mercredi 26 janvier 2022

Reportage

Reportage (526)

La situation des droits de l’homme s’est dégradée depuis longtemps au Tchad. L’année 2021 a commencé avec de troubles politiques. Des voix se sont élevées pour contester le 6e mandat du défunt président Deby Itno. Pour les défenseurs des droits humains, en prélude à la journée mondiale des droits de l’homme célébrée chaque 10 décembre, la situation au Tchad est tantôt sombre, tantôt clair-obscur. Après la mort de Deby, la prise du pouvoir par la junte a été contestée par des manifestations populaires violemment réprimées. Cette répression a assombri la situation des droits de l’homme. Reportage.

« Le Tchad a ratifié les conventions et les traités internationaux sur la protection des droits de l’homme. Le problème c’est l’inapplicabilité de ces textes. C’est bien dommage que les violeurs de ces droits ne soient pas punis. Les autorités elles aussi, à différents niveaux, abusent de leur pouvoir », affirme Layibé Tourdjoumane, président de l’association de droits de l’homme sans frontière (DHSF). Selon lui en 2021, il y a des violations des droits de l’enfant et de la femme. Certains enfants sont vendus, d’autres transportés d’une région à une autre, dit-il. Soit pour élever des chameaux, soit pour assurer le ménage, a-t-il ajouté. M. Layibé évoque aussi le cas des femmes violées, bastonnées et souvent assassinées. Il soutient que le dernier cas est celui des prisonniers qui subissent des traitements dégradants et inhumains. Tout cela montre que notre pays n’est pas un État de droit, insiste le défenseur des droits de l’homme.

Le président de DHSF souligne que dans le monde rural, le conflit agriculteur-éleveur a endeuillé beaucoup des familles. M. Layibé Tourdjoumane cite aussi le phénomène d’enlèvement des personnes contre rançons dans le Mayo-kebi Ouest. À ce phénomène, il affirme que les autorités locales sont incapables d’éradiquer cette pratique néfaste qui terrorise la population. D’après lui, au Maya-Kebi Ouest, les villages ne sont pas distants les uns des autres.  « Nous sommes allés sur le terrain. Nous avons rencontré les victimes, les autorités locales et les juges. Cela m’étonnerait qu’on enlève une personne sans que les autorités ne le sachent. C’est une chaîne de complicité, certains chefs traditionnels sont impliqués », dit-il. Il témoigne qu’en dénonçant et en sensibilisant ils ont pu, avec ses collègues, démasquer des chefs de villages et des chefs de cantons qui sont directement impliqués.  « Un chef de canton a été destitué de sa fonction pour cela », dit M. Layibé. Le président de DHSF annonce l’organisation à Pala, le 29 décembre une rencontre avec les victimes, la société civile, les autorités et les religieux. L’objectif dit-il, c’est de mettre fin aux enlèvements contre rançons dans cette localité.

Pour l’ex SG de la Convention tchadienne des droits de l’Homme(CTDH), M. Mahamat Nour Ibédou, le bilan de la situation des droits de l’homme est assez mitigé. Il affirme que depuis la prise du pouvoir par la junte, les choses ont été difficiles au début. Selon lui, les forces vives de la nation en l’occurrence, le mouvement Wakit Tama a contesté la conduite de la transition par les militaires. « À mon avis, c’était une occasion pour le Tchad pour mettre ensemble d’une façon concertée les institutions de la transition. Malheureusement, ce n’était pas le cas, les militaires ont  taillé une charte avec des zones obscures sans une perspective d’avenir précises », lâche-t-il. Cela a entraîné des contestations populaires durement réprimées avec plus de 15 morts, rappelle-t-il. Ce qui rend assez sombre la situation des droits de l’homme au Tchad, dit-il.

Pour M. Ibédou, les autorisations octroyées pour les 3 marches pacifiques de Wakit Tama ont été les premières au Tchad. C’est le résultat d’un léger respect des droits humains. « Les marches pacifiques, mêmes dans les pays évolués, l’itinéraire est toujours fixé par les autorités en charge de sécurité publique. Sauf que l’insécurité s’est accentuée et la junte a du mal à maîtriser le terrain. Ce qui risquerait d’assombrir la situation des droits de l’homme dans notre pays en cette année 2021 », dit M. Ibédou. La CTDH, assure-t-il, fera ce qui est à son pouvoir dans ce processus de transition afin que les droits humains soient respectés.

