Référendum : Panorama des camps, film des positions

Written by  Nov 30, 2023

La campagne référendaire a démarré. Deux camps battront campagne. Celui du « Oui » et celui du « Non ». Mais le Tchad étant un pays « à part », ses hommes et femmes politiques étant « spéciaux », il y a dans les faits plus que deux camps. Il y en a au total quatre.

Le premier camp, celui du « Oui ». A sa tête, le Premier ministre Saleh Kebzabo (SK). Ses partisans souhaitent que le Tchad reste un État unitaire, mais « fortement » décentralisé. Ils sont très audibles. Ils font beaucoup de bruits. Et croient dur comme fer que le fédéralisme est un danger. Que le Tchad cessera d’exister. Ils font de la « petite politique » avec une proposition tout à fait valable et défendable. À l’inauguration de leur campagne, leur chef, le « Kaïgama » Kebzabo a vanté leur option en fustigeant les fédéralistes, les qualifiant de divisionnistes, de sécessionnistes. Des arguments pour faire peur. Pas d’arguments économiques, administratifs, rien. Pour un homme politique de son envergure, c’était plutôt paresseux. A cela il faut ajouter la mauvaise foi des partisans du « Oui » d’avoir enfreint, par purs calculs politiques, les recommandations du dialogue national en présentant un seul choix : la constitution d’un État unitaire décentralisé floqué d’une nouvelle invention tchadienne, le concept « d’État unitaire fortement décentralisé ».

Le deuxième camp, celui du « Non ». Il est à plusieurs têtes. Il y a le bloc de Baniara-Yorongar-Béasemda et le groupe de Brice Mbaimong Guedmabaye. Ils veulent que le pays devienne un État fédéral. Ils ne sont pas audibles en ce début de campagne, mais disent se préparer à faire échec aux vœux des partisans du « Oui » qu’ils accusent d’être contre le vrai changement. Ils n’ont pas les moyens de leur ambition fédérale. Difficile pour eux de financer leur campagne. Par contre, disent-ils, leur option est de plus en plus comprises, de plus en plus populaire. Ils ont parmi eux des extrémistes du fédéralisme comme si cette option réglera d’un coup de baguette magique tous les problèmes du pays.  

Le troisième camp, celui du « boycott ». Il est bicéphale (à 2 têtes). Il y a la coalition de plusieurs partis avec un porte-parole Max Kemkoye. Il y a aussi l’ancien Premier ministre Pahimi Padacké Albert. Tous dénoncent la malfaisance qui a jalonné toute la seconde phase de la transition. Pour eux ce référendum est mal foutu. Ils ont déjà presque perdu la bataille sauf si les Tchadiens boudent les urnes et suivent l’appel au « bureau de vote mort ».

Le quatrième camps, celui du « ni oui ni non ». C’est celui du parti Les Transformateur dirigé par Succès Masra. Ils choisissent de ne pas choisir parce que, disent-ils, il y a des partisans de l’État unitaire et du fédéralisme dans leur organisation. Une position sans prise de position. Ils iront donc vers où le vent les mènera. Ce n’est pas fort. Autrement dit la question est trop brûlante et clivante pour eux. C’est bien dommage. Il vaut mieux prendre une position et l’assumer que ce « ni, ni » qui les fait paraître aux mieux comme des frileux, au pire comme des opportunistes. C’est surprenant de la part de ceux qui veulent transformer le pays. Et qui se définissent comme des durs qui tracent un chemin dur. Cette ambiguïté risque de leur causer des problèmes durant la campagne et de leur coûter politiquement cher dans leur ambition de copiloter le reste de la transition. Pire, il risque d’engendrer des interrogations sur leur sincérité politique. J’ai hâte d’entendre leurs arguments de campagne.

Enfin, ce début de campagne ne semble pas intéresser les Tchadiens. Ils sont préoccupés par leur dur quotidien. Ils sont désabusés par la politique et les politiciens. Pour l’instant, ils ne croient aucun des camps. Le début de campagne référendaire est pour eux un non-évènement. J’ai insisté dans mes échanges avec plusieurs sur l’importance de ce rendez-vous politique pour l’avenir du pays. Les plus pessimistes boudent. Les plus optimistes répondent  « Allah khalib, Dieu est en contrôle ». Pourtant, Dieu n’a rien à voir.

Bello Bakary Mana

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