samedi 12 juin 2021

Reportage

Reportage (202)

Trois grosses averses depuis le début de la saison des pluies. Et déjà, certains quartiers et rues de la capitale tchadienne, N’Djamena, sont isolés. Cause : les inondations. Ces quartiers sont transformés en lacs, îles et îlots. C’est le cas des quartiers Habbena et Amtoukoui où on y accède rapidement qu’à la pirogue. Reportage.

Dimanche 26 juillet. Il est 17h lorsqu’une grosse pluie s’est abattue sur N’Djamena. Dans certaines rues de la ville, des torrents d’eau déferlaient à grande vitesse. Et s’échouaient au loin dans un bruit impressionnant tel un fleuve démonté.

Le lendemain lundi 27 juillet. Il est 11 heures au quartier Habbena dans le 7e arrondissement de la ville de N’Djamena. Le ciel est dégagé. La météo affiche 30 degrés.

A Habbena, sur la route principale qui borne le marché du côté sud, des tas d’ordures et des flaques d’eau rendent la circulation difficile. Juste devant, à la sortie est, c’est toute la grande voie qui est inondée. Pas de surprise selon les riverains, c’est leur vécu chaque saison pluvieuse. D’après eux, cela fait plus d’une décennie que cette grande voie qui mène aux quartiers Habbena et Atrone. Il est impraticable durant la période des pluies faute de canalisation. « Au lieu d’une route, c’est un bassin de rétention », dit Tom M’batna, un riverain. 

Pour avoir accès au marché ou à la voie bitumée, les habitants enclavés ont deux choix : faire des contournements qui rallongent le parcours ou emprunter une pirogue pour le raccourci. La pirogue s’impose naturellement. Elle est plus sollicitée par les piétons. Trois pirogues sont en service sur ce tronçon de près deux kilomètres.

Haroun Brahim est un des piroguiers. Il est âgé de 14 ans. Avec ses amis, ils naviguent toute la journée sur ces eaux pour desservir les deux quartiers. La traversée se fait moyennant une pièce de 100F CFA. Selon lui, le niveau de l’eau en cette fin du mois de juillet est encore moyen. Mais, il prévient, « le débordement est pour le mois d’août (considéré comme le plus pluvieux au Tchad) ». Durant le huitième mois, il y a même risque d’inondation, renchérit un sexagénaire rencontré sur les lieux. « Pour le moment, certaines devantures sont accessibles, mais en août, ce ne sera plus le cas », dit-il.

Même son de cloche du côté d’Amtoukoui, toujours dans le 7e arrondissement. La grande voie qui serpente le Lycée public du quartier est inaccessible. Le comble, selon les habitants, est que cette route passe devant le siège de la Mairie du 7e arrondissement. Le débordement est parti du bassin de rétention derrière la station Tchad hydrocarbure, peut-on constater. Conséquence, certains ménages et ruelles sont inondés. Comme à Habbena, la population bloquée utilise le même moyen, comme à Abena, la pirogue. Le coût du transport est 50F sur une courte distance et 100 francs pour une longue. « C’est tout un budget », s’est plainte une habitante.

Les habitants de ces quartiers appellent les autorités responsables des infrastructures routières de se saisir de cette question pour désenclaver certains quartiers de la capitale.

Christian Allahdjim

114 milliards FCFA pour les TIC

Le Projet de Modernisation des Infrastructures et des Communications électroniques est lancé officiellement le mardi, 07 juillet dernier. Reportage.

La grande place qui abritera le futur Centre National de données a été prise d'assaut ce mardi 7 juillet par plusieurs membres du gouvernement, par les responsables administratifs et par les partenaires techniques financiers du Tchad. Tous ont été témoins de la pose de la première pierre pour la construction du futur centre, qui sera une référence en matière des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) selon les autorités. Cette pose de première pierre marque également le lancement officiel du Projet de modernisation des infrastructures et des communications électroniques. Cette initiative vise la participation massive de la population au secteur des TIC, pour le développement socio-économique du Tchad.

