mercredi 20 octobre 2021

Reportage

Reportage (377)

114 milliards FCFA pour les TIC

Le Projet de Modernisation des Infrastructures et des Communications électroniques est lancé officiellement le mardi, 07 juillet dernier. Reportage.

La grande place qui abritera le futur Centre National de données a été prise d'assaut ce mardi 7 juillet par plusieurs membres du gouvernement, par les responsables administratifs et par les partenaires techniques financiers du Tchad. Tous ont été témoins de la pose de la première pierre pour la construction du futur centre, qui sera une référence en matière des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) selon les autorités. Cette pose de première pierre marque également le lancement officiel du Projet de modernisation des infrastructures et des communications électroniques. Cette initiative vise la participation massive de la population au secteur des TIC, pour le développement socio-économique du Tchad.

Selon le ministre des Postes, des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication, Idriss Saleh Bachar, le Tchad est engagé dans la voie du développement économique et social. Cet engagement nécessite une forte contribution de tous les secteurs de l'économie nationale. En premier, ceux qui œuvrent dans le secteur des TIC). Le coût global de ce projet est estimé à 114 milliards de francs CFA, financé par fonds extérieurs. « C’est, de loin, le plus grand projet entrepris par notre pays dans le domaine des infrastructures des Technologies de l’Information et de la Communication », dit le ministre Idriss Saleh Bachar. Cette initiative s’inscrit dans la logique de diversification des leviers de croissance dont l’ultime but est de bâtir une économie nationale forte et résiliente.

 « Il n’est plus illusoire de dire aujourd’hui que notre pays entre de plain-pied dans l’ère de l’économie numérique avec toutes les performances et raccourcis bénéfiques qu’elle offre pour le développement », dit le ministre de l’Économie et de la Planification du développement, Issa Doubragne.

Ce projet vise à fournir les meilleures infrastructures techniques de base pour la mise en place d’une administration efficace et efficiente en vue de combler le déficit de connectivité selon le ministre d’État, ministre secrétaire général de la présidence, Kalzeubé Payimi Deubet, en lançant officiellement les travaux.

Enfin, le Projet de modernisation des infrastructures de communications électroniques au Tchad comporte 3 composantes. Il vise entre autres à : implémenter 200 antennes-relais GSM sur l’ensemble du territoire national ; déployer un réseau à fibre optique sur près de 2000 km ; construire un grand centre pour la sécurisation des données.  L’aboutissement de ce projet est de mettre les TIC au service du développement du pays.

Maurice Ngonn Lokar

La fête de Tabaski est arrivée. Et les prix des moutons ont grimpé faisant grincer les dents aux consommateurs. Entre difficile écoulement des marchandises et profit, Ialtchad Presse vous amène au cœur d’un marché de bétail à N’Djamena.

Jeudi 30 juillet. La veille de la fête de « Tabaski ». Il est 13h 30 mn. Le marché de bétail de N’djari tout au long de l’avenue en face du ministère de la Santé publique grouille de monde. Entre vacarmes des moteurs et bêlement des moutons, vendeurs, acheteurs et démarcheurs discutent bruyamment malgré les odeurs désagréables des lieux. Chacun cherche à tirer à l’avantage de son porte-monnaie les échanges.

« 50 000F pour ce mouton, c’est vraiment trop cher », se plaint Mahamat Ali, un acheteur venu du quartier N’gueli dans le 9e arrondissement de la ville de N’Djamena. Mais son interlocuteur, Mahamat Issa, vendeur, ne se fatigue pas de le convaincre d’acheter ce mouton à ce prix. « Tu vois il a de l’embonpoint. Je te fais un bon marché. » Selon lui, les prix de vente qu’ils fixent dépendent du prix d’achat et des taxes qu’ils payent. « Nous achetons les moutons dans les campements à 25 000, 30 000F. Pour chaque tête de mouton, nous payons 250F de taxe aux communes », explique M. Issa. Il en a amené 20 têtes, mais il n’a pu écouler que la moitié. « Les gens viennent nombreux, mais peu achètent », affirme-t-il. Après moult discussions, Ali a fini par acheter le mouton au prix de 45 000F.

Si les vendeurs cherchent à se faire des bénéfices, démarcheurs et « clandomen » (conducteurs des mototaxis) ne sont pas du reste. Hassan Abbo est démarcheur. Il propose ses services aux vendeurs et acheteurs. « Si j’arrive à faire liquider un mouton, le vendeur me donne entre 500 et 1000F. Si un acheteur sollicite aussi mon service, il me donne quelques choses après l’achat fait », indique-t-il. D’après lui, cette année, le bétail est en nombre, mais des acheteurs se font rares à cause de la crise. « Le plus bas prix est 30 000 F CFA et le haut est à 75 000 Franc Cfa. Et avec la pandémie de Coronavirus, beaucoup d’activités sont aux arrêts. Ce qui fait que beaucoup de personnes n’ont pas d’argent », dit Abbo.

Si les affaires sont bonnes pour les démarcheurs, les « clandomen » ne trouvent pas vraiment trop leurs comptes. « Depuis le matin (il fait déjà 13heures), je n’ai eu que trois clients », s’agace un jeune « clandoman » rencontré sur les lieux. Pour cause, « les gens viennent avec leurs véhicules et motos », témoigne-t-il. Fort heureusement pour lui, Mahamat Ali est venu solliciter son service pour déposer son mouton. Pour le trajet Ndjari-Ngueli, le prix du transport est conclu sur 1 500F. Somme que notre bonhomme empoche avec sourire.

Les échanges entre clients, vendeurs et démarcheurs continuent dans une ambiance joyeuse. C’est la course contre la montre dans un ballet incessant sur fond de bêlements de moutons. Certains emportent leurs achats à l’arrière de leurs camionnettes, d’autres les remorquent sur leurs motos. Chose étonnante, les moutons une fois embarqués sur la camionnette ou sur la moto restent d’un calme olympien.

