dimanche 26 septembre 2021

Le Point

Le Point (39)

Le coordinateur exécutif du parti Fédération, Action pour la République (FAR), Yorongar Ngarléjy, décide de se retirer de la scène politique, après 30 ans d’opposition au régime de Idriss Deby Itno. Il quittera la tête de son parti après avoir organisé un congrès national pour présenter un rapport moral. Entrevue.

L’opposant le plus déterminé et le plus farouche au régime du défunt président Idriss Deby Itno, depuis 30 ans, Yorangar Ngarlejy, coordinateur exécutif du parti Fédération, Action pour la République (FAR), décide de quitter la vie politique. L’homme politique déclare qu’il est complètement ruiné après 30 ans de combat politique, sans appuis des autres membres du parti. Épuisé et fatigué, il décide d’organiser un congrès national pour présenter un rapport moral avant de quitter la tête de son organisation politique qu’il coordonne depuis des années, sans appui majeur de ses camarades de lutte. « Je me suis ruiné pour faire fonctionner le FAR, depuis 30, cela suffit. Maintenant, je vais organiser un congrès, dresser un rapport moral et je m’en vais », a laissé entendre l’opposant. Pour lui, les membres du bureau, les députés, les militants, les conseillers municipaux que le FAR a fait élire ne cotisent pas. Il ajoute que pendant son absence, surtout quand il était en France, il y a 20 ans environ, le Bureau s’est réuni pour adopter les grilles de paiement des cotisations qui vont de 50 f à un pourcentage de 10 f sur le salaire, mais personne n’a honoré cet engagement. Il affirme que quand il y’a de postes à pourvoir par le FARR, c’est tout le monde qui se rue dessus. « Cela m’a tapé aux tympans. J’ai décidé après avoir mis en place toutes les structures, je quitte la direction du parti », dit-il.  Il décide de quitter le parti, mais reste dans le parti sans s’impliquer dans la prise de décisions.

Au sujet de la relève au parti, l’opposant précise que ce n’est pas à lui de préparer la relève. À son avis, un parti politique, comme toute association, les membres se préparent à la succession. « Je ne peux pas préparer quelqu’un, j’ai essayé, mais à chaque fois quand la personne qui est pressentie de me remplacer, pousse des ailes, il claque la porte et va créer son parti, cela m’est arrivé plusieurs fois. Donc je ne prépare personne cette fois-ci » regrette M. Ngarléjy. Il dit qu’il quitte le parti et les membres organiseront les élections pour un nouveau coordonnateur du parti. Abondant l’éventuelle disparition du parti, quand il ne sera plus coordinateur, il soutient que le parti est bien structuré. Toutefois, l’homme politique craint que ceux qui prendront la direction du parti après lui ne monnaient le parti pour en faire une jouissance personnelle. « 30 ans de lutte politique pour rien et je pèse bien mes mots », affirme l’opposant.

Pour les jeunes qui souhaiteraient faire de la politique, Yorongar Ngarléjy donne un conseil « quand on n’a pas d’argent, on ne se lance pas en politique ». Il rajoute, « quel que soit ton niveau, quel que soit ton rang au sein de l’association d’une manière générale et dans un parti politique en particulier, tu dois payer tes cotisations ». Pour faire fonctionner le parti, il est demandé aux membres de cotiser. La cotisation est fixée à 50 f pour les étudiants, les élèves et les chômeurs. Mais, peine perdue, ceux-ci refusent de payer. « J’étais rentré de France en 1982 avec beaucoup d’argent, mais maintenant, je mange à peine », soutient-il.

« Je ne crois pas à la transition actuelle »

À propos de la transition, l’homme politique dit qu’il ne croit pas à cette transition dirigée par un des fils du président Deby et qu’il a prévu cela depuis longtemps. « J’avais dit que le président Idriss Deby Itno était en train de créer une monarchie, une dynastie, mais les Tchadiens disent que Yorongar se livre à des fantasmes », confie le coordinateur du parti FAR. Concernant le dialogue national inclusif (DNI), prévu à la fin d’année, il affirme que c’est du faux et cela n’apportera rien. « Ce serait comme les dialogues, les conférences nationales qui ont eu lieu. Rien de plus », estime-t-il. Pour l’opposant, les gens vont se livrer à des orgies, rien de sérieux. Yorongar, Ngarléjy dit avoir donné de conseils au président du CMT de faire attention à son entourage, car c’est eux qui ont induit en erreur le président Idriss Deby Itno. « Tant qu’on ne tend pas la main à la rébellion, discuter sérieusement, parvenir à un accord pour faire la paix. Toutes ces gesticulations ne sont que de poudres aux yeux, je parle sincèrement, ça n’a de valeurs que pour les gens qui ne sont pas sérieux ». Parlant du CNT, il ironise que tous ceux qui contestent le CNT sont aujourd’hui candidats, alors qu’ils réclamaient l’organisation du DNI avant le CNT. Pour lui, il n’y a pas de sérieux. À son avis certains partis politiques qui remplissent l’espace politique sont des clients qu’on achète pour faire la salle besogne. « Il n’y a rien de sérieux qui se pointe à l’horizon. Moi, je ne crois pas », regrette-t-il. Le fédéraliste estime que le CMT ne peut pas faire autrement que ce qu’il est. Pour lui, les décisions prises par le CMT sautent aux yeux. « Sur 15 membres, 2 seulement sont originaires d’une partie importante du Tchad, le reste c’est la famille. Les autres provinces exclues », précise l’homme politique. À l’en croire, ce genre de chose ne faciliterait pas le vivre ensemble que l’on clame tous les jours.

Pour sauver la situation, Yorongar Ngarléjy propose qu’on organise les élections législatives et présidentielles sur la base de l’une des constitutions au Tchad qui a requis la majorité des Tchadiens. Pour lui, ce sont les constitutions de 1962 et de 1996 qui sont des constitutions acceptables de tous. Le fédéraliste pense que celui ou celle qui sera élu sur cette base pourra s’atteler à la réforme. « Il faut doter le Tchad des institutions solides. Malheureusement personne ne m’entendra, parce que ce n’est pas dans leurs intérêts », conclut-il. Pour lui, le Tchad est peuplé de « gargantua » qui ne pensent qu’à leurs ventres.

