mercredi 16 juin 2021

Ialtchad Le Point

Ialtchad Le Point (18)

Le parti Les Transformateurs, après 3 ans d’attente, ont finalement leur autorisation officielle de fonctionner délivrée par le ministère de l’Intérieur. Pour le président, des Transformateurs, Dr Masra Succès, les Transformateurs se sont approprié leur légitimité depuis les résultats et les rapports d’enquêtes de moralité et de diligence. Ialtchad Presse l’a rencontré. Interview

M. Masra. Votre parti Les Transformateurs vient d’obtenir officiellement son autorisation de fonctionner. Peut-on dire que l’administration tchadienne a fait son travail ?

Trois (3) ans d’injustice, 3 ans d’arbitraire, 3 ans de blessures, tout ça parce qu’on a voulu cantonner les Tchadiens qui croient dans la vision de transformation de leur pays en une terre de justice, d’égalité et de protection pour chacun. On a voulu les cantonner à un rôle qui n’était pas basé sur le droit, mais sur l’arbitraire. Nous sommes des hommes et des femmes de pardon. Nous pardonnons à ceux qui nous ont fait du mal, du tort, en ayant aussi une pensée pieuse pour ces 16 000.000 de Tchadiens qui attendent la transformation de leur pays, en ayant une pensée pieuse à ces 16 Tchadiens morts parce qu’ils ont marché, parce qu’ils ont cru dans la vision que nous portons. Ces marcheurs nous allons les honorer un jour avec des noms d’université, de rues, des bibliothèques, des inventions, etc. Parce que ce sont des Tchadiens dignes qui se sont mis debout pour la justice et leur sacrifice sur l’hôtel de l’arbitraire et de la barbarie ne sera jamais oublié. Donc, nous pardonnons et nous avançons en mettant en garde ceux qui veulent tromper l’avenir. Et en exhortons les uns et les autres à ne plus jamais répéter les erreurs du passé. C’est en cela que nous enjouions tout le monde aujourd’hui de s’asseoir, pour que nous enlevions la poussière de tout ce qui nous a conduits à la situation actuelle basée sur l’injustice et l’arbitraire afin qu’ensemble nous puissions définir les solutions d’avenir. Ça commence maintenant à travers un dialogue sous forme de conférence inclusive. Ça commence maintenant pour co-définir les organes de transition afin d’aboutir à un Tchad qui sera un Tchad nouveau. C’est ce que les Tchadiens attendent. Et c’est cela l’esprit qui nous anime.

Comment avez-vous accueilli cette nouvelle ?

Il y avait des frères tchadiens qui ont instrumentalisé une administration. Ils n’ont pas agi pour servir les Tchadiens. Ils se sont trompés pendant longtemps de chemin. Ils sont revenus à la raison. Nous sommes en train de travailler pour les 16 000 000 de Tchadiens parmi ces 16 000 000 beaucoup se sont trompés probablement. Nous aurons aussi besoin d’eux pour la suite. Vous savez cet esprit des gens qui accueillent des frères perdus, qui étaient dans l’obscurité de l’injustice, ceux-là, nous les accueillons. C’est ça le sentiment qui nous a animés.

Est-ce le résultat de votre lutte ?

D’une certaine manière, c’est le résultat de la lutte des Tchadiens et des Tchadiennes. C’est d’abord les Tchadiens et tchadiennes qui en croyant à la vision que nous avons voulu incarné pour la transformation du Tchad ne se sont jamais trompés, faiblis, doutés. C’est à eux d’abord que revient le mérite. Masra seul n’est rien du tout.  Masra à côté des autres tchadiens, ça s’appelle Les Transformateurs. Et un seul tchadien ne vaut absolument pas grand-chose. C’est pour cette raison que nous croyons dans le pluriel. Les Transformateurs, les tchadiens, c’est une vision que nous avons. C’est à côté de ces Tchadiens et Tchadiennes qui ont cru à la vision que nous portons que nous sommes nous-mêmes quelque chose et c’est en leur nom que nous n’allons jamais trahir cette cause-là qui nous a engagés hier et qui nous engagera sans doute pour l’avenir et pour les années à venir.  Nous avons dit au peuple tchadien que ça prendra 3 ans ou 30 ans, mais les transformations du Tchad vont avoir eu. Ça nous a pris 3 ans pour que tout le tout monde accepte finalement que nous soyons partis politiques. La transformation effective de notre pays prendra moins de temps. Je crois que nous arriverons à la terre promise de la transformation du Tchad voulue par les Tchadiens et Tchadiennes.

Que dites-vous à ceux qui pensent que vous étiez auparavant dans l’illégalité dans toutes vos activités ?

Non, ils le savent puisqu’ils ont demandé des excuses parce que nous n’étions pas dans l’illégalité. La preuve en est que nous n’avons pas introduit une nouvelle demande. Ce sont les mêmes choses que nous avions faites hier et ils se sont rendu compte. Pour être justes, les techniciens ont bien travaillé dans la normalité. 14 décembre 2018 a fin décembre 2018, toutes les enquêtes de moralité étaient finalisées et nous avions même reçu les conclusions de ces enquêtes. Le 16 mars 2021, nous avons rencontré le défunt président Deby qui a reconnu notre légitimité. Que tout le monde revienne à la raison, l’essentiel est que le combat est devant nous. Nous n’avons jamais douté de notre légalité. Les Tchadiens non plus. Nous nous battons pour la justice.

Votre parti Les Transformateurs est-il prêt à participer au dialogue national inclusif ?

Nous sommes le parti qui a été plus combattu pour avoir voulu le dialogue. Nous disons à tout le monde qu’il fallait un dialogue sincère. Les gens nous disaient qu’on les emmerdait avec notre histoire de dialogue que tout a été déjà discuté et que notre constitution était la meilleure votée. Le dialogue a eu lieu. Tout le monde nous vilipendait à ce propos. Mais aujourd’hui, on nous dit que le dialogue est indispensable. Ce qu’il oublie au passage le dialogue inclusif est important, mais il y a un mot qui manque c’est la sincérité. La preuve en est qu’il n’y avait pas de sincérité dans les deux dialogues du passé et nous sommes retournés à la même situation. Tous ceux qui étaient au présidium qui veulent organiser la transition, ils se moquent des Tchadiens. Ce dialogue qui va avoir lieu doit être sincère à l’exemple de la conférence nationale souveraine. Donc nous voulons jouer notre partition au dialogue.

Pour finir, ces derniers temps les manifestations ont cessé. Aviez-vous changé de stratégie ?

