samedi 12 juin 2021

Reportage

Reportage (202)

Au Tchad, la tomate est produite en abondance, mais elle est une denrée périssable. La plupart des producteurs et les grossistes jettent les invendus qui risquent de pourrir entre leurs mains. N’existe-t-il pas des techniques de conservation ? Reportage

La tomate est produite dans plusieurs zones du pays. Le Tchad ne dispose qu’une seule usine de transformation de fruit à Doba. Elle est fermée depuis plusieurs années. La plupart des producteurs des tomates après un dur labeur voient pourrir leurs produits. Selon Moustapha Djibrine, tout le monde est perdant : producteurs, grossistes et même les consommateurs. « Vous voyez, ils sont dans des caisses, sinon pendant le transport tous vont pourrir. On dit qu’une tomate pourrie pourrit toutes les autres. Malgré cela, c’est difficile. On finit toujours par en jeter », déplore-t-il.

Pour Mahamat Abdelkrim Ahmadaye, technicien à Direction de la Nutrition et de la Technologie Alimentaire (DNTA), il est possible de conserver les produits agroalimentaires comme la tomate. D’abord, c’est un problème de volonté, le vouloir c’est déjà le pouvoir, dit-il. Pour lui, la tomate fait partie des fruits qu’on peut conserver d’une manière élémentaire sans avoir besoin de connaissances techniques agro-industrielles très approfondies Il propose aux producteurs trois techniques de conservation artisanale et ancestrale de la tomate. Il faut d’abord pellée la tomate.

La première technique consiste à sélectionner les tomates mûres, les laver, les chauffer, laisser refroidir et les éplucher. Les pétrir puis les passer à la stérilisation à un degré souhaité, le laisser refroidir, embouteiller et étiqueter.

La deuxième technique explique-t-il, c’est la conservation sèche. « On sèche la tomate après avoir découpé en tranche », dit le technicien.

Travailler en amont

« En période de pic, de forte production, il faut un travail en amont. Il faut former les producteurs. Quel type de tomate produire ? Parce qu’il y a plusieurs variétés », déclare Mahamat Abdelkrim Ahmadaye. Pour lui, l’agriculture n’est pas un métier de pauvre. Selon lui, au Soudan, au Nigeria et aux États-Unis, c’est de grosses fortunes qui investissent dans l’agriculture. « Lorsque le Président de la République demande aux Tchadiens de s’investir dans l’agriculture, le message n’est pas agressé au petit paysan sans moyens au fond du village qui vit avec moins d’un dollar par jour ». Il rajoute « je demande aux opérateurs économiques d’aimer la terre, la main d’œuvre est là. Ce sont des milliers d’emplois pour les jeunes. Et nous, en tant que nutritionnistes et technologues nous feront le suivi », dit-il. M. Mahamat Abdelkrim Ahmadaye demande à la population et aux producteurs de venir vers eux, les techniciens pour recueillir de conseils. Au lieu de jeter les tomates invendues, « nous allons leur proposer des solutions ».

Le technicien de la DNTA affirme que la DNTA est un service public. Il est ouvert à la population. Il indique que la direction dispose des ressources humaines compétentes pour former les producteurs.

Il interpelle les autorités et les partenaires techniques et financiers de se rapprocher de la DNTA pour voir ensemble les faisabilités de vulgarisation de plusieurs techniques au plus grand nombre.

Moyalbaye Nadjasna

Depuis une semaine les femmes tchadiennes réalisaient des activités diverses relatives à la SENAFET. Ce lundi, 8 mars les femmes de différentes corporations sont sorties à la place de la nation pour commémorer la journée internationale de la femme (JIF). Reportage.

Difficile d'avancer et pénible pour elles de supporter la chaleur accablante de ce matin du 8 mars à la place de la nation. Elles sont venues de différentes composantes sociales, des ministères, des compagnies de téléphones mobiles. Banderole et pancartes en mains, elles sont belles dans leurs uniformes bigarrés. Des policières sur des motos font de parades impeccables. L'ambiance est festive. Le public curieux était témoin oculaire.

Mme Falmata Danembaye, la cinquantaine est chef de service Apprentissage du Fonds national d'appui à la formation professionnelle (FONAP). Selon elle, la SÉNAFET/JIF a marqué les souvenirs des souffrances des femmes. « Au début nous l’avons résumée à l'habillement, mais au fil du temps, nous découvrons que c’est une lutte », dit Falmata. Pour elle cette célébration porte ses fruits depuis quelques années. Elle estime que la femme autrefois marginalisée est plus consciente et doit continuer la lutte pour faire sa place dans la société. « Nous remercions les autorités qui nous soutiennent dans cette dynamique qui nous permet de libérer la parole », affirme-t-elle joyeusement.

