samedi 12 juin 2021

Musique

Musique (32)

Artiste tchadien, auteur-compositeur-interprète, Elété Rimtobaye est installé à Montréal, au Canada. Entretien.

Bonjour ! Ialtchad Presse est un média consacré à 100% au Tchad et aux Tchadiens. Qui est Elété ?

Je suis artiste tchadien, auteur-compositeur-interprète. Vous et la musique c’est une histoire de famille.

Voulez-vous nous en parler ?

Effectivement, l'amour de la musique est une histoire familiale. J'ai débuté dans la musique très jeune à l'église avec mes frères Rimtobaye. A 8-9 ans, je jouais des percussions. Mon frère Izra et moi partagions la même passion de la musique. En 1999, j’ai intégré à son groupe appelé K'lana. Il l’avait fondé avec Isaac Bonnaz, fils d'un missionnaire français au Tchad. Isaac est issu d'une famille de musiciens. Ensemble nous avons organisé beaucoup des concerts dans différents festivals. Entre autres, le festival Malama, Festafrica, au Centre culturel français (IFT) et dans des écoles. Par exemple : au Lycée Montaigne, une école française. Encore aujourd'hui, au Canada, je suis entouré de mes frères Caleb, Amos et Izra. La musique est toujours omniprésente. Nous collaborons ensemble pour faire avancer les projets solos de chacun et du groupe (H'Sao, Afrotronix, projets individuels).

Vous êtes auteur, compositeur et interprète, racontez-nous votre parcours musical ?

Mon parcours a commencé avec le groupe K'lana. Il est devenu par la suite Esperanza après le départ de Izra pour le Canada lors des Jeux de la francophonie en 2001. J'ai poursuivi le projet avec Isaac et ses sœurs pendant quelques années. J'ai ensuite intégré le groupe Goskad. Ensemble, on a enregistré un maxi single de 6 chansons. On a fait plusieurs concerts et showcases et on a aussi été finalistes d’un important concours de musique en France. Ce groupe s'est dissout. J’ai alors débuté ma carrière solo. J’ai commencé à écrire et à enregistrer mes propres chansons. Je suis devenu "gombiste" comme on dit au Tchad. Terme pour désigner un musicien qui joue dans divers projets (Matania, Shila Shila entre autres).

En 2009, j'ai travaillé avec Franc Kelly du groupe Al-Salam. Nous avons produit un maxi-single de 4 chansons, dont 2 ont été un succès national. Je suis parti au Cameroun. J’ai ensuite rejoint mes frères au Canada. A Montréal, j’ai fondé, avec mes frères, un nouveau groupe nommé K'lana en souvenir de mon ancien groupe du Tchad. Dès lors, je me suis concentré sur ma carrière solo. Mon frère Caleb m'a proposé de réaliser mon premier album. Mon style musical a changé et s'est mieux raffermi au fil du temps. En 2011, mon groupe et moi avons remporté la médaille de bronze du concours les Syli d'Or, un concours de musique du monde à Montréal. 39 groupes y participaient. Ce prix nous a permis de faire quelques tournées au Québec. De jouer dans de grandes salles aux côtés de grands artistes, tels que Tiken Jah Fakoly et Manu Djibango entre autres. En 2016, j'ai sorti mon album solo, Taar, qui veut dire amour en langue Sara, réalisé par mon frère Caleb.

Élété chante quoi ? Y-a-t-il un thème récurrent dans votre musique ?

Elété chante la joie de vivre, l'amour, la paix et dénonce l’injustice. Je le chante sous la forme d'histoires, de dénonciations, de conseils...J'essaie d'être le porte-parole des gens ordinaires. Des sans voix.
Comment définirez-vous votre musique ? D’où viennent vos influences musicales ?

Mes influences musicales sont très diverses. Elles viennent de partout. Je n'ai pas de limite concernant les styles musicaux. J’apprécie la musique de divers horizons. Je m'imprègne de tout ce que j'écoute pour créer quelque chose d'original et qui me ressemble.

Depuis quelques années vous évoluez en solo, que deviennent vos anciennes formations musicales Matania, Goskad, Klana Vibes et Hsao ?

 Goskad et K'lana n'existent plus. Je suis resté en contact avec les anciens membres. Nous partageons la même passion de la musique. Le jour où nous nous retrouverons, nous ferons certainement de la musique ensemble. H'Sao fait partie de mes influences musicales. J'ai énormément appris avec eux. Même actuellement, j'apprends et je grandis avec eux. Je ne fais pas partie du groupe H'Sao. Je suis seulement un mercenaire qui est là de temps à autre. Comme j'ai l'habitude de dire, ils sont mes frères de sang et de son. Tant qu'on sera en vie, on partagera toujours avec joie la musique.

Après l’album, Uncontrollables produit avec votre frère Izra, votre album solo TAAR, a quand le prochain album.

Révélez-nous quelques détails ?

 Je suis en studio pour mon prochain album, pour lequel j'ai déjà sorti quelques singles. Mon équipe et moi travaillons fort sur le projet. Pour l’instant, il n'y a pas de date précise de sortie. Pour les détails, patience.

De votre album solo TAAR (AMOUR en langue sarah), quel est ton morceau préféré ? Et pourquoi ?

Il est difficile d'identifier mon morceau préféré. Chaque morceau apporte des émotions différentes. Il est dans l'album parce que je l'aime beaucoup.

Quels sont vos projets musicaux ici au Canada et au pays ?

Je ne travaille pas seulement sur mon album solo. Je suis aussi sur un autre projet avec deux amis musiciens. Je ne peux dévoiler de détails. A chaque chose son temps. Je peux déjà vous dire que ça s'annonce très prometteur.

Pour mon album solo à venir, je travaille de loin avec des artistes au Tchad. Par exemple, c'est l'excellent Dj Iviano qui produit la majorité des sons de mon prochain album. D'autres artistes tchadiens en featuring se rajouteront.

En 2009 vous vous êtes installés au Canada. Une décennie plus tard, quel regard portez-vous sur la musique tchadienne ?    

La musique tchadienne est une très bonne musique, mais qui s'exporte encore difficilement. Il y a de plus en plus un intérêt pour cette musique. Je suis convaincu que bientôt, la musique tchadienne rayonnera à l'international. Elle frappe à la porte de l'exportation. Il y a beaucoup des talents méconnus.

Pourquoi la musique tchadienne peine à s’exporter ?

Parce qu’elle est très peu valorisée. Les artistes ne sont pas encouragés. Pas de véritable politique pour soutenir les artistes et leurs œuvres avant d’exporter.

Quelques pistes de solution ?

Quelques pistes de solution : Peuple tchadien debout et à l’ouvrage !

A qui Élété doit une reconnaissance aujourd’hui ?

A Dieu en tant que croyant. Ensuite à mon entourage. Ils m’inspirent. Ils m'encouragent à aller de l'avant. Je suis aussi reconnaissant à la vie qui me sourit encore.

Vous donnez des cours de chant à l’Université de Montréal et dans d’autres institutions.

Comptez-vous faire la même chose au pays ?

Les cours de chant que j'ai offert se donnaient dans le cadre d'un contrat temporaire. Je me concentre actuellement davantage à ma propre formation. Après pourquoi pas un jour ? Partager mes expériences au pays doit être gratifiant ?

Un message pour vos compatriotes ?

Merci du fond du cœur d'être là. Ensemble, nous sommes forts. Je ne finirais pas sans un grand Merci à Ialtchad Presse pour le travail accompli depuis plusieurs années pour faire briller la culture tchadienne. Nous avons besoin de gens comme vous pour nous exprimer et partager ces moments. Force à vous et continuez votre bon travail. J'ai très hâte d'être diffusé sur votre chaîne radio FM.