Pour rappel, le Tchad est le premier pays en Afrique avec plus de 900 millions de têtes de bétail, selon un rapport publié en 2019 par le Fonds des Nations-Unies pour l’Agriculture (FAO).

Christian Allahdjim

Depuis le 19 mars, le Tchad vit au rythme de la pandémie Covid-19. Dans une série de reportages, nos journalistes se sont rendus sur le terrain pour raconter les réalités vécues. Reportage.    

Il est 9h. Nous sommes à l’entrée d’un grand bâtiment à deux niveaux, pavé de carreaux de couleur grise et turquoise. C’est l’immeuble qui abrite l’Autorité de Régulation des Communications Electroniques et des Postes (ARCEP). Nous sommes accueillit par un agent de l’ARCEP devant le portail. Les vigiles vérifient si nous avons rendez-vous. C’est fait. Nous sommes conduits dans le bureau de Mme Paméla Badjé, Coordinatrice du Centre d’appel ou le call Center 1313.

Toute souriante, madame Paméla s’excuse pour son retard.  Aussitôt elle nous demande le but de notre visite et au nom de quel média ? Nous lui signifions que l’objet de notre visite est de s’en querir du mode de fonctionnement et des activités du Centre d’appel 1313. Et nous précisons notre média, le journal en ligne Ialtchad Presse.

D’un air rassuré, elle donne un petit aperçu sur le mode de fonctionnement des activités du Centre. Pour la coordinatrice, « le centre a pour mission d’informer, d’expliquer, de sensibiliser et éduquer la population tchadienne sur la Covid-19. Cette maladie existe réellement. Continuons à appliquer les gestes barrières. Le centre d’appel relaie également les informations données par la population à l’équipe d’investigation ». Ce Centre d’appel est géré par Wenaklabs, une organisation à but non lucratif, qui œuvre dans le numérique.

Une fois les réticences dissipées, la coordonnatrice nous conduit dans la salle des téléconseillers situé au dernier niveau de l’immeuble de l’ARSEP. C’est le cœur du Centre. Ça grouille de partout dans une ambiance bruyante due aux appels du public. Les téléconseillers sont assis dans leurs compartiments. Ils répondent aux appels. La salle est remplie d’appareils informatiques de dernières générations. Dr Mossel Bétoubam, chargée de la communication en Santé Publique et médecin de l’équipe du jour explique, « chaque équipe est constitué 16 personnes divisée en 4 petits groupes de 4 personnes. Leur travail c’est d’être en communication directe avec la population, afin de recenser le nombre des cas suspects, des décès et de remonter l’information à l’équipe d’investigation. C’est également ces téléconseillers qui enregistrent le nombre des appels entrants au quotidien. Par exemple, ils enregistrent de 4500 à 5000 appels par jours ».

Au loin, Assani Kaoutsar Fatimé, téléconseillère est assise, les yeux rivés sur son écran, ses kits oreillettes bien posées, elle répond aux appels du public. Elle se plaint des appels inappropriés, « parfois nous recevons des appels des personnes mal intentionnées qui nous insultent ou remettent le téléphone aux enfants pour qu’ils nous injurient, certaines personnes appellent pour des futilités. Par exemple demander le numéro du Président de la République. Entre temps des cas sérieux n’arrivent pas à nous joindre. Il faut que le public prenne conscience de la gravité du Coronavirus et nous facilite la tâche ».

Le Centre d’appel est au cœur de la lutte contre la Covid-19. Sa mise en place a permis de limiter l’augmentation des nombres de personnes contaminés.

Il est 11h. Nous sortons du Centre d’appel. Nous traversons la même cour pavée. Cette fois-ci la chaleur qui s’y dégage est aussi terrifiante que la Covid-19.

Depuis le 19 mars, le Tchad vit au rythme de la pandémie Covid-19. Dans une série de reportages, nos journalistes se sont rendus sur le terrain pour raconter les réalités vécues. Reportage.

Mardi 31 mars. 12h 00. Quartier Farcha Zaraf, situé à l’ouest de la Commune N° 1 de la ville de N’Djamena. Au loin, un bâtiment blanc-cassé se dresse, c’est l’hôpital provincial dédié à la prise en charge des malades du Covid-19.

À l’entrée, devant le grand portail un groupe de quelques personnes discutent. À côté d’eux, un agent de sécurité grand, gringalet, casquette vissée sur la tête monte la garde. Il nous interpelle en Arabe locale « Tou do rou chounou ? Que voulez-vous ? »

« Nous sommes journalistes. C’est pour un reportage », répond ma collègue. D’accord, dit-il. Et rajoute, « attendez quelques minutes » d’un air sérieux dans sa tenue de vigile. Il se prend pour un militaire, mais sans fusil. Quelques minutes plus tard un vrai militaire de la force multinationale mixte se présente et nous demande une seconde fois, pour certainement confirmer l’information en possession, l’objet de notre visite. Après lui avoir reformulé la même réponse, il nous oriente vers le bâtiment où est écrit : consultations externes. Une interrogation nous traverse l’esprit « sont-ils en train de confondre l’objet de la visite ? Nous conduisent-ils pour faire le test Covid-19 ? ». Vite, cette interrogation se dissipe.

Dans la cour de l’hôpital, le corps soignant et les agents de sécurité déambulent. Une ambiance de quiétude plane comme pour narguer le dangereux et désormais célèbre coronavirus. La simple évocation de son nom suscite des débats où on entend toute sorte d’opinions allant des « thèses complotistes » à l’invulnérabilité des Africains, surtout des Sahéliens grâce au climat chaud et aride.

Dans le bâtiment, un médecin lunette fixée au visage, blouse blanche, laissant traîner négligemment son stéthoscope sur le coup nous attend. Après les salutations d’usage, il nous renvoie aussitôt, pour se débarrasser de nous, vers un autre bâtiment de l’administration pour, dit-il, avoir l’accord du directeur pour le reportage.

