dimanche 26 septembre 2021

Le Point

Le Point (39)

Il a trimé dur pour vivre sa passion. Rien n’a été facile, mais il s’est accroché. Aujourd’hui il est gastronome et rêve d’être ambassadeur de la gastronomie tchadienne. Entrevue avec le cuisiner et pâtissier Hissène Mahamoud.

Qui est Hissein Mahamoud ?

Écoutez c’est dur de parler de soi. Vous savez, on porte en nous nos bagages culturels. Il est très mal vu de parler de soi. Je dirais simplement que je suis Hissein Mahamoud chef cuisinier pâtissier franco-tchadien. Je suis né à dans la belle palmeraie de Faya, dans l’extrême-nord du pays. J’ai fait mes premières études entre cette ville-palmeraie et la capitale, N’Djamena. J’ai fait des études supérieures en Algérie. Et surprise en Lettres Modernes. En 2007, j’ai posé ma valise en France, ou j’ai changé de filière pour faire des études en gastronomie.

Pourquoi ce revirement brusque ?

Je me suis posé beaucoup de questions avant de me lancer dans la gastronomie. Puisque ce n’est pas ce que la famille attendait de moi. Pour eux, c’est les Lettres Modernes pour le métier d’enseignant, mais le destin en a voulu autrement. Il faut dire que la gastronomie est une question de passion pour moi. J’en étais passionné depuis mon enfance, mais au Tchad il est difficile de s’exprimer. Et plus encore les communautés nordistes très fermées et conservatrices. Au début je me cachais sous des pseudonymes sur les réseaux sociaux pour faire mon métier. Comme je gagnais bien ma vie, j’ai décidé de sortir de l’anonymat. Il n’y avait aucune raison de rester caché. Cuisiner est un métier comme un autre. Surtout que je ne volais personne. Le public m’a découvert et apprécié ce que je fais. Voilà une partie du film de ma vie qui m’a conduit où je suis aujourd’hui. J’espère que Dieu me prêtera vie pour continuer à progresser et réussir mes projets.

Quel est le regard de votre entourage ?

Mon entourage est très fier. Surtout ma mère elle est vraiment comblée. Je tiens à lui rendre hommage. Elle est mon pilier.

Combien de temps vous êtes dans le métier ?

12 ans

Est-ce que l’art culinaire tchadien est valorisé ?

Oui je crois que l’art culinaire est valorisé au Tchad. Le Tchad est très riche parce que moi en tant que pâtissier, je réalise mes produits à base de nos recettes locales. Il y a des produits qu’on ne trouve nulle part en Europe. On a aussi des valeurs dans ce pays. J’ai créé un Label spécial pour mettre en scène cette culture culinaire du Tchad. Cette richesse que Dieu nous a donnée. Dommage que très peu en en sont conscients.

Par exemple, j’ai réalisé des gâteux et des macarons à la spiruline. C’était très apprécié et très bon. Un produit qui se vend très bien en France. J’ai aussi créé une pâtisserie que j’ai dénommé Paris-N’Djamena, qui est le dérivé de Paris presse qui n’est rien d’autre que la tour de France. J’ai imité cela pour introduire  le « cournaka ». Cette création cartonne bien en France. Et il y a aussi le chococise, un mixage américano- tchadien dans les biscuits. Au lieu de mettre les chocolats j’ai mis des dattes tchadiennes.

 Est-ce que l’art culinaire tchadien a un avenir ?

Oui. Pourquoi vous savez ? Parce que là je suis à ma troisième édition de Master class. À la première année ont était 3 personnes, à la 2ème ont était 5 et la 3ème ont était 8 personnes. Donc il y a de l’avenir dans la cuisine tchadienne. Le public commence à comprendre l’importance de la cuisine. Je rencontre beaucoup de personnes comme moi. Ils veulent vivre leur passion de la cuisine, mais s’abstiennent par peur d’être jugés par les autres, ils se cachent. Mais dans la vie il faut affronter les choses. Le fait d’être parti du pays m’a beaucoup aidé. Je me suis dit parfois que si j’étais resté au pays, j’aurais des problèmes avec ma famille, puisqu’être cuisinier pour eux est un insensé.

Est-ce que le Tchad a des structures de formation ?

Je n’ai pas encore vu une structure qui forme les jeunes pour ce métier. Un de mes projets est de créer une école de formation pour la gastronomie tchadienne. J’ai échangé avec le ministre de la Culture et de l’Artisanat à ce sujet.

Quelle est la spécialité de l’art culinaire tchadien ?

Le Tchad regorge de spécialités. Chaque province du Tchad a une spécialité même si je suis incapable de vous citer une spécialité. J’entends, je lis, je vois à travers les débats sur les réseaux sociaux. Le pays est riche en matière de ses spécialités culinaires. Nous devons faire quelque chose. Pourquoi pas organiser un festival gastronomique inter provincial pour valoriser nos spécialités ? Vous voyez par exemple au sud du Tchad, on a la sauce longue, au centre on a le koumranga, etc. C’est d’une richesse inouïe.

J’appelle nos gouvernants à valoriser la gastronomie tchadienne, à diversifier cette culture. Franchement je suis en train de me transformer en ambassadeur de la gastronomie tchadienne. Il me faut l’appui de l’État tchadien. Je voudrais être entendu. Le ministre m’a déjà fait la promesse de valoriser la gastronomie tchadienne. Et donner ainsi la chance à tous ceux qui veulent faire la cuisine.

Pensez-vous venir vous installer au Tchad ?

Sans retenu, je réponds oui. J’ai des promesses pour cela. Je reviendrais m’installer la tête haute pour transmettre mon savoir à ceux qui le désirent. J’ai un projet que j’ai soumis. J’attends la suite de l’État tchadien puisque de l’autre côté de la France c’est déjà bon.

