dimanche 25 septembre 2022

Reportage

Reportage (1066)

La capitale tchadienne, N’Djamena a été marquée par des nombreuses manifestations. Quelques citoyens tchadiens ont accepté de donner leurs avis. Vox pop.

Lui, c’est Mahamat Nour, il est commerçant :

« Le Tchad appartient à tout le monde sans distinction clanique, ethnique. Je ne suis pas d’accord avec la nomination de Pahimi Padacké Albert. Il est l’un des anciens membres du gouvernement. Nous voulons un changement, il d’autres personnes. Il faut inclure tout le monde dans le processus de la transition. Il est nommé sans un consensus. Nous voulons un civil à la tête de la transition qui va rassembler les Tchadiens.»

Mahamat Ali est étudiant

« Pahimi Padacké Albert, a l’expérience d’à peu près de 15 ans dans le gouvernement. Je suis d’accord pour sa nomination, il est capable de contribuer à la paix et la stabilité de notre pays. Il peut facilement réconcilier les filles et fils du Tchad. Les manifestations c’est normal, nous sommes dans un pays démocratique. Mais la manifestation de ce matin est intensive. Les jeunes se sont attaqués aux édifices publics, aux stations de carburant, aux usagers, donc c’est aller au-delà.»

Adam Ibni Adam, étudiant

« C’est bien la nomination de Padacké. C’est un ancien. Il connaît bien le gouvernement. Il a travaillé avec le Maréchal feu Idriss Deby, paix à son âme. Tout ce que nous voulons, c’est un dialogue pacifique et transparent. Je ne suis pas d’accord avec la manifestation de ce matin. Certes nous ne voulons pas le système actuel, mais il nous faut un changement dans la paix. Toutefois, je condamne la répression violente de nos concitoyens par les forces de l’ordre.»

Kadidja Abakar, Citoyenne tchadienne

«C’est normal qu’on nomme un Premier ministre à mon avis. Padacké a travaillé avec le défunt président Deby, il sait piloter un gouvernement. Tout ce que nous voulons c’est le vivre ensemble, chers tchadiens. À propos des manifestations, nous sommes dans la démocratie, et chacun doit s’exprimer. Certains ont choisi cette voie. Tout ce que nous voulons c’est la paix et la tranquillité. Aujourd’hui, les écoles sont fermées. Vraiment, il nous faut la paix.»

Propos recueillis par Adam Oumar Adam et Younous Abakar Choukou

Bien qu’interdite, la manifestation pacifique de la coordination des actions citoyennes dénommée « Wokit Tama’’ a eu lieu ce mardi. À N’Djamena, le mouvement de contestation a été durement réprimé. Reportage.

L’air est pimenté à Moursal, Chagoua, Abena, Atrone Gassi et Walia, des quartiers qui se trouvent dans le 6e, 7e et 9e arrondissement de la ville de N’Djamena. Ils sont considérés comme des bastions de la contestation. La capitale politique tchadienne s’est réveillée secouée par des coups de sifflet, des tintamarres des casseroles, des vuvuzelas entremêlées de l’hymne national.

Cet appel à manifester pacifiquement a été lancé par la coordination des actions citoyennes dénommée « Wokit Tama » et le Mouvement citoyen le temps. Le mot d’ordre de cette marche est de dénoncer la transition militaire mise en place après le décès du président Idriss Déby Itno et les ingérences de la France dans les affaires internes du Tchad.

Dès 5heures du matin, des coups de sifflets, des vuvuzelas et de tintamarres ont réveillé les habitants de ces quartiers. Une stratégie pour mobiliser assez de participants. Des groupes se forment à la suite et les rues sont envahies. Ce qui est censé être une marche pacifique s’est très vite transformée en un affrontement entre les protestataires et les forces de l’ordre.

À Chagoua, Atrone, Gassi, Walia, la résistance des manifestants a été farouche. Et la réplique des forces de l’ordre a été aussi foudroyante. En petit groupe, les protestataires ont brûlé des pneus sur les grands axes, scandant des slogans et des affiches antifrançaises perturbant ainsi la circulation. L’axe CA 7 par exemple a été bloqué à la circulation avec des pneus en flamme tout le long de l’avenue. Même scène sur les avenues du 10 octobre et Jacques Nadingar. Certains manifestants ont brûlé le drapeau français. D’autres se sont attaqués à des intérêts français comme le saccage de la station Total, à Gassi.

