mercredi 16 juin 2021

Politique

Politique (10)

« La paix n’a pas de prix. Nous allons continuer toujours, tant que nous pouvons, à œuvrer pour que la paix puisse un jour revenir dans notre pays. » Delphine Kemneloum Djiraïbé 

Avocate et militante des droits de l’Homme, Delphine Kemneloum Djiraïbé a fondé en 1993 l’Association Tchadienne pour la Promotion et la Défense des Droits de l’Homme (Aptdh) dont elle a été présidente pendant dix ans. Lauréate du prix Robert F. Kennedy pour les droits de l’Homme, elle est aujourd’hui la coordinatrice nationale du Comité de Suivi de l’Appel à la Paix et à la Réconciliation au Tchad. A l’occasion de la conférence de presse que son Comité a tenue en date du 21 février 2006 à Paris, Ialtchad Presse lui a proposé de réaliser la présente interview pour laquelle elle n’a pas hésité un seul instant, en dépit de l’acharnement de la presse internationale autour d’elle.

Ialtchad Presse : Me Delphine Bonjour. L’Appel à la Paix est-il entendu par tous les Tchadiens ?
Delphine Kemneloum Djiraïbé : Nous pensons que c’est l’unique voie de sortie de crise crédible en ce moment. Les politico-armés eux-mêmes réclament un espace de dialogue. Les Partis politiques de l’opposition à l’intérieur réclament un espace de dialogue. Les populations expriment leur ras-le-bol par rapport à la situation de non-paix que nous vivons, par rapport à la situation de prise de pouvoir par les armes. Le pouvoir fragilisé essaye de se maintenir mais de toutes les façons, nous pensons qu’il faut absolument s’engager dans un processus de paix et nous continuons de porter le message là où il doit être entendu et nous espérons que les pouvoirs politiques au Tchad entendront ce message qui est salutaire pour tout le monde.

Ialtchad Presse : De 2002 à 2006, cela fait quatre ans que vous vous battez pour la promotion de la paix au Tchad. Où en êtes-vous et quel bilan avez-vous à présenter aujourd’hui ?
Delphine Kemneloum Djiraïbé : La paix n’a pas de prix. Nous allons continuer toujours, tant que nous pouvons, à œuvrer pour que la paix puisse un jour revenir dans notre pays.

Ialtchad Presse : Vous-vous opposez à la tenue d’une élection présidentielle qui est prévue en mai prochain. Est-ce que le président Deby qui s’est donné les moyens d’être reconduit au pouvoir va accepter cela et pourquoi vous êtes contre la tenue de ces élections ?
Delphine Kemneloum Djiraïbé : Tout le monde sait que dans les conditions actuelles, on ne peut pas parler d’élection au Tchad parce que les recensements ont été mal faits. Techniquement, aucune administration au Tchad en ce moment n’est en mesure d’organiser des élections. Beaucoup de personnes liées au pouvoir ont pris les armes parce qu’elles ne croient plus aux élections tel que ça se passe maintenant. Le pouvoir a rompu déjà un consensus national en procédant à la modification de la Constitution et nous pensons qu’il ne va pas encore rompre ce consensus national qui est claire et qui dit que les conditions ne sont pas réunies pour aller aux élections.

Ialtchad Presse : Comment votre Comité entend faire un contre poids face à Deby ?
Delphine Kemneloum Djiraïbé : Nous avons une base assez large qui nous permet de porter le message que nous portons. Nous, en tant que Comité de Suivi, voulons jouer un rôle de médiation dans ce processus. Nous renfermons en notre sein les Associations de la société civile, les Associations de Droits de l’Homme, les Syndicats et autres qui ont des stratégies de mobilisations populaires pour faire des revendications. Les Associations de la société civile et les Partis politiques de l’opposition se mobiliseront pour faire un contre poids réel contre Idriss Deby s’il persiste à aller aux élections.

Ialtchad Presse : Pourquoi une conférence de presse portant sur l’Appel à la Paix et à la Réconciliation au Tchad aujourd’hui, quand on sait d’ores et déjà que tout le monde est en train de fuir le régime pour aller s’armer afin de revenir le combattre, de chercher à le renverser ?
Delphine Kemneloum Djiraïbé : Nous avons fait une analyse du contexte socio-politique au Tchad et nous avons estimé que la solution serait la mise en place d’une démarche pour la paix et c’est ce que nous proposons. En tout état de cause, nous pensons que le message de paix doit être porté et reste valable dans tous les scénarios, dans toutes les circonstances.

Ialtchad Presse : Comment entendez-vous organiser le processus du dialogue politique que vous prônez tant au Tchad ?
Delphine Kemneloum Djiraïbé : Le processus du dialogue peut s’organiser autour de trois thèmes 
- La mise en place des processus institutionnels de transition ;
- La réforme du secteur de sécurité ;
- La mise en place des mécanismes de réconciliation populaire.
Il faut évidemment qu’un comité de pilotage réfléchisse à cela avec le mandat du gouvernement, pour pouvoir donc réfléchir au contour de cette transition, réfléchir à un calendrier électoral et réfléchir à un processus de dialogue national qui va discuter des détails de tout ce que va comporter la transition. Nous pensons qu’un tel dialogue doit s’organiser et peut s’organiser si la Communauté internationale s’y implique en créant les conditions de sécurité nécessaires en face des organes de sécurité interne qui sont complètement en état de désagrégation et en face de la multiplication des armes et des foyers de tensions au niveau interne.

Ialtchad Presse : Avez-vous suggéré ces propositions à la Communauté internationale et quelle en est sa position ?
Delphine Kemneloum Djiraïbé : Nous avons suggéré cela à la Communauté internationale qui nous a écoutés pour le moment. Nous attendons sa réaction.

Ialtchad Presse : Le Comité de l’Appel à la Paix déclare devant la presse tout à l’heure que Déby n’est pas garant fiable de la paix et de la stabilité au Tchad. Or pour qu’il y ait une table ronde, il faut la participation de tous, c’est-à-dire celle de Deby ainsi que celle de l’opposition démocratique comme celle des politico-armés. Est-ce qu’avec une participation éventuelle de Deby ou du MPS à cette table ronde que vous préconisez, pensez-vous que vous allez pouvoir vous attendre à un résultat concret ?
Delphine Kemneloum Djiraïbé
: Nous sommes dans un processus global. Pour nous Deby est un acteur incontournable dans ce processus de paix. Il doit participer au dialogue comme les autres acteurs armés et non armés. Nous pensons qu’un tel processus, pour qu’il réussisse, doit créer les conditions pour que chacun puisse exprimer ses attentes, sa vision du Tchad et il faudrait que tout ce qui va être dit soit inscrit dans un pacte avec un mécanisme de suivi qui puisse garantir l’application. Deby seul ne peut pas prendre le processus en otage. Quand on dit ça c’est minimiser la capacité des autres acteurs à participer à un tel dialogue et à faire entendre leur point de vue. De notre part, nous pensons que la participation de Deby à un tel processus est nécessaire parce qu’il est le président du Tchad, on ne peut pas l’appeler autrement. Maintenant, quant à la dynamique de la négociation, chaque partie prenante à la négociation doit faire prévaloir se prétentions.

Ialtchad Presse : Pensez-vous que l’opposition armée soit favorable pour s’asseoir autour d’une table de négociation avec Deby sachant dorénavant que celui-ci n’a ni les forces ni les moyens de lui résister en cas d’offensive ?
Delphine Kemneloum Djiraïbé : Deby n’a pas les moyens de résister. Déjà notre processus ne veut pas présager de la force ou de la faiblesse ou de la capacité d’un acteur à prendre le pas sur l’autre. C’est une situation qui dure, les Tchadiens en ressentent les méfaits dans leurs corps, dans leur esprit et nous pensons que les Tchadiens sont capables de résoudre leurs problèmes autrement que par les armes. Nous savons par ailleurs que la prise du pouvoir par les armes est rejetée par les Tchadiens et a prouvé ses limites. Nous nous retrouverons exactement dans la même situation que celle que nous sommes en train de vivre actuellement où, la personne qui va prendre le pouvoir par les armes ne se prêtera pas au jeu démocratique parce qu’estimant que ce n’est que par les armes qu’on la fera partir. Donc on restera dans un cycle vicieux qui va être vraiment dommageable pour le Tchad et pour les Tchadiens. Nous pensons, en faisant la promotion de ce processus de paix, que c’est un processus qui est salutaire pour le Tchad et pour les Tchadiens.

Ialtchad Presse : Avez-vous pensé à suggérer à Idriss Deby de quitter le pouvoir le plus pacifiquement possible, sans qu’il y ait effusion de sang ?
Delphine Kemneloum Djiraïbé : Nous ne voulons pas d’effusion de sang et je crois qu’aucun tchadien n’a besoin d’effusion de sang. C’est pourquoi nous pensons que le processus que nous proposons est un processus non violent, un processus qui éviterait au Tchad une énième effusion de sang.

Ialtchad Presse : Est-ce qu’il vous est arrivé de dire à Deby de penser à quitter le pouvoir de manière pacifique ?
Delphine Kemneloum Djiraïbé : Ce n’est pas à nous de dire à Deby de quitter le pouvoir ou d’y rester. S’il y a un processus qui est mis en place, les Tchadiens auront l’occasion de choisir leur dirigeant. Je crois que c’est ça le plus important à l’heure actuelle.

Ialtchad Presse : Avez-vous un vœu à formuler ou une prière à psalmodier pour que la Paix, ce cheval de bataille que vous essayez d’adopter depuis quatre ans puisse porter le calumet que les Tchadiens allumeront peut-être bientôt ?
Delphine Kemneloum Djiraïbé : On appelle tous les Tchadiens à s’associer à ce processus de paix pour qu’une fois les Tchadiens montrent leur capacité à régler leur problème de manière pacifique.

Ialtchad Presse : Delphine Kemneloum Djiraïbé, je vous remercie.
Delphine Kemneloum Djiraïbé : Merci beaucoup.

Propos recueillis par Mohamed Ahmed KEBIR  

«...La paix au Tchad ne peut pas être une paix bilatérale. Ce ne sera pas une paix entre le Pouvoir et le MDJT moins encore une paix entre le Pouvoir et la CMAP et il fallait s'y attendre...» Dr Boulada Jean-prospère président de la CMAP/dd 

Au cours de la rencontre qui a duré une demi-journée dans le luxueux appartement de son Hôtel au centre-ville de Montréal, le président de la CMAP/dd le Dr Boulada Jean-prospère et sa délégation nous ont reçu chaleureusement. Interroger par ialtchad Presse, le président Dr. Boulada nous a confié que la CMAP/dd est, et reste toujours ouvert de cœur et d’esprit. Car, dit-il, la CMAP/dd a été créé pour relancer la dynamique de paix et de dialogue avec les acteurs de la vie politique tchadienne. Mais il estime que l'exigence de paix et de démocratie, condition sine qua none du développement, exige à son tour des garanties solides et fiables ainsi que l'implication de la communauté internationale et cette tournée Nord-américaine est utile pour cette perspective.
Dans cet entretien, il a bien voulu nous livrer en toute franchise ses impressions, sa vision sur la paix et la démocratie au Tchad, et les problèmes de l’heure. A la tête d’une délégation, Dr Boulada a eu à effectuer plusieurs contacts avec notamment les autorités Canadiennes, quelques ONG et surtout une grande rencontre avec les ressortissants Tchadiens du Québec. 

Ialtchad Presse : - Mr le Président, la visite d’un des chefs de l'opposition Tchadienne (CMAP/dd) en Amérique du Nord est un événement important. Peut-on connaître les raisons qui motivent cette visite et ce qui en est attendu?
Dr Boulada Jean-prospère: La CMAP/dd a suivi avec un grand intérêt la récente tournée en Afrique de Jean Chrétien premier ministre du canada en vue de la préparation du sommet de G8. Ce sommet qui s’est déroulé du 25 au 28 juin à Kananaski et présidé par le Canada, a fait un certain nombre de déclarations et pris des résolutions sur le concept du développement durable sur le continent africain. Ce concept intègre nécessairement la démocratie et la paix. Ces résolutions ne peuvent que rencontrer l’adhésion de la CMAP/dd. On se rappelle que c’était dans cette optique que la CMAP originelle avait mis en place une commission baptisée «commission dialogue et paix» présidée par le commissaire aux relations extérieures, le Dr Ley Ngardigal. Cette commission s’était rendue au Tchad en décembre 2001. Les discussions que nous avons eues avec le président de la république et le gouvernement s’inscrivaient dans cette dynamique de paix. Vous pouvez vous référer au communiqué commun CMAP/Gouvernement.
   L’exigence de paix et démocratie, condition sinon quo none du développement, exige à son tour des garanties solides et fiables et une implication de la communauté internationale particulièrement en ce moment où après la formation du nouveau gouvernement et l’installation de la nouvelle assemblé, le dialogue entre les différents protagonistes de la crise politique, tchadienne, reste malgré tout bloqué. Le Canada et les usa, dont la contribution, pour la paix dans le monde est très appréciée nous seraient utiles dans cette nouvelle dynamique de paix que la CMAP/dd a voulu relancer. D’où l’objet de ma visite en Amérique du nord placée sous deux angles, politique essentiellement puis professionnel.
   Pour ce qui est du volet politique, la CMAP/dd dont j’ai l’honneur de présider la destinée souhaite 
  1- Rencontrer les autorités politiques du Canada et des usa pour évoquer la contribution de ces deux pays à la reprise du dialogue politique inter tchadien suivi d'une conférence de paix globale.
   2- Rencontrer les Ong.
   3- rencontrer la diaspora tchadienne.
   4- Rencontrer l’équipe ialtchad Presse.
   Pour ce qui est du volet professionnel, je suis expert judiciaire près de la cour d’appel de Colmar (France). C’est à dire personne qualifiée pour faire la traduction et l’interprétation d’une langue dans une autre au pénal. En effet je suis traducteur interprète  freelance assermenté de russe-français. Je suis membre de la société française des traducteurs (SFT), elle-même membre de la fédération Internationale des traducteurs (FIT). La Fit tient son 16ème (XVI) congrès en ce moment à Vancouver. Et je suis attendu avec une communication scientifique sur le statut des traducteurs interprètes jurés en Alsace et Moselle.

Ialtchad Presse : - Mr le Président, où en êtes-vous de vos contacts avec les autorités canadiennes ?
Dr
Boulada Jean-prospère: Dès notre arrivés, nous avons pris contact avec le cabinet du premier ministre Jean Chrétien pour envoyer une demande d’audience, faisant suite au courrier que notre commissaire aux relations extérieures, Dr Ley-Ngardigal lui avait précédemment envoyé. Le cabinet est au courant des contraintes de la durée de mon séjour au Canada. Mais comme vous pouvez le constater, entre le remaniement ministériel et les rencontres programmées avec les personnalités importantes, le premier ministre Mr Jean Chrétien est très occupé. Malgré tout son cabinet nous assure que nous aurons incessamment réponse à notre demande d’audience.

Ialtchad Presse : - Mr le Président, quelle est votre vision de dialogue et paix au Tchad: Paix ou guerre ? Accord de paix du 07 Janvier 2002 entre le MDJT et le pouvoir ?
Dr
Boulada Jean-prospère: Manque de pot, la délégation de la Commission Dialogue et Paix qui s'était rendu au Tchad, avait refusé de considérer son acte politique posé au Président de la République et à son Gouvernement comme relevant d'un jeu ou d'une simple opération médiatique en signant le communiqué conjoint CMAP-Gouvemement et en acceptant l'invitation du Président de la République d'aller à Komé, malgré les oppositions des cadres du FNTR, démontrant par-là que leurs pieds étaient dehors par rapport à l'acte politique que nous avons collectivement posé. Deuxième raison: celle-ci est la plus importante qui différencie fondamentalement la CMAP/dd de la CMAP/FNTR. Ce n'est pas par ce que la Commission Dialogue et Paix de la CMAP est allée au Tchad remettre son projet de Paix globale et discuter avec le Président de la République que cette Commission, par, un tour de passe-passe magique, était devenue amnésique au point de ne plus reconnaître qu'il y a des foyers de rébellion au Tchad et donc des problèmes politiques. C'est la raison pour laquelle la Commission Dialogue et Paix avait négocié durement avec le pouvoir pour admettre dans un texte juridique que l'abandon de la lutte armée au Tchad, ne pouvait être la conséquence d'une paix globale de tous les protagonistes assis autour d'une même table. À l'époque quand nous étions au Tchad, nous avions pensé au MDJT, nous avions pensé aux autres politico-militaires opérant ou non sur le terrain ou qui sont en exil. Quand vous faites une analyse de la situation socio-politique et économique du Tchad et que vous vous demandez ce que les fils de ce pays sont capables de lui offrir, vous avez le cœur gros comme une patate.
   Le Tchad, après plus de quatre décennies d'indépendance, regorge de cadres techniques et scientifiques de talent. Mais pour des raisons de paix introuvable, la plupart sont pris en otage en exil. C'est pourquoi, pour nous, il faut d'abord créer les conditions d'une paix globale. Pour reprendre l'expression du Président de la République, que les fils du pays se retrouvent et mettent ce qu'ils ont proposé «dans la balance: on pèse le pour et le contre et on prend ce qui est utile pour le pays», avant de proclamer solennellement l'abandon de la lutte armée. C'est ce que l'ancienne Commission Dialogue et Paix avait réussi à obtenir du pouvoir. La paix au Tchad ne peut pas être une paix bilatérale. Ce ne sera pas une paix entre le Pouvoir et le MDJT moins encore une paix entre le Pouvoir et la CMAP et il fallait s'y attendre : l'accord de paix cadre entre le MDJT et le Pouvoir scellé le 7 janvier 2002 à Tripoli ne pouvait que faire long feu. Pourquoi ? En dehors des raisons multiples dont les explications seront longues à développer, nous dirons qu'il-n ‘y a pas de confiance entre les deux parties et le syndrome des évènements de février 1979 (guerre civile provoquée par un Premier Ministre contre le Président de la République), ne pouvait que durci les positions et faire voler en éclat cet accord entre l'exigence de l'intégration dans l'armée dite nationale des éléments du MDJT et la formation d'un gouvernement de transition.
   Le MDJT a pris les armes pour combattre l'injustice. Depuis, ces combattants et cadres ont payé un lourd fardeau pour cet engagement et courage légendaire que nous leur concédons. Mais ce n'est pas par ce que les autres Tchadiens n'ont pris les armes qu'ils ne pensent pas moins aux voies et moyens pour établir un Etat de droit véritable au Tchad, c'est-à-dire la paix, la justice et la démocratie. Cette tendance qui consiste à décréter à un parti ou à mouvement la respectabilité politique par un rapport de force militaire qu'il maintient sur le terrain et à considérer l'autre qui ne fait usage de la violence comme une entité négligeable, est une tendance qui fait l'apologie de la violence. Il est vrai que ceux qui ont décidé de la conduite de la guerre et de la lutte armée, ont peu réfléchi aux conséquences mais aux causes. Les conséquences qui sont tout de même des vies humaines sacrifiées et la destruction des infrastructures socio-économiques, la pose des mines anti personnelles, valent-elles les causes nobles, soient-elles, qu'on peut négocier. Pour négocier, il faut que les intérêts des uns et des autres soient préservés ou trouvent un compromis. Autrement, nous n'arriverons jamais à faire sauter les verrous de la négociation. Nous ne pouvons que pousser les protagonistes du conflit dans leurs derniers retranchements par une intransigeance et un jusqu'auboutisme suicidaires pour eux-mêmes et pour le peuple. Il n'y a pas que des Tchadiens qui font l'apologie de la violence. Certaines chancelleries occidentales vous tiennent le discours similaire alors qu' elles sont les premières à mobiliser tous leurs moyens d'information de masse pour vous discréditer d'avoir utilisé la violence dans votre conquête du pouvoir. Or l'apologie de la violence dans l'histoire du Tchad, est une catastrophe. Alors le moment est venu pour la nouvelle génération d'hommes et de femmes Tchadiens de voir autrement la politique. Quand nous faisons de tel raisonnement, les mêmes chancelleries n'ont fait qu’acquiescer que nous avons raison. C'était le sens de la démarche de la CMAP dont sa Commission Dialogue et Paix a rencontré le Président Idriss Deby en décembre 2001 à N'Djaména. Tous les problèmes posés par le MDJT à savoir la formation d'un gouvernement de transition, la réforme de l'armée et des institutions de la République, sont réels. Mais cet accord ne marchera pas par ce qu'il est bilatéral. Au niveau de la CMAP/dd, nous n'avons de cesse de répéter que si accord, il y a, il doit être global d'un accord. Un accord de paix global concerne tous les acteurs de la vie politique tchadienne, la société civile et les ADH. Un tel cadre qui fera appel de témoins aux institutions internationales à savoir la naissante l'UA et l'ONU et des observateurs internationaux et illustres personnalités tel que Nelson Mandela, est une garantie sûre au Président Idriss Deby que l'application de cet accord de paix global par un gouvernement tchadien quel qu' il soit, que ce soit celui de la transition (à former après l'accord de paix global) ou celui qui sera issu des élections libres organisées par le gouvernement de transition, ne le poursuivra pas pour complicité de tortures et crimes de Hissein Habré. C'est uniquement à ces conditions qu'on ferra sauter les verrous de la paix introuvable au Tchad. Sur l'exemple de l'Afrique du Sud, nous pensons qu'il n'y a pas des problèmes que les Tchadiens ne peuvent pas négocier pour avoir la paix.
   Pour la CMAP/dd, c'est dans les phases préparatoires de cette conférence de paix globale qu'on élabora la plateforme du gouvernement de transition. Le gouvernement de transition ne sera pas un gouvernement déjà connu dans l'histoire du Tchad. C'est un gouvernement spécial dont le contour va être balisé pour éviter les dérives qu'a connues le Tchad. Il doit définir ses relations avec le pouvoir exécutif (statut du Président de la République) législatif et judiciaire.

