mardi 21 septembre 2021

Les grandes figures politiques du Tchad des années 50-60

Peu avant l’accession à l’indépendance et au cours des années 60, la vie politique tchadienne était dominée par quelques figures avec lesquelles il convient de faire connaissance à l’occasion du cinquantenaire. La liste ci-dessous n’est que sélective.

LISETTE GABRIEL
Vice-président du Conseil de Gouvernement (1957-1958). Premier Ministre, chef du Gouvernement provisoire (déc. 1958- fév. 1959)
Gabriel Francesco Lisette est né le 2 février 1919 à Puerto Bello au Panama, de parents Guadeloupéens. Après sa formation à l’Ecole Nationale de la France d’Outre-Mer (ENFOM) de Paris d’où il est sorti en 1944 avec un diplôme d’administrateur. Il arrive au Tchad en 1946 pour occuper le poste d’adjoint au chef de région du Logone. Il se lance alors dans la vie politique locale, poussé par ses amis Tchadiens. Il bat facilement le colonel de Boissoudy aux élections législatives de 1946. L’année suivante, il crée le Parti Progressiste Tchadien, section locale du Rassemblement Démocratique Africain dont il restera le chef incontesté jusqu’en 1960. Au cours de sa brillante carrière politique, il a alterné des postes, tantôt en métropole tantôt au Tchad. En 1956, il est élu maire de Fort-Lamy. En 1957, au lendemain de la victoire du PPT aux élections à l’Assemblée locale, il est chargé de former le premier conseil de gouvernement du Tchad (13 mai), puis le premier gouvernement provisoire de la jeune République du Tchad (décembre 1958). Mais en février 1959, son gouvernement est renversé par une alliance regroupant des élites du Nord, du Mayo-Kebbi et des conseillers blancs. Hormis le gouvernement de Sahoulba Gontchomé, il participera en tant que ministre aux gouvernements de Ahmed Koulamallah (mars 1959) et aux deux premiers gouvernements de François Tombalbaye (mars-août 1959). Sa carrière politique sera interrompue par François Tombalbaye. Le 24 août 1960, alors qu’il se trouve en mission en Israël.

GONTCHOME SAHOULBA
Président de l’Assemblée législative du Tchad (1957-1959). Premier ministre, chef du gouvernement provisoire (10 fév.-11 mars1959)

Né le 16 octobre 1916, Sahoulba Gontchomé a été intronisé 13ème Gon (chef traditionnel des Moundang) le 1er mai 1946. Il cumulait cette fonction avec celui de chef de canton de Léré. Sa carrière politique a commencé en 1946. Elu au Conseil représentatif (1946) puis réélu conseiller en 1952 sous la bannière de l’UDT, il sera élu successivement conseiller de la République française en 1955 puis président de l’Action Sociale Tchadienne (AST). En 1957, Sahoulba signe avec Gabriel Lisette une alliance électorale et se fait élire à l’Assemblée territoriale dont il devient le président le 13 mai 195. La même année, il quitte l’AST pour créer son propre parti politique : le Groupement des Indépendants et Ruraux du Tchad (GIRT). En janvier 1959, il noue une alliance circonstancielle avec l’UST de Koulamallah pour renverser Gabriel Lisette le 10 février. Il devient lui-même Premier ministre pour un mois (10 février - 11 mars). Ahmed koulamallah qui lui a succédé l’appelle dans son cabinet en qualité de ministre. Dix jours plus tard, le gouvernement de Koulamallah tombe. Tombalbaye lui succède. Sahoulba lui, conserve son poste dans le gouvernement jusqu’en juin 1959. A partir de ce moment, il se retire du devant de la scène politique et se fait discret. De 1960 à 1963, il est nommé consul général du Tchad à Yaoundé. Il est décédé le 3 novembre 1963.

KOULAMALLAH AHMED
Premier ministre, chef du gouvernement provisoire (12 au 24 mars 1959)
Né en 1912 à Massenya, marabout puis commerçant, Ahmed Koulamallah est un descendant de l’aristocratie baguirmienne. Avant son entrée en politique en 1945, il a aussi été représentant du sultan Youssouf du Baguirmi à Fort-Lamy. Il a milité d’abord au sein de l’Union Démocratique Tchadienne (UDT) dont il est l’un des fondateurs. Mais en 1950, suite à des mésententes avec ses amis de l’UDT, il crée avec l’aide d’Adoum Aganaye, un transfuge du PPT/RDA, le Parti Social Indépendant du Tchad (PSIT). Elu conseiller à l’Assemblée territoriale en 1952, il fonde en 1957 le Mouvement Socialiste Africain (MSA). La même année, le MSA est battu aux élections à l’Assemblée territoriale, mais suite à l’annulation des élections dans la circonscription du Chari-Baguirmi pour cause d’irrégularités, ce parti revient à l’Assemblée avec quatre conseillers en juin 1958. Intelligent, Ahmed Koulamallah réussit grâce aux quatre sièges du MSA à nouer et à dénouer des alliances suivant ses intérêts. Après avoir fait tomber les gouvernements Lisette puis Sahoulba dans lequel il était ministre d’Etat, il devient lui-même Premier ministre, mais seulement pour 11 jours. Le 24 mars, il est renversé à son tour et remplacé par François Tombalbaye. Aux élections législatives du 31 mai 1959, son parti est sanctionné par les électeurs. Il n’obtient aucun siège. Il devient alors un des chefs de file de l’opposition. Sous la présidence Tombalbaye, il a passé plus de temps en prison qu’en liberté.