Jules Doukoundjé       

La transition en marche au Tchad, ne fait pas l’unanimité. Les contestions, les mécontentements se révèlent tous les jours. Le Vice-président du Groupe de réflexion et d’appui à la paix et la réconciliation au Tchad (GRAPAT) note que le dialogue est permanent et les Tchadiens doivent préserver les fondamentaux de la démocratie.

Le Groupe de réflexion et d’appui à la paix et la réconciliation au Tchad (GRAPAT), est une plateforme née au lendemain de l’annonce du décès du maréchal indique son vice-président Abderamane Djasnabaille. L’objectif du GRAPAT est de soutenir le Conseil militaire de transition(CMT) qui faisait face à la rébellion, mais aussi la situation interne.

Selon lui, la paix on n’en parlera jamais assez dans un État où les aspirants au pouvoir sont nombreux, il faut dialoguer de façon permanente. Abderamane Djasnabaille, note qu’il n’est pas facile de rassembler les personnes de différentes cultures, mais les Tchadiens doivent développer le vivre ensemble. Il faut donc, toujours selon lui, amener les gens à débattre sérieusement de la question de paix. « Nous avons aujourd’hui les fondamentaux de la démocratie. Une presse riche et variée. Un multipartisme intégral avec plusieurs organisations de la société civile. Toutes ces entités devraient façonner les mentalités pour que le comportement des Tchadiens change », dit-il.

Le débat sur le CNT est un faux débat

Sur la question de la mise sur pied du Conseil national de la transition (CNT) avant le Dialogue national inclusif (DNI), M. Abderamane Djasnabaille réitère ses propos en soutenant que le dialogue est permanent. La mise sur place du CNT avant le DNI ne pose aucun problème. Il se voit ambassadeur de la paix. Et déclare que, tout ce qu’on a aujourd’hui est provisoire, tout sera discuté lors du DNI. Il estime plutôt qu’il revient au DNI de fixer la règle du jeu. « Le CNT va regrouper toutes les forces vives de la nation. Je pense que la meilleure solution c’est de dialoguer et cesser de nous combattre tout le temps », lance, le vice-président du GRAPAT.

M. Djasnabaille trouve que le pays a assez de problèmes à résoudre. Il cite le conflit agriculteurs-éleveurs, le manque d’emploi pour les diplômés qui prennent d’âges. D’après lui, ce sont des choses sérieuses à considérer. Le vice-président du GRAPAT demande aux Tchadiens d’être sereins et de venir discuter de leurs problèmes ensemble.

Pour le politicien, il faut surtout régler les problèmes sociaux sinon on parlera toujours de l’injustice. Si certaines personnes vont croire être supérieures à d’autres, il n’y aura jamais la paix, soutient-il. « Je mets l’accent sur la jeunesse. Cette jeunesse-là elle va compter aussi pour demain. Il faudrait qu’au dialogue, les gens prennent le temps pour discuter de ce qui concerne la jeunesse. Et ce, en termes d’emploi, d’éducation civique, de formation et du vivre ensemble », conseille-t-il.

M. Abderamane Djasnabaille, est aussi le président du parti Alliance tchadienne pour la démocratie et le développement (ATD).

Moyalbaye Nadjasna

L’artiste tchadien, auteur-compositeur et interprète, Kaar Kaas Sonn vient de publier en juillet dernier un livre intitulé « Pour l’amour de Camille ». Ce livre de 122 pages est édité au Tchad par les éditions salon des belles lettres et la coédition française (édition Lavalcades) qui parle de l’amour entre 2 jeunes européens.  Dans un monde en proie à la haine et aux guerres, l’auteur tente de soigner ces maux qui minent l’humanité par l’amour, car sans l’amour, il n’y a pas d’humanisme. Entrevue.  

Le livre raconte une histoire d’amour improbable entre deux jeunes Européens qui sont venus en Afrique pour des raisons personnelles et antagoniques. Gwen, le breton, est venu au Nigéria pour gagner beaucoup d’argent en faisant un travail particulier qui l’amène parfois à transporter des colis dans la région du Lac Tchad, où sévit une secte bien connue Boko Haram (BH). Tandis que Camille est une jeune Française qui croit encore à l’humanité et s’est engagée dans une ONG qui prend soin des gens qui ont survécu aux affres de la même secte et qui se sont réfugiés au Lac Tchad. Leur rencontre se fait dans une boîte de nuit à N’Djamena, au Tchad. Pour l’auteur, le choix du titre d’un Roman est souvent l’affaire de l’éditeur. Mais, c’est peut-être une histoire qui porte l’espérance. Shakespeare n’a-t-il pas dit que « ce que l’amour peut faire, l’amour ose le tenter ». Pour lui, dans l’enfer que vivent les gens dans cette zone de l’Afrique, il y’a un puissant moteur qui les tient en vie.  Expliquant le contenu son livre, Kaar Kaas Sonn cite un autre auteur, Oscar Wild qui disait « seul l’amour peut garder quelqu’un vivant ».

En réalité, l’auteur-compositeur et musicien s’inspire de l’enlèvement de près de 300 jeunes lycéennes à la mi-avril 2014 à Chibok, au Nigéria par la secte Boko Haram sans que personne ne sache où elles ont été transportées. Cette histoire effrayante a permis à Kaar Kaas Sonn qui n’est pas à son premier livre, de se poser de questions sur les ambiguïtés et les soutiens équivoques de la secte au Nigéria, et peut-être ailleurs. « Alors, j’ai commencé à me questionner, comme vous-même l’avez fait sans doute », explique-t-il. Et comme dit Zola « le roman est… une enquête générale sur l’homme et sur le monde ». Et Kaar Kaas Sonn ajoute « alors je sonde ce monde et une partie de ses mystères ».

Qui est Kaar Kaas Sonn ?