Ialtchad Presse : - Mr le Président, quelle est aujourd'hui le rapport de force à l’échelle nationale et international ?
Dr
Boulada Jean-prospère: Je schématise les données la France est avec idriss deby, les usa sont avec idriss deby, les institutions financières internationales (BM) sont avec idriss deby, les consortiums sont avec idriss deby. Ajouter à cela, le fait que le 11 septembre ne permet pas à la lutte armée d'avoir un écho favorable.
- L’opposition politico-militaire dans son ensemble est divisée car elle s’enfonce dans des querelles de leadership
- N'en parlons plus de l’opposition intérieur démocratique.
Chers compatriotes. Nous sommes entre nous. Et nous pouvons parler à cœur ouvert. Ce que je vais vous dire, beaucoup le savent déjà. Notre pays est un enjeu international principalement pour sa richesse mais aussi pour sa position géopolitique. On a dit et répété que le développement d’un pays ne peut se concevoir sans démocratie. Or notre pays a fait l’objet de deux hold-up électoraux successifs. 

Ialtchad Presse : - Mr le Président, quel sentiment vous inspire l’abandon de la lutte armée par le FNTR ?
Dr Boulada Jean-prospère: Le FNTR est un mouvement qui se dit politico-militaire et revendique à son actif 400 combattants opérant à l'Est du pays. Quelle est la réalité de son rapport de force militaire sur le terrain ? Nous ne le savons pas pour ne pas dire inexistant. Entant que mouvement signataire du Protocole d' Accords portant création de la CMAP, le FNTR est libre de ses activités politiques par rapport au choix des formes de lutte et de sa stratégie pourvu que celles-ci ne portent pas atteinte ou ne nuisent à la Coordination dans son ensemble. Or la Coordination a connu une longue période de crise par la faute des cadres dirigeants du FNTR et la CMAP originelle s'est muée en CMAP/dd dont les membres m'ont honoré de leur confiance pour me nommer à la Présidence. L’autre groupe, est justement celui que nous avons qualifié de CMAP/FNTR.
   Donc, l’abandon de la lutte armée par le FNTR, pour revenir précisément à votre question, est pour la CMAP/dd, un non-événement. Pour plusieurs raisons. Première raison : D'abord, ce n'est pas au 6ème Congrès que le choix de cette stratégie anime les dirigeants du FNTR. Déjà au 5ème Congrès la question cogitait leurs esprits, ce qui se reflétait dans leurs déclarations publiques. Eh bien, dans ce cas il faut joindre l’acte à la parole. Pour nous, quand on pose un acte politique, il faut le suivre jusqu' au bout. Et vous allez le comprendre dans notre démonstration que l’acte posé par les cadres du FNTR se résume à un pied dedans, un pied dehors. C'est ainsi que l'acte d'une proposition du dialogue avec le pouvoir, a été considéré par les cadres du FNTR comme une opération médiatique.

Ialtchad Presse : - Mr le Président, si on peut revenir un peu en arrière, quelle place laissez-vous à vos anciens frères d’armes, la CMAP/FNTR comme vous la qualifiez?
Dr
Boulada Jean-prospère: Permettez-nous Mr Brahim d'être peu loquaces à ce sujet. Nous avons définitivement tiré un trait sur notre passé. Cela se comprend car nous n’allons pas éternellement trimbaler derrière nous nos vieilles casseroles ce n’est pas du tout péjoratif l’expression «vieilles casseroles». Nous ne visons pas quelqu’un ni un mouvement politique en particulier. Les vieilles casseroles pour nous sont :
  - Les incompréhensions

 - les interprétations tendancieuses de notre initiative du dialogue  et de paix
  - les querelles de leadership
  - les crocs-en-jambe ou peaux de banane intentionnellement posées sur nos chemins.
  - Les discussions interminables sur des questions de forme alors qu'il est plus utile pour le pays de discuter sur des problèmes de fond. Il appartient à tous ceux et toutes celles qui sont rompus à cette vision anachronique de nous rejoindre dans cette nouvelle dynamique de paix.

Ialtchad Presse : - Mr le Président, Ialtchad Presse pour vous en quelques mots ?
Dr Boulada Jean-prospère: Ialtchad Presse est un des sites tchadiens les plus performants, transcendant, faut-il le rappeler les clivages. Ialtchad Presse apporte à sa manière sa pierre à l’édification du Tchad, pour ces mines d’informations sur son site, cette tribune du débat d’idées et du débat contradictoire, permettant aux tchadiens de la diaspora de s’extérioriser à défaut d’influer sur le cours des évènements au Tchad. Ce qui, en soit, est déjà une thérapie du groupe, dans ces pays d’exil, où, en dépit de leur hospitalité légendaire, vous rencontrez des frustrations de toutes sortes. Ialtchad Presse contribue à la sainteté d’esprit de nos ressortissants et le Tchad a besoin de ses fils sains d'esprit, et Ialtchad Presse y est pour beaucoup.

Ialtchad Presse : - Merci Mr le président et bons séjours en Amérique du Nord

Dr Boulada Jean-prospère: C'est moi qui vous remercie

Interview réalisée par Brahim Wardougou 

Le Secrétaire aux Affaires Étrangères Adjoint, Chargé de l’Afrique Rapporteur Général de la Commission de Réconciliation Nationale du MDJT Mr NGARO Ahidjo Ahmadou après avoir nous parler de son mouvement, s'est montré optimiste en la réalisation de l'Accord du 07 Janvier 2002 lors d’une interview accordée à Ialtchad Presse.  Par ailleurs il a souligné la nécessité pour les Ialtchad d'assumer désormais leur avenir et demande à ces derniers de se souder les coudes sans considération de confession, ethnie, région, tribu ou coterie donnée...

Ialtchad Presse : - Vous êtes Secrétaire aux Affaires Extérieures Adjoint, Chargé de l’Afrique, Rapporteur Général du MDJT, principale rébellion tchadienne, parlez- nous brièvement de ce Mouvement et de ses projet de société et programme.
NGARO Ahidjo Ahmadou : Il n’y a pas longtemps encore, le langage des armes passait pour être la panacée à nos incuries. N’ayant pas d’autres voies de recours, une infime poignée de patriotes s’inscrira dans la même logique pour combattre la misère, la pauvreté, l’injustice, l’insécurité et l’asservissement qui sont le lot quotidien du peuple tchadien… La légitimité de ces revendications finira par faire des émules dans toutes les couches sociales du pays. Ainsi sera né le MDJT sur les traces Tibestiennes des premières rébellions que le Tchad a connues…  

Le nombre infime des combattants et la précarité des moyens disponibles en ce moment- là donnèrent à plus d’un, l’impression d’une aventure de très courte durée. Mais, hélas ! Puisqu’on n’en tînt pas compte, la triste saga des chaînes montagneuses du Tibesti se répéta : En effet, ce relief accidenté a toujours offert une couverture militaire de choix au premier combattant qui y prend appui. Depuis les années 60, cette logique a prévalu : Des groupuscules de rebelles dépourvus de tout ont ainsi pu venir à bout des Armées les mieux équipées…

Comme il est d’usage au Tchad, la sagesse ne surviendra malheureusement qu’après accumulations de pertes variées... Le statu quo enregistré de part et d’autre, le contexte international défavorable à l’acquisition du pouvoir d’Etat par la force et l’appel des Chefs d’Etat des pays membres de la CEN-SAD aidant, des pourparlers furent amorcées en Décembre 2001 entre les belligérants... Un Accord de Paix verra jour le 07 Janvier 2002, sous la Médiation Libyenne et grâce aux efforts personnels du Colonel KADHAFI, Guide de la Révolution d’Al- Fatah. Du coup, le MDJT, jadis Mouvement armé en lutte, opéra une pleine métamorphose politique.

Le Congrès qui s’est tenu du 11 au 20 Décembre 2001 à Sebha (Libye), a doté le MDJT des Statuts, Règlement Intérieur et Programme Politique ; des structures crédibles en sortiront et des cadres nommés à divers postes de responsabilité… Ces Textes de Base sont, quant à eux, fondés sur des convictions profondes dont la première source part du constat ci- après : Le Tchad est devenu un vaste cimetière tant pour enterrer ses milliers de martyrs que pour ensevelir des projets de société les plus affinés, étouffés prématurément dans l’œuf parfois du fait de leur aspect un peu trop vague et sans commune mesure avec la réalité de tous les jours…

Partant, le MDJT met en avant-garde son sigle pour élaborer le projet de société qu’il se propose de gérer en partenariat étroit avec le peuple : Démocratie et Justice qui en sont les points cardinaux suffisent à traduire les vœux chers de tous les Tchadiens...

Hormis les fonctions régaliennes classiques de l’Etat sur lesquelles repose ce projet de société, je m’en vais de manière ramassée vous en donner quelques grandes lignes. Il est axé principalement sur l’Unité Nationale : Le Tchad est UN et Indivisible ne doit plus être une simple rengaine… Ce slogan doit se traduire par des mesures sociales pratiques et courageuses telles que : L’incitation aux mariages mixtes, les brassages des populations, la cohabitation saine entre éleveurs et agriculteurs, la recomposition pluriethniques et multiconfessionnelles des quartiers urbains…

Le 2ème credo de ce projet de société est l’application au Tchad du principe de l’homme qu’il faut à la place qu’il faut : Que le rabotage de bois revienne au menuisier, la réparation de véhicule au mécanicien… Que le médecin ne soit plus détourné de son bistouri pour se voir confier la tâche d’entretenir les installations électriques...  

Cela dit, le MDJT est d’obédience Sociale- Démocratique, Libérale et Individuelle. Il met un point d’honneur sur l’épanouissement de l’individu qui est gage de l’épanouissement de la Nation toute  entière…

Par ailleurs, la politique qui est une remise en cause permanente de soi, exige des stratégies qui s’adaptent aux sociétés humaines, que l’on sait, sans cesse changeantes … Étant entendu que l’ère des dogmes et des doctrines figées est à jamais révolue, on ne peut classer le MDJT ni dans une Gauche Statique, ni moins encore dans une Droite Classique… Les idéologues et autres penseurs du Mouvement ont, dès à présent, le devoir de définir une voie assez originale qui pourrait, pourquoi pas, prendre la forme d’un Centre Gauche/Droite. Cette synergie aura la particularité de puiser aux différentes idéologies tout ce qu’elles ont de positif…  

Très sommairement, voilà ce qu’on peut déjà retenir du MDJT. Toutefois, il suffit de se rapprocher des services compétents du Mouvement pour de plus amples informations. Dans le même ordre d’idées, un Site Internet spécial sera prochainement consacré à la question...

Ialtchad Presse : - On peut constater des divisions au sein du MDJT à travers les différents Communiqués émis. En tant que Secrétaire aux Affaires Extérieures Adjoint, Chargé de l’Afrique, comment percevez-vous ces querelles intestines qui semblent aujourd’hui secouer le MDJT ?
NGARO Ahidjo Ahmadou : Tant que les Textes de base et les Organes statutaires du Mouvement restent en vigueur, le MDJT vit ! Il n’y a donc pas lieu de paniquer parce que des râles sont notables par-ci, par-là pour annoncer la fin prochaine d’une certaine politique- prestidigitation.

Néanmoins, si dans un Mouvement de lutte ou dans toute autre Organisation humaine apparaissent des divisions ou des confusions, la sagesse recommande de rester souder aux normes régissant son milieu d’attache : De ce fait, les croyants iront automatiquement vers leurs Livres Saints ; les Militants modèles se dirigeront tout naturellement vers les Textes de Base qu’ils ont approuvés par applaudissements nourris. Quelques soient les Communiqués, leur sérieux ne peut s’apprécier que par rapport à l’identité de leurs auteurs. Pour le reste, les Textes de Base du Mouvement sont là pour faire la part des choses...

En effet, le MDJT est loin d’être une Organisation Monarchique où des postes s’héritent par affinités ethniques, claniques, confessionnelles ou régionales… Fort heureusement, la dernière lettre du sigle ‘’M.D.J.T’’ conforte plus d’un patriote convaincu dans la mesure où elle s’adresse bel et bien au Tchad dans sa dimension la plus nationale et non à une coterie donnée.

Pour ainsi dire, en l’absence du Président, l’Article 5, Alinéa 5 B du Règlement Intérieur du MDJT dispose : «Ils (mis pour les deux Vices Présidents) sont élus par le Congrès, en même temps que le Président pour une durée de trois (03) ans… Ils assistent celui- ci et le remplacent en cas d’empêchement, dans toutes ses attributions, selon leur ordre protocolaire… ».

Sur la même lancée, des Porte- Paroles sont chargés des relations publiques au sein du Mouvement et un Rapporteur Général pour assurer le relais au niveau de la Commission de Réconciliation Nationale : En quoi est- ce que ces attributions statutaires incomberaient- elles à d’autres individus, si ce n’est que pure diversion ?

Nous autres n’avons foi qu’aux dispositions des Statuts et Règlement Intérieur du Mouvement qui prévoient la tenue d’un Congrès Extraordinaire pour pourvoir aux postes vacants et amender, au besoin, les Textes de Base.

Les Communiqués abracadabrantesques distillés ces derniers temps sont caractéristiques de ce qu’on qualifierait d’esprit- Petit- Combattant- Tchadien.  Nous espérons tous que le Congrès en vue donnera bien lieu à une lutte active contre ce phénomène dont la survivance serait, à terme, préjudiciable tant à la cohésion interne du Mouvement qu’à l’ardeur de ses nombreux partisans. Prétendre défendre les idéaux du MDJT suppose se conformer à l’esprit et à la lettre et non instrumentaliser ses textes !

Ialtchad Presse : - La perspective de la tenue du dialogue entre le MDJT et N’Djamena, notamment l’Accord du 07 Janvier 2002 de Tripoli, a semblé porter beaucoup d’espoirs… Près de un an plus tard, où en est- on ?
NGARO Ahidjo Ahmadou : Un processus de négociation est comparable à un verger qui ne se récolte qu’avec le temps, c’est -à- dire une fois les fruits arrivés à maturité… En bons jardiniers de la paix, les trois parties impliquées dans ce processus de négociation (Gouvernement du Tchad, Libye et MDJT) ont mis le temps qu’il fallait pour pouvoir, enfin, parvenir à un exemple de réconciliation réussie… Les précipitations et autres arrangements de façade ne donnent que fruits verts ou Accords sans lendemains… Alors, la colique ou les gueules- de- bois sont légion.

De notre part, personne n’a jusque- là failli dans la mesure où la phase capitale du processus a été franchie il y a 12 mois environ. L’Accord  du 07 Janvier 2002 qui en est une bienheureuse consécration, dispose en son  Article 8, je cite : «La formation de trois Sous- Commissions Techniques (Politique et Juridique, Militaire et de Sécurité, et Socio-économique) chargées de rédiger les détails du présent Accord dans un délai n’excédant pas deux mois à partir de la date de sa signature… ».

Ce qui a été fait dans les limites du temps imparti. Cette reprise a donc permis d’aborder les modalités pratiques dudit Accord. Ainsi donc, sur les 10 points que le MDJT a eu le mérite de faire adopter, un seul a fait l’objet de blocage… Mais en dépit de ce parcours sans faute, des avis tatillons se sont manifestés dans nos rangs. Il fallait donc recourir au vote pour trancher. Le Procès- Verbal N°001 du 24 Avril 2002 est éloquent à ce propos : 90% des voix exprimées font abstraction du Poste de Premier Ministre exigé par certains des nôtres…

Mais, comme il s’agit de poser des actes de portée historique auxquels le Peuple tchadien fonde tout son espoir, le MDJT était tenu d’en informer d’abord sa base… Le Communiqué Conjoint du 04 Mai 2002 signé par la Partie Gouvernementale et le MDJT convient de cette nécessité impérieuse ; interaction qui a, d’ailleurs, été saluée par la Libye, Partie Médiatrice.

Entre temps, beaucoup d’eau a coulé sous le pont, vous me direz non sans raison : Citons la mort de Youssouf Togoïmi et les accrochages de Faya, Fada… Mais, il n’en demeure pas moins aujourd’hui que les conditions aussi bien objectives que subjectives de faire une paix juste et durable sont plus que jamais réunies…

La reprise des négociations ne visera plus qu’à faire la volonté de la majorité ci- dessus exprimée, c’est- à- dire céder sur le dernier point qui fait obstacle ; ensuite, passer à la finalisation de l’Accord du 07 Janvier 2002. Cette phase d’application aurait mérité qu’on s’y attarde beaucoup plus que tout autre chose : Car négocier, c’est aussi savoir lâcher du lest lorsque votre vis- à- vis a tout concédé ! Autrement dit, on court le risque de verser dans l’irrationnel destructeur… Ce qui n’est de l’intérêt de personne, ni moins encore de celui du peuple qui en a marre des tergiversations politiciennes !

Ialtchad Presse : - Selon vous, qu’est- ce qui peut motiver le MDJT à signer l’Accord du 07 Janvier après 4 années de lutte armée ?
NGARO Ahidjo Ahmadou : Les appels concomitants de paix lancés par le Président Tchadien, le Guide Libyen et les Chefs d’Etat membres du Conseil Présidentiel de la CEN- SAD semblaient si sincères que nul n’avait plus de raison de rester indifférent...

