dimanche 25 septembre 2022

Reportage

Reportage (1066)

N’Djaména est privé des diffusions radiophoniques ce 1er décembre. En cause, l’appel à une journée sans radio lancée par l’Union des radios privées du Tchad (URPT). L’équipe d’Ialtchad Presse est allé faire un tour dans les rédactions. Reportage.

Une « Journée sans radio ». C’est ce que vivent les Tchadiens, particulièrement les N’Djaménois ce mardi 1er décembre. C’est silence radio dans la capitale tchadienne. Cette journée sans radio a été décrétée par l’Union des radios privées du Tchad (URPT) en signe de protestation à la violation et à l’arrestation des journalistes en formation dans les locaux de la radio FM Liberté le 27 novembre passé.

Ce matin du 1er décembre, les bandes des radios telles que Vision Fm, Dja Fm, Oxygène et FM Liberté sont vides. Dans les rédactions, le silence est maître.

« Il n’y a personne. C’est fermé aujourd’hui », nous fait savoir le vigile de la radio Vision Fm, située à Atrone dans le 7e arrondissement de la ville.  Sur la page Facebook de la station, les responsables ont posté ce message : « En raison du mot d'ordre de l'URPT pour une journée sans radio ce mardi 1er décembre 2020, votre radio n'est pas en mesure de respecter ses programmes habituels. Nos émissions reprendront demain 5h30. Veuillez-nous en excuser. »

Même scénario à la radio Oxygène à Kamnda dans le 7e arrondissement. « En raison de la '' Journée sans radio'' lancée par l'Union des radios privées du Tchad, la RADIO OXYGENE informe ses auditrices, auditeurs, abonnés, partenaires qu'elle n'émet pas ce 1er décembre 2020 de 00h00 à 23h59. Elle ne fera pas également des publications sur sa page Facebook. La RADIO OXYGENE reprendra ses programmes le mercredi 2 décembre 2020. Merci de votre compréhension », a posté la direction.

À la radio Dja Fm, au quartier Ambassatna dans le 3e arrondissement, c’est aussi le vide. La rédaction et le studio sont désertés par les journalistes. À la radio Arc-en-ciel, par contre quelques journalistes sont présents. Mais l’antenne est restée fermée. De la salle de conférence au studio, c’est le vide. « Nous avons répondu à l’appel de notre organisation faîtière », a indiqué Rolande, la rédactrice en chef. Pour elle, c’est une question de solidarité. « Hier, c’est à FM Liberté. Demain, cela sera où ? », s’interroge-t-elle.

À la radio FM Liberté, le scénario n’est pas différent. Les bureaux, les studios ainsi que les salles de rédaction et de réunion sont hermétiquement fermés. D’après le directeur de la radio, Djekourninga Kaoutar Lazare, la scène qui s’est déroulée dans les locaux de sa station n’est pas seulement de la violation, mais une « agression armée. Les éléments du Groupement mobile d’intervention de la Police ont tiré des gaz lacrymogènes et de balles réelles. Heureusement qu’il n’y avait pas eu mort d’homme. En tant que membre de l’URPT, nous observons cette journée », soupire-t-il.

Selon le directeur, la radio FM Liberté ne compte pas s’arrêter là. D’autres actions sont en vue. « Nous organisons une journée de deuil, demain 2 décembre. La radio va émettre, mais que de la musique engagée et des bandes d’annonces », dit Djekourninga Kaoutar Lazare. La radio va reprendre ses programmes normalement le jeudi 3 décembre.

Selon le président de l’Union des radios privées du Tchad, Mékondo Sony, joint au téléphone, le pari est gagné malgré la mise en garde et le rappel à l’ordre du ministère de la Communication et de la Haute Autorité des médias audiovisuels (HAMA). « Le mot d’ordre est respecté à 100% sur toute l’étendue du territoire », déclare-t-il. Il souligne que l’appel ne concerne que les radios membres de l’URPT. Ce qui justifie la diffusion des programmes sur certaines stations radiophoniques privées.  Toutefois, ajoute-t-il, il y a des responsables des radios non affiliées à l’URPT qui ont manifesté leur solidarité à ce mouvement. 

L’appel à l’interruption des programmes sur les stations radiophoniques privées a provoqué l’indignation du ministère de la Communication et de la Hama. Ces deux institutions ont interpellé les responsables des médias à respecter les dispositions de leurs cahiers de charge et la loi. De la plaisanterie, rétorque le directeur de FM Liberté. « Je crois qu’à ce niveau, le ministère et la Hama sont passés à côté de la plaque », dit-il. Pour lui, l’Hama et le ministère devraient condamner l’acte qui a été posé par les éléments de la Police. Malheureusement, dit-il, « ces deux institutions ont gardé le silence et se plaisent à raconter des choses. » Interrogé sur les possibles représailles de l’organe régulateur, Djekourninga répond en reprenant cette citation philosophique, « dès qu’un homme est né, il est assez vieux pour mourir. »

Christian Allahadjim
Ngon Lokar Maurice

C’est la 30e année pour marquer la journée anniversaire de la Liberté et de la Démocratie qu’une cérémonie de prise d’armes et de défilé militaire s’est déroulée ce matin, 1er décembre à la Place de la nation de N’Djamena, capitale tchadienne. Reportage.