Réalisation, Christian Allahdjim

Le Collectif des associations et Mouvements des Jeunes du Tchad (CAMOJET) a organisé une marche le 10 février passé à N’Djamena, capitale tchadienne. Le cortège des manifestants est parti de la rue de corniche de Sabangali avec pour objectif d’atteindre l’esplanade du Palais du 15 janvier au quartier Njary. En route, ils ont été dispersés au niveau du boulevard Sao au quartier Moursal. Ialtchad Presse a rencontré le coordonnateur national du Comojet, Hamlha Douksia Senghor pour en savoir plus. Entrevue.

Quel est l’objet de votre marche du 10 février ?

Nous avons entrepris cette marche pour dénoncer la situation dans laquelle se trouve la jeunesse tchadienne. Elle est dans la misère partout au pays. Il y a des milliers des jeunes diplômés sans emplois. En 2019, le président Deby Itno a promis de faire intégrer 20 000 jeunes à la fonction publique. Nous sommes en 2021 et rien n’a été fait. Au jour d’aujourd’hui, moins de 7000 jeunes sont intégrés. Parmi eux, il y a ceux qui ont été intégrés soit par la corruption, soit par des astuces politiques, soit ils ont été parrainés par des gens tapis dans l’Administration publique. Où est l’égalité des chances ? Nous avons organisé cette marche pour dénoncer tout cela. Nous réclamons deux choses. Nous réclamons l’intégration des 20 000 jeunes à la fonction publique et demandons au gouvernement de trouver une solution définitivement à la grevé de la plateforme qui paralyse l’Administration publique, particulièrement le secteur de l’éducation. Tout le monde sait que l’avenir d’une nation c’est l’éducation. Nous ne voulons plus la fermeture des établissements scolaires et universitaires.

Il y a d’autres raisons ?

Cette marche a pour objectif d’exprimer notre désaccord avec la méthode du gouvernement qui consiste à marginaliser en piétinant la jeunesse tchadienne.

Cette marche a été à la veille interdite par un arrêté du ministre de la Justice garde des Sceaux ?

Oui, l’arrêté a été pris à la veille de notre marche. Mais nous avions au préalable introduit une demande pour l’autorisation de cette marche. Tenez-vous bien, la demande a été tout purement et simplement rejetée. Nous sommes rentrés avec notre demande. Sur quelle base cet arrêté a été pris ? Ils devaient réceptionner d’abord la correspondance et ensuite donner un avis favorable ou non favorable. Non, cela n’a pas été fait. Nous avons la constitution de la République nous. Elle nous donne le droit de nous exprimer. La marche pacifique c’est aussi l’expression de la démocratie. Nous avons marché ce matin dans une logique constitutionnelle.

Vous avez réussi à marcher de votre point de départ (rue de la corniche de Sabangali) à votre point d’arrivée (Palais du 15 janvier) ?

Non. Tous les endroits stratégiques où nous avons défini nos itinéraires ont été pris d’assaut par la police. Toutefois, nous avons quitté la rue de Corniche pour être dispersés sur le boulevard Sao. Nous ne voulons pas conquérir le pouvoir avec cette marche. Nous exigeons l’insertion sociale de la jeunesse. Il faut que cette jeunesse soit équitablement traitée et sans discrimination.

Au sujet de l’intégration, une commission a été mise sur pied pour vérifier l’authenticité des diplômes. Est-ce n’est pas à ce niveau que ça blogue ?

Justement une commission a été mise en place. Cette commission devait faire un travail sérieux pour un bon résultat. Malheureusement, elle ne fait pas un travail juste et équitable en faveur des jeunes. Elle est influencée par les politiques. Elle reçoit tout le temps les listes des politiques, des parrains de X, Y. La lenteur administrative n’a rien à voir avec ce qui se passe. C’est une volonté manifeste du gouvernement de maintenir la jeunesse tchadienne dans la misère.

Et pourtant, l’intégration de 20 000 diplômés à comprendre le ministre de la Fonction publique, c’est de prioriser les anciens dossiers en instance. N’est-ce pas le cas ?

Malheureusement sur les arrêtés sortis, ce sont des nouveaux diplômés qui viennent à peine de finir leur formation. C’est pour dire que ce sont des paroles politiques avec un grand écart sur ce qui est dit et ce qui est fait sur le terrain. Si réellement cela est appliqué, nous pensons que ce serait un grand soulagement pour ceux qui attendent depuis des années. En toute sincérité, la jeunesse tchadienne est délaissée.

Votre marche a été dispersée. C’est un échec ?

Notre marche n’est pas un échec parce que malgré l’interdiction, la jeunesse tchadienne a bravé l’interdiction pour s’exprimer. Si le gouvernement ne trouve pas de solution, nous mènerons une action plus grandiose cette fois-ci sur toute l’étendue du territoire national.

Réalisation Moyalbaye Nadjasna

Les établissements scolaires privés du Tchad ont décidé d’aller eux aussi en grève de solidarité à leurs collègues du public en grève depuis le 11 janvier dernier. Ialtchad Presse a reçu le président du syndicat des établissements scolaires privés au Tchad M. Wardougou Djimi Chietté pour faire le point. Entrevue.

Pourquoi une grève de solidarité ?

Notre décision d’aller en grève se justifie dans le cadre de notre partenariat conventionnel, avec la plateforme syndicale. On a toujours soutenu leurs revendications. On est solidaire de leur action parce qu’une grande partie de nos enseignants viennent du public. Nous sommes collègues, collaborateurs et partenaires. Donc nous n’avons pas raison de rester indifférents lorsqu’ils revendiquent légitimement leurs droits. C’est un message adressé au gouvernement. C’est une grève de trois jours à compter du jeudi, 28 janvier 2021.

Cela suppose que vous reprenez le lundi 1er février ?

Oui. Nous avons des engagements pratiques avec les parents d’élèves. Mais si l’État ne fait absolument rien, on a l’intention de les soutenir continuellement. Vous savez, techniquement les établissements privés seront paralysés si la grève continue. Un, nous ne pouvons pas exécuter correctement le programme national puis que la plupart de nos enseignants viennent du public et sont des syndiqués. Deux, nous envoyons nos candidats au public pour faire les examens. Les examens sont préparés par le public et non par le privé. Bref sans le public on ne peut pas fonctionner.