Propos recueillis par Moussa Yayami, Hamid

Israël, Izra pour les intimes, est le benjamin de la fratrie de 4 garçons et 1 fille du Groupe H’SAO. Il était le visage adolescent et doux du groupe. Nomade, installé en France tout en gardant pieds à terra dans sa ville d’adoption Montréal, il n’a rien perdu de l’énergie virevoltante de sa fringante jeunesse. Désormais il se lance en solo. Signe d’émancipation de sa fratrie ou envie d’indépendance ? Ni l’un, ni l’autre. Il prend juste son envol de jeune adulte avec son premier album solo qui sortira en 2020. Entretien avec cet artiste super-actif.

IZra, c’est qui ? 

Salamaleykoum. Moi, c’est Izra pour ceux qui ne me connaissent pas. Je suis chanteur et musicien tchadien depuis mon jeune âge. Disons 6 ans. J’ai intégré le groupe de mes grands frères H‘Sao à 8 ans. Aujourd’hui je travaille sur mon premier projet solo.

Ngandja, c’est un concept ou un genre musical ?

Le Ngandja est un rythme mystique, un rythme sur lequel les hommes initiés du sud du Tchad dansent lorsqu’ils sortent de leur retraite de la brousse. J’essaye d’en faire un concept cool et moderne afin qu’il soit accessible à tous. C’est pourquoi j’ai rebaptisé #NgandjaLife.

Quelle est sa particularité ?

Sa particularité c’est la complexité de son rythme. Il est savourant, mais pas facile à saisir ni à suivre. Bonne chance à ceux qui essayent de le reproduire. Des amis musiciens, des professionnels ont du mal avec ce rythme. C’est ce qui fait sa particularité. On ne se lève pas un matin en se disant, je vais faire du Ngandja.

À quand la sortie officielle de ton premier album solo ? Tes fans attendent.

Oui, c’est vrai. Beaucoup de monde attend mon premier album. Je n’ai pas de date précise. Je peux vous garantir qu’il sortira en 2020

La vidéo Ngandja life a eu plus 100. 000 vues en 2 mois. Ça augure bien pour l’album solo ?

Oui 100.000 vues en 2 mois je ne m’y attendais pas du tout. Pourtant Ngandja Life ce n’est pas du tout une chanson commerciale. Je l’ai sortie pour montrer quelque chose de différent et original. Et le résultat est là. Pour l’album en question, vous n’avez rien vu encore.

As-tu invité d’autres artistes sur l’Album ?

Oui ! J’ai des invités sur l’album, des belles surprises.

Vous roulez désormais en solo. Vous êtes installé en France. Comment se passe votre carrière dans ce pays ?

C’est vrai, je suis souvent en France. Mais je suis en garde partagé entre la France et Montréal. Je commence une carrière solo. Je suis à mon deuxième extrait. Jusque-là alhamdoulillah ça va.

Vous êtes l’artiste le plus populaire des artistes tchadiens. En 2020, peut-on s’attendre à des collaborations avec des artistes d’autres horizons ?

C’est flattant d’entendre ça… Des collaborations avec des artistes d’autres horizons définitivement oui. Un grand OUI même. Il y a avec qui c’est déjà bouclé. D’autres sont en cours de préparation. Je peux déjà vous dire que ça sera du jamais vu cet album.

Présentement, vous êtes à Montréal. C’est dans quel cadre ?

Comme je l’ai dit, je suis aussi installé à Montréal et en France. Je travaille sur différents projets. Je dois boucler deux clips, monter mon show et avec H’sao on a des dates de concerts.

C’est la fin. Un message particulier au public ?

Message particulier ? Bon ! un grand et gros merci pour le support. Je reçois beaucoup d’amour de partout. Restez connectés. Les nouvelles sont bonnes. PAPOU arrive en force.

Propos recueillis par Moussa Yayami, Hamid

Artiste chanteur et batteur, Cidson Obama de son vrai nom N. Marouf Placide est un artiste en vue dans la capitale tchadienne, N’Djamena. Il est surnommé “Le seigneur de la ville”. Il a dit-on un talent fou. Entrevue.

Ialtchad Presse : Qui est Cidson Obama ?
Cidson Obama : Je suis artiste chanteur. C’est comme ça que je me définis. Simple. Direct.

Ialtchad Presse : De Placide à Obama. C’est une nouvelle inspiration ou un changement de cap ?
Cidson Obama :
Ce n’est pas un changement de cap. C’est un clin d’œil. J’ai trouvé que le parcours de cet homme ressemble à mon parcours musical. Comme pour Barack Obama, personne n’attendait un Cidson Obama virevoltant sur la scène comme dans le studio. Même les musiciens avec lesquels j’ai joué étaient surpris. Ça m’amène à réfléchir sur cette victoire inattendue du Président des USA. Depuis lors, j’ai décidé de me surnommé Cidson Obama.

Ialtchad Presse : Comment a commencé votre carrière ?
Cidson Obama : J’ai commencé par le choral à mon église. Ensuite comme batteur. J’étais très appliqué dans mon travail. En 1999 j’ai intégré mon 1er groupe, Gombo Salsa, avec Luzolo Petit. C’est un musicien angolais. En 2011 j’ai fait partie du groupe Soubyanna Music comme batteur, chanteur et animateur. Puis j’ai quitté Soubyanna pour fonder le groupe Wakil. En 2005 j’ai décidé de faire cavalier seul. J’ai créé mon groupe Sahel Academy.

Ialtchad Presse : Dans quelles conditions est né votre nouvel album ?
Cidson Obama : Mon album Total Control est né difficilement. Je l’ai trimballé dans ma valise pendant longtemps avant qu’il ne vive aujourd’hui. Il est né grâce à une grande dame de Cœur Isabelle Tamar qui a bien voulu financer sa production. C’est un album qui fait la promotion de la paix. Il rend hommage à nos aînés. Il parle de la prostitution, de l’amour du prochain, des orphelins abandonnés et des déceptions amoureuses.

Ialtchad Presse : C’est un album, disent certains, qui manque d’originalité. Pourquoi ?
Cidson Obama :
Il ne suffit pas d’affirmer des choses. Que ceux qui le disent cela s’expliquent. C’est plus honnête. Je sais une chose, nous avons plus de 300 rythmes au pays. J’ai utilisé certains tels que le Saï, le kidi gourane, le bazaka etc. Dire qu’il n’y a pas un genre musical tchadien est la preuve d’une fermeture d’esprit et de méconnaissance.

Ialtchad Presse : Que répondez-vous à ceux qui dissent que vous ne faites pas de la musique tchadienne ?
Cidson Obama :
Ce n’est pas l’avis de ceux qui savent définir la musique. Pour ceux qui ne savent pas, la musique est et restera universelle. Aujourd’hui Akon fait la fierté de tous les Sénégalais. Fait-il du Mbalax ? Non. Le rappeur Yousoufa fils du grand chanteur congolais Rochereau fait la fierté du Congo. Fait-il du dombolo ou de la rumba ? Non. L’important c’est le message véhiculé. Comprendre ce que je dis dans mes chansons. Et ce que je suis en mesure de faire sur scène comme font les artistes internationaux qui sont dans le même genre musical.

Ialtchad Presse : Que pensez-vous de l’indifférence des autorités sur la Culture et les Arts ?
Cidson Obama : La jeunesse n’est pas considérée. La raison est simple. Ceux qui nous gouverne envoient leurs enfants étudiés en occident et se foutent du reste. Il faudra qu’ils se ressaisissent pour enfin investir dans la jeunesse. Que celle-ci puissant représenter valablement le pays. Pour l’instant, il faut des miracles pour avoir des nouveaux Japhet N’Doram, Kaltouma Nadjina, Clement Masdongar, Mahamat Saleh Haroun, etc.

Ialtchad Presse : Quels sont vos projets ?
Cidson Obama : J’ai deux albums en route. Un maxi single dédié au Sao du Tchad et une tournée internationale. Aussi je ferais bientôt une promo de quelques artistes à produire.