Peu d’engouement ce matin à la Place de la nation pour la célébration du 30e anniversaire de la Liberté et la Démocratie au Tchad. Différentes hautes personnalités étaient présentes. Notamment, les membres du gouvernement, le président de l’Assemblée nationale, le Chef d’État-major des Armées, la première Dame et le Président de la République, Idriss Deby Itno.

Les troupes sont passées en revue par le Chef d’État-major des armées debout dans son véhicule de circonstance. Ensuite, c’est au tour du président Deby Itno de saluer les troupes. Et a procédé au dépôt des gerbes des fleurs sur le monument des martyrs. Un acte pour honorer leur mémoire. S’en est suivi, le défilé militaire, ouvert par l’armée de l’air par le survol des chasseurs et des hélicoptères. Sous le rythme des fanfares militaires, différentes troupes se sont succédé dans une cadence toute militaire. Le cortège présidentiel est parti après la fin des défilés. La cérémonie s’est ainsi terminée.

Pour Miskine, jeune citoyen, le pouvoir a réalisé beaucoup de choses, il faut le reconnaître. Selon lui, des écoles et hôpitaux ont été construits un peu partout dans la ville de N’Djamena. « Je souhaite bon anniversaire et longue vie à notre démocratie. Surtout, il faut que l’État assure toujours et continuellement la sécurité de tous les Tchadiens. Il faut que le coût de vie soit un peu moins cher », dit Miskine.

M. Mekasse, un peu amoché par une journée arrosée reconnaît que le Tchad fête le 30e anniversaire de la liberté et de la démocratie. Selon lui, c’est une fête qui rappelle l’entrée du Président Idriss Deby Itno au pouvoir en 1990. « Je remercie le Bon Dieu parce que je vis en paix. Ce qui me permet d’aller travailler dans les chantiers et gagner mon pain. Je demande à Dieu de garder notre pays toujours en paix », insiste M. Mekasse.

Rappelons que le pays a été indépendant le 11 août 1960. Plusieurs régimes se sont succédé. Le pays a connu des soubresauts politiques, des dictatures et des guerres fratricides. À la chute de la dictature de l’ex-président Hissène Habré, le 1er décembre 1990, le Mouvement Patriotique du Salut (MPS) prend le pouvoir et proclame la liberté et la démocratie. Dans son discours à la nation, au lendemain de sa prise de pouvoir, le président, Idriss Deby Itno a déclaré, « je ne vous apporte ni or ni argent, mais la liberté. »

Plusieurs partis politiques et organisations de la société civile voient le jour. Un vent d’espoir a balayé le pays. 30 ans plus tard, le bilan est contrasté.  Certaines voix s’élèvent pour dresser un bilan négatif. D’autres dressent un bilan positif selon d’autres.

Moyalbaye Nadjasna

Le paiement des titres de transport aux enseignants fait des mécontents. Mbairis Ngartoidé Blaise, Secrétaire Général (SG) du Syndicat des Enseignants du Tchad (SET) explique les critères. Reportage.

Chose promise, chose due, dira le gouvernement. Les titres de transport pour le compte de l’année 2016 sont enfin versés par le gouvernement. Appelé « 13e mois », les titres de transport ont été pour longtemps le point de revendication du SET. Mais le paiement de ces titres fait encore des mécontents parmi les enseignants.

Il est 7h00 ce vendredi 27 novembre. Devant les guichets des différentes banques de N’Djamena, la capitale tchadienne, les fonctionnaires de l’Administration publique font la queue pour percevoir leurs salaires. Parmi ceux il y a des enseignants. Ils sont tous impatients de savoir si le fameux « 13e mois » est versé ou non. Les agitations ou les questionnements devant les guichets automatiques en disent long. « Le truc là (13e mois) est versé? », se renseigne un enseignant auprès d’un monsieur qui vient de sortir de la pièce où est logé le guichet automatique. « Je ne suis pas de l’Éducation », lui rétorque son interlocuteur. Cette réponse n’a pas découragé l’enseignant qui ne cesse pas d’interroger ceux qui sortent de la chambre guichet. Enfin, un collègue en sortant lui répond, sourire aux lèvres : « c’est bon pour moi ». Cependant, ce n’est pas bon pour tout le monde.

 « Je n’ai pas eu le 13e mois », rapporte un autre enseignant, la mine triste. Il dit ne pas comprendre le système de paiement. « Le gouvernement nous a dit qu’il va verser pour tous les enseignants. Mais là, il y a des enseignants qui sont plus enseignants que d’autres. On ne comprend plus ce système », dit-il indigné.   

D’autres par contre ont reçu des messages de leurs banques attestant le virement du 13e mois. Mais une fois face au guichet, oh surprise, il n’y a que leurs salaires. Des sources disent que la Direction de la Solde a versé ces primes par erreur à ceux-là et a vite fait d’alerter les banques de retirer le 13e mois sur le compte de ces derniers. 

Quels sont les critères d’éligibilité ?

