dimanche 26 septembre 2021

Reportage

Reportage (340)

Installés temporairement sur le lycée de Walia, des sinistrés des inondations sont exposés à des intempéries de tout genre. Reportage.

Le lycée de Walia ressemble à un séchoir en ce début de matinée du mardi 15 septembre. Habits, draps, couchages sont étalés pêle-mêle sur la clôture, la terrasse et les tables-bancs. C’est la conséquence de la grosse pluie du lundi 14 septembre qui s’est abattue sur la ville de N’Djamena.

Dans le bâtiment du Lycée des centaines de victimes des inondations sont logées. Ils viennent de différents quartiers de la ville. Ils ont été hébergés là. Pas le minimum de confort.

Manassé vient du quartier N’gueli. Sa famille et lui habitent dans une salle de classe. Pour lui, les conditions de vie sont difficiles. « Regardez ! Nous sommes 50 à loger dans cette salle », dit-il, dépité. Manassé et sa famille sont contraints de cohabiter avec d’autres familles dans cette pièce. Heureusement dit-il, « nous sommes logés par quartier. Et le hasard a fait qu’il se retrouve dans la même salle que mes voisins de Ngueli ». Cela aide à éviter les problèmes de cohabitation. Ce qui le préoccupe est leur vulnérabilité face aux intempéries de tout genre.

Les conditions d’accueil ne sont pas du tout aisées. Dans ce lycée qui les abrite, la plupart des salles sont sans fenêtres ni portes. La cour, herbeuse et de fois inondée, constitue est un nid de moustiques. L’insalubrité est à son comble. Tous ces éléments rendent vulnérables les victimes.

La dernière grosse pluie du 14 septembre ne les a épargnés. « La pluie était accompagnée du vent. Et comme il n’y a pas de porte ni fenêtre, l’eau a pénétré dans les salles », explique Manassé. Le lendemain c’est journée « séchage général », au lycée de Walia.

Aussi, les sinistrés sont exposés aux moustiques et aux maladies. « Nous avons trois de nos co-chambriers qui sont tombés malades hier. Ils sont évacués par leurs familles en ville pour des soins », dit Manassé. Ce qu’il déplore, c’est le manque d’une unité de prise en charge au sein de leur site. « Normalement l’État doit déployer des agents de santé ici pour s’occuper de nous. Mais rien », regrette-t-il.

L’autre problème sur ce site est l’assistance alimentaire. Selon ces victimes, des aides ont été distribuées, mais pas suffisantes. « J’ai reçu 3 «coros» de riz depuis notre installation. Mais pour avoir ça, c’était de la guerre », dit un père de famille.

Un sexagénaire intervient et tranche, « quand on fuit la guerre, on ne peut pas demander à être logé confortablement. »

Enfin, Manassé et ses compagnons souhaitent que le site de Toukra aménagé pour les héberger soit rapidement opérationnel pour qu’il puisse s’installer. « Si nous nous installons sur ce site, nous pouvons aller travailler en ville pour avoir de quoi arrondir nos quotidiens », estime Manassé.

Christian Allahdjim

Il n’est pas aisé de voyager ces derniers temps vers le sud du Tchad. En cause, la dégradation avancée de la route nationale. Elle tourmente les voyageurs. Reportage.

« C’est quand l’enfant voyage qu’il se rend compte que voyager est bien fatigant et rempli d’obstacles », dit une maxime Gor, peuple de la région de Kouh Est. Ceux qui ont l’habitude de voyager sur l’axe N’Djaména-Kélo comprendront tout le sens de cette parabole. Ce trajet, long de 415Km, est un cauchemar sinon un véritable calvaire pour les voyageurs. Rien qu’à penser à l’état de la route peut déjà décourager tout voyageur.

Ce jeudi 10 septembre 2020, le troisième bus d’une des grandes agences de voyages s’apprête à quitter la capitale en direction de Sarh, une ville située à 284Km de N’Djamena. À l’intérieur, hommes, femmes et enfants, cache-nez à la bouche, sont embarqués. Pandémie du Covid-19 oblige. C’est la seule mesure de prévention respectée par les agences de voyages. La distanciation sociale n’est qu’un lointain souvenir.

À 7h 18mn, le départ pour ce long et pénible voyage est donné. Sur les sièges arrière, Rebecca et son grand-frère prennent place. Un siège vide sépare les deux dames ayant chacune un gosse. Causeries, rires, coups de fil donnent une ambiance bon enfant dans le bus. L’allure au départ de N’Djamena jusqu’à La Loumia, localité située à 60 km de la capitale, malgré les dos d’âne et des nids-de-poule qui faisaient ralentir de temps à autre le bus, laissait croire que le trajet sera vite parcouru. Ce sont ceux qui empruntent cet axe pour leur première fois qui pensent ainsi. Les avertis savent à quoi la suite ressemble. Ils prédisent souvent l’heure approximative à laquelle le bus arrive à destination. Rebecca et son grand-frère n’ont pas le temps de profiter longtemps du confort qu’offre le bus. Déjà, à la sortie de la commune de La Loumia, des secousses violentes se font sentir. Nids-de-poule, creux, les bus et véhicules sont obligés de serpenter en slalomant à vive allure. Il faut avoir l’estomac solide. Rien que pour 150 km, il a fallu 4heures de route pour que Rebecca et les autres voyageurs arrivent à Guelendeng. Trajet qui, auparavant, se faisait en moins de deux heures.   