Né en 1973, Kaar Kaas Son a fait des études de droit, d’administration, de diplomatie et d’économie. Il vit et enseigne en France. Il a publié plusieurs livres de divers genres. Il est également auteur-compositeur et musicien. Le prodige natif de Sarh a enregistré une dizaine d’albums musicaux. Kaar Kaas Sonn a grandi à N’Djamena, mais comme tous les Tchadiens, il a fui la guerre civile de 1979 avec ses parents pour se réfugier à Béré, puis à Laï (Tandjilé) dans le sud où il a passé ses belles années d’enfance.

Très actif et préoccupé par la transition au Tchad. En répondant à la question, s’il croit à cette transition, il répond sèchement : « pas du tout, parce que le CMT lui-même est un fichier vérolé. Il est illégitime et veut faire croire qu’il voudrait conduire une transition ». Selon lui, avec une charte qui n’est que le continuum du régime de Deby père, il est difficile de croire à un lendemain meilleur. Il estime qu’il faut être naïf pour croire que les mêmes personnes, le même système, bref le même logiciel qui a amené le pays où il est aujourd’hui, vont apporter un changement. « Ils font feu de tout bois pour préserver leurs acquis sur la douleur et la misère des Tchadiens », affirme-t-il. Pour que la transition puisse réussir, il faudra associer la diaspora. Elle a fait de propositions très concrètes si le CMT a réellement des ambitions de réussir, il pourrait s’en servir. Mais, l’artiste regrette que ce ne soit pas le cas pour le moment. À son avis, à cette allure, le pays court vers la catastrophe.

Par amour pour l’humanité et pour le Tchad, lisez « Pour l’amour de Camille », de Kaar Kaas Sonn.

Jules Doukoundjé

Dans son discours à l’ouverture de la seconde Session 2021, le Président de l’Assemblée nationale (PAN) Haroun Kabadi, souhaite un Dialogue National Inclusif (DNI) qui incarne l’égalité, la justice et renforce les capacités des forces de sécurité. Décryptage.

Selon Dr Haroun Kabadi, Président de l’Assemblée Nationale, le processus de l’organisation d’un prochain Dialogue national inclusif (DNI), est encourageant. Le DNI constitue, selon lui, l’une des mesures fortes prises par le Conseil militaire de transition (CMT). Il appelle de son vœu que, cette assise nationale n’occulte aucune thématique, mais qu’elle puisse être une occasion pour les filles et fils du Tchad de laver leurs linges sales en famille et d’en sortir grand pour un Tchad heureux. Il note la création d’un ministère spécialement chargé de la Réconciliation nationale et de Dialogue et en fait une preuve de la bonne volonté des autorités de transition. Pour lui, le fait de se concerter au préalable avec toutes les sensibilités et les différentes forces vives est une bonne démarche appréciée par tous les Tchadiens. La création d’un comité technique spécialisé afin de préparer la participation des politico-militaires à ce dialogue témoigne, pour une seconde fois, de la bonne volonté du CMT dans la recherche de la paix et de la stabilité au Tchad.

Le président de l’AN affirme qu’au cours de ce dialogue, les participants n’auront pas les mêmes points de vue. Les débats seront démocratiques, avant de signifier que, la Représentation Nationale est convaincue de la maturité du peuple Tchadien de trouver des solutions aux maux qui minent leur pays. « L’AN appelle à l’esprit d’ouverture et de consensus, du sens élevé du devoir et de responsabilité de tous les acteurs concernés. Ils doivent faire de ces assises un espace public d’incarnation de l’égalité et de la justice, de la fraternité et de la solidarité, de l’unité et de la cohésion nationale », déclare-t-il. Le PAN soutient aussi que, la représentation de l’Union Africaine (UA) auprès du Tchad montre combien le continent suit avec attention ce processus de transition. Il précise que cette présence vise le bon déroulement de la période de transition au Tchad, mais les Tchadiens doivent prouver également leur maturité vis-à-vis de la communauté internationale.

Sécurité

Dr Kabadi propose que les capacités de surveillance des forces de Défenses et de sécurité soient renforcées pour mieux contrôler les porosités des frontières du pays. Il relève que la décision de la conférence de Berlin intimant l’ordre aux groupes armés de quitter la Libye demeure une préoccupation des élus du peuple. La Représentation nationale déplore le manque de plan d’organisation de ces groupes armés qui doivent regagner leurs pays respectifs. Selon lui, ce départ désordonné peut constituer un risque de déstabilisation pour les pays frontaliers, surtout pour le Tchad.

Au sujet des conflits intercommunautaires survenus récemment à Moïto dans la province de Hadjar-Lamis, les élus saluent la réaction prompte du gouvernement qui a diligenté une enquête qui a limité les dégâts. « La tenue de réunions hebdomadaires et mensuelles sur la sécurité est idéale. Ces rencontres permettent au gouvernement d’assurer la sécurité des Tchadiens », estime Dr Haroun Kabadi.

Moyalbaye Nadjasna

Le président d’honneur de la ligue tchadienne des droits de l’homme (LTDH), et représentant de la fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) auprès de la communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (CEMAC) Dobian Asngar se dit consterné par le comportement des responsables de la LTDH qui n’arrivent pas à résoudre les problèmes internes de l’institution et de les exposer. Il tente ici de faire la lumière sur ce qui gangrène l’institution qu’il a eu à diriger. Entrevue.

La Ligue tchadienne des droits de l’homme (LTDH) traverse une crise sans précédent depuis sa création. Un problème de leadership et d’ego que les responsables de l’institution tchadienne pour la défense des droits humains n’ont pas su gérer depuis plus d’un an. Après une médiation par le Conseil d’Administration (CA), les membres du Conseil d’orientation et de contrôle (COC) de l’institution ont décidé de mettre fin à ces querelles inutiles qui gangrènent la LTDH. Les 11 membres que constitue le COC ont décidé d’une manière collégiale de suspendre le président, M. Max Loalngar.