Non. Notre stratégie c’est de ramener la justice, l’inclusion, l’égalité, l’alternance par les urnes. C’est l’ensemble de ce combat-là au nom duquel nous sous sommes engagés. Pendant 13 semaines, les Tchadiens ont marché, 1200 personnes ont été arrêtées, 450 blessés, 16 personnes ont été tués. Jamais cela n’était arrivé dans notre pays. Voir le peuple tchadien debout et à l’ouvrage pour donner vie et corps à l’hymne de notre pays. Beaucoup de gens n’y avaient pas cru que le 6e mandat n’allait pas avoir lieu, que le Tchad pourrait vivre sans maréchal demi-dieu. Beaucoup n’ont pas cru que des Tchadiens allaient se mettre debout face aux armes. C’est une démonstration Sao du peuple tchadien au monde entier. Notre détermination est là et elle date. Tous ceux qui ont marché le 06 février sont restés là, tous les partis, toutes les organisations sont restées soudées. C’est le temps d’arrêter l’hypocrisie et affronter nos problèmes avec sincérité. Si le Tchad n’est pas vivable pour tous les Tchadiens, il ne sera pas gouvernable pour tous ceux qui gouverneront dans l’injustice. Enfin, nous espérons que le bon sens et la sagesse guideront les actions des uns des autres pour un Tchad transformé..

Réalisation Moyalbaye Nadjasna & Allarassem Djimrangar

Aujourd’hui, les problèmes de la vue sont très fréquents. Ils sont liés aux maladies oculaires. Ces maladies peuvent causer de déficit visuel grave si elles ne sont pas dépistées à temps. La population n’a pas d’informations exactes sur les dangers liés au problème de la vue sans la correction. Ialtchad Presse a abordé la question avec le Docteur Mahamat Dicko, Médecin Ophtalmologiste à l’Hôpital Général de Référence Nationale(HGRN). Ialtchad Presse vous propose une entrevue après une une série de 2 reportages.

Quelles sont les maladies qui affectent notre vision ? Ya-t-il de statistiques au Tchad? 

En sciences, pour aborder un sujet, il faut les statistiques. Il faut savoir que 80% de la population mondiale, « je parle de mondiale parce qu’on n’a pas de statistique au niveau local. Aucune étude n’a été menée au Tchad concernant le problème de la vue lié à la correction.» Sur le plan mondial, 80% de la population est porteuse de l’amétropie. Quand on prend la myopie qui est le chef de file de ces maladies, elle tient la première place et, 50% de la population mondiale sera myope à d’ici l’an 2050. S’agissant des maladies imputables aux corrections, elles sont nombreuses. Mais les principales sont les amétropies stérides : la myopie, l’hypermétropie, l’astigmatisme et la presbytie.

Quel est l’impact économique lié à ces maladies ?

Il faut savoir que 33% de la population mondiale active est amétrope (problème de vue lié à la correction). 27% de conducteurs à un problème de vue. Ce qui fait que le coût au niveau des accidents de la voie publique, 60% sont liés au problème de lunettes. Cela peut avoir un impact important sur la productivité. Dans le monde, les dépenses engendrées rien que pour pallier ce problème représentent 270 milliards de dollars par an. C’est le lieu d’alerter les autorités publiques tchadiennes en tant que décideurs politiques afin de pouvoir prendre des mesures, organiser des sensibilisations et demander à la population de se faire consulter pour régler ce problème.  

Quelles sont les causes de ces maladies ?

Les causes sont nombreuses. Mais retenons les deux principales causes : l’hérédité et l’environnement. Si on prend la myopie par exemple, elle est causée le plus souvent par une question d’hérédité. Si un enfant à un des parents qui est myope, il a 50% de chances de devenir myope. Si les deux parents sont myopes, ce pourcentage probable de faire la myopie est multiplié par trois. Il y a ensuite l’environnement. Les études ont montré que dans les zones industrialisées, il y a une forte prévalence de la myopie par rapport  aux zones rurales. Les enfants enfermés dans les maisons développent plus de myopie plus que ceux qui passent beaucoup de temps à l’extérieur de la maison.

Comment savoir qu’on a un anomalie de vision?

La réponse qui s’impose c’est la consultation. Et malheureusement, comme je vous ai dit, 80% de la population mondiale est myope. Et ce n’est qu’hétérogène, cela veut dire que la répartition n’est pas cohérente. Par exemple les gens qui ont le problème de la vision qui ampute seulement 10% de leur vision, s’ils ne sont pas dans les activités qui nécessitent une vision minutieuse, telles que l’enseignement : les élèves et étudiants peuvent facilement constater qu’ils ont un problème de vue. Lorsqu’un enfant à l’école derrière tout le monde et qui ne voit pas le tableau, il se déplace, ses camarades le constatent. Même chose pour l’enseignant qui a tout le temps une activité de vision de loin comme la vision de près, en corrigeant les copies peut facilement constater qu’il a un problème de vision. Un cultivateur ou un paysan qui laboure ne se rend pas vite compte sauf si cela est profond.

Les tchadiens portent les lunettes correctrices à leur guise. Que dites-vous en tant qu’ophtalmologiste?

Vous savez, les lunettes sont un instrument permettant de pallier les défauts visuels ou de protéger les yeux. Mais allez se procurer les verres dans la rue, c’est une très mauvaise habitude sinon un danger. Le problème qui concerne la vision doit d’abord passer par une consultation. Le médecin ophtalmologiste doit prescrire une ordonnance de lunettes avec tous les renseignements retrouvés chez le patient. C’est alors que la consultation qui détermine le degré du verre qu’un opticien pourra le lui confectionner.

Les tchadiens n’ont pas une culture de lunettes. La majorité des femmes par exemple ont de problème de la vision mais refuse de porter les lunettes. Les problèmes profonds de la vision ne peuvent qu’être corrigés que par des lunettes. Au Tchad, qui dit problème de correction dit problème des verres. Il y a les verres, les lentilles de contacts, la chirurgie rétractile qui entrent dans le traitement de ces pathologies d’ordre correctionnel

Pourquoi on n’a pas cet arsenal thérapeutique?

Mais ici au Tchad on n’a pas cet arsenal thérapeutique, on a que les lunettes correctrices mais qui peuvent également résoudre ce problème. Cependant, les lentilles de contact et la chirurgie rétractile ne sont pas pour le moment au niveau de service technique ophtalmologique tchadien. Alors il faut que la population consulte les ophtalmologues au moindre signe visuel pour recevoir conseils adaptés au port des lunettes correctrices.

Le traitement se fait seulement par le port de lunettes ou existe-t-il d’autres produits ?

Grosso modo, les lunettes correctrices sont recommandées pour le moment au Tchad comme instrument de traitements proposés pour le problème liés à la correction. Toutefois, il y aussi les verres correcteurs et la chirurgie refractile. En Europe et en occident, certaines personnes refusent les verres correcteurs. Ils voient un chirurgien refractile qui va leur proposer la chirurgie qui les corrige pour toujours. Les lentilles ne sont pas adaptées à nos climats avec un environnement poussiéreux et chaleur. Ce sont des conditions qui ne sont pas favorables au port de lentilles ici au Tchad. Ceux qui ont essayé ont eu des infections au niveau de corneille. Ce sont des patients qui ont un niveau intellectuel un peu élevé qui le porte et en font très attention à l’entretien. Nous conseillons plus l’utilisation des lunettes correctrices et accessibles à tout le monde.