Il y a 48h, un groupe d’individus non identifiés a perturbé les cours dans certains établissements privés. Ne pensez-vous pas que vos élèves seront en insécurité ?

Parlant d’insécurité de nos élèves vous avez raison. Quelquefois les élèves du public perturbent ceux du privé. Mais cela se passe généralement au début de la grève. Nous sommes prudents. On verra si cela vaut le coup nous allons arrêter les cours. Et soutenir définitivement la grève. À vrai dire nous dépendons du public et les raisons je les ai déjà évoquées.

Que dites-vous au gouvernement au sujet de cette grève qui perdure ?

Nous demandons aux autorités compétentes de régler le plus tôt possible ce problème qui fait reculer notre système éducatif. Un système qui ne fait que piétiner depuis 2 ans. Nous avons perdu une partie de l’année à cause de la pandémie l’année dernière. Cette fois-ci encore cela semble se faire par la grève. Je demande au gouvernement de trouver une solution. Il faut respecter ses engagements et répondre aux revendications afin que les cours reprennent rapidement.

Le Tchad ne serait-il pas en train de former les enfants au rabais dans un tel contexte ?

C’est évidemment une formation au rabais. C’est une grande perte pour le pays. Lorsqu’une partie du programme scolaire n’est pas réalisé, l’élève est formé à moitié et son niveau baisse. C’est automatique. Si dans les prochains jours, rien ne changement, même les parents d’élèves comprendront notre engagement de soutenir le public.

Propos recueilli par Moyalbaye Nadjasna

La tomate est à la fois un légume et un fruit. Elle est consommée par les Tchadiens et particulièrement les N’Djamenois. Quelles sont ses vertus pour la santé ? Ndokain Jonathan Guirangar est Nutritionniste à la Direction de la Nutrition et de la Technologie Alimentaire (DNTA). Entrevue.

La tomate fraîche est l’un des aliments prisés par les N’Djamenois. Quels sont les nutriments qui s’y trouvent ?

Du point de vue botanique, la tomate est un fruit et un légume. Du point de vue nutritionnel, il est conseillé de consommer des fruits et des légumes. Cela tombe bien, la tomate est les deux à la fois. C’est une bonne chose d’en consommer. Le principal atout nutritionnel de la tomate c’est sa richesse en « vitamine C, E, B3, B5 et B9 appelées autrement acide folique important pour la santé. »  Du point de vue hydrique, la tomate est très riche en eau. Elle est composée à 95% d’eau. Du point de vue énergétique, en mangeant 100 grammes, elle vous apporte 20 calories. L’essentiel de cet apport énergétique est assuré par ses glucides. Elle a aussi de protéine et de lipide, mais en petite quantité.

La tomate est un légume qui renferme des nombreux minéraux tels que le potassium, le phosphore, le magnésium ainsi que les oligoéléments comme le fer, etc. En tant que nutritionniste je vous dis que c’est un aliment qui peut nous procurer vraiment la santé.

Existe-t-il plusieurs espèces de tomates ou certaines ne sont pas consommables ?

Excellente question, mais je ne peux vous répondre avec exactitude. Cela relève du domaine des botanistes. Mais à mon sens, la tomate qu’elle soit de n’importe quelle variété, les mêmes éléments nutritifs s’y trouvent. A ma connaissance, il y a plusieurs formes. Au total, il y a 8 principales formes : la forme aplatie, l’arrondie, la haute, la ronde, le cœur de bœuf, la cylindrique, de poil et de preuve.

Les Tchadiens consomment la tomate dans la salade, dans la sauce ou la mange toute crue. Quelle est selon vous la meilleure manière de la consommer ?

La bonne manière de consommer un aliment c’est de voir qu’est-ce que je cherche dans cet aliment. Voilà ce qui va conditionner la préparation. La tomate peut être mangée crue comme cuite. Généralement, certains aliments surtout les légumes lorsqu’ils passent au feu, perdent leurs substances nutritives. C’est pourquoi on conseille toujours de les manger crus. Cela permet de conserver les éléments nutritifs. Pour la tomate, sa consommation crue procure beaucoup de vitamine. La leucopénie permet de détruire nos cellules vieillissantes et les réparer.

Quels sont les avantages pour l’organisme ?

Il y a beaucoup des avantages. Elle est riche en vitamine A qui permet de lutter contre la cécité, la cataracte. C’est un parfait fruit pour lutter contre les radicaux libres qui sont des composés responsables de vieillissement prématuré de nos cellules. Alors si on en consomme autant, cela peut nous procurer une bonne santé. La consommation régulière de la tomate selon une étude récente permet de réduire de 20% le risque du cancer de la prostate et diminue le risque de cancer.

Que conseillerez-vous aux Tchadiens ?

La tomate est un bon fruit à consommer. Mon principal conseil: il faut bien les nettoyer avant de les consommer parce que les producteurs utilisent des pesticides pour protéger les tomates contre les insectes. Si la tomate n’est pas bien nettoyée, elle peut être à long terme un produit cancérogène. Donc nuisible à notre santé.

Propos recueilli par Moyalbaye Nadjasna

La centrale syndicale, la Confédération Libre des Travailleurs du Tchad (CLTT), n’est pas entrée en grève lancée par la plateforme revendicative le lundi 11 janvier. Son Secrétaire général, Brahim Ben Saïd NOH explique pourquoi.

Pourquoi la CLTT n’est pas en grève ?

C’est vrai nous n’avons pas appelé à la grève par contre beaucoup de nos adhérents y sont allés. Il y a entre autres : le syndicat des enseignants du Tchad, le Syndicat des formations aux métiers (les lycées techniques et le lycée industriel) et bien d’autres.

Que pensez-vous de ceux qui sont en grève ?

Nous n’avons aucun intérêt a bloquer les autres. Nous avons juste décidé de ne pas prendre position. Et ne rien dire. C’est tout.

Qui ne dit mot consent ?

