustre en 1974 et le meurtre du Capitaine Galopin venu négocier la libération de sa compatriote en 1975, la France a également soutenu Habré contre la Libye en lui procurant armes, soutien logistique et renseignements, et en lançant les opérations militaires « Manta » (1983) et « Épervier » (1986). Mais comme la France a toujours cherché une alternative à Habré, elle n’a pas hésité à appuyer la rébellion d’Idriss Déby. Autre paradoxe, la Commission d’Enquête sur les crimes de M. Habré recommandait dès 1992 d’engager des poursuites judiciaires contre les auteurs des atrocités, mais le gouvernement actuel du Tchad n’a jamais cherché l’extradition de Habré du Sénégal, ni n’a engagé des poursuites contre ses complices restés au Tchad. Comment juger Habré ou même le condamner au besoin en disculpant Idriss Deby son ex - bras droit?

Un autre élément qui me fait peur, c'est cette propension à l'ethnicisation de tous les conflits en Afrique. On accuse Habré, issu de l'ethnie des Gorane, d'avoir commis des assassinats et des tortures sur des personnes qui seraient notamment des Sara et d’autres groupes du Sud, des Hadjeraïs et des Zaghawas en oubliant de porter un regard sur cette lutte pour l'accès aux ressources, l'analphabétisme la pauvreté, la dictature des multinationales. Il faudra donc penser à lutter contre les causes même de la déliquescence de l'Etat de Droit en Afrique.

Propos recueillis par Frank Kodbaye

« Vous savez que depuis quarante ans, nous avions privilégié la prise du pouvoir par les armes. Nous nous sommes rendu compte que rien n’a été réglé. On n’a fait que repousser les problèmes à d’autres moments donnés et finalement on retombe sur les mêmes problèmes... » Massalbaye Tenebaye

Professeur de Lettres et militant des droits de l’Homme, Massalbaye Tenebaye a été Secrétaire général de la Ligue Tchadienne des droits de l’Homme pendant dix ans. Actuellement il est président de la Ligue Tchadienne des Droits de l’Homme et vice-président de l’Union Inter-Africaine des Droits de l’Homme (UIDH). Il est membre du Comité de Suivi de l’Appel à la Paix et à la Réconciliation. A l’occasion de la tenue de la conférence de presse en duo avec Delphine Djiraïbé à Paris, il ne s’est pas dérobé aux questions que Ialtchad Presse lui a posées.

Ialtchad Presse : Massalbaye Tenebaye Bonjour. Pourquoi une Conférence de presse à Paris ?
Massalbaye Tenebaye : Notre présence à Paris participe d’une dynamique d’information et de plaidoyer pour amener davantage d’adhésions à notre projet d’organiser un dialogue national qui regrouperait tous les Partis. Ce travail se fera à l’intérieur du pays. Nous avons installé des comités locaux dans les principales villes du pays. Nous avons organisé deux «Foras» thématiques qui sont des forums des femmes pour exprimer toute la problématique de la question de la femme dans le cadre du développement de la paix ; l’organisation d’un forum des jeunes. Tous ces forums ont été organisés en janvier à N’Djamena. Début février, il y a eu également l’organisation de deux «Foras» régionaux : le premier à Abéché et le second à Moundou où les différentes sensibilités se sont retrouvées pour réfléchir sur les conditions de préservation d’une paix réelle. Cette dynamique que nous avons lancée est une dynamique populaire qui œuvre en faveur de la Paix à l’intérieur et à l’extérieur du Pays. En France, ici, nous sommes venus pour organiser une campagne d’information pour demander aux forces en présence, aux responsables politiques français, aux responsables politiques des autres pays également et la société civile en France de soutenir notre action en faveur de la Paix au Tchad.

Ialtchad Presse : Pensez-vous que l’opposition armée soit franchement favorable pour s’asseoir autour d’une table de négociation avec Idriss Deby sachant que celui-ci est affaibli sur tous les plans d’une part et que, d’autre part, ses principaux généraux viennent de le quitter ?
Massalbaye Tenebaye : C’est ce qui nous des raisons de croire qu’il faut agir vite, agir maintenant. Il est clair que nous ne sommes pas sur le terrain pour pouvoir évaluer la puissance de feu des foyers des rebellions, des structures politico-militaires. Cependant ces forces constituent un atout non négligeable sans lequel la paix ne pourra se réaliser.

Ialtchad Presse : Avez-vous contacté les politico-armés pour leur faire vos propositions qui s’inscrivent dans une logique d’instaurer une paix durable au Tchad ?
Massalbaye Tenebaye : Je note que depuis un certain temps, à travers le discours que tiennent les principaux responsables des rebellions armées, c’est qu’il faut aller à un dialogue, il faut aller à un forum, il faut aller à une sortie de crise. Cela adhère à notre projet d’organisation, avec tout le monde, d’un cadre de dialogue national pour une paix globale, pour ce processus national de résolution de crise. Et c’est en cela que nous estimons qu’il faut, au-delà n’est-ce pas des prises de positions radicales, qu’il s’agisse côté rébellion ou côté Idriss Deby, éviter que les populations tchadiennes retombent une fois encore dans l’horreur et dans l’enfer. Vous savez que depuis quarante ans, nous avions privilégié la prise du pouvoir par les armes. Nous nous sommes rendu compte que rien n’a été réglé. On n’a fait que repousser les problèmes à d’autres moments donnés et finalement on retombe sur les mêmes problèmes.