Ialtchad Presse : Votre coup de cœur ou votre coup de gueule ?
Cidson Obama : Qu’on arrête de prendre les tchadiens pour des animaux. Donc ne pas prendre des décisions sans l’avis du peuple. Sans le peuple, les dirigeants sont rien. Jeunesse tchadienne prend ton destin en main. Arme-toi de courage parce que le Tchad compte sur toi.

Ialtchad Presse : Ialtchad Presse ?
Cidson Obama : C’est une belle initiative. J’admire toujours ceux qui ne manquent pas d’initiative pour faire rayonner le pays. Puisse Dieu vous prêter longue vie. Qu’Il vous aide.

Fatimé Mahamat

Ialtchad Presse : Guy ! Présentez-vous à nos lecteurs
Guilou : Je me nomme Guy Adélaïde LAFAGE dit Guilou ; je suis natif de la Guadeloupe. Je suis artiste musicien, auteur compositeur et chanteur.

Ialtchad Presse : Depuis quand êtes- vous entré dans la musique ?
Guilou : J’ai commencé à chanter dans les chorales et faire du gospel depuis 1988. J’ai été inoculé par le virus de la musique dès mon jeune âge et je n’ai fais que suivre mon instinct et mettre en exergue ce don que Dieu m’a accordé. Chacun de nous a un don en soi, il suffit de savoir l’extérioriser et le mettre en valeur.

Ialtchad Presse : Quant a véritablement commencé votre carrière professionnelle ?
Guilou : Ma carrière professionnelle a pris son essor quand j’ai sorti mon tout premier album profane (fille du soleil) en 1988. Actuellement, j’ai à mon actif sept albums au total que j’ai enregistré et mis sur le marché discographique.

Ialtchad Presse : Quels sont les thèmes que vous débattez dans vos chansons ?
Guilou :
Je vis dans une société. Il est bien évident que je puise mon inspiration de mon environnement immédiat. C’est donc à partir de ces inspirations que je tire les thèmes de mes chansons qui sont entre autre l’amour, la négritude, l’Afrique, l’enfance, la foi. Je suis entrain de retravailler ma chanson sur la capitale N’Djamena. Je suis tombé sous le charme de cette ville que j’avais visité il y a près de dix ans mais s’il faut faire une comparaison, je dirais en toute objectivité que N’Djamena de nos heures est belle et sublime. Ma chanson dédiée à cette coquette capitale en perpétuelle mutation en dit plus. Vous aurez le temps d’écouter et de découvrir cette chanson.

Ialtchad Presse : D’une manière globale quels sont les thèmes qui vous préoccupent le plus ?
Guilou : Les thèmes qui me préoccupent le plus sont liés à l’émergence de l’Afrique et de l’homme de couleur. Le plus souvent, l’homme de couleur que nous sommes, a un certain complexe d’infériorité devant l’homme blanc et ce n’est pas normal. Nous avons les même prédispositions, les même facultés pourquoi nous sentir plus petits ? L’histoire vient de nous montrer que nous sommes égaux en élevant Barack Obama à la fonction suprême de Président des Etats Unis d’Amérique. L’homme de couleur a plus de valeur qu’on ne le pense.

Ialtchad Presse : À part la musique, quelles sont les autres activités que vous menez ?
Guilou :
À part la musique je travaille dans la publicité.

Ialtchad Presse : Quels sont vos projets à venir ?
Guilou : Je vais entreprendre des tournées à travers l’Afrique en commençant par certaines villes du Tchad parce que je suis un grand ami à tous les tchadiens. Je vais enregistrer un album chez l’Oncle Sam (Etats-Unis) enfin, je voudrai dévoiler un autre visage de Guilou en sortant un livre. Voilà en substance le calendrier de Guilou pour le moment.

Ialtchad Presse : Votre dernier mot.
Guilou : Mon dernier mot, c’est que la vie éternelle et la promesse de Dieu sont présentes, incommensurables et inégalables qu’il faut saisir. De plus en plus, les jeunes oublient la voie de Dieu, d’Allah et s’adonnent à la perversité et des actes proscrits par la Bible et le Coran. De ce fait, ils étouffent l’étoile qui brille en eux et guide leur pas sur la bonne voie, sur le chemin de la réussite. Par, ailleurs, pour s’auto suffire et se prendre en charge, il faut travailler, encore travailler et toujours travailler. Je souhaite succès et bon vent à Ialtchad Presse.

Propos recueillis par Fatimé Mahamat

Un des promoteurs du genre musical tchadien, Bamba Tchaddoulaye alias Jorio Stars vient de sortir un nouvel album intitulé “la paix”. Ialtchad Magazine est parti à la rencontre de ce digne fils du Mayo-Boneye et du Mayo-Danay, en pays Massa. Il nous parle de lui, de son album, de la musique tchadienne et de ses projets.

Ialtchad Presse : Comment vous présentez à nos lecteurs ?
Jorio Stars : Bien évidemment on doit de se connaître. Je suis né à Bongor. Je suis artiste, auteur, compositeur, arrangeur et danseur. Je m’appelle Bamba Tchandoulaye, mon nom d’artiste est Jorio Star ou pour ceux qui m’ont connu dans les années 98 et 2001 c’est bien le gouverneur de tous les bananas. Autrefois, j’étais dans le groupe musical Kilimandjoro de notre grand frère St Mbété Bao le pharaon du Rongondoh.

Ialtchad Presse : C’est particulier comme nom d’artiste, Jorio ?
Jorio Stars : Oui. Jorio signifie “guerrier” en Massa. Cela résume mon propre parcours de guerrier. J’avoue que j’ai trimé fort pour être ce que je suis. Aujourd’hui mes fans témoignent que le choix de ce nom est subtil. Ça me rassure. J’ai voulu honorer une de nos plus belles langues.

Ialtchad Presse : Vous êtes aujourd’hui l’un des chanteurs les plus en vue de la capitale. Comment en êtes-vous arrivé là ?

Jorio Stars : Ah ! Cela me flatte un peu. Vous savez derrière cette réussite, il y a trois choses : croire en soi, faire son chemin quelque soient les obstacles et surtout persévérer. J’en ai fait école et Dieu a exhaussé mes vœux. Pour la musique j’ai tout donné. À un moment dans ma quête du savoir de la musique j’ai quitté ma famille, l’école, mon pays. Aujourd’hui je récolte les fruits de mes durs labeurs.

Ialtchad Presse : Que peut-on retenir de la musique que vous faites ?
Jorio Stars : Vous savez, ma quête du savoir dans le domaine musical m’a amené à sillonner Presque toute la sous-région. Ainsi, j’ai pu travailler dans plusieurs formations musicales du Tchad, au Cameroun, au Nigeria et au Bénin. De toutes ces expériences j’en ai accouché un genre musical un peu particulier. Une symbiose aux effluves traditionnels tels le Difna (flute), le Tokolomna (corne), le Dillah (cithara massa) et des instruments modernes tells la guitare électrique, le solo et le medium sont synchronises avec aisance. Toutefois, la toile de fond de mon inspiration reste toujours le gourna, une danse du Mayo Kebbi.

Ialtchad Presse : Comment peut-on appréhender votre dernier album ?
Jorio Stars : L’album “la paix” répond à une impérative du moment pour le pays. Soyons braves et faisons la paix nous les tchadiens. Personne ne le fera à notre place. Un appel pour une prise de conscience. Je me demande ce qu’on fera sans la paix. L’album aborde aussi des thèmes comme la femme tchadienne, le mariage forcé etc. Je l’ai chanté en arabe, en français, en massa et en Sara pour que mon message soit à la portée de bien des Oreilles.

Ialtchad Presse : Que pensez-vous de la musique au Tchad ?
Jorio Stars : En dépit de tous nos problèmes, il y a quand même quelques bonnes nouvelles sur lesquelles on peut s’accrocher. La musique tchadienne évolue, les infrastructures se développent et à l’image de la BUTDRA, les artistes s’organisent pour faire face aux récurrents problèmes du piratage.