L’axe Guelendeng-Bongor est distant de 75Km. Une autre paire de manches. Sur presque 20 km, la route de sortie de la ville de Guelendeng est agréable à carrosser. Elle fait vite oublier le calvaire du tronçon N’Djaména-Guelendeng. Le chauffeur étale toute sa performance, les passagers commencent à prendre leurs aises, mais très vite, les secousses et les slaloms reprennent de plus belle.

À 20 km de la ville de Bongor, c’est la zone de sautillement. « Je veux vomir », lance la voisine de Rebecca qui ne supporte pas ces petits sauts en continu. « Il me faut trouver un autre siège un peu devant », dit-elle. Arrivée à Bongor, Rebecca craque, « je suis déjà fatiguée. J’espère que la suite sera moins zigzagante ».  Son grand-frère, un habitué de ce trajet, l’observe en souriant. Une petite pause dans cette ville a permis aux voyageurs épuisés, de descendre se dégourdir les jambes, de se rafraichir et de s’alimenter comme pour alourdir leurs estomacs torturés par les secousses et les slalomes.

Le bus reprend son parcours entre de Bongor vers Kélo, long de 190Km. Il faut 4heures de route. C’est le tronçon de l’impossible. L’état de la route est inquiétant. Presque tout le parcours est jalonné des creux remplis d’eau des pluies, la boue, l’asphalte (goudron) dégradé tapissent la route comme des morceaux de galettes posés avec attention… Pour éviter d’amortir leurs bus, les chauffeurs roulent presque au ralentie. « C’est fatiguant. Lorsque tu fais un aller-retour sur cet axe, l’agence donne une journée de repos », dit le chauffeur, agrippé à son volant.

Dans le bus, les voyageurs ont le regard vide, hagard. Ils ont hâte d’arriver à Kélo. Ils jettent péniblement leurs regards pour voir la plaque qui annonce cette ville soulage. Parce que la ville de Kélo indique la fin du calvaire routier. Il est presque 18heures, Rebecca et ses compagnons voient apparaître la plaque Kélo. C’est la fin du calvaire. « Enfin nous sommes arrivés. Nous allons maintenant embarquer sur un tapis », lance le grand-frère à Rebecca. Au revoir les sautillements, les zigzags, les creux, le trajet de la mort. Près de 11 heures d’horloge pour parcourir 415Km, soit 41,5km par heure. Le voyage continue. 

Kélo-Koumra, le trajet du plaisir

De Kélo en passant par Moundou, Doba et Koumra jusqu’à Sarh, les chauffeurs prennent plaisir à rouler. Les voyageurs, quant à eux, profitent du confort dans les bus pour dormir et combattre ainsi la fatigue du difficile axe N’Djaména-Kélo. De Kélo à Koumra, destination de Rebecca, le bus a roulé 3 heures de temps pour 275Km. Pourtant N’Djaména-Bongor fait 225, mais il faut rouler pour près de six heures.

Arrivée à destination, Rebecca, prend un grand souffle, s’étire et dit, « l’État doit envisager la reconstruction de l’axe N’Djamena-Kélo. Sinon il y aura des catastrophes terribles ». La ville respire la verdure. Les habitants vaguent à leurs occupations dans une ambiance provinciale.

Christian Allahdjim  

L’appel du gouvernement à la salubrité a été entendu par l’Armée Nationale Tchadienne (ANT). Plusieurs de ses éléments ont envahi la cour du lycée technique commercial de N’Djamena ce samedi 12 septembre. Opération : désherbage. Notre reporter y était.

Ils sont de l’armée de l’air, de terre, de la gendarmerie, du Groupement mobile d’intervention de la Police (GMIP) à prendre d’assaut les locaux du lycée technique commercial (LTC) ce samedi 12 septembre 2020. Une présence massive des hommes en tenue et bérets militaires, pas pour une action militaire, mais plutôt pour une action citoyenne. L’armée est venue répondre à l’appel du gouvernement lancé le 5 septembre lors des journées citoyennes pour la rentrée scolaire 2020-2021.

« Moral, haut. Moral, haut… », c’est en scandant ces mots d’encouragement repris en chœur que le Chef d’état-major général des armées, Abakar Abdelkerim Daoud et ses éléments ont entamé le travail en présence du maire de la commune du 3e arrondissement dès 6 heures du matin. Les débroussailleuses, les râteaux, les pelles, les houes, les brouettes ont remplacé la « kalachnikov ». Des grappes de militaires en rang serré ont fauché les herbes rendant salubre, agréable la cour du lycée technique commercial pour toute prochaine activité.

En face, au lycée Félix Éboué, ce sont des organisations des jeunes qui ont la même activité qui consiste à rendre propre les cours des établissements avant la rentrée scolaire qui se pointe à l’horizon. Selon le ministère secrétaire général à la Présidence Kalzeubé Payimi Deubet, « la reprise des activités pédagogiques passe par la salubrité. Il faut nettoyer, rendre propre, les infrastructures éducatives qui ont été inondées ou envahit par les herbes ».