Le problème tient à deux choses : La gouvernance politique et la gouvernance économique. Il faut un partage juste et équitable de toutes les ressources. Il faut donc un espace de liberté. Liberté d’expression ; Liberté politique ; Liberté d’énergie donc créer les conditions de développement y compris la question de l’armée. Ce sont là les problèmes de fond. Tant qu’on ne règle pas ces problèmes de fond, on ne peut pas parler de démocratie, on ne peut pas parler de développement. On peut prendre le pouvoir par les armes aujourd’hui mais si on ne cherche pas à résoudre ces problèmes, on va se faire renverser encore par d’autres puissances. Et nous voulons mettre un terme à cela.

Ialtchad Presse : Avec ou sans Idriss Deby ?
Massalbaye Tenebaye : Les Tchadiens décideront. Il faut donner la possibilité aux Tchadiens de choisir le président de la République qu’ils souhaiteraient voir à la tête du pays, l’homme qu’il faut à la place qu’il faut.

Ialtchad Presse : Comment donner cette possibilité aux Tchadiens ?
Massalbaye Tenebaye : Par le dialogue ; Par les discussions ; Par la résolution pacifique de ces conflits. Nous ne voyons pas d’autres alternatives.

Ialtchad Presse : Je vous remercie Massalbaye Tenebaye.
Massalbaye Tenebaye : Merci.

Ialtchad Presse : Seize ans durant, le dialogue n’a pas cessé d’être amorcé dans ce pays. Mais il n’a jamais porté ses fruits. Pensez-vous que les Tchadiens vont désormais croire au dialogue de chimère ?
Massalbaye Tenebaye : Ce n’étaient pas de véritables dialogues. Qu’il s’agisse de la CNS, rappelez-vous, qui a été biaisée complètement. La CNS a été imposée par la pression des forces sociales et de l’opinion internationale. Le régime a été obligé d’organiser la Conférence Nationale Souveraine. Vous voyez bien que ça a été biaisé même si cela a dessiné le cadre du processus démocratique, de libéralisation de la vie publique. On a installé des institutions républicaines : Assemblée nationale ; Justice ; On a organisé les élections bref, toutes ces institutions ont été déviées de leurs missions, sont confisquées par le régime. On a vu que ça a créé des mécontentements. Des foyers de rébellions se sont créés par-ci par-là. Il y a eu des accords de paix, mais des accords de paix de seigneurs de guerre. Une fois de plus, ce n’étaient pas de réconciliations puisqu’elles se sont soldées dans la tragédie parce que les personnes qui ont signé ces accords de paix, qui étaient des opposants, ont été finalement presque toutes assassinées les unes après les autres. Depuis plus de dix ans, nous n’avions cesse de réclamer que la question tchadienne soit traitée par un règlement global à travers les problèmes de fond et non à travers des ralliements, à travers des accords autours des intérêts juteux. Tant qu’on va dans ce sens, on n’avancera pas. Aujourd’hui, la vérité est là. Elle crève les yeux. On retombe aujourd’hui dans une crise jamais traversée par la passé.

Ialtchad Presse : Quelle est la position d’Idriss Deby par rapport à vos démarches ?
Massalbaye Tenebaye : Je crois qu’il faut être un peu d’une dose de lucidité. Aujourd’hui, nous, en tant qu’organisation de la société civile, nous nous positionnons en facilitateurs, en médiateurs. À partir de ce moment, nous n’aurons pas à juger. Dans tous les cas, le processus que nous engageons aujourd’hui est un processus qui n’exclue personne. Après tout, d’ici jusqu’à juin, le président Deby reste président de la République. Le processus que nous engageons ne peut pas l’exclure. Il est une pièce qui compte sur l’échiquier tchadien et donc il faudrait que tous ces acteurs politiques de la vie publique, qu’on les mette ensemble y compris Idriss Deby. On ne peut pas engager notre processus de paix en l’excluant sous prétexte qu’il a mal gouverné. Il faut laisser le soin aux Tchadiens de décider de son sort.

Ialtchad Presse : Que va-t-il se passer au-delà du mois de juin 2006, sachant maintenant que la présidentielle est prévue pour le 3 mai prochain ?
Massalbaye Tenebaye : Alors au-delà du mois de mai prochain, d’abord nous pensons aujourd’hui que les conditions ne sont pas réunies pour organiser des élections présidentielles. Politiquement et techniquement ce n’est pas possible, ça c’est clair. C’est pour cela que nous demandons d’abord qu’il y ait des préalables. Il faut d’abord l’organisation d’un dialogue national, d’une paix globale à l’issue de laquelle une transition devra déterminer les conditions dans lesquelles les élections pourront se dérouler. Il faudrait établir au préalable de règles très précises qui conditionneront ces élections. Il faut, avant d’aller aux élections, que les questions de fond soient réglées ; Les questions de mal vivre ensemble soient réglées ; Les questions de l’armée ; Les questions du développement ; La création des conditions pour que les énergies se libèrent ; Les questions de la règle du jeu d’accès au pouvoir ou de l’exercice du pouvoir dans la transparence et en toute démocratie soient réglées. C’est tous ces préalables qu’il faut régler avant d’aller aux élections. Nous pensons qu’il faut prendre en considération tous ces éléments, il faut une période pour résoudre tous ces problèmes avant de prétendre aller aux élections. Il faut garantir la paix et la stabilité afin d’arriver à des élections sûres, transparentes, libres et démocratiques

Ialtchad Presse : Pensez-vous que Deby accepterait des résolutions qui iraient en sa défaveur au cas où il faudrait organiser une table ronde ?
Massalbaye Tenebaye : À la place de Deby, j’accepterais cette occasion que nous lui avons offerte. Pace que là, il va droit dans le mur.