Moyalbaye Nadjasna

Certains établissements scolaires publics disposent des bibliothèques classiques pour élèves et enseignants. Ouvertes tous les jours pendant les heures de cours, certains élèves viennent chercher des contenus divers de cours et d’exercices. Les gestionnaires des bibliothèques de quelques lycées sillonnés disent que la fréquentation n’est pas reluisante, mais encourageante. Reportage.

Première étape : Lycée d’Abena, un établissement public, dans le 7e arrondissement de N’Djamena, la capitale. Il est 9h 00. La salle de la bibliothèque est bondée d’élèves. Plus de 2523 livres toutes disciplines confondues de la seconde en terminale (A, D et C) sont alignés dans les rayons. Un silence cimetière y règne. Chaque lecteur est concentré sur son ouvrage. Une somme de 1000 FCFA doit être payée l’inscription annuelle, dit le bibliothécaire M. Service Ahane. Cette inscription donne droit aux abonnés à une carte d’accès à la bibliothèque. La moyenne de fréquentation est encourageante. M. Service affirme qu’entre 35 à 108 élèves fréquente par jour la bibliothèque.

Première bibliothèque au lycée d’Abena, l’affluence est encourageante. « Tout dépend de la disponibilité des élèves. Ils viennent pendant les heures creuses et au moment où ils ne sont pas acculés par les devoirs de classes. Sinon, je ferme parfois à 15h à la demande des élèves », dit-il. C’est le Projet d’Appui à la Réforme du Secteur de l’Education PARSEC qui a doté le lycée d’Abena d’une bibliothèque en octobre 2021. Pour l’instant il n’existe pas une salle dédiée. Mais provisoirement une salle de classe a été réquisitionnée pour abriter la bibliothèque, dit M. Service.

Le bibliothécaire affirme que les ouvrages littéraires intégrés dans le programme d’enseignement ne sont pas au complet. Il souligne qu’il utilise les frais d’inscriptions pour en acheter et combler ce manquement. M. Service Ahane déplore l’étroitesse de la salle de lecture. Il demande au ministère de tutelle de leur construire une nouvelle bibliothèque avec une grande salle de lecture.

Interrogé certains élèves disent que rien ne peut remplacer le livre. Pour eux, la lecture leur permet d’être en contact avec le savoir. Et complète le contenu des cours.

2e étape : Lycée de Walia dans le 9e arrondissement au sud de la capitale. Ici, la bibliothèque scolaire existe depuis 2011. Le ministère de l’Éducation nationale à travers le Centre National de Curricula (CNC) a construit la bibliothèque et acheté les ouvrages. Avec le PARSEC, le lycée a bénéficié encore d’une bibliothèque numérique. Plus de 3000 ouvrages sont accessibles gratuitement à tous les élèves, dit le bibliothécaire, Zigoubé Fakané. Pour lui, la moyenne de fréquentation est estimée à 92%. À son avis, la salle se remplit quelquefois et certains élèves sont obligés d’attendre que les autres libèrent la salle. M. Zigoubé affirme aussi que quelques ouvrages importants manquent à la bibliothèque.  Comme son collègue du lycée d’Abena, il demande la construction d’un nouveau bâtiment pour de bibliothèque avec une salle de lecture spacieuse.

Kouladoum Mireille Modestine

Sarh, chef-lieu de la province du Moyen-Chari va accueillir d’ici quelques jours un évènement. Il s’agit d’une rencontre diagnostique des maux qui sapent l’épanouissement cette-ville.  Au moins 500 participants sont attendus du 27 au 31 décembre 2021. Reportage.

Du 27 au 31 décembre 2021, la ville de Sarh va accueillir ses ressortissants. Ils vont examiner les problèmes de son développement. L’évènement est dénommé « Tous à Sarh 2021 » (TAS2021). Le comité d’organisation estime recevoir 500 invités. Les participants sont des ressortissants, des natifs et des sympathisants de la ville. L’entrepreneuriat des jeunes et des femmes, le sport, la culture, l’économie, l’habitat et la foire sont au menu de cette rencontre. L’enjeu est la création d’une association « Agir pour Sarh que j’aime ». Cette association aura pour mission de suivre les recommandations du TAS2021 afin d’impulser le développement de la ville.

