jeudi 16 septembre 2021

Reportage

Reportage (319)

La vente du pain à la sauvette aux abords des différentes artères de la capitale tchadienne, N’Djamena, offre aux jeunes désœuvrés des revenus d’appoint. Cette activité pratiquée à la criée depuis belle lurette a le vent en poupe malgré les risques encourus. Reportage.

Chaque matin, dès les premières heures de la journée, les jeunes vendeurs de pain à la sauvette se placent aux carrefours stratégiques à grande circulation comme les ronds-points pour écouler leurs produits. Plastique en main contenant un tas de cinq pains, ils faufilent entre la circulation pour dénicher les clients. La présence d’un client les attire on dirait un essaim d’abeilles ou des mouches. Chacun cherche à brandir et faire valoir la qualité de son pain. Parmi ces vendeurs à la sauvette, il y a des pères de famille qui se battent à tout prix pour subvenir aux besoins de leur famille.  Ce métier n’est pas sans conséquence. Ceux qui le pratiquent sont souvent victimes d’accident de voitures ou de motocyclistes. Ils perturbent aussi la circulation, et créent des embouteillages surtout aux ronds-points aux heures de pointe.

En cette matinée du 11 mai au rond-point double voie, les vendeurs ambulants du pain ne sont nombreux. Seulement quelques têtes se servent des tables, juste derrière la chaussée pour vendre leurs pains. Malgré la température très élevée ces derniers temps à N’Djamena, ces vendeurs sont courageux, et endurants. Les vendeurs accostent les clients dans les différentes langues parlées en ville. Cela va du Sara au Ngambaye en passant par l’arabe et le français.

Interrogés, des vendeurs affirment que plusieurs Tchadiens trouvent ridicule ce métier alors qu’il assure la ration familiale. « J’exerce cette activité non pas par suivisme ou encore par désir. C’est par contrainte. Car, après mes études en histoire, je n’avais personne pour m’appuyer. Et de surcroît, j’ai une famille. C’est la raison pour laquelle, depuis 2012,  je me suis lancé dans cette activité pour subvenir aux besoins vitaux de ma famille», dit Ngarassem, un diplômé sans emploi rencontré au rond-point double voie. D’après lui, il achète un pain à 75 francs CFA, à la boulangerie Hanana d’Atrone pour les revendre à 100 francs CFA. « Dans le passé, je vendais plus de 200 pains par jour. Mais ces derniers temps, il y a une baisse notable de nos chiffres de vente. Sauf le samedi et le dimanche que j’arrive à vendre 100 pains ».

Ngardjim, est aussi vendeur du pain. Je me débrouille, dit-il. Il rajoute, la vie est difficile. Et tout le monde n’est pas appelé à travailler dans les bureaux. « Débrouiller n’est pas volé, dit-on. Je suis fier de cette activité, elle assure mon quotidien. Il faut créer, lutter par tous les moyens pour se prendre en charge», dit M. Ngardjim en guise de conseil à ceux qui sont oisifs. Selon lui, cette activité lui permet de faire beaucoup de recettes. « Je prends à la boulangerie Hybah d’Atrone, 100 pains à raison de 7000 francs CFA. Sur les 100 pains, j’ai un bénéfice de 3.000 francs CFA. Si c’est 50 pains, j’ai 1.500 franc CFA de bénéfice. C’est mieux que rien », conclut Ngardjim.

Allarassem Djimrangar

Toukra, banlieue sud de la capitale tchadienne, N’Djamena. Sur le site des sinistrés du 9e arrondissement, les victimes d’inondations et du débordement des eaux des fleuves Chari de 2020 sont encore présents sous quelques tentes de fortunes. Et pourtant, le gouvernement avait demandé à la mi-janvier 2021, à chaque sinistré de regagner son domicile. Que disent ceux qui sont encore sur ce site et qui disent être des sinistrés? Que répondent les autorités responsables du dossier? Ialtchad Presse est allé rencontrer les deux parties. Reportage.

Ici c’est Toukra, un des quartiers du 9e arrondissement de N’Djamena, capitale tchadienne. Ce 21 mai, l’horloge indique 10 heures passées d’une trentaine de minutes. Une brume de poussière enrobe la ville alors qu’on roule vers le site des sinistrés. Non loin se trouve une station de pompage. Tout autour, c’est calme.  Sur place, pas de doute qu’un nombre important de personnes sont présents. Sont-ils de vrais sinistrés?  En effet, la plupart des sinistrés après un périple dû à l’inondation et au débordement des eaux des fleuves Chari en 2020   ont quitté le site pour retourner chez eux.

Mais le calvaire des infortunés n’est pas totalement tourné. Des tentes de fortunes sont toujours visibles. Des familles y vivent. Ils reconnaissent la décision des autorités leur demandant de quitter le site, mais disent-ils, « nous ne savons où aller. Et à quel Saint nous vouer. » Ce séjour prolongé met les sinistrés dans des réelles difficultés. Ils s’organisent tant bien que mal pour trouver de quoi manger pendant la journée, affirment-ils. « Nous vendons des produits variés tels que l’arachide, les gâteaux, le carburant, juste pour notre quotidien. » Désespérés et désemparés, d’autres sont pliés en deux sous leurs tentes ou allongés à la longueur de la journée sous l’ombre des arbres. « Ce n’est pas un plaisir pour nous de continuer à y rester, nous sommes dépourvus de moyens financiers. C’est vraiment difficile comme vous le constatez. Nous sommes peut-être même abandonnés », se lamente un sinistré. D’après lui, ils attendent toujours les autorités municipales de la commune du 9e arrondissement qui ont promis leur trouver où les loger. Denis Kaigo, un sinistré soutient pour sa part qu’ils ont eu la semaine dernière, la visite du maire de la commune du 9e arrondissement. « Lors de sa visite, les agents communaux ont fait le recensement de tous les ménages qui sont restés encore sur le site. Mais depuis ce jour, il n’est plus revenu », confie-t-il.