Ialtchad Presse : Quel est votre mot de la fin ?
Massalbaye Tenebaye : Mon mot de la fin, je crois à la Paix au Tchad.

Propos recueillis par Mohamed Ahmed KEBIR
Correspondant Ialtchad Presse

«Nous ne dirons pas que dans le cadre de l’exploitation du pétrole, il n’existe pas de risque. Quand vous descendez de votre lit le matin pour aller au travail,
vous prenez des risques en traversant la route. Donc, disons que toutes les activités humaines sont soumises à des risques...»

De passage à Montréal pour une rencontre avec des partenaires dans le cadre d'une étude d'un projet de développement et une évaluation environnementale régionaux, Monsieur Sandjima Dounia, Secrétaire exécutif du Comité Technique National de Suivi et de Contrôle des aspects environnementaux du projet pétrole, a rencontré Ialtchad Presse. Durant cet entretien, tous les aspects des questions liés à l'environnement sur le projet pétrole ont été abordés.

Ialtchad Presse : -  Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs de Ialtchad Presse, la première Presse électronique Tchadienne ?
Sandjima Dounia : Sandjima Dounia, Secrétaire exécutif du Comité Technique National de Suivi et de Contrôle des aspects environnementaux du projet pétrole. C’est un comité national qui a été mis sur place par le gouvernement pour essayer de suivre et de contrôler tout ce qui est lié dans le cadre du projet pétrolier aux aspects biophysiques, socio-économiques, sanitaires et sécuritaires, entendez sécurité du travail.

Ialtchad Presse : - 
Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs de Ialtchad Presse, la première Presse électronique Tchadienne ?
Sandjima Dounia : Sandjima Dounia, Secrétaire exécutif du Comité Technique National de Suivi et de Contrôle des aspects environnementaux du projet pétrole. C’est un comité national qui a été mis sur place par le gouvernement pour essayer de suivre et de contrôler tout ce qui est lié dans le cadre du projet pétrolier aux aspects biophysiques, socio-économiques, sanitaires et sécuritaires, entendez sécurité du travail.

Ialtchad Presse : - Le mythe sur le pétrole tchadien est en train de devenir réalité. Le pétrole coulera d’ici peu dans notre pays. Quelle est, selon vous, la date à laquelle la première goutte de l’or noir jaillira du sous-sol tchadien?
Sandjima Dounia : Bon, parler en termes de date, c’est être trop mathématique. Nous allons dire ce que tout le monde connaît au Tchad. C’est qu’en juillet, il y aura la phase de production qui va commencer. Et cette phase de production signifie donc que la première goutte de pétrole tchadien va donc sortir. Et bien sûr, il y aura des phases pour remplir le pipeline, une phase pour remplir le bateau de stockage flottant. Mais dans tous les cas, juillet reste, à notre avis la date du début de production du pétrole tchadien.

Ialtchad Presse : - L’exploitation du pétrole au Tchad a fait l’objet de véritable controverse. Les défenseurs de l’environnement s’y étaient catégoriquement opposés. Qu’est-ce qui explique le fait que, malgré tout, le projet semble arriver à terme selon les échéances voire même plutôt que prévu?
Sandjima Dounia : Là, il faudrait dire qu’il y a eu des efforts certains de la part de nos partenaires du consortium pétrolier, en terme d’effectif qui a été augmenté; effectif des travailleurs, effectif du personnel. Mais en terme également d’ordre technique qui a été mis en place pour permettre de raccourcir le délai, de raccourcir la fin de la phase de construction. Donc là, pour ce qui concerne les environnementalistes qui avaient au départ été opposés, probablement, ils n’ont pas tenu compte de tous les efforts qui ont été faits pour prendre des dispositions. Et aujourd’hui, on peut dire que les plans de gestion de l’environnement qui est un ensemble de document référentiel est une documentation qui a servi à faire des choses selon les normes environnementales.

Ialtchad Presse : - Les ONG et les organisations gouvernementales se voyaient marginalisées des débats et autres décisions majeures concernant le sort des populations des zones exploitées. Quels sont, aujourd’hui, les rapports entre le gouvernement et les ONG ainsi que les organisations paysannes?
Sandjima Dounia : Bon, évidemment entre le gouvernement et la société civile prise dans son ensemble, nous ne pouvons pas dire que les relations ne peuvent être que des relations très tendres. Chaque corporation défendant ce qui peut se comprendre, son point de vue. C’est ce qui est tout à fait normal.
Le gouvernement qui est dans ses attributions chargé de défendre les intérêts de la population, se voit quelque fois mal à l’aise de se trouver avec les ONG, qui disent défendre les intérêts de la population. Dans tous les cas, aujourd’hui, les rapports entre le gouvernement et la société civile sont dans une bonne phase. Nous nous acheminons toujours vers des meilleurs rapports. Et la preuve, vous avez du remarquer, nous nous trouvons entre des représentants des ONG et du gouvernement qui sont là ensemble pour pouvoir discuter avec un bureau d’étude canadien qui a été commis pour élaborer le plan de développement régional et l’évaluation environnementale régionale de la zone du projet pétrole de DOBA.

