lundi 8 août 2022
Le Point

Le Point (75)

Le Tchad indépendant a 61 ans. Durant ces six décennies, le comportement des Tchadiens a-t-il changé ? Le sociologue consultant Mbété Felix Nangmbatnan note que, les Tchadiens ont perdu le sens du patriotisme et l’intérêt national au profit des intérêts de clans et de familles.

Le sociologue consultant Mbété Felix Nangmbatnan, analyse qu’après 61 ans, les Tchadiens ont perdu le sens du patriotisme et l’intérêt national au profit des intérêts de clans et de familles. Selon lui, le peuple ne s’aime plus comme au lendemain des indépendances. Le sociologue affirme que, les Tchadiens ont perdu également la notion du civisme pour l’incivisme dans tous les domaines : social, fiscal et politique. Le consultant affirme qu’une perte des valeurs sociales et morales entrave la construction d’une nation. Le peuple tchadien soutient-il, s’achemine vers des revendications identitaires voire sécessionnistes.

Autre introspection, monsieur Mbété Felix mentionne que le Tchad compte de nos jours, beaucoup de diplômés, mais de moins en moins d’intellectuels. Il constate aussi qu’il y a eu des progrès dans la scolarisation surtout, les taux bruts de scolarisation sont flatteurs. D’après lui, des avancées dans la santé ont permis d’augmenter sensiblement l’espérance de vie à la naissance. Le sociologue souligne le progrès en fonction du Genre avec la scolarisation de plus en plus importante des jeunes filles. Il déplore les pesanteurs sociales qui demeurent vivaces telles que, l’excision, le mariage précoce et les violences basées sur le genre.

Concernant les points positifs de l’indépendance, Mbété Felix cite la fin des travaux forcés et de l’esclavage domestique. Il désapprouve tout de même, la reprise ces dernières années avec la vente des enfants bouviers et autres trafics humains. Autre fait positif selon le sociologue, c’est la liberté d’expression et d’association retrouvée après tant d’années de dictature. Pour lui, cette liberté malheureusement n’engendre que des points sombres comme l’expression de la haine tribale et des identités locales sectaires sur les réseaux sociaux et dans les journaux ce dernier temps.

Propositions

En guise de suggestions pour le redressement de la société tchadienne, le sociologue consultant Mbété Felix Nangmbatnan, insiste sur le retour à la cohésion sociale et l’Unité du pays dangereusement menacée en ce moment. Il estime aussi qu’il faut revenir sur les fondements qui bâtissent une Nation à savoir l’Éducation, le Civisme et le Patriotisme. Le consultant pense qu’il faut mettre fin à l’exclusion et à la marginalisation par une politique volontariste de l’emploi pour les jeunes désœuvrés.

S’agissant de la période de la transition au Tchad, Mbété Felix indique qu’elle se fait sans moyen et prend du retard par rapport au calendrier établi pour 18 mois. « Il n’y a pas d’harmonisation des points de vue sur la marche de la Transition entre le CMT et les acteurs de la Société Civile qui manifestent pour dire Non au processus enclenché », dit-il. Il souligne que, les difficultés et les défis sont nombreux, mais il y a de l’espoir qu’un véritable dialogue puisse réunir les Tchadiens pour un nouveau départ. Pour préciser ces défis, il cite par exemple, le conflit agropastoral qui revient avec son lot de massacre et pourrait entacher le bon déroulement de cette transition sans oublier, la menace Boko Haram.

Moyalbaye Nadjasna

Le 11 août 1960, 11 août 2021, le Tchad va fêter ses 61 ans d’indépendance. Après six décennies, quel est l’état des lieux de la politique tchadienne? Le politologue, Dr Évariste Ngarlem Toldé analyse la situation politico-militaire.

Le politologue Dr Évariste Ngarlem Toldé précise que, les problèmes du Tchad ont leur origine dans les différentes constitutions taillées sur mesure. Il rappelle qu’à l’ère du Mouvement Patriotique du Salut (MPS), la constitution de 1996, a été modifié trois fois en 2005, 2018 et 2020. Selon lui, la modification à mainte reprise de cette loi fondamentale a constitué le nerf de guerre des acteurs politiques tchadiens. « Les politiciens continuent à s’entredéchirer jusqu’aujourd’hui. Cela fait que le Tchad avance d’un pas en avant et de deux pas en arrière remettant ainsi en cause la situation politique du pays », dit-il. Dr Évariste rajoute que la rébellion à commencer pendant l’indépendance et aujourd’hui encore on connaît des rébellions dans ce pays. Pour lui, le problème de la réconciliation et de la paix n’a jamais été réglé de façon fondamentale depuis les années 1965-66 entre les Tchadiens.

Pour revenir à l’actualité, le politologue note que le Conseil Militaire de Transition(CMT) est mal placé pour organiser le dialogue national inclusif. Car soutient-il que le CMT ne peut pas être juge et parti. Il souhaite par ailleurs que, les assises nationales soient confiées aux facilitateurs neutres avant de proposer par exemple, la francophonie ou l’Union africaine. Juste pour inspirer confiance aux acteurs, argumente-t-il. « Je crois que les gens demandent au CMT de revoir la charte de transition. Imaginez-vous, le CMT n’est constitué que des militaires, ce n’est pas diffèrent d’un coup d’État. Alors il faut faire en sorte que les civiles intègrent le gouvernement. Sinon, un gouvernement civilo-militaire. Le CMT doit remettre la balle à terre », dit Dr Évariste. D’après lui, si ce travail en amont rate, cette rencontre va porter les germes d’une dislocation future du pays. « Je préfère le terme Conférence Nationale Souveraine(CNS) au lieu de Dialogue national inclusif », insiste le politologue.

François Tombalbaye devient Premier ministre le 29 mars 1959 et son parti remporte les élections législatives de mai 1959. L’indépendance du Tchad est proclamée le 11 août 1960. Deux ans après l’indépendance, en 1962, François Tombalbaye a interdit tous les partis politiques à l’exception du parti présidentiel, le Parti Progressiste Tchadien(PPT). Le Tchad ne faisait pas œuvre originale en Afrique et la culture du parti unique s’est installée. Hissène Habré et Idriss Deby, chacun à sa manière, en fait usage. Fin octobre 1965, les paysans se révoltent à Mangalmé (préfecture du Guéra) contre une administration locale corrompue et des impôts trop lourds.