Selon le ministre des Postes, des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication, Idriss Saleh Bachar, le Tchad est engagé dans la voie du développement économique et social. Cet engagement nécessite une forte contribution de tous les secteurs de l'économie nationale. En premier, ceux qui œuvrent dans le secteur des TIC). Le coût global de ce projet est estimé à 114 milliards de francs CFA, financé par fonds extérieurs. « C’est, de loin, le plus grand projet entrepris par notre pays dans le domaine des infrastructures des Technologies de l’Information et de la Communication », dit le ministre Idriss Saleh Bachar. Cette initiative s’inscrit dans la logique de diversification des leviers de croissance dont l’ultime but est de bâtir une économie nationale forte et résiliente.

 « Il n’est plus illusoire de dire aujourd’hui que notre pays entre de plain-pied dans l’ère de l’économie numérique avec toutes les performances et raccourcis bénéfiques qu’elle offre pour le développement », dit le ministre de l’Économie et de la Planification du développement, Issa Doubragne.

Ce projet vise à fournir les meilleures infrastructures techniques de base pour la mise en place d’une administration efficace et efficiente en vue de combler le déficit de connectivité selon le ministre d’État, ministre secrétaire général de la présidence, Kalzeubé Payimi Deubet, en lançant officiellement les travaux.

Enfin, le Projet de modernisation des infrastructures de communications électroniques au Tchad comporte 3 composantes. Il vise entre autres à : implémenter 200 antennes-relais GSM sur l’ensemble du territoire national ; déployer un réseau à fibre optique sur près de 2000 km ; construire un grand centre pour la sécurisation des données.  L’aboutissement de ce projet est de mettre les TIC au service du développement du pays.

Maurice Ngonn Lokar

La fête de Tabaski est arrivée. Et les prix des moutons ont grimpé faisant grincer les dents aux consommateurs. Entre difficile écoulement des marchandises et profit, Ialtchad Presse vous amène au cœur d’un marché de bétail à N’Djamena.

Jeudi 30 juillet. La veille de la fête de « Tabaski ». Il est 13h 30 mn. Le marché de bétail de N’djari tout au long de l’avenue en face du ministère de la Santé publique grouille de monde. Entre vacarmes des moteurs et bêlement des moutons, vendeurs, acheteurs et démarcheurs discutent bruyamment malgré les odeurs désagréables des lieux. Chacun cherche à tirer à l’avantage de son porte-monnaie les échanges.

« 50 000F pour ce mouton, c’est vraiment trop cher », se plaint Mahamat Ali, un acheteur venu du quartier N’gueli dans le 9e arrondissement de la ville de N’Djamena. Mais son interlocuteur, Mahamat Issa, vendeur, ne se fatigue pas de le convaincre d’acheter ce mouton à ce prix. « Tu vois il a de l’embonpoint. Je te fais un bon marché. » Selon lui, les prix de vente qu’ils fixent dépendent du prix d’achat et des taxes qu’ils payent. « Nous achetons les moutons dans les campements à 25 000, 30 000F. Pour chaque tête de mouton, nous payons 250F de taxe aux communes », explique M. Issa. Il en a amené 20 têtes, mais il n’a pu écouler que la moitié. « Les gens viennent nombreux, mais peu achètent », affirme-t-il. Après moult discussions, Ali a fini par acheter le mouton au prix de 45 000F.

Si les vendeurs cherchent à se faire des bénéfices, démarcheurs et « clandomen » (conducteurs des mototaxis) ne sont pas du reste. Hassan Abbo est démarcheur. Il propose ses services aux vendeurs et acheteurs. « Si j’arrive à faire liquider un mouton, le vendeur me donne entre 500 et 1000F. Si un acheteur sollicite aussi mon service, il me donne quelques choses après l’achat fait », indique-t-il. D’après lui, cette année, le bétail est en nombre, mais des acheteurs se font rares à cause de la crise. « Le plus bas prix est 30 000 F CFA et le haut est à 75 000 Franc Cfa. Et avec la pandémie de Coronavirus, beaucoup d’activités sont aux arrêts. Ce qui fait que beaucoup de personnes n’ont pas d’argent », dit Abbo.