« Ce ne sont pas de vrais sinistrés… »

Selon le maire du 9e arrondissement, M. Mahamat Saleh Kerima, la plupart de ces personnes soient disant sinistrés, ne sont pas de vrais sinistrés. « Ce sont des personnes sans-abri, des locataires qui ont profité de la situation pour bénéficier avec les sinistrés de plusieurs dons, vivres et autres aides octroyés par le gouvernement et les ONG. La dernière fois, une ONG de la place leur a fait un don des matériels de construction pour les accompagner, mais ces personnes sont toujours là », dit-il. D’après lui, cette situation peut être une source d’insécurité. « Au niveau de la commune du 9èmearrondissement, en commun accord avec notre département sous tutelle, nous avons recensé 237 ménages. À l’issue de ce récemment, nous avons décidé d’accompagner ces personnes, mêmes si elles ne sont pas des sinistrés afin qu’ils quittent ce site », conclut-il.

Allarassem Djimrangar

La vente du carburant à la sauvette est très répandue à travers les grandes artères de la ville de Ndjamena, capitale tchadienne. Fait nouveau : une activité génératrice des revenus investie de plus en plus par les femmes. Reportage

Le nombre des femmes vendeuses du carburant dans la ville de N’Djamena va croissant depuis un temps. Elles ne sont pas cachées. Elles sont très visibles aux abords de grandes voies publiques. Il n’y a pas de critère d’âge. Elles sont de toutes les catégories d’âges. C’est avec détermination et courage qu’elles se livrent à cette activité risquée sous un soleil très accablant. Certaines vendeuses s’approvisionnent à Kousserie, dans la ville camerounaise voisine, d’autres s’approvisionnent aux stations en ville. Le prix de la bouteille vari proportionnellement au prix d’achat. Un litre et demi est vendu entre 750, 800 et 900 FCFA, et le litre à 600FCFA.

Khadîdja Acheik, la vingtaine révolue, a plus de 4 ans dans la vente du carburant notamment l’essence. Elle prend le risque pour s’approvisionner depuis Kousserie, dit-elle. « Là-bas, nous prenons le litre et demi à 750 et nous le revendons à 800 FCFA pour un bénéfice de 50 FCFA par litre. Je vends par jours 10 à 20 bouteilles. Je le fais tout pour assurer la ration de ma maisonnée ». Une autre vendeuse qui requiert l’anonymat, affirme qu’elle n’a jamais pris le carburant de Kousserie. Elle souhaite que le prix à la pompe soit revu à la baisse comme celui de Kousserie, « les clients cherchent toujours le moins cher ».

Bebi Dassou exerce ce métier depuis trois ans. Elle habite au quartier Abena, dans le 7e  arrondissement. Selon elle, son mari est malade, elle s’adonne à cette activité ici à Farcha pour pouvoir joindre les deux bouts. « Ce qui me fait mal, c’est la mairie qui n’a pas pitié de nous. Leurs agents viennent ramasser parfois toutes nos bouteilles. C’est difficile, mais on se remet entre les mains de Dieu, car nos vies dépendent de lui seul.» Addjidé, la plus expérimentée a commencé à vendre le carburant depuis 17 ans. Pour elle, c’est difficile d’amener le carburant de Kousserie, les douaniers sont toujours à leurs trousses. Depuis lors dit-elle, elle préfère s’approvisionner sur place dans les stations. Elle gagne 50 à 100 FCFA pour assurer la survie de sa famille.

Nous redescendons à l’avenue Charles de Gaule, nous rencontrons une dame d’environ 60 ans, elle s’appelle Denise. « Cela fait presque deux ans que je vends les carburants. Si c’est cher ou pas, nous cherchons les bénéfices pour répondre à nos besoins.  Je gagne 1000 ou 2000 par jour c’est l’essentiel » explique-t-elle. Pourquoi ce dernier temps les femmes semblent plus nombreuses que les hommes dans cette activité.  Denise affirme que les agents de la mairie voire la douane lorsqu’ils voient les hommes avec le carburant c’est de la fraude et ils arrachent systématiquement. Les femmes au moins sont un peu favorisées, c’est pour cette raison peut-être que certains hommes se sont retirés.  

À en croire ces femmes, il n’y a pas de sot métier pourvu qu’il nourrisse son homme ou sa femme. « C’est pénible avec la chaleur, mais nous n’avons d’autre choix que de nous battre pour nourrir nos familles », disent-elles.

Younous Sidick Abakar

Depuis le 17 mai 2021, la lauréate du prix concours des lycéens 2020, Djaili Amadou Amal de nationalité camerounaise séjourne au Tchad. Invitée par l’Institut Français du Tchad IFT, elle a eu des échanges avec plusieurs entités au cours de son séjour. Hier, 20 mai elle était à la Librairie la Source, dernière étape de séjour et séance de dédicace de son roman intitulé « Les Impatiences ». Beaucoup de personnes présentes se sont procuré les livres. Reportage

« Les impatientes », est un roman de 252 pages paru à édition Emmanuelle Collas. Ce livre de l’écrivaine camerounaise âgée de 45 ans, traite du mariage forcé et précoce, du viol conjugal et de la polygamie à travers le destin des trois femmes. Djaili est Peule, musulmane originaire de Maroua dans la région camerounaise de l’extrême nord où elle a situé son roman. Elle a quitté en 1998 un milliardaire de 50 ans qui l’avait épousé lorsqu’elle n’avait que 17 ans. Son rêve premier c’était de devenir journaliste.