Conseils à la population ?

D’abord, il y a beaucoup des idées reçues qui sont là. « J’ai reçu beaucoup de patients qui disent : Dr les lunettes on nous dit avec le temps ça détruit l’œil, créer une atrophie au niveau du globe. Il y a ceci et cela ». Ailleurs dans d’autres pays, mêmes les gens qui n’ont pas problèmes de correction, voient les ophtalmologues pour prendre de conseils pour mieux protéger leurs yeux. Aujourd’hui, tout le monde est planté devant les écrans : smart phones, tablettes, téléviseurs, ordinateurs. Ces appareils dégagent la lumière bleue très nocive pour l’œil. Ce sont là des raisons fondées pour se rendre chez un ophtalmologiste, rien que pour chercher des conseils sur l’acquisition des lunettes anti reflet. Les lunettes en général c’est très bien pour l’œil. Les bonnes lunettes n’ont que de bénéfices pour l’œil.

Combien de patients en moyenne recevez-vous par jour?

Je n’ai pas fait le cumul par mois ou par jour. Mais je suis à l’HGRN. On est trois ophtalmologistes et chacun a ses jours de consultation. J’ai deux jours de consultations dans une semaine et je limité à 15 patients. Je fais ça parce qu’au niveau diagnostic lors qu’on en fait trop, ce n’est pas rentable en termes de résultats. Il n’y a pas assez d’ophtalmologues au Tchad. Ce dernier temps, oculaire on a le devoir de sensibilisation. A chaque fois qu’on reçoit un patient, on prodigue des conseils sur des conduites à tenir. Cela porte de fruit, car un nombre assez important de personnes viennent se faire consulter. C’est encourageant. Il y a tellement de choses que les gens racontent sur les verres qui ne sont pas vraies. Les bonnes informations ne peuvent être trouvées qu’auprès des ophtalmologues.

Que vous inspirent les caravanes ophtalmologiques qui se font chaque année au Tchad ?

Ces caravanes sont organisées et pilotées par un programme au sein du ministère de la Santé Publique, appelé le Programme national de lutte contre la cécité. Il s’occupe de la politique de santé oculaire. Elles se font plus dans les zones périphériques et des provinces afin de traiter les démunis.  Mais le PNLC peut solliciter à tout moment l’intervention des médecins ophtalmologistes.

Propos recueilli par Moyalbaye Nadjasna

Dans une interview accordée à Ialtchad Presse, l’écrivaine camerounaise Djaili Amadou Amal, lauréate du prix Goncourt des lycéens 2020, décline son identité et retrace le chemin de sa victoire littéraire. Entrevue.

Qui est Djaili Amadou Amal?

Je suis écrivaine, camerounaise et lauréate du prix concours des lycéens 2020. Je suis venue qu’aujourd’hui à Ndjamena pour présenter mon roman intitulé « Les Impatientes » publié au Cameroun sous le titre de Mougnal, la patience.

Quelle a été votre réaction lorsque vous avez été déclarée gagnante du prix littéraire du concours lycéen?

Vous savez durant tout le pré concours a été un processus. Il y a d’abord eu une présélection sortie en septembre et j’étais la seule africaine sur la liste mais aussi la première fois qu’un africain est sur la liste du Goncourt. Ce n’était plus moi seule mais je me suis dit c’est notre Goncourt. Et on peut être fier de nous lorsqu’on arrive jusqu’en finale. Je suis une preuve vivante que la littérature africaine qui est une littérature de qualité quand bien même que nous n’avons pas assez de moyens. Mais nous sommes honorés en termes de qualité et il faut qu’on continue à écrire. Nos gouvernements doivent avoir une vraie politique du livre. Avoir des imprimeurs, des vraies maisons d’édition, un vrai circuit du livre, des libraires en Afrique centrale, on n’a pas encore ce dispositif. Et cela freine la distribution des livres et sa disponibilité. Partout en Afrique on continue de dire que les africains ne lisent pas. Mais comment voulez-vous qu’on lise si on n’a pas de livre sur le terrain. Surtout en zone CEMAC, pour faire rentrer les livres au Tchad ça a été très compliqué. Or les livres devraient circuler librement et être moins chers pour que nos enfants puissent se les procurer. Ça ne doit pas être un produit de luxe mais de première nécessité.

Un mot sur les valeurs peules

La communauté Peule est une communauté très chaleureuse. L’association international des peuls Tabital Poulaaku a toujours encouragé tous les peuls et ceux qui se démarquent positivement. Ce prix-là, il est d’abord africain mais aussi la fierté de tous les Peuls. Nous avons de valeurs très nobles, de fraternité, d’accueil, de pudeur, de patience, de dignité, de maitrise de soi, du don positif de soi et des autres.

Qu’est-ce qui a joué à votre faveur pour rempoter ce prix?

La sensibilité, l’authenticité du texte et la gravité du sujet, mais peut-être la simplicité aussi. Mais dans tous les cas, les lycéens ont beaucoup aimé le livre et la preuve est que dans d’autres pays aussi nous avons gagné le choix du concours de la Tunisie, la Serbie de Royaume Uni

Les impatiences, est-ce une autobiographie?

Ce n’est pas vraiment une autobiographie, mais mon livre est inspiré de la réalité mais aussi de ma propre histoire et celle des autres.

Qu’est-ce que vous mettez en exergue dans votre roman?

Un message particulier, il faut que les femmes connaissent leur place, savoir identifier leurs problèmes et apporter des solutions pour que le monde change afin d’arrêter les violences faites aux femmes.

Quel message entendez-vous passer aux jeunes lycéens que vous avez côtoyés pendant votre séjour au Tchad?

C’est l’Institut français au Tchad IFT qui m’a invité. J’ai eu ensuite une rencontre avec les lycéens et collégiens au CEFOD. C’était juste un appel à une prise de conscience sur la situation de la femme et de la jeune fille. Comment prévenir les violences faites aux femmes. Le premier mari de la femme, c’est son diplôme.

Vous venez de dire que vous êtes invitée par IFT, comment appréciez-vous votre séjour au Tchad?

J’ai répondu tout de suite oui à l’invitation parce que c’est d’abord un pays voisin et frère. Je me sens chez moi et cela me fait vraiment plaisir. Je ne regrette pas du tout d’être là. Mes livres sont désormais disponibles à la librairie la Source. Certains lycées les ont déjà achetés pour leur bibliothèque. J’espère que les jeunes filles voudraient bien me prendre comme un modèle positif. Une fille peut avoir des rêves et peut bien les réaliser.

Quel plaidoyer pouvez-vous faire des femmes ou filles victimes des violences ?