Dans les couloirs du bâtiment administratif, l’administrateur gestionnaire de l’établissement, lui aussi habillé en blouse blanche nous accueille sourire au visage. Un sourire qui nous laisse croire qu’enfin, le reportage va démarrer et que nous sommes entre bonnes mains. Il nous conduit dans son bureau. Et dit d’un ton sec « le directeur de l’hôpital est en réunion ». Pis, il réclame un ordre de mission. Surpris nous tentons de lui faire comprendre que le reportage est d’intérêt public et la pandémie est une affaire de santé publique. Bref, qu’il a tout intérêt à laisser le reportage se dérouler. L’administrateur recule le siège de son bureau, prend et grand souffle. Et répond « ces derniers temps la désinformation sur les réseaux sociaux a amené les autorités à prendre des mesures strictes. Pas de reportage sans ordre de mission », dit-il fermement. Nous tentons de le convaincre que le reportage, si accepté, permettra aussi de contrecarrer la désinformation sur le Net. Notre vis-à-vis n’est pas convaincu par nos arguments. Nous prenons congé de lui.

À la sortie, nous prenons quelques photos du bâtiment et de la grande porte de l’entrée. Le temps de dire au revoir aux vigiles, le vigile réagit violemment et tente de confisquer ou de supprimer les photos. Nous résistons, ils lâchent prise.

Sur la route du retour, derrière les pétarades de notre motocyclette, une ambiance paisible se dégage de l’hôpital. En ville, un léger climat angoissant flotte sous un soleil de plomb. N’Djamena, la capitale bruisse de rumeurs, d’histoires entendues dans la rue ou lues dans les réseaux sociaux. La ville vit au ralenti comme tétanisé par les « ont dits » sur le coronavirus.

 Lundi 4 mai, un mois plus tard. Le ministre de la Santé publique, Mahamoud Youssouf Khaya, est interpelé par les élus sur la capacité d’accueil de cet hôpital. « Je ne savais pas  qu’il n’y avait pas de la place à l’hôpital de Farcha », répond-t-il. Pour le ministre, l’hôpital dispose de plus de 84 lits libres pour accueillir des personnes infectées.

Un médecin réquisitionné pour travailler dans cet hôpital informe la rédaction, sous sceau de l’anonymat, que le laboratoire pour les analyses ne fonctionne pas. Il soutient que l’hôpital de Farcha a eu plusieurs difficultés « mais les responsables veulent faire croire que tout va bien. Il suffit seulement de relever les insuffisances et les réparer mais les gens préfèrent faire les choses à leur manière. Normalement un hôpital n'est pas un lieu où on cache des choses », déplore le médecin. Selon lui les différentes aides en matériels reçu par le Tchad donne de l’espoir.

L’espoir, c’est ce qui a permis à Mathias Debin de s’en sortir. Il faisait partie des patients de cet hôpital de Farcha. Guéri, il témoigne « le traitement dont nous bénéficions, c’est essentiellement de la Chloroquine, composée de Azimax et de la vitamine C. Les médecins viennent régulièrement faire le suivi de la dose prescrite. Nous prenons ces médicaments 3 fois par jour, chaque 8 heures de temps, sur une période de 10 jours ». Après ce délai, un test de confirmation est fait pour vérifier l’état de santé du patient. Selon Mathias, la prise de ces médicaments n’est pas sans risque. Il y a des patients qui vomissent régulièrement lors du traitement. « D’autres par contre ont bien fini leurs traitements. Je ne sais pas si ça varie d’une personne à une autre », ajoute-t-il.

Le guéri de la Covid-19 apprécie la bravoure du personnel soignant à l’hôpital provincial de Farcha. « Globalement, j’ai beaucoup apprécié leur courage. Le corps soignant était vraiment inlassable. Les agents venaient constamment nous encourager et nous suivre. Mais s’il y a une condition que j’ai vraiment déplorée étant là-bas c’est surtout l’aspect alimentaire. On ne mangeait pas tellement à notre faim, contrairement à ce que les gens pensent » dit-il.

Orthom L’Or
Rosalie Zihoulbé

Est-ce un laboratoire d’idées ? Est-ce un incubateur numérique ? Est-ce les deux à la fois ? Un fait demeure, Wenaklabs fait rayonner le numérique et le Tchad. Reportage.

C’est dans un bâtiment anodin, sans véritable signe distinctif, situé sur l’avenue la plus passante que Wenaklabs a choisi de s’installer. Pour la petite histoire, c’est l’une des vieilles avenues de la capitale tchadienne. Une des plus connues. La plus populaire. Elle est à la fois une avenue commerçante et d’habitation. Elle a marqué des générations des Tchadiens, à tel point qu’ils rechignent à l’appeler par son nouveau nom : avenue Maldom Bada Abbass, un compagnon du président Idriss Deby Itno. Les Tchadiens appellent toujours cette incontournable avenue, « Chari Nimery » comme pour marquer leur désaccord.

Il est 16h. La chaleur semble calmer les ardeurs des motocyclistes et des automobilistes. Quelques piétons traversent nonchalamment l’avenue. Nous traversons le portail du bâtiment. En face au fond un agent de sécurité est assis derrière une table. Il fait un peu obscur. Il nous fait signer le registre. Nous nous exécutons. Il nous indique les escaliers qui mènent au compartiment de Wenaklab.

Salim Azim Assani, co-fondateur et Directeur des opérations nous attend. Jovial, taille courte, physique de lutteur, il nous fait le tour de la propriété tout en nous présentant son organisation, « Wenacklabs est créé en avril 2014 par moi et Abdelsam Safi, qui est le Directeur exécutif. C’est une organisation à but non lucratif ». C’est dans le but de donner une nouvelle image du Tchad à l’international à travers le numérique qu’est née l’idée Wenaklabs. Un nom original, composé de 2 mots. Le premier mot « wenak » signifie en arabe local « où es-tu ? ». Le deuxième mot « labs » est le diminutif de laboratoires. C’est un espace convivial à cheval entre la maison et un lieu de travail. C’est un laboratoire d’idées. Une des idées majeures de Wenaklabs a été concrétisé par la réalisation du « Mois du numérique ». Une initiative reprise par plus de 50 pays au monde à travers l’Institut Français. La pandémie du Coronavirus a ralenti un peu les activités de l’organisation. L’espace est pour l’instant fermé au public, mais ouvert en ligne.

