samedi 13 août 2022
Le Point

Le Point (75)

Le Conseil national syndical de l'Union des Travailleurs du Tchad (UST) donne 10 jours francs au Conseil militaire Transition pour répondre à leurs revendications. Une décision prise lors d'une réunion extraordinaire avec les responsables syndicaux affiliés, le 2 juillet 2022 à la Bourse du Travail de N'Djamena. Pour plus de précision sur la question, Ialtchad Presse a rencontré Barka Michel, président national de ce conseil. Entrevue.

Barka Michel, président du Conseil national syndical de l'Union des syndicats du Tchad (UST), rappelle leurs décisions concertées du 02 juillet. A son avis, le Conseil national syndical (CNS-UST) donne un délai de 10 jours au Conseil militaire de Transition (CMT) à s'exécuter. Il affirme qu'ils prennent à témoin l'opinion nationale et internationale pour les conséquences qui vont découler si rien n'est fait pour satisfaire leurs revendications.

D'après le président du CNS-UST, ils ont lors d'une réunion extraordinaire ce 2 juillet, examinée le communiqué de presse du 28 juin dernier relatif au scandale financier au sommet de l'État et à l'évaluation du pacte social triennal. Le conseil a approuvé la position du Bureau exécutif de l'UST après un long échange sur les le crime économique révèle et l'application infime du pacte social triennal, depuis sa signature, le 4 octobre. Il affirme également que la réunion était élargie aux responsables des syndicats affiliés à l'UST.

Barka Michel précise que certains médias disent que le CNS-UST demande la démission du gouvernement de la Transition sans relever les raisons qu'ils ont mentionnées. Pour lui, leurs revendications sont motivées sur des points précis.

Selon le syndicaliste Barka Michel et ses camarades, le gouvernement doit engager une poursuite judiciaire de toutes les personnes impliquées dans le détournement. Ils demandent la restitution et le rapatriement des fonds publics détournés au trésor public et de tous les biens des personnes impliquées dans ces détournements soient saisi. Le conseil syndical exige aussi, l'apurement des arriérés des retraités estimés à 26 milliards et ceux des contractuels de l'État à 25 milliards. Le président de l'UST dit également que le Conseil revendique, l'application stricte du décret 862 portant réglementation de la retraite au Tchad, mais aussi, le remboursement des augmentations générales spécifiques (AGS) coupées en 2016 en espèce ou en nature.

Autres points, dit-il, le conseil demande au gouvernement de rembourser le 30% de l'impôt sur le revenu des personnes physiques (IRPP) prélevé sur le salaire des agents du secteur privé et les retraités en 2016. Il insiste à ce que l'alignement soit fait sur le même taux que ceux du secteur public. Enfin, Barka Michel soutient également que le conseil exige l'augmentation de 50% de salaire des secteurs publics et privés .

Le président du Conseil national syndical note que jusque-là, le gouvernement n'a pas encore réagi. Toutefois, ajoute-t-il, si rien n'est fait pour satisfaire les travailleurs et travailleuses, 10 jours après ce préavis, ils vont entrer en grève. Barka Michel rappelle que le conseil alerte ses camarades d’être vigilants et prêts pour des actions futures.

Moyalbaye Nadjasna

Les lauréats des écoles professionnelles et les diplômés sans emplois ont pendant longtemps lutté pour leur intégration à la fonction publique. Aujourd'hui c’est chose faite, mais leurs leaders  déplorent les incongrus sur la liste des 416 lauréats, publiée, jeudi 30 juin. Contacté, Aimé Aissadji Bona estime que les autorités viennent de les montrer qu'il ne faut jamais leur faire confiance. Entrevue.

Selon Aimé Aissadji Bona, leaders du collectif des diplômés sans emplois en instance d'intégration, les autorités tentent de rattraper le temps perdu suite à la promesse d'intégration de 5000 jeunes à la fonction publique depuis janvier par le Président du Conseil Militaire de Transition (PCMT). Ce recrutement des jeunes diplômés, dit-il, devrait se faire dès le premier trimestre de l'année 2022. Malheureusement les choses ont dû traîner pour des raisons que nous déplorons, soutient Aimé Aissadji. « Comme ils viennent de commencer, nous estimons que voir la suite jusqu'à l'épuisement du quota sera qu'une histoire de 30 jours », dit le porte-parole.

Pour Aimé Aissadji, cette liste sortie est loin de leurs attentes. « Nous avons accordé un bénéfice de doute à nos décideurs, mais ils viennent de nous montrer combien il ne faut jamais leur faire confiance ».

À son avis c'est triste, il faut vraiment le dire, sur cette liste de 416 lauréats, il y des gens qui sont nés avant les indépendances, d'autres seront même des défunts et certains des mineurs. Le porte-parole des diplômés trouve écœurant, il rappelle les autorités à des bons sentiments afin que la majorité des jeunes diplômés puisse en bénéficier.

Il affirme qu'ils n’ont pas été impliqués dans ce processus de recrutement comme prévu. Et c'est ce qui a causé ces résultats insatisfaisants. « Nous avons fait confiance aux autorités sur parole, maintenant nous tirons les conséquences fâcheuses. Que cela ne tienne, nous encourageons nos camarades qui n'ont pas leurs noms à rester optimistes, car nous sommes en train de communiquer avec ceux chargés du recrutement en espérant que la suite soit meilleure ».

Moyalbaye Nadjasna

Pour permettre au Tchad de rehausser son économie qui est en baisse depuis plus de deux ans annoncée par la banque mondiale. Les experts proposent au gouvernement tchadien de redynamiser les chaînes de valeurs agricoles et d’élevages pour mettre à jour l’économie du pays. C’est dans ce sens que le gouvernement a aussitôt réagi en mettant en place les politiques fiscales qui ont permis à notre pays de sortir la tête de l’eau. La rédaction Ialtchad Presse s’est entretenue avec le directeur de la législation du contentieux et des relations fiscales internationales, le doctorant en gouvernance, Korom Acyl Dagache qui explique les efforts du gouvernement pour atteindre la zone verte. Entrevue.

Pour permettre au Tchad de rehausser son économie, les autorités ont mis en place plusieurs stratégies. Selon les prévisions de la Banque Mondiale (BM), le pays tend vers une zone verte pour l’année en cours. Pour comprendre l’effort et les stratégies mises en place pour booster cette économie devant permettre d’améliorer les conditions de vie des citoyens, la rédaction a échangé avec le directeur de la législation du contentieux et des relations fiscales internationales du ministère des Finances, inspecteur des impôts. Il explique comment les autorités des finances ont entrepris de relever le défi.

Korom Acyl Dagache souligne que dans un contexte actuel des pays subsahariens dont le Tchad fait partie, est caractérisé par des trois types des crises : sanitaires, sécuritaires et économiques. Selon lui, ces pays se doivent de chercher de nouvelles poches, de faire de parades afin que les ressources assez consistantes viennent combler les gaps occasionnés dans le cadre des prévisions budgétaires. 

Pour le Tchad, le directeur et président du mouvement citoyen « notre Tchad », affirme qu’il serait important de mettre en œuvre des mesures et de politiques économiques qui tiennent compte des réalités du tissu fiscal. Il serait important, dit-il, de mettre un accent particulier sur une stratégie qui permet de mettre en œuvre un climat favorable aux affaires. Selon M. Korom, la stratégie de mobilisation des ressources, c’est-à-dire ressources fiscales et non fiscales semblent être assez importantes. Korom Acyl Dagache suggère qu’on ouvre également une lucarne pour intégrer les aspects en rapport avec les recettes douanières sont d’une importance capitale. Il soutient que la politique qui convient d’adopter devrait reposer sur le socle des mesures de gouvernances fortes. Le directeur de la législation du contentieux et des relations fiscales internationales avoue que le ministère a mis en place de mesures de portées économiques assez importantes. Le fiscaliste ajoute que dans la mesure où le budget général de l’État de l’exercice 2022 a mis en place de mesures incitatives qui permettent de faire en sorte que le Tchad serve soit un maillon essentiel d’attractivité. Il affirme qu’il y a des facilités qui sont accordées aux investisseurs, notamment la charte qui est consacrée dans le cadre du projet de la loi de finances 2022.

Le doctorant estime qu’au-delà de cet aspect, qu’il serait intéressant de nourrir une vision qui va éplucher les contours d’une politique qui va tendre à baisser les taxes en périodes de récession et en même temps changer. M. Korom Acyl Dagache propose qu’en période de prospérité, cela soit pareil, afin que l’économie du pays foudroyé par les effets de différentes crises puisse aller vers la croissance. Il ajoute qu’ils sont sur cette trajectoire et reconnaît aussi que c’est une avancée notable et significative. « Je suis en droit de dire que notre pays a des indicateurs qui clignotent au vert, contrairement aux folles rumeurs persistantes qui écument la toile », assure-t-il.