Ialtchad Presse : - Quelles sont les dispositions qui ont été prises par le gouvernement pour atténuer les risques environnementaux et les risques socio-économiques?
Sandjima Dounia :
Bon, il faudrait signaler que tout à l’heure vous avez parlé des environnementalistes qui s’étaient opposés à la mise en œuvre du projet. Effectivement, il faudrait signaler que la Constitution du Tchad est une Constitution qui dispose en certains de ses articles, si vous prenez l’article 48 et l’article 52, vous trouverez donc des dispositions qui sont liées directement à l’environnement. Et cette constitution date de 1996. C’est dire que, soucieux de respecter les dispositions constitutionnelles, le Tchad, avec l’appui de ses partenaires notamment du groupe de la Banque Mondiale a mis en place un comité, le comité de surveillance et de contrôle du projet pétrolier. C’est un comité qui existe sur financement de l’association pour le développement de la BM et qui est donc en train de travailler. Donc, dans le cadre de ce comité technique, deux attributions lui sont dévolues, notamment suivre et contrôler les aspects environnementaux du projet pétrolier mais également s’assurer que les mesures d’urgences qui sont mises en place pour atténuer les impacts environnementaux négatifs du projet pétrole sur la région productrice sont bel et bien mises en œuvre. Dans ce sens là, passant donc les activités de suivi et de contrôle par des équipes de la CTNSC qui sont en place (une équipe biophysique, une équipe socio-économique, une équipe chargée de la santé et de la sécurité du travail) pour parler par exemple de ce que nous avons fait au niveau du CTNSC en terme de mesures d’urgence. Si nous prenons le cas de la gestion des ressources naturelles, nous avons signé un contrat avec l’agence pour l’énergie domestique et l’environnement pour des activités liées à  la gestion durable et participative des ressources naturelles dans la région pétrolière. Et nous nous trouvons dans une phase teste qui doit durer un an. Les activités avancent bien de ce côté-là. En ce moment sur une activité d’enquête trafic pour voir un peu quelle est la quantité de bois transformés en charbon, qu’est-ce qui sort, d’où est-ce que ça sort etc. 
Deuxièmement, sur le plan de la santé, nous avons également signé un contrat avec le projet population et lutte contre le SIDA pour des activités dans ce sens-là. Donc, ce projet-là, assure un certain nombre d’activités dans le cadre de la lutte et de la prévention contre les maladies sexuellement transmissibles (MST) et notamment contre le VIH SIDA.Nous avons dans ce sens-là acheté et mis à la disposition des populations dans la zone des cartons de préservatifs en quantité suffisante. Dans un autre sens, nous avons acheté et mis à la disposition de la délégation préfectorale sanitaire du Logone orientale des médicaments pour environ 72 millions de FCFA. Nous sommes sur le dossier d’appel d’offre pour réhabiliter l’hôpital de Doba. Nous avons acheté également un groupe électrogène pour l’hôpital de Doba. Nous sommes en train d’évaluer les soumissions pour la construction du centre de santé urbain de Doba. C’est tout ce qui concerne la santé.  Mais également d’autres infrastructures publiques que nous avons pu, soit lancer la construction, soit nous sommes au niveau de la finalisation du dossier de l’appel d’offre. Par exemple, il y a la construction de l’hôtel de ville de Doba et de Bebidja. Dans le réseau eau, assainissement et gestion de déchets urbains, nous avons construit dans une première phase des décharges publiques, des latrines, mais également des bacs à ordure. Nous avons aussi fait des extensions de caniveaux et dans une deuxième phase qui est en cours en ce moment, il y a une construction de château d’eau de Bebidja. Il y a également la construction de deux décharges publiques à Doba et à Bebidja. Donc, tout cela est dans le cadre du réseau assainissement et de gestion de déchets urbains. Et, c’est tout cela qui constitue un certain nombre d’activités et bien sur d’autres activités vont venir, notamment la construction du marché moderne a Doba et a Bebidja. Ce sont ainsi les mesures qui sont prévues dans le plan de gestion de l’environnement et que nous essayons de mettre en œuvre et répertorier d’autres mesures additionnelles pour lesquelles nous sommes en train de chercher des financements notamment la construction des clôtures des écoles pour assurer la sécurité des enfants, la réhabilitation de l’hôpital même de Bebidja etc.

Ialtchad Presse : - Les conséquences sur l’environnement pourraient être énormes en cas de pollution (soit 104$/habitant) alors que les bénéfices du projet sont estimés à 4 dollars/ habitant durant les 30 ans que durera l’exploitation selon l’étude de l’université Wanick en Grande Bretagne en 1999. Ce risque d’un désastre écologique existe. Or, selon la fondation américaine Environment Development Funds, il n’y a jusque-là aucune analyse sur les trajectoires des nappes en cas de fuite, ni de plan d’intervention spécifique. Comment interprétez-vous cela?
Sandjima Dounia : Nous ne dirons pas que dans le cadre de l’exploitation du pétrole, il n’existe pas de risque. Quand vous descendez de votre lit le matin pour aller au travail, vous prenez des risques en traversant la route. Donc, disons que toutes les activités humaines sont soumises à des risques. Cela est sûr.