Pour disperser les manifestants, la police antiémeute, le GMIP, a fait usage des gaz lacrymogènes. Les secteurs tels que Abena, Chagoua et Atrone sont devenus un champ de tir à balles réelles. L’air de ces secteurs est pollué et l’atmosphère invivable. Le quartier Walia dans le 9e arrondissement ressemble à un état de siège. Dans certaines zones, la police a violé même des domiciles pour procéder à des arrestations. Les manifestants affirment être déterminés à en découdre avec la junte et la France. Des gendarmes et des militaires sont appelés en renfort. Des tirs à balles réelles ont été constatés. Des rafales même par endroit. Résultats, on dénombre une vingtaine de blessés, des cas d’évanouissement et des morts. Selon un premier bilan dressé par le procureur de la République près du tribunal de grande instance de N’Djamena, cinq personnes ont été tuées, des véhicules de police endommagés et plusieurs blessés parmi lesquels l’artiste-rappeur Raïs Kim qui a reçu une balle à la cuisse. Plusieurs journalistes ont été aussi arrêtés par les forces de l’ordre et de la sécurité avant d’être relâchés. Ils sont facilement identifiés dans leur gilet estampillé Presse. Pourtant ils sont supposés être des témoins des évènements.

Un jeune homme rencontré devant la radio FM Liberté se plaint d’avoir été arbitrairement tabassé par les forces de l’ordre. «Regarder mon dos, les policiers m’ont roué des coups alors que je discutais le prix de poisson avec une marchande en face de l’échangeur de Chagoua. Et pourtant je ne suis même pas un manifestant. C’est comme ça qu’ils veulent nous gouverner? Dieu les voit», confie-t-il, l’air très fatigué.

Les manifestations se sont déroulées également en provinces. À Moundou, la seconde ville, il y a eu un mort. À Doba toujours au sud du pays, des jeunes sont sortis manifester en dénonçant la junte et la France. Ils exigent le retour à l’ordre constitutionnel. Au centre du pays, notamment à Mongo, des jeunes ont manifesté.

Aux dernières nouvelles, le président français Emmanuel Macron a condamné la répression de cette manifestation. Et surtout fait nouveau, il affirme être contre un plan de succession.

Christian Alladjim, Moyalbaye Nadjasna

Les obsèques nationales du feu président Idriss Deby Itno se sont déroulées ce vendredi à la place de la nation à N’Djamena. Parents, amis et homologues lui ont rendu des témoignages émouvants. Reportage.

Après la cérémonie militaire, place aux témoignages. Les enfants du défunt président sont les premiers invités à la tribune.

Représenté par Abdelkerim Idriss Deby, les enfants du président Deby décrivent leur père comme un géniteur hors du commun, attachant, attentionné et exigeant. Selon eux, le défunt président est un homme de pardon et de dialogue, obsédé par la paix et l’unité des Tchadiens. « Il aimait son pays et ses concitoyens plus que sa propre vie », révèle Abdelkerim Idriss Deby. Bien que sa mort brutale ait causé de la peine à sa famille, les enfants du défunt président se disent réconfortés par les hommages qui lui sont rendus çà et là de par le monde. « Nous sommes fiers de toi cher père », déclare Abdelkerim, qui était jusqu’à la mort de son père son directeur de cabinet civil adjoint. Pour la mémoire de leur père, les enfants Deby promettent de rester fidèles à l’héritage de leur défunt père en continuant à défendre aux côtés des autres Tchadiens les causes pour lesquelles Idriss Deby Itno était admiré et choyé par ses concitoyens.

Tour est au bureau politique national du parti Mouvement patriotique du Salut (MPS) fondé en mars 1989 par Idriss Deby Itno et ses frères d’arme. Prenant la parole, Mahamat Zen Bada, secrétaire général du MPS a peint Idriss Deby Itno comme l’homme qui a sauvé les Tchadiens de la dictature d’Hissein Habré, du terrorisme et bien d’autres situations. Pour lui, Idriss Deby Itno est un homme de principe, brave, un visionnaire, un rassembleur, un panafricaniste. Selon l’amour de leur président fondateur pour sa patrie et ses concitoyens l’ont conduit à une fin fatale. « Idriss Deby Itno est mort selon le slogan de notre parti : mourir pour le salut », a affirmé Zen Bada. Car, il est mort en défendant l’intégrité territoriale et la stabilité du Tchad menacées par les rebelles du Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (FACT).