En acceptant cette offre de dialogue et de paix, le MDJT a prouvé combien sa lutte ne vise autre objectif que l’intérêt supérieur de la Nation : L’instauration au Tchad de la Justice qui est l’égalité de tous devant la Loi, la Démocratie qui est le pouvoir du peuple pour le peuple et par le peuple, est le but de notre lutte. Par conséquent, le MDJT est prêt à toute option pouvant éviter le drame à notre peuple qui nous est si cher.

Ceci étant, après le temps de guerre qui lui a permis de revendiquer des droits légitimes, le MDJT s’inscrit dans une logique de paix maintenant que ses idéaux, c’est- à- dire celui du Peuple, peuvent être défendus autrement...

Ialtchad Presse : - Et si le dialogue avec N’Djamena échoue, quelle serait votre dernière option ?
NGARO Ahidjo Ahmadou : À mon avis, le dialogue est l’art de la patience et de la mesure ; c’est aussi la valse des propositions et contre-propositions… Lorsqu’un blocage survient, ce qui est courant, il suffit de convenir d’une suspension opportune afin que chaque partie fourbisse ses arguments, voire calmer ses nerfs… Davantage de dialogue est la solution miracle quand on reprend des négociations qu’on croyait perdues d’avance !

Cette sagesse a prévalu lorsque, pour une question de poste de Premier Ministre difficilement accessible, les parties en présence ont ajourné les travaux en Sous- Commissions pour permettre que des consultations aient lieu au niveau des bases respectives… En d’autres termes, nous sommes encore loin de la probabilité d’échec.

Ialtchad Presse : - Imaginez un scénario conduisant votre Mouvement au pouvoir, quelles seraient vos priorités au plan de la reconstruction socio-économique du pays ?
NGARO Ahidjo Ahmadou : Le MDJT au pouvoir, c’est la victoire du peuple parce que c’est lui qui, bravant les dangers les mains nues, a pris la déterminante décision de s’ériger contre des pratiques de gouvernement datant, pour la plupart, des heures ténébreuses de l’indépendance…

Pour ce qui est du modèle de notre régime, nous partons de ce postulat : Aussi vertueux que soient les concepts comme Démocratie, Économie, Capitalisme ou, que sais- je encore…, que représentent- ils concrètement dans le vécu quotidien du Tchadien moyen… ? Un pays sortant de loin comme le nôtre a davantage besoin de projets détaillés, programmés, chiffrés et réalistes… Il n’a que faire de ces agencements de textes prêt-à-porter d’importation dont a coutume de gaver le bas-peuple…

En tant qu’émanation de la Base, le MDJT marque la différence en proposant à son mandataire, c’est- à- dire le peuple, un programme et un projet de société qui l’aideront à s’assumer en toute souveraineté afin de mieux répondre aux exigences de la globalisation et de la mondialisation où la bataille des compétences est reine…

Moins lettré et ayant sûrement mieux à faire ailleurs, le bas- peuple a besoin de comprendre, par exemple, les indices sur lesquels d’aucuns se fondent pour calculer son SMIG, fixer les prix, voire répartir les revenus de l’Etat ; son pouvoir d’achat devant s’apprécier au panier de la ménagère, la Sécurité se jaugeant à partir des cohabitations harmonieuses dans nos villes et campagnes… Par voie de conséquence, on doit cesser d’assimiler le peuple à cette notion vague et abstraite qu’on applique généralement aux foules d’indigents qu’on mobilise de manière circonstancielle pour applaudir n’importe quoi ou voter n’importe qui…!

En faisant de la restauration de l’autorité de l’Etat, la défense des Droits de l’Homme, le rétablissement de la Justice Sociale et la Sécurité son cheval de bataille, le MDJT touche du doigt les fondements mêmes d’un Etat de Droit qui prend sous d’autres cieux l’appellation de communisme, Socialisme ou libéralisme… Mais au Tchad, particulièrement, il s’agit d’exister tout d’abord comme un Etat moderne dans le concert des Nations civilisées…

Réussir ce pari, c’est offrir un terrain fertile à l’éclosion socio-économique nationale. Mais pour l’heure, combattre l’esprit- petit- combattant- tchadien qui empoisonne les rapports humains, crée la méfiance entre les composantes sociologiques nationales, bloque la croissance et retarde le développement est la première des priorités. C’est ce à quoi le MDJT entend s’attaquer inlassablement s’il accède au pouvoir !

Ialtchad Presse : - La classe politique tchadienne, l’opposition en particulier, piétine toujours lorsqu’il y a lieu de négocier avec le Gouvernement en place : Hier, c’était l’effritement de la CMAPP ; aujourd’hui, tout laisse croire qu’il y a division au sein du MDJT… Quelle est votre analyse sur ce problème ?
NGARO Ahidjo Ahmadou : Il y a toujours eu des nombreux non- dit en ce qui concerne les piétinements notables dans les négociations entre le Gouvernement et l’opposition tchadienne… Qu’est- ce qui a bien pu être dit, quels engagements ont été encore pris sur le dos du Peuple…? Et ces pactes secrets…?

A ces multiples interrogations, le peuple a besoin que les signataires des différents Accords, aujourd’hui désuets, puissent répondre un jour. Alors, jaillira la vérité pour établir les responsabilités exactes des échecs successifs… Mais avant que chaque partie ne se prononce clairement, je me refuse à des jugements hâtifs par respect pour la Démocratie et la Justice telles que prônées par notre Mouvement !

En revanche, j’ai été de ceux- là qui ont enfanté la CMAP; mais je fus un faux père puisqu’on m’a seulement annoncé la naissance de l’enfant sans qu’une fois je n’aie rencontré sa mère… Je suis sûr que beaucoup de fondateurs présumés se reconnaîtront à travers cette métaphore ! C’est dire que la barque a pris de l’eau au départ : Il va sans dire qu’on ne peut que tourner en rond en dépit des efforts louables consentis par une nouvelle classe de dirigeants du Mouvement…

Les organisations de l’opposition comme ceux du pouvoir, sont des entités publiques qui exigent transparence, probité et loyalisme dans leur conduite. Toute gestion opaque et partisane ne génère que dissonance de cloches, voire dispersion dans les rangs…

Jusqu’à preuve du contraire, le MDJT n’a pas encore atteint ce seuil. Le phénomène des alliances, mésalliances, trahisons et autres attaques personnelles est, à mon sens, lié à un état d’esprit propre à une catégorie de spécialistes de la géométrie variable. En dépit de la disparition de son Président et des sautes émotionnelles notables ici et là,  le MDJT fait, quant à lui, son petit bonhomme de chemin.

Ialtchad Presse : - Quelles Observations faîtes-vous de l’opposition tchadienne en général, armée et politique en place ?
NGARO Ahidjo Ahmadou : Parler d’opposition politique ou armée, m’amène à poser un regard critique sur l’arène politique nationale dans son ensemble : En effet, le commun de nos concitoyens en sont encore à se demander qui s’oppose et qui dirige réellement au Tchad ; sachant qu’on est plus opposant dès lors qu’on défend un programme politique et un projet de société qui sont la goutte jumelle de celles appliquées par le régime au pouvoir ; de même qu’on l’est moins lorsque le soir, on arpente les couloirs du pouvoir pour percevoir salaires de ses collaborations occultes… De l’autre côté, un régime issu des consultations démocratiques rentre en opposition contre lui- même dès lors qu’il viole le programme et le projet sur la base desquels il a été élu…

Que dire de ces caciques qui s’opposent aujourd’hui pour la simple raison qu’ils sont tombés en disgrâce… ? Et, ces aigris- là qui contestent pour un oui ou un nom sans jamais rien proposer de concret… ? Et, ces Souverains qui répriment la Vérité et la Raison par pure envie de nuire… ?

C’est la confusion au niveau de la classe politique nationale qui se trouve être constituée par deux extrêmes alors qu’aucune conviction nationale ni différence doctrinale de fond ne l’explique : Combien sommes-nous, de ces Organisations politiques à nous réclamer de la Sociale- Démocratie, du Socialisme ou du Communisme…? Combien sommes-nous réellement à agir en vrais démocrates dans nos vécus quotidiens, pratiques professionnelles ou militantes… ?

A force de créer des contradictions là où il y en a le moins, l’intolérance, la suspicion maladive, la violence aveugle nous détournent des lucides analyses des données dont a besoin tout homme politique… Ainsi, la politique qui est l’art de joindre les impondérables devient au Tchad, l’art de multiplier les inconséquences et les intrigues, de marquer les divisions et les délations…

L’absence de dialogue rassurant, l’incapacité pour chacun d’amorcer le premier pas salutaire et sincère vers l’autre, traduit la morosité de la scène politique actuelle : Tout y est désuet, sans aucun attrait pour l’électorat parce que tant la majorité que l’opposition sont en panne de stratégies crédibles de sortie de crise…

Faute de faire dignement face à cette triste réalité, l’opposition s’enlise chaque jour un peu plus, présentant, à de rares exceptions près, des colorations variées : Opposition de façade ou de mode ; de plaisance ou de saloon ; de jour ou de nuit ; sous-marine, spatiale ou souterraine ; opposition du ventre ou du bas- ventre ; rampante, couchée, assise, debout ou jouissive, tout court…

En tout état de cause, qu’elle soit velléitaire ou active, l’idée de s’opposer est en soi noble ; mais à la condition qu’elle soit constructive. À ce chapitre, il n’est pas déraisonnable d’avouer qu’une opposition radicale n’a jamais servie une alternance démocratique responsable au pouvoir !

En résumé, le plus grand ennemi de l’opposition, il faudrait se résoudre à le retrouver dans ses propres rangs ! Par contre, une majorité habile a toujours su en faire un bon rempart… !

Ialtchad Presse : - Dans votre dernière mise au point, vous parlez d’une mission du 2ème Vice-Président ADOUM  TOGOÏ  ABBO, au lieu d’une arrestation… Si c’est le cas, quel était le but de sa mission et dans quelles conditions s’est- elle déroulée ?
NGARO Ahidjo Ahmadou : Tout est parti de la reprise des négociations : Comme je l’ai dit plus haut, les travaux en Sous- Commissions consistaient à rédiger les modalités pratiques de l’application de l’Accord du 07 Janvier 2002… Vous convenez que cette phase n’est pas sans drainer des passions…

Butés sur le 10ème point relatif au poste de Premier Ministre, il a été convenu, après vote, de s’en remettre à la base militaire pour trancher. L’expression démocratique qui s’en est suivie a démontré que les décisions du Congrès primaient sur des consultations de routine… Cette lecture pourtant sensée a fait l’objet de toutes les extrapolations…

De réunions élargies en concertations restreintes, l’idée d’informer au lieu de consulter la base fut admise. Une Délégation de la Commission de Réconciliation Nationale conduite par son Président, le Général ADOUM TOGOÏ ABBO, en était chargée à travers les différentes positions du MDJT.

A la surprise générale, celui- ci et le défunt Président étaient plutôt attendu pour d’autres choses : Le premier devait répondre des chefs d’accusation qui pesaient sur lui…Alors que le second avait à justifier cette accusation… En effet, chacun des deux Présidents présentaient l’Accord du 07 Janvier 2002 sous l’angle qui convenait le mieux à ses aspirations… Confondue, la base voulait savoir si le processus de paix était un ralliement en pure forme tel que soutenu…

Après du temps et des séances d’explications soutenues, la Zone Militaire N°2 ne pouvait que succomber au charme dudit Accord-cadre : Par leur Motion N°002/MDJT/BP/HCM/Z2/02 du 19 Novembre 2002, le Commandement Militaire N°2 manifesta sa totale adhésion à la mission et exhorta la Délégation de la Commission de Réconciliation Nationale à redoubler d’efforts dans ce sens… De l’autre côté, des sanctions exemplaires furent prises à l’encontre des principaux responsables de cette menée subversive…

Ialtchad Presse : - Brièvement, quel message voulez- vous qu’on retienne de votre dernier mise au point par rapport à l’article faisant de « ADOUM  TOGOÏ  ABBO libéré pour raison de santé ? ».
NGARO Ahidjo Ahmadou : Je voudrais tout d’abord relever que je ne suis pas l’auteur de la dernière mise au point à laquelle vous faîtes allusion. Du moins, elle émane des Organes compétents du Mouvement. J’ai reçu mandat de signer cet acte à caractère impersonnel en ma qualité de Rapporteur Général de la Commission de Réconciliation Nationale : C’est dire que nous ne sommes pas des usurpateurs au MDJT ; heureusement d’ailleurs !

Cette mise au point lève le voile sur le flou entretenu à propos de la position du 2ème Vice-Président. Elle exhorte les Patriotes à faire fi de la profusion de contrevérités dont on tente de les gaver : Dieu merci, beaucoup ont aussitôt compris que ADOUM TOGOÏ ABBO n’est pas arrêté mais plutôt détenu ; il ne peut être libéré puisqu’il rentre délibérément d’une longue mission... Et sa santé est des plus excellentes…

Ialtchad Presse : - A l’issue de cet entretien pour les Ialtchad qui vont vous lire ?
NGARO Ahidjo Ahmadou : Comme je le disais plus haut, la scène politique nationale est en vacances de longue durée faute de stratégies viables de rentrée…  Pour lui redonner de la couleur, du tonus et de la nouveauté, et rajouter ne serait-ce qu’une plus-value intellectuelle à son développement, la régénération de nos forces d’action à travers une classe d’acteurs politiques plus jeunes, plus cultivés, plus probes et plus patriotes s’impose…

Ailleurs, les anciens y veillent spécialement pour combler au fur et à mesure les tares liées à leurs âges avancés ainsi qu’à leur éternité au poste qui finissent par devenir un handicap… Ce serait un crime de lèse- succession que de compter sur les Grand-Frères du Tchad qui ne songent qu’à se river aux diverses fonctions…

Les Ialtchad doivent donc assumer désormais leur avenir en s’imposant de plus en plus dans la lutte politique et associative. Autrement dit, ils risquent de subir le destin désastreux de ces aînés dont l’égocentrisme n’a nulle part d’égal : À leur temps, ces derniers avaient bénéficié de tous les égards de la République ; rendre la pareille à la postérité ne leur vient point à l’esprit…  Pire, pour mieux confondre la jeunesse, ils les engagent sur leurs pas alors que celle-ci à des défis plus importants à relever en cette heure d’informatique, d’Internet et de voyages spatiaux… À parler franchement, les Ialtchad n’ont plus une seule seconde à perdre sur ces querelles anachroniques qui constituent, depuis l’Indépendance, le fonds de commerce par excellence de leurs aînés …

Je demande donc à tous les Ialtchad de se souder les coudes sans considération de confession, ethnie, région, tribu ou coterie donnée… À cause de l’intolérance des aînés, plusieurs Ialtchad ont dû s’expatrier ; nés à l’extérieur, d’autres sont loin de connaître ce Tchad qui engloutit ses propres enfants… Tous, gardent de tristes récits ou témoignages de parents décimés ou brimés injustement, s’ils ne sont pas eux-mêmes les victimes…

Dieu merci, leur ardeur d’acquérir sans cesse du savoir tout comme leur voyage à travers des réalités nouvelles sont autant d’enseignements qui pourront valablement aider de nombreux jeunes compatriotes à sortir de l’obscurantisme dans lequel ils sont actuellement confinés… C’est en échangeant nos expériences et nos découvertes que nous pourrions un jour de concert avec les frères et sœurs restés au pays, suggérer le modèle qu’il faut à notre peuple …

Ce devoir n’est pas une exclusivité des organisations politiques ou armées, des traditionnels patriarches, Chefs de clans ou de files… C’est une exigence suprême pour tous les Patriotes soucieux du retour à la paix, à la cohésion et au développement harmonieux du pays… La jeunesse a de tout temps payé de son espérance de vie les excès des anciens ! Les Ialtchad dérogeront difficilement à la règle : Qui, à part eux, peut consentir ce sacrifice duquel se décide leur avenir… ?

Cette tâche semble, certes, ardue lorsque les Ialtchad acceptent les seconds rôles qu’on leur fait jouer depuis plus de 42 ans d’indépendance. Bien que dotés de valeurs intrinsèques indéniables, ils ont aujourd’hui moins de chance d’accéder aux responsabilités qui leur permettent généralement aux jeunes premiers de participer à la gestion des problèmes spécifiques de leur génération...

La seule solution est de se soustraire de cette traditionnelle tutelle des aînés qui empêchent que les jeunes libèrent avantageusement les énergies incommensurables qui se terrent en eux, de manière à donner libre cours à leur esprit fécond...

Et pour atteindre des résultats escomptés, d’innombrables champs de possibilités existent pour celui qui sait tirer leçon de la misère du peuple tchadien : Un match de football, un concert musical, une exposition artistique, un symposium ou une conférence/débat a toujours aidé à atténuer les tensions les plus vives ; ces occasions ont également servi à éveiller les consciences, lutter contre l’exclusion, les injustices, l’ethnicisme…

Elles ont aussi permis de revendiquer des droits légitimes, de susciter un sursaut de solidarité, de raffermir la fibre patriotique. Elles ont surtout constitué le leitmotiv d’une jeunesse en quête de repères sûrs, d’assurance, de cohésion et de progrès comme c’est le cas des Ialtchad…

Si les premiers cadres du pays ont pu atteindre des résultats, somme toute, acceptables, il n’y a pas de raison que les Ialtchad ne soient pas capables de relever les défis qui les assaillent si les conditions de leur épanouissement sont réunies…

En plus de l’espace Forum qui leur est alloué, une structure conviviale existe aujourd’hui : Il s’agit d’une ONG dénommée Cercle d’Études et de Recherches pour la Promotion de la Culture, des Arts et Sports (C.E.R.PRO.C.A.S). Ouvert à tous les Ialtchad de 7 à 77 ans, il permet d’échanger, sans tabou aucun, des idées positives pour nous extirper du suicide collectif ! Il suffit donc d’écrire à l’adresse E-mail suivante : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Quant à vous qui animez le Site Ialtchad, je ne cesserai de vous féliciter et vous adresser du fond du cœur mes encouragements pour vos actions en faveur du Renouveau Tchadien : Vous pointez du doigt la lune et je pense que les Ialtchad sauront lever haut les yeux pour regarder l’astre qui illumine l’univers ! En tout cas, l’histoire de notre pays retiendra vos mérites et la noblesse de votre contribution. 

Ialtchad Presse : - Je vous remercie.
NGARO Ahidjo Ahmadou : C’est moi qui remercie.  

Propos recueillis par Brahim Wardougou    

Le travail d’un fossoyeur de la DDS, consiste à faire chaque jour le tour des prisons pour ramasser les cadavres et aller les enterrer... En moyenne nous enterrons dix personnes par jour. La plupart du temps dans des fausses communes.

Nous continuons notre série d’entrevues sur l’affaire Hissène Habré. Une procédure juridique qui oppose l’ancien dictateur et ses victimes tchadiennes. Une bataille juridique qui défraie la chronique dans la capitale sénégalaise.
C’est notre troisième entretien. Cette fois-ci, c’est avec la deuxième victime tchadienne venue de N’Djaména pour témoigner pour convaincre l’opinion publique sénégalaise de l’ampleur des crimes connus par l’ex-président tchadien exilé au Sénégal. Les ONG persistent pour demander au peuple sénégalais de se séparer de son hôte, Hissène Habré. M.Clèment Abafouta, ancien détenu, victime du régime Habré, était le fossoyeur de la Direction de la Documentation et de la Sécurité (DDS). En plus d’être prisonnier, il a enterré ses codétenus.

