jeudi 16 septembre 2021

Reportage

Reportage (319)

La Commune de Sarh, chef-lieu de la province du Moyen Chari, située à l’extrême sud du Tchad fait frontière à la République centrafricaine. Depuis un certain temps, cette commune éprouve d’énormes difficultés liées à son fonctionnement. Ialtchad Presse a séjourné à Sarh et s’est imprégnée de la situation de cette ville. Et vous livre une série de reportages..

La commune de Sarh compte plus de 200 000 habitants. La ville est grande, elle était en moyenne de 2000 hectares il y a quelques années, mais aujourd’hui, nous sommes à plus de 3000 hectares avec une forte densité de la population. Sarh compte en tout 29 quartiers. Elle regroupe une population cosmopolite.  Au cœur de la ville, la plupart des bâtiments administratifs n’ont pas changé leur aspect colonial, pour les connaisseurs de Fort Archambault, l’ancienne appellation.

Selon le Directeur technique de la Mairie de Sarh M. Mando Gali, pour satisfaire à tous les besoins d’entretien de la ville, la mairie fait face à de nombreuses difficultés. « Vous voyez que tous nos moyens roulants et techniques sont au garage. Les tractopelles, les chargeurs, les Benz sont en pannes. Nous travaillons seulement avec 2 Benz et cela est insignifiant pour une ville d’une superficie de 3000 hectares », dit-il. Le Technicien note que la mairie loue des Benz supplémentaires dans les quartiers avec beaucoup de peine compte tenu des moyens financiers très limités. D’après lui, c’est la Compagnie sucrière du Tchad (CST) qui leur prête son chargeur chaque fois qu’ils éprouvent des besoins d’entretien de la ville. « Qui dit forte densité de population dit de tonnes de déchets ménagers. Vous constaterez qu’en ville certains dépotoirs sont pleins et les ordures débordent. Cela est dû à ces difficultés financières, mais nous ferons toujours de notre mieux. La première vague de ramassage est finie. Nous entamerons la seconde vague avec le concours de notre partenaire, la CST », affirme-t-il.  Pour lui, même si c’est avec beaucoup de gymnastiques que la mairie obtient l’aide de matériels techniques de la CST pour l’assainissement de la ville, c’est pour une bonne cause. « Toutefois nous sommes reconnaissants, ils nous aident énormément », mentionne Mando Gali.

Allaramadji Touroundjita Claude, habite le quartier Blabline, « Sarh, la verte est une très belle ville. Seulement, ce dernier temps la marie semble rencontré de difficultés et gère difficilement les ordures ménagères. Au dépotoir du quartier Paris-Congo par exemple, c’est plein et ça se déverse dans la rue qui se rétrécit. Je trouve cela dangereux avec la vitesse que font les motocyclistes. Sinon la mairie fait de son mieux. »

Difficile de collecter 20 millions qui représentent la masse salariale par mois

Le Technicien de la Commune de Sarh estime que les gens les accusent de ne rien faire tout en ignorant la crise que traverse la mairie. Selon lui, les employés sont restés trois ans sans salaires. « Depuis 3 ans, nous n’avons rien reçu de l’État. On nous demande de faire de notre mieux avec les petites collectes c’est vraiment insuffisant. Au début on était à plus de 400 personnels à la commune, nous en avions diminué jusqu’à 200 voire moins. La masse salariale est de 20 millions par mois. Pour recouvrir cette somme sur le marché, c’est un problème. On tire le Diable par la queue. Sur 5 mois, on ne paye qu’une seule fois », affirme le Directeur technique de la Commune. Il demande au gouvernement de leur venir en aide tout en rappelant les promesses non tenues des hommes politiques.

Alhadji Moussa, lui, vit au quartier Baguirmi. « En toute franchise, la ville de Sarh est une très belle ville. Les autorités communales font de leur mieux même si beaucoup des efforts restent à consentir. Ils disent souvent qu’ils n’ont pas de matériels. Comment une grande commune comme celle de Sarh doit continuer a demandé de matériels d’une société pour entretenir la ville. Ce n’est pas normal à mon avis, l’État doit faire quelque chose sinon c’est incohérent », confie-t-il.

Pour Mando Gali, la Mairie dispose de 29 comités d’assainissement dans 29 quartiers que compte la ville en guise de relais. Il renchérit que, ceux-ci font le travail de ramassage des déchets ménagers de porte en porte. « Les ordures sont déposées dans des endroits bien spécifiés et nous nous assurons le transport et l’évacuation globaux. C’est ce qui se fait en ce moment », dit-il. Il poursuit en précisant qu’ils ont équipé ces comités de moyens techniques et financiers grâce aux partenaires tels que la ville de Sherborne et d’autres ONG. « Cela a marché au début, mais actuellement ça va clopin-clopant. Il y en a qui marchent d’autres sont aux arrêts. Nous sommes déjà en saison des pluies et nous sommes en train de faire de notre mieux pour évacuer le plus tôt possible certains dépotoirs remplis afin d’éviter des maladies », conclut-il.

Moyalbaye Nadjasna

Le président du Front nouveau pour le changement « FNC », Yaya Dillo, a tenté une visite ce 22 juin, à la maison d’arrêt de Kléssoum, pour s’enquérir de la situation de quelques prisonniers de guerre supposés être exécutés selon les nouvelles qui circulent sur la toile. Cependant, il s’est posé le problème de procédures et d’autorisation préalable. Chronologie de sa visite avec Ialtchad Presse.

