vendredi 3 décembre 2021

Édito

Édito (31)

C’est lors d’un conseil de ministre extraordinaire que le président du Conseil Militaire de Transition (PCMT) Mahamat Idriss Deby Itno a annoncé la nouvelle : l’amnistie. Le moment, la solennité de l’endroit (Conseil extraordinaire) et la volonté du jeune président de la transition ne sont pas fortuits. C’est un bon pas dans la bonne direction. Pourquoi?

D’abord parce que l’amnistie est la principale clé de la réconciliation et de la réussite du Dialogue National inclusif (DNI). Même si, bien sûr, ce n’est pas la seule clé. Sur cette question, le PCMT a pris la bonne décision. Il a été bien inspiré. Alors, faisons un peu de pédagogie, en français facile. Que veut dire amnistie? Quelle est la différence entre amnistie et grâce présidentielle? Certains ex-rebelles n’ont bénéficié que de la grâce présidentielle. Vont-ils être inclus dans la loi d’amnistie? Cette amnistie générale englobera-t-elle le passé et le présent?

Selon les juristes, l’amnistie est un acte qui a des fondements politiques. Il est pris par le parlement et devient une loi. Cette loi permet de sceller une réconciliation parce que des actes graves ont été commis. L’amnistie est plus solide et large. Elle efface le casier judiciaire de ceux qui sont concernés. Par contre, la grâce présidentielle est plus limitée et relève du pouvoir discrétionnaire du président de la République. Il peut prendre un décret pour pardonner à une personne condamnée pour une infraction de droit commun. C’est-à-dire un délit qui n’a rien à voir avec la politique. La grâce présidentielle arrête la peine de prison, mais n’efface pas le casier judiciaire.

Ensuite, parce que les rencontres de Paris (France) et celle de Doha (Qatar) entre les politico-militaires et Comité Technique Spécial (CTS) ont été un déclic. Organiser un dialogue sans les politico-militaires est un échec. Aussi, les leaders politico-militaires ont été unanimes à réclamer une loi d’amnistie avant de s’engager à participer à un pré-dialogue, en dehors du pays et sous l’égide d’un parrain et de la communauté internationale. Les réclamations des politico-militaires sont certes variées, chacun rajoutant son grain de sel, mais le principe de base est le même : l’amnistie d’abord. Selon nos sources, le président de CTS, l’ex-président Goukouni Weddeye et son équipe ont joué des coudes et mis leur crédibilité en jeu pour faire comprendre au PCMT et lui faire admettre qu’une vraie réconciliation doit passer par une loi d’amnistie. Ce n’était pas une demande impossible à honorer. Et il ne faudrait surtout pas la noyer par toutes sortes d’entourloupes. Le PCMT a compris les enjeux au grand dam « des tenants de la ligne dure » de son entourage et celui du défunt président qui continuent à tirer les ficelles. Ce cercle voulait plutôt un retour des politico-militaires à la carte et à la tête de l’opposant suivant 2 critères : la capacité de nuisance et la popularité chaque leader. Le désir de ce cercle a pour l’instant échoué. Et c’est tant mieux pour le pays.

Aussi, le Conseil National de transition (CNT) et le ministre de la Justice sont déjà, disent plusieurs sources, au travail pour sortir les deux projets de loi. L’adoption du principe de l’amnistie est un bon coup du PCMT. C’est sérieux pour l’avenir du pays. Et c’est définitivement un bon pas vers la paix même s’il faudra attendra les détails de la loi. Les Anglais ne disent-ils pas que « le diable est dans les détails »? Déjà, la rébellion la plus active, le Front pour l’Alternance et la concorde au Tchad (Fact) dit être exclu de ce projet d’amnistie. Normal. Pour être concerné par l’amnistie, il faut avoir été condamné. Le cas du Fact doit être à part, leur retour relèvera des négociations et des garanties de sécurité que le CMT leur proposera. Le ministre de la Réconciliation et du Dialogue, Acheikh Ibni Oumar tempère en assurant qu’il n’y a pas d’inquiétude à se faire. Reste que le projet d’amnistie est une bonne nouvelle qui mérite d’être soulignée et portée au crédit du président de la transition Mahamat Idriss Deby Itno. Il montre aux Tchadiens son côté « Mahamat Kaka », le côté sage de son sobriquet. Espérons qu’il y tienne. Qu’il surprenne les Tchadiens en allant plus loin. Par exemple, en restant arbitre sans être tenté par le pouvoir. Peut-être que sa petite phrase anodine, passée presque inaperçue,  « ..ma personne n’est pas importante.. » lors de sa dernière entrevue sur France24 a un sens plus profond qu’il n’a laissé paraître. C’était peut-être un message subliminal. Vous connaissez l’histoire des « taiseux »? Ils surprennent toujours… enfin, pas tous.

Enfin, aux dernières nouvelles, hier 1er décembre : journée de la Démocratie et des Libertés, le PCMT a été élevé au rang de Général d'Armée 5 étoiles. À 37 ans en avait-il besoin pour mener à bien sa mission? Les Tchadiens espèrent qu’avec 5 lourdes étoiles sur son épaule, le jeune président de la transition ne bifurquera pas, à grands pas de militaire, vers une mauvaise direction.

Bello Bakary Mana

 

 

 

Les Tchadiens se décrivent comme des femmes et des hommes courageux, fiers, dignes et généreux. Fiers pour ce qu’ils sont, tous Tchadiens, tous égaux devant Dieu, Allah, la loi et tutti quanti. Dignes par leur attitude, même le plus démuni parmi les démunis sait tenir son rang devant l’adversité. Généreux par leur bienfaisance, leur aptitude à l’accueil et au partage. Mais ce sont des gens qui manquent parfois de courage à porter des principes et à les défendre. Comment comprendre d’avoir laissé le Conseil Militaire de Transition (CMT) s’accaparer du pouvoir par la force? Et imposer son plan à marche forcée depuis presque 7 mois. Comment comprendre d’avoir laissé le loisir à cette junte de choisir à la carte, un Premier ministre et nommer les membres d’un gouvernement à sa dévotion? Comment comprendre d’avoir laissé la main au président de la transition Mahamat Idriss Deby de sélectionner selon ses intérêts les membres d’un Conseil national de transition (CNT) à sa botte? Comment comprendre qu’une partie des Tchadiens marche pacifiquement pour contester les méthodes du CMT et qu’ils se fassent violenter, embastiller devant l’autre partie étonnamment silencieuse? Pourtant la majorité des Tchadiens aspire au changement. Mais alors pourquoi ce peuple qu’on dit si courageux est en fait si détaché de ses propres principes et ses lois? Surtout à un moment crucial où des choses graves se produisent et se reproduisent? Pourquoi cela n’émeut presque personne? Il est temps tchadiens de vous indigner. Ne vous taisez plus.