Les importations tuent les industries locales

Au sujet des importations des produits étrangers qui pourraient paralyser les industries du pays, le directeur Korom Acyl Dagache précise qu’à force de beaucoup importer, cela va impacter sur la balance commerciale du Tchad. Pour cela, il suggère que l’on diversifie l’économie et de consommer tchadien. Selon lui, le gouvernement doit promouvoir une politique industrielle locale pour que les produits en provenance des pays étrangers ne puissent pas mettre nos industries naissantes et nos entreprises dans une situation de concurrence déloyale. Il souhaite que les mesures douanières soient accordées aux entreprises du pays. Le directeur argue que lorsqu’on consomme local, nos entreprises vont jouir d’une santé économique assez parfaite et il y’aura la résorption du chômage, la création de la valeur ajoutée et l’économie va tendre vers le plein emploi. M. Dagache pense que cela va permettre l’émergence du pays, conformément au plan national du développement et à la vision d’un Tchad émergent.

À propos des indicateurs qui sont au vert, le directeur exprime sa satisfaction, mais il est prudent et dit que tout n’est pas rose. Selon lui, ces indicateurs viennent soulager le gouvernement et laissent un espoir lattant dans la mesure où les salaires sont payés à temps et au-delà de cet aspect les autorités ont pris de décisions salutaires pour subventionner les denrées de premières nécessités, malgré la flambée des prix.

Jules Doukoundjé

Difficile de le mettre dans une case tellement il est partout. Il porte plusieurs casquettes : est-il un influenceur? Un leader d’opinion? Un libre penseur? Il préfère le titre de spécialiste des politiques publiques. Il ne se lasse jamais de débattre même lorsqu’il est attaqué de toute part. Il est fonctionnaire de métier. Il rejette le droit à la réserve du à son statut de fonctionnaire avançant des arguments juridiques de la Fonction publique qui l’autorise. Il a été le plus jeune candidat à l’élection présidentielle de 2016 avant de se faire recaler. Il a été membre du cercle de réflexion stratégique pour la réélection, en avril 2021, du défunt président Deby Itno. Il est président du Think Tank « Tchad, notre patrimoine ». C’est un soutien du Conseil Militaire de Transition. Nous recevons Kébir Mahamat Abdoulaye pour échanger sur l’actualité, sur ses prises de position, sur la transition, etc.

Vous êtes fonctionnaire, M. Kébir, vous êtes partout dans les médias et sur les réseaux sociaux. Qu’est-ce que vous répondez à ceux qui disent Kébir est un fonctionnaire, il est tout le temps dans les médias en train de parler ?

C’est une question qui revient de façon récurrente, pour moi c’est normal, les gens posent cette question pour pouvoir comprendre. Effectivement un fonctionnaire est un travailleur qui a un contrat avec l’État, il a des droits et des obligations. Il faut rappeler que nous sommes dans un système démocratique et la liberté d’expression est garantie par la Constitution. Nous avons la loi 17 en son article 7 qui reconnaît que le fonctionnaire jouit de la liberté comme les autres citoyens. Plus loin, l’article 8 et 9 disent que les fonctionnaires peuvent se constituer en association, en organisation syndicale pour garantir leurs intérêts. Cependant certains fonctionnaires sont tenus à l’obligation de réserve, ce qu’on appelle la neutralité politique selon leurs statuts. Il s’agit des magistrats, des policiers, les militaires, les gendarmes, etc. Dernier point important tous les fonctionnaires sont tenus à respecter le secret professionnel qui est différent de l’obligation de réserve.

Vous êtes président d’un Think Tang (groupe de réflexion), cela fait partie de la société civile ?

Think Tank est une appellation anglaise. C’est un groupe de réflexion. J’aime être dans ces genres d’organisation.

On peut-être fonctionnaire et être dans un Think Tank, être dans un parti politique, etc. sans problème ?

Oui cela ne pose pas un problème. La loi le permet.

Vous avez suggéré la baisse de la bonbonne de gaz à 1000. Il y a depuis quelques jours une pénurie. Vous l’économiste, qu’est-ce qu’on fait ?

Oui j’ai constaté aussi. Jusqu’aujourd’hui je ne sais pas les causes de cela. Est-ce que c’est une spéculation ? Est-ce qu’il y a un problème de spéculation, est-ce que c’est au niveau de l’apprivoisement ?Au niveau de la production ? Au niveau des prix ? Est-ce que la demande et plus forte ?C’est un phénomène nouveau qui se répète. Bref la production est suffisante pour couvrir les besoins de la population. Maintenant par rapport au prix, nous au niveau du Think Tank Tchad, notre patrimoine nous avons fait 100 propositions qui correspondent aux 100 jours de l’avènement du Conseil Militaire de Transition (CMT). C’est dans ce document que nous avons fait la proposition de baisser le prix de la bouteille de gaz de 2000 à 1000 pour donner accès aux ménages les plus démunis.

On est carrément dans la pénurie. Pas de solution, vous l’économiste ?

Est-ce qu’on parle de pénurie ? Je crois qu’il faudra attendre pour voir la réaction du ministère du Commerce ou de l’Autorité de régulation du Secteur Pétrolier Aval Tchad (Arsat) ou un communiqué de société nationale du raffinage.

M. Kébir vous êtes un soutien affirmé et assumé du CMT. La transition se déroule depuis plus d’un an. Tout va bien ? Il y a quelque chose à améliorer ? À corriger ?

Comme toute transition il y a des moments difficiles. Lorsque le CMT a été mis en place, au début les gens n’avaient pas compris. Et disaient pourquoi le CMT a été créé ? Certains réclamaient le retour à l’ordre constitutionnel ? Aujourd’hui la transition fonctionne. Elle fonctionne sans grande difficulté, sans grand obstacle et sans crise majeure même s’il y a eu quelques couacs.

Quels couacs ?

Par exemple certaines manifestations organisées. Des manifestations qu’il faut au bénéfice du CMT. Le droit de manifester est devenu une réalité effective dans notre pays. Plus de 20 manifestations ont été organisées soit le nombre le plus élevé depuis 1960. C’est une avancée. Les partis politiques continuent de fonctionner normalement, la presse et les libertés d’association aussi marchent bien.

Est-ce que vous êtes en train de nous dire que c’est un cadeau fait aux Tchadiens par le CMT ? Les Tchadiens ont le droit de manifester, non ?

Ce n’est pas le CMT qui donne, mais le CMT assure. Malgré le contexte sécuritaire et le décès du Maréchal, le CMT a assuré. Vous avez vu depuis un an le Conseil national de transition (CNT) fonctionne, il y a un gouvernement d’union nationale et la continuité de l’État.

M. Kébir. Non pour rétablir un peu la vérité ce n’est pas un gouvernement d’union nationale pour préciser à nos téléspectateurs. C’est issu d’un coup d’État.

Non je récuse votre terme de coup d’État. Ce qui s’est passé n’est pas un coup d’État.

C’est quoi selon vous ?

Le gouvernement n’a pas été renversé, le président est mort au combat, aucune arrestation, les membres du gouvernement étaient là. Donc un coup d’État est quelque chose de prémédité.

M. Kébir c’était des civils qui ont pris le pouvoir ?

Non ce ne sont pas des civils. Ce sont des généraux lorsqu’on parle de CMT. Ils ont pris leurs responsabilités historiques.

Vous ne répondez pas à ma question. C’était un coup d’État oui ou non ?

Non ce n’était pas un coup d’État. Le président de l’Assemblée nationale a décliné l’offre de prendre le pouvoir.

Il y a eu des manifestations contre la France, vous étiez contre. Vous avez qualifié les manifestants d’enfants et d’idiots. Pourquoi vous dites cela?

Je vais un peu préciser l’expression que j’ai utilisée. Les téléspectateurs peuvent aller lire mon texte qui est encore disponible. J’ai employé l’expression « les idiots utiles ». Une expression utilisée par Lénine, dirigeant de l’ex-URSS pour qualifier les gens instrumentalisés, manipulés.

Par qui ?

On a vu des gens instrumentalisés, des enfants, des gens qui ne connaissent même pas la cause. Moi-même je suis allé rencontrer les manifestants pour échanger avec eux. La plupart étaient des adolescents, des enfants, il y avait aussi des adultes, mais « c’est quoi France barra ? »

Pour l’équilibre M. Kébir, les manifestations du 14 mai étaient contre l’ingérence de la France dans les affaires tchadiennes.

Il y a un autre objectif aussi, c’est demander le départ de l’armée française du Tchad et des bases militaires françaises.

Vous êtes pour ou contre ?