10 heures, une équipe des journalistes du journal Ialtchad presse débarque au domicile de M. Yaya Dillo Djerou Betchi, président du Front nouveau pour le changement (FNC). Accueillis et conduits sous le hangar, où est installé M. Dillo, très convivial, entouré de ses proches l’opposant est déterminé. Calme, nous échangeons un tant soit peu. Il est 13h moins lorsque nous roulons vers la maison d’arrêt de Kléssoum. Une demi-heure de route après, le cortège s’immobilise à 13 heures 38 min devant les gendarmes assis sous les arbres en face du pénitencier. Pour cette visite, Yaya Dillo n’était pas seul. Il était accompagné de quelques membres de son association. À quelques mètres de l’entrée principale de la prison, un agent de sécurité interpelle le véhicule. « S’il vous plaît, pourriez-vous garer vos véhicules de l’autre côté ? », demande le policier. Le président du parti FNC se présente, « Je m’appelle Yaya Dillo, je viens rendre visite à quelques prisonniers de guerre ». Le policier lui rétorque « l’accès pour rendre visite aux prisonniers de guerre est interdit ». Il appelle ensuite, son chef, le commandant 1er adjoint de la Maison d’arrêt de Kléssoum se précipite vers nous. Il demande à Dillo, « Président, qu’est-ce qu’on peut faire pour vous ? ». Yaya Dillo, répond qu’il est venu pour visiter quelques prisonniers de guerre s’ils sont en vie. Le commandant reprend la parole et dit : « il n’est pas permis de venir rendre visite aux prisonniers de guerre sans une autorisation. Je n’ai pas été informé par ma hiérarchie.  Il faut aller voir le Procureur de la République. » 

Aussitôt, le président du FNC, sort son téléphone. Il appelle le Procureur de la République. Ce procureur qui n’était pas en réalité le vrai en la personne de Youssouf Tom. Il échange avec Yaya Dillo avant d’échanger aussi avec le commandant 1er adjoint de la Maison d’arrêt de Kléssoum. Lors de leur échange, ils ne se sont pas du tout entendus puisque selon les instructions données par la hiérarchie, toute personne qui désire rendre visite aux prisonniers de guerre à la Maison d’arrêt de Kléssoum doit impérativement présenter son autorisation délivrée par les autorités compétentes.

13 heures 30 min, M. Yaya Dillo décide repartir à Ndjamena. Cape est mis vers le Palais de Justice, précisément vers le parquet de Grande Instance de N’Djamena. Objectif : rencontrer le procureur de la République, Youssouf Tom, pour avoir une autorisation.

« Un réquisitoire est en instruction, attendre la fin de la procédure judiciaire… »

À 14h 50 min. Nous arrivons au Palais de Justice. Nous nous dirigeons vers le bureau du Procureur de la République. À quelques mètres de la porte du président,  un agent de police judiciaire nous interpelle et nous demande de patienter, car le Procureur de la République a encore une visite. Après quelques minutes d’attente, le procureur nous reçoit dans son bureau. Il demande à Yaya Dillo, qu’est-ce qu’il peut faire pour lui. Dillo, « je suis allé pour rendre visite aux prisonniers de guerre, mais les forces de l’ordre en faction m’ont empêché d’y entrer. Alors est-ce que le PR détient-il la liste des prisonniers de guerre? Si oui, est-ce que Dr Ali Brahim et Saleh Ali Assabala sont vivants ou pas ? » Le procureur de la République M Youssouf Tom répond, « nous avons enregistré un réquisitoire de 224 personnes. Je l’ai envoyé au cabinet d’instruction n°3. Ce sont des dossiers qui sont restés pendants et en aucun cas je ne peux me prononcer sur cette question. »

M. Dillo, insiste sur le cas du Dr Ali Brahim et M. Saleh Ali Assabala pour savoir s’ils sont morts ou vivants. Il déclare des informations sur les réseaux sociaux affirment qu’ils ont été exécutés sommaires. Le Procureur de la République relève n’avoir aucune information à ce sujet et conseille M Yaya Dillo de prendre son mal en patience et attendre la fin de procédure judiciaire pour voir si la lumière sera faite ou pas sur cette affaire. Le président du FNC persiste et demande au PR s’il peut voir le juge d’instruction en charge des dossiers des prisonniers de guerre. Après avoir quitté le bureau du procureur, Yaya Dillo n’est toujours pas fatigué. Il est 16 heures passées. Il se renseigne et décide d’aller voir le juge d’instruction au cabinet n°3. Le juge d’instruction est absent, son greffier  est présent, mais refuse de se prononcer sur cette affaire. À suivre…

Moyalbaye Nadjasna
Allarassem Djimrangar

21 juin, c’est la fête qui commémore la musique à travers le monde. Les artistes et musiciens tchadiens ne dérogent pas à la règle. Un plan et plus, la covid-19 les avait privés de vivre de leur art alors qu’ils vivaient déjà une situation de précarité. Reportage

Les artistes tchadiens particulièrement les musiciens sont en fête ce 21 juin 2021. Ils célèbrent la Musique d’une manière spéciale ce matin au centre culturel Baba Moustapha. Ils ont échangé avec la Haute Autorité des Media Audiovisuels (HAMA). Artistes musiciens, les plasticiens, des comédiens entre autres se sont exprimés.