Selon Ngartara Ngaryangué Marius, Directeur de la Librairie la Source, la Librairie la source c’est un lieu privilégie normalement de dédicace des livres. Il affirme que le choix du lieu pour la dédicace du livre de Mme Djaili à double sens. D’abord le déplacement du public, qui connaît déjà Mme Djaili Amadou Amal à travers son premier livre, « L’art de partager un mari », et aujourd’hui avec « Les Impatientes ». Deuxième chose, pour certains c’est la première fois de découvrir la librairie. « Nous pensons qu’ils seront nos potentiels clients. Mme Djaili a écrit déjà trois livres, « L’art de partager un mari », « La mangeuse d’âmes » et l’actuel primé de Gonconcourt des lycéens 2020, « Les Impatientes », dit-il.

D’après M. Mahamat Alhadji Abba Nana, 1er vice-président de l’association Tabital Poulaaku Tchad, Djaili Amadou Amal est pour lui, une sœur. « On s’est organisé pour venir voir cette séance de dédicace et acheter son œuvre littéraire. Ces livres sont titrés en langue peule. Le Mougnal qui signifie patience, le waaldé qui signifie le tour, lorsque vous êtes un polygame, ça fait le tour de chacune de vos femmes. Le troisième c’est Mistiridjo qui veut dire sorcier. On est très honoré », explique-t-il, tout souriant. Pour le vice-président de l’association des Peuls, elle a remporté un prix très important pour une jeune dame de son âge. C’est un honneur pour son peuple, pour les Africains et tous les Peuls, se réjouit-il. « Les femmes souffrent et malgré cela, elle supporte avec patience. Cela fait partie de quatre qualités du peuple peul. Le peul de nature est patient », déclare Mahamat Alhadji. Il fait observer qu’avant les gens s’abonnaient beaucoup dans les bibliothèques, mais aujourd’hui, l’Internet et la télévision ont ralenti cet engouement à la lecture. Selon lui, le livre est très nécessaire, « il nous véhicule notre histoire et maintient notre identité africaine. Je conseille aux jeunes de s’adonner plus à la lecture », conclut-il.

Un exemple positif à suivre…

Un étudiant de l’université HEC-Tchad. Mahamat Bar Ali, a aussi le goût de la lecture. « Je suis venu acheter le livre de Djaili et lui souhaité bon arrivée au Tchad. Je n’ai pas l’habitude de lire les romans, mais c’est seulement cette année que je m’intéresse au livre. C’est très intéressant. J’encourage les jeunes tchadiens à lire » confie-t-il-t.

Kodjineloum Toidibaye Grâce, Miss Littérature Tchad 2020 n’est pas du reste. Pour elle, « Les impatientes », est un roman captivant en contenu. C’est un exemple d’engagement littéraire pour la cause féminine dans la zone subsaharienne, dit-elle. La Miss Littérature Tchad 2020 rajoute que, Mme Djaili est une voix forte des femmes qui subissent les violences basées sur le genre. « J’ai lu tout le roman, il traire des thèmes tels que, le mariage précoce, le mariage forcé, le viol, la situation de la femme dans le sahel », démontre Mademoiselle Grâce. Elle encourage les jeunes filles à se battre pour leurs rêves, à être indépendantes. C’est un véritable plaidoyer pour l’ autonomisation de la femme, affirme la Miss littérature Tchad 2020. Kodjineloum Toidibaye Grâce envisage emboîter les pas de Mme Djaili qui est, selon elle, un exemple positif.

Moyalbaye Nadjasna

Ce sont la plupart des personnes du 3e âge. Ceux qu’on appelle les « aînés ». Ils sont fonctionnaires. Ils sont ou étaient arrivés à la fin de leur carrière, mais ils peinent à percevoir leurs pensions de retraité, leurs primes de départ, leurs frais de transport entre autres. Ce matin du 20 mai, ils se sont réunis à la bourse de travail pour échanger sur leur situation. Ils révèlent la suspension de quelques cadres de la CNRT par l’Inspection Générale de Contrôle d’État (IGCE). Ils décident de camper demain, devant le ministère de Finances et du Budget. La rencontre s’est déroulée au sein de leur Comité Adohc, piloté par Moussa Mahamat Abmour. Reportage.

Ce vendredi 21 mai à 6 heures du matin, tous les retraités se sont donné rendez-vous devant le ministère de Finances et du Budget pour faire camper, a déclaré M. Moussa Mahamat Abmour, président du comité Adohc. C’était, à l’issue d’une Assemblée générale tenu ce 20 mai 2021 à la Bourse de travail de N’Djamena, capitale tchadienne. « Nous ne sommes pas des licenciés d’une quelconque entreprise. Nous sommes des fonctionnaires de l’État en retraite. Nous avons rendu service à ce pays. Nous revendiquons ce qui nous revient de droit, les arriérés de nos pensions, les frais de transport pour ceux qui ont travaillé en cette période, des primes de départ et les allocations de congés non payés», voilà en substance ce qui a motivé cette assemblée générale affirme, Alladoum Tedengarti, Secrétaire Général (SG) du comité Adohc.