Pour rappel, M. Abafouta a été arrêté par les agents de DDS à peine qu’il venait d’obtenir une bourse d’études pour l’Allemagne. On lui a notifié et reproché dans les locaux de la tristement célèbre et redoutable machine répressive de vouloir rejoindre un de ses parents, un exilé, opposant au régime tchadien d’antan.

Depuis quinze ans M. Abafouta se bat à tous les niveaux pour réclamer justice. Après sa sortie de prison en 1990, il milite au niveau national au sein de l’Association des Victimes, des Crimes et Répressions Politiques ( AVCRP), où il est membre du bureau et administrateur. Mais il est actif aussi au niveau international aux côtés de Human Rights Watchs (HRW) dans le but de poursuivre Hissène Habré devant les juridictions belges. Il nous a reçus ce jour du 24 octobre 2005 au sortir d’une séance de travail avec la Coalition sénégalaise pour l’Extradition de Hissène Habré vers la Belgique( COSEHAB), au siège de la RADDHO, Amitié II, sis avenue Seydou Nourou Tall, Villa N° 4024, Dakar, Sénégal.
C’est un homme humble, posée et respectueux qui a répondu avec flegme à toutes nos questions. « Je suis optimiste quant à l’extradition de Hissène Habré » dit-t-il. Il affirme saisir une fois de plus cette occasion pour sensibiliser l’opinion publique nationale et internationale et justifier ainsi auprès d’elle les raisons de son combat.

Ialtchad Presse : Bonjour M. Clément ! Vous êtes à Dakar pour l’affaire Hissène Habré, dites-nous comment vous êtes arrivé à la prison de la DDS ?
Clément Abafouta: Je suis arrivé à la prison de la DDS, le 12 juillet 1985, où j’ai été interpellé  dans la nuit par ses agents de renseignements.

Ialtchad Presse : Qu’est-ce qu’on vous reprochait ?
Clément  Abafouta: On me reprochait de vouloir rejoindre un oncle à moi, opposant au régime de Hissène Habré. Je venais juste d’obtenir mon baccalauréat en plus d'une bourse d’études pour l’Allemagne.

Ialtchad Presse : Comment avez-vous accueilli la nouvelle d’extradition en tant qu’ancien détenu ?
Clément  Abafouta: Naturellement en tant qu’ancien détenu, c’était une immense joie pour moi car j’attendais depuis des années cette opportunité. Et je crois comprendre qu’une fois Hissène Habré serait extradé, ce serait alors plus que jamais ma victoire.

Ialtchad Presse : Comment êtes-vous passé de prisonnier en fossoyeur ?
Clément Abafouta : Je ne sais comment vous expliquer cela (quelques secondes de réflexion). Je pense que c’est lié à ma corpulence physique mais c’est arbitrairement que l’on m’a sélectionné pour faire partie du groupe des fossoyeurs. Je n’avais pas le choix.

Ialtchad Presse : En quoi consiste le travail d’un fossoyeur à la DDS ?
Clément Abafouta : C’est le plus gros de travail. Il consiste à faire chaque jour le tour des prisons pour ramasser les cadavres et aller les enterrer.

Ialtchad Presse : Combien de temps aviez-vous fais cela ?
Clément Abafouta : J’ai fait quatre ans en prison. Donc quatre ans dans cette triste œuvre de fossoyeur.

Ialtchad Presse : Combien de personnes enterriez-vous par jour ?
Clément Abafouta : En moyenne nous enterrons dix personnes. La plupart du temps dans des fausses communes.

Ialtchad Presse : Les avocats de Habré mettent en doute vos témoignages. Que répondez-vous ?
Clément Abafouta : Ils sont mal informés. Puisqu’ils sont des avocats, ils ne  peuvent que soutenir leur client contre ses adversaires. Simplement, jusqu’à la preuve du contraire, j’ai été arrêté par la DDS et je porte encore des séquelles  qui justifient  effectivement le fait que j’ai été  prisonnier sous le régime Habré Habré.

 

Ialtchad Presse : Quelles sont par exemple vos séquelles ?
Clément Abafouta : D’abord, j’ai failli perdre toutes mes dents. Jusqu’aujourd’hui je fais de cauchemars. J’ai des douleurs au niveau de mes jambes. Je souffre de fatigue générale et ne peux faire un travail intellectuel de longue durée. J’ai de la céphalée. Et comme vous me voyez devant vous, je porte des lunettes.

Ialtchad Presse : Où en êtes-vous avec vos démarches en ce moment ?
Clément Abafouta : Depuis notre arrivée à Dakar, chaque jour, nous essayons de faire plus et gagner du temps. Mais au niveau du Sénégal, le public était sous informé sur Hissène Habré. Mais depuis trois semaines les Sénégalais commencent à mieux comprendre les choses sur les actes de cet homme. Je dirai qu’il y a une avancée significative sur notre travail.

Ialtchad Presse : Vous venez de mettre sur pied une coalition pour l’extradition de Hissène Habré, comment elle entendez-vous œuvrer pour atteindre cet objectif ?
Clément Abafouta : Nous avons plusieurs stratégies et le moment n’est pas opportun pour dévoiler nos techniques. Mais, je dois vous dire que je suis satisfait par rapport au soutien de la société civile sénégalaise. Elle n’a pas hésité à s’associer à notre lutte. En ce qui concerne nos stratégies, nous utilisons  efficacement la presse. Nous faisons des réunions d’orientations et nous envisageons rencontrer toutes les couches sociales sénégalaises pour mieux leur expliquer pourquoi nous tenons à ce que Habré soit extradé en Belgique où il devrait être jugé.

Ialtchad Presse : Qu’en pensez-vous  de la réticence des pays comme les États-Unis et la France qui ne sont pas motivés par un éventuel procès de Habré ?
Clément Abouta : Si les États-Unis et la France sont réticents c’est qu’ils se reprochent quelque chose. Car c’est eux qui ont soutenu et maintenu financièrement et matériellement Habré au pouvoir grâce à un système de répressions et de tortures. J’ai en mémoire que c’est sont les États-Unis  qui ont formé les agents de la DDS. Qu’à cela ne tienne, je garde espoir car la justice vaincra.

Ialtchad Presse : Avez-vous déjà été indemnisé par les autorités tchadiennes ?
Clément Abouta : Le processus relatif à notre indemnisation est en cours. Nous avons soumis un projet des lois au niveau de l’Assemblée Nationale tchadienne. Apparemment les choses avancent et je crois bien qu’une fois ce projet de lois voté, le processus d’indemnisation sera enclenché.

Ialtchad Presse : Êtes-vous soutenus par les autorités tchadiennes dans cette campagne d’extradition de Hissène Habré ?
Clément Abouta : Oui car nous avons été reçus par le président de la République en 2000 Idriss Deby qui nous a rassurés de son soutien, de même que le Premier ministre de l’époque. Je sais également que le président de la République a écrit à Human Rights Watchs pour leur dire qu’il soutient nos actions. En fin de compte lui-même était victime.

Ialtchad Presse : Qu’en pensez-vous de cette loi de compétence universelle ?
Clément Abouta : D’abord, je salue cette la loi belge qui, à travers une disposition transitoire satisfait les critères de poursuites engagées contre Habré, n’eut été cela, on ne pourrait jamais encore parler du cas Habré. Et le dossier serait déjà clos. Je crois que c’est comme une grâce de Dieu car je suis croyant.

Ialtchad Presse : Que pensez-vous de la réticence des autorités sénégalaises sur l’extradition de Habré?
Clément Abouta : Bon ! C’est vrai car je suis là depuis un mois, mais je n’arrive toujours pas de voir la face réelle des autorités sénégalaises. Toutefois, d’ici les prochains jours elles finiront par céder à ce lobbying et à toute cette campagne que nous menons.

Ialtchad Presse : Qu’allez-vous faire si vous n’arriviez pas à obtenir l’extradition de Habré vers la Belgique ?
Clément Abouta : Dans un premier temps, je refuse de croire à cette perspective. Dans un deuxième temps, nous allons nous remettre à l’histoire et elle jugera le Sénégal qui est un grand pays réputé pour sa maturité démocratique qui manquera  son rendez-vous avec la justice internationale.

Ialtchad Presse : On dit que l’opinion publique tchadienne n’apprécie pas toutes vos poursuites concernent seulement Hissène Habré alors que l’actuel président Deby y était aussi pour quelque chose pendant cette période  de terreur. Qu’en dites-vous ?
Clément Abouta : Le président Deby est au pouvoir et en cette qualité, il n’est pas « poursuivable». En ce qui nous concerne, notre dossier se limite au règne de Hissène Habré. Si les gens disent que Idriss Deby y était aussi impliqué, il reviendra à Habré une fois à la barre de faire des révélations pour dire que je n’étais pas seul et doit démontrer par des preuves la part de responsabilités attribuées à Deby. Sauf que Habré est bel et bien seul à le faire.
À mon avis, je suis mal placé pour inculper Deby. Par contre face à Hissène Habré, je possède des preuves qu’il m’a soumises à des traitements inhumains et dégradants pour m’avoir torturé et privé de liberté.

Ialtchad Presse : Vous êtes optimiste quant à l’issue de votre bataille ?
Clément Abouta : Effectivement, je suis optimiste.

Ialtchad Presse : Merci ! M. Clément Abafouta
Clément Abouta : C’est moi qui vous remercie.

Entretien réalisé par Makaila Nguebla, correspondant à Dakar

« Les paysans ont été très mal valorisés en terme de compensation. Par exemple, un manguier était compensé à 3500 FCFA, un pied de mangue entier. Alors qu’en Europe une mangue coûte 1000 FCFA. Donc, on s’est rendu compte que c’était de la tromperie...» Djeralar Miankeol

Vendredi 10 octobre 2003, le gouvernement tchadien a inauguré officiellement sous grande pompe l'exploitation du brut à Komé (Doba). De passage à Montréal pour une rencontre avec des partenaires dans le cadre d'une étude d'un projet de développement et une évaluation environnementale régionaux, Monsieur Djeralar Miankeol, représentant d'une ONG dénommée Association d’Appui d’Initiative Locale pour le Développement (A.S.A.I.L.D.) basée à Moundou et qui travaille dans le Logone géographique (Logone et la Tandjilé)  a rencontré Ialtchad Presse. Durant cet entretien, tous les aspects des questions liés à l'indemnisation des paysans, aux conséquences environnementales et aux retombés concrets du projet pétrole ont été abordé. 

Ialtchad Presse: - Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs de Ialtchad Presse, le premier journal électronique tchadien ?
Djeralar Miankeol 
: Je travaille pour une ONG nationale créée par des cadres tchadiens avec l’appui de la coopération suisse.
Ialtchad Presse: - Quel est le nom de l’ONG pour laquelle vous travaillez?
Djeralar Miankeol
 : L’ONG s’appelle Association d’Appui d’Initiative Locale pour le Développement autrement A.S.A.I.L.D. Cette ONG est basée à Moundou et travaille dans le Logone géographique c’est-à-dire les deux Logone et la Tandjilé. L’ONG est en place depuis 1985. Elle a commencé par des activités de micro-crédits tant financiers qu’en matériels agricoles. Depuis 1995, l’ONG a transformé ses activités et évolue comme accompagnateur disons qu’elle s’occupe beaucoup de l’aspect formation, d’aider la population par rapport aussi à tous les enjeux liés surtout autour du projet pétrole dont l’exploitation a commencé depuis 1996. Ces opérations de construction de surface sont à peine terminées et le premier baril est déjà sur le marché.

Ialtchad Presse: - Quelles sont les activités de votre ONG?
Djeralar Miankeol : Dans le cadre des activités de l’ONG, l’ASAILD se charge à aider, à conseiller la population à  mettre en place des systèmes de production beaucoup plus durables. À l'époque, les paysans étaient beaucoup plus ancrés à faire de la production intensive, à cultiver des hectares et une fois que le sol s’appauvrit, ils sont obligés de couper d’autres brousses. Ainsi, ils sont arrivés à appauvrir des terres qu’ils cultivent davantage, des terres fertiles deviennent de plus en plus rares. Ce qui ne leur permet pas d’assurer ne serait-ce que le minimum pour leur subsistance. Ils n’arrivent plus à produire comme par le passé ou des maraîchages étaient de longue durée.
Maintenant l’ONG travaille beaucoup dans le sens de l’intégration de l’agriculture et de l’élevage avec un accent mis sur la protection de l’environnement, de la place de la femme tchadienne dans l’économie villageoise etc. Comment faire en sorte que les producteurs arrivent à mettre en place des systèmes cohérents où l’agriculture combinée à l’élevage, ou encore comment on peut faire des cultures continues au lieu de faire des cultures discontinues, comment on peut intégrer les cultures de saisons pluvieuses mais aussi des cultures de maraîchages etc. C’est dans ce sens-là que l’ASAILD accompagne les producteurs dans le processus en les accompagnants mais aussi en les suivant dans leur système d’exploitation.

Ialtchad Presse: - Quelle est votre position par rapport à la compensation accordée aux populations des régions pétrolières?
Djeralar Miankeol : Maintenant dans le cadre du projet pétrole, depuis 1996, il s’est avéré qu’il y a eu beaucoup d’espoir autour de ce projet où la Banque Mondiale (BM) en soutenant ce projet a fait comprendre que ce dernier devrait sortir les paysans de leur état de pauvreté. Mais force est de constater en revanche que quand les opérations de construction ont démarré, on a dépossédé les populations de leurs terres, de leurs ressources…

Les paysans ont été très mal valorisés en termes de compensation. Par exemple, un manguier était compensé à 3500 FCFA, un pied de mangue entier. Alors qu’en Europe une mangue coûte 1000 FCFA. Donc, on s’est rendu compte que c’était de la tromperie parce que la part belle était accordée au gouvernement en terme de convention avec la BM pour avoir de l’argent en vue d’exploiter le pétrole pour enrichir ceux qui sont au pouvoir. Et nous nous sommes rendus compte qu’on ne pouvait pas continuer dans ce sens, nous qui travaillons dans la région du projet c’est-à-dire les ONG, les Associations de Droits de l’Homme (ADH). Nous avons vu la nécessité de construire une dynamique de développement en milieu rural. On s’est rendu compte aussi que tous les efforts consentis depuis des dizaines d’années sont en train de s’écrouler. Alors on a organisé un séminaire à grande échelle ou des ONG du Nord (États-Unis, Europe) et en même temps des ONG africaines, tchadiennes pour essayer de voir qu’est-ce qui se passe autour du projet pétrole dans la mesure où il nous a été dit que ça devrait apporter un bonheur aux populations les plus démunies. C’est pour ça que la BM finance le projet sur le guichet IDA en plus. À partir de ce moment, on a démontré que le projet apporte plus de malheur pour les pauvres et enrichit les riches. On l’a démontré dans le cadre de compensation du pied de manguier. Et nous avons été invités au niveau de la BM qui était contrainte de nous impliquer à partir de ce moment dans le projet. Donc depuis 1998, particulièrement, j’ai participé à l’évaluation des ressources de populations. Nous avons fait des études sur la valeur du manguier qui est passée de 3500 Fcfa à 550 000 FCFA. C’est sur cette base que cette ressource a été évaluée. Mais beaucoup reste à faire quant aux autres ressources notamment les qualités d’autres espèces qui ont des valeurs dans notre économie. Parce que le coton est en déclin pratiquement. Donc c’est sur les arbres fruitiers que les paysans arrivent à joindre les deux bouts compte tenu de la mondialisation où l’école est payée, où la santé est payée. On est en train de travailler dans ce sens.
Au-delà de ça, le plaidoyer que nous faisons autour de pétrole est trop large. Nous ne voulons pas retomber dans l’expérience du Nigeria, de l’Angola, du Cameroun, du Congo etc; où le pétrole a servi des régimes dictatoriaux d’acheter des armes, de réprimer la population déjà démunie. Dans le cadre du Tchad, le plaidoyer que nous avons fait a abouti en fait à la mise en place de la loi 001 sur la gestion des revenus du pétrole où certains pourcentages sont alloués à la région productrice. Et c’est dans ce cadre que nous sommes au Canada. Concernant les pourcentages  des revenus alloués à la région  pétrolière, on ne sait pas comment ça va être géré. Et au niveau des ONG  et des ADH, nous avons lutté pour qu’un plan de développement relatif au projet soit mis en place. Le premier baril va couler déjà. Si nous n’avons pas un plan de développement, évidemment, comme on le connaît dans la plupart des pays africains, les revenus du pétrole vont passer dans des caisses noires où on ne saura plus comment ça va se passer. Dans ce cadre, nous travaillons avec le cabinet canadien CIMA qui a gagné le marché pour élaborer un plan de développement. Cela aussi est malheureux et il faut encore le déplorer car il y a des cadres Tchadiens qui ont le savoir pour élaborer un plan de développement. Mais on va rattraper ce qu’on peut rattraper. On a plaidoyé à la BM qui a accepté d’envoyer une équipe composée de techniciens de l’État, des ONG et des ADH au Canada. Donc c’est dans ce cadre que nous sommes ici. Heureusement, le CIMA est resté ouvert. Nous avons fait des ateliers dans les villages pour que la population puisse exprimer ce qu’elle pense. Puisque lors des décisions qui sont prises dans les capitales et les grandes villes, on ne prend jamais les aspirations et les problèmes des populations à la base. On parle en leur nom mais en fait ce n’est que du leurre. C’est donc à ce titre qu’au niveau des ONG et des ADH nous sommes représentés. Nous sommes venus six personnes dans la délégation : une personne de la BM, deux personnes du gouvernement et trois personnes de la société civile. Et là, il a fallu une bagarre pour qu’on en arrive là. Mais déjà c’est une grande réussite d’avoir fait ce pas. Nous allons continuer de travailler toujours.
Maintenant en termes de plaidoyer, nous avons bien sur un message particulier. Je travaille dans un réseau des ONG et ADH qui s’appelle Commission Permanente Pétrole Locale (CPPL). Et le mandat que j’ai, c’est de voir comment impliquer la colonie tchadienne dans ce projet. C’est des revenus qui doivent profiter à tous les Tchadiens. Donc comment faire en sorte que nous puissions conjuguer tous nos efforts parce que les seuls plaidoyers que nous faisons au Tchad ne suffisent pas. À un autre niveau, il faudrait aussi qu’à l’extérieur du pays des voix puissent se porter là où des sensibilités peuvent faire pression sur le gouvernement tchadien. Nous savons aussi qu’au niveau de la BM, le Canada est assez représenté au conseil d’administration et c’est à ce titre que nous comptons nouer des relations assez sures avec la colonie tchadienne pour que des informations nous parviennent. On a aussi besoin de beaucoup d’informations au niveau du Canada en ce qui concerne les informations d’une manière générale dans le cadre du pétrole.