Dounia Togyangar, est artiste plasticien, comédien et écrivain. Pour lui, au temps de l’Égypte pharaonique, ce sont les plasticiens qui ont construit la pyramide et y ont mis l’information transmise jusqu’aujourd’hui. « Pour la promotion de la paix par les arts, je vous renvoie au rond-point de l’armée appelé rond-point cheval. Le cavalier qui a une lance à la main au bout de cette lance se trouve un pigeon, symbole de la paix. C’est une œuvre plastique qui appelle les gens au jour le jour à la paix. Au rond-point de la mairie, j’interpelle le ministère de la Culture, celui de la communication et la HAMA qui parle de ce pays. Le lion symbolise le roi de la forêt, le symbole de la puissance de l’Afrique qui est devenu le nage queue des dauphins, un animal marin dans un pays enclavé », s’insurge-t-il. Selon lui, chaque jour, les œuvres plastiques passent dans les films et les télévisions, mais s’il s’agit des forfaits donnés par l’ONAMA aux artistes, l’art plastique est écarté. Il trouve cela injuste et plaide que cette situation soit revue.

Un autre artiste Allamine Kader déplore le fait que les artistes soient considérés comme des « amuseurs publics ». D’après lui, ils ont un rôle important à jouer aussi bien dans la société que pour la promotion de la culture. Pour lui, les artistes portent en eux de message de paix et du vivre ensemble.  « Les hautes autorités de la culture tchadienne ne prennent rien au sérieux, pire encore les Tchadiens. Les médias nous abandonnent parce qu’on n’a pas de jetons à donner aux journalistes. Ce que nous apportons n’est pas forcément des finances. C’est ce que nous ressentons dans notre for intérieur que nous exprimons. Le secteur des arts est abandonné », dit-il. Pour cet artiste, l’art ne concerne pas seulement les artistes, mais aussi les journalistes culturels, les promoteurs culturels, etc. Il plaide pour que les Tchadiens consomment locale. Il s’interroge pour savoir s’il faut prendre d’autres mesures pour imposer cela ? « S’il faut réellement payer les droits d’auteurs, nous allons renvoyer tout l’argent que l’État donne aux pays étrangers. Car les accords de réciprocités ne sont pas encore signés ». Tous les pays qui ont les droits d’auteur note-t-il, ont fait la promotion de leurs artistes locaux. Il cite l’exemple du Cameroun voisin. « Il n’y a pas de raisons qui justifient le rejet de la musique tchadienne par les Tchadiens. En effet, nous sommes conscients de ce que nous faisons, nous faisons peut-être même plus que les autres parfois. Il faudrait que les droits soient pris en compte tel qu’il est stipulé dans les textes », indique-t-il. Aider les artistes à vivre aussi de leurs arts, un an et demi de covid-19 a rendu difficile leur vie, souligne-t-il.

« Les journalistes doivent critiquer les prestations des artistes… »

Un tiers défenseur des œuvres artistique relève que les artistes tchadiens par rapport aux autres sont dans une précarité totale. « Ils ne vivent pas de leur art. En d’autres termes, l’on contribue à une mort lente de la culture tchadienne. Les Bars, les hôtels et bien d’autres qui utilisent les œuvres des artistes sans rien verser doivent être interpellés », dénonce-t-il.

Un autre artiste, Masra. « Les textes de la HAMA sont caducs, ils doivent être adaptés à l’évolution du temps », déclare-t-il.

Aimé Palyo accuse les journalistes de ne pas faire de bonne analyse sur les œuvres artistiques. Selon lui, les musiciens sont des analphabètes. « Ils ne cherchent pas à évoluer et restent carrés dans leur genre musical. Le peu de revenus c’est pour le dépenser dans l’alcool et les femmes. Les musiciens ne font pas des efforts dans les compositions, ils prennent les chansons du terroir pour le mettre sur la guitare mal accordée et signent de leur nom », dit-il.

Les questions de budgets de productions culturelles, d’assistance de la HAMA aux artistes et de leur faible représentativité dans cette institution ont été également soulevées.

Moyalbaye Nadjasna
Allarassem Djimrangar

Autorisée par le ministère de la Sécurité, la marche du consortium des associations féminines a eu lieu ce lundi. Objectif, dénoncer les violences faites aux femmes et l’impunité qui y va avec. Reportage.

Le rendez-vous est pris à 9 heures, devant le palais de Justice de N’Djamena. C’est de là que doit partir le cortège de la marche contre les violences faites aux femmes. Selon Epiphanie Dionrang, présidente de la Ligue tchadienne de défense des droits de la femme, le choix du lieu de départ est symbolique, « c’est la Justice qui doit condamner les violeurs. Malheureusement ce n’est pas le cas. Nous sommes ici pour dire non à l’impunité. »

11 heures, des consignes sur la marche sont données. Top départ. La Police prend ses dispositions. Près d’une soixantaine de femmes, habillées en noir « signe de deuil » et en orange « symbole de la lutte contre les violences basées sur le genre » se mettent en rang. Pancartes en mains, des papiers collés sur des poitrines, sifflets à la bouche, la marche peut commencer. L’hymne national est entonné. Et la manifestation prend son envol. « Pas des violences », entonne Nguemta Patricia, secrétaire de l’association Femme aussi. « Faites aux femmes », reprennent en chœur les autres manifestantes durant tout le trajet de la marche qui va du palais de Justice au palais du 15 janvier.