Dr Ngarlem Toldé, précise que le premier coup d’État au Tchad a été organisé en 1963. Il rajoute qu’après la mort de Tombalbaye, en 1975, de 1975 à 1979, c’était le règne militaire en association avec certains rebelles. Le politologue explique qu’en 1979, la Charte fondamentale a permis à Hissène Habré de devenir 1er ministre du Tchad. « La guerre civile éclate en plein cœur de la capitale, N’Djamena. C’était la guerre civile des tendances politico-militaires qui vont morceler le pays. Il y a eu plusieurs conférences de consultation qui n’ont pas abouti. 1982 Hissène Habré s’empare du pouvoir. 1989 c’est le parti unique, Unir, avec une 1ere constitution. Un an après, en 1990, le MPS est arrivé au pouvoir », explique l’enseignant chercheur. Il affirme que la conférence de réconciliation de Kanon 1 regroupait 4 tendances de rébellions et celle de Kanon II, 11 tendances. Selon lui, en 1969 , Ngarta Tombalbaye à l’époque, a envoyé le dossier avec Aboubakar Abba Sidick qui dirigeait le FROLINAT à Tripoli. Felix Malloum, lui, envoie son vice-président Mamari pour négocier un accord à Khartoum avec Hissène Habré. Pour Dr Évariste, ces rencontres de négociations et de réconciliations n’ont pas jeté les bases de la paix pour les fils du Tchad.  « Le Tchad est très fragile à cause de plusieurs problèmes comme l’insécurité, le fédéralisme, le bilinguisme. Les vrais problèmes du Tchad n’ont pas été débattus, du moins pas à la conférence nationale souveraine de 1993. Le cahier de charge n’a pas été mis en application », explique le politologue. Dr Évariste Ngarlem Toldé insiste sur les modifications répétitives de la constitution. C’est pour lui la base de tous les maux du Tchad. Il réitère son propos en mentionnant, « les différentes réconciliations nationales n’ont pas produit les résultats escomptés. »

Moyalbaye Nadjasna

La Justice se dédouble de sens, elle est une institution, mais aussi une valeur. D’une façon générale, la justice en tant qu’institution a pour fonction d’appliquer les lois, c’est-à-dire le pouvoir judiciaire. Mais la justice désigne aussi la valeur qu’on attache au jugement rendu et aux lois au nom desquelles ce jugement est rendu. Pourquoi, au Tchad, cette institution n’est pas crainte et ses valeurs ne sont pas respectées ? Ialtchad Presse analyse pour vous cette situation.

Le juge dans le passé était respecté, il incarnait le symbole de l’État. Le juge est un professionnel de droit, un praticien comme le greffier, le magistrat, l’huissier, le notaire et l’avocat. Traîner quelqu’un à la justice, c’est l’amener chez le blanc pour le tuer. Donc la justice est crainte et le juge respecté, voire vénéré. L’autorité des juges et des magistrats était celle de l’État crainte par le peuple et la loi était de rigueur. À l’époque, les sessions criminelles constituaient (juger un criminel) un grand évènement. Aujourd’hui, il y a une désaffection totale sinon un déficit de l’autorité de l’État et un incivisme caractérisé des individus et citoyens lié à une impunité généralisée. Le service de l’État est méprisé et piétiné. Ce qu’on constate actuellement, c’est désolant, le comportement des citoyens tchadiens face à la Justice évoluée, mais négativement ! L’autorité de l’État est bafouée. Les acteurs de la Justice sont souvent assassinés et les assassins sont sereins. « Le système judiciaire est l’institution la plus importante pour assurer le véritable exercice des droits de l’homme, et il faut donc donner la priorité à la mise en place d’une justice honnête et équitable, et les organismes chargés du développement dans le monde doivent en tenircompte », affirme Mme Éva JOLY (ancienne juge, Conseillère spéciale de l’Agence de coopération et de développement de la Norvège)

Il n’est pas exagéré de dire de nos jours que l’état de lieux sur le système judiciaire et toutes ses structures donnent envie de pleurer. À qui revient la responsabilité ? À l’État, aux acteurs de la Justice ou aux citoyens ? Difficile de situer cette responsabilité. Car les justiciers incrimineront l’État, les peut-être les justiciables aussi. Mais l’État se dirait s’assumer peut-être pour ne rien dire.

À notre humble avis, dans un État, il existe trois pouvoirs (l’exécutif, législatif et le judiciaire), mais celui qui gère la République c’est l’exécutif. Dans la théorie de séparation des pouvoirs, aucun de ces pouvoirs ne doit s’immiscer dans les prérogatives de l’autre.

Mais par la disposition des choses, le pouvoir doit arrêter le pouvoir, un véritable jeu démocratique. Le Tchad consacre-t-il ce principe de gouvernance? La réponse à cette question est affirmative. La constitution tchadienne remplacer aujourd’hui par une charte de transition dit clairement que le pouvoir judiciaire est indépendant vis-vis des autres pouvoirs. Le constat montre la Justice n’est plus une institution respectée et honorée. Elle semble être laissée pour compte. La justice est rendue au nom du peuple tchadien. Le nombre des magistrats est en deçà des besoins de la société tchadienne. Quelle Justice nous voulons pour le Tchad ? Un pouvoir ou un simple service ? La paix sociale doit se reposer sur la justice. Gouverner n’est-il pas aussi prévenir ? D’après Mme L. ARBOUR (Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme), « l’efficacité de la gouvernance démocratique repose donc sur l’exercice responsable du pouvoir par un exécutif respectueux des prérogatives des autres branches du gouvernement ainsi que sur un parlement et un appareil judiciaire indépendants qui se montrent vigilants et décidés à protéger les pouvoirs constitutionnels qui leur sont conférés. »

Selon une source judiciaire, le Tchad compte depuis l’indépendance à nos jours que 583 magistrats, 39 TGI, 9 CA prévues, mais 5 opérationnelles (N’Djamena, Moundou, Sarh, Abéché et Mongo), 53 justices de paix dont aucune n’a un local descente.

Comment faire pour arriver à la terre promise ?

Les gangrènes de la Justice tchadienne connues de tous sont entre autres, l’impunité, la corruption, l’incompétence de certains juges et magistrats, les us et les coutumes qui se transposent dans les règles judiciaires et s’appliquent en lieu et place de la loi. À notre compréhension, il faut bien évidemment respecter la loi et ceux qui en sont les dépositaires. Le ministère de la Justice ne fait-il pas partie des ministères prioritaires du pays ?  Désolé, une enquête PRAJUST semble noter 46% des citoyens tchadiens ne font pas confiance à leur Justice. À en croire les raisons, c’est tout simplement peut-être qu’ils estiment que les problèmes ne sont pas traités de façons efficace et équitable. Comment faire pour que les Tchadiens croient en leur Justice en tant qu’instrument de paix ? C’est à notre avis une question fondamentale. Mais quelle sera la réponse la plus adéquate ? En effet, il y a un travail à faire au niveau de la justice tchadienne. Dirait-on le contraire, lorsque juger pour la plupart des Tchadiens aujourd’hui repose sur les chefs de cantons, les commandants des brigades, les commissaires de police et les sphériques, on ne peut construire un État de droit.  Faut-il encore organiser les états généraux de la Justice ? Le ministère de la Justice est un ministère de la souveraineté. L’Exécutif doit-il s’abstenir des nominations judiciaires ? Un travail de fond doit être fait au ministère de la Justice. Faut-il libérer le juge économiquement pour qu’il ne soit pas maniable ?  « Les questions budgétaires sont très importantes, car la justice a besoin de ressources adéquates pour fonctionner correctement. Il faut lever les restrictions sur les allocations budgétaires, car l’affectation de montants de financement permet d’exercer des pressions », déclare M. L. DESPOUY (Rapporteur spécial des Nations Unies sur l’indépendance des juges et des avocats).