Ialtchad Presse: - Vous avez évoqué plusieurs aspects importants du dossier pétrole tchadien notamment celui des indemnisations des populations de la région pétrolière. Vous avez prix l’exemple du manguier qui a été réévalué de cent fois plus de la valeur de départ (3500 FCFA a 550 000 FCFA). Est-ce qu’on peut dire que la population concernée en est satisfaite et le combat à ce niveau est gagné? Si non, comment comptez-vous faire aboutir votre plaidoyer?
Djeralar Miankeol
 : En fait, le chemin a été long. Vous connaissez bien l’histoire du pétrole. C’est une histoire très complexe. Au Tchad, on a eu l’occasion avec la présence de la BM d’être dans le projet pour parler du pétrole. Dans d’autres pays c’était pratiquement impossible. On a vu le cas de l’Angola, du Gabon, du Cameroun etc. C’est un sujet tabou. Au Congo ça a amené beaucoup de guerre. Au Tchad on a la chance de discuter autour de ce sujet. C’est déjà une porte de sortie. Mais le chemin est très long parce que les firmes multinationales (FMN) sont des compagnies qui veulent maximiser le profit. C’est ça qui les intéresse. On parle de démocratie mais en fait, on est très loin.
Donc les enjeux même autour du pétrole surtout en ce qui concerne l’environnement avec les conséquences dramatiques que pourrait engendrer l’exploitation du pétrole sur le sol, les eaux etc... sont très vastes. On ne fait que commencer les compensations. Et ce n’est pas grand-chose par rapport aux conséquences néfastes sur l’environnement et sur la population...
Et concernant la gestion de revenus, même si une loi a été votée, c’est le régime en place qui va gérer les revenus. Et on connaît, il y a eu plein de détournements sur les grands projets financés par la Banque Mondiale sur l’éducation, la santé, etc. Donc le plaidoyer ne fait que commencer. On ne va pas baisser les bras. On va continuer surtout si on veut que les générations futures ne soient pas totalement lésées, si on veut que l’environnement ne soit pas totalement détruit. On sait que le Tchad est un pays agropastoral. Donc le plaidoyer ne fait commencer à plusieurs niveaux : au niveau de l’environnement, au niveau de revenu etc. Vous avez certainement entendu que les premiers revenus du pétrole, le bonus, ont été utilisés pour acheter des armes au Tchad malgré le plaidoyer qui a été fait. Nous avons la Banque Mondiale qui a pris un engagement vis-à-vis de l’opinion internationale que le projet pétrolier tchadien doit profiter aux populations les plus démunies. Et nous saisissons l’opportunité pour aller dans ce sens pour interpeller la BM et le gouvernement tchadien. Donc, on travaille à deux niveaux. On ne peut pas dire dès aujourd’hui qu’avec les valeurs des ressources qui ont été réévaluées que la population est contente. La population n’est pas préparée. Des gens qui sont habitués à gagner peut être 50 000 FCFA avec la culture du coton et qui se retrouvent dépossédés de leurs terres. Il faut bien les organiser sinon ils n’arrivent pas à gérer la situation. Tout le monde n’a pas été préparé. Et les FMN profitent du manque de préparation des Tchadiens pour faire ce qu’ils veulent sur le terrain.

Ialtchad Presse : Pour gérer les recettes pétrolières, le Tchad a adopté la loi dont vous parliez prévoyant qu’il en déposait 10% des fonds dans un fonds spécial destiné aux générations futures et 80% serviront à financer le développement et les programmes sociaux à l’intention de la population défavorisée. Qu’y a-t-il à ce niveau?
Djeralar Miankeol
 : La loi, on s’est battu pour qu’elle soit votée. Mais en Afrique d’une manière générale et au Tchad en particulier, on a les meilleures lois au monde. La question c’est celle de l’application des lois dans la mesure où l’exécutif, le législatif et le judiciaire sont mélangés. C’est toujours aux profits du régime en place. Donc l’exécution de cette loi pose problème. Nous avons milité pour qu’ils mettent sur pied un collège de contrôle dans lequel la société civile doit être majoritaire. Mais jusque-là, cette équipe n’est pas fonctionnelle. Et le baril va sortir. Les revenus vont être là. Mais les dispositifs pratiques pour la gestion des revenus ne sont pas prêts jusqu’aujourd’hui. Les 10% ont été convenus qu’ils soient logés dans des banques internationales. On nous a toujours rien dit. Moi, je milite. Je suis coordonnateur de réseau. J’ai beaucoup voyagé. On a travaillé avec la Banque Mondiale. Aujourd’hui rien n’est clair. Donc au niveau des dispositions, les lois sont les lois. Mais c’est les hommes qui les appliquent. Donc, est-ce qu’on a un système judiciaire, un système législatif, un parlement etc... qui peuvent aider?
Je sais que vous avez entendu l’exemple des projets élevage, des projets éducation etc. où des personnalités ont détourné des milliards de FCFA. C’est décrié au niveau de l’Assemblée mais ces personnalités sont en liberté et briquent des postes plus importants. Cela est connu déjà. On voit tout rouge encore. Comment la loi peut être mise en pratique? On doute de ça. Et, on se bat pour que le collège de contrôle puisse être fonctionnel parce qu’il aura au moins la liberté de suivre la gestion de ces revenus. Mais en même temps, on dit que ces fonds vont être gérés par des collectivités décentralisées. Il n’y a jamais eu d’élection au Tchad. Les préfets, les sous-préfets, les maires sont nommés. Et si on ne fait pas en sorte que les populations s’organisent à mettre en place des petits comités, on arrivera jamais à contrôler ces fonds qui vont passer dans des poches des individus qui vont en faire ce qu’ils veulent comme par le passé. C’est pour ça justement que nous essayons de faire ce qu’on peut faire et à quel niveau… À partir de ce moment, on a une base qui pourra aider au cas où il y a des revenus du pétrole. On pourra mettre dans les routes, dans les écoles etc. C’est dans ce sens que nous travaillons avec la CIMA qui a beaucoup travaillé avec le gouvernement mais ignorant la population. Nous sommes là pour leur dire attention dans telle région, c’est tel aspect que vous avez oublié. Nous essayons de tirer les ficelles mais ce n’est que le début du commencement.

Ialtchad Presse : On disait que les ONG et les ADH étaient complètement écartées des débats sur le pétrole. Aujourd’hui, vous nous dites qu’on vous en associe. Est-ce seulement au niveau des discussions qu’on vous associe? Vous disiez aussi que le collège de contrôle n’est pas fonctionnel. Vous n’avez pas apparemment de contre-pouvoir en tant que tel au niveau de la gestion des recettes du pétrole. Quelles sont les autres armes dont vous disposez pour demander une gestion saine des revenus du pétrole afin qu’un groupuscule de personnes n’en profite au détriment de la population défavorisée?
Djeralar Miankeol
 : Il faut dire que des grands points ont été franchis. On ne nous a pas introduit. Mais souvent, on se fait entendre. C’est très difficile qu’il y a de cela 5 ans, 10 ans, écouter la société civile, sortir, parler librement. Aujourd’hui, on a la chance qu’il puisse avoir une société civile qui se construit que ça soit au niveau des provinces, des grandes villes, de la capitale etc. Les ONG et les ADH ont mis sur pied des réseaux qui se font entendre. Et notre force aussi, c’est d’avoir des relations avec des partenaires du Nord, des réseaux allemands, américains, hollandais etc. Et cela fait une grande force.
L’autre chance qu’on a est que la BM a pris l’engagement devant la société civile que c’est un défi de faire de ce projet un exemple d’un projet de développement. Donc, c’est surtout à ce niveau que nous avons la chance d’interpeller la BM qui est très puissante. Vous savez que quand la BM et le FMI demandent des ajustements, il n’y a pas un État africain qui peut y résister. C’est vrai que l’État est souverain mais on a cette chance d’avoir la BM dans ce projet. On a aussi cette possibilité de nous organiser au niveau de la société civile mais aussi d’être en relation avec des partenaires à l’étranger. Le collège de contrôle dont je parle est constitué de 2/3 de la société civile. L’équipe est en place. Elle a des difficultés à commencer son fonctionnement. C’est déjà un grand pas qu’on se fasse entendre, qu’on soit dans les débats. Et c’est petit à petit qu’on va amener le changement. Le changement ne se fait pas du jour au lendemain. Donc cette chance qu’on a au Tchad d’avoir la BM dans ce projet, même si elle a des intérêts, on la tient sur parole. Et aussi le gouvernement qui prend des engagements devant la BM soi-disant qu’il fera tout pour que le projet profite aux pauvres, on le prend aussi au mot et on essaie de nous battre. Si vous voulez, le plaidoyer vient de commencer. Nous comptons aussi sur tout le réseau à l’extérieur, comme déjà ce que le journal Ialtchad Presse fait en ce moment. C’est quand la BM sait que son image de marque est en cause que ça pose problème. Et là nous avons aussi des partenaires aux États–Unis qui font beaucoup de plaidoyer autour du projet pétrole.

Ialtchad Presse : Le projet pétrole tchadien est le plus grand investissement privé en Afrique avec ses 3.5 milliards prévus dans les 5 ans à venir. Qu’est-ce qui est fait pour que du point de vue de la santé, de l’éducation, des infrastructures ces millions de dollars puissent profiter au pays et aux zones pétrolières méridionales?
Djeralar Miankeol
 : Déjà, en général, la première phase de la construction n’a pas profité aux Tchadiens. Les compagnies sont venues en place avec les moyens qu’on ne connaît pas au Tchad. Il n’y a pas un entrepreneur tchadien qui peut gagner un marché. On vous demande de fournir 36 000 œufs par jour, combien de milliers de tonnes de nourriture par jour etc. En fait, ce sont les entreprises étrangères qui en ont bénéficié notamment les entreprises françaises, sud-africaines etc.
Maintenant, on va passer à la phase d’exploitation et la question est de savoir comment faire en sorte que les revenus estimés à 50 milliards (tout est lié aussi au cours du baril qu’il soit à la hausse ou à la baisse). Mais déjà, ce que nous sommes en train de faire, nous sommes au Canada pour faire en sorte qu’il y ait un plan de développement de la région du pétrole.
Il faut que cela se fasse aussi pour le reste. C’est à partir de ce plan  qui est un outil de pilotage, qui va d’ailleurs indiquer ce qui doit être fait. C’est dans cela qu’il y a des choses qui sont prévues en matière de santé, d’éducation, de l’environnement, du développement rural, etc. Donc si vous voulez, nous sommes en train de préparer le récipient pour accueillir de l’eau. C’est ça l’image. Et si vous avez un bon et grand récipient, vous pouvez recevoir la pluie. C’est vrai qu’on est en train de parler de revenus qui vont tomber d’ici janvier 2004. C’est vrai que la population n’est pas préparée. Mais d’ici la fin de l’année, on aura ce plan de développement du projet pétrole. Donc il faudra nécessairement aller dans ce sens, prévoir des mécanismes dans le domaine de l’éducation, de la santé etc. L’État a toujours dit que la politique du développement se base sur ces secteurs précités. Nous pensons que si ce travail est fait, nous devons avoir un collège de contrôle avec le groupe consultatif que la BM a mis sur pied qui est sensé regrouper des consultants indépendants pour suivre les effets du pétrole sur le plan de l’environnement mais aussi de suivre comment les revenus vont être gérés. On a le Groupe International Consultatif (G.I.C) à l’échelle de la BM, le collège de contrôle au niveau du Tchad, mais si on arrive à mettre en place un plan de développement conséquent, avec la société civile aussi qui regarde de près, à travers le réseau national, régional au Cameroun et international, nous espérons que le mal ne soit pas total.

Ialtchad Presse : Concernant les populations qui ont été déguerpies de leur village, de leur localité, y a-t-il des politiques qui ont été élaborées pour les réhabiliter?
Djeralar Miankeol
 : Tout à l’heure, je disais qu’à tous les niveaux les Tchadiens n’ont pas été préparés pour le projet pétrole. Le consortium  est venu et, ils ont les gros moyens. Ils ont commencé les choses. Donc il y a beaucoup de Tchadiens surtout les paysans qui ont été déguerpis et ils se retrouvent dans les villes. Ils ont essayé après le plaidoyer de la société civile de réhabiliter quelques Tchadiens dans les villages et c’est insignifiant. Et ces opérations de réhabilitation ont été ridicules. 

L’avenir est encore très flou parce que quand vous venez dans la zone du pétrole, là où il y a les puits pétroliers, avec les différentes routes qui partent de partout pour  rejoindre le collecteur central au pipe-line pour conduire le pétrole jusqu'à Kribi (Cameroun), il y a beaucoup de villages qui sont emprisonnés. C’est comme des animaux dans une cage. On sait qu’il y a beaucoup de villages qui ont été déguerpis et nous avons entamé déjà des plaidoyers dans ce sens pour que l’État et la BM essaient de voir avec les compagnies qui sont sur place, comment faire en sorte que ces villages qui sont emprisonnés puissent retrouver un autre espace où ils pourront faire l’agriculture et l’élevage. Certains villages sont coupés des zones de culture, d’élevage parce qu’il y a un système de sécurité qui est en place. Donc les gens ne peuvent pas aller librement au champ pour faire des cultures. Il y a aussi beaucoup de travail qui reste à faire dans ce sens. Nous avons déjà entamé des études, nous avons élaboré les documents qui résument ou qui retracent la situation avec des preuves à l’appui et nous continuons à faire des plaidoyers dans ce sens à divers niveaux. Mais le pétrole tchadien, ce que beaucoup ignorent, n’est pas seulement le bassin de Doba. Alors le consortium est déjà dans l’Est du Tchad, dans le Moyen Chari. Ils sont au nord de Moundou jusqu’au Mayo Kébi. Donc le sud du Tchad quand vous regardez la carte hydrogéologie, c’est tout le bassin qui est concerné par le projet. Nous sommes en train de militer pour que nous puissions avoir une situation globale des réserves de pétrole tchadien. Car le consortium est très malin. Ils vous disent qu’on a seulement le pétrole de Doba, il faut regarder maintenant à grande échelle et ça va concerner des milliers et des milliers de Tchadiens. Et en même temps, en terme de pollution, puisque le sud du Tchad baigne dans un bassin où les deux fleuves Logone et Chari drainent depuis le sud jusqu’au Lac Tchad. Imaginez ce que ça va comporter s’il y a des fuites quelques soient les disponibles qui seront prise. C’est des milliers et des milliers d’agriculteurs, d’éleveurs, de pêcheurs qui vont être touchés par ce projet-là. Nous même on se demande quel est le mécanisme, quel est le dispositif que nous pouvons mettre en place pour faire de telle sorte que le consortium  puisse s’occuper des paysans qui n’ont de ressources que leurs terres, leurs aliments…Or les ressources vitales sur lesquelles les paysans se reposent sont en train d’être dépossédées et détruites. Donc, il y a très peu d’efforts, il n’y a pas une politique dans ce cadre. C’est un peu de manière ponctuelle qu’on essaie de compenser certains paysans qui n’arrivent même pas à trouver leur situation de départ. Donc un travail supplémentaire reste à faire. Et on vient dans une zone, on a perturbé le système d’exploitation des paysans mais il y a aucune étude qui a été faite pour envisager le redéploiement des paysans. Comment est-ce qu’ils peuvent adapter leur système d’exploitation ancien à cette nouvelle donne, à ce nouveau contexte. En tout cas, il y a un vide à ce niveau.

Ialtchad Presse : Je vous remercie de nous avoir accordé cette interview qui a touché les points obscurs et sensibles du projet. Comme vous l’avez dit, bien que ce soit réciproque, nous avons besoin de vous pour nous informer sur le dossier du pétrole tchadien. À notre niveau, nos portes vous sont ouvertes. Notre mission consiste à informer au maximum le peuple tchadien en général, mais la jeunesse en particulier tant sur le plan national qu’international sur tout ce qui se passe dans notre pays. Ialtchad Presse que vous venez de découvrir est le premier journal électronique tchadien qui travaille dans ce sens. Tous ensembles, nous allons conjuguer nos efforts pour le devenir de notre pays. Toutefois, je vous accorde la parole pour dire un dernier mot à nos lecteurs.
Djeralar Miankeol 
: Ce que je voulais dire au sujet de cette interview, c’est que souvent, quand nous au niveau de la société civile essayons d’aider le gouvernement, essayons d’apporter notre contribution pour ce projet, on est traité comme des ennemis du pétrole. On ne veut pas que le pétrole soit exploité. Loin de là. Nous voudrions que le pétrole, tel que la BM et le gouvernement le disent, que ce projet puisse amener vraiment le changement dans le mode de vie des populations les plus démunies. C’est notre seul souci.

Comment aider le gouvernement à aller dans ce sens parce que ce n’est pas facile de faire face à ces firmes pétrolières. Même les régimes les plus puissants sont gérés par les firmes pétrolières. C’est connu les Bush (Président des États-Unis), ce sont eux qui dirigent. Donc au niveau de la société civile, on a cette chance d’avoir cette liberté au moins de parler. Parce qu’on ne peut pas nous enlever cette liberté. Tout notre souci, c’est aider le gouvernement. On l’a déjà démontré à plusieurs reprises. Les lecteurs qui certainement vont essayer de comprendre ce qui a été dit, qu’ils le comprennent dans le sens positif. Ce n’est aucunement pour bloquer l’exploitation du pétrole comme beaucoup le pensent. Mais c’est pour attirer l’attention du gouvernement et de la BM de l’expérience qu’on a connu dans les pays surtout d’Afrique où le pétrole n’a amené que des misères. Le peuple Ogoni au Nigeria par exemple, au Congo…Ce n’est pas la population qui a profité du pétrole. Donc on essaie de rappeler les gens, de faire des propositions que le gouvernement a reconnues. C’est dans ce sens qu’on continue de travailler. On n’est venu au Canada pour aider le gouvernement à faire un travail qui peut aider les Tchadiens à changer leur mode de vie. En ce qui concerne le journal Ialtchad Presse, c’est par hasard que je suis tombé sur vous. J’ai eu la chance de réaliser cette interview. Je vous encourage. Je vais aussi porter l’information du travail qui a été fait au niveau du pays et désormais nous allons garder le contact pour vous fournir des informations. Mais dans le seul souci que les choses puissent aller positivement. Donc à ce niveau, que ça soit très clair. Mais pour le travail que nous faisons, si on ne le fait pas ; qui va le faire pour nous ? Dans des grandes villes comme N’Djamena, Moundou, Sarh, il n’y a pas d’eau ni d’électricité pendant des semaines. Des gens restent sans conditions minimum de santé, d’éducation, d’eau potable etc. Comment faire pour que le gouvernement tchadien puisse créer des conditions de vie décentes aux générations futures ?

Je vous encourage beaucoup en tant que jeune.

Ialtchad Presse : - Merci

Entretien réalisé Par Ahmad Mandekor

« Comment voulez-vous qu’on aille à un dialogue qui pose comme préalable la démission du président de la République qui vient d’être élu démocratiquement ? ... (...) ...pour le moment il n’est pas question d’y associer les politico-militaires. » Hourmadji Moussa DOUMNGOR

Le Gouvernement tchadien vient de dépêcher une importante délégation ministérielle pour une mission d’information en Europe. La crise du Darfour et les nouveaux accords avec la Banque mondiale occupent une place prépondérante dans cette tournée. A l’occasion de son séjour à Paris, la délégation gouvernementale a organisé une rencontre avec les Tchadien(ne)s de France. À l’issue de ces retrouvailles, des brochures intitulées « PREUVES DE L’AGRESSION SOUDANAISE CONTRE  LE TCHAD » ont été distribuées. Cette rencontre a été suivie d’une projection de quelques images montrant la capture des « mercenaires soudanais » qui ont attaqué la capitale tchadienne en avril dernier. Une série de questions-réponses  suivie d’un buffet ont clôturé la rencontre dans une ambiance sereine et pleine d’allégresse. Ialtchad Presse a rencontré le ministre de la Communication, Porte-parole du gouvernement tchadien. Entrevue

Ialtchad Presse : Monsieur le ministre bonjour. Vous êtes en ce moment en France dans le cadre d’une tournée européenne. Quel est l’objet de votre mission ?
Hourmadji MOUSSA DOUMNGOR :
C’est une mission d’information. Trop de choses sont dites sur le Tchad, il est temps que le gouvernement informe, donne sa version des faits qui sont commentés dans un sens ou dans un autre, par rapport aux intérêts des uns et des autres. C’est une campagne d’information pour expliquer la situation telle qu’elle se présente, telle que nous la vivons et telle que nous la gérons.