Ce n’est pas la France qui a décidé d’envoyer ses troupes ici. Ce n’est pas aussi la France qui a décidé d’avoir des bases ici. Ce sont les anciens chefs d’ États tchadiens qui ont fait appel à la France. Vous savez les bases militaires étaient justifiées à l’époque.

Est-ce vous êtes en train de dire que les Tchadiens n’ont pas le droit de manifester chez eux contre la présence d’une force étrangère ?

Pas les Tchadiens. Ceux qui sont sortis manifester le 14 sont des Tchadiens. Ils ont le droit de manifester contre le CMT combien de fois contre la France. Ils ont le droit de manifester contre la France, mais ils n’ont pas le droit d’aller au-delà du but, de casser, de vandaliser les biens d’un ami historique du Tchad. Il faut réviser les accords entre le Tchad et la France pour un nouveau partenariat entre les deux pays. Ces accords doivent être votés par l’Assemblée nationale pour qu’ils soient transparents et accessibles.

Et les arrestations des leaders ?

 Ils sont les responsables en cas de débordements, de casses et de morts. Ils sont les premiers responsables. Ils doivent assumer, c’est ainsi qu’ils ont étés arrêtés conduits à Moussoro et jugés. C’est une décision de justice qu’il faut respecter. Je pense que la justice a même été clémente. 1 an avec sursis. Je dis cela par rapport à la gravité des faits. Personnellement je ne veux pas de cela, mais malheureusement on est arrivé à cela.

Le Dialogue national (DN), qu’est-ce que vous en pensez ?

Le DN n’est pas mené au rythme qu’on souhaitait. Le pré dialogue au niveau national c’est fini depuis longtemps. Maintenant, il y a le pré dialogue avec les politico-militaires qui prend du temps, cela fait 3 mois qu’ils sont à Doha. Qu’ils arrivent à un accord pour que le grand dialogue puisse se tenir rapidement sans aucun tabou.

Justement question sans tabou, le fédéralisme va-t-il faire partie des débats ?

Oui. Le fédéralisme est aussi l’une des thématiques. Il y a d’autres sujets plus importants.

Le sentiment de beaucoup des Tchadiens ce que l’État unitaire a échoué. Ils ont le droit de tenter le fédéralisme non ?

 Nous avons commencé avec l’État unitaire puis nous sommes arrivés à L’État unitaire décentralisé. Puis dans les années 2000, nous sommes passés à l’État unitaire fortement décentralisé qui n’a pas connu une application effective.

Vous avez suivi la sortie de celui qu’on appelle le grand-frère national Daoussa Deby qui disait en gros que la transition va mal, le pays va mal. Il appelait la jeunesse à plus de compétence. Plus de patience lorsqu’on sait qu’il faisait partie de ceux qui ont géré bien ou mal géré ce pays. Qu’en pensez-vous de sa sortie sur l’état de la nation?

J’ai suivi l’entrevue. C’est l’un des oligarques de l’ancien régime. Lorsqu’il qualifie les climats des affaires de dégueulasse voire très dégueulasse, je suis étonné. Il jette des accusations, surtout des accusations qui concernent le CMT.

Il dit que tout va mal  

Est-ce que ce qu’il a dit s’est passé en une année ? Je ne pense pas. Donc sans se rendre compte, il rappelle les années ou lui-même faisait partie intégrante, l’épine dorsale du régime. De toutes les façons, c’est un Tchadien il a le droit de s’exprimer.

Vous comme soutient du CMT, vous n’avez pas senti qu’il réglait ses comptes ? Qu’il est mécontent ?

Qu’est-ce qu’il vise derrière cette entrevue, mais tout ce qu’il a dit n’est pas justifié. S’il n’est pas content est-ce qu’il faut qu’il le dise à travers une entrevue ? Je constate qu’il retrouve sa liberté d’expression.

C’est juste une liberté d’expression ?

Il ne pouvait pas dire cela quand le Maréchal était vivant.

Est-ce qu’il n’a pas dit la vérité sur le CMT ?

J’ai dit qu’il a le droit d’exprimer son avis. Je ne partage pas entièrement son avis.

Vous êtes aussi comme dit plus haut président du Think Tank Tchad, notre patrimoine. Vous avez été reçu par le président de la transition. On ne rentre pas à la président sans sortir avec une enveloppe, dit-on. Avez reçu un appui financier du président de la transition ? Dites aux Tchadiens clairement qu’est qui s’est passé ?

Depuis l’arrivée du CMT au pouvoir, le président de la transition reçoit régulièrement les partis politiques, les associations, des Tchadiens de la diaspora, etc. C’est dans ce cadre et à notre demande que nous avons été reçus. Nous l’avons rencontré le 12 janvier et lui ont remis un document qui contenait 100 propositions. Nous lui avons présenté nos vœux du Nouvel An. Et nos activités. Nous sommes dans une phase importante de notre, nous n'avons rien reçu. Aucune enveloppe. Aucun centime. S’il faut demander ou recevoir quelque chose du président de la transition, est-ce que c’est à travers une rencontre publique ? Je ne pense pas. Il y a plusieurs autres moyens.

Non c’est parce qu’il y a eu beaucoup de bisbilles dans votre organisation.

Je voulais que tous les membres soient reçus par le président de la transition, mais le protocole exige un maximum de 5 personnes, pas plus. C’est comme cela que j’ai choisi 5 personnes pour cette rencontre. Certains ont mal interprété.

Comme vous êtes proche du CMT, le président de la transition Mahamat Idriss Deby Itno ne se présentera pas ?

Moi j’ai une autre approche, c’est-à-dire que tout Tchadien qui souhaite se présenter à une élection présidentielle il faut lui accorder ce droit. Il ne faut pas accorder ce droit à certains et empêcher d’autres.

Parce qu’il assure une transition. Il ne faudra qu’il reste juge. Non ?

En 1990 il y a eu une période de transition, jamais on n’a soulevé un problème.

30 ans plus tard, est-ce que c’est faisable ? C’est acceptable ? Il n’est pas mieux d’être arbitre ?

La décision lui appartient. Ce n’est pas à nous de décider à sa place. S’il estime que non moi j’assure la transition jusqu’à la fin sans me présenter c’est son droit. S’il souhaite se présenter à l’élection présidentielle, c’est aussi son droit. On ne peut pas accorder ce droit aux autres et le lui refuser.

Parce que les autres n’ont pas assuré la présidence de la transition

Est-ce que c’est la première fois qu’on organise une transition et que ceux qui sont à la tête de cette transition ne se sont pas présentés. Vous savez en 2016, on a commis la grosse bêtise en relevant l’âge de candidature à la présidence de 35 à 45 ans. Cela a cristallisé l’année 2017, 2018 jusqu’au second forum de 2021 pour encore pour relever l’âge de 35 à 40 ans. Il faut laisser les Tchadiens choisir leurs dirigeants.

Bello Bakary Mana

 

C’était une grande gueule des réseaux sociaux. Il s’est fait un nom en s’attaquant violement au régime du défunt président Idriss Deby Itno et a certaines personnalités. Il tirait sur tout ce qui bougeait au nom de l’activisme politique. Il a continué, à l’arrivée du Conseil Militaire de Transition (CMT), dénonçant un coup d’état avant de rallier la transition au nom du dialogue national inclusif. Et de tomber dans le silence. Je reçois l’ex-activiste politique Abel Maina pour faire le point sur les actualités, son retour au pays et les péripéties qui entourent ce retour, ses convictions, la transition…

Bonjour M. Abel Maïna

Bonjour Bello, bonjour à tous les téléspectateurs de Ialtchad. C’est un plaisir pour moi sur le plateau de Ialtchad, un média qui a bercé le début de notre jeunesse et le début du combat que nous menons. C’est grâce à Ialtchad que nous sommes peut-être devenus des activistes. Je me souviens quand j’ai commencé à lire Ialtchad, c’était au début de mes études à Cotonou, au Benin en 2001-2002. C’était le premier site d’information qui me permettait de lire, de savoir, de découvrir. Savoir aujourd’hui que Ialtchad a grandi moi qui a connu Ialtchad pendant toutes ces années, plus de 20 ans. Ialtchad est aujourd’hui le média le plus connu et surtout je suis en studio. Et c’est surtout un honneur pour moi, Bello (permettez-moi de vous tutoyer), de te rencontrer.

Ancien activiste ou toujours activiste ?

Je pense que….puff, cela me fait rire lorsque les gens disent ancien activiste. Parce que les choses pour lesquelles je me suis engagé n’ont pas du tout changé, elles demeurent encore là. Je ne suis un activiste religieux ni pour autre chose. Pour le moment, je suis un activiste des droits de l’homme, contre l’injustice. Et ça même si les gens n’aiment pas je reste activiste.