Le témoignage tant attendu est celui du président français Emmanuel Macron. D’un ton serein, Emmanuel a rendu un vibrant hommage à celui qu’il qualifie d’allié fidèle, de soldat courageux, de panafricaniste. D’après Emmanuel Macron, le défunt président est un soldat dans l’âme, qui a servi et défendu sa patrie jusqu’au bout de son engagement.  « Vous avez vécu en soldat, vous êtes mort en soldat, les armes à la main », a-t-il déclaré. Toujours selon Macron, le président Idriss Deby Itno est un homme qui a connu la guerre, mais ne l’aimait pas. À cause de ses horreurs. Malgré tout, il s’est engagé aux côtés de la France pour venir en aide à ses frères maliens et autres du Sahel faisant face au terrorisme armé. Le soldat est mort et la douleur est immense, « Aujourd’hui, je partage le deuil d’une nation touchée dans sa chair, par le sacrifice de son premier soldat. Je partage aussi le deuil d’un ami et d’un allié fidèle », a-t-il rendu hommage.

Sur la transition, Emmanuel Macron rassure que la France est et sera là aux côtés du Tchad. « La France ne laissera jamais personne remettre en cause et menacer ni aujourd’hui ni demain la stabilité et l’intégrité du Tchad », promet-il. Le président français a fini son hommage en appelant le comité militaire de transition au dialogue, à l’inclusion pour une période de transition apaisée et démocratique.

Pour rappel, le président du Tchad, le maréchal Idriss Deby Itno est tombé sur le front le 20 avril 2021 lorsqu’il dirigeait le combat contre les rebelles. A la suite de sa mort, un comité militaire de transition dirigé par son fils Mahamat Idriss Deby a été mis en place. Ce comité est contesté par la société civile et les partis politiques de l’opposition réclament un retour à l’ordre constitutionnel. Dans les différents hommages et témoignages, les appels au dialogue à la cohésion sont adressés aux différentes parties.

Christian Allahdjim

Les obsèques du défunt Chef de l’État tchadien, Idriss Deby Itno se sont déroulés ce vendredi, 23 avril à la place de la Nation de N’Djamena.  Le Président tchadien est décédé le 20 avril 2021 lors d’une offensive des rebelles du FACT contre les forces loyalistes. Reportage.

Plusieurs Chefs d’États africains, le Président en exercice de l’Union Africaine, ainsi que son président de commission, les représentants des Organisations internationales, des grandes institutions, les dignitaires religieux, ainsi que la Président français Emmanuel Macron sont venus dire leurs adieux à la dépouille du président tchadien.

Il est 7h du matin dans la capitale tchadienne, tout le monde vient s’installer à la place de la Nation. Une couverture médiatique quasiment planétaire est présente. La cérémonie s’ouvre avec l’arrivée du Chef d’État-major des Armées qui passe les différentes troupes en revue, et à sa suite, vient le président du Conseil Militaire de la Transition, le général Mahamat Idriss Deby Itno.

11h, la dépouille mortelle de feu président Idriss Deby arrive, escortée par la police nationale, passe devant chaque commandement militaire et s’immobilise devant les officiels. Ses frères d’armes le transportent et le déposent sur l’hôtel funèbre.

L’hymne national retentit. Et suit, le dépôt des gerbes de fleurs. Le Président du Conseil Militaire de la Transition, Mahamat Idriss Deby Itno, fils du défunt président, est le premier à s’exécuter. II avance et dépose une gerbe de fleurs. Des tirs de canons ont tonné pour saluer la mémoire de ce fils du pays dans un silence de morts. Après les tirs, tous les Chefs d’État et de gouvernement ainsi que d’autres hôtes présents se sont relayés pour déposer des gerbes de fleurs et rendre leurs derniers hommages au feu président. Plusieurs témoignages notamment ceux des fils du défunt, de son épouse, de ses homologues africains ainsi que du président français ont salué le courage du soldat Deby. Le temps semble être suspendu entre les voix chevrotantes d’émotion et des pleurs. Le Maréchal n’est plus.

Oraisons funèbres

En boucle de ces obsèques, une oraison funèbre est dite par Dr Haroun Kabadi, président de l’assemblée nationale tchadienne dissoute. Selon lui, c’est une circonstance éprouvante. Il affirme que Deby est un grand homme d’État, un repère et un symbole, « son sacrifice pour son pays n’a pas une valeur marchande». Pour lui, l’homme que nous saluons aujourd’hui en mémoire, est né en 1952 à Berdoba dans la province de l’Ennedi Est. C’est un coup de destin, mais l’homme l’avait déjà prédit indique Dr Haroun Kabadi. Enfin il a gardé en souvenir que feu Idriss Deby Itno a toujours dit qu’il ne va pas au terrain parce qu’il est courageux, mais parce qu’il aime ce pays. Et, ne voudrais pas que le désordre prenne racine. D’après Kabadi. « Il est mort sur-le-champ d’honneur et pour la dignité de son peuple », dit l’ex-président de l’Assemblée nationale.