Pour le président d’honneur, Dobian Asngar, c’est déplorable le comportement des responsables de la LTDH. Il estime que c’est irresponsable de la part des responsables de l’organisation d’exposer les problèmes internes de l’institution sur les réseaux sociaux. « Un problème d’une organisation se règle dans l’organisation. Un problème de famille se règle en famille. Ce n’est pas dans la rue », martèle le président d’honneur de la LTDH. Selon lui, les responsables n’ont pas un petit grain de respect pour eux-mêmes et pour la population qu’ils sont censés défendre.

Au sujet de la suspension du président de la LTDH, M. Max Loalngar, Dobian Asngar souligne que, c’est un cumul de problème d’ego et d’irresponsabilité qui ont abouti à cette situation. « Les conseillers du COC ont fait un rapport de médiation de tout le personnel jusqu’aux gardiens. Nous avons dégagé des conclusions en disant que celui qui gère ne respecte pas les procédures et que celui qui a la responsabilité de contrôler contrôle », explique-t-il. L’ancien président et président d’honneur de la LTDH affirme que depuis 1 an, après le congrès qui a élu M. Max comme président, ce dernier n’a pas pu respecter ni appliquer les actes qui ont été pris par le congrès. A son avis, les réunions statutaires qui sont prises par les textes du CA et les réunions du COC, dont lui-même a présidé n’ont pas été prises en compte, «  c’est une faute grave ». Pour éclairer la lanterne des Tchadiens, Dobian Asngar soutient que le président suspendu n’écoute personne. Pire, il dit n’avoir pas confiance en certains membres du COC, en les qualifiant des gens infiltrés, alors qu’ils sont élus comme lui. « Quand vous êtes contre tout le monde et que la maison est en train de tomber, et vous ne prenez pas vite des décisions pour sauver la situation, qui doit porter la responsabilité », s’interroge-t-il. Le défenseur des droits humains affirme que le président de la LTDH a refusé deux fois, de participer à la présentation du rapport et que ce sont les autres membres qui ont assisté. Il évoque aussi le manque de sagesse, en se répandant partout sur les réseaux sociaux.

La caisse de la LTDH est vide

Outre le manque d’écoute et de prise de décisions qui sont en quelque sorte le péché qu’a commis M. Max Loalngar, il leur serait reproché, lui en tant que président et les autres responsables, de ne pas pouvoir chercher des financements pour faire fonctionner normalement la LTDH. Les querelles des responsables ont considérablement affecté l’état financier de la structure. Le personnel n’est pas payé, sans occulter le cumul des arriérés de loyer du local. Pour trouver une solution idoine, Dobian Asngar propose la tenue d’un congrès extraordinaire dans un bref délai. Cela va permettre de dénicher les vrais responsables et de les sanctionner. Selon lui, c’est seulement après ce congrès extraordinaire que l’on pourra mettre sur pied un nouveau bureau. Toutefois, il relève le manque de moyen financier qui handicape l’organisation du congrès extraordinaire pour sauver la LTDH.

Jules Doukoundjé

Votre journal Ialtchad a ouvert un dossier sur l’utilisation des pesticides dans les cultures maraichères. Pour clôturer ce dossier, notre reporter s’est entretenu avec la directrice Adjointe de Protection des Végétaux et du Conditionnement, du ministère du Développement Agricole Mme Okala Neloumta Madibé. Grande Interview d’Ialtchad presse.

Qu’est-ce que signifie pesticides? Et quel est leur rôle ?

Vous avez frappé à la bonne porte. C’est la direction de Protection des Végétaux et du Conditionnement, du ministère du Développement Agricole qui est mandatée par le gouvernement à travers le ministère de l’Agriculture pour la question de protection des végétaux. Pour cela, nous avons une loi, c’est la loi 14 relative à la protection des végétaux qui nous confère cette mission. Les pesticides sont des substances qui permettent de protéger les plantes. La définition des pesticides prend en compte ceux qui constituent des vecteurs des maladies. La FAO considère les pesticides comme toute substances utilisée pour traiter les plantes, assurer la régulation de la croissance des plantes, leur défoliation, ce sont des substances pour faire sécher les plantes. Au Tchad, nous n’utilisons pas toutes ces substances mais elles sont aussi des pesticides. On les appelle aussi des produits agro-pharmaceutiques, phytopharmaceutiques ou phytosanitaires.  Pour nous résumer, ce sont des substances utiliser pour traiter les ennemis de cultures.

Qu’est-ce que vous entendez par ennemis de culture ?

Les ennemis des plantes sont les insectes, les nématodes, les maladies fongiques, virales, les bactéries, les rongeurs (les ras, et autres). Les virus et les bactéries constituent ce qu’on appelle des maladies invisibles aux yeux naturels sauf au microscope. Donc les pesticides permettent de réduire le taux de nuisibilité de ces ennemis de culture et assurer la survie des plantes pour augmenter la production agricole.

Quels sont les types de pesticides ?

Les pesticides sont de nombreux et divers types. Il y en a qui sont en liquide, en solide mais aussi en poudre. Un profane, ne fait pas de différence. Mais si vous avez devant vous un pesticide, il vient dans son emballage, soit dans une bouteille bien conditionnée avec des indications sur l’étiquette. Si c’est en liquide, on parle de pesticide EC (concentré emutionnable, cela veut dire qu’on peut mélanger dans l’eau), si on met WP en anglais Waitable Powder, c’est en poudre mouillable, Dray Powder, c’est à l’usage sans eau. Bref, si c’est en poudre c’est dans des sachets, en liquides dans des bidons (1 litre, 5 litres selon le conditionnement du formulateur, la firme qui les produit). Dans les pesticides nous avons les insecticides (pour insectes), nématoïdes (nématodes), les fongicides (tuent les maladies causées par les champions), le bactéricides (bactéries).

Comment peuvent-ils être utilisés face aux ennemis de culture ?