Selon Mbairis Ngartoïdé Blaise, SG du SET, il ne suffit pas d’être enseignant pour bénéficier de cet avantage. Il y a des critères, précise-t-il. « Pour être éligible au titre de transport, il faut que l’enseignant exerce pendant au moins 3 ans de service après son intégration et sa titularisation ». Pour le SG, à la base de cette incompréhension, le désintéressement de certains enseignants à prendre connaissance des textes. Il invite ses collègues, « le décret 567 qui donne lieu au titre de transport est là. Allez-y lire pour comprendre ».

Pour le non-paiement d’une partie des enseignants, Mbairis Ngartoidé Blaise explique qu’en 2016, le gouvernement avait déjà versé pour une partie. « Cette fois, ça ne concerne que ceux qui n’ont pas perçu en 2016. Moi-même, je n’ai pas reçu le 13e mois », dit-il. 

Mbairis Ngatoidé Blaise soutient que d’autres points de revendications ne sont pas encore pris en compte. Il cite notamment la couverture sanitaire et les allocations pour les funérailles. D’après lui, 85% de l’accord signé avec le gouvernement est réalisé. « Il ne reste que 15% », dit avec force le SG.

Christian Allahadjim
Djilel-Tong Djimrangué

Située au quartier Sabangali, dans le 3ème arrondissement de la ville de N’Djamena, la Radiodiffusion Nationale Tchadienne (RNT) a bercé les oreilles des milliers des générations des Tchadiens. Une radio, quoi qu’on dise, à laquelle les Tchadiens s’identifient et y sont attachés d’un amour presque charnel. Quelles sont ses origines ? Comment fonctionne-t-elle ? Quels services offre-t-elle ? Ialtchad Presse vous ramène aux origines de ce média de service public dans le cadre d’une série de reportages consacrés aux médias tchadiens.

A la Radiodiffusion nationale tchadienne, la conférence de rédaction se tient tous les jours de lundi à vendredi à partir de 9h00. C’est le moment crucial pour, comme on dit dans le jargon des journalistes, « caler » les sujets à traiter. A l’approche de cette heure, la cour de la radio se vide de ses journalistes. Tous se réunissent autour dans la salle de rédaction. C’est un moment culte. Les nouvelles du jour sont inscrites au tableau à l’entrée, après désignation des reporters. Comme dans toutes les rédactions, les propositions de sujets sont débattues et les angles de traitements retenus. Cette pratique date de depuis la création de la radio. « On avait des conférences de rédaction tous les jours à 9h00. Ceux qui doivent aller en reportage y vont et ceux qui sont sédentaires restent à la radio », se souvient M. Evariste Ngarlem Toldé, ancien journaliste de la radio.

Figure de la RNT, Evariste Ngarlem Toldé est entré en 1987. À l’époque, il n’y avait pas encore la télévision nationale. La radio était reine. « Le bâtiment de la radio était construit sur un pilori. Il arrivait que l’eau entre sous l’immeuble. Il y avait les reptiles, les varans, les tortues, les lapins qui sortaient sous l’immeuble de la radio, comme si on était en brousse. C’était un spectacle » raconte avec sourire celui qui était rédacteur, animateur, producteur et même réalisateur jusqu’en 1999.

Au début de l’histoire, le colon. La Radio-Tchad est un projet de l’administration territoriale coloniale française. Elle a été inaugurée en 1955, date des premiers essais. Sa mission : relier la radio coloniale de l’AEF (Afrique Équatoriale Française), émettant de Brazzaville au Congo. L’émetteur appartenait aux PTT (Postes, Téléphone et Télégraphe) et la radiodiffusion ne l’utilisait qu’aux heures vacantes de la Poste.

Arrive l’indépendance le 11 août 1960. Un décret signé le 10 août 1963, par le premier président du Tchad François N’garta Tombalbaye, fixe l’organisation et le fonctionnement de la radiodiffusion officielle du Tchad. La RNT n’est plus une propriété française. Elle appartient désormais au jeune État du Tchad. La même année, des conventions ont été signées entre le Tchad et la France pour lui donner un caractère solennel, national et d’intérêt public. La Radio-Tchad devient un établissement public à caractère industriel et commercial doté d’une personnalité juridique. Elle a une autonomie financière et est placée sous l’autorité directe du président de la République. 

Hier comme aujourd’hui, l’organisation du travail de la maison n’a pas beaucoup changé bien qu’il ait quelques modifications. La structure aussi reste presque la même. Il y a une Direction avec des sous-directions. Entre autres celle de l’information qui a 2 services : celui de l’Actualité et le service des langues nationales. Les services pivots de la RNT. Il y a aussi la sous- direction des programmes et la Sous- direction des services techniques. Le service de l’actualité est placé sous la responsabilité des rédacteurs en chef. Ils sont chargés de l’organisation et du contrôle de l’ensemble des activités nécessaires à la diffusion des informations. Ces derniers collectent et mettent en forme les informations nationales et internationales de toute nature et les présentent sous forme de bulletin, de journaux et des flashs. L’organisation de la couverture des événements nationaux et internationaux d’actualité, la rédaction des chroniques et des éditoriaux relèvent de leurs attributions.