Au total, ce sont 4 établissements, le Lycée Technique Commercial, le Lycée Technique Industriel, le Lycée Félix Eboué et la Faculté des Sciences exactes de Farcha qui ont reçu des coups de balai des éléments de l’armée et des organisations des jeunes. Pour témoigner sa reconnaissance le gouvernement a dépêché, le ministre secrétaire général à la Présidence et le directeur de cabinet civil du président de la République sur les différents sites pour marquer de leur présence cette initiative.

Un passant surpris par l’initiative, dit « C’est bien, mais il faudra que cette armée fasse encore plus. Qu'elle ne serve pas seulement à faire la guerre, elle devait aussi faire ces genres d'opérations lors du pic des inondations. Toutefois, il n’est pas trop tard. Il y a beaucoup à faire. Il faudra qu'elle répare les routes et aménage les camps des sinistrés. Elle rendra un grand service au pays ».

Christian Allahdjim

Le chômage est un problème auquel font face les jeunes au Tchad. C’est une difficulté dans la capitale, N’Djamena comme dans les provinces. Pour faire face à cette situation, le gouvernement, à travers le ministère de la Jeunesse et des Sports, finance des projets porteurs dans les provinces.

Depuis plusieurs années, les jeunes tchadiens n’ont compté que sur l’État pour avoir un emploi. Après leurs études supérieures, beaucoup d’entre eux n’attendent que l’intégration à la Fonction publique. Or, l’État ne peut pas absorber tous les demandeurs d’emploi. De ce fait, l’entrepreneuriat des jeunes apparait est une solution au phénomène de chômage. C’est pourquoi le ministère de la Jeunesse et des Sports investit dans les projets innovants et porteurs dans les provinces. L’objectif est de renforcer le développement local.

Lors de sa tournée dans les provinces méridionales du pays, la délégation du ministère de la Jeunesse et des Sports a abordé les problèmes des jeunes. Selon des représentants des associations des jeunes, c’est le chômage qui conduit les jeunes à s’adonner à l’alcoolisme ou le banditisme. Durant son séjour à Pala, dans la province du Mayo-Kebbi Ouest, fin août, l’équipe conduite par le ministre de la Jeunesse et des Sports, Routouang Mohamed Ndonga Christian, a remis des chèques aux jeunes porteurs de projets. D’une valeur de 21 millions FCFA, cette somme permettra le financement des projets dans les domaines de l’agriculture et de l’élevage.

« On espère que ces investissements aient un impact dans cette province. Il faut noter que la jeunesse tchadienne ne se résume pas qu’au nombre ici présent, d’autres jeunes veulent en bénéficier. Pour cela, il faut aussi que vous respectiez les engagements pris pour le remboursement afin de permettre à d’autres jeunes aussi de bénéficier », a dit le ministre Routouang Mohamed Ndonga Christian aux jeunes bénéficiaires. Selon le ministre, l’entrepreneuriat peut aider à résoudre le problème du chômage des jeunes.

Ensuite, le ministre de la Jeunesse et des Sports a visité quelques initiatives des jeunes qui ont obtenu le financement de l’État par le passé. L’équipe du ministre a constaté que l’investissement de l’État a servi à créer effectivement des emplois. Le ministre a invité les autorités locales à mettre plus de rigueur dans le suivi de ces projets.

« C’est avec ces actions qu’on mesure que la jeunesse peut avoir de l’appui ou pas. On demande des positions dans les prises de décisions, mais si on nous donne peu et qu’on n’arrive pas à faire preuve de maturité, naturellement on prouve que nous les jeunes on n’a pas notre place dans les instances de prise de décisions », a déclaré Routouang Mohamed Ndonga Christian.

Maurice Ngonn Lokar

L’avenue du 10 octobre est impraticable pour cause des inondations. Immersion avec un usager qui raconte un calvaire quotidien. Reportage.

Djaskel peine à dégager l’eau qui s’est logée dans le moteur de sa moto lorsque sa moto s’est retrouvée dans un bourbier sur l’avenue du 10 octobre. « Cette route, ce n’est pas la peine de l’emprunter », dit-il sur un ton furieux. Les enfants qui campent sur cette avenue lui avaient pourtant déconseillé quand il voulait s’engager.

Ce samedi 29 août, l’avenue du 10 octobre est devenue dans sa portion la plus importante un fleuve en ville. Près de 200 mètres sont sous les eaux. L’avenue est difficile à carrosser. Quelques piétons, motocyclistes et automobilistes s’aventurent quand même.

Avenue risquée

Hamid, le taximan, était au volant de sa voiture. Il entre lui aussi dans une crevasse sur la même avenue. Le moteur de son véhicule est submergé par l’eau. Et s’étouffe comme celui de la moto de Djaskel. Avec à l’aide des enfants qui passent leurs journées là, il sort sa voiture des eaux. « C’est un risque d’emprunter cette voie. Regardez, ma voiture », s’est-il enflammé. Le risque est partout sur l’avenue du 10 octobre cette année. Elle était déjà difficilement praticable avant la saison de pluies parce que sa dégradation était avancée. Et les pluies torrentielles ont fini par l’achever. Le niveau de l’eau est tellement haut les pirogues naviguent sur l’asphalte.