On n’est avec eux et non contre la grève. C’est un droit constitutionnel. Sauf que pour nous cette période n’est pas indiquée, mais c’est leur droit de faire la grève.

Pourquoi pensez-vous que la période de la covid-19 n’est pas indiquée pour déclencher la grève ?

Vous savez, la grève en cette période de la pandémie, on ne la suit pas tellement. Avant que la grève ne se déclenche, le gouvernement dans sa décision de confinement de la ville de N’Djamena, a fait exception à des services nécessaires. Nous sommes signataires de l’accord du 09 janvier 2020. Mais nous estimons que cet accord-là, le gouvernement a appliqué une bonne partie. Il ne reste que les 15% des primes, des avancements, des reclassements des agents et les frais de transport. Je crois que le gouvernement a commencé déjà a payé en décembre dernier, mais le ministère des Finances et du Budget a constaté que certaines personnes ont perçu deux fois. C’est pourquoi le ministère a suspendu les versements pour vérification. Mais ceux qui n’ont pas perçu, peut-être ils percevront leur dû à la fin de ce mois.

Comment rassurer ceux qui n’ont rien perçu ?

Nous avons rencontré le ministre de la Fonction Publique, son collègue de l’Éducation nationale et les Directeurs généraux des Finances et du Budget il y a 48h. Ils nous ont rassuré que concernant les actes de carrière des agents, notamment les avancements, un bon nombre a été enrôlé. Ils pourront en bénéficier d’ici à la fin de ce mois. Aussi, ils ont noté que les arriérés de 2018, 2019 et 2020 des primes de transport seront payés à tout le monde suivant une programmation. Le gouvernement a dit que c’est un problème de trésorerie, mais cela va se régler. Les autorités demandent à nos camarades de lever la grève parce que la période n’est pas indiquée. Alors, on espère qu’après réflexion, ils se décideront. Au cours de nos échanges avec le gouvernement, nous avons tous constaté que le gouvernement a aussi des manquements. Il communique moins, s’il communiquait à tout moment avec les syndicats on ne serait pas arrivé à cette grève. Dans un enjeu social, la communication et le dialogue sont nécessaires.

Il semble que votre centrale syndicale est pro-régime. Que répondez-vous ?

Écoutez, la grève c’est comme une guerre, elle se prépare. Elle a ses modalités. Il faut 6 jours francs de préavis pour informer son partenaire, ou son employeur. En fait, dans tous les pays, il y a des syndicats. Certains prônent le dialogue, d’autres font le forcing. Nous ne sommes pas, un syndicat progouvernemental ni proche du régime. Mais le gouvernement c’est un partenaire et nous le respectons.  Nous sommes loin du jeu d’hypocrisie. Seulement il faut être réaliste avec soi-même. Je pense lorsqu’on fait grève pour rien gagner c’est aussi dangereux. C’est un couteau à double tranchant et surtout vous risquerez de vous faire ridiculiser. Au Tchad, on peut faire plusieurs mois de grève et gagner son salaire ce qui n’est pas le cas sous d’autres cieux.

Parlons distribution des vivres aux démunis. Qu’en pensez-vous ?

La répartition est inéquitable et mal faite. Je trouve que ce n’est pas digne d’un tchadien. On ne peut pas donner à un tchadien un ou deux « koros » du riz, maïs ou haricots. C’est une injure à la population. La population tchadienne ne mérite pas cela. Non ! C’est injuste et anormal. Cette distribution ne sert à rien du tout. Ce que je déplore c’est que ce sont les mêmes personnes qui prennent la même chose. Dans mon quartier, il y a des personnes d’autres quartiers qui viennent prendre parce qu’elles sont insatisfaites. Tout le monde est vulnérable. Qui ne l’est pas ? Prenez, par exemple, les fonctionnaires retraités civils et militaires. Ils sont des démunis. Ils ne sont pas payés. Il y a aussi les veuves et les orphelins, il faut penser à eux.

Que pensez-vous des mesures sanitaires ?

Je propose à l’État de continuer la sensibilisation et des campagnes de distribution des cache-nez. C’est très important. Les caches sont vendues à 200F CFA voire plus. Faites un tour dans les ministères les kits de lavage des mains sont sans eau. Ce qui démontre le non-respect des mesures et le relâchement. Dieu merci, 60% de nos populations sont jeunes par rapport à certains pays, surtout occidentaux, les plus touchés, mais nous devons protéger les personnes de 3e âge.

Propos recueillis par Moyalbaye Nadjasna

Il a commencé le leadership dans le milieu jeune dès son entrée à l'université de N'Djaména. Il a été membre de la Chambre des délégués, puis secrétaire général de l'Unet. En 2014, Abakar Dangaya a été élu président national de cette organisation faîtière des étudiants. Avec son master 2 en Psychologie, le jeune Abakar a été élu le 4 décembre dernier, président du Conseil national des jeunes du Tchad (CNJT). Dans une interview exclusive accordée à Ialtchad Presse, il revient sur son programme pour la redynamisation de ce conseil et aborde les questions liées à la jeunesse.

Après votre élection comme président du bureau exécutif du Conseil national des jeunes du Tchad, quel est votre sentiment ?

C'est un sentiment de satisfaction, de reconnaissance et de gratitude à l'égard de tous ceux qui m'ont porté à la tête de cette organisation. Je voudrais profiter pour leur réitérer encore une fois de plus mes remerciements.

Après plusieurs tractations, pour une fois, votre élection a fait l'unanimité. Qu'est-ce qui est à l'origine selon vous ?

Pour moi, c'est tout d'abord ce sentiment de désarroi de toute la jeunesse tchadienne qui était en manque de repère. Il était question de trouver une personne qui peut inspirer et aspirer un petit peu de confiance pour le futur. C'est pourquoi nous étions plusieurs candidats en lice. Je pense que ce n'est pas la personne de Abakar Dangaya qui a convaincu l'électorat, mais c'est le plan d'action que Abakar Dangaya a proposé. C'est donc cette quête perpétuelle de confiance, d'une issue pour la jeunesse qui nous a porté à cette responsabilité.