Falmata soutient qu'aujourd'hui, les femmes sont responsabilisées dans presque toutes les institutions publiques comme privées. Elles jouissent des mêmes droits et devoirs que les hommes.

Autre son de cloche. Pour Denemadji Joséphine, 28 ans, c’est le contraire. Pour elle la SÉNAFET /JIF, ne représente rien pour elle. Elle affirme n’être qu’une pauvre petite dame qui cherche à manger à ses enfants. « Je vois une foule nombreuse alors je fonce pour vendre mes boulettes. Je profite pour faire des bonnes affaires. Je le fais pour nourrir la maisonnée. C'est la fête des femmes qui travaillent. Et non pour les pauvres femmes comme moi ».

La journée internationale de la femme (JIF), pointe cette année le leadership féminin. Un défi institutionnel, mais aussi social. Les sociétés se doivent être justes et équitables sur les questions de genre.

Moyalbaye Nadjasna

Assyongar Masra Succès, président du parti Les Transformateurs a déposé sa candidature à la présidentielle d’avril 2021. Et ce, en dépit de son âge. Reportage.

Il l’a annoncé le 6 novembre 2020 dernier. Le président du parti Les Transformateurs, Dr Assyongar Masra Succès a officiellement déposé sa candidature, le jeudi 25 février, à la Cour suprême à l’élection présidentielle d’avril prochain. Il est le 4e candidat à faire acte de candidature.

Pour cela, il a donné rendez-vous ce jeudi à 9h 30 mn à ses militants à la Cour suprême, lieu de dépôt des candidatures. C’est finalement à 10h09mn que le leader des Transformateurs s’est présenté. Vêtu en bleu, un cache-nez aux couleurs du tricolore tchadien, le candidat Masra Succès était accompagné par les membres du Bureau Exécutif de son parti et une dizaine de militants. L’artiste Raïs Kim était présent.

Dans la salle d’audience où siège la commission de réception des candidatures, Succès Masra est reçu par les membres de cette commission. À huis clos, le dépôt s’est fait. À 10h29mn, celui qui a fait acte de candidature officielle, en dépit de la clause d’âge qui l’exclut, est ressorti tout souriant.

Dans sa déclaration à la presse, faite sur l’estrade de la Cour suprême, Dr Masra Succès explique que sa candidature est motivée par l’inclusion. « Nous sommes ici au nom de l’inclusion électorale. Ça veut dire que tous ceux qui veulent être candidats ont le droit de l’être. Sinon ce sera de l’apartheid électoral », dit-il. Pour lui, les trois conditions pour que l’élection présidentielle soit utile au Tchad sont la Justice électorale, l’inclusion et l’alternance. « L’heure de l’alternance est arrivée. Et les Tchadiens veulent que le président sortant Deby les voie continuer le chemin qu’il a commencé », affirme-t-il avant de proposer le poste de conseiller à la sécurité à Deby.

Candidature à polémique

L’annonce de la candidature du leader des Transformateurs est sujette à polémique. Certains affirment d’ores et déjà le rejet de sa candidature. D’autres soutiennent qu’elle est recevable sur la base de la hiérarchie des normes. Les premiers évoquent la constitution du 4 mai 2019, modifiée en 2020, a, dans son article 67 fixe l’âge à candidater pour la présidentielle à 40 ans. Les deuxièmes, la charte de la jeunesse de l’Union Africaine (UA) fixe cet âge à 35 ans. Pourtant le candidat des Transformateurs n’en a que 38. Interrogé à cet effet, il rétorque : « vous avez vu que ma candidature vient d’être enregistrée. Donc, parlons de ce qui est accepté pour le moment. » Reste à la Cour suprême de juger de sa recevabilité ou non.

Le dépôt des candidatures s’est ouvert le 13 février. Il restera ouvert jusqu’au 26 février à minuit. La liste des candidats retenus sera publiée le 9 mars conformément au chronogramme de la Commission électorale nationale indépendante (Céni).

Christian Allahadjim

L'association tchadienne pour la promotion et la défense des droits de l'homme (ATPDH) s’inquiète du climat social et politique au Tchad qui, selon elle, se dégrade continuellement. C’est ce qui ressort du communiqué de presse signé du Vice-président, Djekourninga Kaoutar Lazare, ce 23 février 2021.