Maintenant, dire qu’il n’y a pas de plan spécifique et bien sûr il suffit que vous ayez des correspondants à N’Djamena et que vous leur demander d’aller au centre de documentation du CTSNC, on leur montrera les plans spécifiques d’intervention en cas de déversement d’hydrocarbure. D’abord, il faut signaler que le plan de gestion environnemental, dans le document de référence, il existe un plan général avec des principes généraux d’intervention. Après ça, il y a eu des plans spécifiques et notamment en ce qui concerne le cas du Tchad, il y a deux plans spécifiques : Un plan pour la zone des champs pétroliers donc là  où passent les installations de surface. Si vous prenez en termes de canton, c’est le canton de Miandoum, Béré et Komé. Vous avez un second plan spécifique pour le cas d’intervention, en cas de déversement du pipe-line. Donc on ne peut pas dire aujourd’hui qu’il n y a pas de disposition qui ont été prises pour diminuer les risques. Il peut y avoir des risques, un écoulement mais au moins pour intervenir en cas d’écoulement, il y a des documents et ça peut se vérifier. Il suffit d’aller à la documentation du CTSNC ou dans la salle de lecture d’ESSO pour trouver ces documents et pouvoir les lire.

Ialtchad Presse : - Avoir un plan est une chose et avoir les moyens et les ressources humaines nécessaires à cette intervention en est une autre. Pensez-vous qu’aujourd’hui en cas de déversement de pétrole, le Tchad dispose de moyens logistiques et des hommes qui pourraient effectivement remédier à cette situation?

Sandjima Dounia : D’abord il faut lever une espèce d’équivoque. C’est que dans le cas d’activités pétrolières, c’est la compagnie pétrolière d’exploitation qui prend les dispositions pour intervenir en cas de déversement d’hydrocarbure. Donc on ne parle pas  de ressources de CTSNC, on parle en termes de ressources du consortium. Dans ce sens-là, nous disons qu’il existe des documents de référence. Premièrement, il y a des équipes qui existent au niveau d’ESSO et qui sont chargées de faire le contrôle autour du pipe-line mais également il existe un système informatique qui permet de surveiller dès qu’il y a une fuite à un niveau ou à un autre. Cela c’est en ce qui concerne le système de contrôle. Pour ce qui concerne les RH, ces ressources humaines existent comme on l’a dit tout à l’heure. Pour ce qui concerne les équipements, ceci dépend des niveaux. Il y a des niveaux de déversement 1 par exemple qui ne nécessite pas beaucoup d’équipements. Et là, le consortium ESSO en dispose à Komé. Il y a les niveaux 2 et 3, là, à partir de ce moment, on fait des interventions avec des équipements qui viennent de l’extérieur. Dans ce cas, bien sûr, les dispositions sont prises. Bien sûr cela prendra du temps. Mais ces équipements existent à Londres et on peut les faire venir. Dans ce sens, il faut signaler que nous avons des dispositions de facilités qui ont été négociées par le gouvernement pour permettre à des experts d’intervention d’entrer facilement sans prendre le détour de visa. Également avec le Ministère des Finances, il y a des facilités de douane. Parce qu’il y a des équipements qui arrivent. On ne doit pas les soumettre aux exigences de la douane. Donc il y a dans ce sens des facilités qui sont offertes et qui font entrer très rapidement les équipements, les experts d’intervention en cas de déversement. De toutes les façons, ceci ne sera pas à l’honneur du consortium de se trouver dans une situation où il y a des déversements et il ne peut pas intervenir. Pour la crédibilité du consortium, ça ne sera pas bien fait pour la compagnie pétrolière de se trouver dans une situation de ce genre a. Donc des dispositions sont prises mais comme nous l’avons dit, il n’y a pas de risque zéro.

Ialtchad Presse : - En 1999, les ONG sont montées au créneau pour dénoncer la faiblesse de l’indemnisation et des compensations. Le cas du manguier est le plus édifiant. ESSO proposait 3500 FCFA pour l’abattage d’un manguier. Après étude, la valeur du manguier est montée à 550 000 FCFA avec en plus, la fourniture de jeunes pousses et de quoi les entretenir. Quelles sont à court terme et  à moyen et long terme les autres indemnisations prévues pour remédier à la situation?
Sandjima Dounia :
D’abord en termes d’indemnisations, il y a les indemnités individuelles que ça soit en espèces ou en argent. Ce sont des indemnités qui ont été faites aux concernés. Il faudrait signaler qu’il y a une possibilité de recours. Cela veut dire si après avoir reçu votre compensation, vous n’êtes pas satisfaits, et que vous vous sentez quelque part lésé (parce que les barèmes existent, par exemple si vous avez une  télécopie, je vous balancerai les derniers barèmes des indemnités), il y a des voies de recours. Il suffit d’écrire soit directement à ESSO soit au CTNSC pour dire : moi, je suis un paysan, j’ai un champ de tant, je devrais une compensation de tant, j’ai par exemple 50 manguiers…On devrait faire ceci et on ne l’a pas fait…Alors nous allons nous rapprocher de vous et nous essayerons de trouver des solutions à partir des barèmes qui sont là. Ceci c'est donc pour la phase compensation : compensation en espèces, en nature, individuelle…Mais il y a également la compensation communautaire. Pour ce qui est de la compensation communautaire, ESSO a commis donc une ONG qu’on appelle GTZ, une ONG allemande qui travaille avec une ONG tchadienne et qui a donc fait de consultations au village pour voir comment, qu’est-ce que la communauté villageoise veut, est-ce un puits, est-ce un grenier communautaire…Et donc, GTZ et les ONG tchadiennes qui travaillent dans ce domaine  la essayent de discuter avec la population pour voir si leurs choix et bientôt nous allons donc passer à la mise en œuvre de ce choix qui été faits par les communautés villageoises avec l’aide technique et les conseils des ONG nationales. Donc nous nous trouvons à ce niveau-là pour les compensations communautaires.