Le CNCJ a longtemps souffert d'une léthargie qui n'a pas permis son épanouissement. Selon vous quels ont été les réels problèmes de cette organisation ?

C’était un problème d'organisation du fait des dirigeants. Le fait de demeurer longtemps à la tête de cette structure la rend obsolète dans la mesure où ce sont les mêmes personnes avec les mêmes idées qui finissent parfois de devenir un peu contre-productives. Ce qui fait que les jeunes avaient perdu confiance en ce conseil. Comme vous le savez, le bureau sortant à fait plus de sept ans à la tête du conseil alors que le mandat est de trois ans. En matière de leadership à la tête des organisations, parfois ça crée des soucis quand un dirigeant met assez de temps. C'est ce qui a fait que le conseil a perdu ses valeurs et un peu ses prérogatives. La jeunesse a perdu confiance en lui. Mais aujourd'hui, avec la lueur d'espoir qui a prévalu lors de ce dernier congrès, nous nous disons que la jeunesse attend beaucoup de nous et nous nous devons d'être vraiment prudents, organisés pour pouvoir relever ce défi.

Sur quoi repose votre plan d'action ?

Nous avons proposé un plan d'action axé sur 14 piliers avec un accent particulier sur l'unité de la Jeunesse. Nous disons que sans l'unité, rien n'est possible dans la mesure où les jeunes aujourd'hui ont beaucoup de talents, d'énergie et de qualités, mais ils sont en manque de soutien, d'orientations. Ils n’ont pas de parrainage alors que, avec un conseil digne et crédible, nous pouvons parrainer, orienter, appuyer ces jeunes-là. Pour nous il nous faut d'abord l'unité. En dehors de l'unité, il y a des problèmes qui concernent la jeunesse telle: l'emploi, la perte de confiance entre nous les jeunes et les décideurs publics, le volontariat, l'éducation, la citoyenneté et tant d'autres.

La politisation du CNCJ a longtemps été décriée. Que comptez-vous faire pour dissocier la politique des actions de votre organisation ?

Il faut reconnaître que le conseil est un intermédiaire entre le pouvoir public et l'ensemble de la Jeunesse. Il est au-dessus de toutes les organisations politiques. Le conseil représente toute la jeunesse. Il n'y a pas une jeunesse de l'opposition, il n'y a pas une jeunesse de la majorité, il n'y a pas une jeunesse de la société civile.  Ce que les gens ignorent, c'est qu'ils ont tendance seulement à limiter simplement le Conseil comme une organisation de la société civile. Maintenant, ce que doivent faire les membres du conseil c'est de ne pas prendre parti dans le cadre des positions politiques et autres.

En ce qui concerne la politisation, je pense qu'il y a une question des hommes. Ils n'ont peut-être pas compris les missions du Conseil. Celles-ci sont claires. En tant que représentants, on doit être dans la ligne même de ces missions.  Le défi est grand. Sortir de cette bannière de la "politisation" dépend de toute la jeunesse. Il faut que la jeunesse soit simplement unie en dehors de toute opinion politique. Ça nous déchargerait nous tous de toute critique et ça nous aiderait plus à réaliser des projets en faveur de la Jeunesse.

Quelles sont les actions prioritaires que vous comptez mener pour la redynamisation du Conseil national des jeunes du Tchad ?

J'ai toujours mis l'accent sur l'unité de la Jeunesse. Cette unité ne saurait se faire sans une redynamisation. Il y a prioritairement l'installation de toutes les coordinations provinciales du Conseil. Car on a 22 Provinces plus N'Djamena. Cela nous rapprocherait de toute la jeunesse, urbaine tout comme rurale.

Quel message avez-vous, au nom du Conseil national des jeunes à l'endroit de la jeunesse tchadienne ?

Nous ne sommes pas un appât pour quelqu'un. Nous ne sommes pas une marionnette pour quelqu'un. Aujourd'hui la jeunesse est divisée parce que tout simplement les hommes politiques utilisent cette jeunesse à leur guise. Dans tous les discours on dit la jeunesse est le fer-de-lance. La jeunesse est fer de lance que lorsque ces hommes politiques ont besoin d'elle. La jeunesse devient un problème lorsque ces hommes politiques arrivent à atteindre leurs objectifs. Pour moi, il est grand temps que chaque jeune se dit : « je dois me construire, je dois construire mon pays », au lieu d'accepter aveuglément de suivre des gens qui ne vont jamais nous rendre la vie facile.

Propos recueillis par Maurice Ngon Lokar

Le Projet d’appui aux réfugiés et communautés d’accueil (PARCA) a été lancé le 8 novembre dernier à Koumra, chef-lieu de la province du Mandoul, par le chef de l’État, Idriss Déby Itno.  Ialtchad Presse a rencontré le coordonnateur national du projet, Japhet Doudou Beindjila, revient sur le bien-fondé de l’initiative. Entrevue.

Bonjour, monsieur, le coordonnateur national ! Qu’est-ce que le Projet d’appui aux réfugiés et communautés d’accueil ?

C’est un Projet d'appui aux réfugiés et aux communautés d'accueil. C’est une initiative du gouvernement de la République du Tchad qui a bénéficié de l'appui financier et technique de la Banque Mondiale pour aider les ménages vulnérables qui sont autour des camps des réfugiés et également les réfugiés eux-mêmes. L'idée c'est de faire en sorte qu'il y ait un équilibre entre les réfugiés et les communautés hôtes. Depuis toujours, les réfugiés ont bénéficié de l'appui de tous les partenaires. La Banque Mondiale et le gouvernement ont réfléchi. Et ils ont constaté un déséquilibre. Il fallait corriger cela à travers le PARCA. Le but est de diminuer les tensions autour du partage des ressources naturelles entre les réfugiés et les communautés hôtes.

Pourquoi avoir choisi la province du Mandoul ?