Le numérique tatoué au cœur

Wenaklabs accompagne beaucoup d’acteurs y compris l’Etat tchadien. Depuis l’arrivée de la pandémie du coronavirus, l’organisation est en partenariat avec le Ministère des Postes, des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication à travers l’Autorité de Régulation des Communications Électroniques et des Postes (ARCEP). C’est dans le cadre de ce partenariat que la gestion du Centre d’appel 1313 de lutte contre la pandémie a été confiée à Wenaklabs. De plus, une application, création de Wenaklabs, informe sur l’évolution de la pandémie au pays. Mieux, il y a la conception du CO-Robot, un robot distributeur de gel hydro alcoolique pour éviter de toucher le dispositif de la main. En 2016, Wenaklabs a formé 900 jeunes pour la compagnie Tigo. Et une cinquantaine de jeunes en cartographie numérique pour le compte de l’INSEED (Institut National de la Statistique, des Études Économiques et Démographiques).   

Wenaklabs est-il à son aise ? Pas toujours selon ses fondateurs, « les difficultés on en rencontre. On vit au jour le jour, mais nous sommes souvent sollicités pour nos compétences pour effectuer certaines missions pour nos partenaires. Cela reste dans le cadre du partenariat. D’un point de vue légal, nous sommes une organisation à but non lucratif donc nous ne pouvons pas soumissionner pour les avis d’appel d’offres. C’est une grosse contrainte ».

Labo du numérique

« Le Lab Innovation, est un laboratoire de fabrication. Il est aussi un endroit  qui accompagne les porteurs de projets, les enseignants-chercheurs pour les aider à concrétiser leurs projets », dit Fadoul Hissein Abba, le responsable de Lab Innovation. Dans l’espace de travail partagé, Christian Béssita un jeune innovateur travaille sur un projet de respirateur explique, « le respirateur est fabriqué à base de matériaux recyclés. Nous travaillons sur ce projet depuis 3 semaines. Présentement nous sommes en phase de test. Notre but est de fabriquer un respirateur qui sera accessible à tous ».

Il est 17h passé. La lumière du jour commence à faiblir signe que couvre-feu se rapproche. Il est temps de laisser ces jeunes furies ou geeks technos dans leur bulle. Ils sont les vrais chercheurs d’aujourd’hui, pour les solutions de demain. Nous prenons congé d’eux. Dehors au croisement de l’avenue Nimery et Zezerti la circulation est dense. Les N’Djaménois sont pressés certains sur leurs motocyclettes, d’autres à pied, à vélo ou encore au volant de leurs voitures, masque Covid-19 au visage. Ils forcent le passage sous le regard des policiers qui régulent la circulation dans une mêlée indescriptible au son des engins. Chacun cherche son chemin pour arriver à bon port avant l’heure fatidique du couvre-feu.

Gamy Ngardiguina
Christine Tapra

La désertification du Sahel à la fin du 20e siècle et au début du 21e siècle est provoquée par la combinaison de deux principaux phénomènes : D'une part, une poussée démographique (+3% par an au début du 21ème siècle) qui fragilise les sols par :

- la surexploitation des terres afin de nourrir la population. La jachère traditionnelle a ainsi été abandonnée dans les années 1960.

- la surexploitation du bois, que les ruminants empêchent de repousser.

D'autre part, les sols sont exposés à l'érosion provoquée par le vent et par l'écoulement de l'eau de pluies rares (entre juin à septembre) mais de plus en plus violentes en raison du changement climatique. La terre ainsi érodée, devenue stérile, forme des plaques désertiques, les "zipelés", de plus en plus vastes et qui finissent par se rejoindre.

Néanmoins, le gouvernement du Tchad a interdit l’usage du charbon de bois afin de lutter contre l’abattage des arbres et la désertification. Cette décision du gouvernement tchadien est une mesure essentielle pour lutter contre la désertification. Du point de vue social et environnemental cette décision est responsable. La proportion de pauvres dans les populations est notablement plus élevée dans les zones sèches surtout parmi les populations rurales. Cette situation s'accroît encore en fonction de la dégradation des terres en raison de la diminution de la productivité, de la précarité des conditions de vie et de la difficulté d'accès aux ressources.

Cependant, le gouvernement du Tchad a pris des décisions politiques et même des actions sur plusieurs fronts :

-  la semaine de l’arbre : en saison des pluies pendant toute une semaine (ou plusieurs jours) les Tchadiens dans le pays plantent en groupe ou individuellement des jeunes plantes pour lutter contre l’avancé du désert.

- l’adhésion et la ratification des accords et contre relative à la protection de l’environnement, notamment la convention de lutte contre la désertification (ratifié en Août 1996) et la convention sur la diversité biologique (07 juin 1994)

- la participation du Tchad aux différents programmes du comité permanent Inter-Etats de lutte contre la désertification dans le Sahel.

- la mise en place de la convention de lutte contre la désertification d’un programme d’action national et des programmes d’actions locaux et régionaux et d’un fond national de lutte contre la désertification etc.

Tandis que, Selon l'ONU, la désertification est « le plus grand défi environnemental de notre époque ». La désertification constitue un problème d'environnement et un problème de développement. Elle affecte l'environnement local et le mode de vie des populations, mais ses effets ont des retentissements plus globaux : biodiversité, changements climatiques, ressources en eau. Etroitement liée à l'activité humaine, la dégradation des terres constitue à la fois une conséquence du mal-développement et une entrave majeure au développement durable des zones sèches

Par contre, ce combustible est la seule source d’énergie domestique pour 99% des ménages Tchadiens.