Si les affaires sont bonnes pour les démarcheurs, les « clandomen » ne trouvent pas vraiment trop leurs comptes. « Depuis le matin (il fait déjà 13heures), je n’ai eu que trois clients », s’agace un jeune « clandoman » rencontré sur les lieux. Pour cause, « les gens viennent avec leurs véhicules et motos », témoigne-t-il. Fort heureusement pour lui, Mahamat Ali est venu solliciter son service pour déposer son mouton. Pour le trajet Ndjari-Ngueli, le prix du transport est conclu sur 1 500F. Somme que notre bonhomme empoche avec sourire.

Les échanges entre clients, vendeurs et démarcheurs continuent dans une ambiance joyeuse. C’est la course contre la montre dans un ballet incessant sur fond de bêlements de moutons. Certains emportent leurs achats à l’arrière de leurs camionnettes, d’autres les remorquent sur leurs motos. Chose étonnante, les moutons une fois embarqués sur la camionnette ou sur la moto restent d’un calme olympien.

Pour rappel, le Tchad est le premier pays en Afrique avec plus de 900 millions de têtes de bétail, selon un rapport publié en 2019 par le Fonds des Nations-Unies pour l’Agriculture (FAO).

Christian Allahdjim

Depuis le 19 mars, le Tchad vit au rythme de la pandémie Covid-19. Dans une série de reportages, nos journalistes se sont rendus sur le terrain pour raconter les réalités vécues. Reportage.    

Il est 9h. Nous sommes à l’entrée d’un grand bâtiment à deux niveaux, pavé de carreaux de couleur grise et turquoise. C’est l’immeuble qui abrite l’Autorité de Régulation des Communications Electroniques et des Postes (ARCEP). Nous sommes accueillit par un agent de l’ARCEP devant le portail. Les vigiles vérifient si nous avons rendez-vous. C’est fait. Nous sommes conduits dans le bureau de Mme Paméla Badjé, Coordinatrice du Centre d’appel ou le call Center 1313.

Toute souriante, madame Paméla s’excuse pour son retard.  Aussitôt elle nous demande le but de notre visite et au nom de quel média ? Nous lui signifions que l’objet de notre visite est de s’en querir du mode de fonctionnement et des activités du Centre d’appel 1313. Et nous précisons notre média, le journal en ligne Ialtchad Presse.

D’un air rassuré, elle donne un petit aperçu sur le mode de fonctionnement des activités du Centre. Pour la coordinatrice, « le centre a pour mission d’informer, d’expliquer, de sensibiliser et éduquer la population tchadienne sur la Covid-19. Cette maladie existe réellement. Continuons à appliquer les gestes barrières. Le centre d’appel relaie également les informations données par la population à l’équipe d’investigation ». Ce Centre d’appel est géré par Wenaklabs, une organisation à but non lucratif, qui œuvre dans le numérique.

Une fois les réticences dissipées, la coordonnatrice nous conduit dans la salle des téléconseillers situé au dernier niveau de l’immeuble de l’ARSEP. C’est le cœur du Centre. Ça grouille de partout dans une ambiance bruyante due aux appels du public. Les téléconseillers sont assis dans leurs compartiments. Ils répondent aux appels. La salle est remplie d’appareils informatiques de dernières générations. Dr Mossel Bétoubam, chargée de la communication en Santé Publique et médecin de l’équipe du jour explique, « chaque équipe est constitué 16 personnes divisée en 4 petits groupes de 4 personnes. Leur travail c’est d’être en communication directe avec la population, afin de recenser le nombre des cas suspects, des décès et de remonter l’information à l’équipe d’investigation. C’est également ces téléconseillers qui enregistrent le nombre des appels entrants au quotidien. Par exemple, ils enregistrent de 4500 à 5000 appels par jours ».