Selon le comité d’organisation piloté par M. Yankal Alain, Sarh a beaucoup apporté au Tchad. Et il n’est pas admissible de laisser cette ville sombrer dans le chaos. Il déplore qu’elle soit  abandonnée par le régime du défunt président tchadien Deby. Nous avons pensé qu’il faut se réunir et rechercher des pistes de développement de notre ville, dit-il.  M. Yankal déclare que ces retrouvailles ne concernent pas seulement les Sarhois nés. Mais tous ceux qui sont passés par cette ville et qui reconnaissent le bienfait de Sarh, précise-t-il.  Aujourd’hui la plupart des jeunes désœuvrés croupissent sous l’effet de l’alcool. Il n’y a pas d’activités à but lucratif. Or, Sarh regorge de potentialités pour impulser son décollage.

La ville verte semble sombrer peu à peu et il faut vite agir. Le développement du Sarh c’est d’abord l’affaire de ses filles et fils. Le comité de réflexion estime qu’il faudra aussi penser reboisement. Sarh doit garder sa nature de ville verte. Pour l’équipe de pilotage de « Tous à Sarh2021 », la fête est ouverte à tout le monde. Des contributions de toute nature sont attendues pour la réussite de cet évènement.

M. Yankal affirme que la mobilisation financière pour cet évènement est à la traîne. Il soutient que les Sarhois de l’extérieur et ceux de N’Djamena ont fourni assez d’efforts. Actuellement, les rencontres se multiplient avec les autorités communales, les chefs des partis politiques et les différentes délégations administratives, dit-il. Pour lui, ce qui les a poussés a organisé cet évènement, c’est l’état insalubre dans lequel, la ville se trouve. Des images ont même été postées sur les réseaux sociaux.

Située à 900 km de N’Djamena, la capitale. Sarh a une population cosmopolite estimée à 300 000 habitants, Sarh est le chef-lieu de la province du Moyen-Chari. Ses principales activités sont l’agriculture, la pêche et l’élevage.

Moyalbaye Nadjasna

Les revenus pétroliers ont servi à la construction de beaucoup de lycées publics à N’Djamena comme dans les provinces. Cependant, certains lycées disposent des bibliothèques équipées pendant que d’autres n’en ont pas. Nous entamons une série de reportages sur l’existence des bibliothèques classiques et numériques dans les établissements publics et privés de la capitale et leur moyenne de fréquentation. Nous avons fait le tour de quelques établissements publics. Reportage.

La bibliothèque scolaire est un lieu des livres et des savoirs, mais aussi un espace d’échange pour les élèves. Elle doit occuper une place centrale au sein de l’école afin d’encourager les élèves à s’y rendre régulièrement. Au Tchad, les bibliothèques scolaires classiques et numériques n’existent pratiquement pas. Certains lycées ne possèdent pas de bibliothèques. Au lycée scientifique de Gassi, il existe un bâtiment réservé à la bibliothèque avec une salle de lecture. Mais les livres sont quasi-absents. Pas d’élève dans les salle de lecture. Elle est poussiéreuse.

En 2018, une ONG nommée « Ensemble construisons demain », a offert une collection de livres en chimie, mathématiques, histoire, géographie, anglais et Sciences de la Vie et de la Terre au lycée scientifique de Gassi. Pour le proviseur M. Mbaïrareou Dionmbaye, avoir une bibliothèque est bénéfique pour les élèves et les enseignants, « les enseignants consultent les livres de la bibliothèque scolaire pour préparer les cours, donc une seule collection de livres ne suffit pas. Il lui faut 4 à 5 collections pour avoir un bon cours », dit-il. Selon le proviseur, le ministère de l’Éducation nationale n’a pas doté son établissement en livres. Les enseignants sont obligés d’utiliser les ouvrages achetés par l’établissement ou achètent eux-mêmes des livres pour préparer leurs cours. Le proviseur affirme que le besoin en livre est émis chaque année à la rentrée scolaire et dans les rapports annuels des activités, mais cette préoccupation reste toujours sans suite. « C’est dans ces conditions qu’on a créées des lycées scientifiques. Et quand les résultats des examens ne marchent pas, les autorités crient que le pourcentage de réussite est en baisse. Que le ministère en charge de l’Éducation nous vienne au secours en nous dotant des documents pour faire des recherches », dit-il.