Ialtchad Presse : Quelles doivent être les différentes étapes de votre périple européen ?
Hourmadji MOUSSA DOUMNGOR :
En principe, après Paris ça va être à Bruxelles. Nous avons pris des contacts, et c’est en fonction de ces contacts que nous allons poursuivre la mission qui, pour le moment, doit se poursuivre à Paris et à Bruxelles.

Ialtchad Presse : Où est-ce que votre mission vous conduira-t-elle après cette tournée européenne ?
Hourmadji MOUSSA DOUMNGOR :
Dans bien d’autres pays qui seront ciblés après la présente tournée.

Ialtchad Presse : Vous faites partie d’une délégation composée de trois ministres et d’une femme parlementaire. Cette délégation est censée tenir une conférence de presse le 25 juillet à Paris. Aujourd’hui, vous rencontrez la communauté tchadienne de France, en l’occurrence celle qui vit à Paris et en région parisienne. Qu’est-ce votre délégation entend-elle dire à vos compatriotes expatriés ?
Hourmadji MOUSSA DOUMNGOR :
Disons qu’il y a une ignorance ou bien une intoxication qui a induit un certain nombre de nos compatriotes en erreur par rapport à la perception de la situation qui prévaut au Tchad. Nous sommes venus ici pour leur dire que le Tchad a été victime d’une agression. Le Tchad a eu des difficultés avec ses partenaires en développement, ce qui a provoqué des tensions de trésoreries qui ont amené aux difficultés que nous avons en ce moment avec les syndicats avec notamment la grève sèche des hôpitaux qui a eu ces conséquences que nous connaissons. Nous avons également dit que le Tchad voulait aller au dialogue politique avec les acteurs politiques, les partis politique légalisés pour voir comment relancer la dynamique démocratique qui a fixé les échéances électorales dont l’une est l’échéance municipale qui doit avoir certainement lieu entre octobre et novembre. Suivra ensuite l’échéance législative, et pour cela il faudra que la classe politique, du moins celle qui, est au regard de la loi, anime l’expression démocratique, c’est-à-dire le régime - le pouvoir - et les partis de l’opposition puissent accorder leur violon, s’entendre sur un minimum pour que ce dialogue politique se renouer, pour que le processus démocratique se poursuive de façon sereine afin que les échéances électorales puissent être respecter, que les élections se font avec la participation de tout le monde de façon transparente. Donc quelles sont les conditions que nous devons créer ensemble. Voilà l’objet de ce dialogue qui n’a pas été très bien perçu par nos compatriotes qui ont fait l’amalgame entre une conférence nationale regroupant les politico-militaires, les associations de la société civile et les partis politiques. Nous avons essayé d’expliquer que le dialogue est une quête permanente, c’est une préoccupation permanente par rapport à soi, par rapport à sa famille dans la République, dans l’Etat. Il n’y a pas un moyen pour un dialogue précis, mais c’est par rapport aux échéances démocratiques, aux échéances constitutionnelles que nous avions estimé que s’il y a dialogue aujourd’hui, c’est un dialogue politique entre le gouvernement et les partis politiques légalisés afin de relancer le processus démocratique. Il ne faut pas l’ignorer, l’opposition a boycotté le recensement électoral, elle a boycotté l’élection présidentielle, ça veut dire que la vie démocratique risque d’être bloquée si l’opposition qui participe à l’expression démocratique ne participe pas aux élections. C’est cette préoccupation qui a amené le gouvernement à proposer aux partis politiques légalisés d’amorcer un dialogue qui permettra peut-être de dialoguer sur d’autres sujets d’intérêt national.

Ialtchad Presse : Les opposants tchadiens vivants en France sont-ils les bienvenus à cette rencontre ?
Hourmadji MOUSSA DOUMNGOR :
Tant que leurs partis sont légalisés, ils sont conviés à ce dialogue.

Ialtchad Presse : Est-ce que c’est pareil pour l’opposition armée ?
Hourmadji MOUSSA DOUMNGOR :
C’est la différence que nous faisons avec l’opposition armée. Il faut dire que l’opposition armée a posé comme exigence ces derniers temps la démission du président Deby. Comment voulez-vous qu’on aille à un dialogue qui pose comme préalable la démission du président de la République qui vient d’être élu démocratiquement ? Que vous contestiez ou pas l’élection, dès l’instant où la cour constitutionnelle a rendu son verdict qui est sans appel, sa décision s’impose à tous les démocrates. Mais si on pose comme condition le départ du président de la République, dans ce contexte le dialogue n’est pas possible. Mais les contacts sont maintenus, la recherche de la main tendue est constante pour qu’à un moment ou à un autre, les compatriotes qui sont mécontents, qui ont pris les armes trouvent un moyen de négocier, de renoncer à la violence et d’engager un dialogue politique avec le gouvernement quitte à se constituer en partis politiques. Pour le moment, étant donné les préalables posés par les politico-militaires, il nous semble qu’il ne faut pas faire de l’amalgame.

Ialtchad Presse : Le 5 juin 2006, le chef de l’Etat a lancé un appel en direction de l’opposition démocratique pour une négociation de paix au Tchad, excluant du coup toute négociation avec l’opposition armée. L’opposition démocratique a refusé de donner suite à l’appel du président. Pour elle, une négociation de paix doit se faire avec l’ensemble des tchadiens, sans exclusive. Depuis lors, l’on est dans une impasse totale. Avec votre périple actuel, le gouvernement tchadien serait-il en train de revoir sa copie pour enfin tendre la main à toute l’opposition aussi bien démocratique que politico-armée ?
Hourmadji MOUSSA DOUMNGOR :
Je vous annonce que la date du dialogue politique est connue. Cela est prévu pour le 28 juillet. Tous les partis politiques légalisés sont conviés. Dans tous les cas les problèmes du Tchad sont connus.

Ceux qui ne sont pas prêt pour venir à ce dialogue maintenant, viendront plus tard par rapport au résultat. Le plus important, c’est qu’est-ce que ce dialogue politique va produire comme résultat. Mais la date du lancement du dialogue politique est connue, ce sera dans quelques jours, le 28 juillet et tous les partis sont conviés. Mais pour le moment il n’est pas question d’y associer les politico-militaires.

Ialtchad Presse : L’opposition tchadienne de la diaspora vient de retenir les dates du 11 et 12 septembre prochain pour tenir une conférence dite « conférence de l’opposition » ici à Paris. Quel impact cela pourrait-il avoir sur le gouvernement tchadien ?
Hourmadji MOUSSA DOUMNGOR :
Disons que quand les Tchadiens se rencontrent pour discuter du problème de leur pays c’est toujours une bonne chose. De la discussion, dit-on, jaillit la lumière. Maintenant qu’est-ce qui en sortira ? Le gouvernement sera toujours attentif à ce qui sortira d’une rencontre entre tchadiens. Mais pour le moment nous n’y sommes pas conviés, pour le moment on ne sait pas quel est le programme, quel est le sujet, autour de quoi vont se focaliser les débats. Pour le moment nous attendons de voir et nous apprécierons la conclusion qui sortira de ce dialogue.

Ialtchad Presse : Est-ce que c’est pour chercher à convaincre l’opposition de renoncer à l’organisation d’un tel forum que la délégation gouvernementale se préoccupe-t-elle tant à la rencontrer ce lundi 24 juillet ?
Hourmadji MOUSSA DOUMNGOR :
Nous n’avons même pas évoqué cette question. Nous avons invité les compatriotes, les Tchadiens qui sont à Paris et qui ont besoin d’une information. Nous ne sommes pas venus à Paris pour détruire l’initiative de l’opposition. Cela n’a pas été notre préoccupation.

Ialtchad Presse : Le bras de fer qui opposait le gouvernement tchadien à la Banque mondiale vient d’avoir un dénouement heureux en faveur de l’Etat tchadien. Quels sont les tenants et aboutissants du nouvel accord qui vient d’être signé par les deux parties ?
Hourmadji MOUSSA DOUMNGOR :
Je crois que ça repose essentiellement sur l’affectation des ressources pétrolières vers les secteurs dits prioritaires qui sont l’Éducation, les Infrastructures, la Santé, l’Environnement et autres. Je crois que c’est un très bon accord qui ne peut pas être considéré comme une victoire du gouvernement tchadien mais comme une espèce de normalisation de relation entre le Tchad et ses partenaires par rapport à un différend, par rapport à un malentendu qui avait fait que les relations étaient tendues, qu’on avait quelquefois suspendu notre coopération mais maintenant les choses sont rentrées dans l’ordre après des explications franches que le Tchad a données à la Banque mondiale et aux autres partenaires. Le Tchad est toujours engagé à utiliser les ressources pétrolières pour réduire la pauvreté, pour enfin transformer le Tchad en un chantier véritablement pour le développement parce qu’en fait le fond du problème tchadien depuis des années, c’est la pauvreté. Mais s’il y a les moyens pour résoudre les problèmes essentiels du peuple tchadien, je crois que nous aurons fait un pas et les ressources pétrolières seront mises à la disposition du développement du Tchad dans les infrastructures, dans l’Éducation, dans la Santé et je crois que la Banque mondiale et tous les partenaires du Tchad ont bien compris, étant donné que nous avons également les dispositifs de contrôle de gestion des ressources pétrolières. Je crois que je ne dirai pas d’une victoire, mais, d’un heureux dénouement. Cette crise qui a pénalisé le Tchad pendant un certain moment parce qu’il nous a manqué de ressources pour continuer nos projets de développement et maintenant les choses repartent à nouveau sur de bons rails avec la Banque mondiale, c’est une très bonne chose.

Ialtchad Presse : Quelles ont été les garanties octroyées par le gouvernement tchadien qui ont suscité la Banque mondiale à accepter de débloquer la situation ?
Hourmadji MOUSSA DOUMNGOR :
La transparence totale dans la gestion des ressources pétrolières avec un dispositif qui est mis en place en accord avec la Banque mondiale.

Ialtchad Presse : En vertu de cet accord, il a été créé un fonds de stabilisation qui a supplanté le fonds pour les générations futures. Comment ce fonds pourrait-il permettre de combler le déficit de l’Etat ?
Hourmadji MOUSSA DOUMNGOR :
De toutes les façons le fonds de stabilisation ne fonctionne que quand les ressources attendues sont importantes. Ce fonds permet de maintenir une constance dans le projet de développement engagé.

Ialtchad Presse : Selon cet accord, 70 % des fonds serviront au développement et à la réduction de la pauvreté. À quoi serviraient les 30 % restants ?
Hourmadji MOUSSA DOUMNGOR :
Les 30 % des fonds restants permettront de faire fonctionner les différentes structures de l’Etat, l’administration. Vous savez que les préfectures, les gouvernorats, les sous-préfectures vivent dans des conditions extrêmement difficiles. Cela permettra donc de donner les moyens d’un renforcement des capacités de l’administration d’une façon générale.

 

Ialtchad Presse : La crise du Darfour est en train de gangrener dangereusement la situation entre le Tchad et le Soudan voire la sous-région tout entière. Au-delà de votre mission actuelle qui consiste à informer l’opinion publique européenne sur ce qui s’y passe, qu’est-ce que le gouvernement tchadien entend-il faire de concret afin que cette partie de l’Afrique puisse connaître un minimum de stabilité ?

Hourmadji MOUSSA DOUMNGOR : On avait dit, il y a un moment, qu’on était en état de belligérance avec le Soudan du fait que ce pays a formé une force importante avec des moyens importants pour agresser le Tchad, pour agresser le pouvoir à N’Djamena. Cette situation s’est stabilisée avec l’intervention d’un certain nombre de pays. Je crois que nous sommes dans une phase de désescalade avec la mission que notre ministre des Affaires Étrangères vient d’effectuer au Soudan pour réaffirmer la volonté du Tchad d’aider à la résolution du problème du Darfour qui du coup permettrait peut-être de résoudre la tension entre les deux pays. La sécurité du Tchad dépend de la sécurité au Darfour et je crois que la sécurité du Darfour dépend également de la sécurité au Tchad. Les deux pays n’ont aucun intérêt à ce que la tension qui existe en ce moment puisse se poursuivre. Le Tchad est engagé dans la recherche d’une solution de paix avec le Soudan et naturellement nous attendons la réponse du Soudan par rapport aux hommes qu’il a armés puissamment et qui sont prêts à attaquer le Tchad. En fait la balle est dans le camp du Soudan en ce moment.

Ialtchad Presse : Le régime tchadien n’a-t-il pas une part de responsabilité dans cette crise ?
Hourmadji MOUSSA DOUMNGOR :
(Hésitation) De quelle nature ?

Ialtchad Presse : Quelle qu’elle puisse être !
Hourmadji MOUSSA DOUMGOR :
Responsabilité, non. Il y a des rébellions au Darfour certes. Des rébellions soudanaises. On a pensé que le Tchad aidait quelques factions de ces rébellions. Mais je peux vous affirmer qu’aucune de ces rébellions n’a aucune base militaire au Tchad. Voilà toute la différence. Mais dans le contexte, le Tchad a toujours mené une médiation. Évidemment il y a de rebelles qui viennent à N’Djamena, qui repartent parce que le Tchad, engagé dans le dialogue, essaye d’avoir des contacts avec les uns et les autres pour nouer le dialogue.

Ialtchad Presse : La mission de l’Union africaine pour le Soudan vient de collecter 200 millions de dollars, sur les 450 millions qu’elle souhaitait obtenir, à Bruxelles. Pensez-vous que cette mission parviendrait à mobiliser les moyens humains et logistiques nécessaires pour assurer la sécurité des populations civiles ?
Hourmadji MOUSSA DOUMNGOR :
Cela est à voir. Les besoins sont là, sont exprimés. Ils sont défendus par le Tchad et par les organisations. Nous souhaitons simplement que les ressources soient suffisantes pour régler tous ces problèmes.

Ialtchad Presse : Le président Deby vient de limoger deux de ses ministres jeudi 20 juillet 2006 pour détournement de plusieurs dizaines de millions de francs CFA. Les deux ministres sont actuellement placés en garde à vue et devront répondre de leurs actes devant la haute cour de justice de N’Djamena. Comment interprétez-vous le comportement de vos deux collègues ?
Hourmadji MOUSSA DOUMNGOR :
C’est une lutte qui est engagée depuis quelques temps, avec la création du Ministère de la moralisation et du contrôle général de l’Etat. N’importe quel citoyen qui se trouverait dans cette situation sera appelé à justifier, à répondre de ses actes. Ce n’est pas parce qu’ils sont des ministres qu’ils soient épargnés. Tous les citoyens qui se mettraient dans cette situation répondront de leurs actes.

Ialtchad Presse : Vous sentez-vous solidaires d’eux ou condamnez-vous leurs actes ?
Hourmadji MOUSSA DOUMNGOR :
Quand quelqu’un n’est pas encore jugé, je crois qu’il a la présomption d’innocence. En l’état actuel des choses, je ne peux pas les accuser d’avoir détourné ou de n’avoir pas détourné des sous.

Ialtchad Presse : Comment jugez-vous l’attitude du chef de l’Etat tchadien qui n’hésite pas à se désolidariser de ses ministres puis les mettre à la disposition de la justice lorsqu’ils commettent une faute lourde ?
Hourmadji MOUSSA DOUMNGOR :
C’est une question de responsabilité. Aucun citoyen n’est au-dessus de la loi. Nous avons une loi qui réprime un certain nombre de délits et dans ce contexte-là le chef de l’Etat est le garant de la justice, le garant des institutions.

Ialtchad Presse : Est-ce autant dire qu’en réprimant sans merci les délinquants qui se révèlent au sein du gouvernement, le régime voudrait-il désormais prouver sa détermination de rompre avec la mal-gouvernance et plutôt promouvoir la bonne gouvernance au Tchad ?
Hourmadji MOUSSA DOUMNGOR :
Le chef de l’Etat l’a déjà réaffirmé plusieurs fois.

Ialtchad Presse : Monsieur le ministre, merci.
Hourmadji MOUSSA DOUMNGOR :
Je vous en prie et tout le plaisir est pour moi.

Propos recueillis par Mohamed Ahmed KEBIR
Correspondant Ialtchad Presse

 

 

Le procès de Hissein Habré au Tchad comporte beaucoup de risque. Cela risquera d’être dramatique et périlleux à cause de la rancune et la haine de la population en son encontre. Il n’aura aucune chance de survivre à son arrivée à l’aéroport de N’Djamena. Il sera lynché.

Ismaïl Hachim, président de l’Association des Victimes de crimes et Répression Politique au Tchad (AVCRP) est à Dakar. Lui-même victime du régime Habré, c’est pour une deuxième fois qu’il est dans la capitale sénégalaise. Débouté en 2000 par la justice sénégalaise qui s’était prononcée incompétente pour juger Hissène Habré pour des crimes commis au Tchad, M. Hachim croit que cette fois-ci est la bonne. Pour lui la disposition « transitoire » belge permettra à la justice sénégalaise d’extrader l’ancien président tchadien afin qu’il soit jugé en Belgique.

C’est par rapport à cette affaire que M. Ismail Hachim nous a reçus  au siège de la Rencontre Africaine de la Défense des Droits de l’Homme (RADDHO) sis Avenue Seydou Nourou Tall Villa N°4024. Après les « salamalecks » coutumières et un bref échange en arabe tchadien, nous avons entamé l’entrevue. C’est un homme calme, attentif et disposé qui a répondu à toutes nos questions sur le combat qu’il mène. D’entrée de jeu il lance « mon but est d’informer l’opinion publique tchadienne et internationale sur le bien-fondé de notre poursuite judiciaire à l’encontre de H.Habré ». L’homme n’a rien oublié de son malheureux séjour dans les geôles de la redoutable Direction de la Documentation et de Sécurité (DDS). Il veut que justice soit rendue en la mémoire des 45.000 disparus durant le règne de fer d’Hissein Habré.

Ialtchad Presse : Bonjour M. Ismaïl Hachim, vous êtes le président de l’Association des Victimes, de Crimes et Répression Politique au Tchad. Pourquoi cette ONG a été créé ?
Ismaël Hachim Abdallah : D’abord merci. Notre ONG dénommée Association des Victimes, de crimes et Répression Politique au Tchad (AVCRP) est issue des circonstances extrêmement difficiles et catastrophiques, suite à la chute de Hissène Habré le 1er décembre 1990. Nous nous sommes retrouvés avec des milliers des victimes parmi lesquelles on y dénombre des orphelins, des handicapés, des veuves, des  rescapés des prisons. Tous étaient traumatisés et déstabilisés mentalement. Et tous ne savaient à quel saint se vouer. Ces milliers de personnes souhaitent que justice leur soit rendue et aspiraient à une réintégration dans la société tchadienne. Elles ont alors estimé nécessaires de s’organiser en association dans un cadre juridique légal pour faire prévaloir leurs droits autrefois bafoués. C’est ainsi qu’est née notre Association.

Ialtchad Presse : Quelle est votre mission et quels sont vos objectifs ?
Ismaël Hachim Abdallah : Notre mission est la défense des intérêts moraux et matériels des victimes de la répression. Pour cela nous avons procédé d’abord à identification des victimes, à l’inventaire de leurs biens spoliés et plaidons jusqu’au aujourd’hui leur cause afin que l’Etat tchadien les indemnise. Nous interpellons le pouvoir public et dénonçons toutes formes d’atrocités qui portent atteintes aux droits humains. Et nous militons pour qu’enfin des cruautés, comme par le passé, ne se répètent plus jamais au Tchad. Enfin, nous cherchons à donner un exemple au reste du monde en véhiculant un message de paix et de justice sociale. Nous avons deux objectifs principaux :

- Au niveau national, nous n’avons pas ménagé nos efforts pour convaincre le pouvoir en place de se débarrasser de nos anciens tortionnaires, bourreaux et complices du régime déchu. Et permettez-moi de vous annoncer que  nous avons réussi grâce à aux pressions exercées sur le gouvernement tchadien à relever de certains postes de responsabilité les personnes impliquées pour des atteintes et des violations massives des droits humains. Ces personnes doivent être désormais mises à la disposition de la justice et nous nous en réjouissons. Il faut dire que c’est un acte historique très important qui permettra à la société tchadienne de renouer avec la stabilité, la paix et la justice sociale.