Ialtchad Presse : - Le député Yorongar prévoyait entre 80 000 et 100 000 le nombre de personnes à déguerpir. Quelles sont les mesures qui ont été prises pour relocaliser ces personnes?
Sandjima Dounia :
D’abord nous ne savons pas d’où est-ce que le député Yorongar tire ses chiffres. Ce que nous savons, c’est que nous avons réinstallé 26 familles. Si vous prenez la moyenne des familles tchadiennes 6 personnes selon les démographes. Nous sommes ainsi peut-être au-dessus de 100, 150 à peu près. Donc il y a cette réinstallation qui a été faite. Parler de 80 000, 100 000, je préfère ne pas m’aventurer sur les chiffres. Nous nous donnons les chiffres que nos experts socio-économiques sur le terrain nous rapportent. Donc nous ne pouvons pas considérer les chiffres de 80 000, 100 000 personnes. Peut-être il vous dira un peu plus d’où est-ce qu’il a tiré ces chiffres.

Ialtchad Presse : - Comment le gouvernement prévoit-il réduire la pauvreté avec l’exploitation du pétrole?
Sandjima Dounia :
D’abord pour ce qui concerne la région pétrolière, nous sommes en ce moment au Canada pour discuter avec un bureau d’étude qui a été retenu en association avec un bureau d’étude tchadien la SOGEMAC, pour élaborer un projet de développement régional et une évaluation environnementale régional. Déjà l’élaboration de ce plan régional fournit un document référentiel pour des actions qui peuvent être entreprises dans les 5 années à venir au profit de la région pétrolière. Ceci, c’est la première phase. Un autre aspect qu’il faut signaler dans le cadre de la réduction de la pauvreté, c’est que dans le prêt que le gouvernement a fait auprès de l’Association International pour le développement, il y a un point qui n’est pas négligeable, resservie à un fonds social appelé Fonds d’Actions Concertées d’Initiatives Locales (F.A.C.I.L). Ce fonds a trois volets d’activités :

     1- un volet sur les infrastructures socio-économiques de base : écoles, centres de santé, ouvrage de franchissement sur les cours d’eau….

     2- un deuxième volet d’actions : renforcement de capacité et le développement local

     3- un troisième volet d’actions : actions génératrices de revenus ou les micro-crédits.

Dans chacune de ces actions, il y a des actions qui sont entreprises. Par exemple, récemment nous avons été à Miandoum pour savoir à quel niveau se trouve les constructions de six salles de classes du Collège d’enseignement général (CEG) de Miandoum. Nous rappelons que le CEG de Miandoum est un Collège où il y a des salles de classes en paille tressée, en secco ou les élèves sont assis sur des troncs d’arbre, sur des briques etc. Donc; la communauté villageoise a demandé  en premier lieu, qu’on construise des salles de classe pour leurs enfants. Et c’est cela que le F.A.C.I.L s’attache à faire en ce moment. Et c’est presque fini. Il y a également d’autres salles de classes en constructions dans d’autres localités.
Deuxièmement, dans le cadre de renforcement de capacité, il y a eu, par exemple, la formation en gestion des associations des parents d’élèves. Il y a eu la formation en greffage et certaines cultures maraîchères. Donc, ce sont des formations de ce genre. Troisièmement en actions génératrices de revenus ou en micro-crédit, il y a également des ONG intermédiaires qui ont signé des contrats avec le FACIL et ont reçu à avoir le fonds qu’il faut pour rétrocéder ou donner, des prêts à des bénéficiaires pour faire des activités du micro-crédit. Donc, dans ce sens-là aussi nous pouvons dire qu’il y a un souci de réduire la pauvreté par le gouvernement. Le troisième élément qu’on peut citer, il y a un plan de développement de F.A.C.I.L. C’est qu’il y a une loi qui porte sur la gestion du revenu pétrolier. Dans cette loi, on dit qu’il y a une part importante qui va être consacrée au secteur prioritaire : la santé, l’éducation, les infrastructures, le développement rural, l’agriculture, l’élevage, l’environnement, l’eau etc. Ainsi, du fait que déjà dans ces dispositions de la loi, il est prévu qu’on puisse orienter une part importante des revenus pétroliers dans ces secteurs-là, signifie, si on le veut bien, que le gouvernement s’attache, se soucie à la réduction de la pauvreté non pas seulement dans la région pétrolière mais dans tout le Tchad. Voilà ce qu’on peut dire pour montrer la volonté du gouvernement à réduire la pauvreté à travers le projet pétrole.

Ialtchad Presse : - Le Tchad a créé un comité de surveillance formé de fonctionnaires, de parlementaires et de membres de représentants de la société civile pour veiller à la bonne gestion des recettes pétrolières. Cependant, Marie-Helene Aubert, député française, trouvait l’administration tchadienne exsangue et va à vau-l’eau, incapable de suivre l’exécution correcte et transparente du projet. Les recettes du pétrole sont, selon elle, susceptibles de détournement. Qu’en pensez-vous?