Si au lycée de Gassi, il existe une bibliothèque scolaire classique avec une seule collection, au lycée d’Atrone logé dans l’enceinte du lycée de Gassi, il n’y a pas de bibliothèque. Pour le proviseur Yacoub Zagalo Yacoub, l’administration est même fatiguée d’émettre les mêmes besoins chaque année qui reste sans suite. Il appelle, le gouvernement, les ONG et les personnes de bonne volonté pour leur construire une bibliothèque bien équipée.

Au lycée de N’Djari, la bibliothèque est uniquement numérique. Elle est inaugurée depuis juin dernier par le ministère de l’Éducation nationale à travers le projet PARSEC, mais elle n’est pas encore opérationnelle. L’établissement attend le ministère pour l’ouverture officielle. Pour le bibliothécaire qui parle sous couvert d’anonymat, la bibliothèque numérique a besoin des livres pour les scanner afin que les élèves les consultent, mais aucun ouvrage ne leur est parvenu. Le proviseur achète des livres à son propre compte pour mettre à la disposition des enseignants. Le bibliothécaire pointe du doigt le Centre National des Curricula. « En temps normal, c’est le CNC qui va nous fournir gratuitement des livres à travers la délégation et l’inspection, mais on ne les voit pas. La bibliothèque numérique est sans contenu à part les ordinateurs, le scan et l’imprimante que vous voyez ».

Kouladoum Mireille Modestine

Le vice-président du conseil militaire de transition (CMT), le général de division a procédé ce mercredi à la restitution de 35 nouveaux bus de 64 places chacun, le tout d’une valeur de 2 milliards de nos francs. La cérémonie de la réception de ces bus a lieu au centre national des œuvres universitaires de N’Djamena (CNOU), en présence de plusieurs autorités universitaires et de représentants des étudiants. Reportage

Les étudiants de plusieurs universités du Tchad semblent désormais soulagés. Le vice-président du CMT a remis ce mercredi matin les clés de quelques 35 bus de 64 places chacun et d’une valeur de 2 milliards de F CFA. Ces bus seront répartis dans toutes les universités du pays selon le besoin et le nombre de chacune de ces universités publiques. Ces bus mettront certainement fin à la revendication des étudiants qui parfois descendent dans les rues de la capitale pour réclamer les bus. 11 bus ont été symboliquement réceptionnés pour le transport des étudiants des trois facultés de l’université de N’Djamena.  

Le chargé des finances et de matériels de l’Union Nationale des Étudiants du Tchad section de N’Djamena Younouss Abdoulaye, se dit ému pour la dotation de ces moyens de transport. Toutefois, il déplore en même l’insuffisance de ces bus. A son avis, l’université de N’Djamena à elle seule compte plus de 70% de l’effectif total des étudiants de toutes les universités du Tchad. « Quand on donne 11 bus pour transporter les étudiants des trois facultés de l’université de N’Djamena avec plus de dix axes, je pense que ça ne peut pas couvrir », dit-il.

Dans son discours de circonstance, le vice-président du Conseil Militaire de Transition le Général de division affirme que le gouvernement accorde une importance capitale à l’éducation et la formation des jeunes. Et il argue que, la dotation de ces bus de transport aux étudiants n’est qu’un premier pas. Il est toutefois conscient que la dotation de ces bus ne peut pas satisfaire les besoins des étudiants sur le plan du transport. « Le geste posé marque déjà la volonté et la disponibilité du gouvernement à répondre favorablement aux besoins des jeunes notamment aux sollicitations universitaires », affirme-t-il. Il exhorte les responsables du  CNOU à l’utilisation à bon escient de ces bus. Par la même occasion, il invite les étudiants à adopter une attitude responsable dans les bus. Le vice-président du CMT déplore également la brutalité avec laquelle les forces de sécurité sur les étudiants de la faculté de médecine. Il reconnaît la légitimité des réclamations de ces étudiants et rassure que le gouvernement s’attelle afin de trouver une solution idoine à la revendication des étudiants de la faculté de médecine.

Kouladoum Mireille Modestine

Depuis deux jours, les étudiants de l’université de N’Djamena manifestent et réclament la réhabilitation de leurs 3 camarades exclus des universités du Tchad. Selon les responsables universitaires le motif de leur exclusion aurait perturbé le calendrier académique. Pour les étudiants, leurs camarades étaient exclus pour avoir participé à la manifestation contre Mme la ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, en visite au campus universitaire de Toukra en mai dernier. Reportage.