Tandis que, un des premiers spécialistes Américains des politiques publiques, Thomas R. Dye définissait celles-ci comme tout ce que les gouvernements choisissent de faire ou de ne pas faire. Le gouvernement Tchadien devrait d’abords sensibiliser la population surtout les ménages vulnérables de l’importance pour la société de cette nouvelle loi afin d'éviter des manifestations de protestations populaires. Voici les questions que plusieurs analystes se posent : est ce que le gaz est un substitut parfait du charbon de bois dans le cas du Tchad ? Quelle source d’énergie substituable et accessible aujourd'hui aux ménages Tchadiens a faible revenus ? Au Tchad, entre ménages a revenus élevés et ménages a revenus faibles le comportement ne diffèrent pas de manière significative entre les différents niveaux économiques des ménages, ce qui illustre le niveau de pauvreté de la population et le faible niveau des infrastructures du pays.

Toute fois, est-ce que le gaz et un substitut parfait ? La théorie économique néoclassique nous dit non. Selon la théorie, l’effet de substituabilité s’applique à des biens relativement proches, dont l’utilisation ou la consommation est relativement équivalente du point de vue du consommateur. On entend par substitution, ce qui peut remplacer quelque chose en jouant le même rôle. Dans le cas du Tchad le gaz ne constitue pas un substitut parfait du point de vue économique. Cette situation risque fort de créer un marché noir sans précédent. Le gouvernement Tchadien a mit sur pied récemment des mesures d'accompagnement en subventionnant l'utilisation des bouteilles de gaz de 3 et 6 kg à hauteur de 50% afin de venir en aide aux milliers des ménages vulnerables. Même à cela, les petits revenus n'en ont pas les moyens. Cette mesure doit tenir compte des ménages en bas de l’échelle pour qu’elle soit efficace. Quand l’offre n’est plus capable de satisfaire la demande du marché, il s’en suit une pénurie du bien en question. Et donc, le prix du gaz va encore augmenter d’avantage. De plus, les décideurs ont de fortes réticences à investir dans les zones arides à faible potentiel. Ce défaut d'investissement contribue à la marginalisation de ces zones. Quand les conditions agro-climatiques défavorables sont combinées à l'absence d'infrastructures et d'accès au marché, à une population mal nourrie et peu éduquée, à des techniques de production inadaptées, la plupart de ces zones restent en dehors du développement. La pauvreté engendre la dégradation des terres. La désertification est à son tour un facteur d'aggravation de la pauvreté.

Néanmoins, Vincent Lemieux disait: les politiques publiques ne se réalisent que par la rencontre de trois courants, celui des problèmes; celui des solutions et celui des choix politiques et que selon la seconde, ce sont des relations de pouvoir entre les participants qui permettent ou non la rencontre des trois courants, et donc le succès ou l'échec d'une politique publique. Qu’en pensez – vous ?

Lona Ouaïdou, Ramadan

Les taxi-moto appelés communément  clando par les tchadiens sont devenus le moyen  de transport urbain par excellence à Ndjamena, un moyen de transport de proximité. Ils sont visibles partout dans les carrefours et autres endroits tels que les bars et les marchés.

Les taxi-voitures ont désormais depuis quelques années des concurrents. Ce sont les taxi-moto qui son de plus en plus nombreux. Les habitués les reconnaissent plus facilement. Contrairement aux autres villes du pays à savoir Moundou, Sarh, Abéché, Pala et Bongor, le secteur de taxi-moto à N’djamena n’est pas réglementé et les activités liées à cela  restent interdites. Ben-skin au Cameroun, Zémidjan au Benin, les taxi-moto sont appelés clando au Tchad.

A Moundou par exemple, ce moyen de transport urbain s’est imposé et a obligé la mairie à le réglementer. Les pilotes portent de gilets d’identification, les pièces de leurs motos et les leurs sont strictement contrôlées.

À N’Djamena, l’avènement des taxi-moto est accueilli avec soulagement par la population. Le clando est perçu comme le moyen de transport de proximité. « Le clando te laisse devant ta porte ou t’amène partout  où tu veux, même à l’intérieur des quartiers là où c’est inaccessible aux  taxi-voitures » nous disent certains clients en majorité des femmes. Ces femmes nous confient même qu’elles prennent le clando pour  se rendre au bureau. La colère de certains chauffeurs de taxi-voiture est parfois perceptible. Ils n’hésitent pas à percuter en pleine circulation les pilotes de taxi-moto. Avec les autres usagers de la route ce n’est pas non plus le parfait amour.

Les taxi-moto font l’objet de plusieurs accusations. Ils sont source de cas d’accidents de la voie publique et d’insécurité disent les uns et les autres. Dans une note circulaire datée du 18 mars 2010 signée de l’ancien ministre de l’intérieur et de la sécurité publique Ahmat Mahamat Bachir, la circulation des taxi-moto a été interdite  sur  l’ensemble du territoire national. Motif : perturbation de la circulation (particulièrement à N’djamena), assassinat, vol etc. Puis quelques jours plutard, la mesure est levée dans les autres villes du pays mais reste en vigueur à N’djamena.

Coup d’épais dans l’eau ! Cette mesure n’a rien changé. Les taxi-moto circulent, puisque contrairement aux autres villes, le secteur n’est pas réglementé et  donc impossible de faire la différence entre les motos des usagers  ordinaires et les taxi-moto. Le port de gilet d’identification est  inexistant. Le nombre de ces moyens de transport augmente au quotidien. On les voit partout à travers la ville au grand bonheur de nombreux  usagers, cités plus haut qui pensent que les clando  sont plus rapides même s’ils se plaignent quelques fois du prix.