C’est une première fois qu’une marche en faveur des droits de la femme est autorisée. Et les manifestantes en sont ravies. « C’est ma première fois de marcher pour cette cause et je me sens vraiment motivée », déclare Nguemta Patricia. « Moi je me sens libérée. Je croyais que ça n’allait pas être possible mais on nous a laissées cette opportunité », se réjouit Constance Nérolel, leader d’une association féminine.

Des messages tels que « brise le silence », « respectez mon vagin », « je ne suis une femme pas un objet », « arrêtez d’utiliser vos pénis comme des gaz qui nous explosent », « ma famille le sait mais personne n’en parle » sont lisibles sur des pancartes et autres moyens utilisés par les manifestantes.

Une quarantaine de minutes de marche sous un soleil de plomb. Au rythme des coups de sifflet couplé à l’hymne national, les manifestantes atteignent le palais du 15 janvier, point d’arrivée. Sur place, des messages sur le mobile de la marche ont été adressés en français, en arabe local et en ngambaye. Puis des recommandations ont été faites aux autorités en charge de la Justice. « Garantir une protection des droits de femme, rendre indépendantes les institutions judiciaires, créer une unité spéciale de gestion des cas de violences faites aux femmes et assurer une répression rigoureuse et conforme aux textes des auteurs de violences faites aux femmes », telles sont ces recommandations.

Si la mobilisation à cette marche n’a pas été de taille, néanmoins l’organisation a été une réussite. Et les initiatrices s’en félicitent. « L’organiser est déjà une réussite. Car, c’est pour la première fois que les autorités ont donné leur aval pour une telle marche. On a fait un pas », dit Madtoingué Djemilla Carole, artiste musicienne. Même sentiment de la part d’Epiphanie Dionrang : « je peux dormir aujourd’hui mais pas profondément », exprime-t-elle sa joie, avec réserve. Pour elle, la satisfaction sera totale lorsque les autorités prendront en compte leurs différentes recommandations.  « Tant que celles-ci ne sont pas prises en compte par les autorités, la lutte continue », prévient-elle.

Le travail qui reste à faire d’accentuer la sensibilisation pour aider les femmes à sortir de leur silence, continuer à dénoncer, à dire non. « Nos violeurs sont souvent à la maison, à nos lieux de service. Ils nous terrorisent après leurs actes. Mais il faut que la peur change de camp », raisonne Nguemta Patricia. « Il faut que la Justice tienne compte des douleurs des victimes. Il ne faut pas qu’on traite les violeurs selon la catégorie sociale ou professionnelle », renchérit Constance Nérolel.

La marche initiée par le consortium des associations féminines devrait avoir lieu en 2020, dans le cadre des 16 jours d’activisme. Elle n’a pu être organisée ce 21 juin 2021. D’après les initiatrices, d’autres actions seront menées pour défendre les droits de la femme. « Dès l’instant que j’entends qu’une femme a été violée ou violentée, je reprendrai la lutte », affirme Epiphanie Dionrang. Il faut signaler que quelques hommes sont venus manifester leur soutien à ces marcheuses pour le respect de la dignité de la femme et la Justice.

Christian Allahadjim
Orthom L’Or

L’association panafricaine HOUSE OF AFRICA et la Cellule nationale de coordination de l’association pour la promotion de l’élevage au sahel et en savane, planchent ce, 19 mai à la Bibliothèque national de N’Djamena, sur la mise en œuvre des Objectifs de Développement Durable(ODD), Agenda 2030 des Nation Unies. Reportage.

50 organisations de la société civile (OSC) au Tchad se concertent avec l’association panafricaine HOUSE OF AFRICA(HA) afin d’élaborer un rapport indépendant sur l’exécution nationale de l’Agenda 2030 des Nations unies. Il s’agit du suivi et l’évaluation de la mise en œuvre de 17 objectifs des ODD au Tchad. Pour Abdeldjalil Bachar Bong, président de HOUSE OF AFRICA, ces organisations de la société civile convié œuvrent dans de domaines variés entre autres, la paix, l’environnement, l’eau, monde rural, la femme, l’éducation, l’enfance. L’un des objectifs de cette journée de réflexion, dit-il, c’est de sensibiliser et contribuer aux 17 objectifs de développement durable. « On va réfléchir ensemble sur les 17 objectifs des ODD, apprécier le niveau d’appropriation et d’engagement de la société civile tchadienne dans sa mise en œuvre et le suivi. Examiner les moyens et rôles jouer par les OSC. Rédiger un rapport indépendant sur l’implémentation des ODD pour l’examen volontaire 2021. Collecter les contributions et les recommandations représentées pour le suivi et la mise en œuvre des ODD au Tchad. Voir éventuellement quelle synergie d’action à mener », signifie-t-il.

Selon Abdeldjalil Bachar Bong, ils vont collecter des données qui seront soumis au gouvernement, à l’Assemblée Nationale, au système des Nations Unies(NU) et aux autres parties prenantes. « Ce rapport sera présenté par vidéoconférence lors de forum de haut niveau sur le développement durable qui aura lieu d’ici le 6 au 15 juillet 2021 à New York », informe-t-il. D’après lui, le forum de New York est la principale plateforme des NU pour le suivi et l’examen de l’Agenda 2030. Il rajoute que les OSC jouent un rôle clé et incontournable dans la mise en œuvre du PND. Le 17ème et dernier objectif, poursuit-il, promet un partenariat efficace entre les gouvernements, le secteur privé et la société civile pour la réalisation des ODD sur le plan mondial, régional, national et communal. « C’est un partenariat inclusif basé sur des principes et valeurs communs. La préoccupation c’est le peuple et la planète », souligne le président de HA. Il demande à la société civile tchadienne d’être active, participative, contributive au développement et non une SC civile de politique politicienne. « Le programme 2030 est une feuille de route et ses objectifs et cibles sont des outils pour y parvenir », termine-t-il.