Après la grève des étudiants de la faculté des sciences de la santé humaine pour réclamer 33 mois de bourse impayée, c’est au tour des autres facultés de manifester depuis 2 jours pour réclamer eux aussi la réhabilitation de leurs 3 camarades exclus. Ils réclament aussi que le centre de santé universitaire soit équipé. Pour le Secrétaire exécutif (SE) des étudiants de l’université de N’Djamena, Yaya Barkai Mahamat, cette manifestation est relative à la revendication de 3 choses.  Les étudiants de l’université de N’Djamena demandent la réhabilitation de leurs 3 camarades exclus de l’université, le bus universitaire (qui seront bientôt en service selon nos sources) et le centre de santé universitaire. En ce qui concerne les 3 étudiants exclus, le SE des étudiants de l’université de N’Djamena estime que les motifs de leur exclusion ne sont pas lourds.

Le 20 mai dernier, le ministre de l’Enseigneur Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, Mme Lydie Beassemda avait rendu visite au campus de Toukra, à la sortie sud de la capitale, N’Djamena. Lors cette visite, les étudiants avaient boudé sa présence et avaient endommagé sa voiture et celle du président de l’université. Les étudiants de N’Djamena expliquent que c’est suite à cette manifestation que plusieurs étudiants ont été arrêtés, certains déférés, puis libérés. Selon lui, le président de l’université de N’Djamena a voulu faire « une justice à part entière », en confisquant les cartes d’étudiants de 35 camarades pendant 4 mois. « J’étais parti rencontrer le président de l’université pour réclamer les cartes des 35 camarades, mais il n’a pas restitué et les étudiants avaient barricadé la route de l’université pour exiger la restitution de leurs cartes », dit M. Yaya Barkai Mahamat. Selon lui, sans ces cartes, les étudiants ne peuvent pas se réinscrire. Ensuite, le président a restitué les cartes. Toutefois, il précise que 3 étudiants ont été convoqués au conseil de discipline, puis expulsés définitivement des universités du Tchad. « J’étais clair avec le président de l’université que si les 3 camarades sont exclus de l’université, il va porter la responsabilité de cet acte ». Le président de l’université tient mordicus à l’exclusion de ces étudiants pour des raisons de perturbation du calendrier académique. « C’est un règlement de compte » affirme M. Yaya Barkai Mahamat. Il rajoute que c’est parce que les 3 étudiants sont influents dans le bureau national des étudiants et que les autorités universitaires veulent vaille que vaille leurs têtes. « C’est un règlement de compte, sinon le motif ne mérite pas cette sanction suprême, l’exclusion. Nous avons entamé les négociations avec le président de l’université. Et nous irons voir les plus hautes autorités du pays, si nous n’obtenons pas gain de cause ».

Le SE des étudiants de l’université affirme qu’il a écrit au ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation pour demander la réhabilitation de ses 3 camarades, mais la lettre est restée sans suite. Le bureau des étudiants a donné 2 mois aux autorités pour réagir, mais ils ne l’ont pas fait, c’est dans ce sens qu’ils sont obligés de descendre de manifester pour réclamer la réhabilitation sans condition de leurs camarades.

Jules Doukoundjé

Dans la capitale tchadienne, certains enfants sont privés de leur droit à l’éducation. Ils parcourent des kilomètres par jour pour mendier. Ils tendent la sébile pour recevoir de la petite monnaie et les restants de repas. Ils se poste souvent se poster devant les ministères, les grandes institutions, les hôpitaux et les marchés pour demander de l’aumône. Les plus petits du groupe sont censés suivre les instructions des plus grands. Reportage.

Pendant que les autres enfants de leur âge sont à l’école, elles sont ailleurs. Elles, ce sont Fatimé Zara et Nana Abdoulaye. Deux petites filles âgées respectivement entre 6 et 8 ans. Ces deux enfants font partie d’une équipe de 6 personnes qui mendient dans les rues de la capitale tchadienne, N’Djamena. Elles quittent leur quartier en parcourant quelques kilomètres à pied sous le soleil ardent à la recherche des endroits stratégiques pour mendier. À chaque arrêt des automobilistes ou motocyclistes, les tout petits courent sous l’instruction des plus grands pour aller solliciter la générosité des adultes. Ils ciblent aussi quelques passants et boutiquiers pour quémander des pièces de monnaie. Quelques fois, ces enfants sont agressifs. Ils agrippent les passants par leurs vêtements. Rencontrés, ils nous racontent leur quotidien. « Ce sont nos parents qui nous ont envoyé mendier. Nous parcourons beaucoup de quartiers à la recherche des endroits où il y a suffisamment de monde pour mendier. C’est dans l’après-midi que nous rentrons chez nous. », dit Nana.