Pour redorer le blason de la Justice au Tchad, d’abord la justice doit être vue et considérée comme une institution souveraine, mais aussi une valeur respectée par tous. Car la constitution ou même la charte note que la justice est rendue au nom du peuple tchadien.

Moyalbaye Nadjasna

Les autorités tchadiennes ont refusé de recevoir l’envoyé spécial de l’UA le Sénégalais Ibrahima Fall. Cette décision a provoqué un incident diplomatique. Pour un éclairage de la situation, Ialtchad Presse a rencontré Dr Maoundonodji Gilbert, constitutionnaliste, enseignant chercheur à l’université de Ndjamena.

Suite au refus du Conseil Militaire de Transition (CMT) de recevoir l’envoyé spécial de l’UA qui devait accompagner la transition, le sénégalais Ibrahima Fall, beaucoup s’interrogent sur la bonne foi de la junte au pouvoir. Le processus du dialogue national inclusif qui doit aboutir à des élections libres et transparentes d’ici 18 mois sera-t-il respecté?

Pour l’enseignant chercheur, le Dr Maoundonodji Gilbert, la guéguerre entre le CMT et l’UA n’augure pas bien. L’universitaire estime qu’on ne peut pas dire que le gouvernement n’est pas au courant de la nomination d’un Haut représentant (HR), notant que cela frise même la mauvaise foi. Le constitutionnaliste explique que lors de la mission de la délégation du Conseil de Paix et de sécurité (CPS) de l’UA  à N’Djamena, capitale tchadienne, « à la fin de cette mission, la délégation de l’UA a produit un rapport avec les recommandations qui ont été adoptées par le CPS », indique le Dr Maoundonodji Gilbert. Selon lui, avant l’adoption, le rapport a été soumis aux autorités tchadiennes pour faire leurs observations, soulignant que dans ce rapport, il a été clairement mentionné la nomination d’un haut représentant de l’UA. D’après lui, ce HR sera chargé d’accompagner le processus de transition, de veiller aux respects des mesures prises, puis rendre responsable ceux qui constitueraient les obstacles à la mise en œuvre des recommandations. Toutefois, il précise qu’en plus du HR de l’UA, le président en exercice de l’UA nomme un autre représentant spécial pour renforcer le bureau de liaison.

Le constitutionnaliste estime que le fait que les autorités du CMT disent qu’ils ne sont pas informes est un faux - fuyant.  « Ils se rendent compte que l’encadrement de processus de dialogue inclusif de transition par des acteurs comme l’UA restreint leur marge de manœuvre. Ils ne pourront pas faire tout ce qu’ils veulent », lance-t-il. Le professeur rajoute, « ils font du dilatoire ». Il renchérit que la communauté internationale a été très claire, même si l’UA a fait exception au Tchad par rapport à l’application des dispositions de la charte africaine sur la bonne gouvernance et les élections démocratiques. « Il faudra espérer que le président Macron va réitérer et réaffirmer au Président du CMT que l’équipe de transition est là pour stabiliser la situation et créer les conditions adéquates pour le dialogue national inclusif qui aboutira à des élections libres et transparentes dans un délai de 18 mois », souligne-t-il.

D’après le constitutionnaliste, il faudra utiliser les canaux diplomatiques pour régler cette situation, ajoutant que même si l’on a des signaux négatifs, il ne faut pas que les gens se trompent d’époque. « Il faut que cette situation permette à ce que les Tchadiens fassent véritablement la paix. Il ne faut pas faire dans le dilatoire et jouer avec les Tchadiens. Ce n’est plus l’époque », dit-il.

Jules Doukoundjé

Le parti Les Transformateurs, après 3 ans d’attente, ont finalement leur autorisation officielle de fonctionner délivrée par le ministère de l’Intérieur. Pour le président, des Transformateurs, Dr Masra Succès, les Transformateurs se sont approprié leur légitimité depuis les résultats et les rapports d’enquêtes de moralité et de diligence. Ialtchad Presse l’a rencontré. Interview

M. Masra. Votre parti Les Transformateurs vient d’obtenir officiellement son autorisation de fonctionner. Peut-on dire que l’administration tchadienne a fait son travail ?

Trois (3) ans d’injustice, 3 ans d’arbitraire, 3 ans de blessures, tout ça parce qu’on a voulu cantonner les Tchadiens qui croient dans la vision de transformation de leur pays en une terre de justice, d’égalité et de protection pour chacun. On a voulu les cantonner à un rôle qui n’était pas basé sur le droit, mais sur l’arbitraire. Nous sommes des hommes et des femmes de pardon. Nous pardonnons à ceux qui nous ont fait du mal, du tort, en ayant aussi une pensée pieuse pour ces 16 000.000 de Tchadiens qui attendent la transformation de leur pays, en ayant une pensée pieuse à ces 16 Tchadiens morts parce qu’ils ont marché, parce qu’ils ont cru dans la vision que nous portons. Ces marcheurs nous allons les honorer un jour avec des noms d’université, de rues, des bibliothèques, des inventions, etc. Parce que ce sont des Tchadiens dignes qui se sont mis debout pour la justice et leur sacrifice sur l’hôtel de l’arbitraire et de la barbarie ne sera jamais oublié. Donc, nous pardonnons et nous avançons en mettant en garde ceux qui veulent tromper l’avenir. Et en exhortons les uns et les autres à ne plus jamais répéter les erreurs du passé. C’est en cela que nous enjouions tout le monde aujourd’hui de s’asseoir, pour que nous enlevions la poussière de tout ce qui nous a conduits à la situation actuelle basée sur l’injustice et l’arbitraire afin qu’ensemble nous puissions définir les solutions d’avenir. Ça commence maintenant à travers un dialogue sous forme de conférence inclusive. Ça commence maintenant pour co-définir les organes de transition afin d’aboutir à un Tchad qui sera un Tchad nouveau. C’est ce que les Tchadiens attendent. Et c’est cela l’esprit qui nous anime.

Comment avez-vous accueilli cette nouvelle ?

Il y avait des frères tchadiens qui ont instrumentalisé une administration. Ils n’ont pas agi pour servir les Tchadiens. Ils se sont trompés pendant longtemps de chemin. Ils sont revenus à la raison. Nous sommes en train de travailler pour les 16 000 000 de Tchadiens parmi ces 16 000 000 beaucoup se sont trompés probablement. Nous aurons aussi besoin d’eux pour la suite. Vous savez cet esprit des gens qui accueillent des frères perdus, qui étaient dans l’obscurité de l’injustice, ceux-là, nous les accueillons. C’est ça le sentiment qui nous a animés.

Est-ce le résultat de votre lutte ?