« Un examen volontaire de la mise en œuvre des ODD… »

Rappelant la genèse des ODD, M. Simon Y. Fouda Ekobena, représentant de la coordonnatrice Résidente du système des NU au Tchad, indique que l’Agenda 2030 a été adopté 2015. Les ODD, clarifie-t-il, succèdent aux OMD. De quoi s’agit-il ? « C’est un ensemble d’objectif agrée par tous les pays du monde pour atteindre une planète développée dans laquelle il n’y aura pas de pauvreté et la plupart des maux réduits à l’horizon 2030 », définit-il. Il souligne que cet Agenda s’étale de 2016 à 2030.  D’après lui, 2021, est un moment charnier d’évaluation de cet Agenda. Pour lui, les OSC jouent un rôle très important surtout pour le Tchad à la croisée du chemin de son histoire suite à la tragédie de ces derniers jours. « Le SNU salue l’appui du gouvernement dans ce processus d’examen volontaire. L’examen volontaire c’est tout simplement, l’examen fait par le gouvernement et ses partenaires sur la mise en œuvre de l’Agenda 2030 au Tchad. Pour la 2ème fois le Tchad fera sa présentation d’ici juillet en New York », signifie-t-il.

Pour Nassour Bahar Mahamat Itno, Directeur général du ministère de l’Économie, de la Planification, du Développement et de la Coopération internationale, représentant son ministre, l’Agenda 2030 définit un plan d’action global pour la réalisation des ODD, englobe les aspects socioéconomiques et environnementaux. « La mise en œuvre recommandée est inclusive et participative. Les OSC ont été étroitement impliquées dans la définition de ces objectifs. Elles ont souligné le caractère global et ambitieux de ce processus du développement durable. Il leur faut davantage une implication permanente », note-t-il. Selon lui, la société civile peut utiliser les ODD comme outil de suivi des actions du gouvernement dans la lutte contre la pauvreté, comme un argument de plaidoyer pour prioriser certaines thématiques et encourager la prise en compte de populations le plus marginalisées.

Le Tchad dit-il, en signant cet Agenda, entend parvenir à un développement résiliant de changement climatique. Pour atteindre cet objectif cohérente avec la vision du Tchad que nous Voulons à l’horizon 2030, Nassour Bahar Mahamat Itno demande une franche collaboration de tous. Il renchérit qu’il faut sensibiliser, mobiliser et surtout renforcer les capacités des différentes parties prenantes. « Le gouvernement devrait identifier tous les acteurs et les mettre au même niveau d’information puis renforcer la cohérence de leurs actions alignées avec les ODD », conclut le DG.

Moyalbaye Nadjasna

La marche pacifique dénommée « Week-end noir » initiée par la plateforme des diplômés en instance d’intégration à la fonction publique ce, 19 juin sur l’ensemble du territoire national a été très tôt dispersée par les forces de l’ordre et de sécurité. Plusieurs arrestations ont été signalées par les leaders de cette marche. Reportage !

20 personnes arrêtées dont 16 relaxées immédiatement, 4 femmes gradés au Commissariat de sécurité publique (CSP 15) de Boutalbagara, 6 blessures légères signalés selon Adissou Dibam, l’un des leaders de la plateforme des diplômés en instance d’intégration a la Fonction publique tchadienne. Devanture du lycée Sacré-Cœur, rond-point 10 octobre 7ème arrondissement, rond-point de Walia 9ème arrondissement et rond-point Farcha, 1er arrondissement sont les itinéraires de la marche pacifique dénommée « Week-end noir » initiée par la plateforme des diplômés en instance d’intégration à la fonction publique ce matin dès 6 heures. Tout au long du trajet, les forces de l’ordre et de sécurité déployés ont quadrillé les secteurs définis pour cette marche.

Atrone, dans le 7ème arrondissement, devant un hôtel de la place, nous les unités du Groupement mobile d’intervention de la police (GMIP) en campement sont présents. Quatre véhicules en tout. Au rond-point du pont à double voie, quelques éléments de la commission mixte de sécurité sont aussi visibles. Sur l’avenue principale, la circulation est libre. Des citoyens vaquent à leurs occupations.  Au rond-point du quartier Chagoua, la présence policière est en alerte avec quatre véhicules bourrés d’hommes en treillis. Nous continuons notre ronde. 7 heures 30 minutes, devant le lycée Sacré-Cœur, pas de mouvement suspect. Même pas un élément de la Police. Juste à côté, au terrain Feest Africa, quelques éléments de la commission mixte de sécurité composés de la Garde nationale des nomades du Tchad (GNNT) et le Groupement mobile d’intervention de la police (GMIP) sont encore visibles avec une dizaine de véhicules.