Sandjima Dounia : Bon, premièrement il faut sauter sur le mot « susceptible », heureusement elle dit que c’est « susceptible.» Donc elle-même n’est pas sure de ce qu’elle dit.
Deuxièmement, le collège de contrôle et de surveillance de revenu pétrolier est une institution qui comporte des gens d’une certaine respectabilité. Et il faudrait que les autres apprennent à respecter ceux qui sont dans les institutions, à ne pas se baser sur des aprioris, sur des préjugés pour pouvoir dire que les revenus pétroliers doivent être mal gérés. Il vaut mieux que le collège existe, attendre qu’il se mette à l’œuvre pour pouvoir lancer de tels jugements ou dire un certain nombre de choses. Là-dessus, c’est le point de vue de Mme Marie-Hélène. Démocratiquement, nous acceptons qu’elle dise ce qu’elle pense.

Ialtchad Presse : - Je trouve que nous sommes arrivés au terme de notre entretien. Toutes les questions qui suscitaient d’ambiguïté dans l’esprit des tchadiens en général et  des internautes de Ialtchad Presse en particulier, ont été touchés. Donc, je ne peux que vous remerciez de nous avoir accordé cet entretien. Et on trouve toujours que ce n’est que partie remise parce que le dossier pétrole pour nous vient de commencer. Et donc 25 à 30 ans d’exploitations voire plus avec tout ce qu’on a comme gisement pétrolier au Tchad. Ce n’est vraiment que le début du commencement. On aura besoin de vous, vous qui êtes personnellement impliqué dans ce projet pour permettre aux tchadiens tant de l’intérieur que de l’extérieur de savoir au jour le jour comment évolue ce dossier.
Ainsi en mon nom personnel, tout le groupe Ialtchad Presse vous remercie une fois de plus.

Sandjima Dounia : Merci, bon courage
Ialtchad Presse : - Merci

Entretien réalisé Par Ahmad Mandekor

«...On est parti du constat qu'il n'existait aucun site web qui traitait objectivement et en toute neutralité les problèmes de notre pays en général et ceux de la jeunesse tchadienne en particulier. (...) Pour ce faire, il était impérieux pour la jeunesse tchadienne tout entière de s'offrir un cadre pouvant lui permettre de débattre elle-même de ses problèmes...» Moussa Yayami, Hamid

Ialtchad Presse déjà deux ans. Aujourd'hui, nous profitons de cette occasion pour faire un petit peu le point avec le Directeur de publication et Webmaster Moussa Yayami, Hamid, créateur de ce qu'on pouvait qualifier aujourd'hui de portail de réflexion et d'information par excellence de la jeunesse tchadienne. 

Ialtchad Presse : Qui a conçu ce site ? depuis quand a-t-il été créé ?
Moussa Yayami, Hamid :
Celui qui a conçu le site, c'est moi, Hamid. Il a été créé vers la fin 2000. À l'époque ce n’était pas aussi riche en contenu mais j'ai préféré le publier afin de pouvoir le façonner ialtchadement, c'est à dire l'améliorer de manière dynamique et responsable avec les ialtchad. Notre grand départ était le jeudi 11 janvier 2001. Je remercie beaucoup ceux qui ont cru dès les premières heures en Ialtchad Presse et ce sont joints en moi plus particulièrement toi, pour le travail abattu chaque jour. Bien évidemment merci à tous ceux qui m'ont soutenu et qui  continuent de me soutenir. Je ne pourrai les citer tous car ils sont nombreux, mais qu'ils sachent que je ne les oublie pas, c'est aussi grâce à eux que ce site fonctionne.

Ialtchad Presse : - Quels ont été vos motivations et vos objectifs?
Moussa Yayami, Hamid :
On est parti du constat qu'il n'existait aucun site web qui traitait objectivement et en toute neutralité les problèmes de notre pays en général et ceux de la jeunesse tchadienne en particulier. Or, nous sommes conscients du fait que notre pays a traversé plusieurs décennies des guerres et des déchirures ayant créés des cicatrices difficiles à panser où d'ailleurs personne n'en est sorti gagnant. Pour ce faire, il était impérieux pour la jeunesse tchadienne tout entière de s'offrir un cadre pouvant lui permettre de débattre elle-même de ses problèmes. 
Dès le départ, nos objectifs consistaient à : 

  • proscrire les idées négatives et futiles encrées dans l'esprit des jeunes ;
  • être un relais entre les médias locaux et la scène internationale ;
  • parler de ce qui se passe réellement au Tchad, de ce que les tchadiens vivent et font chaque jour ;
  • éviter de creuser le lit de l'ethnicisation, de la régionalisation, bref de la division ;
  • servir de rapprochement entre les tchadiens disséminés de par le monde ;
  • Arriver à créer un climat de confiance médiatique entre les fils et les filles de notre pays c'est à dire un carrefour virtuel par excellence des ialtchad.

Voilà en quelques mots les objectifs que nous nous sommes assignés. 

Ialtchad Presse : Quelles sont les sources d'informations et la fréquence de mise à jour d'ialtchad ?
Moussa Yayami, Hamid :
Nos informations proviennent des médias nationaux et internationaux, de la part de nos correspondants ainsi que de la bonne volonté des ialtchad repartis un peu partout dans le monde. Il est à noter que nous mettons beaucoup l'accent sur la fiabilité et la pertinence de l'information ainsi que la crédibilité de leurs provenances. Par contre notre mise à jour se fait de la manière la plus régulière et soutenue qu'on n'en peut trouver ailleurs grâce à une équipe très dynamique dotée d'une permanence de presque 24h sur 24h.