D’une certaine manière, c’est le résultat de la lutte des Tchadiens et des Tchadiennes. C’est d’abord les Tchadiens et tchadiennes qui en croyant à la vision que nous avons voulu incarné pour la transformation du Tchad ne se sont jamais trompés, faiblis, doutés. C’est à eux d’abord que revient le mérite. Masra seul n’est rien du tout.  Masra à côté des autres tchadiens, ça s’appelle Les Transformateurs. Et un seul tchadien ne vaut absolument pas grand-chose. C’est pour cette raison que nous croyons dans le pluriel. Les Transformateurs, les tchadiens, c’est une vision que nous avons. C’est à côté de ces Tchadiens et Tchadiennes qui ont cru à la vision que nous portons que nous sommes nous-mêmes quelque chose et c’est en leur nom que nous n’allons jamais trahir cette cause-là qui nous a engagés hier et qui nous engagera sans doute pour l’avenir et pour les années à venir.  Nous avons dit au peuple tchadien que ça prendra 3 ans ou 30 ans, mais les transformations du Tchad vont avoir eu. Ça nous a pris 3 ans pour que tout le tout monde accepte finalement que nous soyons partis politiques. La transformation effective de notre pays prendra moins de temps. Je crois que nous arriverons à la terre promise de la transformation du Tchad voulue par les Tchadiens et Tchadiennes.

Que dites-vous à ceux qui pensent que vous étiez auparavant dans l’illégalité dans toutes vos activités ?

Non, ils le savent puisqu’ils ont demandé des excuses parce que nous n’étions pas dans l’illégalité. La preuve en est que nous n’avons pas introduit une nouvelle demande. Ce sont les mêmes choses que nous avions faites hier et ils se sont rendu compte. Pour être justes, les techniciens ont bien travaillé dans la normalité. 14 décembre 2018 a fin décembre 2018, toutes les enquêtes de moralité étaient finalisées et nous avions même reçu les conclusions de ces enquêtes. Le 16 mars 2021, nous avons rencontré le défunt président Deby qui a reconnu notre légitimité. Que tout le monde revienne à la raison, l’essentiel est que le combat est devant nous. Nous n’avons jamais douté de notre légalité. Les Tchadiens non plus. Nous nous battons pour la justice.

Votre parti Les Transformateurs est-il prêt à participer au dialogue national inclusif ?

Nous sommes le parti qui a été plus combattu pour avoir voulu le dialogue. Nous disons à tout le monde qu’il fallait un dialogue sincère. Les gens nous disaient qu’on les emmerdait avec notre histoire de dialogue que tout a été déjà discuté et que notre constitution était la meilleure votée. Le dialogue a eu lieu. Tout le monde nous vilipendait à ce propos. Mais aujourd’hui, on nous dit que le dialogue est indispensable. Ce qu’il oublie au passage le dialogue inclusif est important, mais il y a un mot qui manque c’est la sincérité. La preuve en est qu’il n’y avait pas de sincérité dans les deux dialogues du passé et nous sommes retournés à la même situation. Tous ceux qui étaient au présidium qui veulent organiser la transition, ils se moquent des Tchadiens. Ce dialogue qui va avoir lieu doit être sincère à l’exemple de la conférence nationale souveraine. Donc nous voulons jouer notre partition au dialogue.

Pour finir, ces derniers temps les manifestations ont cessé. Aviez-vous changé de stratégie ?

Non. Notre stratégie c’est de ramener la justice, l’inclusion, l’égalité, l’alternance par les urnes. C’est l’ensemble de ce combat-là au nom duquel nous sous sommes engagés. Pendant 13 semaines, les Tchadiens ont marché, 1200 personnes ont été arrêtées, 450 blessés, 16 personnes ont été tués. Jamais cela n’était arrivé dans notre pays. Voir le peuple tchadien debout et à l’ouvrage pour donner vie et corps à l’hymne de notre pays. Beaucoup de gens n’y avaient pas cru que le 6e mandat n’allait pas avoir lieu, que le Tchad pourrait vivre sans maréchal demi-dieu. Beaucoup n’ont pas cru que des Tchadiens allaient se mettre debout face aux armes. C’est une démonstration Sao du peuple tchadien au monde entier. Notre détermination est là et elle date. Tous ceux qui ont marché le 06 février sont restés là, tous les partis, toutes les organisations sont restées soudées. C’est le temps d’arrêter l’hypocrisie et affronter nos problèmes avec sincérité. Si le Tchad n’est pas vivable pour tous les Tchadiens, il ne sera pas gouvernable pour tous ceux qui gouverneront dans l’injustice. Enfin, nous espérons que le bon sens et la sagesse guideront les actions des uns des autres pour un Tchad transformé..

Réalisation Moyalbaye Nadjasna & Allarassem Djimrangar

Aujourd’hui, les problèmes de la vue sont très fréquents. Ils sont liés aux maladies oculaires. Ces maladies peuvent causer de déficit visuel grave si elles ne sont pas dépistées à temps. La population n’a pas d’informations exactes sur les dangers liés au problème de la vue sans la correction. Ialtchad Presse a abordé la question avec le Docteur Mahamat Dicko, Médecin Ophtalmologiste à l’Hôpital Général de Référence Nationale(HGRN). Ialtchad Presse vous propose une entrevue après une une série de 2 reportages.

Quelles sont les maladies qui affectent notre vision ? Ya-t-il de statistiques au Tchad? 

En sciences, pour aborder un sujet, il faut les statistiques. Il faut savoir que 80% de la population mondiale, « je parle de mondiale parce qu’on n’a pas de statistique au niveau local. Aucune étude n’a été menée au Tchad concernant le problème de la vue lié à la correction.» Sur le plan mondial, 80% de la population est porteuse de l’amétropie. Quand on prend la myopie qui est le chef de file de ces maladies, elle tient la première place et, 50% de la population mondiale sera myope à d’ici l’an 2050. S’agissant des maladies imputables aux corrections, elles sont nombreuses. Mais les principales sont les amétropies stérides : la myopie, l’hypermétropie, l’astigmatisme et la presbytie.

Quel est l’impact économique lié à ces maladies ?

Il faut savoir que 33% de la population mondiale active est amétrope (problème de vue lié à la correction). 27% de conducteurs à un problème de vue. Ce qui fait que le coût au niveau des accidents de la voie publique, 60% sont liés au problème de lunettes. Cela peut avoir un impact important sur la productivité. Dans le monde, les dépenses engendrées rien que pour pallier ce problème représentent 270 milliards de dollars par an. C’est le lieu d’alerter les autorités publiques tchadiennes en tant que décideurs politiques afin de pouvoir prendre des mesures, organiser des sensibilisations et demander à la population de se faire consulter pour régler ce problème.  

Quelles sont les causes de ces maladies ?