Est-ce que l’injustice le pays ?

On ne peut pas dire que l’injustice a quitté le pays. L’injustice ne demeure pas seulement dans le pays, mais il demeure dans le monde entier. L’injustice a toujours existé et existera toujours. On doit continuer à se battre contre cela. L’injustice au Tchad ce n’est pas quelque chose qu’on peut bannir, mais qu’on peut atténuer.

M. Maïna vous êtes au Tchad. On est au Tchad. On ne vous entend pas dénoncer les arrestations, on ne vous voit pas manifester. La manifestation et les dénonciations c’est bon quand on est à l’étranger et c’est mauvais quand on est au Tchad seulement?

On est rentré dans le cadre du dialogue national. On ne peut dialoguer en étant dans la rue. Le dialogue il s’asseoir et discuter, quand on est dans la rue avec des cailloux et des pancartes, ce n’est plus le dialogue. C’est le rejet et la dénonciation directe pour ne pas discuter. Nous nous sommes rentrés pour le dialogue national et pour réussir la transition. On ne peut pas être dehors manifester

Abel Maïna, le dialogue est une chose et la transition est une autre chose. Est-ce que vous êtes en train de nous dire, en période de transition, « ne manifester pas, ranger-vous, ne dites rien, attendez le dialogue » c’est cela ?

Non, ça dépend. Nous, nous sommes sortis pendant la tuerie de Sandana, la police nous a embarqués, nous avons étés gazés. Nous sommes sortis pour un cas bien précis, mais lorsqu’il s’agit de la politique, nous ne pouvons pas sortir manifester du. Moment où nous avons accepté dialogue avec le Conseil militaire de transition (CMT).

Lorsque vous dîtes cela « dialoguer avec le CMT », les gens ne sont pas dupes. Vous les 4, vous représentez qui ?

Écoutez, d’abord nous représentons nous-mêmes d’abord. Nous représentons les différentes voies…ce n’est pas une histoire de groupe, de parti politique, de rebelles le dialogue c’est la rencontre de tous les filles et fils du Tchad.

Abel Maïna, dans la lutte, dans l’activisme il y a ce qu’on appelle la cohérence dans les idées et dans l’action. On vous a vu dénoncé le coup d’État constitutionnel du fils qui succède au père. Aujourd’hui vous vous assoyez  ici pour dire « tout ça n’a pas existé ». On balaie ça du revers de la main, c’est cela ?
 
Non je n’ai absolument pas dit cela. Je pense qu’a un moment donné il y a un temps pour la guerre, il y a un temps pour la paix, un temps pour la discussion, un temps pour les injures, un temps pour tout. Le fils nous lui avons dit qu’il a un pouvoir qui n’est pas légitime, parce qu’il n’est pas élu, qu’il n'est pas sorti des élections. Par contre il faut tenir compte de la situation exceptionnelle du Tchad. Est-ce que le président de l’Assemblée nationale est lui-même légitime de prendre le pouvoir ?

C’est quoi la situation exceptionnelle du Tchad ?

La situation exceptionnelle du Tchad, c’est qu’on eut un chef de l’État qui est mort sur le terrain. Et ceux-là qui ont occasionné la mort du chef de l’État n’ont pas pu prendre le pouvoir. Même s’il avait pris le pouvoir ça serait un coup d’État, un renversement du régime.

La constitution le prévoit

La constitution dit que le mandat est de 5 ans, mais son mandat a duré 12 ans sans les élections. Donc lui-même n’est pas légitime.

Donc vous Abel Maine activiste vous préférez le coup d’État que de suivre les textes ?

De toutes les façons, il y a un problème. Haroun Kabadi n’était plus dans les textes parce que les textes ne lui donnaient que 5 ans.

Vous êtes là depuis quelques mois, qu’est ce qui a changé ?

Écoutez beaucoup de choses ont changé.

Donc le système d’avant n’existe plus ?

C’est difficile de dire que le système d’avant n’existe plus parce que le chef est mort au front. Le système a mis beaucoup de temps, on ne peut pas le balayer d’un coup. Il faut du temps, un processus. Ce qui a changé en premier, les opposants sont dans le gouvernement, les activistes indésirables comme nous sont au Tchad, les manifestations sont autorisées, pour la jeunesse les coûts d’Internet a beaucoup baissé, le changement est un processus aujourd’hui on a gagné que les manifestations soient autorisées…

Là les manifestations sont interdites

Les manifestations sont interdites parce qu’a un moment donné…parfois même aux États-Unis, en France les manifestations sont interdites quand cela rentre dans le cadre de la sécurité…

On n’est ni la France, ni les États-Unis

oui on n’est ni la France ni les États-Unis, dans ce cas on n’a pas besoin d’avoir la même démocratie que celle des États-Unis ou de la France.

On est au début de quelque chose, il faut laisser les gens exprimer leurs avis

Les gens expriment leurs avis, mais quand c’est une seule manifestation…les gens se sont attaqués aux biens des particuliers tchadiens, ces stations Total appartiennent aux Tchadiens, ils ne portent que le nom Total, c’est vrai qu’il y le symbole, mais ça appartient aux Tchadiens. II faut savoir qu’au Tchad, il n’y a pas de système d’assurance alors comment est-ce que le commerçant à qui on a détruit les biens, comment il va relancer ses activités. Les casses…

Quels nombres de casses il y a eu concrètement ?

Écoutez même s’il y a eu une seule casse

On a vu quelques pompes de stations chamboulées, pas plus

Même s’il y a une seule pompe chamboulée, ce n’est pas bien.

C’est la faute à qui ?

On ne dira pas que la faute est à X ou Y.

Est-ce que vous en train de dire que cette manifestation n’est pas bonne parce qu’il y a eu des casses malgré que ça s’est passé en dehors de l’itinéraire et des heures de la marche ?

Oui.

C’est une manifestation autorisée, est-ce que vous tenez compte de ça pour juger ?
Non je ne juge pas les manifestants ni les organisateurs des manifestations. Ce n’est pas à moi de le faire c’est à la justice de le faire. Déjà moi ça me pose un certain nombre de problèmes qu’on puisse arrêter des leaders et qu’on les jette en prison pendant plus de deux semaines.

Quel problème cela pose ?

Cela me pose personnellement le problème de respect des droits des individus. On peut les convoquer et les laisser libres. C’est véritablement un problème pour moi au Tchad, pour toute chose on arrête les gens, on les envoie en prison.

Abel Maina, je vous rappelle que c’est une marche autorisée, vous trouvez normal qu’on arrête les leaders de la société civile sans autre forme de procès ?

Je viens de dire que je ne trouve pas ces arrestations normales.

Parce que quand je vous entends c’est comme le discours d’un officiel

Je dis, je n’approuve pas leurs arrestations parce que ce ne sont pas des gens qui vont fuir. Je n’approuve pas qu’on les envoie à Moussoro non plus.

Vous êtes la bande de 4, il y a vous et 3 autres qui sont rentrés. Expliquez-vous aux Tchadiens, car vous êtes pris en charge, nourris, logés aux frais des contribuables tchadiens, est-ce que ce n’est pas gênant ?

Pourquoi cela me gênerait de venir et de trouver le minimum que j’ai déjà. On ne m’a pas pris en France dans la rue, sans maison sans électricité. Lorsque je viens au Tchad invité par le chef de l’État, il faut qu’on me mette dans cette condition.

Combien vous avez reçu pour rentrer au pays ?

Je défi qui que ça soit nous n’avons rien reçu. Je le dis aux Tchadiens, nous n’avons rien reçu.

Vous n’avez rien négocié, même pas un poste ?

Aucun poste, aucune négociation.

Un de vous a été nommé. Êtes-vous en attente d’un poste ?

Nous sommes d’abord venus dans le cadre du dialogue national…

Pourquoi n’avoir pas attendu alors ? Pourquoi n’avoir pas dit nous rentrons sans aucun marchandage ?

C’est normal…nous sommes les invités du chef de l’État

Avez-vous fini avec vos démêlés avec la communauté Béri ?

Je n’ai pas de problème avec la communauté Béri. J’ai des problèmes avec quelques individus qui prétendent être de la communauté Béri.

Vous reconnaissez avoir commis des torts sur une communauté ?

Je ne dis pas que reconnaît avoir commis un tort, mais pour moi cette parenthèse, elle est fermée.

Il n’y a pas un dossier à la justice ?

Quel dossier à la justice ? Vous avez vu un dossier à la justice ? Je n’ai pas reçu de convocation, j’ai reçu deux individus à la maison, ils sont venus faire leur show avec leurs téléphones. Jusqu’aux preuves du contraire, si un procureur ou un juge m’appelle je viendrai.

La France s’ingère-t-elle dans les affaires tchadiennes ?