Ialtchad Presse : À part la musique à quoi dédiez-vous, votre temps libre ?
Jorio Stars : Je donne de cours de musique et de danse en France dans la ville de Bourges où je réside. J’aime aussi le cinéma et le sport.

Ialtchad Presse : Quels sont vos projets ?
Jorio Stars : Après avoir lancé mon 3ème album et finie ma tournée tchadienne, je veux bien me consacrer à la promotion de cet album. Le reste suivra.

Ialtchad Presse : S’il faut conclure ?
Jorio Stars : Merci à tous ceux qui ont contribué à la réalisation de cet album. Mes pensées vont à tous ceux qui comme vous, apportent ce qu’ils peuvent pour donner un nouvel élan de développement à ce pays.

Propos recueillis par Fatimé Mahamat

Musicien, encadreur des jeunes musiciens et acteur, Maestro Diégo de son vrai nom Mustapha Ngaradé est un des dinosaures de la scène artistique tchadienne avec déjà deux décennies de carrière. C’est aussi un artiste engage pour la cause de la démocratie et le développement dans son pays. Rappelons qu’il a été décoré chevalier de l’ordre du mérite civique du Tchad par le chef de l’État. Diégo a été aussi désigné en 2009 par Festafrica Magazine pour ses 20 ans de carrière, c’est ialtchadement que ce brillant et toujours joyeux génie de la musique tchadienne sous parle de lui, de sa carrière et de la musique tchadienne. Découvrez-le dans cette entrevue à cœur ouvert.

Ialtchad Presse : Qui est Maestro Diégo ?
Maestro Diégo : Je suis artiste et formateur des jeunes artistes. La musique est mon essence, la transmettre aux artistes est tout ce que j’aime faire et c’est à quoi je me suis donné pendant 20 ans.

Ialtchad Presse : Hier membre du groupe Tibesti, aujourd’hui en solo, parlez-nous de votre parcours ?
Maestro Diégo : Eh oui, je suis toujours membre du groupe Tibesti. Le groupe est une grande partie de moi, c’est tout mon parcours. Avec Tibesti j’ai eu à monter sur scène un peu partout dans le monde : beaucoup des pays en Afrique, en France, en Roumanie, etc. Je suis aussi en solo pour soutenir des projets personnels notamment pour financier mon centre d’apprentissage et de création musical en abrégé (CACM).

Ialtchad Presse : Vous faites de la musique pour quel public ? Vos inspirations ?
Maestro Diégo : Je fais un genre musical universel. Un genre qui marque le temps et l’espace. Pour mes inspirations, je suis d’accord que la terre ne manque pas d’inspiration mais je trouve chez le bon Dieu.

Ialtchad Presse : Après autant d’années d’expérience, quelle est votre discographie ?
Maestro Diégo : Alhamdoulil-lahi. Gloire à Dieu. J’ai fait 3 albums en solo et 3 avec Tibesti dont 1 compilation Afrique Centrale.

Ialtchad Presse : Qu’est-ce qu’être musicien au Tchad ?
Maestro Diégo : C’est désastreux d’être musicien au Tchad. Deux pour résumer la situation : souffrance et humiliation.

Ialtchad Presse : Votre coup de gueule alors…
Maestro Diégo : Que ceux qui ont le devoir et la responsabilité de changer la situation de changer les choses agissent. Que s’arrête cette insouciance vis à vis de l’art et de la culture dans notre pays. Une idée, qu’on commence à nommer à la tête de ces ministères des homes et des femmes imprégnés de ses arts.

Ialtchad Presse : À quand le prochain Album ?
Maestro Diégo : Pour bientôt, j’attends que les partenaires et sponsors me dissent oui. Le travail de studio est fini. C’est un album en double avec 20 titres qui marquera mes 20 ans de carrière. Le volume 1 intitulé Kaar (soleil) en langue Ngambaye comporte 10 titres. Le volume 2, intitulé Sa-ï-dou Awine (aidez les femmes) en langue arabe tchadien a 10 titres. Le lancement official est prévu en juin si tout va bien.

Ialtchad Presse : D’autres projets ?
Maestro Diégo : Après l’album à paraître, je me consacrerai à la réalisation de mon centre d’apprentissage musical.

Ialtchad Presse : Ialtchad Presse pour vous ?
Maestro Diégo : Avec Ialtchad Presse, il y a de quoi croire en la jeunesse tchadienne. J’ai beaucoup d’admiration pour ceux qui font des choses pour leur pays. Big Up.

Fatimé Mahamat

Le Retour du baobab

Ialtchad Presse : Présentez-vous aux lecteurs d’Ialtchad Presse ?
St Mbété Bao : Je suis Djerabété Bernard à l’Etat civil et St Mbété Bao le Pharaon de Rongondoh, le Seigneur de Dala. Cependant appelez-moi l’Ambassadeur de la paix.

Ialtchad Presse : Pourquoi l’Ambassadeur de la paix ?
St Mbété Bao : Je m’érige en ambassadeur de la paix pour appuyer nos politiques qui se battent au jour le jour pour l’instauration d’une paix durable sinon définitive pour mon pays le Tchad. En chantant la paix, c’est une façon pour moi d’apporter ma noble contribution à l’édification de la paix, seul gage fondamental pour le développement. Mon dernier album (Faisons la paix) interpelle tous les fils du Tchad sans exception à s’asseoir ensemble, à enterrer la hache de guerre et fumer le calumet de la paix.

Ialtchad Presse : Vous êtes l’un des précurseurs de la musique tchadienne, quel regard critique et objectif portez-vous sur la musique tchadienne ?
St Mbété Bao : La musique tchadienne grandit bien, elle s’exporte et c’est une grande fierté pour moi particulièrement. Cependant, je déplore le manque d’identité de la musique tchadienne. Il est bien de copier sur les Congolais, les Camerounais, les Ivoiriens et que sais-je encore, mais on est arrivé à un moment où on s’interroge sur l’authenticité, l’originalité de la musique de notre terroir. Nos ainés n’ont pas su imposé un rythme, il ne faudrait pas que nous commettons cette même erreur sinon la génération future nous demandera des comptes un jour.

Ialtchad Presse : Quel a été votre apport dans la musique tchadienne et quel est votre genre musical ?
St Mbété Bao : Je suis né et j’ai grandi au village. Mon enfance est bercée par les chansons du village. Je n’ai aucune influence de certains artistes de renom de la capitale (N’djaména). Il n’y a pas des cassettes mieux encore des CD à cette époque pour me permettre d’écouter ces artistes et de copier sur eux. Je n’avais même pas un poste radio cassette d’ailleurs (éclat de rire !). Je suis venu du village avec mon propre rythme, le rongondoh style, composé de Dala et Saï. J’ai commencé à marquer de mes empreintes la scène musicale à partir de mon tout premier album Neurmé Majel (La jalousie n’est pas bonne). Nos ainés n’ont pas su imposer un rythme pour promouvoir la culture de notre terroir. Je suis venu révolutionner notre musique en la faisant transcender les clivages. Sans forfanterie et loin de choquer qui que ce soit, mais j’ai fait en dix ans de dur labeur ce que beaucoup de musiciens tchadiens n’ont pas pu faire après des vingtaines ou trentaines d’années.

Ialtchad Presse : Il y a une guéguerre de paternité de création du rythme Dala entre toi qui t’érige comme le Seigneur de Dala et Ingamadji Némo Mujos (artiste musicien tchadien vivant en France) qui se dit lui le Pape du Dala….
St Mbété Bao : (Rire) Comment pouvez-vous comparer le Seigneur et le Pape ? Le Pape rend toujours hommage au Seigneur et s’incline toujours devant lui. (Rire) J’amuse juste la galerie. Nous sommes des grands amis et frères Mujos et moi et je respecte le travail qu’il fait pour la promotion de la culture tchadienne.

Ialtchad Presse : Vous êtes satisfait de votre parcours ?
St Mbété Bao : Musicalement oui.