D’abord, indignez-vous pour l’arrestation arbitraire et la garde à vue des leaders du mouvement citoyen Wakit Tama : Dr Sitack Yombatinan Béni, vice-président du parti Les transformateurs, le syndicaliste Barka Michel, président de l’Union des Syndicats du Tchad (UST) et Félix Martin. Les officiels leur reprochent d’avoir troublé l’ordre public et détruit des biens. C’est un peu trop mince comme raison. Ils ont été présentés mardi 12 octobre au procureur de la République. Ils sont libres, mais la justice pourrait demander à leurs avocats de les ramener chez le juge à tout moment. Cela s’appelle de l’intimidation d’une justice aux ordres. Ces intimidations ont commencé quelques jours avant lorsque le ministre de la Communication porte-parole du gouvernement Abdramane Koulamallah a affirmé que l’État portera plainte. Ces arrestations sur commande et en cette période doivent cesser pour apaiser les esprits. Pour éviter l’arbitraire. Tchadiens, dénoncez cela même si vous ne partagez leurs idées. Le silence tue le pays. Pire, il avilit l’esprit tchadien.

Ensuite, indignez-vous aussi pour la perquisition au siège du parti Les Transformateurs. Une perquisition, tenez-vous bien, pour aller décrocher un morceau de tissu, le drapeau national. Pourtant il s’agit d’un symbole national. Un bien commun que tout Tchadien a droit d’honorer et d’arborer où il veut dans ce vaste pays. N’y a-t-il pas mieux à faire que de retirer un drapeau accroché au siège d’une organisation politique? Il y a quelque de burlesque dans les œuvres de cette transition atavique.

Pis, la dérive dangereuse du CMT se confirme chaque jour par l’exercice solitaire du pouvoir d’un jeune homme sans expérience. Les 14 autres généraux membres du Conseil ont disparu des radars depuis fort longtemps. Plusieurs sources affirment à la rédaction que le Conseil ne tient presque plus des réunions. Ils sont payés à ne rien faire. Il n’y a plus que Mahamat Idriss Deby aux commandes. Il a 37 ans. Il a tous les pouvoirs. Il fait ce qu’il veut, comme il le veut. Il n’a aucun contre-pouvoir. Il commence à n’entendre que lui-même. Son allure a changé. Observez-le bien. Le jeune homme timide et à la voix tremblotante des premières heures lors de son coup de force est un vieux souvenir. Il est de plus en plus sûr de lui. Il se débarrasse peu à peu de sa tenue militaire. Il découvre le pouvoir. Il semble aimer cela. Il est tenté. Il va s’accrocher, enfin peut-être…

Le CMT va de plus en plus vers la logique de confiscation du pouvoir. La preuve, la composition du fameux Conseil National de Transition (CNT) avec des jeunes hommes et des jeunes femmes « quota isés ». Le problème ce n’est pas le quota, mais la qualité des personnes. Il est clair que ce CNT est composé des plusieurs personnes peu fréquentables. Comment y sont-elles parvenus à des telles responsabilités? Mystère. Même ceux qui étaient censés avoir la main sur la liste de cet organe ont perdu le Nord à sa publication. Ils étaient chaos debout. Abasourdis par la manœuvre de la présidence. Autres signes de la dérive, après 7 mois rien n’est encore clair et précis. Les demandes de l’Union africaine (UA) comme par exemple la modification de la charte n’est toujours pas à l’ordre du jour. Mahamat Idriss Deby s’est même offert le luxe d’engager un bras de fer avec l’UA. Particulièrement avec son compatriote le président de la Commission Moussa Faki.

Enfin, indignez-vous Tchadiens de la suspension du directeur de l’information de la télévision publique (Onama) Souleymane Djabo pour avoir couvert l’évènement d’un homme politique de l’opposition et ou pour la couverture d’un procès en cours. Les anciennes pratiques ont la vie dure. Indignez-vous Tchadiens, lorsque le CMT veut ériger, en cette période de transition, l’arbitraire et l’injustice en mode de gouvernance. Suspendre un journaliste, enfermer des syndicalistes, perquisitionner le siège d’un parti sont les signes avant-coureurs d’une logique de confiscation du pouvoir. Le temps, Tchadiens, n’est plus au silence. Indignez-vous. Et faites-le savoir.

Bello Bakary Mana   

Le vice-président du Conseil Militaire de Transition (CMT) et président du comité ad hoc chargé de la sélection des candidatures pour le futur Conseil National de transition (CNT), M.Djimadoum Tiraina Robert, a signé une note le 3 septembre passé. Dans sa note aux parlementaires, il explique le contexte du pays et le processus de sélection des candidats du futur CNT. Le Comité Adhoc a fixé la date de clôture des dossiers au 10 septembre. Pourquoi cette note a déclenché une véritable course à l’échalote? Pourquoi les dés semblent être pipés? Et enfin, pourquoi en cette période charnière, Mahamat Nour Ibédou, le défenseur des droits humains a changé de stratégie? A-t-il fait le bon choix?

D’abord, beaucoup de Tchadiens, certains partis politiques et plusieurs organisations de la société n’ont cessé de dénoncer la précipitation et l’obstination du CMT à vouloir mettre en marche le CNT avant le Dialogue. Il est évident que ce choix fera de cet organe une chambre d’enregistrement sans véritable légitimité. Le CMT pouvait bien gouverner par ordonnance et laisser la main aux assises du Dialogue National Inclusif (DNI) de désigner les membres de cette instance. Cela aura l’avantage du consensus et donnera un parfum de légitimité. Hélas le CMT a opté pour un modèle aux forceps. Que cache-t-il? Aussi, la note du président du comité ad hoc a déclenché une bousculade au siège du comité ad hoc. La cohue donnait l’impression d’un grand tirage de tombola où chaque joueur espère gagner le gros lot. Pour être sure de tirer le bon numéro, plusieurs candidats se sont rués vers les sondages des insondables marabouts et sorciers en se léchant les babines tant les avantages pécuniaires de faire partie du CNT sont mirobolants.