La force de la RNT, c’est sa proximité avec la population est le service des langues nationales. C’est un service qui est chargé de la présentation des journaux dans les langues nationales retenues à la RNT. Il se charge aussi de la promotion de ces langues que de la gestion des speakers en langues pour les reportages et les émissions. Ces langues sont entre autres : le Français, l’arabe littéraire, l’Arabe locale, le Sara, le Foulfouldé, le Toupouri, le Moundang, le Massa, le Boudouma, le Mousseye, le Kanembou, le Beri, le Gorane, le Boulala etc. Cette myriade de langues parlées est une immense richesse culturelle et linguistique. La RNT est la seule radio au monde où foisonnent tous les accents, les origines et les provenances.

La grille des programmes de la RNT privilégie l’animation, l’éducation, les réalités locales et l’actualité. Selon les responsables, cette grille consacre :  15 % aux éditions de l’actualité, 15% de ses émissions à l’alphabétisation, 15% à l’environnement, 15% à la santé, 10% à la culture, 5% à la politique, 5% à la religion, 5% aux droits de l’Homme, 5% au sport, 5% à l’armée, 5% aux émissions de divertissement. Les matinées sont consacrées aux programmes d’animation, d’éducation au développement et à l’actualité.

« Aujourd’hui, j’ai l’impression que les choses ont évolué positivement parce que les moyens ont été mis à disposition. Je vois que le parc auto est un peu garni, les journalistes ont les matériels qui sont miniaturisés. Ce qui est vrai, il y a quand même d’aménagement par rapport à notre temps où on n’avait pas le téléphone portable », dit M. Evariste Ngarlem Toldé.

Néanmoins, dans le traitement de l’information, il estime qu’il y a beaucoup de légèreté. « On a l’impression la relève ne maîtrise pas l’écriture journalistique. Il y a trop de confusion de genres. La qualité n’est plus la même qu’à notre temps. On dirait que ces journalistes travaillent pour juste avoir une place. Ils ne cherchent pas à être des grands professionnels », regrette Evariste Ngarlem Toldé. 

Orthom L’Or
Maurice Ngonn Laukarr

Situé entre la radio FM-Liberté et le commissariat du 7e arrondissement, le centre Don Bosco est l’un des cadres rassembleurs des jeunes de N’Djamena, capitale tchadienne. Nous publions le deuxième article d’une série sur les lieux de Culture N’Djamenois. Reportage.

Un léger froid sévit dès 8h ce matin devant la guérite du Centre Don Bosco sis au quartier Abena dans le 7e arrondissement. En face de l’Avenue Jacques Nadjingar, il est difficile de traverser à cette heure de pointe. Travailleurs du secteur public et privé ainsi que les « débrouillards » s’entremêlent sur cette prestigieuse voie. Chacun cherche à atteindre son lieu de travail. Forçant un peu la traversée de l’avenue, nous voilà arrivés à l’accueil. Les agents nous donnent de badges visiteurs, Covid-19 oblige, on se plie aux rituels de lavage des mains. Dans la cour réservée aux sports, élèves et professeur d’Éducation physique et sportive jouent au football et basket-ball.

Père Marius Jiojo, la cinquantaine révolue, cheveux grisollant nous reçoit. Il est le directeur du Centre Don Bosco (CDB) de la ville. « Le CDB a été inauguré en 1999 en présence de l’ancien Archevêque de N’Djamena, Monseigneur Charles Vandam. A l’origine dit-il, le centre Don Bosco devait être installé à Mongo, grande ville du centre du pays », affirme le directeur. L’Objectif majeur du CDB est : la formation professionnelle et humaine des jeunes. Le CDB s’est implanté aussi dans d’autres villes. Notamment à Sarh, Doba et Mandalia. Pour être plus efficace, en 2009, le centre s’est transformé en association. « Beaucoup d’artistes et joueurs de football en vogue ont commencé tout jeune ici à Don Bosco », dit père Jiojo.

Dans l’enceinte du centre, des jeunes filles et garçons suivent différentes formations. Certains suivent une formation en informatique et en couture. D’autres élèves du secondaire, primaires et maternelles, poursuivent des études ordinaires. Le Lycée et collège du Centre Don Bosco créé en 2013. Il a aujourd’hui un effectif d’au moins 900 élèves. En 2020, la 1re promotion des bacheliers a fait son entrée à l’Université.

Noubadoumbaye, est en formation de couture. Il est envoyé par l’ONG Handicap International. « Ce métier va répondre à nos besoins. Nous avons fait déjà 2 mois de formation et l’évolution est bonne. Nous avons appris le découpage des tissus, son assemblage et enfin la couture. Le rythme de la formation est bon. Nous avons un bon formateur », dit l’apprentis couturier.

Noubadoumbaye souhaite avoir un stage de perfectionnement à la fin de sa formation. Pour le formateur, M. Koyoumta Raymond, certains apprentis sont envoyés par des ONG comme Handicap International et UNHCR. D’autres sont venus à titre personnel. « Ce sont des apprentis qui n’avaient au premier jour aucune connaissance de la couture. Depuis qu’ils sont ici, 2 mois en tout, leur progrès me réjouit. J’ai confiance qu’en 6 mois comme prévus, ils auront maîtrisé beaucoup de choses », dit-il.