Ialtchad Presse : Que devient Saint Mbété Bao après ces 5 albums ?
St Mbété Bao : L’éléphant a maigri, mais l’écureuil ne pourra jamais porter sa robe. Je voudrai finir mon propos en remerciant Ialtchad Presse pour cette entrevue. Qu’Allah bénisse ce média et lui accorde longue vie.

Interview réalisée par Dingamnaïel Kaldé Lwanga

Sanko Star fait partie de la nouvelle génération de la musique tchadienne qui apporte, par sa singularité, un souffle de modernité aux rythmes traditionnels. Son style s'inspire du patrimoine musical issu des différentes régions du pays : le gourna, le sai, le bazaga, le dara, le mbilet, le wolélé et bien d'autres rythmes encore. Ialtchad Presse a rencontré Adoum Mahamat Seid, chef d'orchestre de ce groupe prometteur, qui nous parle chaleureusement de son Groupe.

Ialtchad Presse : Bonjour Mr Adoum Mahamat Seid, vous êtes chef de l’orchestre Sanko Star, pouvez-vous nous présenter votre orchestre ?
Sanko Star : Au nom de l’orchestre Sanko Star, permettez-moi de vous remercier de m’avoir donné cette opportunité afin d’afficher et de présenter mon orchestre dans Ialtchad Presse, le premier Journal on line Tchadien. L’orchestre Sanko Star est créé exactement le 10 Juillet 1998 à N’Djamena. Il est donc le finit de certains jeunes Tchadien jaloux de leur identité musicale et qui ont envie de faire valoriser la musique à l’identité tchadienne et l’élevée à l’échelle national qu’international.

Ialtchad Presse : Quel genre de musique faites-vous ?
Sanko Star : Nous exploitons généralement les folklores tchadiens tels que : le Bazaga, le Sai, le Mbilet, le Gourna, le Ganga Ouaddaï, le Dara et le style de notre grand chanteur Moussa chauffeur la musique étant universelle, nous faisons aussi les styles étrangers tels que Zouk-Salsa-Reggae et autres.

Ialtchad Presse : Ça fait près de 6 ans que l’orchestre existe, pensez-vous avoir atteint ce que vous vous êtes assigné au départ ?
Sanko Star : Nous pensons que nous sommes arrivés presque à nos objectifs parce que nous avons déjà en main notre prémaquette et un CD en compilation avec quatre autres orchestres de la capitale réalisée et multipliée en France par le biais du CCF (Centre Culturel Français). Dans cette compilation promotionnelle nous avons deux titres à savoir Loh Tohon (Sai) et Voisin fâché (Gourna).

Ialtchad Presse : D’aucuns disent qu’il n’y a pas un genre musical typiquement Tchadien, quel est votre opinion ?
Sanko Star : Je suis de l’avis de ceux-là qui disent qu’il n’y a pas encore un rythme typiquement Tchadien. Toutefois il faudrait que les mélomanes Tchadiens sachent que le musicien Tchadien a été dompté dès le départ par deux styles étrangers différents qui sont le congolais et le soudanais. Aujourd’hui Sanko Star, cherche à être le phare de la musique Tchadienne en enlevant cette influence rythmique étrangère. Si on écoute bien les différents rythmes cités plus haut, il y a une certaine similitude dans la danse, exemple: Le Gourna, le Dara et le Ganga Ouaddaï peuvent se danser de la même façon. Le Mbilet, Le Sai, et le Bazaga aussi. Nous demandons donc au publics, les médias publics et privés d’écouter et de faire écouter consommer beaucoup plus ces différents styles afin d’en prendre goût car on dit l’appétit vient en mangeant.

Ialtchad Presse : La culture en générale n’a jamais été l’objet d’une attention particulière de nos gouvernants que pensez-vous de cette indifférence ?
Sanko Star : Par rapport à cette question si nous racontons un peu le temps dans les années 1960, il faut reconnaître quand même que les gouvernants d’antan avaient une certaine attention envers les musiciens tchadiens. Je cite l’exemple de l’orchestre Chari-jazz qui existe de nos jours encore a été envoyé au zaïre pour une formation musicale, malheureusement les musiciens étaient rentrée avec le style Zaïrois gravé en feeling qu’ils n’arrivent plus à s’en débarrasser et ceci est en train de se passer de génération en génération. Je pense que si aujourd’hui un orchestre qui arrive à présenter des œuvres musicales à l’identité Tchadienne puisées dans le terroir du pays et qui méritent d’être présentées à l’échelon international, qu’il le veut ou pas ces gouvernants ne seront pas indifférents.

Ialtchad Presse : Revenons à Sanko Star à quand la sortie de votre prochain Album ?
Sanko Star : La sortie de notre Album est pour bientôt s’il plait à Dieu étant donné que nous sommes déjà en possession de la prémaquette dont nous avons déjà parlée plus haut.

Ialtchad Presse : Quels sont vos projets à court terme ?
Sanko Star : Notre projet immédiat c’est d’abord la sortie de l’album et s’occuper de sa promotion. Par ailleurs nous comptons faire quelques tournées dans le pays.

Ialtchad Presse : Avez-vous un message à passer à vos fans et aux autres ialtchad qui vont bientôt vous lire ?
Sanko Star : Par Ialtchad Presse Sanko Star salue tous ces jeunes tchadiens comme étrangers. Il leur souhaite santé, réussite et prospérité dans leur vie active et leur demande de garder leur soutien et encouragement dans le même diapason afin d’élever plus haut l’identité musicale tchadienne. Et surtout de continuer à consulter Ialtchad Presse qui est sans doute le promoteur sérieux des artistes tchadiens sur la toile mondiale qui semble devenir un outil indispensable en cette matière.

Ialtchad Presse : Pour finir…
Sanko Star : Notre coup de cœur va l’endroit de l’ialtchad Presse et de l’équipe dynamique qui est derrière, en leur souhaitant longue vie et abnégation dans cette initiative qui est la promotion des artistes tchadiens au-delà de nos frontières. Nous n’oublions pas également de remercier Mr Ali Adoum Slash, le CCF et tout son personnel qui nous ont aidés à réaliser notre prémaquette et la compilation promotionnelle.

Interview réalisée par Hamid Kodi Moussa

Beral Mbaïkoubou connu aussi sur le nom du provocateur d’art, est un artiste aveugle, un génie qui joue sa guitare et chante avec maestria. C'est un des grands espoirs de la musique Tchadienne dont la virtuosité artistique n'est pas un secret. Ialtchad Presse est allé à sa rencontre chez lui à Walia(N'djamena), il nous parle de lui, de son art, de son pays

Ialtchad Presse : - Bonjour Monsieur Beral Mbaïkoubou, si on veut vous connaître ?
Beral Mbaïkoubou : Je suis Beral Mbaïkoubou, artiste musicien satirique et solitaire, mon nom de guerre est le Provocateur d’Art.

Ialtchad Presse : - Comment êtes-vous arrivé dans la musique Mr Beral ?
Beral Mbaïkoubou : Dans la musique je suis arrivé de manière assez banale grâce à un oncle artiste guitariste en la personne de Todo Etienne, qui m’a déjà donné le goût quand j’étais enfant parce qu’il habitait avec nous. Malheureusement, il n’a jamais pu m’apprendre à jouer. A sept ans, j’étais entré au Centre des Ressources pour les Jeunes Aveugles en 1988. Là, j’étais d’abord initié au piano, mais cela ne m’a pas plu, parce que j’avais pris cela au début comme de l’amusement. Six ans plus tard, en 1994, il a été introduit dans le Centre des cours de guitare. 
C’est en ce moment que je m’étais investi, parce que j’en rêvais auparavant. Après avoir appris à jouer en 1994, j’ai interprété jusqu’en fin 1998 ou j’ai pu enfin avoir une guitare sèche propre à moi. Et, c’est à ce moment que je me suis mis à faire de la musique, j’ai commencé à écrire mes propres textes et à les chanter.  