Ensuite, le sésame recherché par les candidats sera difficile à avaler tant la junte et ses amis cachent leurs jeux. Selon plusieurs sources, cette ruée ressemble fort bien à de la poudre de perlimpinpin destinée à masquer les « vraies affaires ». Selon des sources, la liste du CNT serait prête depuis 2 mois avant même que la note du vice-président Tiraina Robert ne soit publique. L’ex-parti au pouvoir le Mouvement Patriotique du Salut (MPS) et ses alliés auraient 32 représentants. Les partis politiques représentés à l’Assemblée Nationale auront, peut-être, 15 sièges. Les 41 places restantes seront partagées entre les différentes corporations, l’armée, les jeunes, les femmes, les personnes ressources, la société civile, etc. Pour être adoptée, une loi doit recueillir le 2/3 des voix. Un choix savamment partagé qui fera beaucoup des mécontents, mais permettra à l’ex-parti d’asseoir son hégémonie malgré la transition. Selon des sources proches du CMT, la majorité des députés de l’ex-parti au pouvoir MPS ne fera pas partie du CNT. Les caciques du parti craignent de s’engluer dans des interminables chicanes. Chose certaine avec 93 places en tout et pour tout, beaucoup d’anciens députés de la majorité seront mécontents. Et beaucoup des nouveaux candidats à la candidature n’avaleront pas le sésame convoité.

Enfin, Mahamat Nour Ibedou, président de la Convention Tchadienne de Défense des Droits de l’Homme (CTDDH) figure imposante du mouvement Wakit Tama a décidé de changer de pieds. Désormais il compte participer au Dialogue National Inclusif (DNI) tout en restant membre actif de Wakit Tama qui dénonçait le CMT, le qualifiant d’illégitime et qui réclamait un CNT issue d’un DNI, seul endroit légitime pour le composer. Le matin du même jour, M. Ibédou défilait en réclamant un vrai CNT, un vrai Dialogue  en dénonçant aux côtés de ses amis le coup d’État. L’après-midi du même jour, il annonce sa participation au dialogue et des sources laissent entendre qu’une place lui est réservée au CNT et même plus. Durant le dur règne du Maréchal, Ibédou a été intransigeant et solide, mais par cette volte-face il vient d’entacher sa crédibilité. Lui et son organisation disent changer de stratégie, mais il n’est aucunement question de stratégie. Il est question de cohérence. Pour des milliers des Tchadiens, Ibédou représentait quelque chose de propre. Hélas! il vient de se tromper en faisant le mauvais choix : collaborer.

Pourquoi avoir résisté 30 ans pour céder au moment crucial? Cet acte interroge. M. Ibédou n’est pas cohérent comme l’ont été Dobian et d’autres. Tous pareils? Dans tous les cas presque tous sont incohérents. Incohérents dans leurs démarches. Incohérents dans leurs choix. La contraction, l’incohérence est devenue la nature des acteurs politiques et des leaders de la société civile tchadienne. Sinon comment comprendre par exemple que Wakit Tama est en contradiction avec sa propre mission. Tout le monde a oublié que cette plateforme a été créée pour contester la dernière élection du feu Maréchal Deby Itno. A sa mort une nouvelle donne politique s’est enclenchée, mais Wakit Tama n’a pas redéfini sa mission pour l’adapter au nouveau contexte. C’est leur péché originel qui risque de tuer leur mouvement. Croire qu’une partie d’eux peut participer au DNI et une autre partie crier au coup d’État est plus qu’une contradiction. La cohérence en cette période de transition est une grande vertu. Et l’incohérence, une hérésie dangereuse.

Bello Bakary Mana

Le Conseil Militaire de Transition (CMT) a décidé de retirer 600 soldats sur les 1200 déployés dans la zone dite des 3 frontières : Mali, Niger, Burkina Faso. Pour certains, c’est une surprise. Pour d’autres c’est une décision inévitable depuis la mort du Maréchal président Idriss Deby Itno. Alors quelles sont les raisons de ce retrait? Est-ce une bonne nouvelle? 

D’abord, les raisons officielles. Selon le ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement M. Abdramane Koulamallah il ne s’agit pas d’un retrait, mais plutôt d’un redéploiement stratégique. Sur les ondes de RFI, M. Koulammallah s’est démené pour expliquer que ce retrait n’est qu’un simple redéploiement. C’est, dit-il, un non-évènement. La rédaction a contacté le ministre pour éclaircissement. Il affirme même que ce redéploiement était prévu depuis le dernier sommet du G5 Sahel. Il a avancé aussi d'autres raisons : le fait que les forces tchadiennes dans cette zone étaient des forces trop lourdes et trop nombreuses. Conséquences : impossible de constituer un nombre exact de bataillons. Surtout que la lutte contre les terroristes est devenue asymétrique. Une lutte qui nécessite des troupes légères et mobiles contrairement au déploiement tchadien, qui constitué de blindés, s’est avéré inefficace. Les jihadistes, eux, ont opté pour une guerre de mouvement, pas pour une guerre de positionnement. Difficile alors pour les Tchadiens en intervention extérieure d’être en opération mobile tout le temps. Sinon la guerre en mouvement est une spécialité de l’armée tchadienne. 

Ensuite, les raisons officieuses. Selon les observateurs, derrière ce retrait il y a des raisons stratégiques qui touchent à la sécurité interne du pays. Du temps de son vivant, le Maréchal Deby Itno avait déjà montré quelques signes d’agacement. La présente décision du CMT est stratégique. Elle concerne la sécurité interne et la consolidation de la transition contre les menaces qui s’amoncellent, quoi qu’on dise, aux frontières. Entre autres: à la frontière libyenne avec la rébellion du Front pour l’Alternance et la Concorde au Tchad (FACT). Au sud avec la Centrafrique. Et au centre avec la nébuleuse Boko Haram qui malgré son affaiblissement déstabilise la zone du Lac Tchad et fait perdre à l’armée tchadienne des valeureux soldats. 

Enfin, les raisons objectives. Il était temps de partir. Il était temps depuis fort longtemps. Peut-être pas toute la troupe d’un coup, mais ce retrait est une bonne chose. Rien ne sert de faire semblant. Si le Tchad s’amusait à faire le bilan de cet engagement au Mali et dans la zone dite de 3 frontières il n’y aura au tableau que des morts, des blessés, des veuves et des orphelins sans ressources. Oubliés. Le Tchad n’a rien gagné en intervenant tous frais  payés dans une région pas toujours reconnaissante. Pourtant le Tchad est aussi, sinon plus pauvre que le Mali et ses voisins. Plus pauvre par exemple que la Côte-D’Ivoire, le Sénégal, etc. Il est bien vrai que la question du terrorisme est importante, mais le Tchad ne peut se sacrifier, sacrifier sa jeunesse pour des pays qui ne sont pas ou peu en première ligne. Il aurait été mieux pour le Tchad d’adopter la stratégie mauritanienne qui consiste à assurer sa sécurité interne et celle de ses frontières. Pourtant c’est un pays géographiquement au milieu de cette guerre d'usure. Une guerre sans fin comme celle des talibans afghans.