Penser aux jeunes

Selon le père Jiojo, la formation professionnelle des jeunes est à la raison d’être du Centre Don Bosco. L’encadrement des apprentis dure 9 mois. Trois promotions formées sont déjà sur le marché d’emploi. Les domaines de formation sont variés. Il y a la couture, l’informatique, le secrétariat bureautique, la cuisine, l’électronique, l’électricité bâtiment, le solaire, etc. « Nous pensons grand. Ce qui nous préoccupe ce sont les besoins des jeunes », dit-il.

Pour les responsables du CDB, la plupart des pays adoptent des politiques de retour à la terre, c’est-à-dire à l’agriculture. Le Centre estime qu’au Tchad, la terre ne manque pas. Mais il faudra innover, faire quelque chose de différent. Sortir de l’agriculture ordinaire. « Il faut faire de l’agrobusiness.  Travailler la terre, élever les animaux, transformer les produits pour donner de la valeur ajoutée et être à mesure de les commercialiser », dit le religieux. 

Moyalbaye Nadjasna

Les agents de la Police municipale et de la protection civile ont donné un coup de balai aux différentes avenues de la ville de N’Djamena, capitale tchadienne. Une action citoyenne qui surprend. Reportage.

Une présence inhabituelle pour une action citoyenne. Alors qu’on les croyait seulement dans les marchés et lors des incendies, les éléments de la Police municipale et de la protection civile ont opté pour une action citoyenne ce 21 novembre. Munis des balais, des pelles et des brouettes, ils ont nettoyé la rue Alifa Zezerti dans le 3e arrondissement et d’autres avenues de la capitale. Action qui a surpris plusieurs citoyens du 3e arrondissement.

Selon le directeur de la Police municipale, Colonel Adamou Brahim Maina, son équipe a répondu à la sollicitation de la direction de l’assainissement de l’environnement et de la Santé de la Mairie de N’Djamena. « Nous sommes venus en renfort aux agents en charge de l’assainissement de la ville de N’Djamena », déclare-t-il. Intervenu de gré ou sur sollicitation, Colonel Adamou croit que le déploiement de son équipe pour l’assainissement des avenues ne doit pas être perçu comme un événement extraordinaire. « Ce n’est pas un fait du hasard. Ça fait partie de notre boulot et les textes qui nous régissent font mention de ce devoir », dit le patron de la Police municipale. Il rassure de la disponibilité de ses éléments à répondre promptement à toute autre invitation.  

Gadngar Roasnan Rodrigue est le directeur de l’assainissement de l’environnement et de la santé à la Mairie de N’Djamena. Il explique que l’activité qu’a entreprise son département ce samedi s’inscrit dans la suite logique de la journée de la salubrité instaurée depuis longtemps par la Mairie de la ville. La particularité, dit-il, est la mobilisation des agents de la protection civile et de la Police municipale. Pour lui, les fêtes de fin d’année approchent et N’Djamena doit faire peau neuve. D’autres activités seront menées à part le nettoyage des rues. « Il y aura l’embellissement de la ville. Déjà les jeux de lumière sont en train d’être installés sur les grands artères », dit Gadngar. 

Depuis un certain temps, les autorités municipales sont en guerre contre l’insalubrité. La journée de samedi est décrétée journée de salubrité dans les marchés et les quartiers. Mais cette journée ne semble pas être exécutée comme il se le doit. « Nous ne cesserons jamais de déplorer l’incivisme de la population. Voilà nous sommes en train de nettoyer, mais cela n’a pas suscité l’engouement de la population riveraine. Normalement elle doit se mobiliser pour nous accompagner », déplore le directeur de l’assainissement. La population, de son côté, pointe plutôt le manque de sensibilisation. « La Mairie devrait sensibiliser les associations des jeunes des quartiers. Elles, à leurs tours, vont sensibiliser les ménages. C’est ainsi qu’on se peut mobiliser », dit Youssouf Haroun, un jeune du quartier Blabine. 

Christian Allahdjim

Entre le futur grand hôtel Palace Toumaï, la future cité internationale des affaires sur le Boulevard François N'garta Tombalbaye et l’École Nationale Supérieure des Travaux Publics (ENSTP) sous le soleil ardent, dans la chaleur suffocante et la poussière, les concasseuses sont là, assises, silencieuses. Dans des gestes presque mécaniques, elles cassent du béton le réduisant en briquaillons. Un travail harassant pour joindre les deux bouts. Et pouvoir élever leurs enfants dans la dignité. Ialtchad Presse vous amène en immersion chez des concasseuses. Reportage. 

Fatimé, l’air détendu, étale ses matériels de travail. Un marteau et un seau. Son métier : concasseuse. Elle y exerce depuis 15 ans. Regard endurci, mais le sourire présent, elle nous reçoit en cette matinée froide du mois de novembre. Surnommée la doyenne par ses collègues, Mme Fatimé, la soixantaine est la cheffe d’une quarantaine de femmes qui travaillent sur ce site.