C'est simplement parce que nous avons également des réfugiés dans le Mandoul, à Moïssala. Mandoul fait partie de la province qui appuie le projet. Comme je le disais, l'idée c'est d'amener le changement au sein des communautés hôtes qui sont autour des camps. Les Tchadiens ont beaucoup souffert de cette crise des réfugiés qui a envahi le Tchad depuis quelques années. Ils sont là sur le sol tchadien, on a utilisé les mêmes ressources, les Tchadiens ont tout donné pour les réfugiés. Maintenant ils sont devenus plus pauvres que les réfugiés. Donc il faut corriger ce déséquilibre. Et apporter un appui aux Tchadiens qui ont accueilli leurs frères réfugiés de la Centrafrique, du Soudan etc.

Quels sont les domaines d'intervention ?

Il y a deux composantes clés. La première composante est le renforcement des infrastructures communautaires. Le projet va investir dans la construction des écoles et des centres de santé, des châteaux d'eau pour renforcer la communauté hôte. Nous allons également construire des écoles dans les camps des réfugiés et là où il y a un besoin. S'il n'y a pas de besoins, nous allons faire tous ces investissements dans les camps donc ce sont les Tchadiens qui vont bénéficier de cet appui.

La deuxième complaisante est le transfert monétaire non conditionnel. Ce sont les filets sociaux. Sur la base des enquêtes que nous réalisons, nous arrivons à identifier les ménages vulnérables, c’est-à-dire pauvres. Dans le Tchad profond, vous trouverez des gens qui vivent dans des difficultés. Ce sont ces gens-là qui sont nos cibles. Le PARCA s’attaque à leurs problèmes, on essaie d'apporter des ressources financières directes. C'est de l'argent qu'on donne à la communauté, en raison de 45 000 FCFA par trimestre. On donne à chaque ménage qui est identifié et sélectionné. Nous avons une base de données, sur la base d'une enquête. Nous avons eu à la phase pilote. Les résultats sont très encourageants. Tous ceux que nous avons appuyés, 96% sont des personnes démunies. C'est l'étude qui a montré cela. Et c'est cela qui nous encourage. L'appui continu des plus hautes autorités est présent et nous exécutons leurs orientations.

D’autres provinces sont concernées par le projet ?

Nous intervenons dans 7 provinces du Tchad, là où il y a les réfugiés, dans un rayon de 25 kilomètres à savoir : Logone oriental, Ouaddaï, Lac, Wadi Fira, Ennedi Est, Moyen Chari et Mandoul. En ce qui concerne la proportion de financement, nous appuyons à 70 % la communauté hôte et 30 % pour les réfugiés.

Important à savoir : d’un montant global d’environ 67,5 milliards de FCFA, le PARCA couvre, à travers les programmes Filets sociaux, 130 000 ménages pauvres et vulnérables. Ces derniers sont bénéficiaires des transferts monétaires non conditionnels et des subventions d’activités productives, dont 18 800 ménages vulnérables de la province du Mandoul.

Entrevue réalisée par Maurice N’gonn Lokaar

La fête de Toussaint est célébrée tous les 1ers novembre de chaque année à travers le monde par les fidèles de l’Église Catholique. Quelle est l’origine et le sens de cette fête ? ABBE Allangomadji Hony Maximes, responsable de la Paroisse Saint-Paul de Kabalaye répond. Entrevue.

Que signifie la Toussaint ?

Abbé Allangomadji Hony Maximes,

Nous célébrons dans quelques heures de la Toussaint comme vous venez de le dire. C’est une fête que nous fêtons comme Noël ou la pâque. C’est une grande fête chrétienne qui célèbre la sainteté des hommes et des femmes qui ont témoigné de leur foi en Jésus-Christ. Dans le calendrier liturgique catholique, nous avons des Saints. Nous portons leurs noms. Nous les fêtons tout au long de l’année liturgique. Il y a aussi des saints de l’église que les humains ne connaissent pas. Ils sont vivants en présence de Dieu parce qu’ils ont vécu ici sur terre. En fêtant Toussaint, nous demandons aussi de la communion avec les saints à toutes ces personnes qui vivent dans la félicité de Dieu. Ils prient Dieu pour nous parce qu’ils contemplent déjà la face de Dieu. Telle est la célébration de la Toussaint en un mot. Dans la Sainte Bible au livre d’Apocalypse, qui nous sert de la lecture demain, dans sa vision, Saint-Jean a vu, ceux qui sont marqués par le sceau de Dieu et qui sont au nombre de 144 000 en raison de 12 000 par tribus sur les 12 tribus d’enfants d’Israël. Cela concerne ceux qui sont connus. Cependant dans la suite de sa vision il a vu encore une multitude innombrable des gens que lui-même affirme de ne pas connaître. Il a fallu qu’un vieillard lui explique que « cette foule est composée de ceux qui ont lavé leurs robes dans le sang de l’Agneau. C’est-à-dire ceux qui ont témoigné de leur foi ici sur terre. Témoigner c’est la traduction littéraire du mot martyr. Le grand martyr ne consiste pas seulement à mourir, mais c’est de manifester l’amour quotidien dans notre vie.

Fêter la Toussaint dans un contexte différent cette année avec la Covid-19. Comment la fêtez-vous ?

Abbé Allangomadji Hony Maximes,

Dans le contexte de la pandémie, nous essayons de voir, depuis la reprise des activités dans les églises, toutes les dispositions ont été prises pour que les célébrations eucharistiques soient limitées à un nombre acceptable. Les fidèles respectent la distanciation sociale. Nous célébrons cette fête en respectant toutes les consignes données par nos autorités religieuses. Même dans la salle, les bancs sont marqués laissant la distance entre les personnes et c’est ce qu’on va continuer à faire.

Vous parlez d’une mauvaise compréhension de la Toussaint, que voulez-vous dire exactement ?