Le rapprochement est un peu hasardeux, mais ce qui se passe dans l’espace G5 Sahel, surtout dans les pays dits « les maillons faibles » : le Mali, le Niger et le Burkina, risque d’être long. Et la transformation de cette zone en un « Sahélistan » est de plus en plus possible. Personne ne fera la guerre à la place des armées de ces pays. Et le Tchad ne peut continuer à envoyer ses soldats pour une guerre sans issue. Il est un temps où il faut s’occuper de soi après s’être occupé des autres. Le Tchad en est là. En cette phase de transition, le pays est à la croisée des chemins. Et cette décision est un bon pas dans la bonne direction. C’est donc une bonne chose. 

Bello Bakary Mana

Comme une bombe à fragmentation tirée de la capitale égyptienne, Le Caire, au cœur du pouvoir tchadien, l’affaire Tom Erdimi est-elle en train de révéler la suite d’une longue lutte, sans merci, entre membres d’un même clan pour le pouvoir à tout prix? Le nouvel ordre le Conseil Militaire de la Transition (CMT) est peut-être en train de gérer les « Gestapories » des services secrets tchadiens. Au-delà de ressembler, par son côté secret, à un film d’espionnage à la James Bond, et par son côté « gestion clanique » à une véritable histoire de gang, l’affaire Tom est-elle une affaire d’État? Qui aurait intérêt à l’arrêter? Est-il vivant ? Est-il mort? Pourquoi le retient-on dans une prison égyptienne sans donner des nouvelles à sa famille? Pourquoi la famille a attendu si longtemps avant de dénoncer l’affaire? Pourquoi tous ces silences?

D’abord, le silence du CMT. Il semble que le chef de la junte était au courant de cette affaire. Il a hérité d’un dossier chaud qui a peu d’impacts sur le pays, mais plutôt peut avoir des conséquences sur les différentes ramifications familiales qui s’entrelacent autour du chef du CMT. Les jumeaux Erdimi sont-ils encore si influents auprès du fils du Maréchal, Mahamat Kaka? Eux qui, dit-on, ont été influents voire ont établi un réseau dormant au cœur du pouvoir du Maréchal père, Deby Itno. Un réseau qui s'est matérialisé par l'assaut des rebelles qui avaient fait vaciller le père. En cette période de fragile transition, il serait donc risqué au jeune président de la transition d’engager un bras de fer avec le clan Erdimi. Le chef de la junte a vite compris qu’il est inutile de surréagir. Ce n’est pas, non plus, une bonne stratégique de ne rien faire. Et même contre-productif d’agir dans la précipitation.

Ensuite, Tom « la bougeotte » bouge en permanence. Depuis qu’il a quitté le Tchad pour son exil forcé aux États-Unis, Tom Erdimi vivrait, dit-on, dans une hantise permanente d’être traqué par les services de renseignements du défunt Maréchal Deby Itno. A tel point qu’il vivait presque en clandestin. Il avait disent certaines sources presque peur de son ombre. Et pourtant il n’a jamais cessé de voyager. Parfois avec son titre de voyage comme réfugié, souvent avec des faux passeports disent ses détracteurs. Sinon comment peut-on expliquer sa présence en Égypte? Que faisait-il dans ce pays? Son entourage soutient qu’il est rendu en Égypte par nécessité. Il voulait se rapprocher de sa famille.

Mais, pourquoi ce silence de la famille? Un silence gênant, étonnant, incompréhensible surtout que cette disparition daterait de septembre 2020. Ce n’est que récemment que les bruits sur l’arrestation de l’opposant ont commencé à filtrer à compte-gouttes dans certains milieux avant la mort du président Deby Itno. La famille était bien au courant. Mais dans une situation aussi délicate, elle a probablement choisi de se taire espérant certainement une issue heureuse. Et patatras, le Maréchal disparaît tragiquement laissant tout à découvert. Était-il de son vivant le commanditaire? Le service de renseignement tchadien aurait-il mis à son service le puissant service de renseignement égyptien? Tom Erdimi s’était-il établi en Égypte? Le mystère reste entier. Le silence n’est qu’à moitié brisé. Le nouveau prince Mahamat Kaka est dans cette affaire un héritier innoncent. La famille Erdimi a continué à se taire après quelques promesses. La junte ne voudrait, peut-être et surtout pas, être embarrassée par la présence des frères Erdimi en ce moment où son pouvoir n’est pas solidement assis.

Enfin, le temps est passé, le président de la transition s’est installé et le dossier Tom a disparu dans les dédales du palais. Subitement la famille se mobilise cette fois-ci publiquement. Les réseaux sociaux, les réunions familiales médiatisées et le tout accompagné d’un ultimatum de 72h au CMT. La famille veut avoir des nouvelles de Tom, mort ou vivant. L’ultimatum a expiré. Aux dernières nouvelles, le président de la transition a reçu les proches de la famille Erdimi pour leur faire comprendre que ni lui, ni le CMT ne sont mêlés à cette affaire tout en promettant aide et soutien pour résoudre le problème. Depuis le silence a repris service. C’est peut-être un indice fiable que Tom Erdimi serait bien vivant quelque part dans une geôle égyptienne. Peut-être même qu’il serait arrêté pour autre chose chuchotent-on dans les couloirs du Palais rose. Peut-être aussi que ce sont les longs bras du défunt Maréchal. Peut-être, peut-être. Beaucoup des « peut-être ». Beaucoup d’interrogations. Beaucoup de silences qui rendent cette nébuleuse affaire encore plus nébuleuse.

Bello Bakary Mana  

Donc le Conseil Militaire de Transition (CMT) vient d’écouler son 100e jour au pouvoir ce mercredi 28 juillet. Il a été créé le 20 avril par un cercle restreint de militaires hauts gradés avec l’appui actif de la France deux jours après la mort du Maréchal président Idriss Deby Itno. Deux raisons ont, dit-on, motivé la mise en place du CMT : la situation politico-militaire volatile qui prévalait et le refus du président de l’Assemblée nationale (PAN), Haroun Kabadi, d’assurer l’intérim. Pour se donner une légitimité de facto, la junte a adopté une charte de transition qui contient tous ses engagements. 100 jours plus tard, quel est le bilan positif ou négatif du CMT?