Il faut bien comprendre qu’il y a des pesticides qui tuent les insectes. Les insectes sont de différentes espèces. Chaque matière active qui se trouve dans un pesticide est destinée à un insecte bien précis, une maladie bien précise. On n’utilise pas les pesticides au hasard. Un producteur qui a des insectes qu’on appelle des puseromes, il doit chercher un insecticide ou pesticide de contact. Cela veut dire qu’une fois pulvériser sur l’insecte et qu’il est touché, et en meurt. Si ce sont des cochenilles phareneuses sur les maniocs, ces genres d’insectes sont protégés par un cocon. Alors, il faut un insecticide systémique qui peut pénétrer son cocon pour le toucher. Vous voyez déjà la différence dans l’utilisation des pesticides.

Et si c’est un maraicher ?

Si c’est un maraicher, il doit chercher un pesticide qui est destiné pour la culture maraichère. Généralement au Tchad, ce sont les maraichers qui en utilisent beaucoup mais c’est avec l’arrivée des chenilles légionnaires que les producteurs en font usage sur les sorghos et le maïs. Maintenant en utilisant il faut savoir ce qui peut convenir avec le maraichage. L’utilisation des pesticides va avec les cultures et les ennemis de culture. C’est pourquoi, il est important que les maraichers se rapprochent des techniciens pour des conseils avant tout usage de pesticides. Certains viennent nous voir et posent leurs problèmes. Nous dépêchons une équipe technique sur le terrain pour faire l’état des lieux et nous ramener des informations. Une fois les cultures identifiées avec les insectes et les maladies, ils prodiguent des conseils aux producteurs et ils leur prescrivent des produits appropriés. Dans les pesticides il y a des matières actives et si celles-ci ne conviennent pas à la cible, on peut pulvériser de tonnes et sans résultats et cela risque de créer plutôt d’autres problèmes.

Quelles précautions doivent prendre les maraichers pendant l’usage des pesticides ?

Ce que les maraichers doivent comprendre c’est d’être prudent lors de l’utilisation des pesticides. Il leur faut des équipements de protection individuelle. Il s’agit des combinaisons : bottes, gants, lunettes, chapeaux. Mêmes nous qui sommes de spécialistes, pour manipuler nous nous rassurons de nos équipements de protection individuelle. Malheureusement nos maraichers, ne le font pas. Cependant ils n’ont pas aussi tort parce qu’ils manquent d’informations. Ils ne sont pas formés dans le domaine, c’est à nous de les aider mais les moyens font défaut. Ceux qui viennent vers nous sont informés mais ce n’est pas le cas de la plupart d’entre eux. Lorsqu’ils mettent le produit dans le seau et ils y trempent les branchent des Neem pour les asperger sur les plants c’est dangereux. Ils ramassent le produit sur leur corps, avaler la vapeur qui peut causer de problème de santé.

Quels avantages à tirer dans l’usage des pesticides ?

Un, les pesticides tuent les ennemis de culture, améliore la production agricole. Si ces insectes ou maladies nuisibles à la culture ne sont pas éliminés, Deux, mal utilisés, ils détruisent la culture et le producteur ne peut rien gagner au finish. Trois, si le producteur les utilise en respectant les normes, il peut plus gagner. Mal utiliser, cela peut créer de problème.

Quelles sont les conséquences sur la santé humaine ?

Sur la santé humaine, il y a beaucoup des conséquences. Le pesticide lorsqu’il est mal utilisé et dans de conditions requises, il peut causer de maladies à long termes. Surtout pour les femmes et les enfants c’est très dangereux, ça agit sur la santé de reproduction. Il y a des pesticides qui sont cancérigènes. D’autres sont repro-toxiques et agissent sur les gamètes et peuvent causer la malformation des enfants. Ici, des études ne sont pas faites mais sous d’autres cieux, les études les ont démontrés. Si vous en avalez ça vous intoxique fatalement. Juste en contact, vous ramassez les pesticides dans la peau. Il y a trois voies de pénétration : la pénétration par contact, par inhalation (les dérives de vape dus au vent), et la pénétration par voie orale (confondre le pesticide à l’eau, par exemple).  Lorsque les maraichers pulvérisent leurs plants, il y a ce qu’on appelle, le « délai avant récolte ». Il faut utiliser les pesticides proportionnellement à chaque hectare cultivé. Il y a beaucoup de choses derrières le pesticide.

Le délai avant récolte, qu’est-ce que cela veut dire ?

Cela veut dire simplement que lorsqu’on pulvérise, il y a de temps à observer à respecter avant de récolter les plants. Cela dépend, ça peut durer 3 jours, une semaine, un mois après la pulvérisation. Sinon la récolte précoce après la pulvérisation, met le consommateur qui en achète en danger. Il mange le résidu du pesticide dans les légumes, tubercules ou fruits. Pour cela, il faut un temps maximum pour que le pesticide pulvérisé sur les plants se dégrade avant toute récolte. En accumulant les petites doses de pesticides jusqu’à la dose rectale, ça peut créer la maladie chez le consommateur. On peut laver les légumes à l’eau de javel pour détruire les microbes à la surface mais le pesticide est dans la plante. Donc le laver ne suffit pas. L’important, c’est de résoudre le problème à la racine avec les maraichers. Il y a un grand travail à faire avec eux à ce niveau.

Et les conséquences sur l’environnement et le sol ?

Pour l’environnement quand on déverse n’importe comment les pesticides ça peut souiller les eaux de fleuves ils peuvent s’infiltrer dans les nappes phréatiques aussi. Les gens qui pèchent avec les pesticides tuent les poissons, ils polluent l’eau qui peut tuer tout ce qui s’y trouve. Ça agit sur la biodiversité. Aujourd’hui, certaines espèces d’insectes ont disparu suite à la mauvaise utilisation des pesticides. Les abeilles par exemple, favorisent la pollinisation pour que les plantes puissent donner de fruits meurent tous, on aura de problèmes. Dans certaines zones, a force d’utilisation des pesticides, les abeilles disparaissent.

Les pesticides appauvrissent également le sol, les terres cultivables surtout. Les herbicides par exemples sont utilisés pour tuer les mauvaises herbes. Certaines molécules lorsque vous pulvériser ça peut détruire les microflores qui se trouvent dans le sol. Or ce microorganisme joue un rôle important dans la fertilité du sol pour le rendre cultivable. Au Mayo-Kebbi ouest notamment à Pala, nous avons fait une enquête sur l’utilisation des herbicides. Il apparaît que c’est beaucoup utiliser pour la culture de maïs mais les producteurs se sont rendus compte qu’ils ont de problème avec le sol. Cela est dû à l’utilisation abusive et anarchique des herbicides.