ALLAHOU TAHER
Né en 1934 à Mao dans le Kanem, il est infirmier de formation. Il adhère au PPT/RDA en 1952. Elu conseiller à l’Assemblée territoriale en 1957 à 23 ans, son militantisme et ses qualités d’orateur ont fait de lui un des poids lourds du PPT. Il participe au gouvernement d’Ahmed Koulamallah comme secrétaire d’Etat. Après la chute du gouvernement de Koulamallah, Allahou Taher a joué un rôle déterminant dans la désignation de François Tombalbaye. Après le raz de marée électoral du PPT le 31 mai 1959, Taher est élu Président de l’Assemblée législative. C’est lui qui était aux côtés de François Tombalbaye le jour de la proclamation de l’indépendance, le 11 août 1960. Tombé peu après en disgrâce, il s’est exilé en 1963 au Congo-Léopoldville puis en Belgique. En 1968, avec l’accord de Tombalbaye, il regagne le pays et travaille comme magistrat. Mais en 1973, il est arrêté sous l’inculpation de collusion avec le Frolinat. Il est resté en prison jusqu’au putsch du 13 avril 1975.

ABBO NASSOUR
Al Hadj Abbo Nassour est le dernier descendant de la dynastie des sultans du Kapka évincée en 1936 par l’administration coloniale qui voulait grouper le Dar zaghawa sous l’autorité unique du sultan Haggar de Kobé. Né vers 1927 à Kapka, fils du dernier sultan Abdoulaye Sabre, Nassour porte le titre d’Abbo qui veut dire prince. Nanti d’un certificat d’études primaires, il a d’abord assumé la fonction de secrétaire du sultan d’Iriba. Le 31 mars 1957, il est élu conseiller à l’Assemblée territoriale sous la bannière de l’UDIT. De 1959 à 1963, il a occupé plusieurs postes ministériels. Il a été successivement ministre des Finances, ministre de l’Intérieur et ensuite ministre d’Etat chargé de la Fonction publique. Arrêté en mars 1963 pour sa participation au « complot du 22 mars », il est accusé avec d’autres d’atteinte à la sûreté intérieure et extérieure de l’Etat. Une cour criminelle spéciale le condamne à la peine de mort en juillet. Libéré en 1969 dans le cadre de la politique de réconciliation nationale, il est élu député en décembre. Elu président de l’Assemblée nationale le 30 décembre 1969, il restera à ce poste jusqu’à la chute du régime le 13 avril 1975. Emprisonné par les militaires après le coup d’Etat puis libéré quelques années plus tard, Abbo Nasour s’est retiré de la vie politique. Il a disparu en 1982 à l’entrée de Hissein Habré.

BABA HASSANE
De son vrai nom Mahamat Saleh, Baba Hassane est né le 25 janvier 1933 à Bongor. Il a fait ses études primaires et secondaires à Bongor. Après avoir travaillé successivement à la NSCKN (Nouvelle Société Commerciale du Kouilou-Niari), à la Banque Internationale pour l’Afrique de l’Ouest (BIAO) puis à l’établissement Mustapha Gadémi, il est entré en politique en 1956. En novembre 1956 il est élu au conseil municipal de Fort-Lamy. Il est, en février 1957, un des membres fondateurs du M.S.A dont il devient Secrétaire Général. En mai 1957, Gabriel Lisette l’appelle dans le conseil de gouvernement sans consulter le bureau du MSA. Ayant accepté d’entrer au conseil de gouvernement en qualité de ministre des Affaires sociales, il est aussitôt exclu de son parti (17 mai). De 1959 à 1963, il a occupé plusieurs postes ministériels. En mars 1963, il est arrêté pour son implication dans le « complot du 22 mars ». Condamné à quinze ans de prison, il n’a été libéré qu’en 1971 à la faveur de la politique de réconciliation nationale. Il revient alors au gouvernement tout d’abord comme ministre des Affaires étrangères (1971-1973) puis comme ministre des Affaires coutumières (1973-1975). Baba Hassane est décédé en 1980 à Moscou alors qu’il représentait le Tchad comme ambassadeur auprès de l’Union soviétique.