Ialtchad Presse : - Quelles ont été vos inspirations Beral ?
Beral Mbaïkoubou : Au début j’étais entré dans la musique pour pouvoir être le plus romantique possible. Parce que pour moi la guitare va bien avec quelque chose de romantique, de doux. J’ai donc interprété Hervé Villard, et je m’étais dit tout d’un coup qu’il fallait plutôt s’occuper à traiter des vraies questions humaines. Pour le Style, je n’ai pas eu de guide. J’ai simplement décidé tout seul de faire de la musique satirique. Quant à la Rythmique, c’est simplement du à mes débuts d’interprète. Comme je l’ai déjà mentionné j’ai interprété Hervé Villard, d’autres chansons françaises comme celles de Georges Moustaki par exemple. Cela m’a donné un goût de la rythmique française en plus du grand amour que j’avais pour la langue française. Ainsi, je suis arrivé à me mettre dans le style classique français. Et c’est plus tard, il y a juste un an que j’aurai découvert Georges Brassens et j’ai compris que nos styles se frottaient.

Ialtchad Presse : - Vous parlez tantôt de provocateur d’art, que voulez-vous dire réellement par provocateur d’art ?
Beral Mbaïkoubou : Oui, provocateur d’art, il y a plusieurs explications. La première raison et la plus facile, c’est que je fais de la musique additionnée à la poésie. Nous nous convenons tous que la musique est un art brouillant, agité et tapagé. Par contre la poésie, elle est douce, elle fait rêver, etc. Mettre ensemble ces deux arts qui ont des caractéristiques opposés relèverait de part et d’autre à inciter une provocation. La seconde raison relève du lyrisme de la poésie. C’est à dire qu’on en use de la poésie pour des fins plus homériques mais moi j’en use pour de la pornographie critique et provocatrice. Et puis en dernier lieu, pour ceux qui n’aiment pas le vrai, c’est à dire la vérité, ceux qui n’aiment pas qu’on les dise clairement les choses, dénoncer ce qu’ils font revient à les provoquer. Alors j’ai compris que ce serait couper de l’herbes sous leurs pieds ou alors leur marcher sur leurs langues; se prononcer provocateur d’avance pour qu’ils n’aient rien à dire.

Ialtchad Presse : - En quoi peut-on dire que votre musique est engagée ?
Beral Mbaïkoubou : C’est une musique engagée parce que je m’obstine à dire tout haut ce que les gens pendant longtemps ne pensaient pas. Cela est témoin de l’engagement, si nous nous en tenons à Jean Paul Sartre. D’autre part je pense que c’est engagé parce que j’ai frustré les valeurs empiriques de l’art. C’est à dire à travers la musique on pourrait çà et là glaner de piécettes qui permettraient de faire vivre la carcasse humaine. Mais j’ai toujours négligé cette dimension pour saisir quelque chose de plus profond et de plus intérieur. Si vous écouter quelques-uns de mes textes, ce sont des pornographies sèches. Je pense que lorsqu’on fait de la musique avec une telle pornographie, une telle ouverture, étaler les mots tels qu’ils sont, de manières à ridiculiser le plus possible les inconscients, la honte de la société, je pense que c’est cela l’engagement. 

Ialtchad Presse : - À part la musique, faites-vous d’autres choses dans la vie ?
Beral Mbaïkoubou : Oui, je fais autre chose cela demeure toujours dans l’art. J’écris beaucoup. J’écris des textes de poésies, j’écris également quelques essais et de temps en temps des petites pièces de théâtre. Bref, j’écris beaucoup.

Ialtchad Presse : - Écrire et faire de la musique, n’est-ce pas faire la même chose? 
Beral Mbaïkoubou : Oui, pour bien chanter, il faut écrire son texte, et pour bien écrire il faut chanter le thème en tout temps dans sa tête, c’est comme l’âme et la conscience, l’une ne va pas sans l’autre. Moi je me retrouve extrêmement bien là-dedans. Je profiterai de cette question pour également remonter les bretelles à certains, qui, ici au pays justement, il y a des gens qui, lorsqu’ils veulent faire la musique abandonne l’école. Je pense que cela revient à prendre l’histoire à contre-fil. Parce que l’on ne pourrait pas faire un art véritable, lorsque l’on n’est pas intellectuel. Même si aujourd’hui on entend que  tel ou tel autre artiste n’a pas poursuivi très loin les études, et bien rendez-vous compte qu’il a abattu un travail plus important que l’école, parce que la culture autodidactique est plus lourde que la scolarisation. Donc, je pense qu’il n’y a pas d’art sans intellectualisme.

Ialtchad Presse : - Peut-on aujourd’hui parler d’une musique tchadienne à l’image du Makossa camerounais ou du Dombolo congolais ?
Beral Mbaïkoubou : J’ai toujours été contre ces idées de musique tchadienne, musique camerounaise etc. Il n’est de pays qui n’a pas de musique, parce que pour moi la musique tchadienne, c’est celle qui est faite par un Tchadien, quelle que soit la rythmique. Parce que ce sont les questions dont on traite qui font la musique. De ce fait, si nous traitons des questions tchadiennes dans une rythmique congolaise, camerounaise etc., ça reste tchadien parce que de toute façon tout le monde conviendrait avec moi que le Dombolo par exemple est une rythmique de composition Est Africaine ou encore des origines des Antilles, des Caraïbes etc., et à ce titre-là, il n’est d’aucun pays qui possède exactement une rythmique 100% de chez lui. De ce fait je dirais qu’il y a de la musique tchadienne. D’autre part s’il s’agit de la rythmique culturelle originale tchadienne, cela existe, et si les gens veulent en faire promotion tel que, même sans philosophie, l’on dise que, quelque part tel rythme est tchadien comme on dit aujourd’hui que le Makossa est camerounais, le Mapouka est ivoirien, etc. Eh! bien il faudrait que les artistes-promoteurs de cette rythmique se mettent ensemble et se soudent. Mais nous ne pourrons jamais créer une rythmique tchadienne, lorsque Maître Gazonga parlera de Daraba Léyine comme la danse de chez nous, et que, Anélie Châtelain parlerai par exemple de la balançoire, Saint Mbete BAO de rongondo, chacun va de son coté, dans cette mesure on ne pourrait jamais rien mettre en commun et ça resterai un éclatement continu.

Ialtchad Presse : - Aujourd’hui tout laisse croire que les artistes tchadiens rencontrent énormément des difficultés pour s’exporter. La preuve, on ne retrouve presque pas la musique tchadienne sur le marché international. Quels sont réellement les problèmes ?
Beral Mbaïkoubou : La toute première entrave c’est l’ignorance. C’est que partout ailleurs ce sont ceux qui ont les moyens qui investissent dans l’art. Mais aujourd’hui nos hommes affaires entendent par affaire l’achat d’une voiture et revenir la vendre. Ou bien la revente des chaussures, etc. On ne comprendra jamais que l’art constitue également un produit d’exploitation. Et lorsqu’on n’a pas d’appui derrière, cela ne pourrait pas marcher. D’autre part il y également l’ouverture du dialogue, parce que je prendrai mon cas personnellement. J’ai pu rencontrer moult personnes peut-être disposées à soutenir mon art, mais ils m’invitent plutôt à faire un art pas satirique. Je pense que cette intention de limiter l’inspiration artistique est également une entrave. À cela s’ajoute le manque de structure parce que de toute façon même si on est financé, il faudrait peut-être se rendre à l’extérieure pour pouvoir sortir un produit. C’est une autre paire de manches. Parce qu’on aura beau résolu la question des producteurs. On rencontrera celui des structures. Des structures qui n’existent pas sur place. Je crois que c’est un peu le problème.  

Ialtchad Presse : - Comment jugez-vous aujourd’hui l’indifférence de nos autorités par rapport à l’art que vous faites ?
Beral Mbaïkoubou : Oui il faut dire que nos gouvernants aujourd’hui se foutent quelques peu de l’art, peut-être parce que l’art est une nourriture de l’esprit et de l’intériorité. Vous savez dans un pays aussi reculer que le nôtre, les priorités sont d’ordre empirique. Je voudrais dire que l’on voudrait d’abord saisir les premières vues qui sont à des fins matérielles. 