M. Adissou Dibam se félicite de la marche pacifique qui a eu lieu à N’Djamena, la capitale, ainsi que dans les provinces du pays. Selon lui, ce n’est pas la police nationale qui a arrêté les 4 manifestantes. C’est plutôt les Agents de renseignement (ANS) qui les ont arrêtés pour les confier aux forces de l’ordre et de sécurité. « Notre marche de ce samedi n’est pas un échec. La preuve en est que malgré que la ville de N’Djaména a été quadrillé par les forces de l’ordre et de sécurité, nous sommes sortis. Donc, c’est une réussite parce qu’il y a une détermination totale des diplômés », dit Adissou Dibam. Il souligne que s’ils n’obtiennent pas une solution idoine à leurs revendications, ils vont toujours continuer à manifester jusqu’à satisfaction totale. « Ce qui nous marque le plus à travers cette marche, c’est la volonté et la détermination des jeunes diplômés qui disent non à l’injustice sociale, au népotisme, au clientélisme et qui revendiquent de manière farouche leur intégration à la fonction publique particulièrement l’insertion sociale », note-t-il.

Il rappelle qu’ils ont eu une audience avec le feu président de la République Idriss Deby Itno qui leur avait promis l’intégration malheureusement, la mort l’a emporté.  « Aujourd’hui, le Conseil militaire de transition (CMT) dans son programme politique refuse de recruter les personnels civils mais entend recruter des militaires. Cela nous surprend parce que le pays n’est pas dans une situation de guerre. Ils disent que l’intégration des jeunes n’est pas une urgence », lance-t-il.

Aux dernières nouvelles, les quatre femmes gardées au commissariat de police de Boutalbagara ont été libérées.

Allarassem Djimrangar

Très facile de voyager il y a quelques années encore au Sud du Tchad. Aujourd’hui, c’est tout à fait le contraire, le voyage vers cette partie méridionale est difficile. La voie est dans un état de dégradation très avancée à partir de Ndjamena-Guelendeng et plus loin Bongor-Kelo. Ialtchad lors d’un déplacement effectué par son équipe à Sarh a fait ce constat. Reportage

Si les voyages interurbains sous d’autres cieux se passent dans le confort, au Tchad cela demeure un véritable parcours du combattant. Difficile de comprendre, pour 153 km, un bus voyageur fait 5heures de temps entre Ndjamena-Guelendeng. Dans le passé, lorsque la route est bonne, 1heure et 30 minutes suffisent pour parcourir le tronçon N’Djamena-Guelendeng.  Juste sur cette distance, plusieurs accidents sont enregistrés chaque année. La route ne tue pas, mais c’est nous qui nous tuons, dit un adage. L’état de dégradation avancé de cette route est le résultat du sous-investissement des autorités publiques.

Sur cette route, les véhicules se sont frayés des rues en terre battue départ et d’autres de la voie principale impraticable. L’emprunter est une véritable séance de gymnastique et d’acrobatie.  Les bus voyageurs ont de la peine de descendre sur la terre battue puis remonter sur le bitume à chaque fois. Tout le monde se plaint, chauffeurs et passagers. Le bus se transforme en tribunal antigouvernemental. Les tons sont graves et vindicatifs. Pour certains, le gouvernement fait exprès. Kemtobaye Kossadinan est passager du bus de l’agence Kingui, très fâché, il raconte : « vous savez, la question des routes sont politisées. Aujourd’hui, c’est l’esprit géopolitique qui anime les autorités tchadiennes. Chacun estime qu’il faut plutôt se tourner vers sa région que d’investir dans une autre. Or, la route est un gage de développement. » Masra Rimtebaye va à Sarh. Il est désolé de constater que cet axe est négligé par la faute des gouvernants. « Écoutez, les routes qui se dégradent sont dues à la négligence des autorités. Elles ne se soucient même pas de leur population. Tout ce qui les intéresse c’est leur intérêt égoïste. Sinon comment comprendre que ce tronçon N’Djamena-Guélendeng reste jusque-là dans cet état », dit-il.

« Des recettes des péages qui ne servent à rien… »

Disons-nous les choses clairement, l’État tchadien est défaillant à plusieurs niveaux, déclare Taroumta Céline, une passagère. « Les gens nous font croire que les 500 F CFA, collectés aller-retour sur les véhicules devraient permettre d’entretenir les routes. C’est du bluff. Cet argent n’est même pas reversé au trésor public. C’est une vache à lait », s’insurge-t-elle. Un autre passager Ndomassal Clément estime que, « le ministère des Infrastructures devrait aussitôt arranger les routes dès qu’un nid de poule est constaté. Cela permettra d’éviter les dégradations avancées. On peut dire que les recettes des péages ne servent à rien. Et les cas des accidents sont imputables à l’État tchadien gestionnaire des routes », dit-il.

Le chauffeur du bus demande à parler sous le sceau de l’anonymat. Pour lui, la plupart des accidents sur cette voie sont dus en grande partie à l’état impraticable de la route. « Je vous dis que c’est difficile de manœuvrer un gros bus sur une route délabrée surtout au niveau de Ndjamena-Guelendeng et Bongor-Kelo. C’est pratiquement 1000 km pour arriver à Sarh. Nos bus prennent beaucoup de coups sur ce tronçon, mais on n’a pas de choix. Nous ne sommes que des chauffeurs, on rend compte de l’état de la route aux responsables d’agence de voyages. Il leur revient à eux de plaider auprès des autorités pour retravailler cette route », affirme-t-il.

Par rapport aux années dernières, il faut noter que des efforts sont en train d’être faits par le ministère des Infrastructures. L’intervalle du tronçon entre Guélendeng et Bongor est quasiment refait. Il ne reste qu’une vingtaine de kilomètres pour l’achever. Toutefois, le problème reste entier lorsqu’il faut 5 heures pour aller de N’Djamena à Guelendeng, villes distantes de 153Km.