La France ne soutient que ses intérêts. Si les Tchadiens décident de faire partir le Conseil militaire de transition, la France ne peut pas s’opposer à ça. Le débat sur l’ingérence de la France est un faux problème.

Les préparatifs du Dialogue national, vos impressions ?

Le dialogue national a commencé dès la mort du Maréchal. Et c’est un processus, chaque jour il y a des tractations. Le dialogue est donc en bonne voie.

Le pré-dialogue de Doha avec les politico-militaires, qu’est-ce que vous en pensez ?

Si les gens sont réunis depuis 2 mois à Doha cela veut dire que c’est en bonne voie.

Quel rôle a joué Ibedou dans votre retour ?

Un rôle important

Étiez-vous ses relais ?

Des partenaires, on ne peut pas être ses relais. Nous on a existé dans la lutte associative avant que Ibedou ne se lance en 2011.

Réalisation Bello Bakary Mana

Une décision de justice c'est lorsqu'il y a un conflit qu'il soit correctionnel, social, civil ou commercial entre deux parties pour lesquelles le juge a prononcé son verdict. Elle n'est exécutoire définitivement que si les voies de recours judiciaires sont épuisées. Sauf pour les mesures conservatoires ou les jugements avant dire droit. Au Tchad, assez d'obstacle sapent l'exécution de la décision judiciaire. Me Hisseine Ngaro, huissier commissaire-priseur explique le mécanisme. Reportage.

Le juge du Tribunal de Grande Instance (TGI) prend ses décisions, mais si l'une des parties n'est pas d'accord, elle va faire appel, dit Me Hisseine Ngaro, huissier et commissaire-priseur. En appel, dit-il, si les parties sont toujours insatisfaites, elles peuvent se pourvoir en cassation. C'est alors toute une procédure lorsqu'on parle de décision judiciaire ou décision de la justice, assure l’huissier. Il précise que c'est une décision qui revêt l'autorité de la chose jugée, ou exécutoire.

Selon Me Ngaro, aujourd'hui les décisions de justice n'arrivent pas à être exécutées à cause de la déliquescence judiciaire que nous vivons. Pourtant, soutient-il, la loi est claire sur la question d'exécution de la décision de justice. « Vous allez trouver un huissier-commissaire de justice qui rencontre toutes les difficultés pour l'exécuter. Or cette décision a acquis l'autorité de la chose jugée. L'huissier de justice ne peut pas exécuter la décision qui n'a pas acquis l'autorité de la chose jugée. Sauf pour les mesures conservatoires ou les jugements avant dire le droit, l'huissier est tenu de rester dans le cadre de ce dispositif », dit-il.

Pour illustrer son propos, Me Ngaro, affirme que le juge peut par une décision conservatoire suspendre des travaux de construction. L'huissier qui va vers le propriétaire de ce terrain litigieux lui signifie cette mesure conservatoire de suspension des travaux. « Mais s'il refuse d'obtempérer, on établit un procès-verbal de constat notifiant la poursuite de la construction. Ensuite, on dresse un procès-verbal de revenant pour déposer auprès du Procureur de la République. Et la plupart des cas, ces gens ne sont pas poursuivis. Si d'aventure le juge rend une décision pour ordonner la destruction, il revient toujours à l'huissier de l'exécuter ». Dans un tel cas d'espèce, dit-il, le Procureur de la République demande la poursuite de la personne incriminée pour rébellion à la loi. D'après Me Ngaro, maintenant de manière globale, tout le monde fait obstacle à la décision de justice. « Par exemple le juge rend une décision et lorsqu'un huissier va pour son exécution il l'appelle pour surseoir. Ce sont des cas que nous avons vécus. Mais moi je continue l'exécution parce que demain, c'est la crédibilité de l'huissier qui est mise en cause », soutient l'huissier. À son avis, le plus souvent, les juges et les procureurs reçoivent des appels du politique.

« Quand nous étions arrivés à la justice dans les années 88-89, la justice était respectée et non celle d'aujourd'hui. Je faisais partie de ceux qui ont composé la justice et nous avions condamné Chedeille Soukoudou qui était la sœur du défunt président tchadien Hissène Habré. Il nous l'a livrée lui-même pour qu’elle soit jugée. il n’y a pas cela depuis 32 ans », rappelle Me Ngaro. La justice doit se démarquer du politique. C'est dommage, on apprend que certains magistrats détiennent les cartes des partis politiques, dit cet huissier qui a 35 ans dans le métier. Pour lui, la magistrature c'est un pouvoir, si les magistrats continuent à plaire à l'exécutif, ils n'auront jamais la main libre pour prendre des décisions. Le magistrat doit être un homme indépendant qui rend la décision au nom du peuple tchadien, insiste-t-il.

Le judiciaire doit arriver à dire stop et dire qu'il n'a pas des ordres à recevoir de l'exécutif ou du législatif. « Nous sommes tous des esclaves de la loi et non au-dessus de la loi tant que cela n'est pas résolu, on va nous traîner toujours par le nez. Ce n'est pas une question d'huissier seulement au cours de l'exécution des décisions de justice, on a des camarades qui ont été tués et blessés », affirme Me Ngo Hisseine. Aux jeunes huissiers, il leur conseille le respect de la déontologie et l'éthique de la profession. D'après lui, le gain facile est nuisible, il faut faire le travail avec plus de professionnalisme. Il déplore surtout la division au sein de leur corps. C’est un obstacle pour l'avenir de ce métier qui dépend surtout des anciens huissiers, affirme Me Ngaro.

Moyalbaye Nadjasna

Le jugement des organisateurs de la marche autorisée du 14 mai dernier prévue pour le 6 juin va se dérouler en audience foraine à Moussoro. Pour éclairer nos lecteurs sur  certains termes  juridiques et l'appréciation de la procédure pénale enclenchée, Ialtchad Presse s'est entretenu avec Me Mouné Koudanbé et le prof Ahamat Mahamat Hassane, ex-ministre de la Justice, analyste politique et enseignant-chercheur. Explications.

Pour  éclairer la lanterne des lecteurs, Me Mouné Koudanbé précise qu'une audience foraine est une audience qui se tient hors de son tribunal de juridiction ou d'un bâtiment juridique officiel, dans une autre localité que celle où siège la juridiction. Il explique que dans le cadre de l'audience foraine, l'administration juridique se rend directement au-devant des justiciables. l'avocat souligne que la procédure engagée pour cette audience qui vise les leaders de la manifestation du 14 mai dernier est illégale parce que le tribunal de Grande Instance ne peut pas aller siéger dans le ressort d'un autre tribunal de même degré que lui.

Selon professeur Ahmat Mahamat Hassane, toute la procédure est nulle et les avocats des prévenus  l'ont soulevée d'une manière assez explicite et exhaustive. « Le tribunal compétent dans cette affaire quel que soit la qualification qu'on puisse donner, c'est le Tribunal de N'Djamena. D'abord la procédure de leur arrestation est illégale même si certains ont refusé de répondre aux convocations, le Code de procédure pénale prévoit le mandat d'amener et le mandat d'arrêt. On aurait dû fait usage de toutes les procédures prévues par le Code de procédure pénale tchadien », dit prof Ahmat. À son avis, l’arrestation du porte-parole de Wakit Tamma Me Max est un enlèvement. Par conséquent ils ont commis une autre infraction, dit-il. Il rajoute que, c'est une déportation sans qu'il ne soit reconnu coupable d'une infraction, ou condamné. « Ils sont des prévenus et en droit tchadien ils sont dans la présomption d'innocence. C'est dommage, le droit tchadien a été violé dans tous les sens », martèle le professeur.

Autre précision : l'analyste Ahmat déclare qu'il ne faut pas oublier également que le procureur de la République de N'Djamena a fait une déclaration, soi-disant qu'il a reçu des instructions, ont signifié les avocats des prévenus. Le procureur quel qu’est son rang, qu'il soit procureur de la République près d'un tribunal de Grande instance ou procureur général, près la Cour d'Appel et leurs substituts, ils sont dans une situation de subordination vis-à-vis de l'exécutif. Il s'agit notamment du ministre de la Justice et de sa hiérarchie. « Ces parquetistes ne sont pas comme le juge de siège qui jouit de son intimité et guidé par son intime conviction. En ce moment, nous voyons que la Justice est dans une situation de violation de ses propres règles de procédure. C'est dommage pour la République du Tchad », lance-t-il.