Selon le communiqué de presse de l’ATDPH, depuis quelques mois, les manifestations de rue, les grèves des travailleurs du public rendent la vie sociale et économique du pays morose. Pour le vice-président de l'ATPDH, Djekourninga Kaoutar Lazare, les libertés d'opinions, d'expression, de manifestants et de réunion sont constitutionnelles. « L’article 28 de la constitution, les articles 19 et 20 de la Déclaration universelle des droits de l'homme, et l’article 21 du pacte international relatif aux droits civils et politiques, entre autres, constituent les garanties », dit-il. Il soutient que, le Tchad est dans la période électorale et les candidats qui concourent aux suffrages doivent exercer leurs activités dans le respect de la loi.

Selon lui, le respect de la souveraineté et de l'unité nationale ainsi que la démocratie pluraliste sont plus que nécessaire. Le vice-président de l'ATPDH s'indigne des décisions du ministre de la Sécurité publique interdisant les réunions publiques. Il se demande comment les candidats à l’élection pourront mener leurs activités. Pour lui, l'argument covid-19 n’est plus acceptable. «…alors que le Président de la République et le Mouvement patriotique du Salut (MPS ) effectuent régulièrement des activités et des tournées politiques dans le pays ».

Le Tchad est signataire des instruments juridiques internationaux et a l'obligation de les respecter, relève le communiqué.  Les autorités tchadiennes doivent appliquer les lois garantissant aux Tchadiens leurs libertés d'opinion d’expression, de manifestations et des réunions en vigueur au pays affirme le vice-président de l'ATPDH.

Moyalbaye Nadjasna

La liste des candidats à l'élection présidentielle au Tchad prévue pour le, 11 avril prochain, à été publiée, le 03 mars dernier. Sur les 17 dossiers de candidature déposés, seulement 10 ont été retenus. Cependant, au rang des candidats retenus, quelques-uns se retirent. Ialtchad s'est intéressée aux partants et non partants pour comprendre leurs raisons. Reportage

Selon le candidat de l'Union nationale pour le Renouveau et la Démocratie (UNDR), M. Saleh Kebzabo, les motivations du retrait de leur candidature sont nombreuses. Il déclare avoir envoyé une lettre de retrait  à la cour suprême avant la publication de la liste. D’après lui, la cour suprême a retenu sa candidature soit pour leur faire perdre les 10 millions de caution soit le dénigrer.  «La cour suprême est tenue de respecter le chronogramme qui s’impose à tous. Selon la CENI, la date de publication de la liste des candidats est fixée pour le 09 mars. Ce que la cour suprême vient de faire n’est pas loin d’un parjure, sinon une forfaiture», indique le candidat de l'UNDR. De son avis, c’est un désordre politique créé.

Pour le président de l'UNDR leur retrait fonde beaucoup de raisons. En réalité, dit-il, les militants du Bureau politique national (BPN) ou Bureau exécutif savent depuis un an que la participation de l’UNDR allait être hypothétique. Kebzabo affirme que le régime MPS à tout ficelé  a son avantage. L'organisation donnant lieu à la 4ème République, la création de 50 départements et 23 régions, la modification du code électoral, l’élévation de Deby au rang du Maréchal sont entre autres les motivations de notre retrait.  « On s’insurge contre toutes ces causes», note-t-il. D'après lui, la date arrêtée pour les campagnes c’est le 11 mars. «Nous avons Il y a une dizaine de jours, publié un mémorandum en douze points afin de discuter avec la CENI et le gouvernement pour qu’on se mette d’accord sur les termes d’une élection transparente. Ils n’ont pas répondu à nos doléances», informe le présent de l’UNDR.

«Candidature avec un schéma de retrait à un moment précis »

Saleh Kebzabo souligne qu’il y a eu tentative d’assassinat d’un candidat à l’élection à la personne de Yaya Dillo, le dimanche dernier. C’est la 1ere fois, déclare-t-il, en 25 ans d’élections, qu’on assiste à une telle barbarie. A partir de ce fait-là, nous irons à quelle élection s’interroge-t-il ? Selon lui, l'UNDR n’a jamais fait d’accompagnement. Depuis 2016 poursuit-il, il n’y a pas d’améliorations et la situation politique s’empire. «J’ai déposé ma candidature avec un schéma de retrait de la course à un moment précis. Mais les gens ont précipité notre décision de retrait que nous ne regrettons pas notre retrait d’une fausse élection, une mascarade électorale qui va amener des résultats catastrophiques », martèle-t-il. Sur le plan politique, l’avenir de notre pays est de plus en plus hypothétique et notre démocratie est en danger, a-t-il signifié. «Je ne suis pas candidat de l’alliance mais de l’UNDR. J’ai représenté l’UNDR dans toutes les échéances et n’ont une alliance. L’accident de l’alliance qui s’est produit, la page est tournée. Nous avons été victime d’un complot mais les militants de l’UNDR ont très tôt compris et ont décidé que l’UNDR se retire donc c’est terminer», conclut-il.