C’est à dire, on voudrait satisfaire sa faim, sa soif parce que cela est matériel, par contre l’art qui contribue à forger l’intériorité humaine, l’âme, la profondeur, etc. Cela n’est pas du tout facile à saisir. Ce qui fait que les artistes aujourd’hui sont laissés pour compte oserai-je dire parce qu’il n’y a pas de structures de production. Il n’y a pas une prise en charge des artistes en tant tel et d’ailleurs on les associe même pas à des grandes décisions. De toute façon un artiste qui se respecte devient automatiquement un maître à penser, parce que chaque artiste a une philosophie, c’est un penseur. Donc on devrait à ce titre-là, les associé à toutes les décisions importantes pour que le public s’y retrouve. Néanmoins, je voudrais dire que jusqu’ici nous avons tiré à boulet rouge sur les autorités, mais il est un autre aspect, qui est le respect de l’artiste lui-même. Parce que l’artiste devrait être comme je l’ai dit tantôt maître à penser. Et si nous avons une philosophie, cette philosophie ne doit pas seulement se déterminer sur la scène. C’est à dire lorsqu’on entend un artiste sans le connaître et qu’on le rencontre en chair et en os, il faudrait qu’il soit exactement ce qu’il détermine dans son œuvre artistique. Hélas, aujourd’hui nos artistes donnent l’air de prendre simplement un plaisir ludique, à dénoncer ou à étaler toute une suite de vertus alors que lorsqu’on les rencontre, ils sont eux même le prototype des dénonciations qu’ils font. Je pense que dans ce sens, ça ne marchera pas. Et nous nous laissons également berner par certaines idéologies peut-être novices. Mais des idéologies qui semblent être un retour aux sources, ben, j’en suis très fier lorsqu’on parle de la promotion de l’art tchadien, de la rythmique tchadienne, de la Culture de chez nous, etc., cela me flatte, mais en même temps je rigole parce que, on comprend avec un peu d’abus toutes ces connotations en ce sens que, je suis pour que l’on prenne le Bazaka, le Sai, le Gourna et autres mais pour en traiter des problèmes sérieux. Mais de là à prendre ces rythmiques et les assimilées à des arts anciens, de nos ancêtres qui ont eu souvent des chansons ludiques, des chansons vides de sens, qui ne traitaient d’aucun problème, je pense que ces dimensions relèvent d’une attitude Moyenâgeuse qu’il faut absolument faire évoluer.

Ialtchad Presse : - S’il vous est demandé de résumé en quelques mots l’état actuel du Tchad, que diriez-vous ?
Beral Mbaïkoubou : Le Tchad est pris en otage par l’inconscience, la mauvaise foi et la corruption. Parce que les gens nous font avaler n’importe quoi. Nous buvons au jour le jour du venin. Hélas, nous ne nous en rendons pas compte simplement parce que l’on a développé plus la carcasse que l’esprit. Je voudrais dire que, le ventre ici chez nous pèse plus lourd que la tête, et évidemment, on ne peut que manger plus et penser moins. Ainsi, le pays va à reculons. Il faut le dire tout haut. Et surtout, la démocratie aujourd’hui est une parodie. Il n’existe pas de démocratie véritable. J’en profite pour vous dire une anecdote. Il y a si peu, le Directeur du Centre Culturel Français(CCF) m’a aidé à obtenir une éventualité de financement de la part de la représentation de la Banque Mondiale ici sur place pour une production d’Album et la condition qu’on m’a posé c’est de présenter dans cette cassette financée par la Banque Mondiale des chansons qui ne toucheraient aucunement au régime. J’ai craché sur le projet pour la simple raison que la Banque Mondiale ne peut pas en même temps chaque année nous réclamer des progrès dans la preuve démocratique et de la même gueule nous demander de ne pas toucher à notre régime. Je pense que cela revient à louvoyer, à glisser des peaux de banane aux gens, et même si ma voix ne pouvait pas porter assez loin à mon niveau tout seul individuellement, j’ai refusé le projet et je sais que c’est déjà grand-chose dans la recherche d’une liberté, d’une démocratie réelle.

Ialtchad Presse : - Y’a-t-il des questions que vous aimeriez qu’on vous pose ?
Beral Mbaïkoubou : Je ne sais pas, mais on pourrait revenir après aussi longtemps que possible sur les questions de la démocratie, de la violence ou du dialogue entre les hommes etc. Parce que, aujourd’hui l’on profite de certaines valeurs nouvelles pour faire passer beaucoup d’insanités. Par exemple au nom de la démocratie, l’on légalise n’importe quoi, simplement parce que les hommes ont pensé que la majorité signifie déjà beaucoup de chose. Partout dans nos sociétés humaines et même sur toute la terre, les imbéciles sont les plus nombreux. Alors qu’est ce qui empêche que le choix de la majorité soit le choix le plus banal. D’autre part on pense que, lorsqu’on donne un avertissement, lorsque les hommes sont sermonnés concernant une question quelconque, alors, il ne faut plus insister. Parce qu’on dit qu’un homme avertit en vaut deux, mais qui dit que deux hommes n’ont jamais valu l’imbécillité, la question se pose.

Donc je pense qu’aujourd’hui ce qu’il faudrait promouvoir dans la jeunesse, c’est une notion de révolution concrète, non pas la révolution dans les armes peut-être, mais une révolution sèche, c’est à dire parvenir à épouser le sacrifice. Je donne raison à un philosophe qui disait que : « la liberté et la vie ne vont pas de pair. » Les gens rêvent aujourd’hui d’être libres mais en même temps ils ne veulent pas se sacrifier. Et là, ça sera simplement palabrer sur la 25ème heure, jamais ils n’auront de résultat à cette attente.

Ialtchad Presse : - Pour conclure ?
Beral Mbaïkoubou : Je ne peux finir sans dire deux choses. D’abord à Ialtchad Presse, c’est peut-être un coup de chapeau que je lui rendrais, parce que jusqu’ici le Tchad n’a pas pu avoir un moyen aussi colossal que cela d’exportation des connaissances du pays pour la simple raison que les gens ne s’y intéressent pas. Mais tout d’un coup Ialtchad Presse est intervenue dans la démesure puisque c’est directement dans la haute technologie. Les sites Internet je pense que c’est ce qu’il y a de plus performant pour l’instant et cela mérite vraiment une reconnaissance. C’est ne pas facile mais continuez, votre travail est louable. Quant à ceux qui éventuellement épouseraient mes idées, je pense que nous irons au-delà des applaudissements, qu’ils deviennent plutôt un duplicata des toutes ces pensées que j’étale afin que, à chaque coin de la terre les inconscients se trouvent le plus emmerdés possible, et là, nous pourrons n’est-ce pas leur tailler les croupières, et un jour parvenir à prendre la tête de sorte, pour bâtir le paradis terrestre sans exagération. 

Ialtchad Presse : - Merci Monsieur Beral Mbaïkoubou.
Beral Mbaïkoubou : C'est moi qui vous remercie 

Interview réalisée par
Hamid Kodi Moussa

Kaar Kaas Sonn de son vrai nom Noël Flavien Kobdigé, né en 1973 à Sarh fait plus intello qu'artiste. En effet Kobdigué est titulaire d'une licence en droit, maîtrise en relation internationales, premier cycle ENAM (Diplomatie) et actuellement en DEA à Genève. Auteur-compositeur, ce jeune rappeur, sympathique et presque toujours jovial est aussitôt devenu un personnage incontournable sur la scène musicale Tchadienne. Aujourd'hui, grâce à notre talentueux artiste, le Rap conquiert petit à petit le cœur des jeunes de N’Djamena, longtemps bercés par des sonorités bantoues et soudanaises.