Le positif

D’abord, un gouvernement de transition a été rapidement nommé. C’était une bonne chose. Il ne fallait pas laisser les Tchadiens dans l’expectative et les supputations politiciennes. La nature a horreur du vide. La politique encore plus. Cette installation du CMT a permis d’éviter le chaos pour certains. Pour d’autres le CMT est plutôt une machine illégitime qui a validé la succession dynastique au sommet de l’État. Tout compte fait, le CMT s’est installé cahin-caha. Et a rapidement annoncé Pahimi Padacké Albert (PPA) comme Premier ministre de Transition (PMT). Des noms d’autres leaders avaient circulé. Il semblerait que PPA a été choisi par défaut lorsque les autres faisaient de la résistance à la junte. PPA a su être opportuniste en proposant lui-même ses services.

Le mi-positif, mi-négatif

Aussi, très vite il s’est attelé à la formation du gouvernement. Personne n’est dupe. Ce gouvernement est l’œuvre de la junte. Certaines personnalités publiques sont entrées dans ce gouvernement de transition par devoir à leur pays en temps de crise. Des fortes têtes comme Mahamat Ahmat Alhabbo, secrétaire général du Parti pour les libertés et le développement (PLD) du défunt professeur Ibni Oumar Mahamat Saleh. Ils ont peut-être troublé voire déçus certains, mais faire de la politique c’est aussi savoir, parfois, faire des concessions. Le gouvernement s’est mis par la suite au travail. L’Union africaine (UA) est entrée en scène avec le résultat qu’on connaît. Son premier choix comme Haut Représentant le sénégalais Ibrahima Fall est rejeté. Un nouveau est nommé, il s’agit du Congolais Basile Ikouébé. Il est arrivé dans la capitale tchadienne, N’Djamena, en mode incognito,  presque sur les pointes des pieds. Pourquoi? Qu’est-ce que cela augure ? Quelle lecture faut-il en faire? Il est trop tôt. Pour l’instant, il faudra donner la chance au coureur comme on dit.

Le négatif

Depuis la formation du gouvernement, rien ne semble avoir avancé à un rythme respectable. 3 mois sont consommés, il ne reste plus que 15 mois. Pour y arriver à respecter les échéances, il faudra accélérer le rythme. Le temps est un redoutable ennemi, mais la junte semble traîner des pieds sans aucune raison sinon qu’elle a, peut-être, des intentions cachées.

Ensuite, le Conseil National de Transition (CNT) annoncé depuis lors est toujours dans les limbes. Un comité chargé de sélectionner les candidatures patauge encore dans « l’a peu près-isme ». Les réunions se succèdent pour travailler, dit-on, les textes, les critères, les cv etc. Dans cette nouvelle machine, l’ex-parti au pouvoir le Mouvement Patriotique du Salut (MPS), ses amis, ses alliés jouent du coude. Les organisations de la société civile, proches du CMT et celles loin de la junte s’accordent sur un fait : le rythme est lent. Trop lent. Pire, aucun signe de la part du CMT pour commencer à réfléchir sur une des conditions imposées par l’UA : la modification de la charte de transition. 

De plus, depuis quelques semaines, le PMT flanqué du ministre d’État chargé de la Réconciliation nationale et du dialogue ont lancé un ultimatum aux partis politiques et aux organisations de société civile de faire parvenir les noms de leur représentant au comité chargé d’organiser le Dialogue national. La méthode choisie interroge. Et les conséquences sont déjà visibles et audibles. Des scènes disgracieuses ont emmaillé les rencontres qui ont, pour la plupart, fini abruptement. C’était une foire d’empoigne. Elle a été inaugurée à l’hôtel Radisson Blu par les partis politiques pour la désignation de 15 des leurs. Tous les Tchadiens ont vu les images, entendu les invectives. Ce n’était pas beau à voir. Ces disputes sont le reflet de la médiocrité d’une bonne partie des hommes et des femmes politiques du pays. Le lendemain, c’est au tour des organisations des jeunes de s’étriper presque à coup des coups de poing. Oui les jeunes, il est tentant de dire que la relève est prête pour la suite du désordre organisé depuis des décennies. Et les médias dans cette foire de positionnement? Ils ont, semble-t-il, déjà des représentants cooptés on ne sait pas par qui. Ni par quelle alchimie. Il s’agit pour la plupart des « journaleux béni-oui-oui » qui ont brillé ces dernières années par leurs complaisances que par leurs intégrités journalistiques. Il y a quelque chose de malsain et d’odeur puante…

Enfin, il est temps que le CMT et le gouvernement de transition changent de méthode. Il est inconcevable de réunir des centaines d’acteurs politiques et de la société civile en leur demandant de désigner leurs représentants. Cette approche ne peut donner que des scènes de désolation. Cette méthode donne l’impression que c’est voulu, organisé et cautionné en haut lieu. Il est temps que le CMT et le gouvernement proposent aux Tchadiens une méthode bien définie avec des critères précis. Sinon, sinon ces scènes disgracieuses annoncent un combat des coqs au lieu d’un dialogue apaisé.

Alors que faut-il dire de ce bilan des 100 premiers jours? Réponse : il est largement négatif. Non pas par la faute des Tchadiens. Ni par celui de l’UA et de la communauté internationale. C’est en grande partie par la faute de la junte qui croyait qu’il suffisait de prendre le pouvoir par la force. Et de crier « ciseaux » pour que tout se fasse. Pour que les Tchadiens leur obéissent aux doigts et à l’œil. Non. Les Tchadiens veulent du changement, ils sont décidés à l’obtenir vaille que vaille même au prix des coups de poing.

Bello Bakary Mana  

Donc l’insécurité dans le pays n’est plus une histoire de « il paraît que », « il semblerait que », ce n’est plus les « on-dit ». C’est la réalité. Un procureur dans l’exercice de ses fonctions est assassiné au Palais de Justice. Un directeur des renseignements généraux abat froidement son adjoint de 17 coups de balles. Un jeune homme est tué en plein jour sur l’avenue El Nimery, l’artère la plus fréquentée de la capitale, N’Djamena. L’insécurité tout le monde en parle. Tout le monde la voit partout. La période de transition qui piétine n’aide pas. À cela il faut rajouter les réseaux sociaux et ses autoproclamés activistes, journalistes qui abordent le sujet sans retenu, ni filtre. Ils voient des complots partout. Cette ambiance instaure un climat de peur. Presque de psychose. Question : que fait le Conseil militaire de transition (CMT)? 