Abbé Allangomadji Hony Maximes,

Une équivoque est à lever. Nous avons une mauvaise compréhension de la Toussaint. Lorsqu’on parle de la Toussaint, nous pensons directement aux défunts. Les fidèles viennent à la célébration en pensant à ceux qui sont morts. Mais ce n’est pas la fête des Morts. Rappelons-nous de la parole que Jésus Christ a dite à Marie de Magdala le dimanche de Pâques le matin, le 1er jour de la semaine après sa mort, « pourquoi chercher parmi les morts le vivant ? » Nous avons l’obligation les saints dans la communion de prier pour les morts parce qu’ils sont en train de traverser une période de purification. L’Église appelle ce lieu le purgatoire. Mais la célébration de la fête n’est pas pour aller aux cimetières. C’est une joie parce que Dieu a permis à l’humanité de vaincre le mal. Et de vivre en sa présence dans son paradis. C’est ce que nous célébrons. Nous célébrons aussi notre espérance, nous les vivants qu’en témoignant Le Christ ici sur terre. Nous allons avoir accès à cette vie de félicité avec Dieu. C’est le 02 novembre que nous allons commémorer avec les fidèles, toutes ces personnes qui sont mortes pour que par nos prières Dieu puisse leur accorder la grâce du péché qu’ils n’ont pas pu obtenir ici sur terre pour entrer dans son royaume.

Entrevue réalisée par
Moyalbaye Nadjasna

Aperçu historique de l’accession à l’Indépendance

Le Tchad célèbre ce 11 août, le 60e anniversaire de son accession à l’indépendance. Pour mieux comprendre la base de cette libération du joug colonial, Ialtchad Presse s’est entretenu avec l'historien Sali Bakary.

L’aperçu historique de l’accession du Tchad à l’indépendance doit être mis en rapport avec la Seconde Guerre mondiale, estime Sali Bakary.  Après cette guerre, dit-il, la France qui était la puissance colonisatrice a pris un certain nombre de mesures qui ont accéléré le processus de l’indépendance. « A la faveur, les colonies francophones ont pu accéder à l’indépendance. Le Tchad avec », affirme-t-il. Les mesures prises étaient entre autres la suppression de l’indigénat, la liberté de créer de syndicats, des partis politiques entre autres.

Le bilan

Pour ces 60 ans d’indépendance, l'historien affirme qu’il y a du progrès. « Beaucoup a été fait sur le plan quantitatif, mais qualitativement médiocre. Des infrastructures sanitaires et éducatives ont été construites, mais manquent d’équipements ». 

L’action politique

Sali Bakary déplore que l’armée soit utilisée comme un moyen d’accéder au pouvoir, mais aussi comme un moyen de protéger ce pouvoir. Ce qui, malheureusement, empêche une alternance pacifique au pouvoir. « Ça dénote de la particularité tchadienne qui fait que depuis le 22 juillet 1966, date de la création du Frolinat, le système politique tchadien est pris en otage. L’arme est utilisée comme un moyen d’accession au pouvoir, mais aussi comme un moyen de protéger ce pouvoir », affirme celui qui est également enseignant d'histoire à l'école normale.

M.Bakary s'est également prononcé sur l'élévation du président de la République, Idriss Déby Itno, ce 11 août à la dignité de Maréchal du Tchad. Pour lui, le récipiendaire mérite cette dignité de Maréchal du Tchad, car il a consacré toute sa vie à l’armée. « Il est le rare sinon le seul chef d’État qui va sur le terrain de guerre. Tous ces éléments méritent d’être pris en compte », dit le professeur.

Entretien réalisé par Ngonn Lokar

Il ne laisse personne indifférent à tel point que ses amis et ses adversaires politiques le surnomment tantôt « feu de brousse » tantôt « le bulldozer ». Il cogne fort et encaisse tel un boxeur. Plusieurs fois ministres, une fois Secrétaire Général à la Présidence, il est aujourd’hui Secrétaire Général adjoint, chargé de la communication du parti au pouvoir. Ialtchad Presse reçoit Jean Bernard Padaré. Entrevue.

Vous avez gagné la bataille de Bohoma, mais on vous a très peu entendu sur la bataille contre le coronavirus ?

Ce n’est pas le MPS qui a gagné la bataille de Bohoma. C’est l’Armée Nationale Tchadienne (ANT)...

…On dit qu’on vous a beaucoup entendu sur cet événement …

c’est l’ANT qui a gagné la bataille de Bohoma. Et vous savez l’unanimité que cela a fait au sein de la classe politique. Que ça soit la majorité comme l’opposition cette victoire a été unanimement salué. Il y avait eu une union sacrée autour de notre armée. Maintenant parlant de la maladie du coronavirus, vous dîtes que cette bataille n’a pas été gagnée ? Elle a été largement gagnée. Ce n’est pas de la langue de bois parce que c’est vrai.

Vous dîtes que la bataille a été très bien menée, mais pourquoi on a dissous le comité de veille pour que le président reprenne, lui-même, les choses en main ?

Il faut replacer les choses dans leurs contextes. Le comité de veille a été mis en place lorsqu’on a eu le premier cas de contamination au coronavirus. Il fallait une thérapie de choc, paré au plus urgent. C’est comme cela que le comité de veille a été mis en place. C’est d’ailleurs ainsi que les mesures barrières ont été édictées, le couvre-feu. Pas des mesures ont étés prises. Donc je pense que le comité de veille a vécu.

N’est-ce pas là un aveu d’échec ? Le Président à d’autres choses à faire. Vous, on ne vous a pas entendu au sein du MPS sur ces ratés.

Il n’y a pas eu des ratés en tant que tels. Il ne faut pas créer de la polémique…

Padaré il y a eu la convention signée entre le comité de veille et la Fondation Grand Cœur (FGC).

C’est un faux débat. Je reviendrai si vous le permettez. Il n’y a pas eu des ratés. Le comité de veille a accompli sa mission avec professionnalisme. Ce comité n’a pas été dissous. Il lui a été substitué le comité de gestion de crise.

Après les dénonciations de l’opposition….

Ça n’a rien à voir. Je disais qu’il fallait passer à une deuxième étape. Les gens aiment les polémiques stériles inutiles. Dans notre camp nous ne voulons pas rentrer dans cette guéguerre.