Au loin, Assani Kaoutsar Fatimé, téléconseillère est assise, les yeux rivés sur son écran, ses kits oreillettes bien posées, elle répond aux appels du public. Elle se plaint des appels inappropriés, « parfois nous recevons des appels des personnes mal intentionnées qui nous insultent ou remettent le téléphone aux enfants pour qu’ils nous injurient, certaines personnes appellent pour des futilités. Par exemple demander le numéro du Président de la République. Entre temps des cas sérieux n’arrivent pas à nous joindre. Il faut que le public prenne conscience de la gravité du Coronavirus et nous facilite la tâche ».

Le Centre d’appel est au cœur de la lutte contre la Covid-19. Sa mise en place a permis de limiter l’augmentation des nombres de personnes contaminés.

Il est 11h. Nous sortons du Centre d’appel. Nous traversons la même cour pavée. Cette fois-ci la chaleur qui s’y dégage est aussi terrifiante que la Covid-19.

Depuis le 19 mars, le Tchad vit au rythme de la pandémie Covid-19. Dans une série de reportages, nos journalistes se sont rendus sur le terrain pour raconter les réalités vécues. Reportage.

Mardi 31 mars. 12h 00. Quartier Farcha Zaraf, situé à l’ouest de la Commune N° 1 de la ville de N’Djamena. Au loin, un bâtiment blanc-cassé se dresse, c’est l’hôpital provincial dédié à la prise en charge des malades du Covid-19.

À l’entrée, devant le grand portail un groupe de quelques personnes discutent. À côté d’eux, un agent de sécurité grand, gringalet, casquette vissée sur la tête monte la garde. Il nous interpelle en Arabe locale « Tou do rou chounou ? Que voulez-vous ? »

« Nous sommes journalistes. C’est pour un reportage », répond ma collègue. D’accord, dit-il. Et rajoute, « attendez quelques minutes » d’un air sérieux dans sa tenue de vigile. Il se prend pour un militaire, mais sans fusil. Quelques minutes plus tard un vrai militaire de la force multinationale mixte se présente et nous demande une seconde fois, pour certainement confirmer l’information en possession, l’objet de notre visite. Après lui avoir reformulé la même réponse, il nous oriente vers le bâtiment où est écrit : consultations externes. Une interrogation nous traverse l’esprit « sont-ils en train de confondre l’objet de la visite ? Nous conduisent-ils pour faire le test Covid-19 ? ». Vite, cette interrogation se dissipe.

Dans la cour de l’hôpital, le corps soignant et les agents de sécurité déambulent. Une ambiance de quiétude plane comme pour narguer le dangereux et désormais célèbre coronavirus. La simple évocation de son nom suscite des débats où on entend toute sorte d’opinions allant des « thèses complotistes » à l’invulnérabilité des Africains, surtout des Sahéliens grâce au climat chaud et aride.

Dans le bâtiment, un médecin lunette fixée au visage, blouse blanche, laissant traîner négligemment son stéthoscope sur le coup nous attend. Après les salutations d’usage, il nous renvoie aussitôt, pour se débarrasser de nous, vers un autre bâtiment de l’administration pour, dit-il, avoir l’accord du directeur pour le reportage.

Dans les couloirs du bâtiment administratif, l’administrateur gestionnaire de l’établissement, lui aussi habillé en blouse blanche nous accueille sourire au visage. Un sourire qui nous laisse croire qu’enfin, le reportage va démarrer et que nous sommes entre bonnes mains. Il nous conduit dans son bureau. Et dit d’un ton sec « le directeur de l’hôpital est en réunion ». Pis, il réclame un ordre de mission. Surpris nous tentons de lui faire comprendre que le reportage est d’intérêt public et la pandémie est une affaire de santé publique. Bref, qu’il a tout intérêt à laisser le reportage se dérouler. L’administrateur recule le siège de son bureau, prend et grand souffle. Et répond « ces derniers temps la désinformation sur les réseaux sociaux a amené les autorités à prendre des mesures strictes. Pas de reportage sans ordre de mission », dit-il fermement. Nous tentons de le convaincre que le reportage, si accepté, permettra aussi de contrecarrer la désinformation sur le Net. Notre vis-à-vis n’est pas convaincu par nos arguments. Nous prenons congé de lui.