Réalisation Moyalbaye Nadjasna

Le Tchad indépendant a 61 ans. Durant ces six décennies, le comportement des Tchadiens a-t-il changé ? Le sociologue consultant Mbété Felix Nangmbatnan note que, les Tchadiens ont perdu le sens du patriotisme et l’intérêt national au profit des intérêts de clans et de familles.

Le sociologue consultant Mbété Felix Nangmbatnan, analyse qu’après 61 ans, les Tchadiens ont perdu le sens du patriotisme et l’intérêt national au profit des intérêts de clans et de familles. Selon lui, le peuple ne s’aime plus comme au lendemain des indépendances. Le sociologue affirme que, les Tchadiens ont perdu également la notion du civisme pour l’incivisme dans tous les domaines : social, fiscal et politique. Le consultant affirme qu’une perte des valeurs sociales et morales entrave la construction d’une nation. Le peuple tchadien soutient-il, s’achemine vers des revendications identitaires voire sécessionnistes.

Autre introspection, monsieur Mbété Felix mentionne que le Tchad compte de nos jours, beaucoup de diplômés, mais de moins en moins d’intellectuels. Il constate aussi qu’il y a eu des progrès dans la scolarisation surtout, les taux bruts de scolarisation sont flatteurs. D’après lui, des avancées dans la santé ont permis d’augmenter sensiblement l’espérance de vie à la naissance. Le sociologue souligne le progrès en fonction du Genre avec la scolarisation de plus en plus importante des jeunes filles. Il déplore les pesanteurs sociales qui demeurent vivaces telles que, l’excision, le mariage précoce et les violences basées sur le genre.

Concernant les points positifs de l’indépendance, Mbété Felix cite la fin des travaux forcés et de l’esclavage domestique. Il désapprouve tout de même, la reprise ces dernières années avec la vente des enfants bouviers et autres trafics humains. Autre fait positif selon le sociologue, c’est la liberté d’expression et d’association retrouvée après tant d’années de dictature. Pour lui, cette liberté malheureusement n’engendre que des points sombres comme l’expression de la haine tribale et des identités locales sectaires sur les réseaux sociaux et dans les journaux ce dernier temps.

Propositions

En guise de suggestions pour le redressement de la société tchadienne, le sociologue consultant Mbété Felix Nangmbatnan, insiste sur le retour à la cohésion sociale et l’Unité du pays dangereusement menacée en ce moment. Il estime aussi qu’il faut revenir sur les fondements qui bâtissent une Nation à savoir l’Éducation, le Civisme et le Patriotisme. Le consultant pense qu’il faut mettre fin à l’exclusion et à la marginalisation par une politique volontariste de l’emploi pour les jeunes désœuvrés.

S’agissant de la période de la transition au Tchad, Mbété Felix indique qu’elle se fait sans moyen et prend du retard par rapport au calendrier établi pour 18 mois. « Il n’y a pas d’harmonisation des points de vue sur la marche de la Transition entre le CMT et les acteurs de la Société Civile qui manifestent pour dire Non au processus enclenché », dit-il. Il souligne que, les difficultés et les défis sont nombreux, mais il y a de l’espoir qu’un véritable dialogue puisse réunir les Tchadiens pour un nouveau départ. Pour préciser ces défis, il cite par exemple, le conflit agropastoral qui revient avec son lot de massacre et pourrait entacher le bon déroulement de cette transition sans oublier, la menace Boko Haram.

Moyalbaye Nadjasna

Le 11 août 1960, 11 août 2021, le Tchad va fêter ses 61 ans d’indépendance. Après six décennies, quel est l’état des lieux de la politique tchadienne? Le politologue, Dr Évariste Ngarlem Toldé analyse la situation politico-militaire.

Le politologue Dr Évariste Ngarlem Toldé précise que, les problèmes du Tchad ont leur origine dans les différentes constitutions taillées sur mesure. Il rappelle qu’à l’ère du Mouvement Patriotique du Salut (MPS), la constitution de 1996, a été modifié trois fois en 2005, 2018 et 2020. Selon lui, la modification à mainte reprise de cette loi fondamentale a constitué le nerf de guerre des acteurs politiques tchadiens. « Les politiciens continuent à s’entredéchirer jusqu’aujourd’hui. Cela fait que le Tchad avance d’un pas en avant et de deux pas en arrière remettant ainsi en cause la situation politique du pays », dit-il. Dr Évariste rajoute que la rébellion à commencer pendant l’indépendance et aujourd’hui encore on connaît des rébellions dans ce pays. Pour lui, le problème de la réconciliation et de la paix n’a jamais été réglé de façon fondamentale depuis les années 1965-66 entre les Tchadiens.

Pour revenir à l’actualité, le politologue note que le Conseil Militaire de Transition(CMT) est mal placé pour organiser le dialogue national inclusif. Car soutient-il que le CMT ne peut pas être juge et parti. Il souhaite par ailleurs que, les assises nationales soient confiées aux facilitateurs neutres avant de proposer par exemple, la francophonie ou l’Union africaine. Juste pour inspirer confiance aux acteurs, argumente-t-il. « Je crois que les gens demandent au CMT de revoir la charte de transition. Imaginez-vous, le CMT n’est constitué que des militaires, ce n’est pas diffèrent d’un coup d’État. Alors il faut faire en sorte que les civiles intègrent le gouvernement. Sinon, un gouvernement civilo-militaire. Le CMT doit remettre la balle à terre », dit Dr Évariste. D’après lui, si ce travail en amont rate, cette rencontre va porter les germes d’une dislocation future du pays. « Je préfère le terme Conférence Nationale Souveraine(CNS) au lieu de Dialogue national inclusif », insiste le politologue.