Aussi, le plus dangereux dans ce calvaire, c’est la présence des grands et profonds nids-de-poule sur cette voie. Cela rend le passage difficile. « Il y a un grand trou de côté. Il se raconte qu’il y a quelques jours, un piroguier et un motocycliste sont entrés en collision », dit Djaskel qui trouve drôle qu’il ait ce genre de collision. Selon les résidents, l’avenue du 10 octobre est submergée par les eaux des deux bassins de rétention dont les canaux de drainage sont obstrués. « Il y a des canaux mais ils sont trop petits. En plus, ils sont bouchés », fait remarquer Djaskel.

Deux choix

Les usagers ont deux choix. Le premier choix c’est de prendre le risque de l’emprunter. Le deuxième choix reste le contournement. Si certains conducteurs prennent le risque de passer par là, ils doivent être guidés par des enfants qui maîtrisent mieux la position des nids-de-poule. Mais beaucoup d’usagers choisissent le contournement. Les conducteurs des bus commerciaux préfèrent s’engager sur la rue qui passe devant le marché de mil d’Habbena. Cette rue, bien que non aménagée, fait leur affaire. « C’est mieux de passer ici que d’endommager son engin sur le goudron », conseille un chauffeur de bus commercial. Les véhicules des particuliers, quant à eux, empruntent l’avenue Pascal Yoadimnadji ou par la voie de contournement de Ndjari par le Palais du 15 janvier.

Conséquences

Les inondations sur l’avenue du 10 octobre ne sont pas sans conséquence économiques. Les boutiques, les ateliers, les alimentations sur cette avenue sont fermées faute de clients. Les commerçants sont financièrement impactés. Les embouteillages sur l’avenue Pascal Yoadimnadji sont quotidiens aux heures de pointe. Mais tout malheur à son aspect positif. De ces eaux stagnantes, des jeunes en tirent profit. L’avenue est transformée en une gigantesque station de lavage de motos, « 300 F CFA la moto », dit un jeune.

Les usagers de l’avenue du 10 octobre sont exaspérés par cette situation. En attendant la fin de la saison des pluies, ils espèrent que la Mairie du 7e arrondissement peut encore sauver cette avenue. « Il suffit de curer les caniveaux pour dégager ces eaux », dit Djaskel.

Christian Allahdjim

Fondé en 1986 par l’archidiocèse de N’Djamena, le centre culturel Al Mouna se veut un centre qui promeut le vivre-ensemble. Ialtchad Presse vous amène à la découverte de cet important centre. C’est le premier article d’une série sur les lieux de culture de N’Djamena, capitale tchadienne. Reportage.

Le Centre culturel Al Mouna (ALM) est situé à Djambal Barh, un très vieux quartier du 3e arrondissement de la ville de N’Djamena. C’est une initiative de l’ancien archevêque de N’Djamena Charles Vandam et de la sœur Nadia Karake, une religieuse libanaise. Al Mouna signifie le désir et l’espoir, en langue en arabe. Il est créé en 1986, au lendemain des guerres successives entre Tchadiens qui ont commencé au nord, ensuite à l’est, à l’ouest, au sud et partout et qui a culminé au cœur de la capitale tchadienne, N’Djamena en 1979 et en 1980. Selon l’actuelle directrice du centre, sœur Aida Yazbeck, c’est pour panser les plaies de ces douloureux événement que le centre a été créé. « Cette guerre a créé beaucoup de divisions entre les Tchadiens. C'est pourquoi l'Église a réfléchi sur ce qu’il faut pour vraiment refaire l'unité du pays. C'était sur cette idée que les initiateurs se sont dit que la meilleure chose à faire serait de créer un centre culturel dans lequel les Tchadiens viendront s'asseoir, réfléchir et travailler ensemble », dit-elle.

Un centre multidimensionnel

Au début de l’aventure, le centre Al Mouna n’était qu’une modeste bibliothèque, dit la directrice. Mais cela n’a pas exclu le caractère éducatif qu’ont voulu les créateurs. « Le centre rassemblait des gens pour parler, tenir des conférences, des colloques. Et petit à petit, il a grandi », explique sœur Aida. Cependant, il y a quelque chose qui manquait à la bibliothèque : les livres sur l’histoire du Tchad écrits par des Tchadiens. Et comme la nature a horreur du vide, les responsables du centre ont décidé de lui adjoindre une maison d’édition. « C'était toujours les étrangers qui écrivaient sur l'histoire du Tchad. Ainsi le centre est devenu une maison d'édition, spécialisée sur l’histoire du Tchad écrit par les Tchadiens », insiste la directrice.