Taxi-moto : gagne-pain

Les activités des taxi-moto sont devenues depuis peu des activités  génératrices de revenus donc classable comme activités économiques. Une journée remplie peut rapporter jusqu’à 25.000 F CFA par jour selon les pratiquants.  Le secteur absorbe de nombreux sans emplois et des laisser pour  compte. Abdallah, la trentaine, marié et père de quatre enfants, est clandoman. Nous l’avons rencontré dans un carrefour au quartier dembé où il exerce, il nous confie que cette activité lui permet de nourrir sa petite famille. « Je fais honnêtement mon travail et amène mes clients en toute sécurité aux endroits désirés et à des prix raisonnables » précise-il. Répondant à la question sur la mesure d’interdiction toujours en vigueur à  ’Ndjamena, Abdallah conseille  plutôt au ministère  de tutelle la réglementation du secteur, car poursuit-il, on ne peut pas interdire les activités des taxi-moto  parce que la plupart de moto-taximen sont des gens désœuvrés qui  ne cherchent juste à se prendre en charge. Comme lui, beaucoup des jeunes qui sont dans cette activité plaident pour une réglementation du secteur. Cela évitera selon eux beaucoup de dérives.  Richard Madjitoloum  est  un client que nous avons rencontré au moment où il s’apprêtait à prendre le clando pour faire des courses. Il nous lance cette phrase avec grise mine pendant  la conversation avec Abdallah «  il n’ya au Tchad que les taxi-voitures ne demandent jamais la destination du client. Ailleurs les clients indiquent leurs destinations avant de monter à bord. Au Tchad, on vous prend par exemple à dembé et on vous laisse à ambassatna au marché  central etc. »  De plus en plus tendu, Richard s’exprime sur un ton dur «  laissez-nous prendre tranquillement nos clandos ».  Le ministère de tutelle doit donc penser à faire œuvre utile en autorisant la circulation des taxi-motos tout en appliquant de stricts contrôles pour éviter de diverses  dérives et autres accidents de la voie publique.

Sécurité  et service public

Mais une chose est vraie, c’est que les clandos sont à travers leurs pilotes des dangers publics, malgré le service qu’ils peuvent rendre à la population. Leurs allures en circulation sont dignes de films d’action. Ils faufilent entre les automobiles en toute vitesse sans se soucier de la vie de leurs clients ni du tort qu’ils peuvent causer aux automobilistes. Le non respect des codes de la route et le manque d’égard vis-à-vis d’autres usagers restent à déplorer chez les pilotes des taxi-motos.

Tout de même, il faut reconnaitre que les taxi-motos à N’djamena rendent un énorme service à la population. Ils desservent les quartiers périphériques, qui sont le plus souvent inaccessibles au moyen de taxi-voitures. Comme dans les autres villes du pays ou des villes des pays africains que sont Douala, Yaoundé et N’gaoundéré (au Cameroun) ou encore Cotonou au Benin, Bangkok en Thaïlande, le secteur des taxi-moto nécessite désormais d’être canalisé par de règlements. Par exemple, l’obligation de la régularisation (pièces des motos, permis de conduire, port de casques et de gilets d’identification, respect de code de la route etc.)

Et puis une chose et non de moindre, la construction des routes doit prendre en compte les véhicules à deux roues (comme par exemple le cas de la ville de Ouagadougou au Burkina-Faso où les routes construites ont des parcelles réservées aux automobilistes et motocyclistes séparées). Cela éviterait des nombreux cas d’accidents. Les contrôles de routine doivent être assurés pour dissuader les brebis galeuses qui se glisseraient dans le secteur.  Tous ceux qui voudront ou exercent ce métier doivent donc se mettre en règle vis-à-vis de l’administration publique.

Dingamnaïel Kaldé Lwanga

Sur l’axe Abéché-Biltine, à une cinquantaine de Kilomètres de la capitale du Ouaddaï, se trouve un endroit plus que vénéré. Il s’agit du Rocher plat dénommé « Salatoul-Rassoul». Dès l’abord l’on se rend compte que l’endroit est protégé par une haie de branchages d’épineux (acacias), à l’ombre Sud-Est d’un jeune acacia verdoyant. La haie est envahie par des herbes folles. Le rocher, plat et pas trop grand, n’est pas seul. D’autres minéraux de même espèce sont mitoyens. La particularité du Rocher «Salatoul-Rassoul» est qu’elle porte, incrustées sur sa paroi, des empreintes qui subjuguent : deux fossettes parallèles (traces de genoux ?) et une fossette isolée (front ?) ainsi que des empreintes démesurément longues de cinq doigts (mains ?) de part et d’autre de la fossette isolée. Le tout donne les traces d’un orant ayant accompli une prière mahométane  suivant  la qibla.

En bien observant les empreintes des mains, elles sont de loin trop grandes, comparées à une main humaine. Elles ressemblent plutôt aux empreintes d’un grand échassier ou d’un dinosaure. Ce qui intrigue le plus, c’est la possibilité de pouvoir laisser de telles traces sur une matière aussi dure qu’est la roche ! Comment est-ce possible ? Depuis quand ? Qui fut alors ce prophète qui pria en cet endroit et sur ce rocher ? Que des questions sans réponses.

«Salatoul-Rassoul», un endroit de vénération !

Quoiqu’on dise, le lieu attire bien des gens qui viennent déposer des offrandes de toute nature. Des hommes et des femmes en désespoir viennent s’y recueillir et prier. Les uns cherchent la guérison d’une maladie ou la fortune, d’autres, souvent des femmes stériles ou célibataires, s’adressent des vœux de fertilité et d’un mariage attendu qui ne vient pas.

 Selon les on-dit, un trio de femmes avait, dans une époque récente, exprimé trois vœux lors d’une descente à cet endroit mystique : la premier demanda la richesse, la seconde exprima le souhait d’avoir une postérité (enfants) et la troisième, un mariage avec un Sultan. Toutes les trois femmes auraient vu leurs vœux se réaliser dans une certaine période.

«Salatoul-Rassoul» est un endroit bien insolite. Son mystère reste entier. Cependant de nombreux tchadiens ignorent son existence alors qu’il se situe à une cinquantaine de mètres de la route Abéché-Biltine intensément empruntée par les voyageurs.