Les causes sont nombreuses. Mais retenons les deux principales causes : l’hérédité et l’environnement. Si on prend la myopie par exemple, elle est causée le plus souvent par une question d’hérédité. Si un enfant à un des parents qui est myope, il a 50% de chances de devenir myope. Si les deux parents sont myopes, ce pourcentage probable de faire la myopie est multiplié par trois. Il y a ensuite l’environnement. Les études ont montré que dans les zones industrialisées, il y a une forte prévalence de la myopie par rapport  aux zones rurales. Les enfants enfermés dans les maisons développent plus de myopie plus que ceux qui passent beaucoup de temps à l’extérieur de la maison.

Comment savoir qu’on a un anomalie de vision?

La réponse qui s’impose c’est la consultation. Et malheureusement, comme je vous ai dit, 80% de la population mondiale est myope. Et ce n’est qu’hétérogène, cela veut dire que la répartition n’est pas cohérente. Par exemple les gens qui ont le problème de la vision qui ampute seulement 10% de leur vision, s’ils ne sont pas dans les activités qui nécessitent une vision minutieuse, telles que l’enseignement : les élèves et étudiants peuvent facilement constater qu’ils ont un problème de vue. Lorsqu’un enfant à l’école derrière tout le monde et qui ne voit pas le tableau, il se déplace, ses camarades le constatent. Même chose pour l’enseignant qui a tout le temps une activité de vision de loin comme la vision de près, en corrigeant les copies peut facilement constater qu’il a un problème de vision. Un cultivateur ou un paysan qui laboure ne se rend pas vite compte sauf si cela est profond.

Les tchadiens portent les lunettes correctrices à leur guise. Que dites-vous en tant qu’ophtalmologiste?

Vous savez, les lunettes sont un instrument permettant de pallier les défauts visuels ou de protéger les yeux. Mais allez se procurer les verres dans la rue, c’est une très mauvaise habitude sinon un danger. Le problème qui concerne la vision doit d’abord passer par une consultation. Le médecin ophtalmologiste doit prescrire une ordonnance de lunettes avec tous les renseignements retrouvés chez le patient. C’est alors que la consultation qui détermine le degré du verre qu’un opticien pourra le lui confectionner.

Les tchadiens n’ont pas une culture de lunettes. La majorité des femmes par exemple ont de problème de la vision mais refuse de porter les lunettes. Les problèmes profonds de la vision ne peuvent qu’être corrigés que par des lunettes. Au Tchad, qui dit problème de correction dit problème des verres. Il y a les verres, les lentilles de contacts, la chirurgie rétractile qui entrent dans le traitement de ces pathologies d’ordre correctionnel

Pourquoi on n’a pas cet arsenal thérapeutique?

Mais ici au Tchad on n’a pas cet arsenal thérapeutique, on a que les lunettes correctrices mais qui peuvent également résoudre ce problème. Cependant, les lentilles de contact et la chirurgie rétractile ne sont pas pour le moment au niveau de service technique ophtalmologique tchadien. Alors il faut que la population consulte les ophtalmologues au moindre signe visuel pour recevoir conseils adaptés au port des lunettes correctrices.

Le traitement se fait seulement par le port de lunettes ou existe-t-il d’autres produits ?

Grosso modo, les lunettes correctrices sont recommandées pour le moment au Tchad comme instrument de traitements proposés pour le problème liés à la correction. Toutefois, il y aussi les verres correcteurs et la chirurgie refractile. En Europe et en occident, certaines personnes refusent les verres correcteurs. Ils voient un chirurgien refractile qui va leur proposer la chirurgie qui les corrige pour toujours. Les lentilles ne sont pas adaptées à nos climats avec un environnement poussiéreux et chaleur. Ce sont des conditions qui ne sont pas favorables au port de lentilles ici au Tchad. Ceux qui ont essayé ont eu des infections au niveau de corneille. Ce sont des patients qui ont un niveau intellectuel un peu élevé qui le porte et en font très attention à l’entretien. Nous conseillons plus l’utilisation des lunettes correctrices et accessibles à tout le monde.

Conseils à la population ?

D’abord, il y a beaucoup des idées reçues qui sont là. « J’ai reçu beaucoup de patients qui disent : Dr les lunettes on nous dit avec le temps ça détruit l’œil, créer une atrophie au niveau du globe. Il y a ceci et cela ». Ailleurs dans d’autres pays, mêmes les gens qui n’ont pas problèmes de correction, voient les ophtalmologues pour prendre de conseils pour mieux protéger leurs yeux. Aujourd’hui, tout le monde est planté devant les écrans : smart phones, tablettes, téléviseurs, ordinateurs. Ces appareils dégagent la lumière bleue très nocive pour l’œil. Ce sont là des raisons fondées pour se rendre chez un ophtalmologiste, rien que pour chercher des conseils sur l’acquisition des lunettes anti reflet. Les lunettes en général c’est très bien pour l’œil. Les bonnes lunettes n’ont que de bénéfices pour l’œil.

Combien de patients en moyenne recevez-vous par jour?

Je n’ai pas fait le cumul par mois ou par jour. Mais je suis à l’HGRN. On est trois ophtalmologistes et chacun a ses jours de consultation. J’ai deux jours de consultations dans une semaine et je limité à 15 patients. Je fais ça parce qu’au niveau diagnostic lors qu’on en fait trop, ce n’est pas rentable en termes de résultats. Il n’y a pas assez d’ophtalmologues au Tchad. Ce dernier temps, oculaire on a le devoir de sensibilisation. A chaque fois qu’on reçoit un patient, on prodigue des conseils sur des conduites à tenir. Cela porte de fruit, car un nombre assez important de personnes viennent se faire consulter. C’est encourageant. Il y a tellement de choses que les gens racontent sur les verres qui ne sont pas vraies. Les bonnes informations ne peuvent être trouvées qu’auprès des ophtalmologues.

Que vous inspirent les caravanes ophtalmologiques qui se font chaque année au Tchad ?

Ces caravanes sont organisées et pilotées par un programme au sein du ministère de la Santé Publique, appelé le Programme national de lutte contre la cécité. Il s’occupe de la politique de santé oculaire. Elles se font plus dans les zones périphériques et des provinces afin de traiter les démunis.  Mais le PNLC peut solliciter à tout moment l’intervention des médecins ophtalmologistes.

Propos recueilli par Moyalbaye Nadjasna

Dans une interview accordée à Ialtchad Presse, l’écrivaine camerounaise Djaili Amadou Amal, lauréate du prix Goncourt des lycéens 2020, décline son identité et retrace le chemin de sa victoire littéraire. Entrevue.

Qui est Djaili Amadou Amal?

Je suis écrivaine, camerounaise et lauréate du prix concours des lycéens 2020. Je suis venue qu’aujourd’hui à Ndjamena pour présenter mon roman intitulé « Les Impatientes » publié au Cameroun sous le titre de Mougnal, la patience.

Quelle a été votre réaction lorsque vous avez été déclarée gagnante du prix littéraire du concours lycéen?