À la sortie, nous prenons quelques photos du bâtiment et de la grande porte de l’entrée. Le temps de dire au revoir aux vigiles, le vigile réagit violemment et tente de confisquer ou de supprimer les photos. Nous résistons, ils lâchent prise.

Sur la route du retour, derrière les pétarades de notre motocyclette, une ambiance paisible se dégage de l’hôpital. En ville, un léger climat angoissant flotte sous un soleil de plomb. N’Djamena, la capitale bruisse de rumeurs, d’histoires entendues dans la rue ou lues dans les réseaux sociaux. La ville vit au ralenti comme tétanisé par les « ont dits » sur le coronavirus.

 Lundi 4 mai, un mois plus tard. Le ministre de la Santé publique, Mahamoud Youssouf Khaya, est interpelé par les élus sur la capacité d’accueil de cet hôpital. « Je ne savais pas  qu’il n’y avait pas de la place à l’hôpital de Farcha », répond-t-il. Pour le ministre, l’hôpital dispose de plus de 84 lits libres pour accueillir des personnes infectées.

Un médecin réquisitionné pour travailler dans cet hôpital informe la rédaction, sous sceau de l’anonymat, que le laboratoire pour les analyses ne fonctionne pas. Il soutient que l’hôpital de Farcha a eu plusieurs difficultés « mais les responsables veulent faire croire que tout va bien. Il suffit seulement de relever les insuffisances et les réparer mais les gens préfèrent faire les choses à leur manière. Normalement un hôpital n'est pas un lieu où on cache des choses », déplore le médecin. Selon lui les différentes aides en matériels reçu par le Tchad donne de l’espoir.

L’espoir, c’est ce qui a permis à Mathias Debin de s’en sortir. Il faisait partie des patients de cet hôpital de Farcha. Guéri, il témoigne « le traitement dont nous bénéficions, c’est essentiellement de la Chloroquine, composée de Azimax et de la vitamine C. Les médecins viennent régulièrement faire le suivi de la dose prescrite. Nous prenons ces médicaments 3 fois par jour, chaque 8 heures de temps, sur une période de 10 jours ». Après ce délai, un test de confirmation est fait pour vérifier l’état de santé du patient. Selon Mathias, la prise de ces médicaments n’est pas sans risque. Il y a des patients qui vomissent régulièrement lors du traitement. « D’autres par contre ont bien fini leurs traitements. Je ne sais pas si ça varie d’une personne à une autre », ajoute-t-il.

Le guéri de la Covid-19 apprécie la bravoure du personnel soignant à l’hôpital provincial de Farcha. « Globalement, j’ai beaucoup apprécié leur courage. Le corps soignant était vraiment inlassable. Les agents venaient constamment nous encourager et nous suivre. Mais s’il y a une condition que j’ai vraiment déplorée étant là-bas c’est surtout l’aspect alimentaire. On ne mangeait pas tellement à notre faim, contrairement à ce que les gens pensent » dit-il.

Orthom L’Or
Rosalie Zihoulbé

Est-ce un laboratoire d’idées ? Est-ce un incubateur numérique ? Est-ce les deux à la fois ? Un fait demeure, Wenaklabs fait rayonner le numérique et le Tchad. Reportage.

C’est dans un bâtiment anodin, sans véritable signe distinctif, situé sur l’avenue la plus passante que Wenaklabs a choisi de s’installer. Pour la petite histoire, c’est l’une des vieilles avenues de la capitale tchadienne. Une des plus connues. La plus populaire. Elle est à la fois une avenue commerçante et d’habitation. Elle a marqué des générations des Tchadiens, à tel point qu’ils rechignent à l’appeler par son nouveau nom : avenue Maldom Bada Abbass, un compagnon du président Idriss Deby Itno. Les Tchadiens appellent toujours cette incontournable avenue, « Chari Nimery » comme pour marquer leur désaccord.

Il est 16h. La chaleur semble calmer les ardeurs des motocyclistes et des automobilistes. Quelques piétons traversent nonchalamment l’avenue. Nous traversons le portail du bâtiment. En face au fond un agent de sécurité est assis derrière une table. Il fait un peu obscur. Il nous fait signer le registre. Nous nous exécutons. Il nous indique les escaliers qui mènent au compartiment de Wenaklab.