Moyalbaye Nadjasna

Depuis l’annonce du décès du président tchadien Idriss Deby Itno de suite de ses blessures, l'angoisse a gagné la capitale tchadienne. 72 heures après, les N’Djamenois vivent toujours avec l’inquiétude d’une brusque escalade militaire. Reportage.

Jeudi 22 avril, voilà 72 heures que le président tchadien Idriss Deby Itno est mort, de suite des blessures reçues au champ de combat. Le 20 avril, lorsque la nouvelle de sa mort s’est répandue, la psychose s’est emparée de N’Djamena, la capitale. Dans la foulée, marchés, écoles, alimentations, stations-service, administration etc. ont fermé. La ville ressemblait à une ville fantôme. Trois jours après, N’Djamena tente de reprendre vie. Mais la peur est toujours présente dans les esprits de ces habitants malgré l’assurance des autorités de transition.

9h du matin. Avenue Charles De Gaule jusqu’au rond-point du marché de Dembé, la circulation est fluide. Tout comme sur l’avenue Jacques Nadingar jusqu’à l’avenue Mobutu. Pas de bousculade. Peu d’embouteillage. Quelques commerces sont ouverts. Le transport en commun reprend. Les marchés sont encore moins peuplés. L’inquiétude est encore lisible sur les visages. L’après maréchal et les circonstances de sa mort sont au centre de toutes les discussions.

Deudibé Martin est moto taximan. Il n’a connu que Deby comme président. La mort de celui l’a attristé : « Je suis surpris et déçu. Je suis vraiment choqué. » Pour beaucoup de N’Djamenois, le décès du président Deby est un coup dur. « C’est trop dur à supporter puisqu’il a été pour beaucoup pour notre pays », dit Dieudonné, élève en classe de 1ère. D’autres font leur deuil. « En tant que Tchadien, je suis en deuil », déclare Allasra Smarty, gérant d’une boutique à Moursal.

La question qui préoccupe les N’Djamenois est la sécurité. La situation politico-militaire les plonge dans une incertitude. Entre la menace des rebelles de marcher sur N’Djamena, les rumeurs sur les réseaux sociaux et la succession du président les N’Djamenois sont perdus. Par mesure de prudence, des écoles privées et publiques et certains commerces sont restés toujours fermés malgré l’appel de la commune de N’Djamena à la reprise des activités. « La situation est encore incertaine. Si  les boutiques sont restées toujours fermée, c’est par prudence », dit un jeune.

A l’université de N’Djamena, les cours continuent. Très peu d’étudiants ont répondu présents ce jeudi dans les différentes facultés d’Ardep-djoumbal. Trois d’entre eux expliquent cette absence par la peur. « Ce jour du 20 avril, nous avons paniqué. Il y avait une peur terrible », se souvient cet étudiant en Sciences de l’éducation. L’inquiétude, toujours présente, empêche les autres étudiants de se rendre dans leurs facultés. « Nous n’étions pas 100 étudiants alors que nous sommes presque 1 000 », a-t-il constaté.

La succession du président fait jaser. A sa mort, un groupe de généraux s’est emparé du pouvoir en mettant en place un Comité militaire de transition avec à sa tête le fils du défunt président.  « Je suis inquiet compte tenu de la succession qui commence par poser problème », déclare Deudibé Martin. Son avis est partagé par Allas ra Smarty qui explique que le défunt président Idriss Deby Itno n’a pas pensé à préparer sa succession. Et cela, dit-il, va rendre difficile la transition.

Et là déjà des voix se lèvent pour contester la mise en place de ce conseil militaire de transition dirigé par Mahamat Idriss Deby. Société civile et partis de l’opposition dénoncent un coup d’Etat. La population, elle, n’a point confiance, « avec les militaires, il n’y a pas de confiance. On ne sait jamais avec eux », insiste Bienvenue Tog-yanuba, rencontré au marché central. Certaines accusent le président du CMT de manœuvres dilatoires pour s’accrocher au pouvoir. « Avec son père, c’était ainsi au début. La suite nous la connaissons. Et là lui aussi veut reprendre le même manège », s’insurge Allasra Smarty. D’autres ne souhaitent que la paix que ce soit avec une transition militaire ou civile. «Tout ce qu’on veut, c’est la paix. Celle-ci nous permettra de vaquer normalement à nos occupations et assurer notre survie. Nous sommes en Ramadan, un mois saint, nous orientons plus nos pétitions auprès d’Allah pour la paix au Tchad», confie un anonyme.

Christian Allahadjim
Moyalbaye Nadjasna

Plusieurs membres de l’opposition démocratique se sont réunis ce mercredi, 21 avril à N’Djamena, capitale tchadienne. Objectif :  faire le point sur la question de la transition après la mort du président tchadien  le 20 avril dernier. Quelques leaders de l’opposition se sont également prononcés à titre personnel sur cette situation militaire au Tchad. Reportage.