Se retirer de la course c'est aller très vite au besoin

Romadoumngar Nialbé Félix est candidat du parti Union pour le Renouveau et la Démocratie (URD). Lui contrairement à Saleh Kebzabo, estime pour sa part que, le retrait d'une candidature respecte la procédure à laquelle on a été investi. « J'ai été investi  par un congrès extraordinaire qui a regroupé les militants de l’union pour le Renouveau et la Démocratie (URD) des 23 provinces du pays. Donc s'il fallait que je me retire  il va falloir que le congrès le décide», dit-il. Selon lui, Il s'est produit le 28 février, un problème judiciaire mal géré.

C'est tragique, les tchadiens en ont encore perdus leurs vie, regrette-t-il. C'est déplorable note-t-il que cela se passe au domicile d'un candidat qui, malheureusement n'a pas été retenu. «Mais il y a eu des événements plus grave que ça au Tchad qui n'ont pas empêché l'organisation des élections. L'arrivée de la rébellion en 2006 au cœur de N'Djamena en est une illustration», argumente, Nialbé Félix. Pour lui, dit-il, se retirer de la course suite à un problème judiciaire très mal géré, c'est aller très vite au besoin. «Ceux qui sont investis  par le bureau exécutif c'est facile de se retirer mais mon cas, il n'y a pas de raison pour me retirer», a terminé le candidat partant de L’URD.

La France demande qu’une enquête publique soit ouverte sur l’incident qui s’est produit au domicile de Yaya Dillo afin de situer les responsabilités. La RFI suggère qu’il y ait une couverture médiatique équitable des candidats. L’ONU pour sa part appelle au dialogue pour une meilleure organisation des élections libres et transparentes au Tchad.

Moyalbaye Nadjasna

L’incident qui s’est produit au domicile de l’opposant et candidat à la présidentielle d’avril 2021 Yaya Dillo fait l’objet de toutes les supputations. L’opposant accuse le pouvoir de vouloir l’éliminer. Le gouvernement l’accuse de rébellion armée en ville. Reportage

La première réaction du gouvernement venait du ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement Cherif Mahamat Zene. Sur les ondes de la RFI le 28 février, le ministre parle d’une interpellation qui a mal tourné. D’après lui, les éléments de la police, venus pour interpeller Yaya Dillo Djerou Betchi, ont essuyé des tirs venant de l’intérieur de son domicile. « Les forces de l’ordre ont agi en légitime défense », dit-il. Il donne un bilan de 2 morts sans préciser leurs identités. L’opposant Yaya Dillo, lui, parle de 5 membres de sa famille tués, dont sa mère.

La deuxième réaction est celle du procureur de la République près du tribunal de grande instance de N’Djamena, la capitale tchadienne, M. Youssouf Tom. Dans sa déclaration faite le lundi 1er mars, il affirme que M. Yaya Dillo fait l’objet d’une procédure correctionnelle orientée en citation directe depuis octobre 2020. « Ce dernier n’avait pas daigné comparaître », précise le procureur. Il affirme que le concerné se trouvait dans une zone difficile d’accès. Il a fallu attendre son retour à N’Djamena. Le samedi 27 février, les forces de sécurité sont allées exécuter le mandat d’amener, « n’ayant pas atteint leur objectif, le dimanche 28 février, les officiers de la police judiciaire chargés d’exécuter les mandats ont renforcé leur sécurité pour se rendre au domicile de Yaya Dillo. Ce dernier a opposé une résistance et il y a eu des échanges de tirs qui ont causé quelques morts, des blessés et des dégâts matériels, » déplore le procureur. Une enquête judiciaire est ouverte pour meurtre, coups et blessures volontaires et complicité de meurtre et de coups et blessures volontaires contre tous les auteurs, coauteurs et complices de ces infractions, informe le procureur.

La troisième et la dernière version est celle du patron de la diplomatie, M. Abba Siddick. Détails à l’appui, le ministre des Affaires étrangères a voulu convaincre les diplomates. Il a qualifié l’événement de rébellion en pleine capitale. « Les autorités judiciaires sont confrontées à une rébellion de M. Yaya Dillo qui a refusé d’obtempérer aux injonctions de la police venue lui présenter, le 27 février un mandat d’amener » dit-il.

Ensuite, il est revenu sur les faits reprochés à l’opposant. « Yaya Dillo est visé par deux plaintes déposées contre lui, pour refus de restituer trois véhicules de service après avoir quitté ses fonctions de représentant de la CEMAC, et de diffamation et insulte à l’égard de l’épouse du Chef de l’État », dit le patron de la diplomatie tchadienne aux ambassadeurs présents. Puis il est revenu en détail sur le déroulement de l’opération qui a mal tourné. 