Dans une ambiance de débat à travers un échange très vif, ces hommes et ces femmes du 3e âge affirment avec amertume qu’ils ne sont pas des retraités, mais des maltraités. Selon le SG du comité Adohc, ils ont tenté à maintes reprises de voir le ministre de Finances et du Budget, mais en vain. Ils ont reçu un refus catégorique. il rajoute que, concernant le titre de transport pour certains retraités qui ont travaillé en cette période, ils ont écrit le 14 décembre 2020 au Secrétaire Général sortant de la Présidence. « Nos revendications ont été trouvées légitimes d’après lui et avait demandé aux ministres de la Fonction publique et son collègue de Finances et du Budget de nous payer. Curieusement, en décembre 2020, lorsqu’ils ont payé les titres de transport aux fonctionnaires actifs, ils nous ont royalement oubliés », explique-t-il. Beaucoup des retraités présents ont pris la parole. L’heure n’est pas à tergiverser sur leurs revendications, relèvent-ils.  Certains s’inquiétaient de leur sort et se demandent si les anciens retraités sont pris en compte dans la lutte. Moussa Mahamat Abmour, président du comité Adohc répond que personne n’est oublié dans les revendications. « Nous entendons formuler nos cahiers de doléances et tout y sera retracé. Nous le porterons auprès des nouvelles autorités », dit-il.

Des cadres suspendus

Mahamat Abdelkrim Haggar, directeur de la Caisse nationale des retraités du Tchad a été suspendu de ses fonctions par l’Inspection Générale de contrôle d’État. les faits incriminés sont la mauvaise gestion et les détournements des ressources des pensionnés, le morcellement des marchés douteux en bon de commande administrative d’un montant de 1 milliards 794 millions, des avances de plus de 100 millions accordés sur les ressources des pensionnés, un retrait de 100 millions non reversé dans la caisse de la CNRT entre autres. Mme Hadjé Zara Adjidde, est comptable. Elle a été aussi suspendue de ses fonctions.  Elle a fait un déficit de 566 millions, des paiements fictifs de 413 millions et un retrait non justifié de 100 millions. Le dernier responsable, c’est Doh Yangara, chef de service administratif et du personnel. Lui aussi est accusé de mauvaise gestion des ressources et l’octroi, approbation des états financiers caractérisés par des informations non sincères, implication active dans tous les engagements des dépenses à caractères fictif et irrégulier.

Pour les retraités, ils sont maltraités depuis longtemps, mais la vérité commence à jaillir. « Ces gens qui n’ont pas pitié des personnes de 3e âge sont démasqués et suspendus. Ils ne doivent pas revenir par la porte arrière, gérer la Caisse nationale des retraités du Tchad », disent les retraités en colère.

Moyalbaye Nadjasna

Jusqu’à la date d’aujourd’hui, le communiqué officiel sur les décisions du Conseil de paix et sécurité de l’Union Africaine  (UA) n’est pas dévoilé. Selon nos informations, pas de sanctions contre la junte militaire tchadienne, mais des solides garde-fous pour encadrer les autorités militaires et civiles de la transition. Dans les rues de la capitale tchadiennes, les avis sont divergents sur cette décision de l’UA. Reportage.

De quelle manière l’UA entend accompagner le Tchad dans la transition? C’est une question fondamentale selon les Tchadiens. En petit groupe, ou même seul, certains citoyens estiment que la décision de l’UA dans le contexte actuel des choses n’est pas un mal en soi.

Adoumadji Ronelyabé est habitant de Moursal, « je pense l’UA bien décidé de laisser les militaires gérer la transition. Ce qu’il faut faire c’est de les surveiller de près afin qu’ils ne jouent pas au petit malin à la fin de la transition. Vous savez, nous avons besoin de la paix, la violence nous suffit dans ce pays-là. Pendant que les autres avancent, nous tournons en rond », dit-il. 

D’autres Tchadiens pensent que l’UA a pris une décision irresponsable. Ne pas sanctionner le Tchad, c’est une perche qui est tendue aux militaires. Abdramane Izadine Souleymane est commerçant dans un des grands marchés de la place. Selon lui, l’UA sait ce qu’elle fait, c’est une grande organisation. « Attendons voir comment les choses vont évoluer après cette décision. J’appelle à la patience de mes compatriotes. Seul Allah connaît où est la destinée de ce pays», confie-t-il. 

Pour Séraphin Goliath, l’UA a fait du gâchis. Elle aurait dû sanctionner le Tchad. « Je vous assure je suis déçu. C’est une décision qui ne mérite pas d’être prise par une importante organisation africaine comme l’UA. Elle n’a plus de crédibilité et nous tchadiens ne lui accordons aucune importance. Un jour, sans l’UA, la vérité triomphera je vous promets», mentionne-t-il, d’un vif élan. Il renchérit, un homme ne peut défaire ce que Dieu fait, et Dieu rendra justice au peuple tchadien.

Selon nos sources, après quatre semaines d’hésitation, le Conseil de paix et sécurité de l’UA a fini par adopter une position conciliante face à la junte militaire. Pourtant, la mission d’enquête de l’UA envoyée à N’Djamena envisageait d'exercer « des pressions » pour aboutir à une solution à la malienne avec une présidence bicéphale avec un président civil, un vice-président militaire et une machine gouvernementale dominée par les civils.