François Tombalbaye devient Premier ministre le 29 mars 1959 et son parti remporte les élections législatives de mai 1959. L’indépendance du Tchad est proclamée le 11 août 1960. Deux ans après l’indépendance, en 1962, François Tombalbaye a interdit tous les partis politiques à l’exception du parti présidentiel, le Parti Progressiste Tchadien(PPT). Le Tchad ne faisait pas œuvre originale en Afrique et la culture du parti unique s’est installée. Hissène Habré et Idriss Deby, chacun à sa manière, en fait usage. Fin octobre 1965, les paysans se révoltent à Mangalmé (préfecture du Guéra) contre une administration locale corrompue et des impôts trop lourds.

Dr Ngarlem Toldé, précise que le premier coup d’État au Tchad a été organisé en 1963. Il rajoute qu’après la mort de Tombalbaye, en 1975, de 1975 à 1979, c’était le règne militaire en association avec certains rebelles. Le politologue explique qu’en 1979, la Charte fondamentale a permis à Hissène Habré de devenir 1er ministre du Tchad. « La guerre civile éclate en plein cœur de la capitale, N’Djamena. C’était la guerre civile des tendances politico-militaires qui vont morceler le pays. Il y a eu plusieurs conférences de consultation qui n’ont pas abouti. 1982 Hissène Habré s’empare du pouvoir. 1989 c’est le parti unique, Unir, avec une 1ere constitution. Un an après, en 1990, le MPS est arrivé au pouvoir », explique l’enseignant chercheur. Il affirme que la conférence de réconciliation de Kanon 1 regroupait 4 tendances de rébellions et celle de Kanon II, 11 tendances. Selon lui, en 1969 , Ngarta Tombalbaye à l’époque, a envoyé le dossier avec Aboubakar Abba Sidick qui dirigeait le FROLINAT à Tripoli. Felix Malloum, lui, envoie son vice-président Mamari pour négocier un accord à Khartoum avec Hissène Habré. Pour Dr Évariste, ces rencontres de négociations et de réconciliations n’ont pas jeté les bases de la paix pour les fils du Tchad.  « Le Tchad est très fragile à cause de plusieurs problèmes comme l’insécurité, le fédéralisme, le bilinguisme. Les vrais problèmes du Tchad n’ont pas été débattus, du moins pas à la conférence nationale souveraine de 1993. Le cahier de charge n’a pas été mis en application », explique le politologue. Dr Évariste Ngarlem Toldé insiste sur les modifications répétitives de la constitution. C’est pour lui la base de tous les maux du Tchad. Il réitère son propos en mentionnant, « les différentes réconciliations nationales n’ont pas produit les résultats escomptés. »

Moyalbaye Nadjasna

La Justice se dédouble de sens, elle est une institution, mais aussi une valeur. D’une façon générale, la justice en tant qu’institution a pour fonction d’appliquer les lois, c’est-à-dire le pouvoir judiciaire. Mais la justice désigne aussi la valeur qu’on attache au jugement rendu et aux lois au nom desquelles ce jugement est rendu. Pourquoi, au Tchad, cette institution n’est pas crainte et ses valeurs ne sont pas respectées ? Ialtchad Presse analyse pour vous cette situation.

Le juge dans le passé était respecté, il incarnait le symbole de l’État. Le juge est un professionnel de droit, un praticien comme le greffier, le magistrat, l’huissier, le notaire et l’avocat. Traîner quelqu’un à la justice, c’est l’amener chez le blanc pour le tuer. Donc la justice est crainte et le juge respecté, voire vénéré. L’autorité des juges et des magistrats était celle de l’État crainte par le peuple et la loi était de rigueur. À l’époque, les sessions criminelles constituaient (juger un criminel) un grand évènement. Aujourd’hui, il y a une désaffection totale sinon un déficit de l’autorité de l’État et un incivisme caractérisé des individus et citoyens lié à une impunité généralisée. Le service de l’État est méprisé et piétiné. Ce qu’on constate actuellement, c’est désolant, le comportement des citoyens tchadiens face à la Justice évoluée, mais négativement ! L’autorité de l’État est bafouée. Les acteurs de la Justice sont souvent assassinés et les assassins sont sereins. « Le système judiciaire est l’institution la plus importante pour assurer le véritable exercice des droits de l’homme, et il faut donc donner la priorité à la mise en place d’une justice honnête et équitable, et les organismes chargés du développement dans le monde doivent en tenircompte », affirme Mme Éva JOLY (ancienne juge, Conseillère spéciale de l’Agence de coopération et de développement de la Norvège)

Il n’est pas exagéré de dire de nos jours que l’état de lieux sur le système judiciaire et toutes ses structures donnent envie de pleurer. À qui revient la responsabilité ? À l’État, aux acteurs de la Justice ou aux citoyens ? Difficile de situer cette responsabilité. Car les justiciers incrimineront l’État, les peut-être les justiciables aussi. Mais l’État se dirait s’assumer peut-être pour ne rien dire.

À notre humble avis, dans un État, il existe trois pouvoirs (l’exécutif, législatif et le judiciaire), mais celui qui gère la République c’est l’exécutif. Dans la théorie de séparation des pouvoirs, aucun de ces pouvoirs ne doit s’immiscer dans les prérogatives de l’autre.

Mais par la disposition des choses, le pouvoir doit arrêter le pouvoir, un véritable jeu démocratique. Le Tchad consacre-t-il ce principe de gouvernance? La réponse à cette question est affirmative. La constitution tchadienne remplacer aujourd’hui par une charte de transition dit clairement que le pouvoir judiciaire est indépendant vis-vis des autres pouvoirs. Le constat montre la Justice n’est plus une institution respectée et honorée. Elle semble être laissée pour compte. La justice est rendue au nom du peuple tchadien. Le nombre des magistrats est en deçà des besoins de la société tchadienne. Quelle Justice nous voulons pour le Tchad ? Un pouvoir ou un simple service ? La paix sociale doit se reposer sur la justice. Gouverner n’est-il pas aussi prévenir ? D’après Mme L. ARBOUR (Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme), « l’efficacité de la gouvernance démocratique repose donc sur l’exercice responsable du pouvoir par un exécutif respectueux des prérogatives des autres branches du gouvernement ainsi que sur un parlement et un appareil judiciaire indépendants qui se montrent vigilants et décidés à protéger les pouvoirs constitutionnels qui leur sont conférés. »

Selon une source judiciaire, le Tchad compte depuis l’indépendance à nos jours que 583 magistrats, 39 TGI, 9 CA prévues, mais 5 opérationnelles (N’Djamena, Moundou, Sarh, Abéché et Mongo), 53 justices de paix dont aucune n’a un local descente.