Des adolescents âniers, gardiens du temple !

Lorsque nous visitâmes ce mystérieux endroit le 27 Août 2009, aucune âme n’habitait dans les parages. Seuls quelques enfants perchés sur des ânes nous observaient de loin. Juste après avoir quitté le rocher « Salatoul-Rassoul », nous vîmes les galopins à dos d’ânes se ruer  vers le lieu, croyant y trouver  des offrandes laissées par notre passage. Nous y fûmes pour notre curiosité et  non pour une vénération. Nos jeunes âniers seraient bien déçus de se retrouver bredouilles.

Un trésor touristique ignoré !

Ce lieu mystérieux reste un endroit mal gardé. Une restauration de l’endroit s’impose ainsi que sa mise en valeur pour attirer des pèlerins et des touristes. Les collines et les ravins environnants constituent de beaux paysages pour des trekkings.

Dr Djiddi Ali Sougoudi, Médecin

 

La petite place de festivité d’Oumchalouba était encore déserte mais il y flottait déjà quelques banderoles et drapeaux. Il était d’ailleurs tôt encore. C’était le 1er décembre 2008, journée de la Liberté et de la Démocratie. Je venais d’arriver, la veille, en provenance de Fada, dans une vétuste ambulance du district sanitaire de l’Ennedi-Ouest. Mission : aller à la rencontre des tchadiens en détresse.
Le gouverneur de l’Ennedi, Ahmat Dari Bazine, m’a demandé d’aller à la rencontre des tchadiens expulsés de la Libye. C’étaient des émigrés tchadiens partis en quête d’un eldorado chez le voisin du Nord. Des tchadiens en infortune dont le parcours était jalonné des morts sans sépultures ni rituels, parmi lesquels une épidémie mal définie semait la mort et la peur.

 De l’eldorado à l’enfer

 Ils étaient 362 tchadiens entassés dans deux gros-porteurs communément appelés « 26-24 ». Arrêtés et emprisonnés depuis les terres libyennes, puis expulsés, ces compatriotes avait vu leur périple commencé à Maten-el-Serra. Fouettés par le vent, rudoyés par les conditions du voyage, affaiblis et traumatisés, ces fils de toumaï flirtaient avec la mort. La quête d’un eldorado se transforma vite en un enfer : le convoi enterra son premier mort à Ounianga et le second à Bir-Nassara (ou Yigué-Eskyi ou Puits-Neuf) dans les dunes mugissantes au Sud-Est de Faya-Largeau.

 Des hommes en agonie autour d’un cadavre

 Je quittai Oumchalouba vers 7 heure, accompagné de deux infirmiers, d’un brancardier et deux agents de polices. Les expulsés se trouvaient à 23 km d’Oumchalouba, sur l’axe Oumchalouba-Faya, dans l’enneri de Yiandinga, un oued serpentant dans une immense zone d’erg parsemée de butte de rochers bleuâtres, aux silhouettes de pachydermes. Une voiture de la police tchadienne qui avait escorté le convoi depuis le sol libyen avait pris le soin d’accoster les gros-porteurs en cet endroit pour éviter une dissémination d’une éventuelle maladie au sein de la population locale. Une sorte de mise en quarantaine. Les policiers m’avaient appris que les voyageurs souffraient d’éruptions cutanés, de fièvres et de faim.
Arrivé sur le lieu, je découvris un spectacle insoutenable : des hommes éparpillés çà et là sous des épineux aux ombres radines. Les uns étaient enveloppés dans des couvertures, d’autres recroquevillés sur eux-mêmes, les visages fouettés par un vent poussiéreux, les bouches aux langues saburrales et chargées et aux dents truffées de poussière et de paille. La peau sur les os, corps crasseux et les têtes envahies de tignasses rebelles, ils avaient tous l’allure d’un fauve malade. Regards lointains, attitudes figées, ils étaient sans morale et sans conviction.

Un mort sans sépulture et des vivants sans visages

52 personnes sur 362 étaient sérieusement malades dont 7 hommes étaient dans un coma. Il n’y avait aucune femme parmi les expulsés. Ils étaient pour la plupart originaires du Ouaddaï, de Biltine, d’Arada mais surtout d’Ati et d’Oum-hadjer. Ils avaient entre 17 et 45 ans et étaient tous partis pour la Libye dans l’espoir d’être riches.
La varicelle compliquée des conditions de voyage, de nutrition et de déshydratation constituait la principale cause de leur morbidité. Certains semblaient présenter des symptômes de rougeole (éruptions cutanées, catarrhe occulo-nasale, bronchites…).
Un corps sans vie, inerte, celui de Albeïne Hiréké, se trouvait coucher sous une des voitures, emmitouflé dans une couverture grise. La mort l’avait surpris dans une attitude de sommeil, le bras droit sous la tête, la gauche en flexion du coude et du poignet dont la face externe se reposait sur le sol. Un chapelet était enroulé en double tour sur ce bras qui portait aussi une montre métallique. Il était né en 1974 à Oum-hadjer. Sa mère s’appelait Kaltam Djarad et il était, de profession, éleveur. Il portait de boutons vésiculeux sur la face et son corps était en rigidité cadavérique. Sa mort datait probablement du milieu de la nuit ou de la veille. En tenant compte des lésions élémentaires cutanées, Hiréké serait mort suite à une varicelle ainsi qu’à la suite des conditions du voyage. Selon un des voyageurs, il sortait d’une prison de Bengazi. Ses compagnons ne l’avaient pas enterré faute d’eau. Dans une de ses poches, il n’avait que 30 dinars libyens et ses cartes d’identités tchadiennes (l’ancienne et la nouvelle). Un patrimoine que j’avais remis en main propre au Commandant de brigade d’Oumchalouba. À 14h j’avais ordonné d’enterrer le corps pour éviter une contamination des vivants.
Les autres malades avaient bénéficié des perfusions (Ringer, sérum salé, sérum glucosé) ainsi que d’antibiothérapie (injectables ou orales) selon les cas et les indications. Beaucoup d’entre eux présentaient des symptômes d’atteindre pulmonaires (toux, râles etc.).
J’avais passé toute la journée avec eux, surveillant les malades les plus graves, contrôlant leurs perfusions. Une citerne d’eau leur avait été livrée avec le concours du maire de la ville d’Oumchalouba.
Le soir je regagnai la bourgade d’Oumchalouba et câblai le Gouverneur de l’Ennedi par un thuraya. Altruiste et hautement humanitaire, la haute autorité régionale me laissa accéder à ma demande, celle d’apporter une alimentation carnée à ces tchadiens venus d’une terre où la viande demeurait une denrée rare. Le manque de viande, donc le défaut de protéines, n’était-elle pas une malnutrition, donc une maladie ?
Le lendemain je rejoignis mes patients, accompagnés des autorités (maire de la ville) mais aussi avec une quinzaine de caprins qui furent distribués aux sinistrés.
Un peu dégourdis et délassés, les expulsés m’accueillirent en bon samaritain. Je me précipitai pour réexaminer les comateux mais tous se tenaient sur leurs séants. Ce qui m’avait nourri d’une évanescente satisfaction personnelle. J’ai cru un moment que j’avais sauvé des vies, des vies tchadiennes !