Zara et Nana quittent le quartier Ridina pour venir au grand marché mendier. Selon elles, elles n’ont jamais mis pied à l’école. « Tôt le matin, nous venons à l’école coranique. C’est après l’école coranique que nous prenons le chemin des marchés publics », soutiennent-elles.  De leur avis, leurs parents mèneraient de leur côté, des activités génératrices de revenus au marché à mil.

Pour madame Togyegnar Solial, jeune mère de 4 enfants, une môme est un don précieux que Dieu donne. Pour elle, la venue d’un enfant dans la famille est un grand évènement qui rend heureux.  « Pour cela, il faut réunir toutes les conditions pour qu’il vive bien », ajoute-t-elle. Selon Mme Solial, l’enfant est la seule personne qu’on va désigner demain au nom des parents. Et donc il faut en prendre bien soin afin qu’il représente dignement les parents. « Il est inconcevable que certains parents envoient leurs enfants mendier au lieu de les envoyer à l’école. L’école est la seule clé de la vie. L’enfant qui n’a pas été à l’école est un danger pour l’avenir ». 

Pour Maître Yannick Djimotoum Yonoudjim, avocat au barreau du Tchad, l’enfant est d’abord le fruit de ses parents. Selon lui, les parents ont l’obligation d’assurer ses droits fondamentaux : l’alimentation, le logement, la santé, l’éducation et l’habillement. Il affirment que les parents ont le devoir leurs enfants à respecter les valeurs de la société et les symboles de la République. « L’éducation fait partie des droits fondamentaux de l’Homme et consacrés dans les instruments juridiques internationaux que le Tchad a ratifiés », dit-il. Il souligne que les normes internationales ont introduit le concept d’intérêt supérieur de l’enfant. C’est-à-dire que ces traités consacrent l'enfant comme un sujet de droit et non un objet de droit comme il était avant. 

Pour Me Yannick Djimotoum, l’article 28 de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant indique que chaque enfant a droit à l'éducation et à des possibilités d'apprentissage de qualité. Il ajoute que l’article 2 de la même convention dispose que « les États partis s’engagent à respecter les droits qui sont énoncés dans la présente Convention et à les garantir à tout enfant relevant de leur juridiction, sans distinction aucune, indépendamment de toute considération de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou autre de l’enfant ou de ses parents ou représentants légaux, de leur origine nationale, ethnique ou sociale, de leur situation de fortune, de leur incapacité, de leur naissance ou de toute autre situation ». Pour l’avocat en plus de ces normes internationales, la constitution du Tchad garantit le droit et la gratuité de l’éducation pour tout enfant tchadien. Il déplore que dans la pratique, l’éducation ne soit pas gratuite au Tchad. « Les infractions liées aux comportements des parents qui exploitent leurs enfants et refusent de les envoyer à l’école sont régies dans le Code pénal. Toutefois, la législation tchadienne ne dispose pas encore d’une loi spécifique qui protège les enfants des couches vulnérables comme les personnes handicapées par exemple ».

 Kouladoum Mireille Modestine

Le musée de Gaoui, est un véritable site culturel du peuple Kotoko avec des pavions historiques des Sao considérés comme ancêtres des Tchadiens. Au-delà de la culture, ce conservatoire attire aussi un grand nombre de visiteurs. Quelques difficultés dues à son aménagement sont visibles. Reportage.

À part le musée national et quelques-uns dans certaines provinces du Tchad, le village Gaoui a non seulement un village de l’argile mais il est un véritable patrimoine touristique. Un musée et un ancien palais royal du peuple Kotoko depuis plusieurs années servent de conservatoire de patrimoine culturel du Tchad. Selon Mahamat Djibrine, guide et natif de Gaoui, l’existence du musée vient de la décision de la communauté Kotoko. Il affirme que ce patrimoine constitue un lieu culturel, mais aussi un site touristique pour le Tchad. Selon le guide le musée de Gaoui a ouvert ses portes en 1992. « Il est temps de remercier les ONG et les personnes de bonnes volontés qui participent souvent financièrement pour l’entretien du musée », dit-il. Pour réunir ces richesses culturelles, il a fallu des échanges avec des sages du village Gaoui. Ce sont des legs de nos aïeux. Ces connaissances doivent être transmises aux générations futures qui vont à leur tour les perpétuer, a précisé ce natif de Gaoui.