Chaque matin, en compagnie d’une petite fille, elle vient sur le site gagner sa vie. Toute la journée, marteau en main, elle casse du béton pour vendre comme du gravier. Elle a commencé quand la vente du son de mil ou de maïs qu’elle a entreprise ne lui rapportait rien. Elle embrasser alors le concassage. Elle a commencé sa carrière sur un site derrière le lycée Félix Éboué et le stade Idriss Mahamat Ouya. Elle a fini sur le site de la construction de la cité des affaires.

Mme Mariam exerce également dans ce domaine. La cinquantaine révolue, 7 ans d’activité, explique comment elle s’est retrouvée dans ce métier. « Tout est parti après le décès de mon mari. Les membres de ma belle-famille m’ont jeté, moi et ma fille, à la rue. Je ne savais quoi faire pour que moi et ma fille puissions manger. J’ai décidé de venir casser les morceaux des bétons pour revendre », dit-elle posément

Travail pénible

Ces femmes concasseuses tirent leurs revenus de ce pénible métier. Elles s’installent comme elles peuvent sous des petites tentes de fortune, d’autres sous des parasols, elles sont exposées à tous risques sanitaires. À toutes les intempéries. Une vie de souffrance, de lutte pour la survie.

D’abord, il y a les rayons solaires qui brûlent leurs peaux tous les jours avec son cortège des maladies. Ensuite l’inhalation de la poudre que dégage le béton est aussi source de maladie.

Enfin, travailler marteau à la main toute la journée, à frapper du béton de manière répétitive, encore et encore est la recette parfaite à la fatigue du corps et de l’esprit. Et surtout, le revenu ne suit pas la pénibilité du métier. 1 sac de béton concassé coûte 1 000 F CFA. De plus, en cette période de crise économique et sanitaire, l’écoulement du produit sur le marché est difficile. L’industrie du BTP est à l’arrêt. « C’est très difficile maintenant de vendre 1 sac de gravier. Avant on vendait 4 à 5 sacs par jour. Mais avec cette double crise, rien ne marche pour nous », se plaint Fatimé.

Grâce à une association, des parasols ont été distribués. D’autres promesses leur ont été faites, mais jusque-là non réalisées. « L’année passée, il y a une organisation qui est venue nous recenser, mais jusqu’aujourd’hui, cette organisation n’est pas revenue », dit Mme Fatimé. Il n’y a pas longtemps, le Ministère de la Formation professionnelle et des Petits Métiers a suggéré aux concasseuses de contracter des crédits destinés à la promotion de la femme dans les entreprises. Mais pour les concasseuses, c’est une suggestion hors de leur réalité. « Nous ne sommes que des démunies et nous n’avons aucune garantie à offrir pour obtenir des crédits », disent-elles en chœur. L’idée des autorités est d’amener ces femmes à abandonner ce métier à risque et se tourner vers des secteurs plus prometteurs. « C’est bien beau, mais le risque de remboursement est élevé. Prendre ce crédit, c’est courir le risque de finir en prison », dit la doyenne Mme Fatimé.

Christian Allahdjim
Djilel-tong Djimrangué

Les inondations du mois d’août passé l’avaient rendu inhabitable, le carré 41 d’Amtoukoui peine à se reconstruire. Et la plupart de ses résidents ne sont pas revenus bien que le carré se repeuple peu à peu. Ialtchad Presse est allé constater. Reportage.


Après la pluie, le beau temps dit une maxime. On est tenté de dire, après l’inondation, la réinstallation. C’est le cas au carré 41 du quartier Amtoukouin dans le 8e arrondissement de N’Djamena, capitale tchadienne.

Ce n’est plus le carré inaccessible avec des rues et maisons inondées de tout bord et vide de ses habitants lorsque Ialtchad Presse a fait une série de reportages, il y a trois mois. Cette fois, le carré 41 est bien sur la terre ferme. Les routes un peu plus fréquentables. Et les maisons ou ce qui en reste, plus ou moins habitables. Les restant des eaux stagnantes se sont évaporées.  Mi-août, les eaux de pluie ont plongé les habitants dans un cauchemar. Ils étaient contraints d’abandonner leurs habitations. Aujourd’hui, le carré reprend vie peu à peu et se reconstruit.

Reconstruction

Tout est calme dans le carré 41 ce 17 novembre. Rues et ruelles sont presque vides, quelques passants pressent les pas. Aux devantures de certaines maisons, quelques habitants prennent un bain de soleil. Certaines boutiques également ont ouvert. À l’angle d’une rue, un cabaret a rouvert ses portes. Les clients se font rares. Le carré tente à nouveau de reprendre vie sans toutefois retrouver son rythme d’antan. Dans beaucoup des ménages, c’est encore le vide. La plupart des résidents se sont réfugiés ailleurs. Carré fantôme. Sur place, l’heure est à la reconstruction et à la rénovation.

Djibrine Mahamat avait perdu les 4 chambres de sa modeste demeure lors des inondations. Aujourd’hui, il n’a pas les moyens de les reconstruire. Il s’est démené à construire trois chambres de fortune en tôles recyclées. Un véritable bric-à-brac. Bâtir des maisons en tôles c’est le modèle que plusieurs familles ont choisi en raison de leurs moyens financiers très limités. « Construire une maison nécessite des moyens financiers conséquents. Mais tel que vous me voyez, je ne peux faire qu’avec les moyens de bord pour le moment », dit M. Djibrine. Les familles récupèrent les tôles et les chevrons de ses chambres écroulées à la place des briques. Plusieurs ménages le font.