Pourtant vous-même êtes intervenu, M. Padaré

Oui j’étais obligé d’intervenir parce qu’il y avait des amalgames qui étaient faits.

Vous êtes le porte-parole du MPS, pas de la Fondation Grand Cœur 

Très bien. Je vais m’expliquer. Lorsqu’on dit, la FGC travaille pour le compte du MPS, nous nous sommes tus pendant longtemps. C’était devenu lithanique. Le député que vous avez cité passait son temps à surfer sur ce qui est devenu son argumentaire pour se refaire une virginité politique. C’est pourquoi c’est un faux débat.

15 milliards de francs CFA ont été annoncés comme investissement. Le lendemain, le Comité de veille signe une convention avec la FGC qui appartient à la Première Dame.

N’est-ce pas un conflit d’intérêt ou apparence de conflit d’intérêts ? Est-ce que ça ne pose pas un problème d’éthique ?

Qu’est-ce que vous entendez par conflit d’intérêts ? Je comprendrais que des gens qui n’ont jamais eu à gérer les fonds publics puissent tenir ces propos. Mais quelqu’un qui a été ministre d’État, qui a été aux affaires peut dire cela. Quand le Président annonce 15 milliards, ce ne sont pas des espèces sonnantes et trébuchantes. Il y aura des fonds qui vont être mis, mais aussi des fonds qui proviennent des partenaires. La Fondation Chantal Biya, Danielle Mitterrand ou Mme Sassou vivent de quoi ? Ils vivent des dons et legs.

Êtes-vous en train de dire que les 15 milliards sont un don ?

Je veux simplement dire que la FGC n’a pas eu 1 centime des 15 milliards que le président avait annoncés. Et le conflit d’intérêts, le délit d’initié il faut que les gens lisent bien la notion. Il faut que ceux qui disent cela s’entourent de juristes.

Le comité pouvait lancer un avis d’appel d’offres en urgence. Non ?

Mais vous amusez ou quoi ? On est face à une urgence. Vos voulez qu’on lance un appel d’offres pour attendre un mois, 2 mois. Il y aura 1000 candidats qui vont soumissionner et on va trier, etc. Pendant ce temps, les gens ne meurent pas ? Ceux qui dénoncent on est prêt à les entendre, mais ce sont des attaques politiques.

Vous dîtes ceux qui dénoncent visent quelque chose. Qu’est-ce qu’ils visent ?

Se refaire une santé politique. Je prends un exemple simple dans ma province, le Mayo Kebbi Ouest près de 4000 personnes opérées de la cataracte par la FGC. Et ce n’est pas des fonds publics.

N’est-ce pas à l’État de jouer ce rôle ? 

Depuis que je suis né, je n’ai jamais vu une caravane de la santé opérer les citoyens à Léré où je suis né. La Fondation l’a fait et a opéré 500 personnes.

Justement est-ce que la FGC ne s’accapare pas du rôle du ministre de la Santé ?

Non. Elle ne s’en accapare pas. Si le ministère de la Santé est incapable d’assumer ses responsabilités, c’est son problème. Et il faut que cela passe par le ministère de la Santé ?

Padaré ça fait 30 ans que votre parti est au pouvoir. On ne voit pas des débats.

S’il y a un parti où il y a de vrais débats, c’est le MPS.

Pourtant on ne vous entend pas…

Les débats internes vous voulez qu’on le fasse sur vos plateaux…

Padaré il ne s’agit pas de vos débats internes. C’est de vrais débats publics qu’il s’agit.

Il y a des débats. Par exemple lors d’un congrès le président fondateur peut exprimer une idée et les militants peuvent la rejeter.

Quel bilan faites-vous ?

Le bilan est plus que positif. Vous avez les réalisations sur le plan des infrastructures, des libertés, la construction des centres de santé, des hôpitaux, etc. Je sais que vous avez fait l’Université du Tchad avant de continuer à Montréal au Canada. Avant il n’y avait qu’une seule université.

Vous avez fêté les 30 ans du parti à Mongo, capitale du Guerra. Le président de la République était absent. C’était un flop ou une réussite ?

Non pas du tout. Le président devait venir, mais il était appelé pour une mission plus importante. Les 30 ans, on peut les « re-fêter » à tout moment ou le 1er décembre prochain.

Donc c’était un flop ?

Non ce n’est pas un flop du tout. Il y avait une réunion sur la crise libyenne, le président à une expertise et c’est à bon droit qu’il a choisi de se rendre à cette rencontre.

Les élections sont fixées pour décembre 2020 par la Commission Nationale Indépendante. Est-ce que c'est réaliste ?

Banco ! Nous sommes prêts.

Les élections auront lieu ?

Ce n’est pas nous qui décidons. C’est la CENI, organe indépendant.

Je repose ma question autrement. Est-ce que c’est réaliste les élections législatives en 2020 ?

Je vous réponds les yeux dans les yeux pour vous dire que nous dépendons du chronogramme de la CENI. Si elle nous dit qu’il y aura les élections en décembre ou elle reporte, on est prêts.

La 4e République, vous êtes un des pères, quel bilan vous faites ? Tous les pouvoirs sont à la présidence.

Cela dépend de quel côté on se situe. Quand on est du côté de ceux qui ont contesté, on dira que c’est un échec. Quand on a été comme moi acteur, au cœur de la création de la 4e République c’est un succès. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a plus dispersion des moyens.

Vous exposez le Président

Non on n’expose pas le président. C’est un homme d’action. Il aime agir. Et vous avez vu quand il était question d’aller à Bohoma, il a troqué son « djellabia » contre le treillis.

Padaré, pour vous le Corona virus, comité de veille, comité de gestion, MPS 30 ans, vous comme homme politique : travail impeccable. C’est ça ?

Je ne vous ai pas dit que tout est impeccable, mais tout est perfectible. Le plus important ce que ça avance. Peindre tout blanc, d’un côté et tout noir de l’autre, le manichéisme n’est pas ma conviction.

Réalisation Bello Bakary Mana

Regardez l’interview complète sur le plateau du LE POINT ici :

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