Pour le guide, la conservation de ce patrimoine culturel est indispensable. Le musée de Gaoui a beaucoup d’objets en poterie, mais aussi des pavillons de la préhistoire Sao, explique Mahamat Djibrine. « Avant l’avènement du covid-19, nous recevons assez de visiteurs, expatriés et nationaux. C’est plus de 2000 visiteurs. En 2019-2020, la fréquentation a baissé. Depuis fin 2020 jusqu’à nos jours, on a enregistré environ 700 visiteurs », informe-t-il.

Les difficultés selon lui sont dues au manque de recettes depuis l’arrivée de la Covid-19. Avant la pandémie, les recettes étaient assez bonnes. « Cela nous permettait de nous organiser et de sensibiliser les femmes de Gaoui et ses environs. On les mettait par groupe pour décorer le musée. C’est volontaire, un volontariat moyennant quelques petits cachets forfaitaires », dit M. Djibrine.  Il confirme les aides ponctuelles de certaines ONG et de certaines ambassades dans le passé. C’est grâce à ce soutien que le bâtiment du musée est annuellement crépi et décoré. Ce dernier temps, dit-il, tout est au ralenti. « Nous demandons aux bonnes volontés de nous aider à reprendre les travaux d’entretien et de réaménagement de ce site touristique. Si par exemple on pouvait installer des panneaux solaires qui éclaireront l’intérieur des cases. Il demande aussi que le bitume se prolonge à l’intérieur du village Gaoui, etc. ».

Le guide nous présente Madi, un homme de 40 ans. Il mesure 2 mètres. Il est robuste et impressionnant . Il refuse de s’exprimer. C’est l’homme le plus fort de Gaoui, selon le guide. Par exemple, lors des grandes cérémonies devant les dignitaires, Madi soulève, seul, un âne. Vous voyez que nous sommes forts, cette force nous vient de nos ancêtres les Sao, lance-t-il.

M. Mahamat Djibrine affirme que des rencontres des natifs et ressortissants de villages Gaoui sont souvent organisées. C’est une plateforme qui leur permet de discuter de l’avenir du musée, des stratégies d’attraction des visiteurs et de la conservation des joyaux ancestraux. Le musée de Gaoui est une richesse nationale, dit le guide. « Tout visiteur étranger qui vient ici est impressionné par les potentialités touristiques que regorge le Tchad sur ce site », dit guide.

Moyalbaye Nadjasna

Suite à l’assassinat par balle d’un prisonnier qui tentait de s’évader le 29 novembre et la répression qui s’en est suivie le 1er décembre par les forces de sécurité publique. La Ligue tchadienne des droits de l’homme (LTDH), exige une enquête indépendante pour situer les responsabilités. Mais le procureur de la République, près le parquet de N’Djamena donne sa version de faits. Reportage.  

Le président par intérim de la Ligue tchadienne des Droits de l’Homme (LTDH), Me Adoum Mahamat Boukar dénonce les exactions perpétrées sur les prisonniers de la maison d’arrêt de Klessoum, en banlieue sud de la capitale tchadienne, N’Djamena. Le défenseur des droits humains estime que la situation des prisonniers de Klessoum et surtout des prisonniers de guerre est préoccupante. Le responsable par intérim de la LTDH déplore l’usage excessif des gaz lacrymogènes par les forces de sécurité sur les prisonniers dans un endroit fermé. Selon lui, cela a occasionné malheureusement un mort et quelques blessés parmi les prisonniers de guerre du Front d’Alternance pour la Concorde au Tchad (Fact).