Il prend quelques mesures…
Un, intensifier l’opération de désarmement partout au Tchad.
Deux, le président du CMT Mahamat Kaka tiendra une réunion mensuelle et une autre hebdomadaire.
Trois, interdire la délivrance abusive du permis de port d’armes.
Quatre, redonner à la Justice son pouvoir et sa noblesse.
Cinq, lever les barrières anarchiques qui entravent la circulation interne.
Six, garantir l’autorité de l’État en appliquant la loi.
Sept, les responsables militaires doivent changer de région tous les 3 ans
Etc. 

Ces mesures a priori pas mauvaises sont du déjà-vu. Du déjà vécu. Et qui ne semblent pas avoir jugulé l’insécurité. Le sentiment d’impunité voulu ou pas. Entretenu ou pas. 

Il faudra que le CMT, dans cette période de transition, s’occupe de cette question avec plus de vigueur. Plus de sérieux. Et surtout avec une méthode bien définie. Il ne suffit pas d’aligner des mesures pour que celles-ci s’appliquent. Il faudra aussi que les autorités expliquent comment elles entendent le faire. Écrire une litanie de bonnes intentions comme : « redonner à la Justice ses lettres de noblesse en combattant la corruption et en assurant l’exécution des décisions judiciaires », est une bonne chose. Il faut maintenant dire comment y arriver. Déjà, les Tchadiens se rappellent de la première sortie du ministre de la Justice Mahamat Ahmat Alhabbo lors de la passation de service. 

Une déclaration à hauteur du ministre et de l’ampleur de sa mission. Cette sortie appréciée par presque tous ses compatriotes a été mal accueillie par le gouvernement et le président de la Transition. Et pourtant dans cette déclaration il n’y avait que la vérité, rien que la vérité. Bref, les Tchadiens ont le sentiment que le CMT à deux bouches. Une pour bien parlé. Une autre pour souffler en haut lieu et dans les institutions de trainer les pieds, d’attendre un peu pour mieux voir. Alors que le temps file. Et l’insécurité galope. 

Enfin, il est temps d’agir par des mesures concrètes pour trouver une solution à l’insécurité afin de rassurer les Tchadiens. Comment faire? Quels actes faudrait-il poser? 

D’abord, laisser la Justice faire son travail. La justice, depuis 1990, n’a jamais joué son rôle d’équilibre. Elle n’a jamais fonctionné. Pis dégager tous les militaires de la gestion de l’administration publique. Et remettre à leur place des vrais administrateurs du service public. Ensuite, laisser la société civile faire son travail de groupe de pression. Elle est la chienne de garde de la démocratie. Elle est aussi la soupape où s’exprime toutes les frustrations, toutes les colères.

Il est vrai qu’en cette période de transition, le CMT et le gouvernement doivent s’occuper presque exclusivement du bon déroulement de la transition. Seulement, la sécurité est une condition vitale à la réussite de cette transition. Et pour la réussir, il faudra revenir au fondamental : la Justice, la Justice et la Justice.

Bello Bakary Mana

Il existe peu d’autres régions du monde où l’Italie a renforcé sa présence de manière aussi intensive que ces dernières années au Sahel. La récente nomination d’Emanuela Del Re en tant que nouveau représentant spécial de l’UE pour le Sahel, première femme et première italienne à occuper cette fonction prestigieuse, représente une importante reconnaissance à ce propos.

L’Afrique et la Méditerranée élargie sont au centre de notre politique extérieure et sont à la base de notre engagement dans le Sahel. Nous sommes, en effet, convaincus qu’il existe une interdépendance étroite entre la stabilité de la région et la sécurité de toute l’Europe, une interdépendance qui ne peut que s’accroître face aux défis communs que représentent la menace djihadiste, les changements climatiques et les pandémies. D’un point de vue économique, il existe une marge énorme pour une coopération renforcée et mutuellement avantageuse.

L’Italie a construit sa présence dans la région en suivant une approche multidimensionnelle, en misant sur l’intensification du dialogue politique, l’augmentation de sa contribution à la sécurité, le renforcement des institutions étatiques et le développement durable.

La pierre angulaire de cet effort est avant tout le renforcement de notre réseau diplomatique. Au cours des quatre dernières années, nous avons ouvert de nouvelles ambassades au Niger et au Burkina Faso, auxquelles s’ajouteront, dès que les conditions politiques et de sécurité le permettront, le Mali et le Tchad. En 2018, nous avons entamé notre première mission de formation et d’assistance militaire au Niger (MISIN), en vue de former environ cinq mille membres des forces armées nigériennes pour lutter contre le terrorisme et contrôler les frontières. Lors de ma récente mission à Niamey, les autorités nigériennes ont démontré qu’elles appréciaient beaucoup cette initiative et nous ont demandé de la renforcer.

L’Italie participe activement à toutes les missions européennes d’instruction, de formation et de développement dans la région - EUTM et EUCAP - et à la mission de maintien de la paix des Nations Unies pour la stabilisation du Mali (MINUSMA). Depuis l’année dernière, notre pays est également devenu membre de la Coalition pour le Sahel, un organisme international dont l'objectif est de renforcer la coordination entre les activités des nombreux partenaires internationaux au profit des pays du G5 Sahel (Mauritanie, Niger, Mali, Burkina Faso et Tchad). Dans ce contexte, nous avons également décidé, de concert avec le Ministre de la Défense, Lorenzo Guerini, de contribuer à la Task Force Takuba, la mission spéciale européenne qui soutient les forces de sécurité locales dans la lutte contre le terrorisme.

Afin de concrétiser davantage notre présence, nous avons ensuite créé le Fonds pour les migrations qui, depuis 2017, finance des projets d’aide aux réfugiés, des activités de rapatriement volontaire, le contrôle des frontières et la lutte contre les motifs profonds des migrations, et dans lequel 110 millions d’euros ont été versés en faveur de la région. Le Fonds pour les migrations s’est ensuite avéré particulièrement efficace pour aider à gérer le phénomène migratoire et soutenir les institutions et les communautés locales.

Parallèlement à cet instrument, se poursuit l’action traditionnelle et continuelle de la Coopération italienne qui, en étroite collaboration avec les autorités locales, travaille sans relâche en faveur d’une croissance économique inclusive et durable dans toute la région, avec un engagement total qui s’élève actuellement à environ 150 millions d'euros.