Fidèle à sa mission de rebâtir l’unité nationale, le centre Al Mouna fait de la formation sa pierre angulaire. Plusieurs types de formations sont offerts. Il y a les langues : le français, l’arabe et l’anglais y sont enseignés. « Les langues sont des moyens de communication, ce sont les véhicules de la communication. C'est important de l’enseigner », martèle sœur Aida Yazbeck. Il y a aussi des cours de musique. Le centre Al Mouna accompagne les artistes en donnant des cours de perfectionnement. D’ailleurs, un second forum des artistes est en cours de préparation, selon la directrice. Et ce n’est pas tout. Pour aider à la cohabitation pacifique, le centre Al Mouna a initié une formation en continu sur le vivre-ensemble, le leadership, la gestion de conflit. Cette formation qui est à sa 7ème année s’adresse à la jeunesse, aux religieux, aux associations, aux chefs coutumiers et aux administrateurs. Sœur Aida Yazbeck souligne l’importance de cette formation, « comme nous vivons ensemble, ne vivons pas en parallèle. Cohabitons ! Il faut trouver les biens faits de la cohabitation, les expliquer, sensibiliser les Tchadiens sur cela. Bref, recréer notre citoyenneté. Qu’on s'identifie en disant « je suis Tchadienne, je suis Tchadien », je ne suis pas de telle ethnie, de telle religion. C’est important. » Ce programme n’est pas offert seulement à N’Djamena. Il est aussi disponible dans les villes telles que Sarh, Abéché, Moundou, Mongo.

Dire du Centre AL Mouna, centre multidimensionnel n’est ni un slogan ni une vaine qualification, le centre fait aussi dans la promotion des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Un cours en Informatique est offert pour lutter contre l’analphabétisme technologique. Pour ses activités, le centre dispose de tous les conforts pour leur réalisation. « Dans ce centre, on a la possibilité d'accueillir beaucoup de gens dans notre grand auditorium. On a aussi des grandes salles », assure la directrice. En plus de ces services, le centre dispose d’un service de traduction avec des matériels performants. Tout cela permet au centre de générer des recettes et de couvrir certaines de ses charges.

Interrogée sur le niveau de fréquentation de son organisation, la directrice s’est montrée satisfaite. « Le taux de fréquentation dépend des périodes et des activités que nous menons. À la bibliothèque, nous avons 80%, un taux assez élevé. Quand nous offrons des formations, nous sommes à 100% », se réjouit-elle. La sœur directrice donne un exemple sur le rôle joué par les jeunes dans la prévention du coronavirus. « Les jeunes sont très réactifs. Nous avons formé 200 bénévoles qui ont fait des porte-à-porte, dans nos différents arrondissements et quartiers. Ils ont formé et appris à leurs compatriotes comment se prévenir de la Covid-19 avec les moyens simples », dit-elle.

Difficultés

Le travail qu’abat le centre est énorme. Et les difficultés n’en manquent pas. « Une des grandes difficultés, c’est le financement de ce centre », affirme la sœur Aida. Elle précise, « nous dépendons du ministère de la Culture, mais il n'offre pas aux centres culturels que nous sommes un appui financier ». Cela ne permet pas au centre de supporter certaines charges. Mais ce qu’apprécie la sœur directrice, c’est la facilité avec laquelle les autorisations pour les activités du centre sont délivrées par les responsables du Ministère. « Quand on fait une demande, les autorisations nous sont données facilement, parce que le centre est connu. Sur ce point, la collaboration est bonne », se félicite sœur Aida Yazbeck.

Christian Allahdjim
Orthom L’Or

Trois jours après que l’inondation d’une partie du quartier Amtoukouin, le carré 41 est un carré fantôme. Reportage.

Adoum Hassan s’active à enlever les tôles et les chevrons de leurs maisons écroulées. Le 20 août, sa famille et lui ont perdu 10 chambres à la suite de l’inondation. Juste dehors, des adolescents se plaisent à prendre un bain dans les eaux stagnantes. Pendant ce temps, quelques rescapés évacuent leurs derniers effets mis à l’abri chez des voisins. Un piroguier navigue là à la recherche de potentiels clients.

Sur le balcon d’un étage, une femme nous montre sa concession complètement inondée. La situation était pareille en 2016, nous dit-elle. « C’est 3 ans après qu’on a pu reconstruire et nous réinstaller. Et voilà que cette année, 6 sur 10 de nos chambres se sont écroulées », se désole-t-elle. En attendant de trouver où se loger, ses enfants et elle sont accueillis par un voisin. Un peu loin sur la terre sèche, une femme est en train de rassembler ses tasses dans un pagne. À côté d’elle, un groupe de jeunes pressent les matelas pour les sécher rapidement. Tous sont le point de départ.

Le carré 41 du quartier Amtoukouin dans le 8e arrondissement est un carré fantôme. « Nous abandonnons le quartier. L’État n’a qu’à faire une réserve », lance un jeune homme qui se fait pousser dans une grosse bassine installée sur les eaux. Le carré 41 est bien vide. Ses habitants sont partis comme emportés par les eaux. Les portails bien cadenassés ou ouverts décrivent, alignés les uns après les autres, pas une âme qui occupe les lieux. Un silence absolu règne sur les lieux. On entend quelques coassements des crapauds. Les inondations ont eu raison des résidents qui résistaient encore. Ils ont fini par abandonner leurs maisons.