Me Adoum Mahamat Boukar estime que ces actes et pratiques violent les règles et conventions que le Tchad a ratifiées, surtout la convention de Genève sur la protection des prisonniers de guerre. Le défenseur des droits de l’homme regrette cet acte qu’il a qualifié de « barbarie moyenâgeuse ». Il rappelle que le gouvernement vient d’adopter en prélude au dialogue politique, 2 projets de loi d’amnistie concernant une partie des politico-militaires en excluant une autre frange importante des rebelles. Il souligne par ricochet que la décision du gouvernement rend l’amnistie partielle, sélective et ne favorise pas un bon déroulement du processus de ce dialogue national inclusif, voulu par tous les Tchadiens. Me Adoum Mahamat Boukar exige une enquête indépendante pour faire toute la lumière sur la situation des prisonniers. Il demande que les prisonniers de guerre soient traités conformément à la convention de Genève. Et qu’une amnistie totale soit proclamée à l’endroit de tous les prisonniers politiques et de guerre sous réserve des cas de violations graves des droits humains. Le défenseur des droits humains exhorte le pouvoir public à plus de lucidité et au respect des engagements internationaux.

Mais, le procureur de la République près le parquet de N’Djamena, Moussa Wade Djibrine, balaie les allégations du décès en détention à la maison d’arrêt de Klessoum. Il dément l’assassinat d’un prisonnier de la rébellion du FACT. Selon le procureur, dans la nuit du 29 novembre dernier, le prisonnier s’est évadé de la maison d’arrêt en escaladant le mur à l’aide d’un voile tissé. Et c’est au cours d’une course poursuite qu’il a été atteint mortellement par une balle. Il ajoute que ce dernier est mort à l’hôpital de ses blessures. Le procureur de la République, près le parquet de N’Djamena précise aussi que suite à cette évasion, les forces de sécurité ont procédé le 1er  décembre dernier à une opération de fouille et de dénombrement des prisonniers. En dehors de ce cas, il n’y a eu aucun autre décès.

Jules Doukoundjé

Suite à la manifestation organisée le 2 décembre dernier devant la faculté des sciences de la santé humaine, pour réclamer 33 mois d’arriérés de bourse, plusieurs étudiants sont arrêtés puis libérés. Mais 5 sont mis sous mandat de dépôt et seront entendus par le procureur le 27 décembre prochain. Reportage.

Les étudiants de la faculté des sciences de la santé humaine de N’Djamena, capitale tchadienne, ne supportent plus de continuer à accumuler des mois de bourse sans être payés. Pour réclamer 33 mois de bourse non payée, ils ont organisé une manifestation le 2 décembre dernier devant leur faculté. Plusieurs d’entre eux ont été violemment dispersés par la police. Certains arrêtés puis libérés, d’autres sont mis sous mandat de dépôt et seront entendus par le procureur le 27 décembre prochain. Certains leaders des étudiants rencontrés ce samedi à la faculté continuent d’exiger la libération sans condition de leurs camarades transférés à la grande prison de Klessoum, située au sud de N’Djamena.

Adoumbaye Sylvain, président de la chambre des délégués des étudiants de la faculté des sciences de la santé humaine, résume leur revendication. Il affirme que c’est suite à l’accumulation de 33 mois d’arriérés de bourses que les étudiants ont décidé de se faire entendre. Selon lui, les étudiants ont entrepris plusieurs mois de démarches auprès des autorités, mais sans satisfaction. « Nous avions convoqué une réunion pour faire l’état des choses. Le 2 décembre dernier, la rencontre a tourné en manifestation et il y a eu des débordements. Cette manifestation s’est soldée par les arrestations et de la violence faite par les forces de l’ordre ». Adoumbaye Sylvain affirme que 59 de ses camarades ont été arrêtés et repartis dans plusieurs commissariats de la ville de N’Djamena. Quelques-uns ont été libérés dans la soirée, puis un autre groupe libéré le 3 décembre.

Le président de la chambre des délégués des étudiants regrette malheureusement que 5 autres camarades sont conduits à la grande prison Klessoum, dans la banlieue sud de N’Djamena. Ils seront entendus par le procureur le 27 décembre prochain. Il dit que si leurs 5 camarades ne sont pas libérés, la tension va monter. Et il faudra s’attendra à des grandes manifestations pour exiger leur libération.

Dans un communiqué, le bureau exécutif de l’ordre national des médecins du Tchad condamne cet acte de violence dans l’enceinte de la faculté. Et demande au gouvernement de prendre ses responsabilités pour éviter de pareilles pratiques. Dans le même ordre d’idée, le vice-président de l’ordre national des pharmaciens du Tchad, Dr Haroun Badawi Mahamat exige la libération de tous les étudiants mis sous mandat de dépôt. Il demande aussi l’ouverture d’une enquête judiciaire pour condamner les agents de la police coupables des actes de violation des droits humains.

Jules Doukoundjé 

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