-Au niveau international, nous sommes associés aux ONG internationales pour traduire en justice Hissène Habré et ses complices.

Ialtchad Presse : Comment avancent vos démarches auprès des officiels sénégalais ?
Ismaël Hachim Abdallah : Il y a cinq ans, ici même à Dakar, nous étions déçus par la justice sénégalaise qui s’était prononcée incompétente pour juger Hissène Habré. Nous nous souvenons bien du courrier qu’a adressé aux victimes tchadiennes,  le président Abdoulaye  Wade lorsqu’il était dans l’opposition. M. Wade a clairement dit, à l’époque, qu’une fois qu’il accéderait au pouvoir, il livrerait Habré à la justice. Aujourd’hui, il est au pouvoir. Et Habré n’est toujours pas jugé. Nous étions obligés d’explorer d’autres horizons où nous pourrions faire valoir nos droits.  Nous nous sommes rendu comptes alors que le Sénégal a ratifié la convention internationale des Nations Unies contre la torture, donc il pourrait faire « l’affaire ». Nous sommes donc ici pour sensibiliser l’opinion publique sénégalaise et internationale. Mais surtout nous adresser aux confréries musulmanes, entres autres ; Tijanes et Mourides. Des confréries très influentes politiquement au Sénégal. L’objectif est de leur demander de convaincre le président Abdoulaye Wade de remettre à la disposition de la justice Hissène Habré pour qu’il réponde des graves et multiples violations des droits humains commis sous sa gouverne. Voilà le but de notre déplacement ici à Dakar.

Ialtchad Presse : Comment avez-vous été accueilli par la société civile sénégalaise ?
Ismaël Hachim Abdallah : Nous avons été accueillis à bras ouvert par le très paisible peuple sénégalais. La société civile sénégalaise s’est mobilisée pour nous venir en aide. C’est grâce à elle que nous parcourrons les chancelleries étrangères accréditées au Sénégal pour les allier à notre cause. Mais il faut dire que nous avons remarqué ici que Habré a menti au peuple sénégalais et nous sommes là pour le démentir.

Ialtchad Presse : Avez-vous le soutien des autorités tchadiennes dans les démarches entreprises  pour extrader Hissène Habré ?
Ismaël Hachim Abdallah : Oui, nous avons le soutien des autorités tchadiennes. Je dois vous dire que le gouvernement tchadien a commencé par collaborer au niveau des entraves liées au volet international. Premièrement, N’Djamena a procédé à la levée de l’immunité de H.Habré. C’est pour la première fois au monde qu’un  pays lève l’immunité de son ancien président. Deuxièmement, les autorités tchadiennes ont donné l’autorisation à la commission rogatoire de venir au Tchad faire des investigations et accéder aux archives de la DDS. Donc à ces niveaux, rien à craindre.

Ialtchad Presse : Pourquoi vous ne réclamez pas que H.Habré soit jugé au Tchad ?
Ismaël Hachim Abdallah : Le procès de H.Habré au Tchad comporte beaucoup de risque. Cela risquera d’être dramatique et périlleux à cause de la rancune et la haine de la population en son encontre. Il n’aura aucune chance de survivre à son arrivée à l’aéroport de N’Djamena. Il sera lynché. Ce n’est pas le but 

Ialtchad Presse : Pourquoi vous n’avez jamais fait des pressions sur le gouvernement tchadien afin que H.Habré soit jugé au Tchad, devant les Tchadiens par exemple ?
Ismaël Hachim Abdallah : Si nous n’avions pas opté pour cette voie, c’est parce que nous estimons que H.Habré a fait de nombreuses victimes et endeuillé des milliers des familles tchadiennes. Pour ce fait, nous craignons pour sa vie au Tchad. Car les familles des victimes seront tentées de se faire justice au détriment du droit. Nous sommes pour un procès équitable. Habré a droit une défense. Voilà pourquoi il est souhaitable que ce procès se tienne dans un autre pays que son pays d’origine.

Ialtchad Presse : Les victimes tchadiennes ont-elles été indemnisées ?
Ismaël Hachim Abdallah : Nous avons mené une campagne pour sensibiliser le gouvernement sur cette question afin qu’il indemnise les victimes. Nous avons recouru aux avocats pour ficeler un dossier juridique. Nous l’avons soumis au gouvernement sous forme des propositions. Et les autorités tchadiennes nous ont promis de soutenir ces propositions. Pour l’instant nous attendons.

Ialtchad Presse : Pourquoi votre organisation s’acharne-elle seulement contre Habré ?
Ismaël Hachim Abdallah : Non. Nous ne nous acharnons pas contre Habré seul. C’est contre tout un système. Raison pour laquelle on parle de Habré et de ses complices, des bourreaux et des tortionnaires. Comprenons-nous bien, le système c’est la DDS. Une puissante machine répressive rattachée à la présidence et qui était à l’époque un Etat dans un État. Nous n’épargnons personnes. Il y a H.Habré et ses co-auteurs.

Ialtchad Presse : Hissène Habré et Idriss Deby ont marqué le Tchad de 1982 à 1990, le procès Habré peut-il se tenir sans Deby ?
Ismaël Hachim Abdallah : Je crois que c’est deux choses qu’il ne faut pas confondre, même si le dossier date de cette époque. Nous tenons à préciser qu’au niveau national des poursuites sont engagées contre les anciens agents de la DDS et à l’échelle internationale contre Habré. Mais le président Deby ne figure pas dans notre programme. Car lui aussi était victime de cette répression même s’il était l’ancien chef d’état-major de Habré. La preuve est qu’il a combattu ce régime. Autre chose importante : Deby est président de la République du Tchad et jouit d’une immunité présidentielle. Nous devons plutôt demander à Deby de soutenir notre combat. Et nous ne pouvons en aucun cas de figure le poursuivre.

Ialtchad Presse : Qu’allez-vous faire pour convaincre l’opinion sénégalaise et africaine très réticente pour l’extradition de Habré vers la Belgique. Parce qu’elle estime que même le président Deby doit répondre sur sa part de responsabilité durant la terreur de DDS sous Habré ?
Ismaël Hachim Abdallah : Je pense que nous possédons des éléments des preuves irréfutables grâce aux documents et aux archives qui témoignent l’ampleur des atrocités. S’agissant de la confrérie « Tijanes »  dont le soutien à H.Habré est  avéré. Celle-ci est encore sous informée. Nous espérons bien la convaincre dans les jours à venir. Quant à l’opinion africaine, je dois dire qu’elle-même était la victime de Habré. Pour le président Deby, il a lui-même perdu la majorité des membres de sa famille. Bref, c’est à la justice d’apprécier la situation.

Ialtchad Presse : Quelle est la situation des droits humains sous le régime actuel ?
Ismaël Hachim Abdallah : Comparativement au régime de Habré, où le peuple était bridé et laminé, dépossédé de sa liberté, il y a lieu de dire ici que sous le régime actuel, le peuple tchadien jouit de sa liberté et de son intégrité. À l’époque, circuler à l’intérieur du Tchad posait problème. Aujourd’hui, la liberté de circulation des personnes et de leurs biens est un fait réel. Le message de mon organisation au peuple tchadien est de leur demander de s’organiser davantage pour lutter contre toutes autres formes des restrictions des libertés publiques.  

Ialtchad Presse : En dépit d’un impressionnant soutien international acquis à votre cause, vous ne parvenez toujours pas à ébranler le dispositif juridique sénégalais. De même, les officiels sénégalais sont restés de marbre face à la pression. Selon vous qu’est ce qui  bloque ?
Ismaël Hachim Abdallah : Il est très tôt de parler des blocages. Nous sommes en pleines démarches à tous les niveaux. Donnons le temps à la justice sénégalaise de traiter le dossier conformément au délai requis.  

Ialtchad Presse : Quelle lecture faites-vous des déclarations du président Abdoulaye Wade et de son ministre des Affaires Étrangères Cheikh Tijani Gadjo. Tous deux disent s’en remettre à la justice de leur pays ?
Ismaël Hachim Abdallah : Nous ne sommes pas surpris par ces déclarations. Nous connaissons bien le président Wade dont la position est toujours complexe à cerner dans cette affaire. Le fait de dire de s’en remettre à la justice de son pays est pour lui un moyen de refuge. D’autant plus que la justice manque d’indépendance et nous savons cela. Vous savez cette affaire est trop politisée au point qu’il nous est aussi difficile de mieux comprendre l’intention réelle des gens.  

Ialtchad Presse : Qu’en pensez-vous lorsque l’on dit que l’affaire Habré est une question politico-judiciaire qui mérité aussi un traitement politique et juridique ?
Ismaël Hachim Abdallah : Justement, c’est à cause de son caractère politique que nous sillonnons toutes les représentations diplomatiques occidentales et africaines pour leur demander de bien vouloir nous trouver une solution à cette question politique. Au niveau juridique, nous comptons sur la pression du peuple sénégalais sur l’appareil judiciaire. Le but, c’est de réussir à associer le politique au juridique pour obtenir l’extradition de Habré.

Ialtchad Presse : Si jamais H.Habré est extradé. Ne craignez-vous pas qu’il fasse un déballage qui compromettre la cohésion sociale déjà précaire Tchad?  
Ismaël Hachim Abdallah : Depuis quinze ans règne au Tchad une stabilité politique. Le peuple est mûr pour consolider cet acquis qu’est l’unité nationale. Je pense donc que Habré n’est plus en possession de ses moyens pour influencer sur la scène tchadienne. De plus, le procès aurait lieu à l’étranger.

Ialtchad Presse : S’il n’est pas extradé ?
Ismaël Hachim Abdallah : Nous verrons bien. Nous sommes une coalition et nous prendrons ensemble les décisions adéquates devant une telle éventualité.

Ialtchad Presse : Hissène Habré est un ancien chef d’Etat africain, avec son procès prendra effet cette disposition de compétence universelle. Qu’est-ce que vous en dites ?
Ismaël Hachim Abdallah : Le fait de juger Habré entre dans cette logique. Celle de rompre avec l’arbitraire, l’injustice érigée en règles par quelques dirigeants de  ce monde sur des paisibles populations. La mise en application de cette disposition de compétence universelle serait sûrement dissuasive pour certains dirigeants politiques qui oppriment leurs peuples. J’encourage son application.

Ialtchad Presse : Les États-Unis et l’Israël ne souhaitent pas que leurs ressortissants comparaissent devant une juridiction étrangère au nom de cette loi. Comment trouvez-vous leur position ?
Ismaël Hachim Abdallah : Si aujourd’hui cette loi est en souffrance c’est parce que certaines grandes nations s’illustrent par le mauvais exemple. Je déplore qu’elles mettent tous les moyens pour torpiller l’avancée de cette loi.

Ialtchad Presse : Merci M. Hachim
Ismaël Hachim Abdallah : C’est moi qui vous remercie.

Entretien réalisé par Makaila Nguebla, correspondant à Dakar

Le Sénégal a-t-il les coudées franches pour Juger Hissène Habré ?

L’Afrique vient de donner un énergique coup de pied dans la fourmilière de l’impunité, pensent les observateurs en matière des droits humains  présents à Banjul lors du sommet de l’Union africaine. Dans la capitale gambienne, Les chefs d’Etat du continent noir, dont certains n’ont rien à envier au  présumé criminel Hissène Habré, ont « confié » le sort de ce dernier à la justice sénégalaise, sous la bienveillance de son président Abdoulaye Wade ; celui-là même qui avait déclaré en 2001 en pleine tempête politico-judiciaire autour de cette affaire, que sous sa présidence Hissène Habré ne sera jamais jugé au Sénégal.

Est-ce encore un engagement sans lendemain ? Pour comprendre l’état d’esprit actuel de la classe dirigeante de Dakar autour du président Wade (porteur de ce lourd défi continental vis-à-vis du monde), nous donnons la parole à un expérimenté journaliste sénégalais, correspondant à Genève du quotidien gouvernemental « Le Soleil » et directeur de publication du journal en ligne « Continent premier ». El Hadj Gorgui Ndoye Wade suit depuis des années le dossier Habré dans l’ « antre » onusien du bout du lac Léman, notamment à la Commission des droits de l’Homme. 

Ialtchad Presse : Le dimanche 2 juillet, à Banjul, le Sommet de l’Union africaine, a finalement convaincu le Sénégal de juger l’ancien dictateur tchadien Hissène Habré. Quel commentaire vous inspire cette décision ?
El Hadj Gorgui Ndoye Wade :
C'est une très bonne nouvelle qu'Hissène Habré, accusé d'avoir commis des assassinats et des tortures de diverses sortes sur près de 40.000 personnes, selon ses détracteurs, puisse enfin être jugé. Il est évident que le président Habré ne peut pas éviter ce procès éternellement. C'est d'ailleurs mieux pour son honneur et celui de sa famille. Pour moi, c'est essentiel que le Continent noir, devenu adulte, se prenne totalement en charge en organisant ce procès.   

Ialtchad Presse : Le Sénégal peut-il, sans coup férir, assumer cette responsabilité inédite en Afrique, juger un ancien chef d’Etat étranger ?
El Hadj Gorgui Ndoye Wade :
Les autorités sénégalaises, dans l'attente de la décision de l'Union africaine, n'avaient pas commenté la décision. Pour sa part l'ONG américaine Human Rights Watch, soulagée, nous a déclaré par la voix de son conseiller spécial Reed Brody que " cette décision du Comité constitue un grand mérite car elle permet désormais de replacer dans un champ strictement juridique, une affaire qui risquait de tomber dans un feuilleton politique". Décision sans précédent car c'est donc pour la première fois que le Comité statue sur la Compétence universelle obligatoire d'un pays dans lequel se trouve un présumé tortionnaire. En réalité, affirmait Reed Brody, " Ce n'est pas en transférant le dossier Habré à l'Union Africaine que le Sénégal pouvait se dérober de ses obligations et ses responsabilités envers la Communauté Internationale". L'affaire Habré est un véritable cas d'école. Le Sénégal aura donc à juger une affaire déjà jugée. En plus le climat politique et social à la veille des élections présidentielles va-t-il permettre au juge sénégalais de se pencher avec sérénité sur ce dossier? Affaire à suivre.

Ialtchad Presse : Approuvez-vous l’avis de certains experts présents à Banjul qui prévoient déjà une longue et épuisante tergiversation des autorités sénégalaises dans l’exécution de ce procès ?
El Hadj Gorgui Ndoye Wade :
Pour être honnête, le Sénégal n'a jamais caché sa volonté de trouver les voies et moyens d'assurer un procès équitable à M. Habré. Il faut aussi rappeler que l'actuel président du Sénégal a hérité ce dossier de son prédécesseur M. Diouf. Hissène Habré bénéficie bel et bien de l'asile politique accordé par Abdou Diouf, président du Sénégal de l'époque. Quand ce dernier a accepté d'accueillir M. Habré, il n'était pas au courant des accusations qui pesaient sur celui qu'on désigne maintenant par le terme « Pinochet africain ». Vous savez bien que la justice est lente et obéit à des procédures délicates. Dès lors que Abdoulaye Wade a accepté la décision de ses pairs africains, je ne vois plus d'obstacles majeurs à la tenue correcte et rapide de ce procès tant attendu. C'est aux juges de dire le Droit et j'espère qu'il en sera ainsi. L'affaire, pour moi, a définitivement quitté le terrain politique pour se situer dans le champ juridique.

Ialtchad Presse : Pourquoi la réforme législative transcrivant dans le droit interne la Convention de l'ONU contre la torture, et permettant de juger au Sénégal un étranger pour des crimes contre l'humanité commis à l'étranger, n’est-elle toujours pas adoptée ?
El Hadj Gorgui Ndoye Wade :
C'est un manquement selon moi. Depuis 1986, date de la ratification de ladite Convention, le Sénégal devait se donner les moyens d'aménager sa législation afin d'être en phase avec ses engagements internationaux. Maintenant, je pense que la procédure suivra son cours et M. Habré sera jugé comme le réclament ses supposées victimes, la société civile, le Comité des Nations Unies contre la torture et l'Union Africaine.

Ialtchad Presse : N’y aurait-il des blocages politiques, comme par le passé ?
El Hadj Gorgui Ndoye Wade :
Abdoulaye Wade est quelqu'un qui dit haut ce qu'il pense. Et je pense que cette affaire est déjà réglée dans sa tête après ses différentes hésitations.

Ialtchad Presse : Selon vous, pourquoi le président sénégalais a-t-il tourné casaque (dire oui au procès après avoir dit non depuis des années) ?
El Hadj Gorgui Ndoye Wade :
Certes, le président Wade a dû ménager les amis sénégalais de M. Habré qui, rappelons-le, est africain et a résisté face à l'impérialisme américain, français et à son puissant voisin le colonel Khaddafi. Habré n'est pas n'importe quel accusé. En plus, il était normal que, par rapport à nos traditions africaines de Moolaadé ou le droit d'asile, le Sénégal lui accordât l'asile politique. Par ailleurs, Abdoulaye Wade est un professeur de Droit. Il est aussi un panafricaniste. On peut tout lui enlever sauf ça. Mais il est aussi un fin stratège politique. Il s'est accommodé dans ses " nuances". En outre, se définissant comme un démocrate et l'un des présidents africains les mieux élus, pouvait-il ignorer les recommandations amicales et fermes des Nations Unies?

Ialtchad Presse : Hissène Habré devant la Justice sénégalaise et Charles Taylor devant la Justice internationale basée aux Pays-Bas. Quelle est votre opinion sur cette différence de sort entre ces deux anciens chefs d’Etat africains ?
El Hadj Gorgui Ndoye Wade :
Habré a eu la chance d'avoir reçu l'hospitalité d'un pays comme le Sénégal où on refuse le déshonneur et l'humiliation. Un pays fidèle à la France mais enraciné dans ses fortes traditions africaines et d'ouverture au reste du monde. Personne ne pouvait se permettre de venir « cueillir » M. Habré comme un chien au Sénégal. Maintenant, Taylor, c'est autre chose. Nous Sénégalais, nous sommes en majorité des musulmans et des francophones conséquents. Nous avons hérité du Coran et de la Déclaration Universelle des droits de l'Homme. Je trouve honteux pour ma part qu'un président d'Afrique ayant commis ses supposés crimes en Afrique, puisse être extradé pour un jugement ailleurs qu'en Afrique. C'est encore un mépris affiché contre notre continent et rabaisser l'homme noir qu'on continue à montrer comme un "barbare". Il est évident que la situation politique des pays concernés dans cette affaire n'est pas la même.

Ialtchad Presse : Cette décision « africaine » peut-elle être considérée comme la première déclaration de guerre du continent noir contre l’impunité ?