Ialtchad Presse : Comment s'effectue le fonctionnement administratif et l'entretien d'Ialtchad Presse ?
Moussa Yayami, Hamid :
Tous les membres de l'équipe participent à la recherche, aux traitements et à la diffusion des informations sauf que les tâches quotidiennes sont reparties à tour de rôle entre les différents membres. Cette dynamique harmonieuse nous a permis de faire d'Ialtchad Presse ce qu'elle est aujourd'hui.

Ialtchad Presse : Voilà deux ans que Ialtchad Presse existe, quel est le bilan du site ?
Moussa Yayami, Hamid :
En général, nous avons atteint la quasi-totalité de nos attentes. Nous sommes partis d'environs une dizaine de visiteurs par jour à pratiquement plus d'un millier d'internautes par Jour, de partout dans le monde qui viennent prendre de l'air sur les pages d'ialtchad Presse. Tous les jours c'est aussi entre 2000 et 7000 pages consultées. Nous n’attendions pas autant, pas aussi vite, c’est 5 fois plus que nos prévisions les plus optimistes. En plus ces chiffres augmentent chaque jour. Les statistiques ci-dessous illustrent bien cela.

Autrement, notre fierté est de pouvoir enfin offrir à la jeunesse tchadienne cet instrument tant précieux qui lui permet de discuter librement de ses problèmes, d'échanger son vécu en vue de préparer son avenir.

En outre, nous nous réjouissons de pouvoir respecter notre ligne de conduite qui se traduit par la neutralité et l'impartialité qui jusqu'à là nous a permis de contenir les divergences des uns et des autres mais aussi d'affirmer notre indépendance. Toutefois, notre leitmotiv demeure celui qui consiste à présenter une tribune libre qui refuse les plaisantins se contentant à donner un avis à l'emporte-pièce ou encore à se lancer dans des critiques vulgaires et stériles. D'où notre acharnement à vouloir cultiver un climat de confiance inter-ialtchad basé sur des principes comme le respect, la tolérance, la solidarité, etc.
Plusieurs témoignages ainsi que la participation massive de nos frères et sœurs montrent aujourd'hui le rétablissement effectif de cette atmosphère de confiance mutuelle et de respect du prochain qui nous a malheureusement toujours fait défaut.

Nonobstant ce constat rassurant, il en demeure pas moins qu'il reste beaucoup à faire afin de donner à notre site l'image de marque et la notoriété tant attendues. 

Ialtchad Presse : Que pourraient être les perspectives d'avenir d'Ialtchad Presse ?
Moussa Yayami, Hamid :
Il faut reconnaître que notre Presse est embryonnaire. Elle existe grâce au travail bénévole et studieux de l'équipe dirigeante. Mais cela ne nous empêche pas d'élaborer davantage des projets combien ambitieux qui visent à concurrencer les portails panafricains existant, bien que ces derniers disposent de moyens considérables.
Toutefois à court terme:

  • nous tenterons de promouvoir le bien-fondé de cette Presse tant sur le plan national qu'international ;
  • nous comptons lancer très bientôt d'autres rubriques notamment un "Salon d'entreprise" qui servira d'observatoire d'investissements au Tchad ;
  • une rubrique publicitaire permettant de faire connaître les entreprises nationales sur le marché local et à l'échelle supranationale ainsi que de favoriser les échanges avec des partenaires étrangers.

À moyen et long terme:

  • nous envisageons créer un journal écrit Ialtchad Presse à l'image des attentes de la jeunesse tchadienne ;
  • puis faire de cette Presse un réseau d'information de référence incontournable pour toute personne ou organisme intéressé par le Tchad.

Cependant, l'avenir de cette Presse incombe à tous les jeunes ayant le souci du défi, de l'unité, de la fraternité, du sens de patriotisme visant à sortir notre pays de la médiocrité. 

Ialtchad Presse : Pour conclure, je voudrais te demander à qui appartient Ialtchad Presse ?
Moussa Yayami, Hamid :
Certes, cette question est trop pertinente du fait de sa récurrence, mais grande est ma frustration d'attribuer au site une certaine paternité. Car comme son nom l'indique, ialtchad signifie les enfants du Tchad. Par conséquent, il va de soi que ce site appartient à tous les concernés. Je profite de l'occasion pour inviter toute la jeunesse à apporter leur pierre angulaire au développement de cet outil indispensable à notre épanouissement tous azimuts.
Aussi que chacun fasse preuve de sagesse, de responsabilité, de courage, d'abnégation pour l'instauration du respect des diversités culturelle, religieuse, ethnique et d'opinion. Car cet outil est loin d'être une tribune de règlements de compte, de procès, de rancœur. Il n'est de mise que les idées d'où surgiront les prémisses d'un Tchad nouveau bâti sur l'espérance. Cette célèbre phrase de Thomas Sankara, ce grand homme, figure emblématique de la jeunesse africaine devrait nous inspirer davantage: « là où s'abat le découragement s'élève l'espoir des persévérants ».

ialtchad Presse : Merci
Moussa Yayami, Hamid :
À moi de remercier une fois de plus tout le groupe Ialtchad Presse, les internautes, les correspondants pour leur concours combien important à la survie de cette Presse. 

Propos recueillis par Brahim Wardougou 

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