Dans une déclaration, ce 21 avril, les partis politiques de l’opposition démocratique, condamnent avec ce qu’elle appelle coup d’État constitutionnel opéré par les généraux après la mort du président Idriss Deby Itno. Ils rejettent toute dévolution monarchique du pouvoir au Tchad. Les leaders d’opposition appellent à l’instauration d’une transition dirigée par les civils dans le respect de l’ordre républicain à travers un dialogue inclusif. Ils mettent en garde les autorités françaises, notamment, le président français Emanuel Macron, le ministre des Affaires Etrangères Jean Yves Le Drian et les généraux de l’armée française de ne pas s’immiscer dans les affaires intérieures du Tchad. Ils appellent la population à ne pas obéir aux décisions illégales, illégitimes et irrégulières prises par le Conseil Militaire de la Transition (CMT). «La charte de la transition, le couvre-feu, la fermeture des frontières etc. et à demeurer vigilant contre toute forme de prise de pouvoir ou de sa confiscation par la force», indiquent-ils. D’après eux, toutes les parties en conflit doivent faire taire les armes au plus vite et à s’assoir pour une solution pacifique et salutaire pour le Tchad. Aussi demandent-ils, à la communauté internationale  d’accompagner le peuple tchadien dans la restauration de l’Etat de droit et de la démocratie. «Le non-respect de ces points pourrait amener les signataires de ces déclarations à appeler la population à un soulèvement populaire», concluent-ils. Signé par le porte-parole Mahamat Bichara.

Un coup d’État ne promet jamais un avenir radieux …

Selon Masra Succès, président du parti Les Transformateurs, trois choses sont à relever par rapport à la mise sur pied du CMT. La première chose, dit-il, c’est que les tchadiens ont demandé un dialogue. «Un dialogue entre tous les tchadiens qui doit permettre de mettre sur pied des institutions de transition. Ce qui est fondamental. Nous l’avons déjà fait en 1993 et personne n’était déçu. Ce qui va être une conférence inclusive et représentative de tous les tchadiens», signifie-t-il. Pour lui, c’est ce dont le peuple tchadien attend. D’après lui, il faut faire en sorte que les acteurs qui sont les politico-militaires, les gens de la diaspora doivent se retrouvent ensemble et déterminer les organes de la transition, les modalités de la transition. «Ce qui serait une transition collective et la meilleure manière de garantir la stabilité du Tchad», précise le président des Transformateurs.  La 2ème chose, a poursuivi Masra Succès, c’est le minimum à partir duquel on doit aller.  Ce minimum déclare-t-il,  c’est le respect de la constitution actuelle.  «Ce qui va permettre ainsi, à ceux qui pourront être responsabilisés soient à même de convoquer l’organisation de ce dialogue. Ce nous permettra d’y ajouter les éléments qui manquent à cette constitution et aller de l’avant. Ce, dans une collégialité et une diversification de toutes les forces», explique-t-il.

En fin, le jeune leader politique relève que les tchadiens ne veulent pas une transition directe du pouvoir. « Ils ont d’ailleurs dit qu’ils ne veulent le système du pouvoir de Deby, et l’ont exprimé à maintes reprises. On ne peut pas commencer par un coup d’Etat et promettre un avenir radieux, ce n’est pas possible », martèle-t-il. Selon lui, la Charte de la Transition a été fabriquée dans la nuit et c’est une obscurité sans fin. «Cette charte ne prévoit pas seulement 18 mois mais 18 mois fois deux donc au minimum 3 ans. Et il n’y a pas de garantie d’une fin. On va créer toujours une situation pour le prolonger», démontre Masra Succès.  Les tchadiens n’acceptent pas la confiscation du pouvoir militaire au détriment de la volonté du peuple, a-t-il terminé son propos.

Mahamat Allabo, est  SG du Parti pour la Liberté et de la Démocratie(PLD). Il estime que l’opposition démocratique a déjà donné sa position. « Nous sommes contre la mise en place d’un Conseil militaire transitoire. Il s’agit pour nous d’un coup d’État. La constitution prévoit que c’est le président de l’Assemblée nationale qui assure l’intérim ». Pour lui, ce que les militaires ont fait est contraire à l’ordre constitutionnel. Selon lui, si le président de l’Assemblée nationale refuse, il a son vice-président qui peut le faire. C’est une question d’institutions et non des hommes qui vont toujours passer, clame-t-il. « On n’est pas d’accord que les militaires et les enfants Deby se mettent devant et prennent encore le pouvoir. Ce qui se passe s’appelle une succession monarchique».