DJIBRINE KHERALLAH
Djibrine Kherallah est né en 1926 à Ati. Il a d’abord été commis des Services Administratifs et Financiers (SAF) avant d’entrer en politique. Sa carrière politique commence en 1946 avec son élection au conseil représentatif. En 1957, il est élu conseiller à l’Assemblée territoriale. Il rejoint très vite Sahoulba Gontchomé et Ansot Jacques avec qui il fonde le GIRT. Il en devient président. Réélu en 1959 à l’Assemblée législative, il est membre du bureau et en même temps membre de la commission permanente. Durant sa carrière politique, Khérallah a été plusieurs fois ministre. En 1962, il se fait élire député sur la liste unique du PPT. Mais suite à son refus de rallier le PPT lors du congrès de l’unité tenu à Fort- Archambault en janvier 1963, il est de nouveau écarté du gouvernement le 6 mars 1963. Le 16 septembre 1963, il est arrêté pour sa participation à la manifestation sanglante qui a eu lieu devant son domicile. Détenu pendant 8 ans, il n’a été libéré qu’en 1971, il est nommé ministre d’Etat dans les trois derniers gouvernements de François Tombalbaye. Khérallah est décédé en 2003.

MARC DOUNIA
Marc Dounia est assistant sanitaire. Né le 17 avril 1916 à Koumra, il a fait ses études primaires à Fort- Archambault puis sa formation professionnelle à Brazzaville. Il est l’un des tout premiers militants du Parti Progressiste Tchadien. En 1946, il est élu au conseil représentatif. C’est le début d’une carrière politique qui va se poursuivre sans relâche : Grand Conseiller de l’A.E.F (1947), conseiller à l’Assemblée territoriale (1957), premier vice-président de l’Assemblée législative (1958), sénateur de la Communauté (1959). En 1962, il est élu brièvement Président de l’Assemblée nationale après la destitution de Ahmed Kotoko puis nommé ministre de l’Intérieur. En 1964, il est nommé ministre d’Etat chargé du Tourisme et des Parcs nationaux. En 1965, suite à la révolte des Moubi, il tombe en disgrâce et est assigné à résidence surveillée. Il revient cependant sur la scène politique en février 1967 comme membre du Bureau Politique National. En octobre 1968, il est nommé ministre délégué auprès du Parlement. Il conserve ce poste jusqu’en 1972. Au mois d’août de cette année, il est arrêté sous l’accusation de complot visant au renversement du régime et ne sera libéré qu’après la chute de Tombalbaye. Il est décédé le 6 mars 1979 à N’Djaména.

JEAN BAPTISTE
Jean-Baptiste est un métis franco - t c h a d i e n originaire de la région du B.E.T. Ancien combattant devenu commerçant, il est entré en politique en 1952. La même année, il est élu conseiller à l’Assemblée territoriale sous les couleurs de l’UDT. En 1953, il rallie l’UDIT de Rogué. En 1957, il se fait réélire à l’Assemblée territoriale grâce à l’alliance qu’il a conclue avec le PPT/RDA. Lors de la formation du premier conseil de gouvernement (mai 1957), Lisette le nomme ministre du Plan, du Paysannat et de la Coopération. En décembre 1958, il est nommé ministre de l’Economie dans le premier gouvernement provisoire de la République. Suite au regroupement de l’opposition dans le Parti National Africain (janvier 1960), Jean Baptiste qui en est devenu le président est limogé du gouvernement le 10 février 1960. En 1961, en raison du rapprochement entre le PNA et le PPT (création de l’Union pour le Progrès du Tchad), Jean-Baptiste est nommé maire de Fort-Lamy mais très vite accusé d’ourdir un complot contre le chef de l’Etat, il est démis de ses fonctions. En 1963, il est arrêté pour son implication dans la manifestation sanglante du 16 septembre. Il ne reparaîtra jamais.

TOURA NGABA
Jules-Pierre Toura Ngaba est né le 28 décembre 1920 à Maïbian près de Moïssala. Il a passé son enfance à Fort-Lamy et à Bongor. Instituteur de formation, il est entré en politique avec son élection au Conseil Représentatif. Il est l’un des fondateurs du PPT dont il devient le secrétaire général en 1950. Fidèle lieutenant de Gabriel Lisette, il est élu conseiller puis député sans discontinuer jusqu’en 1962. Il a aussi été le troisième adjoint au maire de Fort-Lamy et vice-président du PPT. Dans le conseil de gouvernement formé par Gabriel Lisette en mai 1957, il a occupé le poste de ministre de l’Agriculture et du Commerce. Depuis, il a appartenu aux cabinets successifs sauf à celui de Sahoulba. Après l’éviction de Gabriel Lisette, il a été nommé ministre des Affaires étrangères puis ministre des Travaux publics. Mais en juillet 1962, il tombe en disgrâce. François Tombalbaye l’accuse d’ourdir un complot contre lui et le fait déporter à Ounianga-Kebbir dans le B.E.T. Libéré en août 1965, il est nommé ambassadeur du Tchad en République Fédérale d’Allemagne en juin 1966. En 1974, il démissionne de ce poste. Il rallie le régime militaire après la chute de ce dernier et est nommé conseiller diplomatique à la Présidence. Toura Ngaba est décédé le 7 mars 1998 à N’Djaména.

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