Selon l’ambassadeur, Abba Sid Dick, au premier jour de son interpellation, Yaya Dillo, entouré de 5 hommes armés de fusil d’assaut, s’est montré hostile et menaçant. Face à ce comportement, les officiers de la Police judiciaire ont quitté son domicile. Après leur rapport à la hiérarchie, les autorités judiciaires ont instruit la Police de faire cesser cette rébellion de fait dans la capitale. C’est ainsi que le 28 février, les forces de l’ordre se sont présentées à nouveau à son domicile avec des moyens conséquents. À leur arrivée, dit le ministre, Yaya Dillo a directement ouvert le feu, blessant 3 agents des forces de l’ordre, tout en se protégeant derrière les membres civils de sa famille. Un tir de l’intérieur, précise le gouvernement, visant les forces de l’ordre a mortellement atteint la mère de Yaya Dillo. Une enquête établira les faits, promet le ministre. Le chef de la diplomatie tchadienne dit également que 3 agents des forces de l’ordre ont été blessés et 2 autres sont tués lors de l’opération.

Pour le ministre, il n’y a pas de doute. L’objectif visé par Yaya Dillo, candidat à la présidentielle, est de saboter la tenue de cette élection. « En réalité, l’objectif de Yaya Dillo n’est pas de se présenter à l’élection présidentielle, mais d’empêcher sa tenue », accuse Abba Siddick. Enfin, il rassure que le gouvernement tchadien ne laissera pas perdurer cette situation insurrectionnelle menée par un récidiviste qui refuse d’obéir aux lois. Il défie les forces de l’ordre et cherche, vis-à-vis de la communauté et la presse nationales et internationales à légitimer sa situation en se présentant faussement comme une victime. Et à provoquer des troubles graves.

Qui croire ? En attendant l’enquête ouverte pour situer les responsabilités, N’Djamena reste toujours coupé du monde. Pas d’internet, pas de SMS. Sauf les appels qui passent difficilement.

Djilel-tong Djimrangué
Allahadjim Christian  

Tôt dans la matinée du 1er mars, le domicile de l’opposant et candidat à la présidentielle d’avril 2021 M. Yaya Dillo a été le théâtre d’un incident qui a causé la mort 5 personnes. Reconstitution des faits. 

Ce matin du samedi 27 février des policiers selon le gouvernement, la garde prétorienne selon l’opposant ont fait irruption au domicile de l’opposant et candidat à la présidentielle 2021 Yaya Dillo Djerou Betchi. Sur sa page Facebook, Dillo alerte le public, « j’ai entendu des tirs devant ma porte à 3 heures du matin. À 6h des policiers entrent dans mon domicile et me demandent de les suivre. J’ai refusé, car il s’agit d’une intimidation suivie d’une violation de domicile. » Il n’a pas précisé l’objet de cette interpellation. Un peu plus tard dans la soirée, il est intervenu dans un direct Facebook pour éclaircir les motifs de cette tentative d’interpellation.

Il s’agit de l’action intentée par la première dame Hinda Deby Itno pour diffamation et injure.

Lendemain 28 février. 5 heures 14 minutes. Yaya Dillo alerte encore sur Facebook que « sa demeure est encerclée par l’armée et la police » puis « un blindé de l’armée a défoncé mon portail » et enfin « ils viennent de tuer ma mère et plusieurs de mes parents. » Selon l’opposant, 5 personnes sont mortes dans cet incident. La nouvelle s’est répandue très vite sur la toile.

9h 00. Les réseaux téléphoniques et Internet sont coupés. La capitale tchadienne, N’Djamena, est coupée du monde.

Quelques heures avant. Yaya Dillo parle sur les ondes de Radio France Internationale (RFI). Le candidat à la présidentielle accuse le pouvoir de vouloir l’assassiner. « Plusieurs éléments de l’armée appartenant au corps d’élite de la présidence ont tenté de pénétrer chez moi vers 5 heures du matin en défonçant le portail tout en tirant à balle réelle », fait-il savoir. « Ils veulent me tuer », affirme Yaya Dillo.  Pour lui, le pouvoir cherche à l’empêcher de dénoncer les systèmes qu’il a mis sur place pour truquer les élections présidentielles. Faux, rétorque le gouvernement qui parle d’une rébellion et un défi à l’autorité à l’État.