Conditions

Selon Radio France Internationale (RFI), les conditions telles que, le partage équilibré du pouvoir entre les militaires et le gouvernement civil, les membres du Conseil militaire de transition ne pourraient pas se présenter aux prochaines élections. Le CPS a endossé cette promesse et a décidé de l'étendre à l'ensemble de tous les membres du gouvernement de transition, toujours selon nos sources, alors que la charte de transition est muette sur cette question. L’Union africaine va nommer rapidement un envoyé spécial qui sera chargé notamment d’« aider le Tchad à rétablir l’ordre constitutionnel ». Cela passe par l’organisation d’un dialogue national qui regroupe tous les tchadiens. Et qui doit aboutir à une charte de transition «amendée», la réconciliation nationale et une nouvelle Constitution pour le pays. Mais aussi et surtout l’organisation « d’élections libres, justes et crédibles» au bout d’une seule période de 18 mois, selon nos sources.

Enfin, pour Vincent Mbailassem, habitant d’Ardep-djoumal, les dirigeants africains ne valent absolument rien. « Avec tout ce qui se passe, l’UA crucifie le peuple tchadien. Pourquoi même nos patriarches ont créé cette organisation? Une organisation qui se fiche de ses règles, et les foules au pied n’est qu’un club d’amis», dit-il. À noter que le communiqué officiel du Conseil Sécurité et Paix de l’UA détaillant ses décisions est toujours attendu.

Moyalbaye Nadjasna

La saison des pluies semble avancée à grands pas. La capitale tchadienne, N’Djamena a reçu quelques gouttes de pluie. Dans des quartiers tel que Amtoukoui, la peur de revivre les inondations de l’an passé est présente. Reportage. 

Amtoukoui, carré 41 dans le 8e arrondissement de N’Djamena. Tout semble calme ce mardi 18 mai. Dans les ruelles qui parcourent ce carré, peu de monde est visible.

Ce carré a été, en août dernier, envahi par les eaux de pluie obligeant ainsi ses habitants à trouver refuge dans d’autres quartiers. Avec la saison des pluies qui approche, ce mauvais souvenir hante encore les esprits. Mais pratiquement sur le terrain, pas grand-chose n’est fait. À part la reconstruction des habitations écroulées, rien de plus particulier n’est engagé. Sauf un comité de crise.

Guindja Nabia, est l’un des membres du comité de crise des carrés 27 et 41. Il a perdu avec l’inondation de l’année dernière six de ses chambres. Il a encore en mémoire les images de cette catastrophe. « C’était lamentable. Avec ma famille, on avait trouvé refuge ailleurs. J’ai pu reconstruire trois des chambres écroulées », dit-il.

D’après lui, ce comité est mis sur pied depuis 2017 lorsque les eaux des pluies ont inondé les carrés 27 et 41. Les eaux n’étaient restées que quatre jours, se souvient-il. Pour éviter pareille situation, le comité a saisi les autorités municipales des 7e et 8e arrondissements. Celles du 7e arrondissement ont décliné leur responsabilité en invoquant le principe de territorialité, celles du 8e se sont engagées. « On a adressé une correspondance à la mairesse de cette commune. En réponse à notre lettre, une mission a été dépêchée sur le terrain pour s’enquérir de la situation », rappelle Guindja Nabia. La suite, c’est un dossier classé. « Rien n’a été fait après cette descente des techniciens », fait-il savoir.

En août 2020, la catastrophe se produit de nouveau. Cette fois, sur une longue durée. « Le 19 août 2020, nous nous sommes réveillés envahis par les eaux des pluies. Ces eaux sont restées au moins 45 jours », indique Guindja Nabia. Conséquence, tout le secteur a été vidé de ses habitants ; des maisons écroulées. Les autorités municipales du 8e sont toujours aux abonnés absents.

Les eaux qui inondent ces secteurs, selon les explications de Guindja Nabia, proviennent la plupart des quartiers du 7e arrondissement. « Avec la construction de l’avenue Taiwan, nous éprouvons d’énormes difficultés. Car, les dalots construits orientent les eaux vers notre zone. La construction de deux canaux artificiels de drainage des eaux à N’Djari, dans le 8e arrondissement, fait que l’eau est encore orientée vers notre secteur », analyse-t-il.

Cette année, le comité est réactivé. Des rencontres de concertation ont déjà commencé. Et le comité a décidé, cette fois, de saisir directement la Mairie principale. « Le maire 2e adjoint nous a reçus. Après avoir enregistré nos doléances, il a dépêché une mission sur le terrain », informe Guindja. Reste à savoir si une solution sera trouvée.

En attendant, le comité de crise des carrés 27 et 41 ne baisse pas les bras. « On est en train de nous organiser. Et d’ailleurs, nous avons mobilisé des jeunes qui sont en train de sillonner les concessions pour collecter l’argent », souligne-t-il. Cependant, menace le comité de crise, si les autorités municipales ne réagissent pas à leur demande, il procédera à la fermeture des dalots et canaux artificiels qui orientent les eaux vers leurs carrés. Tout de même, tente de rassurer un sexagénaire, ce phénomène se produit presque tous les quatre ou cinq ans.

Oumar Mahamat Makaye est le chef du carré 41. Il affirme malgré les multiples demandes déposées à la commune de leur arrondissement, les autorités sont restées de marbre. Toutefois il reconnaît que cette année, il n’est pas encore passé les voir. Il promet que dans les jours à venir, lui et ses collègues des carrés inondés tiendront une rencontre de concertation avant d’envisager des actions à mener.