Moyalbaye Nadjasna

Le pont de N’guéli qui relie la capitale tchadienne, N’Djamena, à la ville de Kousseri au Cameroun a été rouvert hier par le gouvernement tchadien. Mais du côté de la frontière camerounaise, le passage reste encore fermé. Ialtchad Presse est allé constater. Reportage.

Le pont de N’guéli à la frontière tchado-camerounaise était fermé en mars 2020 en raison de la propagation du coronavirus, a été rouvert du côté tchadien. La cérémonie officielle a été présidée par le ministre de la Sécurité publique, Souleymane Abakar Adam, le jeudi 17 juin 2021. Cette réouverture a suscité la joie chez des riverains qui ne pouvaient plus traverser ce pont depuis un an et trois mois. Cette joie a été que de très courte durée.

Ce vendredi 18 juin, la rédaction s’est rendue sur le site pour constater l’effectivité de la réouverture.  Sur le pont, rien n’indique que le trafic a repris. Pas de bousculade, pas d’embouteillage comme par le passé. Il y a la présence des agents de sécurité. Sur la chaussée, quelques gros porteurs sont stationnés en attendant les formalités de sortie pour traverser la frontière du côté camerounais. « Est-il possible de traverser le pont ? », la question est adressée à un agent tchadien. La réponse fuse : « La frontière est ouverte de notre côté. Donc vous pouvez passer. Le blocus est du côté camerounais. Traversez pour constater par vous-mêmes ».

Et nous traversons le poste, sans aucune formalité. Sur le pont, nous rencontrons un groupe de personnes, carnet médical en mains, marchant vers le Tchad. Un autre groupe de jeunes, voulant traverser pour aller au Cameroun, se fait repousser par les agents camerounais. Nous nous sommes rapprochés de la barrière gardée par les agents de sécurité camerounais. « La frontière est fermée. Retournez », nous ont-ils ordonné. En effet, la frontière est encore fermée du côté camerounais. « Pour avoir des explications sur le blocus, il vous faut un ordre de mission », nous ont-ils gentiment rétorqué. Nous rebroussons chemin.

Des personnes rencontrées sur le poste frontalier nous rapportent que seuls les cas d’urgence médicaux ou administratifs sont autorisés à traverser pour entrer ou sortir du Cameroun. Pour les autres, il faut attendre l’ouverture officielle de la frontière par les autorités camerounaises. Un gérant de parking nous raconte que des personnes qui ont eu à traverser lors de la réouverture du côté tchadien sont coincées au Cameroun puisqu’interdites de traverser à nouveau. « Vous voyez ces motos au premier, ce sont celles des personnes qui ont traversé hier et bloquées là-bas », nous fait-il savoir.

Le pont de N’guéli est rouvert. Mais au final, le pont est resté fermé. On peut franchir du côté tchadien mais pas côté camerounais. Au final la frontière reste fermée.

Christian Allahadjim
Orthom L’Or

La journée mondiale du lait a été célébrée le 1er juin passé. Au Tchad, le secteur laitier est embryonnaire et rencontre beaucoup de difficultés. Reportage dans une laiterie.

Klessoum à la sortie Est de N’Djamena. C’est dans ce village qu’Issa Adoudou Artine a implanté sa laiterie. Depuis 2015, il transforme localement des produits laitiers. Grâce au lait de vache que lui procurent des éleveurs à proximité de son usine, il fabrique du yaourt, de la crème liquide, du beurre, du fromage, etc.

Comme entrepreneur, investisseur et Tchadien, M. Artine tient à développer ses affaires dans son pays. Mais le climat d’affaires n’est pas propice, « il n’y a que des difficultés dans ce secteur. C’est vraiment pénible, intenable », dit-il d’air désabusé. Mais une seconde plus tard, il redevient combatif. Et s’emballe par son projet.

Difficultés

M. Artine évoque d’abord le manque de matière 1re : les vaches laitières. « Le Tchad est un pays d’élevage bien sûr. Mais le problème c’est quelle catégorie de cheptel dont le pays dispose ? », fait-il remarquer. Il est vrai que le Tchad est un pays agropastoral par excellence. Mais son cheptel ne compte vraiment pas des vaches productrices de lait. « Même si on a des millions de têtes de vaches, le lait qu’elles produisent est insignifiant et souvent ce n’est pas un lait de qualité », relève Issa Adoudou Artine. Il explique que cette faible production laitière est causée par le problème de pâturage et de traitement vaccinal.

« Le pâturage est un réel problème pour nos bétails », reconnaît un éleveur, fournisseur de M. Artine. Mal nourrie, la vache est incapable de produire du lait en quantité pour nourrir le veau, pour l’autoconsommation et pour la commercialisation. « Regardez, pour presque 20 vaches, elles ont produit à peine 2 litres de lait », dit-il en fixant le bidon de lait déposé sur la balance. 

Ensuite, le problème du personnel qualifié. Pour le patron de la laiterie Artine, on compte au Tchad assez de Médecins vétérinaires spécialisés en élevage, mais très peu « d’ouvriers qualifiés.» Pour le besoin, son organisation s’est dotée d’un centre de formation où des éleveurs sont formés sur des techniques d’entretien du bétail et de prélèvement du lait. « Avec ces b.a.-ba, ils nous rapportent du lait prélevé dans des conditions acceptables même si c’est en petite quantité », affirme Issa Adoudou.   