Pour compléter son analyse, le spécialiste en Droit public affirme que les gens se sont rendu compte des multiples violations de la loi pénale et de la procédure pénale, ils ont déporté l'audience qui devrait se tenir à N'Djamena en audience foraine à Moussoro. Les raisons soutient prof. Ahamat, les magistrats de Mossoro ne sont pas compétents, car les infractions n'ont pas été commises sur leur ressort territorial, mais sur celui de N'Djamena. Pour couvrir leurs fautes de procédures et toutes les violations, ils ont contourné la loi pour organiser une audience foraine, poursuit l'analyste. Professeur Ahamat indique que les conditions de la tenue d'une audience foraine en dehors du tribunal sont claires. Et dit-il, il n'y a aucun impératif pour ouvrir une procédure d'une audience foraine. « C'est de la gymnastique intellectuelle pour couvrir le manquement de la procédure et les violations », assure l'enseignant-chercheur.

Moyalbaye Nadjasna

Seulement 4 mois pour consommer les 18 mois prévus pour la transition au Tchad. Le spectre de prorogation taraude les esprits des Tchadiens. Pour éclairer la lanterne de ses lecteurs, Ialtchad a donné la parole à deux analystes. Selon professeur Ahmat Mahamat Taboye, enseignant chercheur et ancien ministre la prorogation ne fait pas de doute. Dr Saleh Bakari, lui estime que le Tchad entre dans l’histoire en reculant. Analyse et reportage sur les enjeux.

Les Tchadiens s’interrogent sur les enjeux de la transition en cours. Les 18 mois de transitions sont pratiquement consommés, deux fois, le dialogue national inclusif (DNI) est reporté, le pré-dialogue des politico-militaires est à la traîne. Selon professeur Ahmat Mahamat Taboye, enseignant chercheur et ancien ministre sous Idriss Deby, la transition est une période d’exception. Lorsqu’on voit les gens sortir pour manifester, dit-il, c’est leur droit, mais ils ont aussi de devoirs de retenu. « Dans une telle période, le droit de manifester doit être suspendu. La raison, la sécurité du citoyen et de l’État ne dépend que des autorités de la transition. Elles seules doivent la piloter. On ne peut pas s’autoriser pendant la période de transition à faire ce qu’on veut. Cette vacance de pouvoir ou de la gouvernance ne peut être gérée que par les autorités transitoires », explique M. Ahmat Taboye. La transition devrait s’organiser et nous organiser de telle sorte à nous sortir de cette période difficile que nous avons connue après de la mort brusque du maréchal du Tchad Idriss Deby Itno, estime le Pr Taboye. C’est un vide politique qui doit être comblé par tous les membres de la communauté tchadienne, souligne-t-il. Ce qui sous-entend à son avis, une entente, un dialogue, le pardon et surtout des méthodes. Pour lui, on ne doit pas aller dans tous les sens. « Ce qui nécessite d’être souligné, on a craint le pis après le décès du maréchal. Les débâcles, la catastrophe ou la violence. Pour moi, si les gens le croient ou pas, notre armée a démontré qu’elle ne sait pas tirer seulement que sur des cibles militaires, mais elle a réussi à nous sauver de débâcles et de la vacance de l’État. Notre armée a réussi a mettre la sécurité jusqu’à nos frontières », dit-il.

Concernant transition, M. Ahmat Taboye indique qu’en toute logique les 18 mois ne suffisent pas. « Il ne reste que 4 mois, soyons réalistes, les politico-militaires sont dehors d’autres sont mécontents. Je ne pense pas que la présidence du CMT ne puisse régler en 4 mois tout ce problème-là. En toute sincérité qu’on le veuille ou pas on aura la prolongation », analyse le professeur. Pour le dialogue de Doha, il dit avoir appris qu’il y a eu des propositions et un accord de paix. Si c’est cela, c’est une bonne chose, mais il faut que cet accord de paix vienne à N’Djamena et soit porté à la connaissance d’autres composantes politiques du pays, soutient-il. « Tout ce qui se passe dans ce pays-là c’est la gestion de la gouvernance de l’État. Nous sommes dans un pays vaste, de 1 284 000 km2 peuplé par peuplade de petites communautés juxtaposées. Ces peuplades sont éloignées par l’espace et la tradition. Il faut amener tout ce monde à s’entendre et avoir un bien commun, un destin national. Ce ne serait pas possible de la faire en 4 mois ou 18 mois », assure Ahmat Taboye.

« On entre dans l’histoire en reculant »

L’historien Dr Sali Bakari, lui aussi enseignant chercheur estime que le pouvoir militaire a été mis sur pied par un impératif de paix et de sécurité. Malheureusement, constate-t-il, que la recrudescence de la violence telle que les conflits intercommunautaires, les manifestations et dernièrement les confrontations qui se sont déroulées à Kouri Bougoudi dans le Tibesti sont déplorables. D’après Dr Sali Bakari, tout porte à croire que la transition sera prorogée. Selon lui, il y a une autre lecture de la chose.  L’historien précise que la transition ne se résume pas seulement sur la durée de 18 mois. Mais c’est une occasion pour refaire un nouveau Tchad, dit-il. Même si on organise un dialogue et des élections, cela ne va pas résoudre le problème des Tchadiens indique l’enseignant chercheur. « Ce que les Tchadiens veulent n’est pas un agenda qui se focalise sur les élites politiques du pays ou sur les partenaires. Ils ont besoin d’être nourris, logés, bien se soigner, des routes pour bien circuler », dit-il. À son avis, c’est difficile à comprendre qu’on soit en 2022 et le taux de couverture en électricité ne soit que de 10%. « Les Tchadiens vivent dans leur propre pays comme s’ils étaient des étrangers. Cela n’est pas normal. Il faut qu’on passe de pacte de sécurité qu’on nous a plongé depuis 1960 jusqu’aujourd’hui à un pacte social. La paix et la stabilité c’est fondamental, mais il n’y a pas que cela », affirme Dr Sali.

L’historien pense que les autorités doivent comprendre que la marche contre la présence militaire au Tchad organisée le 14 mai dernier n’est qu’une expression de la colère d’un peuple. Un peuple qui a trop souffert, qui vit dans la pauvreté et qui pense que c’est la France qui devrait être à l’origine de sa souffrance, explique-t-il. « Les organes de transition doivent revoir leur manière de lire les évènements, les évaluer. Prendre des décisions dans les circonstances pareilles », assure Dr Sali. Pour l’analyste, le Tchad entre dans l’histoire en reculant. Aujourd’hui, soutient l’enseignant chercheur, personne ne croit en ce que dit les gouvernants. « le peuple a atteint un niveau de rupture de confiance. Le peuple ne s’intéresse pas à celui qui parle, mais à celui qui parle qu’est-ce qu’il produit comme acte. Ce n’est pas le propre du Tchad, mais pareillement dans beaucoup d’autres pays africains. La confiance ne peut s’établir que si l’élite assume sa responsabilité. Privilégier l’intérêt général au détriment de l’intérêt personnel (clan, ethnie ou région) », conclut-il.

Moyalbaye Nadjasna

L’Autorité de Régulation des Marchés publics (ARMP) est une institution publique qui régule les différends dans l’attribution des marchés en cas de recours. Elle forme ce 30 mai les acteurs des commandes publiques notamment ceux qui travaillent dans les passations des marchés. Ialtchad Presse a rencontré pour vous le Directeur général de l’ARMP M Ahmat Bichara Seïd. Il explique la mission de son organisation et son rôle dans l’attribution des marchés publics au Tchad. Entretien.

Quelles sont les missions assignées à l’institution dont vous dirigez ?

L’Autorité de Régulation des Marchés Publics ARMP a des missions principales notamment  assurer la régulation du système de passation de marchés publics et de conventions de délégation de service public. Pour faire plus simple, c’est un organe régulateur de la commande publique. C’est-à-dire tout ce qui concerne les marchés publics au niveau national doivent être régulés. Et donc l’ARMP dans le cadre de ses activités reçoit les recours qui sont introduits par les opérateurs économiques quand ils ne sont pas satisfaits des évaluations ou de la conclusion d’un appel d’offres. En plus de la régulation, nous procédons à la formation des acteurs de la commande publique et les acteurs publics d’une manière générale.

Quelle est la valeur ajoutée du présent atelier?

L’atelier vise à renforcer les capacités des acteurs de la commande publique notamment les agents qui travaillent dans les services de passation de marchés au niveau de tous les ministères ainsi que les coordinations des projets financés principalement par la Banque Mondiale (BM). C’est une formation qui concerne les procédures de passation des marchés conformément au Code des marchés publics. Et le renforcement des capacités conformément aux directives de la BM en ce qui concerne les marchés publics.

Comment se passe l’attribution des marchés publics au Tchad ?