Moyalbaye Nadjasna

Ce mardi 13 avril, la communauté musulmane du Tchad a entamé le début du mois de Ramadan. Comment les fidèles musulmans ont abordé cette première journée ? Reportage

Abdelmadjid Moustapha est un jeune musulman dans la vingtaine. Pour la 5ème fois, il jeûne en ce mois de Ramadan. En ce premier jour, il est venu acheter des fruits au grand marché de N’Djamena pour les consommer à l’heure de la rupture.   « Tout début est difficile mais avec le temps je vais m’adapter », nous dit-il, l’air souriant.

Durant 30 jours, les fidèles musulmans sont appelés à communier avec Dieu, se repentir et demander pardon pour des péchés commis, accomplir des œuvres de bienfaisance. C’est un devoir religieux consacré par le Saint Coran parmi les cinq piliers de l’Islam.

Ousmane Goudja est gérant d’un parking pour moto au marché central. Il observe le mois de Ramadan depuis plus d’une vingtaine d’années. Selon lui, le début de ce mois sacré commence bien. « Il n’y a pas de difficultés encore. Même le climat est favorable. Aujourd’hui, il ne fait pas très chaud », dit-il. C’est bien pour le début. Peut-être des difficultés surviendront. Même si ce sera le cas, Issaka Mahamat Nour interpelle ses compatriotes de cesser de se plaindre de tout et de rien. « C’est un mois béni et tous les musulmans doivent le vivre dans piété ». Propos partagé Ahmat Barka, agent de parking. « Quand tu es engagé devant Dieu, tu es obligé de prendre le Ramadan. C’est un devoir quelles que soient les difficultés. Sauf dans les cas d’exceptions prévues par le Coran », rajoute-il.

Abdoulaye Hassan est vendeur de téléphone à la place du marché. Il souhaite un « bon début de Ramadan à tous. » Il dit remercier Dieu du fait que ce mois saint commence presque sans des règles édictées dans la lutte contre le Covid-19. En 2020, le Ramadan s’est passé dans le respect strict des mesures de prévention prises par le gouvernement (fermeture des lieux de culte, interdiction de rassemblement de plus de 50 personnes, etc.)

Christian Allahdjim

Les marchés de N’Djamena, capitale tchadienne, grouillent de monde. C’est la veille du ramadan, l’un des cinq piliers de l’islam. Les fidèles musulmans tchadiens vont s’abstenir de nourriture et d’eau pendant un mois. Pour préparer la rupture du jeûne, chaque ménage s’approvisionne aux différents marchésReportage

Les fidèles musulmans seront en carême. Pour cette période, les fidèles font des provisions. Le constat dans les différents marchés de la capitale tchadienne le montre.

10h 35, à l'entrée Est du marché à mil, l'accès est difficile, l’embouteillage est monstre. A l'intérieur dans les allées l'affluence des grands jours empêche la circulation au marché. D’un côté, certains clients s’alignent devant les étals de gingembre sec, d’autres devant ceux du sucre, de la farine du blé, etc. Impatiente et fatiguée d'attendre, Fatimé Youssouf clame être arrivée avant tout le monde sans être servie. « Je suis ici depuis plus 10 minutes, mais tu ne me sers pas », dit-elle. Habiba, une autre ménagère, « les prix des denrées nécessaires à la rupture de jeûne ont monté. La boutique d’Abakar à des meilleurs prix. C’est pourquoi il y a cet attroupement », dit-elle.  

« Depuis quelques mois, l'oignon est un peu moins cher à N’Djamena. Le « Coro » ou tasse était à 750 ou moins. À ma grande surprise, aujourd'hui il m’a coûté 1000 FCFA. Heureusement, c'est un vendeur que je connais. Sinon ailleurs, c'est même plus cher », affirme Mariam. Quelques mètres plus loin, c’est l’étal de Abdelkrim un vendeur d'oignons et d’ails. Selon lui, c’est la conséquence du prix de gros qui a flambé. Cela a obligé les détaillants comme lui, dit-il, de hausser le prix un peu sinon il n’a pas de marge bénéficiaire.