Je dirai aux parents de ne pas envoyer leurs petites filles en mariage trop jeunes. Elles risquent de revenir à leur charge. Laisser les filles continuer leurs études, les prévenir de toutes formes de violences. Je propose beaucoup de sensibilisation et de causeries éducatives au Tchad pour faire passer le message. Pour les jeunes filles, je pense que nous avons reçu une éducation à respecter nos ainés et les parents. Ce sont des très grandes valeurs. On doit les conserver, instaurer le dialogue avec les parents. Et ça ira pour le mieux. A l’État, je crois que des lois existent déjà au Cameroun comme au Tchad. Le mariage est fixé à la majorité qui est de 18 ans. Il faut que sur le terrain, cette loi soit appliquée et que l’État ne doit pas tout permettre. C’est à cause de l’impunité qu’il y a beaucoup de victimes.

Propos recueillis par Moyalbaye Nadjasna

La politique française au Tchad semble prendre un coup ces dernières heures au Tchad. La haine contre la France et ses intérêts est remarquée à travers les actes et les paroles de certains Tchadiens qui se disent exaspérés par le soutien français à la junte militaire. Plusieurs Tchadiens pensent que la France a abandonné le peuple tchadien pour ses intérêts personnels. Ialtchad Presse vous propose des réactions des Tchadiens et l’analyse du politologue Dr Évariste Ngarlem Toldé.

Difficile d’aborder la question de la politique française au Tchad sans que les réactions des Tchadiens ne soient vives. Yacoub Saleh est habitant du 3e arrondissement de N’Djamena, capitale tchadienne. « Ne me parlez pas de la France. Même le nom me fait vomir. Ils sont mauvais ces Français-là. Jamais la France ne veut nous coller la paix, mais Dieu les voit. Elle rendra un jour compte pour ses ego envers le peuple tchadien» déclare ce jeune homme de 28 ans, très fâché.

Nous sommes au quartier Moursal, dans le 6e arrondissement. Nous rencontrons M. Nouba-asra Tarasdé. Selon lui, il n'y a rien à cirer avec la France. «La France continue à nous enterrer, mais toute la malédiction de Dieu sera sur eux. Ce sont des gens très mauvais, les Français», a clamé ce monsieur d’environ 58 ans.

Pour Dr Evariste Ngarlem Toldé, Politologue, enseignant chercheur à l’Université de N’Djamena, si la France est indexée c’est parce que les Tchadiens voient sa main dans ce qui se passe dans leur pays. «Vous savez, l’impression qu’on a c’est comme si, la France a cautionné le changement du régime sinon sa continuité qui n’est autre que monarchique, dès l’instant ou le fils prend la place du père. C’est ce qui a fait que les Tchadiens portent un autre regard sur la France», dit-il.

Pour le politologue, tout le monde sait le rôle joué par la France depuis l’indépendance du Tchad jusqu’aujourd’hui. L’enseignant chercheur précise que ce dernier temps, il y a une rude concurrence en Afrique avec la présence des Chinois, les Turques, les Américains, mais aussi de la Russie. «La France veille à sa chasse gardée qu’est le Tchad. Un pays stratégique et un allié dans la lutte antiterroriste», dit-il. D’après Dr Évariste, la France joue ce jeu et les Tchadiens la considèrent comme soutenant ce régime anticonstitutionnel. Il rajoute en rappelant que la France a joué la complice dans la mort ou le départ du président Tombalbaye. En 1978-1979 poursuit-il, la force française dirigée par le Général Forest à l’époque et le gouverneur qui assurait le service de renseignement avait laissé les rebelles entrés dans la capitale et créer une guerre civile pour chasser le président Félix Malloum du pouvoir. Et «ceux-ci ont plié bagages et ont laissé les Tchadiens dans le désarroi», affirme-t-il. Le politologue rappelle encore que même en 1990, la France a fermé les yeux pour que Hissène Habré soit battu à plate couture par la rébellion du Mouvement Patriotique du Salut (MPS) en ne fournissant aucun renseignement aux forces gouvernementales.

Dr Évariste note également que la France donne  l’impression encore d’un soutien actif au Conseil Militaire de Transition (CMT). Elle le fait simplement parce que le fils prend la place du père à un moment ou tout le monde appelle à un retour à la constitution avec une transition civile. « C’est trop pour les Tchadiens qui ont vu la France faire toujours des coups bas dans ce pays. Elle fait du Tchad un terrain ou elle pratique son sport favori, utiliser les gens qu’elle veut», analyse-t-il.

Aujourd’hui, affirme-t-il, les Tchadiens ont compris cela et personne n’est dupe. « Il vous souviendra il y a quelques années, la France est intervenue pour bombarder une colonne rebelle qui fonçait sur N’Djamena,  la capitale. C’est tout récent en 2008, en 2006. La France sait ce qu’elle veut au Tchad : préserver ses intérêts», argumente Dr Évariste. Le Tchad précise le politologue, reste un territoire stratégique pour la France et elle n’est pas prête à lâcher prise. D’après lui, la France ne pourrait que placer ses alliés fiables à la tête de ce pays. Le clan Deby Itno semble encore être dans leur viseur pour continuer l’œuvre de lutte contre le terrorisme dont le Tchad est un pivot. « C’est dans ce sens qu’il faut comprendre la haine que les Tchadiens manifestent contre les intérêts français», explique-t-il.

«L’UA divisée sur la question du Tchad, risque une sortie très affaiblie...»

Pour le politologue, au sein de l’UA, la question a surgi au premier jour et la difficulté était prévisible. Selon lui, les textes fondateurs de l’UA disaient que, dès l’instant qu’un régime arrive au pouvoir par des voies inconstitutionnelles, il est tout de suite condamné et sanctionné. Or, évoque-t-il, l’UA n’a pas condamné ni suspendu le Tchad parce que le président Deby Itno avait joué un rôle important dans la lutte contre le terrorisme et s’est fait de nombreux amis dans les pays francophones. « Les anglophones et les Lusophones pensent qu’il faut mettre le Tchad sur le banc des accusés en attendant les éventuelles négociations », indique l’enseignant chercheur. Les textes fondateurs disent clairement que ce qui se passe au Tchad est un coup d’État et la décision inhérente c’est la condamnation, estime Dr Évariste. D’après lui, l’UA a joué à la prolongation en envoyant une mission d’enquête, mais c’était sans compter l’abnégation des anglophones et Lusophones. D’autres pensent que si on condamne le Tchad, ils n’auront pas un partenaire fiable ni dans le G5 Sahel ni dans la lutte contre le terrorisme. Ainsi l’UA se retrouve divisée sur la question de la situation qui prévaut au Tchad, dit le politologue. « Si l’UA n’utilise pas la sagesse dans sa décision et soutient le CMT au-delà de tout, elle en sortira très affaiblie », conclut Dr Évariste Ngarlem Toldé.

Moyalbaye Nadjasna

Il a trimé dur pour vivre sa passion. Rien n’a été facile, mais il s’est accroché. Aujourd’hui il est gastronome et rêve d’être ambassadeur de la gastronomie tchadienne. Entrevue avec le cuisiner et pâtissier Hissène Mahamoud.

Qui est Hissein Mahamoud ?