L’avis de la commune du 8e arrondissement

D’après le technicien du service hygiène, assainissement et santé de la commune du 8e arrondissement, Yaya Adam Yaya, sa circonscription ne baisse pas les bras à propos des inondations des quartiers. « Depuis la fin du mois saint de ramadan, notre équipe a commencé par le curage des canaux de drainage des eaux. J’attends actuellement le rapport de cette équipe », fait-il savoir. Après cette opération, informe-t-il, la commune procédera aux travaux d’élargissement des bassins de rétention des eaux de pluie.

Christian Allahadjim
Allarassem Djimrangar

Difficile pour l’école tchadienne ces dernières années. Les examens sont organisés en dépit de tout de programme inachevé, des 900 heures non atteintes, etc. Ialtchad Presse a fait un tour pour échanger avec quelques enseignants, élèves des établissements scolaires, mais aussi avec le syndicat national des Enseignants du Tchad (SET). Reportage.

L’école tchadienne est en perte de vitesse depuis quelques années. La principale cause est la baisse de niveau. Mais il n’y a pas que cela. Plusieurs facteurs négatifs affectent terriblement le fonctionnement normal des établissements scolaires. Des grèves à répétition, le coronavirus et actuellement la situation sociopolitique et sécuritaire précaire au pays. Depuis la mort du président tchadien Idriss Deby Itno, rien ne va pour l’école tchadienne cette année. Or, pour organiser les examens et concours, le programme d’enseignement doit être validé dans sa totalité proportionnellement au volume horaire fixé. Partout les cours ont repris. Certains établissements sont plus avancés dans leur programme que d’autres, à l’exemple du lycée Technique commerciale(LTC).

Abdeslam Idriss Mahamat est le proviseur du LTC. Selon lui, le programme scolaire est prolongé jusqu’au 17 juillet 2021. Il affirme que les relevés du 3e trimestre sont disponibles et les cours se déroulent normalement. D’après lui, le LTC n’a pas de problèmes, « certains professeurs ont fini leur programme, donc nous leur avons recommandé de faire les travaux dirigés(TD) et des travaux pratiques(TP). Nous entendons organiser le bac blanc pour rehausser le niveau de nos élèves », dit-il.  M. le proviseur soutient que 2 heures ont été ajoutées sur les emplois du temps des chargés de cours afin qu’ils se rattrapent. « On est dans le temps, malgré les inquiétudes. Par rapport au volume horaire qui est de 900 heures pour l’enseignement général, dans l’enseignement technique nous avons plus de 1040heures», dit-il avec assurance.

« L’école tchadienne est reléguée au dernier rang »

Pour Blaise Ngartoidé, secrétaire général du Syndicat des Enseignants du Tchad, affirme que le Tchad est un pays où on donne peu d’importance au volume horaire réalisé pour prétendre passer les examens et concours de fin d’année. « Il faut vous rendre compte qu’en 2016-2017, nous avons eu moins de cours, mais cela n’a pas empêché aux gens d’organiser les examens. Cela veut dire quoi ?  C’est tout simplement parce que le tchadien est relégué au second rang et on s’amuse avec l’école qui est le socle d’un pays», indique-t-il. Pour lui, plusieurs choses ont perturbé l’école, en plus des grèves et la covid-19. Il se inquiet que le gouvernement fasse la même chose que les années précédentes. «Vous savez ont fait des bacheliers qui ne sont pas dignes parce que le bac c’est d’abord la tête et non le papier. Au niveau supérieur même on a des licenciés et des niveaux maîtrise qui ne valent rien du tout», affirme le SG du SET . Dans un pays normal dit-il, lorsque les pédagogues, les enseignants du terrain s’accordent pour dire il faut d’abord réaliser tel nombre de volumes horaires avant d’organiser les examens, les gouvernants respectent. En 2017-2018, poursuit-il,  le Tchad n’a connu que trois mois et demi de cours, mais en dépit de cela, les examens ont été organisés. «Franchement les gouvernants n’ont pas fait de l’école la priorité des priorités. Cette année, les grèves multiples et la mort du président de la République Idriss Deby Itno a mis les établissements scolaires à N’Djamena pendant un mois et demi à terre», exprime-t-il.

Pour le SG du SET, il faut se soucier de ces insuffisances. En tant qu’organisation syndicale, l’année dernière nous nous sommes interrogés si avec de telles insuffisances, on peut organiser des examens et concours, dit-il. L’actuel ministre de tutelle est en consultation avec les différentes directions à ce sujet. Une rencontre est prévue vendredi avec le syndicat des enseignants . « Nous irons leur demander qu’avec tous les retards que nous connaissons est-il possible d’organiser des examens et concours ? », dit le syndicaliste.  « S’ils veulent donner des diplômes mérités aux enfants, il faut revoir les calendriers et les reconsidérer. Car N’Djamena et les autres provinces ne sont pas au même niveau des volumes horaires dispensés», conclut le pédagogue.

Moyalbaye Nadjasna

La devanture du Lycée Felix Éboué de N’Djamena est réputée être le quartier général des fabricants des lits à fil localement appelé « lit picot ». Hassan Abakar fait partie de ceux-là. Il se réclame même « précurseur » de ce secteur d’activité. Ialtchad Presse est allé à la rencontre de cet artisan et du « lit picot ». Reportage.

Jeudi 11 mai. Il est 10 heures passées de 22 minutes. Sur l’avenue Mobutu, la circulation est moins dense. Les fonctionnaires ont déjà regagné leurs différents bureaux au centre-ville. Devant le lycée Felix Éboué, Haroun Abakar, artisan s’est installé, avec son apprenti-artisan. Il est fabricant des lits à fil appelés généralement « lit picot ». La devanture de ce grand Lycée historique est connue pour être le quartier général des fabricants de lits picots.