Vous savez durant tout le pré concours a été un processus. Il y a d’abord eu une présélection sortie en septembre et j’étais la seule africaine sur la liste mais aussi la première fois qu’un africain est sur la liste du Goncourt. Ce n’était plus moi seule mais je me suis dit c’est notre Goncourt. Et on peut être fier de nous lorsqu’on arrive jusqu’en finale. Je suis une preuve vivante que la littérature africaine qui est une littérature de qualité quand bien même que nous n’avons pas assez de moyens. Mais nous sommes honorés en termes de qualité et il faut qu’on continue à écrire. Nos gouvernements doivent avoir une vraie politique du livre. Avoir des imprimeurs, des vraies maisons d’édition, un vrai circuit du livre, des libraires en Afrique centrale, on n’a pas encore ce dispositif. Et cela freine la distribution des livres et sa disponibilité. Partout en Afrique on continue de dire que les africains ne lisent pas. Mais comment voulez-vous qu’on lise si on n’a pas de livre sur le terrain. Surtout en zone CEMAC, pour faire rentrer les livres au Tchad ça a été très compliqué. Or les livres devraient circuler librement et être moins chers pour que nos enfants puissent se les procurer. Ça ne doit pas être un produit de luxe mais de première nécessité.

Un mot sur les valeurs peules

La communauté Peule est une communauté très chaleureuse. L’association international des peuls Tabital Poulaaku a toujours encouragé tous les peuls et ceux qui se démarquent positivement. Ce prix-là, il est d’abord africain mais aussi la fierté de tous les Peuls. Nous avons de valeurs très nobles, de fraternité, d’accueil, de pudeur, de patience, de dignité, de maitrise de soi, du don positif de soi et des autres.

Qu’est-ce qui a joué à votre faveur pour rempoter ce prix?

La sensibilité, l’authenticité du texte et la gravité du sujet, mais peut-être la simplicité aussi. Mais dans tous les cas, les lycéens ont beaucoup aimé le livre et la preuve est que dans d’autres pays aussi nous avons gagné le choix du concours de la Tunisie, la Serbie de Royaume Uni

Les impatiences, est-ce une autobiographie?

Ce n’est pas vraiment une autobiographie, mais mon livre est inspiré de la réalité mais aussi de ma propre histoire et celle des autres.

Qu’est-ce que vous mettez en exergue dans votre roman?

Un message particulier, il faut que les femmes connaissent leur place, savoir identifier leurs problèmes et apporter des solutions pour que le monde change afin d’arrêter les violences faites aux femmes.

Quel message entendez-vous passer aux jeunes lycéens que vous avez côtoyés pendant votre séjour au Tchad?

C’est l’Institut français au Tchad IFT qui m’a invité. J’ai eu ensuite une rencontre avec les lycéens et collégiens au CEFOD. C’était juste un appel à une prise de conscience sur la situation de la femme et de la jeune fille. Comment prévenir les violences faites aux femmes. Le premier mari de la femme, c’est son diplôme.

Vous venez de dire que vous êtes invitée par IFT, comment appréciez-vous votre séjour au Tchad?

J’ai répondu tout de suite oui à l’invitation parce que c’est d’abord un pays voisin et frère. Je me sens chez moi et cela me fait vraiment plaisir. Je ne regrette pas du tout d’être là. Mes livres sont désormais disponibles à la librairie la Source. Certains lycées les ont déjà achetés pour leur bibliothèque. J’espère que les jeunes filles voudraient bien me prendre comme un modèle positif. Une fille peut avoir des rêves et peut bien les réaliser.

Quel plaidoyer pouvez-vous faire des femmes ou filles victimes des violences ?

Je dirai aux parents de ne pas envoyer leurs petites filles en mariage trop jeunes. Elles risquent de revenir à leur charge. Laisser les filles continuer leurs études, les prévenir de toutes formes de violences. Je propose beaucoup de sensibilisation et de causeries éducatives au Tchad pour faire passer le message. Pour les jeunes filles, je pense que nous avons reçu une éducation à respecter nos ainés et les parents. Ce sont des très grandes valeurs. On doit les conserver, instaurer le dialogue avec les parents. Et ça ira pour le mieux. A l’État, je crois que des lois existent déjà au Cameroun comme au Tchad. Le mariage est fixé à la majorité qui est de 18 ans. Il faut que sur le terrain, cette loi soit appliquée et que l’État ne doit pas tout permettre. C’est à cause de l’impunité qu’il y a beaucoup de victimes.

Propos recueillis par Moyalbaye Nadjasna

La politique française au Tchad semble prendre un coup ces dernières heures au Tchad. La haine contre la France et ses intérêts est remarquée à travers les actes et les paroles de certains Tchadiens qui se disent exaspérés par le soutien français à la junte militaire. Plusieurs Tchadiens pensent que la France a abandonné le peuple tchadien pour ses intérêts personnels. Ialtchad Presse vous propose des réactions des Tchadiens et l’analyse du politologue Dr Évariste Ngarlem Toldé.

Difficile d’aborder la question de la politique française au Tchad sans que les réactions des Tchadiens ne soient vives. Yacoub Saleh est habitant du 3e arrondissement de N’Djamena, capitale tchadienne. « Ne me parlez pas de la France. Même le nom me fait vomir. Ils sont mauvais ces Français-là. Jamais la France ne veut nous coller la paix, mais Dieu les voit. Elle rendra un jour compte pour ses ego envers le peuple tchadien» déclare ce jeune homme de 28 ans, très fâché.

Nous sommes au quartier Moursal, dans le 6e arrondissement. Nous rencontrons M. Nouba-asra Tarasdé. Selon lui, il n'y a rien à cirer avec la France. «La France continue à nous enterrer, mais toute la malédiction de Dieu sera sur eux. Ce sont des gens très mauvais, les Français», a clamé ce monsieur d’environ 58 ans.

Pour Dr Evariste Ngarlem Toldé, Politologue, enseignant chercheur à l’Université de N’Djamena, si la France est indexée c’est parce que les Tchadiens voient sa main dans ce qui se passe dans leur pays. «Vous savez, l’impression qu’on a c’est comme si, la France a cautionné le changement du régime sinon sa continuité qui n’est autre que monarchique, dès l’instant ou le fils prend la place du père. C’est ce qui a fait que les Tchadiens portent un autre regard sur la France», dit-il.

Pour le politologue, tout le monde sait le rôle joué par la France depuis l’indépendance du Tchad jusqu’aujourd’hui. L’enseignant chercheur précise que ce dernier temps, il y a une rude concurrence en Afrique avec la présence des Chinois, les Turques, les Américains, mais aussi de la Russie. «La France veille à sa chasse gardée qu’est le Tchad. Un pays stratégique et un allié dans la lutte antiterroriste», dit-il. D’après Dr Évariste, la France joue ce jeu et les Tchadiens la considèrent comme soutenant ce régime anticonstitutionnel. Il rajoute en rappelant que la France a joué la complice dans la mort ou le départ du président Tombalbaye. En 1978-1979 poursuit-il, la force française dirigée par le Général Forest à l’époque et le gouverneur qui assurait le service de renseignement avait laissé les rebelles entrés dans la capitale et créer une guerre civile pour chasser le président Félix Malloum du pouvoir. Et «ceux-ci ont plié bagages et ont laissé les Tchadiens dans le désarroi», affirme-t-il. Le politologue rappelle encore que même en 1990, la France a fermé les yeux pour que Hissène Habré soit battu à plate couture par la rébellion du Mouvement Patriotique du Salut (MPS) en ne fournissant aucun renseignement aux forces gouvernementales.