Comment faire pour arriver à la terre promise ?

Les gangrènes de la Justice tchadienne connues de tous sont entre autres, l’impunité, la corruption, l’incompétence de certains juges et magistrats, les us et les coutumes qui se transposent dans les règles judiciaires et s’appliquent en lieu et place de la loi. À notre compréhension, il faut bien évidemment respecter la loi et ceux qui en sont les dépositaires. Le ministère de la Justice ne fait-il pas partie des ministères prioritaires du pays ?  Désolé, une enquête PRAJUST semble noter 46% des citoyens tchadiens ne font pas confiance à leur Justice. À en croire les raisons, c’est tout simplement peut-être qu’ils estiment que les problèmes ne sont pas traités de façons efficace et équitable. Comment faire pour que les Tchadiens croient en leur Justice en tant qu’instrument de paix ? C’est à notre avis une question fondamentale. Mais quelle sera la réponse la plus adéquate ? En effet, il y a un travail à faire au niveau de la justice tchadienne. Dirait-on le contraire, lorsque juger pour la plupart des Tchadiens aujourd’hui repose sur les chefs de cantons, les commandants des brigades, les commissaires de police et les sphériques, on ne peut construire un État de droit.  Faut-il encore organiser les états généraux de la Justice ? Le ministère de la Justice est un ministère de la souveraineté. L’Exécutif doit-il s’abstenir des nominations judiciaires ? Un travail de fond doit être fait au ministère de la Justice. Faut-il libérer le juge économiquement pour qu’il ne soit pas maniable ?  « Les questions budgétaires sont très importantes, car la justice a besoin de ressources adéquates pour fonctionner correctement. Il faut lever les restrictions sur les allocations budgétaires, car l’affectation de montants de financement permet d’exercer des pressions », déclare M. L. DESPOUY (Rapporteur spécial des Nations Unies sur l’indépendance des juges et des avocats).

Pour redorer le blason de la Justice au Tchad, d’abord la justice doit être vue et considérée comme une institution souveraine, mais aussi une valeur respectée par tous. Car la constitution ou même la charte note que la justice est rendue au nom du peuple tchadien.

Moyalbaye Nadjasna

Les autorités tchadiennes ont refusé de recevoir l’envoyé spécial de l’UA le Sénégalais Ibrahima Fall. Cette décision a provoqué un incident diplomatique. Pour un éclairage de la situation, Ialtchad Presse a rencontré Dr Maoundonodji Gilbert, constitutionnaliste, enseignant chercheur à l’université de Ndjamena.

Suite au refus du Conseil Militaire de Transition (CMT) de recevoir l’envoyé spécial de l’UA qui devait accompagner la transition, le sénégalais Ibrahima Fall, beaucoup s’interrogent sur la bonne foi de la junte au pouvoir. Le processus du dialogue national inclusif qui doit aboutir à des élections libres et transparentes d’ici 18 mois sera-t-il respecté?

Pour l’enseignant chercheur, le Dr Maoundonodji Gilbert, la guéguerre entre le CMT et l’UA n’augure pas bien. L’universitaire estime qu’on ne peut pas dire que le gouvernement n’est pas au courant de la nomination d’un Haut représentant (HR), notant que cela frise même la mauvaise foi. Le constitutionnaliste explique que lors de la mission de la délégation du Conseil de Paix et de sécurité (CPS) de l’UA  à N’Djamena, capitale tchadienne, « à la fin de cette mission, la délégation de l’UA a produit un rapport avec les recommandations qui ont été adoptées par le CPS », indique le Dr Maoundonodji Gilbert. Selon lui, avant l’adoption, le rapport a été soumis aux autorités tchadiennes pour faire leurs observations, soulignant que dans ce rapport, il a été clairement mentionné la nomination d’un haut représentant de l’UA. D’après lui, ce HR sera chargé d’accompagner le processus de transition, de veiller aux respects des mesures prises, puis rendre responsable ceux qui constitueraient les obstacles à la mise en œuvre des recommandations. Toutefois, il précise qu’en plus du HR de l’UA, le président en exercice de l’UA nomme un autre représentant spécial pour renforcer le bureau de liaison.

Le constitutionnaliste estime que le fait que les autorités du CMT disent qu’ils ne sont pas informes est un faux - fuyant.  « Ils se rendent compte que l’encadrement de processus de dialogue inclusif de transition par des acteurs comme l’UA restreint leur marge de manœuvre. Ils ne pourront pas faire tout ce qu’ils veulent », lance-t-il. Le professeur rajoute, « ils font du dilatoire ». Il renchérit que la communauté internationale a été très claire, même si l’UA a fait exception au Tchad par rapport à l’application des dispositions de la charte africaine sur la bonne gouvernance et les élections démocratiques. « Il faudra espérer que le président Macron va réitérer et réaffirmer au Président du CMT que l’équipe de transition est là pour stabiliser la situation et créer les conditions adéquates pour le dialogue national inclusif qui aboutira à des élections libres et transparentes dans un délai de 18 mois », souligne-t-il.

D’après le constitutionnaliste, il faudra utiliser les canaux diplomatiques pour régler cette situation, ajoutant que même si l’on a des signaux négatifs, il ne faut pas que les gens se trompent d’époque. « Il faut que cette situation permette à ce que les Tchadiens fassent véritablement la paix. Il ne faut pas faire dans le dilatoire et jouer avec les Tchadiens. Ce n’est plus l’époque », dit-il.

Jules Doukoundjé

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