Le manque d’assistance

« Vous faites le recensement des victimes ? » Cette question nous a été posée durant toute la tournée que nous avons faite pour constater les dégâts des inondations. « Désolé, nous sommes journalistes. Nous sommes là pour témoigner de la catastrophe qui vous arrive. » Ils rajoutent, « c’est bien, montrez aux responsables notre misère ». Ces fréquents échanges démontrent combien les victimes attendent impatiemment de l’aide. Lorsqu’on leur demande, avez-vous reçu de l’aide ? « Aucun responsable n’est venu constater de visu les dégâts », disent à l’unanimité les victimes.   Selon les victimes depuis le premier jour aucune autorité n’est venue s’enquérir de la situation. Ils disent avoir reçu la visite des policiers nerveux venus leur jeter des bombes lacrymogènes. Une information que confirme le chef de carré, Oumar Mahamat Makaye.

Selon le chef de carré, la situation est critique et nécessite une réponse urgente, mais les autorités communales sont restées de marbre. Pour lui, la première action à entreprendre est l’évacuation des eaux pour libérer le carré. « L’État a des moyens pour faire ce travail à moins que des gens n’aient pas la volonté de nous aider », dit-il.

Toujours selon Oumar Mahamat Makaye, le problème est simple à régler. « Il faut rediriger les eaux venues du 7e arrondissement ailleurs. Elles ne trouvent pas de passage pour se jeter dans le grand canal de N’Djari. C’est cela qui crée l’inondation du carré 41 de notre quartier. Il faut évacuer ces eaux peut encore sauver certaines concessions de l’effondrement », dit-il. Un avis que partage Adoum Hassan qui en appelle à l’aide le président de la République : « tout ce que nous voulons c’est qu’on nous évacue les eaux. Que le Maréchal prenne les choses en main et nous vienne en aide », insiste-t-il.

De l’aide, les sinistrés en ont besoin. Si nos confrères ont relayé l’information hier disant que le ministère de la Santé publique et de la solidarité nationale à travers l’ONASA a assisté les victimes du 8e arrondissement avec des vivres, le chef de carré 41 dit n’être informé de rien. Il continue à condamner l’inaction des autorités communales du 8e arrondissement. Ils les accusent de jouer le médecin après la mort. « Au lieu de curer les canaux de drainage dès le début de la saison, c’est maintenant qu’elles courent de gauche à droite pour le faire », regrette-t-il. Or, dit-il, si ce travail a été fait en amont, cette situation allait être évitée.

En attendant que le carré se vide de ses eaux, Oumar Mahamat Mackaye demande avec insistance aux autorités communales du 8e arrondissement d’étudier les faisabilités pour drainer les eaux qui viennent du 7e arrondissement hors de la ville.

Christian Allahdjim

L’histoire se répète au quartier Amtoukouin dans le 8ème arrondissement de N’Djamena. Tout un carré s’est réveillé submergé par les eaux de pluie. Reportage au cœur d’une catastrophe naturelle. Reportage.

Jeudi 20 août 2020. Le ciel nuageux continue de gronder. Malgré cela, nous prenions la route du 8e arrondissement. C’est tout un quartier inondé de la ville de N’Djamena qui nous accueille. Sur les visages des résidents, consternation et désolation se lisaient au premier regard. Sur le terrain, c’est la catastrophe. Des images bouleversantes.  De l’eau partout. Au petit matin de ce jeudi, une grosse pluie d’au moins quatre heures a submergé la capitale tchadienne. Et le carré 41 du quartier Amtoukouin dans le 8ème arrondissement de la ville de N’Djamena a subi les effets.

Djibrine Mahamat, yeux hagards, fouille vainement dans les eaux de sa cour pour retrouver sa carte nationale d’identité. Il vient d’assister impuissant à l’écroulement de ses quatre chambres où il loge avec sa famille. Pour lui, c’est un cataclysme.  Fort heureusement, ils ont évacué leurs effets bien avant. Au moment de publier cet article, lui et sa famille ne savent pas où loger. Néanmoins, il nous informe qu’ils iront passer sa nuit dans une mosquée.

Comme lui, ce sont des centaines de familles qui ont vu leurs habitations submergées par les eaux ou écroulées dans le carré 41. Les eaux ont monté à une hauteur d’un mètre. Par endroit, elles sont à 1,5 m. C’est le sauve-qui-peut. Les victimes ne savent à quel saint se vouer. D’un côté, il y a celles qui évacuent leurs effets dans l’eau pour les installer sur les estrades des voisins. De l’autre, ceux qui tentent de barricader l’entrée de leurs concessions avec des sacs de sable, de remblai.

Chez les autres voisinages, c’est le désespoir. Dans une chambre à côté, un homme désespéré refuse de céder aux supplications de ses voisins. Il s’est barricadé dans l’unique chambre qui lui reste et souhaite qu’elle s’écroule sur lui. Il dit vouloir mourir que survivre. Ses voisins défoncent la porte et le sorte de force. Il a l’air sonné par l’écroulement de toutes les chambres de sa maison. Le regard vide et lointain, il était en peine, inconsolable.

Brahim Zakaria, assisté de ses cousins, essaye d’évacuer les eaux de la cour de sa concession. Sa famille a trouvé refuge chez un voisin-bienfaiteur. « C’est grâce à notre voisin qui a une maison en étage que nous avons trouvé refuge. Ce sont sept familles qui sont hébergées là-bas actuellement », dit-il. Si sa famille est à l’abri, d’autres sont contraintes de quitter le quartier. « Je préfère mon Mardjandaffack », lance un jeune homme ayant sur sa tête sa valise. Comme ce dernier, des centaines de personnes ont trouvé refuge dans d’autres quartiers de la capitale. Grâce à des amis ou des bus loués, ces victimes ont évacué leurs effets vers leurs nouvelles demeures.