Enfin, la problématique de la commercialisation. Selon l’entrepreneur Issa Adoudou Artine, la transformation des produits laitiers est confrontée à l’absence « d’une politique de vulgarisation » et à un manque de prise de conscience à tous les niveaux. Ce qui entraîne, de facto, une méconnaissance des produits laitiers transformés localement. « Les gens continuent par consommer ce qui est importé alors qu’on a commencé par produire sur place », s’agace-t-il. Pour lui, il faut privilégier la production locale. Et pour cela, un plaidoyer est nécessaire. Car, dit-il, le produit laitier tchadien n’est pas compétitif.

Les difficultés sont légion, mais le patron de la laiterie Artine reste optimiste, « au Tchad, le secteur laitier est vierge ». Il évoque aussi le manque d’investissement des acteurs privés et un délaissement de l’État. « L’État ne donne aucune subvention, n’aide pas les éleveurs à entretenir leurs bétails contre certaines maladies », énumère-t-il.

Espoir

Malgré tout, il persévère. Pour ravitailler son usine de transformation, il a mis sur pied un projet pilote de croisement d’animaux productifs. Il a, pour l’instant, une cinquantaine de têtes dans ce projet. Il cultive aussi une variété d’herbe pour l’alimentation des vaches laitières. Et enfin,  il a un projet de construction d’une étable pour l’élevage sur place des vaches laitières.

Pour le décollage de ce secteur, Issa Adoudou Artine propose au ministère de l’Élevage de mener une politique de vulgarisation. Car, insiste-t-il, le secteur laitier est un secteur qui peut créer de la richesse et la prospérité d’un pays comme le nôtre qui est par essence un pays d’élevage. Mais regrette-t-il, « les autorités n’ont toujours pas compris les enjeux politiques et financiers liés à ce secteur. »

Christian Allahadjim

Pour rendre la ville de N’Djamena propre, les autorités municipales ont pris un certain nombre de mesures. Parmi celles-ci, il y a le décongestionnement des abords des marchés, l’interdiction de stationnement des bus des agences de voyages sur les abords des routes bitumées. Ialtchad Presse a fait un détour au grand marché « soukh kabir » et dans les agences de voyages de Dembé de la capitale tchadienne, N’Djamena, pour constater. Reportage ! 

11 heures. Marché central ou « soukh kabir », le grand marché en Arabe locale. La température oscille entre 35 et 37 degrés Celsius. L’entrée sud du grand marché, espace légumes, est déserte. Les vendeuses de légumes ont presque disparu. La circulation est fluide. Il y a des réparateurs de montres, des cordonniers, des vendeuses de mangues et quelques véhicules des particuliers stationnés sur la chaussée. Pas la moindre trace de vendeuses des légumes.

Ousman Ali est un commerçant. Il  est assis devant sa boutique à l’entrée sud du grand marché Central. Il vend plusieurs articles, notamment les cahiers, les sacs à dos, les chaussures, les prêts-à-porter pour hommes. Ce dernier, dit qu’il n’est pas contre le marché des femmes vendeuses de légumes, mais plutôt  la place qu’occupent ces femmes. Car elles obstruent le passage. « Depuis qu’elles vendent leur légume sur les abords du goudron, le marché est toujours sale et une odeur nauséabonde se dégage. La chaussée était aussi rétrécie », lâche Ousman Ali. D’après lui, depuis que les autorités municipales ont déguerpi ces femmes vendeuses de légumes, la voie est vide. Les usagers peuvent facilement garer leur véhicule. « Je déplore le comportement de certains agents municipaux véreux qui font payer ces vendeuses de légumes en contrepartie ils les laisser s’installer sur la chaussée. Il faut que le Maire trouve une solution définitive à cette situation le plus tôt possible », dit-il.

Certaines vendeuses de légumes rencontrées ne cachent pas leur mécontentement. Zara Abba en est une,  «  il y a de cela un mois que nous  sommes déguerpies de nos places initiales. Mais depuis lors on ne sait quoi faire et où aller. Pour l’instant, nous exposons nos légumes devant cette église. Le déguerpissement a donné une autre face pour nos commerces, et la place n’est plus une garantie pour nous.  On ne sait pas si un jour le propriétaire, nous dira de laisser le lieu. La mairie ne nous a pas trouvé un autre lieu, et si on a un appel à lancer, c’est qu’on a besoin qu’elle nous trouve une solution le plus tôt possible », demande-t-elle.

Félicité, une autre vendeuse de mangues, dit que dans leur ancien coin, elles font assez de revenus, mais depuis qu’on les a déguerpis, les affaires ne sont plus comme avant. « Le maire Ali Haroun veut qu’on fasse quoi au juste ? Puisque là où nous vendons nos légumes avant, est très stratégique. C’est l’entrée et la sortie du marché où l’on rencontre facilement les clients. On peut s’asseoir, mais en reculant tout en cédant la voie de pour la circulation. C’est grâce à la vente de nos produits qu’on se prend en charge nos familles », précise Félicité l’air fâché.

Un constat déplorable dans les différentes agences des voyages

Dans les différentes agences de voyage sis au quartier Dembé, la décision des autorités municipales interdisant le stationnement anarchique des bus voyageurs n’est pas du tout respectée. Les bus sont stationnés sur les abords des routes obstruant ainsi le passage aux usagers. 

Les responsables de l’agence Express Sud Voyage ont été interpellés par la rédaction pour réagir, mais ils refusent de se prononcer sur cette décision.

Allarassem Djimrangar
Younous Sidick Abakar

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