Écoutez c’est dur de parler de soi. Vous savez, on porte en nous nos bagages culturels. Il est très mal vu de parler de soi. Je dirais simplement que je suis Hissein Mahamoud chef cuisinier pâtissier franco-tchadien. Je suis né à dans la belle palmeraie de Faya, dans l’extrême-nord du pays. J’ai fait mes premières études entre cette ville-palmeraie et la capitale, N’Djamena. J’ai fait des études supérieures en Algérie. Et surprise en Lettres Modernes. En 2007, j’ai posé ma valise en France, ou j’ai changé de filière pour faire des études en gastronomie.

Pourquoi ce revirement brusque ?

Je me suis posé beaucoup de questions avant de me lancer dans la gastronomie. Puisque ce n’est pas ce que la famille attendait de moi. Pour eux, c’est les Lettres Modernes pour le métier d’enseignant, mais le destin en a voulu autrement. Il faut dire que la gastronomie est une question de passion pour moi. J’en étais passionné depuis mon enfance, mais au Tchad il est difficile de s’exprimer. Et plus encore les communautés nordistes très fermées et conservatrices. Au début je me cachais sous des pseudonymes sur les réseaux sociaux pour faire mon métier. Comme je gagnais bien ma vie, j’ai décidé de sortir de l’anonymat. Il n’y avait aucune raison de rester caché. Cuisiner est un métier comme un autre. Surtout que je ne volais personne. Le public m’a découvert et apprécié ce que je fais. Voilà une partie du film de ma vie qui m’a conduit où je suis aujourd’hui. J’espère que Dieu me prêtera vie pour continuer à progresser et réussir mes projets.

Quel est le regard de votre entourage ?

Mon entourage est très fier. Surtout ma mère elle est vraiment comblée. Je tiens à lui rendre hommage. Elle est mon pilier.

Combien de temps vous êtes dans le métier ?

12 ans

Est-ce que l’art culinaire tchadien est valorisé ?

Oui je crois que l’art culinaire est valorisé au Tchad. Le Tchad est très riche parce que moi en tant que pâtissier, je réalise mes produits à base de nos recettes locales. Il y a des produits qu’on ne trouve nulle part en Europe. On a aussi des valeurs dans ce pays. J’ai créé un Label spécial pour mettre en scène cette culture culinaire du Tchad. Cette richesse que Dieu nous a donnée. Dommage que très peu en en sont conscients.

Par exemple, j’ai réalisé des gâteux et des macarons à la spiruline. C’était très apprécié et très bon. Un produit qui se vend très bien en France. J’ai aussi créé une pâtisserie que j’ai dénommé Paris-N’Djamena, qui est le dérivé de Paris presse qui n’est rien d’autre que la tour de France. J’ai imité cela pour introduire  le « cournaka ». Cette création cartonne bien en France. Et il y a aussi le chococise, un mixage américano- tchadien dans les biscuits. Au lieu de mettre les chocolats j’ai mis des dattes tchadiennes.

 Est-ce que l’art culinaire tchadien a un avenir ?

Oui. Pourquoi vous savez ? Parce que là je suis à ma troisième édition de Master class. À la première année ont était 3 personnes, à la 2ème ont était 5 et la 3ème ont était 8 personnes. Donc il y a de l’avenir dans la cuisine tchadienne. Le public commence à comprendre l’importance de la cuisine. Je rencontre beaucoup de personnes comme moi. Ils veulent vivre leur passion de la cuisine, mais s’abstiennent par peur d’être jugés par les autres, ils se cachent. Mais dans la vie il faut affronter les choses. Le fait d’être parti du pays m’a beaucoup aidé. Je me suis dit parfois que si j’étais resté au pays, j’aurais des problèmes avec ma famille, puisqu’être cuisinier pour eux est un insensé.

Est-ce que le Tchad a des structures de formation ?

Je n’ai pas encore vu une structure qui forme les jeunes pour ce métier. Un de mes projets est de créer une école de formation pour la gastronomie tchadienne. J’ai échangé avec le ministre de la Culture et de l’Artisanat à ce sujet.

Quelle est la spécialité de l’art culinaire tchadien ?

Le Tchad regorge de spécialités. Chaque province du Tchad a une spécialité même si je suis incapable de vous citer une spécialité. J’entends, je lis, je vois à travers les débats sur les réseaux sociaux. Le pays est riche en matière de ses spécialités culinaires. Nous devons faire quelque chose. Pourquoi pas organiser un festival gastronomique inter provincial pour valoriser nos spécialités ? Vous voyez par exemple au sud du Tchad, on a la sauce longue, au centre on a le koumranga, etc. C’est d’une richesse inouïe.

J’appelle nos gouvernants à valoriser la gastronomie tchadienne, à diversifier cette culture. Franchement je suis en train de me transformer en ambassadeur de la gastronomie tchadienne. Il me faut l’appui de l’État tchadien. Je voudrais être entendu. Le ministre m’a déjà fait la promesse de valoriser la gastronomie tchadienne. Et donner ainsi la chance à tous ceux qui veulent faire la cuisine.

Pensez-vous venir vous installer au Tchad ?

Sans retenu, je réponds oui. J’ai des promesses pour cela. Je reviendrais m’installer la tête haute pour transmettre mon savoir à ceux qui le désirent. J’ai un projet que j’ai soumis. J’attends la suite de l’État tchadien puisque de l’autre côté de la France c’est déjà bon.

Réalisation, Christian Allahdjim

Le Collectif des associations et Mouvements des Jeunes du Tchad (CAMOJET) a organisé une marche le 10 février passé à N’Djamena, capitale tchadienne. Le cortège des manifestants est parti de la rue de corniche de Sabangali avec pour objectif d’atteindre l’esplanade du Palais du 15 janvier au quartier Njary. En route, ils ont été dispersés au niveau du boulevard Sao au quartier Moursal. Ialtchad Presse a rencontré le coordonnateur national du Comojet, Hamlha Douksia Senghor pour en savoir plus. Entrevue.

Quel est l’objet de votre marche du 10 février ?

Nous avons entrepris cette marche pour dénoncer la situation dans laquelle se trouve la jeunesse tchadienne. Elle est dans la misère partout au pays. Il y a des milliers des jeunes diplômés sans emplois. En 2019, le président Deby Itno a promis de faire intégrer 20 000 jeunes à la fonction publique. Nous sommes en 2021 et rien n’a été fait. Au jour d’aujourd’hui, moins de 7000 jeunes sont intégrés. Parmi eux, il y a ceux qui ont été intégrés soit par la corruption, soit par des astuces politiques, soit ils ont été parrainés par des gens tapis dans l’Administration publique. Où est l’égalité des chances ? Nous avons organisé cette marche pour dénoncer tout cela. Nous réclamons deux choses. Nous réclamons l’intégration des 20 000 jeunes à la fonction publique et demandons au gouvernement de trouver une solution définitivement à la grevé de la plateforme qui paralyse l’Administration publique, particulièrement le secteur de l’éducation. Tout le monde sait que l’avenir d’une nation c’est l’éducation. Nous ne voulons plus la fermeture des établissements scolaires et universitaires.