Notre pays se trouve également au premier plan en ce qui concerne la promotion de la centralité du Sahel au niveau multilatéral. Lors de la réunion ministérielle des pays membres de la coalition anti-Daesh, que j’ai coprésidée à Rome le 28 juin avec le secrétaire d’État américain Antony Blinken, nous avons proposé de constituer un groupe de travail ou une plateforme consacré aux situations de crises en Afrique, en particulier en Sahel et au Mozambique.

Lors du G20 de Matera, nous avons également voulu consacrer la réunion des ministres des affaires étrangères et du développement aux défis de l’Afrique et du Sahel. La “Déclaration de Matera” sur la sécurité alimentaire, la nutrition et les systèmes alimentaires représente un “appel à l'action” pour l’ensemble de la communauté internationale, basé sur deux principes politiques fondamentaux: le maintien de la sécurité alimentaire et de la nutrition parmi les priorités de l’agenda politique international et la concentration des efforts sur les politiques et les investissements qui produiront des effets stables également à moyen et long terme. Cela est particulièrement valable pour le continent africain et pour le Sahel, où les implications sanitaires et financières du Covid sont préoccupantes. Nous sommes convaincus que le G20 a le devoir d’aider le continent africain à sortir de cette période difficile et à retrouver une croissance soutenue et, surtout, durable. Nous devons agir ensemble pour libérer l'énorme potentiel de croissance de l'Afrique, parce que toutes les améliorations apportées aux conditions de vie des populations et à la lutte contre la pauvreté, entraîneront des conséquences positives immédiates des deux côtés de la Méditerranée et, plus globalement, sur toute la planète.

Nous aborderons à nouveau ces thèmes au début du mois d’octobre, lorsque nous accueillerons à Rome “Rencontres avec l’Afrique”, une réunion ministérielle consacrée à la transition écologique et énergétique dans le cadre de la coprésidence italienne de la COP26. Des thèmes décisifs pour le futur du continent africain et qui exigent de recevoir une réponse commune, basée sur les valeurs d’un multilatéralisme efficace pour lequel l’Italie joue, cette année, un rôle de premier plan.

Notre propension géopolitique et la conscience du rôle que nous pouvons jouer, démontrent clairement que l’Italie est un train d’effectuer un investissement stratégique à moyen et long terme au Sahel. Nous continuerons à être à vos côtés, tant sur le plan bilatéral que dans les grandes assemblées internationales, afin d’assurer un futur stable, un développement durable et une augmentation du bien-être au sein de cette merveilleuse région.

Luigi Di Maio
Ministre des Affaires Étrangères de la République Italienne

Donc « Ab Chanapp » (le moustachu) Mahamat Saleh Haroun (MSH) nous surprend, encore une fois. Il surprend toujours notre compatriote avec ses films qui parlent toujours de nous. Et qui parle souvent des petits bonheurs des petites gens. Et de nos grands travers. Bref, de nos misères à tous. Pauvres comme riches. Son dernier film « Lingui, les liens sacrés » est en compétition au grand Festival de Cannes pour la Palme d’or. Il semble que c’est un film qui prend par les tripes. Il nous renvoie à la face les hypocrisies de notre patriarcat. Un système essoufflé, bousculé par les temps modernes, mais qui s’accroche vaille que vaille sur des niaiseries surannées pour exister.

D’abord, « Lingui » ce troisième long métrage est une fierté pour le pays. Déjà le titre « Lingui » est évocateur. Un mot typiquement tchadien. Fièrement N’Djamenois. Il est parfaitement bien traduit en français par « Liens sacrés ». Oui « lingui » c’est sacré. Ce sont tous ces gestes du quotidien qui lient les Tchadiens les uns aux autres, qui les unissent malgré, comme disent certains, la malédiction ou le bonheur d’être Tchadien. C’est selon les jours, les heurs et les circonstances. MSH aime trop ce pays. Presque tous ces films se déroulent au Tchad. Question : quel message MSH envoie-t-il aux Tchadiens? Ialtchad tente des réponses, mais….

Que relate ce film? Il raconte une histoire dramatique rendue banale au Tchad. C’est le drame d’une mère de famille monoparentale Amina. Elle vit seule avec sa fille unique, Maria. Les deux femmes vivent quelque part dans une banlieue de la capitale, N’Djamena. Une ville qui signifie en arabe locale du pays (traduction libre) : lieu de repos, mais la vie n’a pas été de tout repos pour elles. La vie, pour elles et pour plusieurs femmes comme elles, est fragile, dure et amère. La maman Amina découvre que sa fille, Maria, adolescente est enceinte. Une grossesse que la future fille-mère n’en veut pas. Que faire? Avorté? Comment le faire dans une société où la religion condamne l’avortement? Où l’avortement est prohibé par la loi. Où le regard social, le « mauvais œil », les « mauvaises langues », comme on dit, rejettent ces adolescentes si elles accouchent ou si elles avortent. Une société qui les juges seules responsables du drame qui les assaille. Comme si donner vie ou refuser de porter seul le fardeau est une offense divine. Pire, un déshonneur aux hommes de la famille : les gardiens du patriarcat.

Ensuite, MSH, dans ce film semble-t-il nous envoie à la violence sexuelle voulue ou pas sur les femmes. Entretenu ou pas. Sciemment ou inconsciemment. Des vrais sujets de débats. MSH fait de ces sujets son combat. Et du cinéma une arme pour abattre ces interdits. Il est comme on dit, interdit t’interdire. Un laxisme sur le sujet de la violence sexuelle faites aux femmes ravage le pays. Oui c’est un énorme vrai problème au pays. Certains diront que la violence sexuelle n’est qu’une vue de l’esprit. Pire c’est la vision des « Tchadiens occidentalisés » qui veulent imposer aux autres « tchadiens, labélisés locaux locaux » les comportements et les attitudes venus d’ailleurs. Ils sont nombreux les adeptes de ces faux arguments. Eh bien non. Les violences faites aux femmes sont réelles. Il y a même plusieurs sortes de violences. Celles qui défraient les chroniques sont les violences sexuelles. L’actualité de ces derniers jours, mois et années nous le rappelle constamment : affaire Zouhoura, affaire des enfants des généraux qui kidnappent et violent une fille parce qu’ils la juge trop hautaine « achamanée » comme on dit. Ce film de MSH est une ode aux femmes de son pays. Entendre par là : au respect de la femme. Il faut que cela change. Le réalisateur par cette énième œuvre tente de souffler le vent du changement. Il a su bien le dire aux collègues de TV5 Monde, en toute modestie « je ne suis qu’un vent qui passe pour que la vie continue il faut aussi d’autres vents, des bourrasques ». Il faut donc que chacun de nous change, pour que la femme tchadienne, porteuse de vie, vive sa vie dans la bienveillance.