Ialtchad Presse : - Revenons sur tes débuts pour ceux qui ne connaissent pas ton histoire, comment as-tu commencé à faire de la musique ?
Kaar Kaas Sonn : En 1992, j'étais en classe de terminale au lycée technique commercial de N'Djamena. Il y avait le rap. Il y avait MC SOLAAR -c'est un monument pour moi, et mon rêve de le rencontrer reste vivace. Je me suis mis à l'imiter et c'était parti! D'abord, j'ai été fondateur de TIBESTI, groupe qui fait notre fierté. Je quitte le groupe pour entrer à l'ENA. Je continuais à écrire des textes. Juin 95, je chante lors de la fête de la musique au centre culturel français de N'Djamena!!! En septembre de la même année, je fais mon premier enregistrement dans mon salon à Moursal. Les gens trouvaient ça bien et j'ai dû continuer. 98 je vais à Bangui pour la maîtrise et de retour je suis recruté comme stagiaire à la présidence de la république (j'étais major de ma section Diplomatie à l'ENA) et j'enseignais l'administration des entreprises dans un institut. 

Une fois de plus, l'occasion de ne pas faire du rap se présente. C'est en 99 que, sélectionné pour représenter le Tchad en France (Questions Pour Un Champion), j'enregistre une cassette avec Aimé Palyo. Arrivé en France, ça a déclenché le délire. On était à Giverny, chez Claude Monnet, grand peintre Français devant l'éternel que j'adore, et c'est là que les choses se mirent à tourbillonner. Julien Lepers me fait chanter dans son émission. De retour à N'Djamena, concerts et cafés-concerts s'enchaînent. Grâce au centre culturel français! En 2000, sort l'album "Ballades d'un récalcitrant"; je me produis au Festival LAFRICAFOLIES à Verdun sur Garonne, en France. 2001, je fais un concert en faveur des enfants avec l'UNICEF et dont la moitié des recettes a été versée à une association qui s'occupe des enfants de la rue.

Ialtchad Presse : Quels ont été tes inspirations pour le choix du Rap, ton style et ta voix ?
Kaar Kaas Sonn : Je m'inspire du vécu quotidien. En fait, je me pose trop de questions et pousse des réflexions avec le rap. C'est une musique hautement intellectuelle et c'est ça que j'adore dans cette musique, comme Bob Marley le faisait en son temps avec le reggae. Je fais un rap de salon, c'est-à-dire un rap que tout le monde pourra écouter. Je ne vois pas de raison de cantonner le rap dans la rue. Si l'on pense souffrir des serres du système, il faut bien dire au système son désaccord. Il y a de plus en plus de sauvagerie comme si toute l'évolution de l'humanité était en train de se muer en animalité. Avatars?
On voit bien que celui qui enseigne le pardon ne pardonne pas, ceux qui parlent de démocratie pratiquent le coup d'État, les défenseurs de la paix sont des  marchands d'armes, etc. Face à ce dérapage, j'essaie d'exorciser l'inhumanité de l'humanité pour enseigner l'humanité de l'humanité à l'humanité. En gros, je milite pour le désasservissement des peuples asservis.

Ialtchad Presse : - Ton nom est peu commun, que signifie Kaar kaaas sonn ?
Kaar Kaas Sonn :  Kaar Kaas Sonn vient de KWARE KU SEN. En ma langue, le nanjere, cela signifie "l'Enfant qui connaît".
 
Ialtchad Presse : - Peux-tu nous parler de ton 2ème album « chic choc chèque » ?
Kaar Kaas Sonn : Chic choc chèque est un disque réalisé à Sarh au Tchad. Je voudrais prouver qu'on est bons parfois dans ce bled. Malheureusement, le studio a pris feu et le produit avec. Ce n’est pas grave!!! Quand, en septembre 2000 je rentrais de vacances de France, une émission passait sur la radio Dja FM et là, on disait que les filles émancipées à N'Djam ont trois copains: Le premier est le mec avec qui elle sort, le deuxième est celui qui "assure" et le troisième banque. Donc chic choc chèque. Mais il y avait aussi des délestages intempestifs de la STEE qui ont bousillé mon ordinateur (combien de Tchadiens avaient été -ou sont- victimes de ces âneries!) Voilà pourquoi, je pose la question : qu'est-ce qui marche dans ce système pourri?

Ialtchad Presse : - Parlons de tes réalisations récentes, peux-tu en dire plus sur votre travail avec le groupe Français « LE POINT G » ?
Kaar Kaas Sonn : Actuellement, je travaille avec un groupe basé au sud de la France, le POINT G. Ils sont archi cool et le travail se fait positivement. On prépare un festival en été en France.

Ialtchad Presse: - Prévois-tu une tournée au Tchad ?
Kaar Kaas Sonn : Je rêve de retourner au Tchad. Le pays me manque énormément déjà. La chaleur des gens; mais aussi partager la misère de mes parents et amis, monter sur une scène et voir tous ces jeunes gens acclamer quand je touche du doigt certains aspects de leur vie. C'est magique, le Tchad!!!

Ialtchad Presse : - En tant que musicien, quel regard portez-vous sur la musique Tchadienne de nos jours ?
Kaar Kaas Sonn : La musique tchadienne est très bonne. Je ne comprends pas pourquoi les Tchadiens ont cette désaffection pour la musique faite chez eux. Je disais que je fais une musique sans public pour un public sans musique. C'est avec joie et engagement.

Ialtchad Presse : - Question: ton rap est-il engagé ?
Kaar Kaas Sonn : Dire que mon rap est engagé serait du pléonasme! Le rap se définit par son caractère engagé par essence. Je fais un concert pour les enfants ou les personnes qui souffrent de lèpre, c'est ça l'engagement. Certaines choses méritent qu'on en parle. Ne pas le faire serait de la démission et le faire trop tard serait de la lâcheté. Ça coûtera ce que ça coûtera, mais n'est-ce pas mieux de souffrir pour une cause juste que de ne pas souffrir du tout et laisser l'injustice gagner notre existence? Faut-il baisser les bras et laisser sombrer dans l'oubli collectif des valeurs -et vertus- comme la justice? Je ne rêve pas de parler de ces valeurs à mes enfants, un jour, comme on parle de dinosaures aujourd'hui.

Ialtchad Presse : - Quels sont tes projets pour le futur ?

Kaar Kaas Sonn : les projets ne manquent pas. Faire de nouvelles œuvres. Depuis que je suis à Genève (octobre 2001), j'ai écrit plus de 60 textes. Quand je vais finir mes études, je vais m'y mettre à fond.


Ialtchad Presse : - Tes passions ?

Kaar Kaas Sonn : le mic, la musique, le basket, le foot (je suis profondément attristé par l'élimination précoce de l'équipe de France et des équipes africaines). L'écriture aussi, car j'ai fait un recueil de poèmes en 2001 et quelques nouvelles publiées par le réseau de lecture publique de la coopération française.

Ialtchad Presse : - La francophonie?
Kaar Kaas Sonn : Le français est une très belle langue. Et cette langue, devenue notre patrimoine commun à tous les francophones, est en train d'être supplantée par d'autres. Devons-nous baisser les bras et laisser sombrer ce patrimoine?

Ialtchad Presse: - As-tu un message à passer à tes fans et aux ialtchad ?
Kaar Kaas Sonn : Je tire mon chapeau à ialtchad, qui devient notre tribune commune pour bâtir un Tchad autrement. Bien à vous. À mes fans et ceux qui aiment ce que je fais, je suis fan de vous et vous embrasse fort. Ressentez cette chaleur de N'Djamena dans ce baiser. Tendrement, Kaar Kaas Sonn
Ialtchad Presse : - Kaar Kaas, ialtchad vous remercie
Kaar Kaas Sonn : Merci à vous   

Interview réalisée par    
Brahim Wardougou  

  1. Arts & Culture
  2. Musique
  3. Mode-Beauté

Vos Annonces sur votre site Ialtchad Presse

Votre Publicité sur Ialtchad Presse