Devant une maison ravagée par les eaux et clôturée par des tôles, un groupe de jeunes d’une famille se repose. Ils viennent de fabriquer des briques sur les débris de leurs maisons écroulées. Ils ont préféré eux-mêmes constituer la main d’œuvre que de faire dépenser la famille.  Avec ces briques en terre battue, ils vont reconstruire leurs toits pour que vive leur famille.

Un peu partout dans le carré, le temps est à la reconstruction et à la rénovation. Ceux qui sont un peu nantis engagent leurs chantiers de reconstruction. Par contre, les mieux lotis et mieux nantis sont dans la rénovation. Renforcer la fondation des maisons et remblayer la cour des concessions.

La réinstallation semble difficile pour certaines familles. Elles déplorent la non-assistance des autorités durant les inondations et après les inondations. « Nous n’avons vu personne ni du gouvernement ni de la commune venir s’enquérir de notre situation », dit une dame installée dans une chambre de fortune sur les débris de sa maison. Selon les retournés, cette situation a obligé plus d’un d’entre eux à choisir exil de leur carré, le temps de se refaire une santé financière et faire face à la reconstruction ou à la rénovation. Toutefois, la plupart des maisons sont restées encore cadenassées.

Prévenir 

Pour éviter qu’une autre catastrophe frappe encore le carré 41, un ingénieur en génie civil résident au quartier suggère au gouvernement de commencer déjà à étudier les possibilités de construire les canaux pour évacuer les eaux. « C’est le moment d’engager des ingénieurs pour la levée topographique du quartier. Ce qui s’est produit doit interpeller nos autorités », dit-il.

Christian Alladjim
Orthom L’O

La ville de Koumra est créée en 1962. Elle est comme posée en pleine savane comme un cordon qui relie deux villes historiques, Sarh et Moundou, du grand sud. Le chef-lieu de la province du Mandoul est à 680 km de la capitale, N’Djamena. Ialtchad vous amène à la découverte de cette ville de 75 000 âmes réparties dans 10 quartiers.

Samedi 7 novembre 2020, Koumra accueille le chef de l’État, Idriss Déby Itno. La ville a changé de décor. Les grands axes sont aux couleurs nationales. Des effigies du Maréchal du Tchad et des banderoles sont placées sont partout : aux carrefours et devant certains bâtiments publics. Elles souhaitent toute bienvenue au président. La capitale provinciale du Mandoul est prise d’assaut par les forces de sécurités. A 10 heures tout s’accélère. Tout devient intense. Même la circulation. « La ville est devenue bizarre, il y a trop de mouvements, je préfère rentrer pour éviter les accidents », lance une habitante, visiblement habituée au calme de la ville.

A midi, la grande voie bitumée qui longe le marché moderne est prise d’assaut par les habitants de la ville, en majorité de jeunes. Placés des deux côtés du « goudron », tous attendent l’arrivée du président de la République. « Ce sont des jeunes qui se cherchent et qui sont toujours au-devant de la situation. Ici les femmes sont laborieuses. Elles ne baissent jamais les bras. La ville regorge plusieurs groupements féminins. Koumra est en train de s'agrandir. Nous avons bénéficié de 18 km de route bitumée. Une promesse de 12 autres km nous attend. Notre ville est une ville laborieuse, cosmopolite où il fait bon vivre », dit le maire de la ville, Guidimbaye Madjiro Christian.

Mais quelles sont les potentialités de cette ville qui accueille le chef de l’État ?

D’abord, il y a une myriade de groupements qui créent des activités génératrices de revenus. Elles sont d’excellentes gestionnaires de ces organisations. Les jeunes s’y accrochent et font pieds à pieds leur place. Ville agricole, Koumra est réputée pour son karité et son sésame de qualité supérieure. Même s’il n’y a pas de données officielles sur la capacité de production annuelle, il est reconnu que c’est la province du Mandoul qui approvisionne les autres provinces du pays, surtout en Karité. Le président Déby Itno, lors de son séjour, a promis aux femmes d’industrialiser ce secteur. Les cultures du karité et du sésame rapportent beaucoup de revenus à la population, même si l’exploitation de ces ressources est encore informelle et artisanale.

Longtemps caricaturée comme la ville « aux voleurs coriaces », aujourd’hui elle respire la quiétude. Le maire de la ville se veut rassurant, « C’était faux. Et même si c’était vrai cela est maintenant un phénomène disparu, parce que les forces de sécurité se mettent au travail. Il y a toujours des brigades qui font des patrouilles partout dans la ville, ce qui fait que l’insécurité est maîtrisée. Nous remercions beaucoup les forces de sécurité pour leurs efforts dans ce domaine. Nous, hommes politiques natifs de cette ville nous avons toujours demandé aux jeunes de travailler la terre plutôt que de voler ».