Haroun Abakar, la quarantaine entamée, est un vétéran en la matière. Il exerce ce métier depuis plus de 20 ans. Et c’est depuis 10 ans qu’il a pris place devant le lycée Felix Éboué. Sous sa supervision, son aide dresse un lit picot commandé.

La fabrication des lits picots, Haroun Abakar l’a apprise au Soudan dans les années 2000. Installé au Tchad, il a d’abord ouvert son atelier Petro Tchad à côté du canal de drainage des eaux du quartier Paris-Congo. Il y demeure à cet endroit pendant au moins 10 ans avant de se fixer définitivement devant le lycée Félix Eboué en 2010. Haroun Abakar a formé près d’une centaine d’apprentis qui évoluent à leurs propres comptes. « Tous ceux que vous voyez dresser ces lits devant ce lycée ont été mes apprentis. D’autres sont dans des provinces », dit Haroun Abakar.

Pour fabriquer un lit picot, Haroun Abakar utilise principalement deux matériaux : les tuyaux en fer et du fil plastique. Et éventuellement de la peinture. « Il faut d’abord couper ces tuyaux et les souder au format à l’atelier de soudure avant de commencer à tresser les fils », indique-t-il. Pour cela, Haroun Abakar a au moins 17 personnes qui travaillent avec lui. « C’est un travail à la chaîne », commente-t-il.

Des lits picots, il en existe des cadres originaux français et chinois, dit Haroun Abakar. Mais dans son atelier, il procède à la modification de ces cadres, pour les rendre plus confortables. Ainsi, Haroun fabrique des picots avec un modèle réglable à trois niveaux avec la pose tête. Et la clientèle ne manque pas, « les gens aiment vraiment nos fabrications artisanales. Surtout les militaires, ils adorent les lits picots. Ils achètent beaucoup », dit l’artisan. Ces lits fabriqués de manière artisanale, dit Haroun, peuvent durer aussi longtemps que possible si la conservation est bien faite. « Ce lit ne veut pas être exposé au soleil », affirme-t-il.

Ces lits mesurent généralement deux mètres de longueur et 80 cm de largeur. Il y a aussi ceux de 50 à 60 cm de largeur. « C’est selon la commande », fait savoir l’artisan. Et par jour, il peut fabriquer 10 à 20 lits. Le prix varie de 20 000 à 27 500F. « Sur un lit, je fais des bénéfices de 2 000 à 3 000F », dit Haroun Abakar. Pour se conformer à la législation, l’artisan dit qu’il paie des taxes à la Mairie chaque mois à hauteur de 3 000F, aux impôts 32 500F l’année.

Depuis quelques années, Haroun dit rencontrer d’énormes difficultés. Financières surtout. Après le démantèlement de son atelier PetroTchad, le maître des lits picots n’a plus les mains sur le picot. « Avant j’étais bien organisé. Mais maintenant c’est difficile », avoue l’artisan. Difficile parce que la concurrence est là. Mais là n’est pas le problème, d’après lui. « Les aides du côté de l’État manquent vraiment dans ce secteur », dit-il déçu. Il affirme avoir déposé plusieurs fois son projet de création d’un atelier dans des institutions comme FONAP, FONAJ, ministère en charge des Petits métiers mais sans succès, « mon objectif est de créer un atelier digne de ce nom, former des jeunes pour pérenniser ce savoir-faire ».

En attendant, des jours meilleurs, Hassan Abakar et ses 17 apprentis travaillent pour le plaisir de leurs compatriotes. Car, le lit est un endroit par excellence où l’homme passe le plus de son temps. Et le lit picot est plus sollicité pour des temps de repos courts.

Christian Allahadjim
Allarassem Djimrangar

Depuis la prise de pouvoir par le Conseil Militaire de Transition (CMT), le 20 avril, N’Djamena vit au rythme des tensions. Différentes manifestations ont été organisées. Et une répression aveugle s’en est suivi. Les victimes témoignent.

Quartier Chagoua dans le 7e arrondissement de la ville de N’Djamena. Il est 10h47mn ce 13 mai. Raïs Kim, artiste rappeur, nous reçoit chez lui. Sa maison n’a pas d’électricité depuis 2 jours. C’est dans un salon bien chaud qu’il nous accorde l’entretien.

Depuis l’officialisation de la candidature de feu Idriss Déby Itno à la présidentielle d’avril 2021 pour un sixième mandat, Raïs Kim, artiste-rappeur, s’est mobilisé contre ce mandat qu’il qualifie de trop. Il a participé à plusieurs marches pacifiques. Des marches qui ont toujours dégénéré.

Le 27 avril dernier, il est sorti encore manifesté. Cette fois, pour dire non à la prise de pouvoir par le CMT après l’annonce de la mort du président Deby Itno le 20 avril passé. Mais ce jour, les choses ont mal tourné pour celui qui est considéré comme un artiste engagé et grand mobilisateur.