L’attribution d’un marché public a plusieurs procédures. Celle qui est recommandée consiste à participer à un appel d’offres. Pour ce faire, il faut qu’il y ait un appel d’offres ouvert. Dans ce cas de figure, l’entreprise ou le fournisseur peut donc soumissionner. Après cela vient l’ouverture de pli par les commissions de passation de marchés et l’orientation des offres conformément aux critères qui sont contenus dans le  dossier d’appel d’offres (DAO). C’est à l’issue d’une évaluation des offres de tous les soumissionnaires que celui qui a répondu pour l’essentiel aux critères contenus dans le DAO gagne le marché pour lequel l’attribution peut se faire. L’autre procédure le plus simple c’est celui des marchés obtenus de gré à gré. Cela veut dire qu’il n’y a pas une concurrence qui est ouverte, mais le maître d’ouvrage justifie des raisons par rapport au Code des marchés publics de passer un marché avec une entreprise ou un fournisseur pour aller plus vite.

Est-ce que les entreprises et autres comprennent les redevances sur les marchés que l’ARMP prélève à hauteur de 0,5% sur les marchés attribués ?

L’ARMP est une institution administrative qui a des missions et des objectifs à atteindre. Ces redevances si elles sont perçues et versées à l’ARMP, cela lui permettra de mettre en œuvre les activités qui sont prévues dans son plan d’action. Alors, ces redevances sont prévues pour que l’ARMP ait ses ressources pour mettre en œuvre ses activités. Depuis l’opérationnalisation de l’ARMP, nous faisons beaucoup de plaidoyer et de sensibilisation. Donc maintenant bon nombre des entreprises savent qu’ils doivent d’abord des redevances prévues dans les textes réglementaires de l’ARMP. Beaucoup sont sensibilisés, mais le problème qui se pose maintenant malgré la sensibilisation, reste le recouvrement qui est difficile à faire.

Existe-t-il une différence entre la Direction générale de Contrôle des Marchés Publics et l’Autorité de Régulation des Marchés Publics ?

La Direction générale de Contrôle des Marchés Publics est un service qui a la mission de faire le contrôle a priori. C’est-à-dire lorsqu’un appel d’offres est lancé et évaluer par les commissions de passation des marchés, on envoie à la direction de contrôle qui voit la libéralité du projet d’appel d’offres pour donner son avis. Par contre l’ARMP sa mission est a posteriori. C’est-à-dire elle intervient après toutes les procédures engagées dans l’attribution des marchés. Si les entreprises ne sont pas d’accord sur certains termes d’appels d’offres, elles peuvent faire recours à l’ARMP.

Propos recueillis par
Kouladoum Mireille Modestine

Il est jeune. Il est fringuant. Il est rappeur, slameur. Il est le roi du « bounda rap ». C’est un artiste engagé. Il s’est engagé politiquement avec le parti Les Transformateurs. Il dit vouloir changer les choses. Sur son état civil, il s’appelle Djasrabé Kimasson Miyelmiyon alias Ray’s Kim, son nom d’artiste. Nous recevons ce jeune artiste pour parler de son engagement, des actualités du pays. Et de tant d’autres choses….

Rappeur, slameur, défenseur des droits, politique porte-parole du parti Les Transformateurs, quel titre ou quel casquette vous résume le mieux ? Et dans lequel vous vous sentez le plus à l’aise.

J’aime particulièrement qu’on me définisse comme rappeur, slameur, je suis à l’aise dans mon assiette.

Pourquoi ?

Parce que c’est ce que je fais. C’est ce que j’aime faire. Et ce n’est qu’à travers ça que j’arrive à m’étendre. À pouvoir exercer dans tel ou tel domaine en tant que défenseur des droits humains, en tant qu’activiste politique, aller jusqu’à même m’engager dans un parti politique. Vous l’avez tantôt dit, je suis l’un des porte-parole. La base c’est le rap, je me vois plus rappeur parce qu’on n’a pas de limite.

Ça donne plus de liberté ?

Oui, oui ça donne plus de liberté que certains n’auraient pas eu. Par exemple je rencontre des gens au quotidien qui me dise qu’il aurait aimé faire ce que je fais, mais dans leur boulot ils ont signé des contrats. Alors que moi je n’ai signé de contrat avec personne. C’est ce qui fait que cela m’apporte un peu plus de liberté, je peux étendre mon champ un peu plus comme je veux.

Un peu plus de liberté, un peu plus du plaisir, on va dire un peu plus du bonheur peut-être ?

Bon, à chacun sa conception du bonheur. Il gît partout. Et comment lui donner une valeur, chacun regorge en soi-même le bonheur. Moi je le vis à travers min art, à travers ce que je fais. Je le fais avec tellement d’amour, beaucoup de sincérité, beaucoup d’honnêteté. Et quand je finis de le faire en toute sincérité, je peux dormir tranquille.

Ce nom d’artiste Ray’s Kim d’où il vient ? Et qu’est qu’il signifie ?

Ray’s Kim, ce non, je ne suis pas vieux, je suis jeune, mais j’étais plus jeune qu’aujourd’hui. Et dans le domaine du rap, on cherche toujours un pseudonyme qui puisse faire genre et entre-temps j’ai des amis qui prenaient plus les noms américains, un chez les rappeurs français, les Mc, fc. Moi dans le premier temps j’ai pris le nom Oustass.

Oustass comme en arabe qui veut dire Maître ?

Oui oustass, après j’ai su qu’il y avait quelqu’un d’autre qui s’appelait oustass. Je voulais tellement être différent…

Être purement tchadien, purement africain ?

Je voulais être purement moi. Et du coup je me suis dit, si on allait pour Raïs, cela fait trop président. Mais en réalité mon Ray’s à moi, il ne fait pas président. Ray’s, le « R a » ça fait race et le « y’s » c’est tout une philosophie, toute une idéologie, toute une pensée qui renvoie à un « son » de vouloir changer. Donc, la race en colère. Et le Kim c’est le dimunitif de mon patronyme Kimassom, c’est la colère des descendants de Kimassom. Et devant tu vas trouver « EDM » qui veut dire enfant de merveille, tu vas trouver le « bounda boys », tu vas trouver « l’ambassadeur de la forêt de Dembé » e roi…

Justement Ray’s Kim, le « roi de bounda », c’est votre genre musical ? Bounda boss c’est quoi ?

En réalité le « bounda hip hop » c’est un style de musique. Non pas de musique, mais c’est l’exploitation non parlée dans notre société, qui existait dans nos foyers, mais qui n’était pas mis en valeur on l’a copié aux enfants désœuvrés dans les marchés qui leur servait de code pour faire face à une société qui les marginalise, qui n’a pas d’oreilles pour les écouter. Alors ils ont créé le « bounda » qui est un ensemble de codes. Un moment donné Maoundoué est rentré du Burkina Faso. Il m’a dit : « c’est bien, mais ce que tu fais n’est pas suffisant. Il faut oser quelque chose, si tu peux mettre cela en valeur, ça va te donner de l’originalité, le « bounda » avec le petit parlé de la rue. Pour moi quand j’écrivais les textes, je me voyais en « Aimé Césaire ». Quand il me ramène aux trucs de la rue, je me suis dit « mais quel manque de respect ». Il n’a pas lâché prise jusqu’à ce que je pose sur son titre « bounda hip hop ». Et cela a été un coup de maître. Il m’a dit tu as vu parce que ce un truc original.

Vous vous êtes renseigné sur la signification du mot « bounda » sous d’autres cieux ?

Oui, c’est un peu vulgaire, mais chacun sa définition du mot « bounda ». Chez nous ici c’est un parlé de la rue à l’exemple du « rouchi » ivoirien ou du « francanglais » camerounais ou d’autres, parlés des différents pays. Une fois que Maoundé m’a convaincu et on a fait un coup de maître, j’ai décidé au Tchad de porter plus haut le bounda, c’est ainsi que je dis de la rue à la scène. Autrement un langage né dans la rue et porté sur la scène par un artiste.

Le « bounda » est devenu pour vous une identité artistique ?

Oui, absolument. Et c’est aussi dans le travail que je fais quotidiennement. Un de ces 4 matins, il va se positionner, le « rap bounda » pour le Tchad. Comme en Côte-d’Ivoire, on dit le « rap ivoire », au Cameroun on dit le « rap-camer » ou bien le « rap mboa ». Ici aussi on peut créer le « rap bounda ». J’invite les jeunes, même s’il le font déjà, à s’intéresser à ce parlé, à le valoriser pour qu’on ait une identité propre à nous Tchadiens mais pas à moi.

Vous avez une identité politique maintenant. Une question me trotte dans la tête. Qu’est-ce que vous êtes allé faire dans cette galère de politique ?

Comme je vous ai dit, je n’ai aucunement de limite à conquérir le savoir. Je suis toujours en perpétuel conquête du changement. Je le veux jusqu’aujourd’hui pour ma société, mon quartier, pour mon pays, pour les hommes et les femmes que je fréquente. Ce n’est pas juste des paroles ou un couplet, parce que depuis le début de ma carrière je suis resté sur cette droite ligne là : celle de pouvoir interpellé, critiquer et proposer.