À N’Djamena, la situation est confuse après la coupure des réseaux téléphoniques et d’internet. Aucune information ne filtre. Le quartier Karkandjié dans le 5e arrondissement où réside l’opposant est quadrillé par les éléments de la Direction générale de la Sécurité et de la Surveillance Institutions de l’État (DGSSIE) et la Police. Plus tard dans la journée, la rue N’Djamenoise parle d’une médiation communautaire menée par des sages afin d’éviter un bain de sang. Jusqu’à là aucune intervention des autorités à part celle du ministre de la Communication porte-parole du gouvernement M. Chérif Mahamat Zène soutenant que M. Dillo refusait de se rendre à une convocation du Procureur de la République.

Lundi 1er mars. 16h. Le ministre des Affaires étrangères M. Amine Abba Sidick convoque un point de presse.  Il affirme, « malheureusement M. Yaya Dillo a refusé de se rendre ».

Dans la soirée, le lourd dispositif sécuritaire dans le quartier où résidait l’opposant est allégé. Plusieurs sources affirmaient que Yaya Dillo s’est exfiltré. Comment ? Mystère.  « Yaya Dillo s’est probablement échappé profitant de l’évacuation des civils. À l’heure actuelle, il n’est plus localisé et a déclaré sur les réseaux sociaux s’être caché ailleurs », dit le ministre Abba Sidick aux ambassadeurs.

Avant le ministre Abba Siddick, le procureur de la République a tenu presque les mêmes propos.

Djilel-tong Djimrangué

Le musée national est, ces derniers jours, régulièrement visité par des élèves. Ce jour du mois de février, un groupe d’élèves de plusieurs établissements privés de la capitale, N’Djamena ont visité le prestigieux pavillon qui retrace l’histoire du Tchad. Reportage.

L’ambiance ce matin dans les pavillons du musée national était bon enfant. Les élèves des écoles privées, collégiens et primaires déambulent, les yeux écarquillés de curiosité, dans les couloirs et pavillons du musée. Ils sont à la découverte de leur patrimoine national. Les encadreurs et les guides ne les quittent pas d’un pouce. Et arrivent par toutes sortes d’astuces à captiver leurs esprits. À les amener à se concentrer sur l’objectif de leur visite.

Amdam Ahmed Béchir est instituteur et enseigne l’histoire au Complexe scolaire Dar Al Salem de Diguel. Selon lui, leur établissement a organisé cette visite pour rapprocher la théorie enseignée aux élèves à la pratique. « C’est un petit groupe qui est ici. Nous leur avions conseillé de suivre avec sérieux ce qu’ils voient et entendent afin de les rapporter auprès de leurs camarades », dit Amdam. Il rajoute que cette visite permet de faire découvrir aux élèves, le vécu de leurs ancêtres et émousser leur appartenance au pays.

Mbodou Brahim Adoum, technicien arabophone du musée est le guide du groupe mené par Amdam Ahmed Béchir. Dans le pavillon paléontologie, où se trouve le crâne de Toumaï, il explique aux élèves, « Toumaï signifie espoir de vie en Gourane, une des langues tchadiennes. Il a été découvert en 2001 par un Tchadien au nord du Tchad dans le Djourab du Tibesti. L’équipe était conduite par le Professeur Michel Brunet de l’Université de Poitier en France ». Selon lui, c’est important que les élèves comprennent que le plus ancien des crânes découverts est tchadien. Et que l’ancêtre de l’humanité est Tchadien, note-t-il.

Les élèves pour témoigner de leur intérêt ont commencé par répéter à haute voix. « Nous avons vu Abel qui date de 3 millions et demi d’années, Tchadanthropus de 1 million et demi d’années, et Toumaï 7 millions d’années. Toumaï a été découvert en 2001 par le Tchadien Aounta Oudalbaye. Le crâne est ramené au pays en 2005 », crient-ils à tue-tête. Satisfaction se lit sur les visages. « Je remercie notre encadreur Amdam qui nous a conduits ce matin au musée national. Nous avons vu beaucoup des choses. Je suis très émerveillée », affirme Hawa Djibrine Mahamat, élève au Lycée-collège Dar Al Salem.

Mbodou Brahim Adoum encourage les élèves à sensibiliser leurs camarades d’emboîter leurs pas. « C’est important que les établissements scolaires publics et privés fassent découvrir l’histoire du Tchad à travers les objets d’art ».

Dans une circulaire conjointe de l’année dernière, les ministères du Développement touristique, de la Culture et de l’Artisanat et celui de l’Éducation nationale et de la Promotion civique ont commencé une campagne d’information sur la valorisation du patrimoine national. Cette note circulaire vise les élèves de la classe de 6e et 3e.