Ce 27 avril, Raïs Kim, aux côtés des autres manifestants, entame la marche devant le Lycée Jimmy Carter sur l’avenue Pascal Yoadimnadji. Direction, l’espace Fest’Africa. « Sur le chemin, on a été intercepté premièrement par les forces de l’ordre. Ils ont essayé de nous disperser à coups de gaz lacrymogènes. Nous avons résisté pour continuer notre marche », raconte-t-il. Arrivée sur le croisement de l’axe CA7, poursuit-il, son équipe est prise en tenailles par trois (3) groupes de forces de l’ordre. « Mais on a toujours résisté. Et là, il y a eu des tirs de sommation », dit l’artiste. Coincés, Raïs Kim et son équipe prennent le large du côté du fleuve Chari. C’est là où il a été la cible d’un tir à bout portant.  « L’agent a pris l’arme de son ami qui avait tiré deux balles de sommation. Il s’est mis à genou et il a dirigé son arme vers moi », dit la victime. Il enchaîne : « je pensais que c’était les gaz lacrymogènes qu’il allait tirer donc  j’étais serein. Du coup, je me rends compte que je saigne au niveau de ma cuisse. Les amis ont constaté automatiquement que c’était une balle réelle qui a transpercé ma cuisse. » Grâce à ses compagnons, il a été transporté au centre de santé d’Habbena où il a reçu les premiers soins. Son malheur ne s’est pas arrêté là.

L’artiste affirme qu’il a été contraint de vivre caché pendant 2 jours avant de regagner son domicile. Car, dit-il, des agents (il ignore leur corps d’appartenance) le traquaient. Aujourd’hui, Raïs Kim se porte bien, sa plaie est cicatrisée. « J’ai le moral haut et je suis encore doublement engagé et prêt parce que même le 8 mai dernier, j’étais sorti pour la marche de Wakit Tama ». Il annonce en même temps que le 19 mai, il sera encore dans les rues. Ce,  « jusqu’à ce que nos revendications puissent avoir un écho favorable ».

Au quartier N’guéli dans le 9e arrondissement, c’est Madjirébaye Hervé, enseignant de philosophie et écrivain qui nous accueille. Lui aussi a été victime de violences policières et militaires. Sous un arbre et dans un calme pesant, il nous raconte son calvaire.

« C’était le samedi 8 mai, le jour de la manifestation. Mais je n’étais pas parmi les manifestants », dit-il. Vers 17heures, Hervé, après une visite à la maison familiale au quartier Chagoua, rentrait tranquillement chez lui à N’guéli. Arrivé à la hauteur de l’ambassade des États-Unis, il est interpellé par un de ses cousins. « Donc j’ai dû ralentir. Je roulais à 15-20Km heure. Le policier qui était en faction à cet endroit pensait que je voulais m’arrêter. Il m’a demandé de faire demi-tour pour aller voir mon cousin avec qui je causais tout en avançant. Je lui ai répondu que la voie est à sens unique donc je ne peux pas faire demi-tour. Il me dit dans ce cas il ne faut pas non plus que je m’arrête. Je lui ai répondu que  je ne suis pas en train de m’arrêter », relate-t-il.

Chemin faisant, il tombe sur un deuxième policier qui, cette fois, l’arrête et  coupe le moteur de sa moto avant de le lui retirer la clé de contact. Celui-ci l’accuse d’avoir injurié son collègue. « Je lui ai dit non je n’ai pas insulté votre collègue », lui rétorque Hervé. La victime croyait qu’il y a eu malentendu, « parce que je parlais au même moment avec mon cousin et avec le policier. Donc mes paroles et mes gestes à l’endroit de mon cousin, il les prenait pour son collègue », analyse-t-il.

Le ton monte. Selon la victime, le policier a commencé par la bousculer sur la moto. Et lorsqu’il est descendu, celui-ci lui braque son arme. Réflexe, Hervé lui saute dessus pour éviter qu’il ne lui tire dessus. Car, justifie-t-il, dans la plupart des cas où des agents de force de l’ordre déployés devant des institutions braquent leurs fusils sur des civils se sont soldés par mort d’hommes. « J’ai appelé au secours et leur chef est arrivé », indique-t-il. Et c’est là que son calvaire a commencé. « Ils m’ont pris pour m’amener au kiosque leur servant de poste. Ils ont commencé par me bastonner. Ils voulaient absolument m’atteindre à la tête. Heureusement j’avais mon casque bien attaché à la tête », affirme-t-il. Mais d’après lui, ses bourreaux ont voulu lui retirer son casque pour continuer leur sale besogne.  « De là j’ai profité pour leur dire qu’il y a des caméras installées qui filment tout ce qu’ils font. Ils ont pris peur et m’ont laissé dans le kiosque. Ils ont fait appel à la base du GMIP et un véhicule est venu me chercher quelques minutes plus tard »,

À la base du GMIP, il sera gardé dans une cellule de deux mètres et demi sur deux, pendant quatre jours.  Durant ces jours de détention, la victime avoue qu’elle a été bien traitée. « J’ai trouvé des agents qui m’ont traité de façon correcte. Tous ceux qui se sont relayés ont pris le temps de m’écouter. C’est ce que j’ai vraiment apprécié »,  dit Hervé. Entre temps les commandants refusent de l’écouter détailler sa version. « Pour eux je suis un terroriste, un point un trait. Un des policiers m’a clairement dit que mon dossier est déjà préparé pour qu’on me transfère au bagne de Koro-Toro ».

Au quatrième jour, Hervé a été transféré au commissariat central. Présenté à un directeur de service, il a été relâché après que son passeport n’ait été réclamé. Mais pour Hervé, l’inquiétude demeure. « J’ai été accusé de terrorisme, de rébellion. Je ne sais pas si je serai fiché ou encore suivi par des services spéciaux »,  lâche-t-il.

Il n’y a pas que ces deux. Des centaines de personnes ont été victimes de la bavure policière durant cette série de manifestations. Les marches pacifiques donnent lieu souvent à des répressions disproportionnées. Celle du 27 avril par exemple s’est soldée par la mort de 15 personnes selon les organisateurs et 6 selon les autorités de la transition.

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