Il y a d’autres raisons ?

Cette marche a pour objectif d’exprimer notre désaccord avec la méthode du gouvernement qui consiste à marginaliser en piétinant la jeunesse tchadienne.

Cette marche a été à la veille interdite par un arrêté du ministre de la Justice garde des Sceaux ?

Oui, l’arrêté a été pris à la veille de notre marche. Mais nous avions au préalable introduit une demande pour l’autorisation de cette marche. Tenez-vous bien, la demande a été tout purement et simplement rejetée. Nous sommes rentrés avec notre demande. Sur quelle base cet arrêté a été pris ? Ils devaient réceptionner d’abord la correspondance et ensuite donner un avis favorable ou non favorable. Non, cela n’a pas été fait. Nous avons la constitution de la République nous. Elle nous donne le droit de nous exprimer. La marche pacifique c’est aussi l’expression de la démocratie. Nous avons marché ce matin dans une logique constitutionnelle.

Vous avez réussi à marcher de votre point de départ (rue de la corniche de Sabangali) à votre point d’arrivée (Palais du 15 janvier) ?

Non. Tous les endroits stratégiques où nous avons défini nos itinéraires ont été pris d’assaut par la police. Toutefois, nous avons quitté la rue de Corniche pour être dispersés sur le boulevard Sao. Nous ne voulons pas conquérir le pouvoir avec cette marche. Nous exigeons l’insertion sociale de la jeunesse. Il faut que cette jeunesse soit équitablement traitée et sans discrimination.

Au sujet de l’intégration, une commission a été mise sur pied pour vérifier l’authenticité des diplômes. Est-ce n’est pas à ce niveau que ça blogue ?

Justement une commission a été mise en place. Cette commission devait faire un travail sérieux pour un bon résultat. Malheureusement, elle ne fait pas un travail juste et équitable en faveur des jeunes. Elle est influencée par les politiques. Elle reçoit tout le temps les listes des politiques, des parrains de X, Y. La lenteur administrative n’a rien à voir avec ce qui se passe. C’est une volonté manifeste du gouvernement de maintenir la jeunesse tchadienne dans la misère.

Et pourtant, l’intégration de 20 000 diplômés à comprendre le ministre de la Fonction publique, c’est de prioriser les anciens dossiers en instance. N’est-ce pas le cas ?

Malheureusement sur les arrêtés sortis, ce sont des nouveaux diplômés qui viennent à peine de finir leur formation. C’est pour dire que ce sont des paroles politiques avec un grand écart sur ce qui est dit et ce qui est fait sur le terrain. Si réellement cela est appliqué, nous pensons que ce serait un grand soulagement pour ceux qui attendent depuis des années. En toute sincérité, la jeunesse tchadienne est délaissée.

Votre marche a été dispersée. C’est un échec ?

Notre marche n’est pas un échec parce que malgré l’interdiction, la jeunesse tchadienne a bravé l’interdiction pour s’exprimer. Si le gouvernement ne trouve pas de solution, nous mènerons une action plus grandiose cette fois-ci sur toute l’étendue du territoire national.

Réalisation Moyalbaye Nadjasna

Les établissements scolaires privés du Tchad ont décidé d’aller eux aussi en grève de solidarité à leurs collègues du public en grève depuis le 11 janvier dernier. Ialtchad Presse a reçu le président du syndicat des établissements scolaires privés au Tchad M. Wardougou Djimi Chietté pour faire le point. Entrevue.

Pourquoi une grève de solidarité ?

Notre décision d’aller en grève se justifie dans le cadre de notre partenariat conventionnel, avec la plateforme syndicale. On a toujours soutenu leurs revendications. On est solidaire de leur action parce qu’une grande partie de nos enseignants viennent du public. Nous sommes collègues, collaborateurs et partenaires. Donc nous n’avons pas raison de rester indifférents lorsqu’ils revendiquent légitimement leurs droits. C’est un message adressé au gouvernement. C’est une grève de trois jours à compter du jeudi, 28 janvier 2021.

Cela suppose que vous reprenez le lundi 1er février ?

Oui. Nous avons des engagements pratiques avec les parents d’élèves. Mais si l’État ne fait absolument rien, on a l’intention de les soutenir continuellement. Vous savez, techniquement les établissements privés seront paralysés si la grève continue. Un, nous ne pouvons pas exécuter correctement le programme national puis que la plupart de nos enseignants viennent du public et sont des syndiqués. Deux, nous envoyons nos candidats au public pour faire les examens. Les examens sont préparés par le public et non par le privé. Bref sans le public on ne peut pas fonctionner.

Il y a 48h, un groupe d’individus non identifiés a perturbé les cours dans certains établissements privés. Ne pensez-vous pas que vos élèves seront en insécurité ?

Parlant d’insécurité de nos élèves vous avez raison. Quelquefois les élèves du public perturbent ceux du privé. Mais cela se passe généralement au début de la grève. Nous sommes prudents. On verra si cela vaut le coup nous allons arrêter les cours. Et soutenir définitivement la grève. À vrai dire nous dépendons du public et les raisons je les ai déjà évoquées.

Que dites-vous au gouvernement au sujet de cette grève qui perdure ?

Nous demandons aux autorités compétentes de régler le plus tôt possible ce problème qui fait reculer notre système éducatif. Un système qui ne fait que piétiner depuis 2 ans. Nous avons perdu une partie de l’année à cause de la pandémie l’année dernière. Cette fois-ci encore cela semble se faire par la grève. Je demande au gouvernement de trouver une solution. Il faut respecter ses engagements et répondre aux revendications afin que les cours reprennent rapidement.

Le Tchad ne serait-il pas en train de former les enfants au rabais dans un tel contexte ?

C’est évidemment une formation au rabais. C’est une grande perte pour le pays. Lorsqu’une partie du programme scolaire n’est pas réalisé, l’élève est formé à moitié et son niveau baisse. C’est automatique. Si dans les prochains jours, rien ne changement, même les parents d’élèves comprendront notre engagement de soutenir le public.

Propos recueilli par Moyalbaye Nadjasna

La tomate est à la fois un légume et un fruit. Elle est consommée par les Tchadiens et particulièrement les N’Djamenois. Quelles sont ses vertus pour la santé ? Ndokain Jonathan Guirangar est Nutritionniste à la Direction de la Nutrition et de la Technologie Alimentaire (DNTA). Entrevue.

La tomate fraîche est l’un des aliments prisés par les N’Djamenois. Quels sont les nutriments qui s’y trouvent ?

Du point de vue botanique, la tomate est un fruit et un légume. Du point de vue nutritionnel, il est conseillé de consommer des fruits et des légumes. Cela tombe bien, la tomate est les deux à la fois. C’est une bonne chose d’en consommer. Le principal atout nutritionnel de la tomate c’est sa richesse en « vitamine C, E, B3, B5 et B9 appelées autrement acide folique important pour la santé. »  Du point de vue hydrique, la tomate est très riche en eau. Elle est composée à 95% d’eau. Du point de vue énergétique, en mangeant 100 grammes, elle vous apporte 20 calories. L’essentiel de cet apport énergétique est assuré par ses glucides. Elle a aussi de protéine et de lipide, mais en petite quantité.