12h25 au marché Dembé devant les étals d’arachides nettoyés. Brahim, un client fait ses courses, « je fais de provisions pour ma maisonnée. J’achète de l’arachide pour la bouillie de mil », explique-t-il. Kadidja se lamente, « il y a quelques jours j’achetais le Coro d’arachide frit pour la pâte à 1000 FCFA. Aujourd’hui c’est 1500FCFA »

!4h 30 min, au marché central de la capitale aussi il y a achalandage dû aux préparatifs du début de ramadan. Il fait une chaleur torride. Dans les boutiques du marché, un balaie incessant des clients vont et vienne. Ici on achète en gros 2 à 3 sacs de sucre ou de farine, des cartons de spaghetti ou de macaroni, des bidons d’huile. C’est ce qu’a fait Mahamat. « J’ai trois femmes, je fais des achats pour les trois. Je n’ai pas pu le faire tôt faute d’argent. Là, les prix ont flambé. Je me limite à l’essentiel », dit-il.

Ustensiles pour mieux conserver le repas

Les vendeurs de tasses et des glacières font aussi des affaires. Hamidou, vendeur des glacières se frotte les mains, « le ramadan de cette année est tombé en période de chaleur. Avec les délestages au quotidien, les gens achètent les glacières pour conserver la glace. Depuis une semaine les clients ne manquent pas. Je vends jusqu’à 10 glacières par jour ».

Hawa Mahamat achète des tasses neuves qu’elle dit lui coûter cher, « mes tasses sont usées, il me faut d’autres bonnes tasses pendant la rupture de jeûne. Même si le prix est élevé je n'ai pas le choix. »

Rappelons que le ramadan est une période sainte, un moment de Pardon et de méditations pour les fidèles musulmans. Il est observé une fois chaque année et dure pour un mois.

Orthom L’Or

Dans quelques jours, les Tchadiens iront aux urnes pour élire l’homme ou la femme qui va présider à la destinée de leur pays. Il ou elle jouira d’un mandat de 6 ans renouvelable. Le dernier virage est entamé. La campagne malgré sa morosité continue avec plusieurs activités de formation des observateurs, des membres des bureaux de vote et les derniers meetings des candidats. Reportage.

Plus que quelque 2 à 3 jours pour que le Tchad vote un nouveau Président de la République. C’est le dernier virage. Les organisateurs, les militants et les candidats s’agitent. C’est aussi la phase de formation des membres des bureaux de vote et des délégués des partis politiques en courses, des observateurs nationaux, etc. Certains candidats en course se préparent également pour des meetings de fin des campagnes électorales. Pour Adoum Mahamat Adoum, président de la sous-commission de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) du 5e arrondissement de la ville de N’Djamena, vient de lancer la formation des membres des bureaux de vote sous son autorité. Il affirme qu’une cérémonie officielle cumulée avec la formation des membres des bureaux de vote du 3e arrondissement s’est déroulée le 6 avril dernier au centre culturel Almouna. « On ne peut pas prendre des gens sans leur donner une petite notion sur les élections et les mettre dans les bureaux de vote. Autrement ça va être de la catastrophe », dit-il. Selon lui, la première étape consiste à former les présidents, les vice-présidents et les rapporteurs des bureaux de vote. « Ce sont des jeunes d‘un certain niveau. On les forme afin de remplir les conditions requises pour bien faire le travail » a rajouté l’intéressé. Il précise que son arrondissement compte 277 bureaux de vote et les membres en formation sont 831 personnes dont 277 présidents 277 vice-présidents et 277 rapporteurs. Les modules de formation concernent : l’emplacement des bureaux de vote, l’accueil des électeurs, la présentation des urnes vides aux électeurs, la tenue des procès-verbaux, du suffrage exprimé, entre autres.

Les candidats en course se démènent aussi pour faire valoir leur présence à cette élection. Le candidat du MPS Idriss Deby Itno a fait un meeting il y a 72 heures à Farcha, 1er arrondissement de N’Djamena. La Plateforme Alternance 21-URD, forme depuis hier ses délégués au CEFOD (centre d’étude et formation au développement). Selon eux, un dernier meeting est programmé pour le 09 avril à N’Djamena. L’ambiance au QG de l’URD de Romadoumgar Nialbé Félix est morose. La plupart des militants sont en campagne disent-ils. « Après le sud du pays, le cap est mis sur l’Est et le Nord », ont-ils rajouté. Au QG d’UTPC (Union des travaillistes pour le Progrès et la Cohésion), du candidat Yopombé, une animation musicale tente de maintenir une ambiance de campagne, mais le cœur n’y est pas. Selon des sources proches du parti, leur candidat a fait ce qu’il doit faire grâce aux mains tendues de ses militantes et militants. Une autre nous affirme clairement que les moyens financiers font cruellement défaut.