Salim Azim Assani, co-fondateur et Directeur des opérations nous attend. Jovial, taille courte, physique de lutteur, il nous fait le tour de la propriété tout en nous présentant son organisation, « Wenacklabs est créé en avril 2014 par moi et Abdelsam Safi, qui est le Directeur exécutif. C’est une organisation à but non lucratif ». C’est dans le but de donner une nouvelle image du Tchad à l’international à travers le numérique qu’est née l’idée Wenaklabs. Un nom original, composé de 2 mots. Le premier mot « wenak » signifie en arabe local « où es-tu ? ». Le deuxième mot « labs » est le diminutif de laboratoires. C’est un espace convivial à cheval entre la maison et un lieu de travail. C’est un laboratoire d’idées. Une des idées majeures de Wenaklabs a été concrétisé par la réalisation du « Mois du numérique ». Une initiative reprise par plus de 50 pays au monde à travers l’Institut Français. La pandémie du Coronavirus a ralenti un peu les activités de l’organisation. L’espace est pour l’instant fermé au public, mais ouvert en ligne.

Le numérique tatoué au cœur

Wenaklabs accompagne beaucoup d’acteurs y compris l’Etat tchadien. Depuis l’arrivée de la pandémie du coronavirus, l’organisation est en partenariat avec le Ministère des Postes, des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication à travers l’Autorité de Régulation des Communications Électroniques et des Postes (ARCEP). C’est dans le cadre de ce partenariat que la gestion du Centre d’appel 1313 de lutte contre la pandémie a été confiée à Wenaklabs. De plus, une application, création de Wenaklabs, informe sur l’évolution de la pandémie au pays. Mieux, il y a la conception du CO-Robot, un robot distributeur de gel hydro alcoolique pour éviter de toucher le dispositif de la main. En 2016, Wenaklabs a formé 900 jeunes pour la compagnie Tigo. Et une cinquantaine de jeunes en cartographie numérique pour le compte de l’INSEED (Institut National de la Statistique, des Études Économiques et Démographiques).   

Wenaklabs est-il à son aise ? Pas toujours selon ses fondateurs, « les difficultés on en rencontre. On vit au jour le jour, mais nous sommes souvent sollicités pour nos compétences pour effectuer certaines missions pour nos partenaires. Cela reste dans le cadre du partenariat. D’un point de vue légal, nous sommes une organisation à but non lucratif donc nous ne pouvons pas soumissionner pour les avis d’appel d’offres. C’est une grosse contrainte ».

Labo du numérique

« Le Lab Innovation, est un laboratoire de fabrication. Il est aussi un endroit  qui accompagne les porteurs de projets, les enseignants-chercheurs pour les aider à concrétiser leurs projets », dit Fadoul Hissein Abba, le responsable de Lab Innovation. Dans l’espace de travail partagé, Christian Béssita un jeune innovateur travaille sur un projet de respirateur explique, « le respirateur est fabriqué à base de matériaux recyclés. Nous travaillons sur ce projet depuis 3 semaines. Présentement nous sommes en phase de test. Notre but est de fabriquer un respirateur qui sera accessible à tous ».

Il est 17h passé. La lumière du jour commence à faiblir signe que couvre-feu se rapproche. Il est temps de laisser ces jeunes furies ou geeks technos dans leur bulle. Ils sont les vrais chercheurs d’aujourd’hui, pour les solutions de demain. Nous prenons congé d’eux. Dehors au croisement de l’avenue Nimery et Zezerti la circulation est dense. Les N’Djaménois sont pressés certains sur leurs motocyclettes, d’autres à pied, à vélo ou encore au volant de leurs voitures, masque Covid-19 au visage. Ils forcent le passage sous le regard des policiers qui régulent la circulation dans une mêlée indescriptible au son des engins. Chacun cherche son chemin pour arriver à bon port avant l’heure fatidique du couvre-feu.

Gamy Ngardiguina
Christine Tapra

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