La tomate est un légume qui renferme des nombreux minéraux tels que le potassium, le phosphore, le magnésium ainsi que les oligoéléments comme le fer, etc. En tant que nutritionniste je vous dis que c’est un aliment qui peut nous procurer vraiment la santé.

Existe-t-il plusieurs espèces de tomates ou certaines ne sont pas consommables ?

Excellente question, mais je ne peux vous répondre avec exactitude. Cela relève du domaine des botanistes. Mais à mon sens, la tomate qu’elle soit de n’importe quelle variété, les mêmes éléments nutritifs s’y trouvent. A ma connaissance, il y a plusieurs formes. Au total, il y a 8 principales formes : la forme aplatie, l’arrondie, la haute, la ronde, le cœur de bœuf, la cylindrique, de poil et de preuve.

Les Tchadiens consomment la tomate dans la salade, dans la sauce ou la mange toute crue. Quelle est selon vous la meilleure manière de la consommer ?

La bonne manière de consommer un aliment c’est de voir qu’est-ce que je cherche dans cet aliment. Voilà ce qui va conditionner la préparation. La tomate peut être mangée crue comme cuite. Généralement, certains aliments surtout les légumes lorsqu’ils passent au feu, perdent leurs substances nutritives. C’est pourquoi on conseille toujours de les manger crus. Cela permet de conserver les éléments nutritifs. Pour la tomate, sa consommation crue procure beaucoup de vitamine. La leucopénie permet de détruire nos cellules vieillissantes et les réparer.

Quels sont les avantages pour l’organisme ?

Il y a beaucoup des avantages. Elle est riche en vitamine A qui permet de lutter contre la cécité, la cataracte. C’est un parfait fruit pour lutter contre les radicaux libres qui sont des composés responsables de vieillissement prématuré de nos cellules. Alors si on en consomme autant, cela peut nous procurer une bonne santé. La consommation régulière de la tomate selon une étude récente permet de réduire de 20% le risque du cancer de la prostate et diminue le risque de cancer.

Que conseillerez-vous aux Tchadiens ?

La tomate est un bon fruit à consommer. Mon principal conseil: il faut bien les nettoyer avant de les consommer parce que les producteurs utilisent des pesticides pour protéger les tomates contre les insectes. Si la tomate n’est pas bien nettoyée, elle peut être à long terme un produit cancérogène. Donc nuisible à notre santé.

Propos recueilli par Moyalbaye Nadjasna

La centrale syndicale, la Confédération Libre des Travailleurs du Tchad (CLTT), n’est pas entrée en grève lancée par la plateforme revendicative le lundi 11 janvier. Son Secrétaire général, Brahim Ben Saïd NOH explique pourquoi.

Pourquoi la CLTT n’est pas en grève ?

C’est vrai nous n’avons pas appelé à la grève par contre beaucoup de nos adhérents y sont allés. Il y a entre autres : le syndicat des enseignants du Tchad, le Syndicat des formations aux métiers (les lycées techniques et le lycée industriel) et bien d’autres.

Que pensez-vous de ceux qui sont en grève ?

Nous n’avons aucun intérêt a bloquer les autres. Nous avons juste décidé de ne pas prendre position. Et ne rien dire. C’est tout.

Qui ne dit mot consent ?

On n’est avec eux et non contre la grève. C’est un droit constitutionnel. Sauf que pour nous cette période n’est pas indiquée, mais c’est leur droit de faire la grève.

Pourquoi pensez-vous que la période de la covid-19 n’est pas indiquée pour déclencher la grève ?

Vous savez, la grève en cette période de la pandémie, on ne la suit pas tellement. Avant que la grève ne se déclenche, le gouvernement dans sa décision de confinement de la ville de N’Djamena, a fait exception à des services nécessaires. Nous sommes signataires de l’accord du 09 janvier 2020. Mais nous estimons que cet accord-là, le gouvernement a appliqué une bonne partie. Il ne reste que les 15% des primes, des avancements, des reclassements des agents et les frais de transport. Je crois que le gouvernement a commencé déjà a payé en décembre dernier, mais le ministère des Finances et du Budget a constaté que certaines personnes ont perçu deux fois. C’est pourquoi le ministère a suspendu les versements pour vérification. Mais ceux qui n’ont pas perçu, peut-être ils percevront leur dû à la fin de ce mois.

Comment rassurer ceux qui n’ont rien perçu ?

Nous avons rencontré le ministre de la Fonction Publique, son collègue de l’Éducation nationale et les Directeurs généraux des Finances et du Budget il y a 48h. Ils nous ont rassuré que concernant les actes de carrière des agents, notamment les avancements, un bon nombre a été enrôlé. Ils pourront en bénéficier d’ici à la fin de ce mois. Aussi, ils ont noté que les arriérés de 2018, 2019 et 2020 des primes de transport seront payés à tout le monde suivant une programmation. Le gouvernement a dit que c’est un problème de trésorerie, mais cela va se régler. Les autorités demandent à nos camarades de lever la grève parce que la période n’est pas indiquée. Alors, on espère qu’après réflexion, ils se décideront. Au cours de nos échanges avec le gouvernement, nous avons tous constaté que le gouvernement a aussi des manquements. Il communique moins, s’il communiquait à tout moment avec les syndicats on ne serait pas arrivé à cette grève. Dans un enjeu social, la communication et le dialogue sont nécessaires.

Il semble que votre centrale syndicale est pro-régime. Que répondez-vous ?

Écoutez, la grève c’est comme une guerre, elle se prépare. Elle a ses modalités. Il faut 6 jours francs de préavis pour informer son partenaire, ou son employeur. En fait, dans tous les pays, il y a des syndicats. Certains prônent le dialogue, d’autres font le forcing. Nous ne sommes pas, un syndicat progouvernemental ni proche du régime. Mais le gouvernement c’est un partenaire et nous le respectons.  Nous sommes loin du jeu d’hypocrisie. Seulement il faut être réaliste avec soi-même. Je pense lorsqu’on fait grève pour rien gagner c’est aussi dangereux. C’est un couteau à double tranchant et surtout vous risquerez de vous faire ridiculiser. Au Tchad, on peut faire plusieurs mois de grève et gagner son salaire ce qui n’est pas le cas sous d’autres cieux.

Parlons distribution des vivres aux démunis. Qu’en pensez-vous ?

La répartition est inéquitable et mal faite. Je trouve que ce n’est pas digne d’un tchadien. On ne peut pas donner à un tchadien un ou deux « koros » du riz, maïs ou haricots. C’est une injure à la population. La population tchadienne ne mérite pas cela. Non ! C’est injuste et anormal. Cette distribution ne sert à rien du tout. Ce que je déplore c’est que ce sont les mêmes personnes qui prennent la même chose. Dans mon quartier, il y a des personnes d’autres quartiers qui viennent prendre parce qu’elles sont insatisfaites. Tout le monde est vulnérable. Qui ne l’est pas ? Prenez, par exemple, les fonctionnaires retraités civils et militaires. Ils sont des démunis. Ils ne sont pas payés. Il y a aussi les veuves et les orphelins, il faut penser à eux.