Je découvris aussi que les chauffeurs des gros-porteurs étaient des libyens et ils parlaient un arabe étrange ou peut-être du berbère. Le plus vieux montrait des signes d’impatience teintée d’arrogance. Il prétendait avoir fini sa mission de déposer les indésirables tchadiens sur leur terroir et qu’il pouvait rebrousser chemin.

Les autorités tonnèrent à leur tour et ordonnèrent aux agités chauffeurs de convoyer les expulsés sur Arada. Ce qui fut entrepris le soir du 2 décembre 2008.

Docteur Djiddi Ali Sougoudi

A propos du gagnant
Moussa Yayami Hamid est un diplômé en science politique, en informatique et en Infographie de l’Université de Montréal au Canada. Installé depuis 1998 dans la province du Québec au Canada, il est rentré au Tchad il y a à peine une année à la faveur de l’invitation lancé en octobre 2008 par le Président de la République Idriss Deby Itno lors de sa visite au Canada en marge du sommet de la francophonie. Le Chef de l’Etat Tchadien avait alors invité les diplômés universitaires de la diaspora tchadienne au Canada à rentrer servir le Tchad.
Entreprenant, ce jeune est aujourd’hui le Président, Chef de la Direction de la société IALTCHAD MEDIA & TRADE. C’est un réseau d’Information et de Promotion qui comprend quatre Site Web et un mensuel papier de 32 pages en couleur IALTCHAD MAGAZINE dont il est le Directeur de publication. Le Magazine Ialtchad est la première revue au Tchad à intégrer le nouveau concept triple nord-américain à savoir : Information Générale, Commercial de promotion et People. Aussi, Moussa Yayami Hamid Kodi est le fondateur du Groupe Ialtchad Presse.

Moussa Yayami Hamid Kodi est aussi spécialisé en Publication Assistée par Ordinateur, Nouvelles Technologies de l’Information, et Administration web. Il donne aussi des cours en Infographie, et Internet & création web.

Le logo du cinquantenaire
La carte du Tchad en grandeur nature sur un fond blanc. Cette carte qui porte fièrement les 50 ans d’indépendance est merveilleusement illuminée par le soleil. Voici les signes distinctifs du cinquantenaire de l’accession du Tchad à la souveraineté internationale. Ce logo subtilement conçu a impressionné les membres du jury. La source d’inspiration de l’auteur est bien simple. Il s’agit de l’histoire du pays « je me suis inspiré du Tchad actuel. Il y a une paix retrouvée depuis quelques années grâce à son excellence le Président Idriss Deby Itno. Et cette paix on a vraiment besoin de la gravé quelque part, j’ai trouvé qu’il serait subtile de l’immortaliser dans un logo officiel. »

Le gagnant a une solide expérience dans son métier d’infographe professionnel. Une expérience qui a sans doute pesé dans la balance lors de ce concours de la conception du logo du cinquantenaire de l’indépendance du Tchad. Moussa Yayami a participé et son travail a remporté le prix. Moussa confit une fois de plus que sa fibre patriotique a vibré : « je suis honoré par le choix porté sur mon œuvre pour devenir le logo officiel du cinquantenaire de notre indépendance. Ému encore de servir mon pays le Tchad une fois de plus, car je rappelle, pour ceux qui ne le savent pas encore, que j’ai offert il y a dix ans le premier portail web professionnel à mon pays et encore depuis le 15 mai 2010, je produis Ialtchad Magazine, qui est en fait le premier commercial de promotion et people du Tchad. C’est un magazine papier dédié à la promotion de la culture et des fils du Tchad. Aussi, j’aimerais bien partager cette reconnaissance avec tous ceux ou celles qui croient en ce pays. »

Dans la conception de son œuvre, Hamid Moussa Yayami a bien mit en relief le bilinguisme, les inscriptions sont en Français et en Arabe. L’auteur du chef-d’œuvre est naturellement bien fier de sa création. En guise de récompense pour l’excellent travail abattu le lauréat du concours de meilleur logo du cinquantenaire de l’indépendance du Tchad, a reçu un chèque d’un million de nos francs. Les trois meilleurs logos sur les vingt retenus par le jury du concours du logo sont l’œuvre du même artiste, et les trois prix sont revenus à Ialtchad Media & Trade, institution que dirige l’artiste Hamid Moussa Yayami. Les deux autres prix sont remis pour des raisons protocolaires à ses étudiants. Du coup, Hamid Moussa Yayami entre dans la cours des grands ou plutôt dans l’histoire.

David Madjigoto et Syntyche Mantar (Télé-Tchad)

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