S’il y a bien un autre phénomène qui gangrène la ville de Koumra et toute la province du Mandoul, c’est l’excision. Le président Deby Itno, « je m’adresse directement aux chefs traditionnels, aux chefs religieux, aux cadres du Mandoul et particulièrement à nos sœurs et femmes exciseuses en disant : il faut arrêter. Il faut arrêter définitivement cette pratique moyenâgeuse ». Des instructions sont données séance tenante pour traduire en justice ceux qui se livrent encore à cette pratique.

Le lendemain, la ville s’est réveillée dans le calme. Plus d’agitations. Finie l’effervescence. Le président et sa délégation ont mis le cap vers une autre ville du pays.

Maurice N’gonn Lokaar

Les quartiers Walia et Toukra dans le 9e arrondissement ressemblent à des îles en plein cœur de N’Djamena. En cause la crue du fleuve Chari et du Logone.  Ialtchad Presse est allé le constater. Reportage.

Walia. Carré Ngonba dans le 9e arrondissement de la ville de N’Djamena. Un silence de cimetière y règne sur ce carré qui abrite l’ex cimetière Sud de N’Djamena. Quelques maisons abandonnées se dressent au milieu des eaux. A l’entrée de l’ex cimetière, quelques jardiniers s’activent à arroser et planter des légumes. À côté d’eux, des manœuvres chargent une benne de sable.

L’air frais qui souffle en cette matinée du 13 novembre sur le carré Ngonba semble ne produire aucun effet sur Pabamé. Pantalon noir replié jusqu’aux genoux, t-shirt noir aussi, il s’active à renforcer le barrage autour de sa concession. L’eau y est déjà entrée, mais stoppée grâce à une petite digue faite des briques. Depuis le début de la semaine, les eaux du fleuve Chari ont débordé de leur lit et se sont déversées sur le carré. Ngonba s’est retrouvé brusquement inondé. 

Les eaux rendent l’accès difficile à la concession de Pabamé, notre conversation s’est tenue à distance comme au temps des Sao. La légende raconte que les Sao, hommes de grande taille, pouvaient communiquer entre eux sur des kilomètres. Selon M. Pabamé, depuis douze ans qu’il habite le coin, c’est la première fois que les eaux du fleuve ont débordé pour atteindre ce niveau. « Cela ne s’est jamais produit depuis que je vis ici. Les anciens du coin disent que c’est un phénomène qui se répète chaque 10 ans », dit-il. Les voisins de M. Pabamé se sont réfugiés dans d’autres quartiers. Même une partie de l’ancien cimetière s’est retrouvée sous les eaux. Malgré tout il est resté avec sa famille sous les eaux. « Je suis le seul à rester malgré l’inondation. Mais là je vois d’autres voisins qui ont commencé à regagner leurs demeures », fait-il observer.

Pour bloquer l’écoulement des eaux du fleuve au quartier, les habitants de Ngonba se sont mobilisés pour construire un barrage sur les berges du Chari. « C’est ce qui a ralenti la montée des eaux. Le niveau d’eau a commencé à baisser », affirme M. Pabamé. 

Toukra. Le même scénario se dessine. Les eaux du fleuve Logone ont débordé pour se déverser également dans les quartiers Dingangali, Ngueli, Ngoumna, etc. Les quartiers comme Dingangali et Ngueli ont été évacués simplement. Ses habitants ont été relogés sur le site de Toukra. A Ngoumna par exemple, la résistance s’organise encore grâce à des digues. Vers Toukra, les maisons qui ne sont pas inondées sont encerclées par les eaux obligeant les résidents à vivre comme sur une île.

Cohabiter avec les eaux

Madjirangué Aristide, habite Gardolé Djedid près de 3 ans déjà. Bottes au pied, il marche en direction du goudron. Il doit se rendre en ville pour quelques courses. Bien que sa cour ne soit pas inondée de l’intérieur, à la devanture déjà il faut plonger les pieds dans l’eau.  Chaque jour, il faut marcher dans les eaux pour rejoindre la grande voie. « C’est fatigant la marche dans l’eau. Mais on n’a pas le choix », se lamente-t-il. Lui aussi dit que ce phénomène se répète à chaque 10 ans. « Depuis 2012, c’est cette année que ça se reproduit ». Mais précise-t-il, ce n’est pas avec la même ampleur. « Pour la première fois, c’était à une faible intensité. Mais cette fois, c’est inquiétant. » Justement, le niveau d’eau ne fait qu’augmenter de jour en jour. Cependant, souligne Aristide, il n’y a pas des maisons écroulées dans son secteur. « Heureusement qu’ici il n’y a que des maisons en dur. Sinon cela allait très grave. »

Malgré le niveau d’eau qui ne fait qu’augmenter, certains habitants ont préféré être des insulaires en cohabitant avec les eaux. Ils refusent d’abandonner leurs maisons et leurs biens à la merci des voleurs. Le vol a augmenté dans les différents quartiers inondés. Pour assurer la sécurité de leurs biens, certains pères de famille évacuent les progénitures et gardent la maison à la nuit tombée.

Walia et Toukra sont pris en sandwich par les eaux du fleuve Chari et Logone plongeant les populations dans le désarroi.  Tout porte à croire que la fin de leur calvaire n’est pas pour demain.

Christian Allahdji

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