Oumar Mahamat Makaye est le chef de carré 41. Devant chez lui, ses voisins ont entassé leurs effets tirés sous l’eau. Lui-même tente de dresser un barrage à l’aide des sacs remplis de remblai.  D’après ses explications, l’inondation de son carré est due au débordement des bassins de rétention de la commune du 7ème arrondissement. « Les eaux proviennent du 7ème arrondissement. De ce côté, il y a un bassin de rétention qui a craqué et de l’autre il y a un canal qui verse dans notre carré », accuse-t-il.

En 2016, le quartier a vécu pareille situation. Et cette fois-ci, la population est très remontée contre les autorités. « Nous avons mené des démarches bien avant la saison des pluies auprès des autorités communales pour voir s’il y a lieu de réorienter les eaux provenant du 7e arrondissement, mais elles ne nous pas écoutées », dit Brahim Zakaria.

Très remonté, le chef de ce carré déplore que la population soit abandonnée. Pour lui c’est la non-assistance des autorités municipales qui est écœurante. « Tout ce que nous voulons est que les autorités municipales viennent constater la situation mais jusque-là rien », regrette Oumar Mahamat Makaye. Les deux victimes condamnent le laxisme de ces autorités. « C’est vraiment méchant. Une administration qui ne peut pas agir vite est une administration inexistante. »  Très fâché, il rajoute que « si le maire venait à se présenter sur les lieux, ils vont le promener dans ces eaux à longueur des heures pour qu’il comprenne. »

Situation critique

« Nous sommes actuellement dépassés », lance le chef de carré. « C’est plus de 1 500 ménages qui se retrouvent sous les eaux », précise-t-il. Il faut venir en aide à ces personnes. Pour les sinistrés, les vivres proposés par le ministère de la santé publique et de la Solidarité nationale ne sont pas prioritaires. « Le plus urgent, c’est de leur trouver où loger ces familles et de quoi se couvrir », affirme Oumar Mahamat Makaye. Car, selon lui ces eaux ne pourront pas tarir dans une semaine ni dans un mois.

Pour l’heure, il est difficile d’établir un bilan des dégâts. « Aucune perte en vie n’est signalée », informe le chef de carré. Mais le carré est en train de se vider de sa population qui, certainement, le repeuplera à la fin de la saison des pluies.

Comme pour rajouter à la catastrophe, une autre catastrophe plus violente s’abat sur eux à coup de gaz lacrymogènes. Les sinistrés, ne sachant où aller, se sont installés sur l’avenue Taiwan bloquant ainsi la circulation. Les éléments du Groupement mobile d’intervention de la Police (GMIP) tentent de les déloger à coup de tombes lacrymogènes. Une scène surréaliste qui s’est déroulée vers 18 heures 30min.

Christian Allahdjim

Les épreuves écrites du baccalauréat se poursuivent. Au deuxième jour, ce sont des candidats de la série littéraires qui se sont frottés aux épreuves. Ialtchad Presse s’est rendu au Lycée de Farcha. Les candidats critiquent des conditions liées aux mesures barrières. Reportage.

En raison de la pandémie du Covid-19, le baccalauréat session d’août 2020 se déroule de manière particulière. Les épreuves se passent dans le contexte du respect des mesures barrières. L’Office national des Examens et Concours du supérieur (ONECS) a multiplié les centres de composition et limiter le nombre de candidats par salle. De plus, les candidats des séries scientifiques composent séparément des littéraires en jour alterné. Le premier jour des épreuves, 17 août, ce sont les candidats scientifiques qui ont ouvert les épreuves écrites. Hier 18 août, c'était au tour des littéraires. Au centre de Farcha, au Lycée Ibrahim Mahamat Itno, les candidats interrogés, expriment leur sentiment.

« Cette année la composition est différente au niveau de l'organisation, l'examen qui devrait avoir lieu depuis juin, à cause de la pandémie, ils ont reporté jusqu'en août. Dans les années précédentes, on composait avec les scientifiques. Par rapport aux matières, c'était une matière par jour, mais cette année on compose deux par jour », fait remarquer Idriss Abdelkerim Ali, élève en Terminal A4 au Lycée Ibrahim Mahamat Itno.

Lorsqu’on dit au candidat que si l’ONECS a voulu que les choses se déroulent ainsi, c’est pour éviter la propagation de la pandémie du Covid-19. Donc, les candidats au baccalauréat doivent respecter les mesures barrières : port de cache-nez, lavage des mains, distanciation sociale, etc. À cette question, les candidats du centre de Farcha critiquent diversement la mise en application de ces mesures.

Pour le candidat Abakar Idriss, du Lycée moderne de Djougoulier, les mesures barrières sont respectées. Le port de masque est obligatoire, pour la distanciation sociale, le nombre des candidats ne dépasse pas 30 par salle. Il ajoute que « composer en alternant avec la série scientifique est à apprécier. Le nombre n'est pas beaucoup et là on évite la propagation de la maladie de Covid-19 ».