Que pensez-vous des mesures sanitaires ?

Je propose à l’État de continuer la sensibilisation et des campagnes de distribution des cache-nez. C’est très important. Les caches sont vendues à 200F CFA voire plus. Faites un tour dans les ministères les kits de lavage des mains sont sans eau. Ce qui démontre le non-respect des mesures et le relâchement. Dieu merci, 60% de nos populations sont jeunes par rapport à certains pays, surtout occidentaux, les plus touchés, mais nous devons protéger les personnes de 3e âge.

Propos recueillis par Moyalbaye Nadjasna

Il a commencé le leadership dans le milieu jeune dès son entrée à l'université de N'Djaména. Il a été membre de la Chambre des délégués, puis secrétaire général de l'Unet. En 2014, Abakar Dangaya a été élu président national de cette organisation faîtière des étudiants. Avec son master 2 en Psychologie, le jeune Abakar a été élu le 4 décembre dernier, président du Conseil national des jeunes du Tchad (CNJT). Dans une interview exclusive accordée à Ialtchad Presse, il revient sur son programme pour la redynamisation de ce conseil et aborde les questions liées à la jeunesse.

Après votre élection comme président du bureau exécutif du Conseil national des jeunes du Tchad, quel est votre sentiment ?

C'est un sentiment de satisfaction, de reconnaissance et de gratitude à l'égard de tous ceux qui m'ont porté à la tête de cette organisation. Je voudrais profiter pour leur réitérer encore une fois de plus mes remerciements.

Après plusieurs tractations, pour une fois, votre élection a fait l'unanimité. Qu'est-ce qui est à l'origine selon vous ?

Pour moi, c'est tout d'abord ce sentiment de désarroi de toute la jeunesse tchadienne qui était en manque de repère. Il était question de trouver une personne qui peut inspirer et aspirer un petit peu de confiance pour le futur. C'est pourquoi nous étions plusieurs candidats en lice. Je pense que ce n'est pas la personne de Abakar Dangaya qui a convaincu l'électorat, mais c'est le plan d'action que Abakar Dangaya a proposé. C'est donc cette quête perpétuelle de confiance, d'une issue pour la jeunesse qui nous a porté à cette responsabilité.

Le CNCJ a longtemps souffert d'une léthargie qui n'a pas permis son épanouissement. Selon vous quels ont été les réels problèmes de cette organisation ?

C’était un problème d'organisation du fait des dirigeants. Le fait de demeurer longtemps à la tête de cette structure la rend obsolète dans la mesure où ce sont les mêmes personnes avec les mêmes idées qui finissent parfois de devenir un peu contre-productives. Ce qui fait que les jeunes avaient perdu confiance en ce conseil. Comme vous le savez, le bureau sortant à fait plus de sept ans à la tête du conseil alors que le mandat est de trois ans. En matière de leadership à la tête des organisations, parfois ça crée des soucis quand un dirigeant met assez de temps. C'est ce qui a fait que le conseil a perdu ses valeurs et un peu ses prérogatives. La jeunesse a perdu confiance en lui. Mais aujourd'hui, avec la lueur d'espoir qui a prévalu lors de ce dernier congrès, nous nous disons que la jeunesse attend beaucoup de nous et nous nous devons d'être vraiment prudents, organisés pour pouvoir relever ce défi.

Sur quoi repose votre plan d'action ?

Nous avons proposé un plan d'action axé sur 14 piliers avec un accent particulier sur l'unité de la Jeunesse. Nous disons que sans l'unité, rien n'est possible dans la mesure où les jeunes aujourd'hui ont beaucoup de talents, d'énergie et de qualités, mais ils sont en manque de soutien, d'orientations. Ils n’ont pas de parrainage alors que, avec un conseil digne et crédible, nous pouvons parrainer, orienter, appuyer ces jeunes-là. Pour nous il nous faut d'abord l'unité. En dehors de l'unité, il y a des problèmes qui concernent la jeunesse telle: l'emploi, la perte de confiance entre nous les jeunes et les décideurs publics, le volontariat, l'éducation, la citoyenneté et tant d'autres.

La politisation du CNCJ a longtemps été décriée. Que comptez-vous faire pour dissocier la politique des actions de votre organisation ?

Il faut reconnaître que le conseil est un intermédiaire entre le pouvoir public et l'ensemble de la Jeunesse. Il est au-dessus de toutes les organisations politiques. Le conseil représente toute la jeunesse. Il n'y a pas une jeunesse de l'opposition, il n'y a pas une jeunesse de la majorité, il n'y a pas une jeunesse de la société civile.  Ce que les gens ignorent, c'est qu'ils ont tendance seulement à limiter simplement le Conseil comme une organisation de la société civile. Maintenant, ce que doivent faire les membres du conseil c'est de ne pas prendre parti dans le cadre des positions politiques et autres.

En ce qui concerne la politisation, je pense qu'il y a une question des hommes. Ils n'ont peut-être pas compris les missions du Conseil. Celles-ci sont claires. En tant que représentants, on doit être dans la ligne même de ces missions.  Le défi est grand. Sortir de cette bannière de la "politisation" dépend de toute la jeunesse. Il faut que la jeunesse soit simplement unie en dehors de toute opinion politique. Ça nous déchargerait nous tous de toute critique et ça nous aiderait plus à réaliser des projets en faveur de la Jeunesse.

Quelles sont les actions prioritaires que vous comptez mener pour la redynamisation du Conseil national des jeunes du Tchad ?

J'ai toujours mis l'accent sur l'unité de la Jeunesse. Cette unité ne saurait se faire sans une redynamisation. Il y a prioritairement l'installation de toutes les coordinations provinciales du Conseil. Car on a 22 Provinces plus N'Djamena. Cela nous rapprocherait de toute la jeunesse, urbaine tout comme rurale.

Quel message avez-vous, au nom du Conseil national des jeunes à l'endroit de la jeunesse tchadienne ?

Nous ne sommes pas un appât pour quelqu'un. Nous ne sommes pas une marionnette pour quelqu'un. Aujourd'hui la jeunesse est divisée parce que tout simplement les hommes politiques utilisent cette jeunesse à leur guise. Dans tous les discours on dit la jeunesse est le fer-de-lance. La jeunesse est fer de lance que lorsque ces hommes politiques ont besoin d'elle. La jeunesse devient un problème lorsque ces hommes politiques arrivent à atteindre leurs objectifs. Pour moi, il est grand temps que chaque jeune se dit : « je dois me construire, je dois construire mon pays », au lieu d'accepter aveuglément de suivre des gens qui ne vont jamais nous rendre la vie facile.

Propos recueillis par Maurice Ngon Lokar

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