Retirer sa carte électorale, un acte citoyen

Au QG du parti, RNDT-Le-Réveil, le coordonnateur de la permanence Voulssou Dogsala Finé, affirme que le parti a fait le maximum possible et se réjouit du retour terrain de la campagne. Selon lui, leur candidat n’est pas inquiet parce que leur victoire au 1er tour est assurée. « J’appelle la population à sortir massivement retirer les cartes électorales pour être juge le 11 avril. Le fait de se résigner en refusant de retirer sa carte, c’est jouer contre l’avenir du pays ». Malgré les appels lancés par la CENI, certaines organisations de la société civile et des partis politiques un nombre effarant d’électeurs n’ont toujours pas retiré leurs cartes d’électeur.

Rappelons qu’après la révision des fichiers électoraux le 30 octobre 2020, la CENI a publié le 12 février 2021 un total de 7.03 880 348 électeurs dont 49,24% hommes et 50,76% femmes (3.699.775) ainsi que 45.276 des Tchadiens de la Diaspora.

Moyalbaye Nadjasna

Depuis l’amorce de la période la chaleur, les délestages intempestifs de la SNE fâchent les N’Djamenois qui se demandent ce qui se passe. Mahamat Adoum Ismaël, Directeur général (DG) de la SNE (Société Nationale d’Électricité) a donné des explications au cours d’une sortie médiatique le 3 avril passé, à la Direction de production au quartier Farcha. Reportage.

« En cette période de chaleur intense, les usagers de la SNE subissent des délestages continus à cause d’insuffisance de la production à laquelle se rajoutent des défauts sur les lignes et des pannes dans les postes », dit Mahamat Adoum Ismaël, DG de la SNE. Il s’est ensuite, excusé pour les désagréments causés. Selon lui, les informations inexactes et des rumeurs fantaisistes circulent et embrouillent les citoyens. « Nous voulons apporter des éléments d’informations de la source, pour contrecarrer ses rumeurs ». Pour lui, l’électricité est un important levier de développement d’un État qu’on ne peut au 21e siècle, s’en passer. D’après lui, la SNE fait de son mieux pour remplir sa mission de service public, fournir l’énergie électrique à tous ses abonnés. Il reconnaît les soutiens et les efforts de la plus haute autorité du pays pour enrayer la crise énergétique du Tchad.

Le DG affirme que 7 groupes électroniques sur 14 qu’utilise la SNE étaient aux arrêts. Il n’y a plus que 5 groupes qui fonctionnent 24h sur 24h. Et sur ces 5 groupes, il faudra tenir compte des travaux de révision, de maintenance et d’entretiens continus et l’attente des pièces de rechange, explique-t-il. M. Mahamat Adoum Ismaël soutient que la SNE a réceptionné un nouveau moteur MBH en provenance d’Allemagne d’une puissance de production de 4MW. Un autre générateur sera disponible bientôt, rajoute-t-il. « La puissance disponible actuelle est de 80 MW. Elle est supérieure à celle annoncée en septembre 2020 qui était de 70MW. La température ambiante est de 45°C et monte à presque 70°C dans la salle des machines. Cela impacte fortement le rendement des moteurs », justifie-t-il.

Le DG note également qu’en cette période de forte chaleur, le besoin en énergie de la ville est très élevé. Ce besoin annule les améliorations et fait que le consommateur ne ressent aucun changement. Pour le directeur général, près de 10 MW se sont ajoutés. Si c’était en décembre ou janvier, cette amélioration serait ressentie.  Il indique que la capacité de production de la SNE est de 80 MW. « Nous alimentons moins de la moitié de la ville, mais nous poursuivons nos efforts dans l’achèvement des travaux en cours sur les trois autres moteurs qui seront remis en marche d’ici à la fin avril ou début mai. Cela va porter notre puissance à 95MW », dit Mahamat Adoum Ismaël.

« Cesser les agressions à l’encontre des agents de la SNE »

Le directeur général de la SNE estime que les techniciens de la SNE sont quotidiennement victimes des agressions physiques. Selon lui, son personnel brave la chaleur et travaille à des heures tardives pour satisfaire ses abonnés. Il demande que ces agissements malveillants cessent. Il en appelle à la responsabilité de chacun. Il soutient aussi que plus d’un tiers de personnes s’alimentent au mépris des règles élémentaires établies par la SNE. D’après lui, cette délinquance prive la société de ses ressources et menace la pérennité de l’entreprise SNE. En filigrane, il impute la responsabilité de délestages intempestifs aux fraudeurs et autres trafiquants. « La stratégie d’électrification dans le court, moyen et long terme adopté par le gouvernement à travers le Plan d’Urgence d’Accès à l’Électricité (PUAE) 2021-2023 répond à cette préoccupation », lance-t-il. Par rapport à ce vaste programme, le taux d’électrification va passer de 6,4% à 38,12%, dit le DG de la SNE.

Moyalbaye Nadjasna

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