Enfin, ceux qui ont vu le film en projection presse disent que MSH a tenté de parler à travers ce film de l’horizon d’un possible changement. Échappe-t-on à son destin? Non. Lui MSH échappera-t-il au sien? Non. Il lui reste une chose à faire. Son pays traverse un moment des grandes incertitudes. MSH a déjà goûté à la politique pratiquée par des « politiciens » sans conviction. Il a démissionné pour repartir à ses caméras, à son « dada », le cinéma. Il est temps pour ce N’Djamenois de revenir mener un autre combat. De mettre sa notoriété au service des siens. De libérer son pays des obscures ambitions politiques des uns contre les autres. De revenir simplement faire de la politique active. Pas comme un messie, ni un prophète, mais comme fils ordinaire aimant son pays. Beaucoup des Tchadiens lui sauront gré. Lui qui les a toujours mis à l’honneur pour qu’enfin la bourrasque du changement bouleverse ce pays pour le meilleur.

La palme d’or sera décernée le samedi 17, Lingui, les liens sacrés est en lice pour le titre. Bonne chance à notre compatriote.

Bello Bakary Mana

Donc le président du Conseil National de Transition (PCMT) Mahamat Idriss Deby Itno vient d’accorder sa première grande entrevue à l’hebdomadaire Jeune Afrique (JA). Et JA, comme à ses habitudes, a servi au public une entrevue entre polissage d’image, flatteries, glorioles et mise en garde. Bref dans cet échange on apprend une chose : Mahamat Kaka se rebiffe. Prend-il de l’assurance en lui? Cette interrogation est une mauvaise nouvelle pour ses conseillers, ses alliés, les partenaires du pays et les Tchadiens qui aspirent au changement. Pourquoi? 

D’abord en début d’entrevue le PCMT fait le gentil garçon. Il plaide qu’il n’avait pas fait un coup d’État. Qu’il n’a jamais voulu le pouvoir. Qu’il n’a jamais été préparé par son défunt Papa de Maréchal à l’exercice du pouvoir pour lui succéder. Qu’il a été imposé par les généraux. Que le Président de l’Assemblée nationale (PAN) Haroun Kabadi a refusé d’assumer ses responsabilités. C’est pourquoi il a été forcé de devenir président de la transition. Il a aligné les raisons les unes après les autres pour faire étalage de sa bonne foi. Il apprend vite Deby fils. Il en a surpris plus d’un. Surtout ceux qui s’évertuaient, il y a quelques jours, à dire qu’il respectera sa mission de transition. Et qu’il se retirera sans armes ni bagages quelque part dans une caserne désinfectée où il vivra reclus, heureux et inoffensif. Voilà pour le côté cool et gentil du jeune général, président de la transition. 

Ensuite, c’est le méchant militaire ambitieux qui apparaît au fil de l’entrevue. 37 ans. Jeune général, né avec une cuillère d’or dans la bouche. Il a le pouvoir. Il concentre tous les pouvoirs entre ses mains. Plus que son défunt père. Il n’a plus qu’à égrainer les conditions qui consolideront son maintien au pouvoir. Le pouvoir vient en l’exerçant. C’est pire que l’appétit qui vient en mangeant. Il met les petites conditions dans les grandes. 

Première condition : le délai de 18 mois (non, il ne reste plus que 16 mois) est lié à l’aide des partenaires. Il ne demande pas. Il impose. Une aide qui doit couler à volonté sinon pas de respect de la parole donnée. Par ricochet, pas de transition. Elle s’arrêtera. Lui, Mahamat Kaka sera toujours président. Plus président de la transition, mais président tout court. Président de la République. Il a déjà pris la mesure sans en avoir droit. Et tant pis pour les millions des Tchadiens qui veulent que cela change. Le Général de corps d’armée en a décidé autrement. Le destin du pays, c’est lui. Le pays c’est lui. Après le Maréchal, c’est Maréchal fils. Plus ça change, plus c’est pareil. 

Deuxième condition : Il suggère aux Tchadiens d’être unanime. Cette condition est passée presque inaperçue. In extenso il dit, sans sourciller, « La première est que nous, Tchadiens, soyons capables de nous entendre pour avancer au rythme prévu. ». Le président de la transition réclame-t-il l’unanimité sur la forme et le fond du Forum de dialogue national? Pourquoi l’unanimité ? 

Aussi, le président du CMT s’est inscrit à travers cette entrevue dans la droite ligne de l’ex-régime. Il fait et fera à l’avenir du « Débyisme ». Une méthode qui consiste à promettre monts et merveilles à tous. À accepter toutes les conditions préalables. À donner sa parole dans le seul but d’obtenir un avantage. Et une fois cet avantage acquis, changer de langage. Puis rajouter d’autres conditions verbales pour en rejeter tout à la fin. Tout bloquer. Mahamat Kaka prouve qu’il a bien été préparé pour exercer le pouvoir comme le Maréchal de son vivant. Il a bien été à l’école de l’ancien président. 

Enfin, il vient de déclencher un bras de fer avec l’Union africaine. Le CMT rejette la nomination du Sénégalais Ibrahima Fall comme Haut représentant de l’Union Africaine (UA) pour accompagner la junte au pouvoir. Une transition que l’UA a validé aux mépris de ses principes arguant du « contexte exceptionnel » du pays. Mahamat Kaka a visiblement oublié ce « contexte exceptionnel » qui a fait de lui président de la transition. On a envie de gratifier le jeune chef de la junte d’une tape dans le dos. Et lui souffler à l’oreille « bravo, bien joué ». Bientôt, peut-être, cela sera le cas de tous ceux qui ont joué aux « Échecs » avec le chef militaire. Ils seront bientôt « mat » . Ou comme disent les hockeyeurs canadiens-français, les Kebzabo, Acheikh, Alhabo et bien d’autres alliés de circonstance seront aussi mis en « échec ». S’ils ne le sont pas déjà. Ils expliqueront alors aux Tchadiens pourquoi le si docile jeune président de la transition s’est brusquement rebiffé. 

Bello Bakary Mana

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