Vous vous êtes encarté chez les Transformateurs, est-ce que vous ne perdez pas un peu de votre liberté ? Parce qu’on sait que dans les partis politiques, il y a une ligne, ce qu’il faut dire, ce qu’il ne faut pas dire.

Je pense que jusqu’aujourd’hui cela ne s’est pas fait sentir parce que je suis d’abord artiste, mon caractère artistique nul ne peut m’enlever mon identité d’artiste qui est au-dessus de tout. Nul ne peut piétiner ma liberté d’artiste au détriment de quoi que ça soit. Je suis arrivé en politique parce que je cherchais un cadre qui puisse me donner plus de force, plus de directives à pouvoir mettre les forces dispersées pour les mettre ensemble. J’ai commencé par les mouvements citoyens. J’ai milité dans le mouvement « iyina », cela n’a pas marché. On fait appel à moi dans les différents mouvements pour donner de formation aux jeunes, je suis toujours disponible. Moi-même j’ai créé des plateformes avec des amis qui s’appelle « au nom du respect ». Tout cela dans le but  d’arriver à quelque chose, mais au fil du temps, on se rend compte que c’est un peu très loin de la réalité.

Ce n’est pas le bon véhicule alors ?

Je pense que moi je ne devrais pas être dans ce compartiment. Je peux être dans ce compartiment politique tout en étant dans l’autre compartiment artistique. Si on me dit que je suis politique et que je ne peux pas occuper le compartiment artistique alors je vais me contenter du politique. Chez les Transformateurs avec Succès Masra avant qu’on ne lance le mouvement Les Transformateurs, il me fait comprendre, demande suivez-moi. Il m’explique de long en large, cela nous a pris deux semaines de discussion sur discussion jusqu’à ce qu’il arrive à me convaincre.

Vous dans cela, vous avez obtenu votre marge de liberté. C’est cela ? Vous êtes Transformateur mais vous restez d’abord artiste ?

La liberté, ça ne se discute pas, je ne la mets pas sur la table pour discuter. Elle est automatique. Nul ne peut mettre ma liberté en tant qu’artiste sur la table pour conditionner quoique ça soit. Impossible. Je peux faire la politique en journée, mais le soir je reviens je m’assois et je réfléchis en tant qu’artiste.

Samedi 14 mai, Ray’s Kim, il y a eu une grande manifestation contre l’ingérence française au Tchad. D’abord, quels ont été vos impressions en tant qu’artiste, en tant que citoyen ?

Bien la marche du 14 mai qui a drainé beaucoup de monde d’abord des silhouettes qu’on n’avait pas vu dans les marches était sorties. Une marche a vu la participation des Tchadiens venus de tous les bords. C’était déjà cela, on le recherchait depuis longtemps. Voir les Tchadiens sortir de partout pour une seule cause : le changement, la liberté…

La présence Française au Tchad, vous qu’est-ce que vous en pensez ?

Moi en tant qu’artiste si vous me suivez, cela a toujours été mon combat. Je l’ai toujours dit, la France c’est notre souffrance, on vit sous la France dans la souffrance. J’ai toujours dénoncé la France, je dénonce toujours la France, je dénoncerais toujours la France tant qu’on aura un manque à gagner. Tant qu’on n’aura pas notre indépendance totale. Tant qu’on ne sera pas vu comme un État qui peut porter au pouvoir qui il veut, mais que ça soit d’abord mis en consultation par la France qui peut imposer ou maintenir qui elle veut alors dès cet instant moi je ne ferai que la critiquer.

Bien, là c’est le Ray’s Kim artiste. Le politique maintenant, vous êtes secrétaire général à l’art et à la culture, votre parti les Transformateurs s’est désolidarisé de la grosse manifestation du 14 mai dernier contre l’ingérence française au Tchad. C’était une erreur ?

Non pas du tout, ce n’était pas une erreur. C’est la communication autour de la marcher qui a poussé les Transformateurs à la retenue.

Quelle communication ?

Il y avait des tracts qui circulaient sur Internet. Il y a une page qui appelait à combattre les Zaghawa du Soudan, déjà quand tu entends un truc comme ça, tu écoutes, ça sonne Zaghawa, ça sonne ceci ou ça sonne cela.

Zaghawa pour nos téléspectateurs, c’est le groupe ethnique du président, on va dire comme ça

Exactement. Et cette page a pris ce tract pas simplement pour mobiliser les gens, mais pour mettre mal à l’aise Les Transformateurs en disant que ce tract a été conçu par Les Transformateurs et que ces derniers appellent à ce qu’une partie du pays se lève contre une autre partie. Ils ont fait 2 jours de lynchage médiatique.

Pour être clair Ray’s Kim ce tract, on a laissé croire que c’était Wakit Tamma qui a fait le tract. Et les Transformateurs sont venus dirent que cette marche était une marche contre une ethnie donc ils se désolidarisent, c’est cela ?

On a laissé entendre clairement que Les Transformateurs appellent à marcher contre une ethnie, on appelle à marcher contre un pays. Et que dans la politique que Les Transformateurs veulent installer une politique contre une ethnie, contre un pays. Les Transformateurs, c’est une politique de partenariat, une politique égale de pays à pays, de pouvoir discuter d’égale à égale. Les Transformateurs ont toujours demandé de ne pas brûler le drapeau d’un pays. Est-ce que vous Tchadiens, vous serez content que quelqu’un brûle le drapeau tchadien ? Ce qu’il faudra recadrer, c’est de dire que nous ne voulons pas de l’ingérence politique comme la Francafrique, la politique de la France vis-à-vis de l’Afrique, vis-à-vis du Tchad. Mais pas dire qu’on est contre la France, ça sème de la confusion quand même.

Est-ce que vous n’avez pas refusé de participer par lâcheté ? Est-ce que vous n’êtes pas dans un vieux schéma ? Est-ce qu’après coup, vous n’allez pas reconnaître que vous avez fait une mauvaise lecture ? Les Tchadiens ne vous ont-ils pas surpris ?  

En toute sincérité, ce qui nous amené comme vous dites à nous désolidariser, c’était pour que le président qui était en voyage puisse entrer en contact avec l’équipe dirigeante de Wakit Tamma afin d’éclaircir certains points parce qu’on est surpris par un tract sur les réseaux sociaux. Un tract dont on n’a pas été à la base dont on nous a vilipendés sur le Net. Nous ne sommes pas un parti qui est venu se rallier à Wakit Tamma, mais nous sommes à la base de ce mouvement.

Donc c’est une erreur ?

Non. Ce n’est pas une erreur

C’est une lâcheté ?

Non, pas une lâcheté.

Ialtchad était sur place à la manifestation. On a vu les militants Les Transformateurs parmi la foule malgré votre désolidarisation. Est-ce que ce n’est pas un désaveu ?

Non, pas du tout.

Il y a eu des arrestations. Des leaders tel que Max Loalngar sont jetés en prison. On ne vous entend pas plus que ça. Pourquoi ?

Si juste après leurs arrestations le parti Les Transformateurs a fait un communiqué sur sa page officielle pour appeler à leur libération et condamner la procédure de leur arrestation.

La question qui fâche Ray’s Kim, le problème du Tchad c’est la France ?

Le problème du Tchad, c’est la France, oui. Mais c’est aussi les Tchadiens.

Pourquoi ?

Parce que ce sont les Tchadiens qui signent des contrats de partenariat avec la France. Ce sont les Tchadiens qui suivent les directives que leur donne la France. Ce sont les Tchadiens qui acceptent d’être copains de la France. Au Mali par exemple qui fait face à la France ? Ce sont des Maliens qui refusent que la France pille leurs richesses, à les rabaisser. Ils ont décidé de prendre leur destin en main et dire non. Aujourd’hui nous, nous pouvons nous mettre ensemble pour mettre à la tête de ce pays des dirigeants qui puisse défendre les intérêts de notre pays d’abord. On peut accuser la France de mettre le Tchad dans cette situation, mais la première obligation revient d’abord aux Tchadiens.

Dialogue national pointe son nez, vous êtes optimistes ?

Oui je suis optimiste, c’est mon état d’esprit de chaque jour. Je ne veux pas être fataliste, pessimiste. Je suis optimiste parce qu’en face ce sont aussi des hommes. Ce ne sont pas des machines. Pas de dialogue taillé sur mesure, mais un dialogue sincère où les Tchadiens viendront parler de leurs problèmes pour trouver des solutions.

Les massacres de Kouri-Bougoudi, qu’est-ce que vous en pensez ?

C’est de l’irresponsabilité du gouvernement.

Réalisation Bello Bakary Mana

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