Dr Évariste note également que la France donne  l’impression encore d’un soutien actif au Conseil Militaire de Transition (CMT). Elle le fait simplement parce que le fils prend la place du père à un moment ou tout le monde appelle à un retour à la constitution avec une transition civile. « C’est trop pour les Tchadiens qui ont vu la France faire toujours des coups bas dans ce pays. Elle fait du Tchad un terrain ou elle pratique son sport favori, utiliser les gens qu’elle veut», analyse-t-il.

Aujourd’hui, affirme-t-il, les Tchadiens ont compris cela et personne n’est dupe. « Il vous souviendra il y a quelques années, la France est intervenue pour bombarder une colonne rebelle qui fonçait sur N’Djamena,  la capitale. C’est tout récent en 2008, en 2006. La France sait ce qu’elle veut au Tchad : préserver ses intérêts», argumente Dr Évariste. Le Tchad précise le politologue, reste un territoire stratégique pour la France et elle n’est pas prête à lâcher prise. D’après lui, la France ne pourrait que placer ses alliés fiables à la tête de ce pays. Le clan Deby Itno semble encore être dans leur viseur pour continuer l’œuvre de lutte contre le terrorisme dont le Tchad est un pivot. « C’est dans ce sens qu’il faut comprendre la haine que les Tchadiens manifestent contre les intérêts français», explique-t-il.

«L’UA divisée sur la question du Tchad, risque une sortie très affaiblie...»

Pour le politologue, au sein de l’UA, la question a surgi au premier jour et la difficulté était prévisible. Selon lui, les textes fondateurs de l’UA disaient que, dès l’instant qu’un régime arrive au pouvoir par des voies inconstitutionnelles, il est tout de suite condamné et sanctionné. Or, évoque-t-il, l’UA n’a pas condamné ni suspendu le Tchad parce que le président Deby Itno avait joué un rôle important dans la lutte contre le terrorisme et s’est fait de nombreux amis dans les pays francophones. « Les anglophones et les Lusophones pensent qu’il faut mettre le Tchad sur le banc des accusés en attendant les éventuelles négociations », indique l’enseignant chercheur. Les textes fondateurs disent clairement que ce qui se passe au Tchad est un coup d’État et la décision inhérente c’est la condamnation, estime Dr Évariste. D’après lui, l’UA a joué à la prolongation en envoyant une mission d’enquête, mais c’était sans compter l’abnégation des anglophones et Lusophones. D’autres pensent que si on condamne le Tchad, ils n’auront pas un partenaire fiable ni dans le G5 Sahel ni dans la lutte contre le terrorisme. Ainsi l’UA se retrouve divisée sur la question de la situation qui prévaut au Tchad, dit le politologue. « Si l’UA n’utilise pas la sagesse dans sa décision et soutient le CMT au-delà de tout, elle en sortira très affaiblie », conclut Dr Évariste Ngarlem Toldé.

Moyalbaye Nadjasna

Il a trimé dur pour vivre sa passion. Rien n’a été facile, mais il s’est accroché. Aujourd’hui il est gastronome et rêve d’être ambassadeur de la gastronomie tchadienne. Entrevue avec le cuisiner et pâtissier Hissène Mahamoud.

Qui est Hissein Mahamoud ?

Écoutez c’est dur de parler de soi. Vous savez, on porte en nous nos bagages culturels. Il est très mal vu de parler de soi. Je dirais simplement que je suis Hissein Mahamoud chef cuisinier pâtissier franco-tchadien. Je suis né à dans la belle palmeraie de Faya, dans l’extrême-nord du pays. J’ai fait mes premières études entre cette ville-palmeraie et la capitale, N’Djamena. J’ai fait des études supérieures en Algérie. Et surprise en Lettres Modernes. En 2007, j’ai posé ma valise en France, ou j’ai changé de filière pour faire des études en gastronomie.

Pourquoi ce revirement brusque ?

Je me suis posé beaucoup de questions avant de me lancer dans la gastronomie. Puisque ce n’est pas ce que la famille attendait de moi. Pour eux, c’est les Lettres Modernes pour le métier d’enseignant, mais le destin en a voulu autrement. Il faut dire que la gastronomie est une question de passion pour moi. J’en étais passionné depuis mon enfance, mais au Tchad il est difficile de s’exprimer. Et plus encore les communautés nordistes très fermées et conservatrices. Au début je me cachais sous des pseudonymes sur les réseaux sociaux pour faire mon métier. Comme je gagnais bien ma vie, j’ai décidé de sortir de l’anonymat. Il n’y avait aucune raison de rester caché. Cuisiner est un métier comme un autre. Surtout que je ne volais personne. Le public m’a découvert et apprécié ce que je fais. Voilà une partie du film de ma vie qui m’a conduit où je suis aujourd’hui. J’espère que Dieu me prêtera vie pour continuer à progresser et réussir mes projets.

Quel est le regard de votre entourage ?

Mon entourage est très fier. Surtout ma mère elle est vraiment comblée. Je tiens à lui rendre hommage. Elle est mon pilier.

Combien de temps vous êtes dans le métier ?

12 ans

Est-ce que l’art culinaire tchadien est valorisé ?

Oui je crois que l’art culinaire est valorisé au Tchad. Le Tchad est très riche parce que moi en tant que pâtissier, je réalise mes produits à base de nos recettes locales. Il y a des produits qu’on ne trouve nulle part en Europe. On a aussi des valeurs dans ce pays. J’ai créé un Label spécial pour mettre en scène cette culture culinaire du Tchad. Cette richesse que Dieu nous a donnée. Dommage que très peu en en sont conscients.

Par exemple, j’ai réalisé des gâteux et des macarons à la spiruline. C’était très apprécié et très bon. Un produit qui se vend très bien en France. J’ai aussi créé une pâtisserie que j’ai dénommé Paris-N’Djamena, qui est le dérivé de Paris presse qui n’est rien d’autre que la tour de France. J’ai imité cela pour introduire  le « cournaka ». Cette création cartonne bien en France. Et il y a aussi le chococise, un mixage américano- tchadien dans les biscuits. Au lieu de mettre les chocolats j’ai mis des dattes tchadiennes.

 Est-ce que l’art culinaire tchadien a un avenir ?