Moyalbaye Nadjasna

Une femme enceinte est vulnérable. Elle est exposée à plusieurs risques liés à son état. Un suivi sanitaire de la mère et du fœtus est indispensable. Selon les spécialistes une consultation prénatale est recommandée. Reportage.

Souvenir Pauline est Sage-femme et RCS du Centre de santé de 3 zones : Ardep-djoumal, Kabalaye et Sabangali (AKS). La cinquantaine, taille moyenne, elle est presque la doyenne des sages-femmes. Selon elle, le sujet est indispensable parce que la vie humaine en dépend. Elle signifie que, la consultation prénatale (CPN) est un processus de préparation d’une femme enceinte pour un accouchement probablement saint. La CPN dit-elle, s’étale sur quatre temps. « Le premier temps commence à partir de 4 mois quand on voit l’enfant bouger. La femme peut déjà prendre la fansidar, on lui fait un bilan de santé. Et elle se soumet à l’échographie pour voir l’évolution de l’enfant. Le deuxième temps, la femme est soumise au Vaccin anti Tétanique 2 (VAT2) puis revient 1 mois après. À 6 et 8 mois, elle revient voir son médecin. Enfin, au dernier trimestre si elle ressent des malaises elle doit revenir, même en dehors des rendez-vous », explique-t-elle.

Pour la sage-femme, la CPN est importante. Elle permet de débusquer certaines maladies chez les femmes enceintes. « Le premier, rendez-vous, c’est la CPN1, on lui fait le bilan surplace au centre de la santé », dit Mme Souvenir Pauline. D’après elle, toute femme qui veut que son bébé soit en bonne santé le fait. Lors du bilan de santé, plusieurs tests de dépistage sont effectués. Entre autres : VIH/Sida, hépatite, paludisme, tension artérielle et la glycémie pour le diabète. Pour le VIH/Sida, si le test se révèle positif, la femme enceinte est systématiquement soumise au traitement aux anti rétroviraux (ARV), déclare la Responsable du Centre de Santé.  « Cela permet de diminuer le taux de charge du virus et préserver ainsi la vie de l’enfant. A l’accouchent, les nouveau-nés sont testés négatifs. On appelle cela la prévention de la transmission de la mère à l’enfant (PTME) ».

Pour l’hépatite B, déclare-t-elle, si le résultat se révèle positif, les nouveau-nés sont vaccinés à la naissance. Cette méthode évite la contamination de l’enfant par l’allaitement. Mme souvenir note également que le groupage sanguin est aussi effectué. Pour Mme Souvenir Pauline, si le groupe sanguin de la femme est très tôt connu, elle peut échapper aux fâcheuses conséquences psychologiques de l’enfant mort-né, les enfants qui meurent à la naissance. Pour le cas de forte tension, la femme risque une crise d’éclampsie pendant l’accouchement. Pour la glycémie, dit-elle, la femme diabétique accouche d’un gros nourrisson.

 Examens pas tous gratuits

Au centre de la santé, deux femmes sont assises. Elles attendent d’être consultées. Le centre est très calme contrairement à d’habitude. « Nous respectons les rendez-vous que les sages-femmes nous donnent » déclarent-ellesUne troisième femme assise derrière un pilier en béton du bâtiment. Elle affirme être venue sans rendez-vous pour consulter les sages-femmes pour des conduites à tenir. Elle a un malaise et fait du vertige.

Le Centre tourne à pleine capacité, mais les difficultés ne manquent pas. Certaines femmes dit-elle, respectent la CPN mais d’autres non. « Certaines femmes sont démunies. Et les examens ne sont pas gratuits à part le dépistage de VIH/Sida. Par exemple, elles ne font pas le bilan santé. Elles ne reviennent pas parce qu’elles ne peuvent pas payer les frais. D’autres ne le font pas par négligence. Des examens gratuits à la CPN, cela pourrait aider les femmes »

 « Entre temps, Expertise France nous appuyait en nous livrant des vaccins contre les hépatites. Donc le dépistage et le vaccin sont gratuits pour les femmes. Maintenant, on n’a plus un partenaire qui nous appuie », plaide Souvenir Pauline. Elle demande à l’État et ses partenaires de rendre les examens de la CPN gratuits ou de les subventionner afin d’aider les femmes. « L’accouchement est gratuit, mais si cela nécessite des produits, la femme doit acheter les médicaments. On ne se comprend pas avec les femmes. Lorsqu’elles accouchent, elle croit que tout est gratuit. Or c’est l’acte d’accouchement qui est gratuit, les produits ne sont pas gratuits ».