Ce n’est pas le cas partout. Pour d’autres candidats, l'organisation au niveau de leur centre à déplorer.  « Les conditions ne sont pas réunies pour éviter la propagation de la pandémie. Je ne vois pas les seaux d'eau et le savon pour le lavage des mains. Les élèves ont apporté leurs masques, mais certains surveillants sont sans masques », regrette Moussa Abdelkerim Adam, élèves en TA4 au lycée Aurore.

Eno Kangui Guéyoula rajoute, « l'État a beaucoup investi pour le respecter des mesures barrières pendant la composition, mais je suis ici depuis ce matin. Et je n'ai rien vu. Les surveillants ne sont pas stricts. Il y a des élèves qui ne se lavent pas les mains avant d'entrer dans la salle. Ils entrent en classe sans se laver les mains. » Lors de la dernière mise au point du Comité national de la riposte contre la Covid-19, le 18 août passé, 11 nouveaux cas ont été confirmés au pays.

Orthom L’Or

La Ligue tchadienne des Droits de l’Homme (LTDH) a rendu public son rapport sur la mort des 44 détenus, présumés éléments de la secte Boko Haram. Un « drame » survenu le 15 avril dans une cellule de la légion n°10 de la gendarmerie à N’Djamena.

Les enquêtes de la Ligue tchadienne des Droits de l’Homme (LTDH) ont donné une conclusion contraire à celles des autorités tchadiennes. L’organisation a, en effet, ouvert une investigation pour déterminer les circonstances de la mort de ces personnes présentées comme étant des terroristes de la secte Boko Haram. Selon le rapport dont Ialtchad Presse détient une copie, ces personnes seraient pour la plupart des agriculteurs, pêcheurs, commerçants de bétails, des petits commerçants des petits villages du lac Tchad. L’organisation chargée de la défense des droits humains a dévoilé sa conclusion sur cette affaire qu’elle qualifie « d’un crime de masse par emprisonnement ». C’est après plusieurs missions d’investigation, des enquêtes et auditions des survivants de ce drame, conditions de détention.

Le rapport évoque les mauvaises conditions de détentions de ces présumés membres de la nébuleuse Boko Haram. Selon les témoignages recueillis par la LTDH, les détenus ont été menottés deux à deux, et fouillés avant d’être parqués dans une cellule. Celle-ci avait des normes raisonnables et les contenait tous, de façon décente, à la seule différence que les détenus étaient à même le sol, sur le ciment.

Il a été constaté que certains détenus ont commencé à avoir des démangeaisons sans arrêt, laissant apparaître des éruptions cutanées. Le rapport relève que « des dattes leur sont jetées par les persiennes, autour de 13 heures, comme repas de la mort. Ils se les sont partagées et ont manifesté de la soif presque aussitôt, les obligeant à tambouriner sur la porte pour solliciter de l’aide. Ce fut peine perdue ». Il a fallu attendre un temps, qui leur parut durer une éternité, aux environs de 16 heures, pour qu’une ration d’eau, dans une petite bouteille en plastique, leur soit balancée par le même orifice. De ce fait, seuls quelques-uns d’entre eux ont pu avaler, à peine, quelques gorgées de cette eau, sans se désaltérer pour autant.

Voulant en savoir davantage, la Ligue tchadienne des Droits de l’Homme a consulté d’autres médecins. Leur avis est que l’analyse du médecin légiste paraît plausible, même si une étude approfondie aurait permis de déterminer avec exactitude la nature de la substance létale.

L’hypothèse de suicide

Contrairement à la version des sources officielles, le rapport de la LTDH souligne que la thèse du suicide est indéfendable, puisque les conditions dans lesquelles les détenus ont trouvé la mort ne concordent pas. Vu que ces derniers ont été menottés deux à deux dans une cellule.

« C’est une spéculation fortuite qui ne résiste ni à l’analyse ni aux déclarations assumées par les survivants. En définitive, la thèse du suicide est indéfendable », mentionne le rapport publié en juillet 2020, deux mois environ après le drame. Selon cette organisation de défense des droits de l’homme, au moment du drame, les détenus ont appelé à l’aide et ont réclamé de l’eau, chose qu’une personne voulant se suicider ne fera jamais.

Il faut noter qu’après l’investigation de la LTDH, la Commission Nationale Des Droits de l’Homme a, pour sa part, dévoilé son rapport d’enquête sur la mort des 44 détenus présumés éléments de la secte Boko Haram. Il a été conclu par cet organe que ces détenus seraient décédés de suite de mauvaises conditions de détention. 

Pour rappel, en mars dernier le chef de l’État, Idriss Déby Itno, a dirigé une opération militaire de riposte contre la secte Boko Haram dans la province du lac. Une opération dénommée « la colère de Bohoma ».  Après cette riposte, une cinquantaine de présumés éléments de la secte Boko Haram ont été ramenés à N’Djamena pour des éventuelles enquêtes. Ces derniers ont été aussitôt transférés dans une cellule de la légion n°10 de la gendarmerie nationale. 44 d’entre eux ont trouvé la mort dans cette cellule.

Maurice Ngonn Lokar

  1. Arts & Culture
  2. Musique
  3. Mode-Beauté

Vos Annonces sur votre site Ialtchad Presse