Oui. Pourquoi vous savez ? Parce que là je suis à ma troisième édition de Master class. À la première année ont était 3 personnes, à la 2ème ont était 5 et la 3ème ont était 8 personnes. Donc il y a de l’avenir dans la cuisine tchadienne. Le public commence à comprendre l’importance de la cuisine. Je rencontre beaucoup de personnes comme moi. Ils veulent vivre leur passion de la cuisine, mais s’abstiennent par peur d’être jugés par les autres, ils se cachent. Mais dans la vie il faut affronter les choses. Le fait d’être parti du pays m’a beaucoup aidé. Je me suis dit parfois que si j’étais resté au pays, j’aurais des problèmes avec ma famille, puisqu’être cuisinier pour eux est un insensé.

Est-ce que le Tchad a des structures de formation ?

Je n’ai pas encore vu une structure qui forme les jeunes pour ce métier. Un de mes projets est de créer une école de formation pour la gastronomie tchadienne. J’ai échangé avec le ministre de la Culture et de l’Artisanat à ce sujet.

Quelle est la spécialité de l’art culinaire tchadien ?

Le Tchad regorge de spécialités. Chaque province du Tchad a une spécialité même si je suis incapable de vous citer une spécialité. J’entends, je lis, je vois à travers les débats sur les réseaux sociaux. Le pays est riche en matière de ses spécialités culinaires. Nous devons faire quelque chose. Pourquoi pas organiser un festival gastronomique inter provincial pour valoriser nos spécialités ? Vous voyez par exemple au sud du Tchad, on a la sauce longue, au centre on a le koumranga, etc. C’est d’une richesse inouïe.

J’appelle nos gouvernants à valoriser la gastronomie tchadienne, à diversifier cette culture. Franchement je suis en train de me transformer en ambassadeur de la gastronomie tchadienne. Il me faut l’appui de l’État tchadien. Je voudrais être entendu. Le ministre m’a déjà fait la promesse de valoriser la gastronomie tchadienne. Et donner ainsi la chance à tous ceux qui veulent faire la cuisine.

Pensez-vous venir vous installer au Tchad ?

Sans retenu, je réponds oui. J’ai des promesses pour cela. Je reviendrais m’installer la tête haute pour transmettre mon savoir à ceux qui le désirent. J’ai un projet que j’ai soumis. J’attends la suite de l’État tchadien puisque de l’autre côté de la France c’est déjà bon.

Réalisation, Christian Allahdjim

Le Collectif des associations et Mouvements des Jeunes du Tchad (CAMOJET) a organisé une marche le 10 février passé à N’Djamena, capitale tchadienne. Le cortège des manifestants est parti de la rue de corniche de Sabangali avec pour objectif d’atteindre l’esplanade du Palais du 15 janvier au quartier Njary. En route, ils ont été dispersés au niveau du boulevard Sao au quartier Moursal. Ialtchad Presse a rencontré le coordonnateur national du Comojet, Hamlha Douksia Senghor pour en savoir plus. Entrevue.

Quel est l’objet de votre marche du 10 février ?

Nous avons entrepris cette marche pour dénoncer la situation dans laquelle se trouve la jeunesse tchadienne. Elle est dans la misère partout au pays. Il y a des milliers des jeunes diplômés sans emplois. En 2019, le président Deby Itno a promis de faire intégrer 20 000 jeunes à la fonction publique. Nous sommes en 2021 et rien n’a été fait. Au jour d’aujourd’hui, moins de 7000 jeunes sont intégrés. Parmi eux, il y a ceux qui ont été intégrés soit par la corruption, soit par des astuces politiques, soit ils ont été parrainés par des gens tapis dans l’Administration publique. Où est l’égalité des chances ? Nous avons organisé cette marche pour dénoncer tout cela. Nous réclamons deux choses. Nous réclamons l’intégration des 20 000 jeunes à la fonction publique et demandons au gouvernement de trouver une solution définitivement à la grevé de la plateforme qui paralyse l’Administration publique, particulièrement le secteur de l’éducation. Tout le monde sait que l’avenir d’une nation c’est l’éducation. Nous ne voulons plus la fermeture des établissements scolaires et universitaires.

Il y a d’autres raisons ?

Cette marche a pour objectif d’exprimer notre désaccord avec la méthode du gouvernement qui consiste à marginaliser en piétinant la jeunesse tchadienne.

Cette marche a été à la veille interdite par un arrêté du ministre de la Justice garde des Sceaux ?

Oui, l’arrêté a été pris à la veille de notre marche. Mais nous avions au préalable introduit une demande pour l’autorisation de cette marche. Tenez-vous bien, la demande a été tout purement et simplement rejetée. Nous sommes rentrés avec notre demande. Sur quelle base cet arrêté a été pris ? Ils devaient réceptionner d’abord la correspondance et ensuite donner un avis favorable ou non favorable. Non, cela n’a pas été fait. Nous avons la constitution de la République nous. Elle nous donne le droit de nous exprimer. La marche pacifique c’est aussi l’expression de la démocratie. Nous avons marché ce matin dans une logique constitutionnelle.

Vous avez réussi à marcher de votre point de départ (rue de la corniche de Sabangali) à votre point d’arrivée (Palais du 15 janvier) ?

Non. Tous les endroits stratégiques où nous avons défini nos itinéraires ont été pris d’assaut par la police. Toutefois, nous avons quitté la rue de Corniche pour être dispersés sur le boulevard Sao. Nous ne voulons pas conquérir le pouvoir avec cette marche. Nous exigeons l’insertion sociale de la jeunesse. Il faut que cette jeunesse soit équitablement traitée et sans discrimination.

Au sujet de l’intégration, une commission a été mise sur pied pour vérifier l’authenticité des diplômes. Est-ce n’est pas à ce niveau que ça blogue ?

Justement une commission a été mise en place. Cette commission devait faire un travail sérieux pour un bon résultat. Malheureusement, elle ne fait pas un travail juste et équitable en faveur des jeunes. Elle est influencée par les politiques. Elle reçoit tout le temps les listes des politiques, des parrains de X, Y. La lenteur administrative n’a rien à voir avec ce qui se passe. C’est une volonté manifeste du gouvernement de maintenir la jeunesse tchadienne dans la misère.

Et pourtant, l’intégration de 20 000 diplômés à comprendre le ministre de la Fonction publique, c’est de prioriser les anciens dossiers en instance. N’est-ce pas le cas ?

Malheureusement sur les arrêtés sortis, ce sont des nouveaux diplômés qui viennent à peine de finir leur formation. C’est pour dire que ce sont des paroles politiques avec un grand écart sur ce qui est dit et ce qui est fait sur le terrain. Si réellement cela est appliqué, nous pensons que ce serait un grand soulagement pour ceux qui attendent depuis des années. En toute sincérité, la jeunesse tchadienne est délaissée.

Votre marche a été dispersée. C’est un échec ?

Notre marche n’est pas un échec parce que malgré l’interdiction, la jeunesse tchadienne a bravé l’interdiction pour s’exprimer. Si le gouvernement ne trouve pas de solution, nous mènerons une action plus grandiose cette fois-ci sur toute l’étendue du territoire national.

Réalisation Moyalbaye Nadjasna

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