Ce sont les produits les produits antipaludiques et les ARV qui sont gratuits.  Il n'y a pas longtemps, l’État remettait des moustiquaires aux femmes, maintenant il n’y a rien. « En fait, une femme enceinte lorsqu’elle attrape le paludisme elle risque de tomber dans l’anémie qui provoquera l’avortement, ou un accouchement prématuré », dit-elle.

En attendant que l’État agisse, Mme Pauline demande aux hommes de prendre en charge les frais d’examens médicaux de leur épouse.  « Je souhaite aussi que les époux accompagnent leurs épouses pour voir les réalités ».

Moyalbaye Nadjasna

Créée en 2019 par Gamaigué Watouing Léonard, l’école pour les enfants des éleveurs nomades a deux niveaux. Ialtchad Presse vous amène à la découverte cette école spéciale, dirigée par un homme à part dans la petite forêt de Walia. Reportage. 

Elle n’a rien à envier à école moderne avec des salles de classe en béton, des tables-bancs, un terrain de sport, etc. C’est à l’ombrage d’un nimiers, un tableau adossé contre le tronc, une forêt d’arbres au milieu d’un campement d’éleveurs nomades à la sortie sud de N’Djamena, la capitale.  Il est 8h. Sur le tableau il est écrit mercredi 3 février, M. Gamaigué Watouing Léonard, l’instituteur et fondateur est présent malgré le froid. Étudiant en Master 2 en Sciences de l’éducation, il est bien là fourré dans son manteau. Il est sur place depuis 8 heures. Les cours commencent à 8h30mn pour finir à 11h00mn du lundi au vendredi. Une table et une chaise lui font office de bureau. Un tableau est installé juste à sa droite. En face de lui, une soixantaine d’élèves du Cours préparatoire niveau 1 (CP1). Deux tapis, offerts par une ONG nationale, servent de tables-bancs. Assis pêle-mêle dans un brouhaha interminable, ardoises et cahiers de 32 pages en mains, les élèves du CP1 ont répondu présents à la séance du jour. Tant bien que mal, le maître Gamaigué Watouing Léonard tente de rendre moins bruyante la classe. Mésié, mésié, mésié, (mauvaise prononciation de monsieur) fusent de partout. Mais l’instituteur reste imperturbable.

La leçon du jour porte sur les chiffres de 0 à 10. Léonard les reproduit au tableau. Après plusieurs exercices de répétition vient le tour des écoliers de passer au tableau. « Qui va passer au tableau ? », demande Léonard. « Moi, moi, moi », répondent à la fois les élèves. Si certains attendent que le maître les désigne, d’autres se donnent volontiers. Puis arrive le moment de recopier sur les ardoises ou les cahiers. Un exercice délicat. Et enfin, le maître note.  

Répondre à un besoin

Le fondateur de cette école spéciale pour les enfants d’éleveurs nomades explique que la création de cette école de fortune est partie d’une constatation. « Un matin je partais à Toukra. J’ai vu les enfants des nomades en train de jouer sous les arbres. Ils étaient nombreux », dit-il. Et rajoute « C’était vers 8h du matin. Cela m’a touché. Je me suis demandé pourquoi tous ces enfants traînent à la maison. Leur place est à l’école. Et l’idée de créer cette école à germer dans ma tête », lâche-t-il. Gamaigué Watouing Léonard a rencontré les parents des enfants, « je leur ai expliqué mon idée. Ils ont accepté sans condition. J’ai démarré ».

Le jeune instituteur s’est engagé, « j’avais un peu d’argent entre temps. J’avais acheté un morceau de plafond et de « lambour ». J’ai fabriqué un tableau. Et l’aventure a commencé et dure encore depuis 2 ans ». Les élèves issues de la première promotion sont maintenant au CP2. « Après évaluation, ceux qui ont un niveau de compréhension acceptable sont admis au niveau suivant », explique le fondateur. Malheureusement, cette école n’est pas encore reconnue par l’administration tchadienne. Donc aucun document n’est délivré aux apprenants. « L’essentiel est que ces enfants puissent apprendre à lire, écrire et compter en Français. Le droit à l’éducation est fondamental », dit l’instituteur avec fougue.

Les difficultés sont énormes de cette école à commencer par le cadre et les autres conditions d’études. M. Gamaigué Watouing Léonard ne compte pas abandonner « si nous avons tenu près de 2 ans, ce n’est pas demain qu’on va abandonner ». Bien que chômeur, Léonard dit accomplir cette tâche par passion et non par ce qu’il est en chômage. Il dit être fier de son œuvre bien que n’ayant ni un salaire ni un quelconque avantage « ma récompense est la reconnaissance des parents d’élèves et des élèves. Cela suffit à mon bonheur ».

Christian Allahadjim

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