El Hadj Gorgui Ndoye Wade : Je suis un fervent défenseur des droits humains. Je suis farouchement opposé à toute violation des droits de l'homme où qu'elle se produise dans le monde. Pour moi, l'impunité n'a plus sa raison d'être au 21ème siècle si les êtres humains sont nés égaux. Évidemment, nous assistons à un lent mais solide processus de démocratisation et d'ancrage de l'Etat de Droit en Afrique. M. Eric Sottas, directeur de l'Organisation mondiale contre la torture (OMCT) qui connaît bien le dossier considérait que « Dans le fonds, on aurait pu juger Hissène Habré depuis longtemps tant au Sénégal qu’au Tchad. Mais pour des raisons politiques on ne l’a pas fait. » Il a ensuite ajouté: « J’espère que le cas du Président Habré, constituera un précédent (pas une vengeance) pour que les droits des victimes soient reconnus et que ceux qui ont été leurs tortionnaires soient jugés et sanctionnés. » Il a conclu en disant qu’il y a « beaucoup d’Hissène Habré qui doivent être avertis car il faut lutter contre l’impunité.»

Mais ne nous leurrons pas, nos dictateurs africains ont eu toujours la bénédiction de l'Occident dit démocratique. Charles Taylor était partout accueilli en Europe et aux États-Unis. On lui déroulait le tapis rouge. Dans la complaisance. Tant que les intérêts occidentaux le justifiaient. Revenons à Habré. C'est connu! Les États-Unis et la France ont soutenu Habré, ils l'ont considéré comme un rempart contre le leader libyen Muammar Kaddhafi. Il a bénéficié sous Ronald Reagan de l'appui de la CIA. On l'a aidé à prendre le pouvoir, à entraîner ses hommes. Malgré l’enlèvement par Habré et ses hommes, alors en rébellion contre le pouvoir central, de l'anthropologue française Françoise Claustre en 1974 et le meurtre du Capitaine Galopin venu négocier la libération de sa compatriote en 1975, la France a également soutenu Habré contre la Libye en lui procurant armes, soutien logistique et renseignements, et en lançant les opérations militaires « Manta » (1983) et « Épervier » (1986). Mais comme la France a toujours cherché une alternative à Habré, elle n’a pas hésité à appuyer la rébellion d’Idriss Déby. Autre paradoxe, la Commission d’Enquête sur les crimes de M. Habré recommandait dès 1992 d’engager des poursuites judiciaires contre les auteurs des atrocités, mais le gouvernement actuel du Tchad n’a jamais cherché l’extradition de Habré du Sénégal, ni n’a engagé des poursuites contre ses complices restés au Tchad. Comment juger Habré ou même le condamner au besoin en disculpant Idriss Deby son ex - bras droit?

Un autre élément qui me fait peur, c'est cette propension à l'ethnicisation de tous les conflits en Afrique. On accuse Habré, issu de l'ethnie des Gorane, d'avoir commis des assassinats et des tortures sur des personnes qui seraient notamment des Sara et d’autres groupes du Sud, des Hadjeraïs et des Zaghawas en oubliant de porter un regard sur cette lutte pour l'accès aux ressources, l'analphabétisme la pauvreté, la dictature des multinationales. Il faudra donc penser à lutter contre les causes même de la déliquescence de l'Etat de Droit en Afrique.

Propos recueillis par Frank Kodbaye

« Vous savez que depuis quarante ans, nous avions privilégié la prise du pouvoir par les armes. Nous nous sommes rendu compte que rien n’a été réglé. On n’a fait que repousser les problèmes à d’autres moments donnés et finalement on retombe sur les mêmes problèmes... » Massalbaye Tenebaye

Professeur de Lettres et militant des droits de l’Homme, Massalbaye Tenebaye a été Secrétaire général de la Ligue Tchadienne des droits de l’Homme pendant dix ans. Actuellement il est président de la Ligue Tchadienne des Droits de l’Homme et vice-président de l’Union Inter-Africaine des Droits de l’Homme (UIDH). Il est membre du Comité de Suivi de l’Appel à la Paix et à la Réconciliation. A l’occasion de la tenue de la conférence de presse en duo avec Delphine Djiraïbé à Paris, il ne s’est pas dérobé aux questions que Ialtchad Presse lui a posées.

Ialtchad Presse : Massalbaye Tenebaye Bonjour. Pourquoi une Conférence de presse à Paris ?
Massalbaye Tenebaye : Notre présence à Paris participe d’une dynamique d’information et de plaidoyer pour amener davantage d’adhésions à notre projet d’organiser un dialogue national qui regrouperait tous les Partis. Ce travail se fera à l’intérieur du pays. Nous avons installé des comités locaux dans les principales villes du pays. Nous avons organisé deux «Foras» thématiques qui sont des forums des femmes pour exprimer toute la problématique de la question de la femme dans le cadre du développement de la paix ; l’organisation d’un forum des jeunes. Tous ces forums ont été organisés en janvier à N’Djamena. Début février, il y a eu également l’organisation de deux «Foras» régionaux : le premier à Abéché et le second à Moundou où les différentes sensibilités se sont retrouvées pour réfléchir sur les conditions de préservation d’une paix réelle. Cette dynamique que nous avons lancée est une dynamique populaire qui œuvre en faveur de la Paix à l’intérieur et à l’extérieur du Pays. En France, ici, nous sommes venus pour organiser une campagne d’information pour demander aux forces en présence, aux responsables politiques français, aux responsables politiques des autres pays également et la société civile en France de soutenir notre action en faveur de la Paix au Tchad.

Ialtchad Presse : Pensez-vous que l’opposition armée soit franchement favorable pour s’asseoir autour d’une table de négociation avec Idriss Deby sachant que celui-ci est affaibli sur tous les plans d’une part et que, d’autre part, ses principaux généraux viennent de le quitter ?
Massalbaye Tenebaye : C’est ce qui nous des raisons de croire qu’il faut agir vite, agir maintenant. Il est clair que nous ne sommes pas sur le terrain pour pouvoir évaluer la puissance de feu des foyers des rebellions, des structures politico-militaires. Cependant ces forces constituent un atout non négligeable sans lequel la paix ne pourra se réaliser.

Ialtchad Presse : Avez-vous contacté les politico-armés pour leur faire vos propositions qui s’inscrivent dans une logique d’instaurer une paix durable au Tchad ?
Massalbaye Tenebaye : Je note que depuis un certain temps, à travers le discours que tiennent les principaux responsables des rebellions armées, c’est qu’il faut aller à un dialogue, il faut aller à un forum, il faut aller à une sortie de crise. Cela adhère à notre projet d’organisation, avec tout le monde, d’un cadre de dialogue national pour une paix globale, pour ce processus national de résolution de crise. Et c’est en cela que nous estimons qu’il faut, au-delà n’est-ce pas des prises de positions radicales, qu’il s’agisse côté rébellion ou côté Idriss Deby, éviter que les populations tchadiennes retombent une fois encore dans l’horreur et dans l’enfer. Vous savez que depuis quarante ans, nous avions privilégié la prise du pouvoir par les armes. Nous nous sommes rendu compte que rien n’a été réglé. On n’a fait que repousser les problèmes à d’autres moments donnés et finalement on retombe sur les mêmes problèmes.

Le problème tient à deux choses : La gouvernance politique et la gouvernance économique. Il faut un partage juste et équitable de toutes les ressources. Il faut donc un espace de liberté. Liberté d’expression ; Liberté politique ; Liberté d’énergie donc créer les conditions de développement y compris la question de l’armée. Ce sont là les problèmes de fond. Tant qu’on ne règle pas ces problèmes de fond, on ne peut pas parler de démocratie, on ne peut pas parler de développement. On peut prendre le pouvoir par les armes aujourd’hui mais si on ne cherche pas à résoudre ces problèmes, on va se faire renverser encore par d’autres puissances. Et nous voulons mettre un terme à cela.

Ialtchad Presse : Avec ou sans Idriss Deby ?
Massalbaye Tenebaye : Les Tchadiens décideront. Il faut donner la possibilité aux Tchadiens de choisir le président de la République qu’ils souhaiteraient voir à la tête du pays, l’homme qu’il faut à la place qu’il faut.

Ialtchad Presse : Comment donner cette possibilité aux Tchadiens ?
Massalbaye Tenebaye : Par le dialogue ; Par les discussions ; Par la résolution pacifique de ces conflits. Nous ne voyons pas d’autres alternatives.

Ialtchad Presse : Je vous remercie Massalbaye Tenebaye.
Massalbaye Tenebaye : Merci.

Ialtchad Presse : Seize ans durant, le dialogue n’a pas cessé d’être amorcé dans ce pays. Mais il n’a jamais porté ses fruits. Pensez-vous que les Tchadiens vont désormais croire au dialogue de chimère ?
Massalbaye Tenebaye : Ce n’étaient pas de véritables dialogues. Qu’il s’agisse de la CNS, rappelez-vous, qui a été biaisée complètement. La CNS a été imposée par la pression des forces sociales et de l’opinion internationale. Le régime a été obligé d’organiser la Conférence Nationale Souveraine. Vous voyez bien que ça a été biaisé même si cela a dessiné le cadre du processus démocratique, de libéralisation de la vie publique. On a installé des institutions républicaines : Assemblée nationale ; Justice ; On a organisé les élections bref, toutes ces institutions ont été déviées de leurs missions, sont confisquées par le régime. On a vu que ça a créé des mécontentements. Des foyers de rébellions se sont créés par-ci par-là. Il y a eu des accords de paix, mais des accords de paix de seigneurs de guerre. Une fois de plus, ce n’étaient pas de réconciliations puisqu’elles se sont soldées dans la tragédie parce que les personnes qui ont signé ces accords de paix, qui étaient des opposants, ont été finalement presque toutes assassinées les unes après les autres. Depuis plus de dix ans, nous n’avions cesse de réclamer que la question tchadienne soit traitée par un règlement global à travers les problèmes de fond et non à travers des ralliements, à travers des accords autours des intérêts juteux. Tant qu’on va dans ce sens, on n’avancera pas. Aujourd’hui, la vérité est là. Elle crève les yeux. On retombe aujourd’hui dans une crise jamais traversée par la passé.

Ialtchad Presse : Quelle est la position d’Idriss Deby par rapport à vos démarches ?
Massalbaye Tenebaye : Je crois qu’il faut être un peu d’une dose de lucidité. Aujourd’hui, nous, en tant qu’organisation de la société civile, nous nous positionnons en facilitateurs, en médiateurs. À partir de ce moment, nous n’aurons pas à juger. Dans tous les cas, le processus que nous engageons aujourd’hui est un processus qui n’exclue personne. Après tout, d’ici jusqu’à juin, le président Deby reste président de la République. Le processus que nous engageons ne peut pas l’exclure. Il est une pièce qui compte sur l’échiquier tchadien et donc il faudrait que tous ces acteurs politiques de la vie publique, qu’on les mette ensemble y compris Idriss Deby. On ne peut pas engager notre processus de paix en l’excluant sous prétexte qu’il a mal gouverné. Il faut laisser le soin aux Tchadiens de décider de son sort.

Ialtchad Presse : Que va-t-il se passer au-delà du mois de juin 2006, sachant maintenant que la présidentielle est prévue pour le 3 mai prochain ?
Massalbaye Tenebaye : Alors au-delà du mois de mai prochain, d’abord nous pensons aujourd’hui que les conditions ne sont pas réunies pour organiser des élections présidentielles. Politiquement et techniquement ce n’est pas possible, ça c’est clair. C’est pour cela que nous demandons d’abord qu’il y ait des préalables. Il faut d’abord l’organisation d’un dialogue national, d’une paix globale à l’issue de laquelle une transition devra déterminer les conditions dans lesquelles les élections pourront se dérouler. Il faudrait établir au préalable de règles très précises qui conditionneront ces élections. Il faut, avant d’aller aux élections, que les questions de fond soient réglées ; Les questions de mal vivre ensemble soient réglées ; Les questions de l’armée ; Les questions du développement ; La création des conditions pour que les énergies se libèrent ; Les questions de la règle du jeu d’accès au pouvoir ou de l’exercice du pouvoir dans la transparence et en toute démocratie soient réglées. C’est tous ces préalables qu’il faut régler avant d’aller aux élections. Nous pensons qu’il faut prendre en considération tous ces éléments, il faut une période pour résoudre tous ces problèmes avant de prétendre aller aux élections. Il faut garantir la paix et la stabilité afin d’arriver à des élections sûres, transparentes, libres et démocratiques

Ialtchad Presse : Pensez-vous que Deby accepterait des résolutions qui iraient en sa défaveur au cas où il faudrait organiser une table ronde ?
Massalbaye Tenebaye : À la place de Deby, j’accepterais cette occasion que nous lui avons offerte. Pace que là, il va droit dans le mur.

Ialtchad Presse : Quel est votre mot de la fin ?
Massalbaye Tenebaye : Mon mot de la fin, je crois à la Paix au Tchad.

Propos recueillis par Mohamed Ahmed KEBIR
Correspondant Ialtchad Presse

«Nous ne dirons pas que dans le cadre de l’exploitation du pétrole, il n’existe pas de risque. Quand vous descendez de votre lit le matin pour aller au travail,
vous prenez des risques en traversant la route. Donc, disons que toutes les activités humaines sont soumises à des risques...»

De passage à Montréal pour une rencontre avec des partenaires dans le cadre d'une étude d'un projet de développement et une évaluation environnementale régionaux, Monsieur Sandjima Dounia, Secrétaire exécutif du Comité Technique National de Suivi et de Contrôle des aspects environnementaux du projet pétrole, a rencontré Ialtchad Presse. Durant cet entretien, tous les aspects des questions liés à l'environnement sur le projet pétrole ont été abordés.

Ialtchad Presse : -  Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs de Ialtchad Presse, la première Presse électronique Tchadienne ?
Sandjima Dounia : Sandjima Dounia, Secrétaire exécutif du Comité Technique National de Suivi et de Contrôle des aspects environnementaux du projet pétrole. C’est un comité national qui a été mis sur place par le gouvernement pour essayer de suivre et de contrôler tout ce qui est lié dans le cadre du projet pétrolier aux aspects biophysiques, socio-économiques, sanitaires et sécuritaires, entendez sécurité du travail.

Ialtchad Presse : - 
Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs de Ialtchad Presse, la première Presse électronique Tchadienne ?
Sandjima Dounia : Sandjima Dounia, Secrétaire exécutif du Comité Technique National de Suivi et de Contrôle des aspects environnementaux du projet pétrole. C’est un comité national qui a été mis sur place par le gouvernement pour essayer de suivre et de contrôler tout ce qui est lié dans le cadre du projet pétrolier aux aspects biophysiques, socio-économiques, sanitaires et sécuritaires, entendez sécurité du travail.

Ialtchad Presse : - Le mythe sur le pétrole tchadien est en train de devenir réalité. Le pétrole coulera d’ici peu dans notre pays. Quelle est, selon vous, la date à laquelle la première goutte de l’or noir jaillira du sous-sol tchadien?
Sandjima Dounia : Bon, parler en termes de date, c’est être trop mathématique. Nous allons dire ce que tout le monde connaît au Tchad. C’est qu’en juillet, il y aura la phase de production qui va commencer. Et cette phase de production signifie donc que la première goutte de pétrole tchadien va donc sortir. Et bien sûr, il y aura des phases pour remplir le pipeline, une phase pour remplir le bateau de stockage flottant. Mais dans tous les cas, juillet reste, à notre avis la date du début de production du pétrole tchadien.

Ialtchad Presse : - L’exploitation du pétrole au Tchad a fait l’objet de véritable controverse. Les défenseurs de l’environnement s’y étaient catégoriquement opposés. Qu’est-ce qui explique le fait que, malgré tout, le projet semble arriver à terme selon les échéances voire même plutôt que prévu?
Sandjima Dounia : Là, il faudrait dire qu’il y a eu des efforts certains de la part de nos partenaires du consortium pétrolier, en terme d’effectif qui a été augmenté; effectif des travailleurs, effectif du personnel. Mais en terme également d’ordre technique qui a été mis en place pour permettre de raccourcir le délai, de raccourcir la fin de la phase de construction. Donc là, pour ce qui concerne les environnementalistes qui avaient au départ été opposés, probablement, ils n’ont pas tenu compte de tous les efforts qui ont été faits pour prendre des dispositions. Et aujourd’hui, on peut dire que les plans de gestion de l’environnement qui est un ensemble de document référentiel est une documentation qui a servi à faire des choses selon les normes environnementales.

Ialtchad Presse : - Les ONG et les organisations gouvernementales se voyaient marginalisées des débats et autres décisions majeures concernant le sort des populations des zones exploitées. Quels sont, aujourd’hui, les rapports entre le gouvernement et les ONG ainsi que les organisations paysannes?
Sandjima Dounia : Bon, évidemment entre le gouvernement et la société civile prise dans son ensemble, nous ne pouvons pas dire que les relations ne peuvent être que des relations très tendres. Chaque corporation défendant ce qui peut se comprendre, son point de vue. C’est ce qui est tout à fait normal.
Le gouvernement qui est dans ses attributions chargé de défendre les intérêts de la population, se voit quelque fois mal à l’aise de se trouver avec les ONG, qui disent défendre les intérêts de la population. Dans tous les cas, aujourd’hui, les rapports entre le gouvernement et la société civile sont dans une bonne phase. Nous nous acheminons toujours vers des meilleurs rapports. Et la preuve, vous avez du remarquer, nous nous trouvons entre des représentants des ONG et du gouvernement qui sont là ensemble pour pouvoir discuter avec un bureau d’étude canadien qui a été commis pour élaborer le plan de développement régional et l’évaluation environnementale régionale de la zone du projet pétrole de DOBA.

Ialtchad Presse : - Quelles sont les dispositions qui ont été prises par le gouvernement pour atténuer les risques environnementaux et les risques socio-économiques?
Sandjima Dounia :
Bon, il faudrait signaler que tout à l’heure vous avez parlé des environnementalistes qui s’étaient opposés à la mise en œuvre du projet. Effectivement, il faudrait signaler que la Constitution du Tchad est une Constitution qui dispose en certains de ses articles, si vous prenez l’article 48 et l’article 52, vous trouverez donc des dispositions qui sont liées directement à l’environnement. Et cette constitution date de 1996. C’est dire que, soucieux de respecter les dispositions constitutionnelles, le Tchad, avec l’appui de ses partenaires notamment du groupe de la Banque Mondiale a mis en place un comité, le comité de surveillance et de contrôle du projet pétrolier. C’est un comité qui existe sur financement de l’association pour le développement de la BM et qui est donc en train de travailler. Donc, dans le cadre de ce comité technique, deux attributions lui sont dévolues, notamment suivre et contrôler les aspects environnementaux du projet pétrolier mais également s’assurer que les mesures d’urgences qui sont mises en place pour atténuer les impacts environnementaux négatifs du projet pétrole sur la région productrice sont bel et bien mises en œuvre. Dans ce sens là, passant donc les activités de suivi et de contrôle par des équipes de la CTNSC qui sont en place (une équipe biophysique, une équipe socio-économique, une équipe chargée de la santé et de la sécurité du travail) pour parler par exemple de ce que nous avons fait au niveau du CTNSC en terme de mesures d’urgence. Si nous prenons le cas de la gestion des ressources naturelles, nous avons signé un contrat avec l’agence pour l’énergie domestique et l’environnement pour des activités liées à  la gestion durable et participative des ressources naturelles dans la région pétrolière. Et nous nous trouvons dans une phase teste qui doit durer un an. Les activités avancent bien de ce côté-là. En ce moment sur une activité d’enquête trafic pour voir un peu quelle est la quantité de bois transformés en charbon, qu’est-ce qui sort, d’où est-ce que ça sort etc. 
Deuxièmement, sur le plan de la santé, nous avons également signé un contrat avec le projet population et lutte contre le SIDA pour des activités dans ce sens-là. Donc, ce projet-là, assure un certain nombre d’activités dans le cadre de la lutte et de la prévention contre les maladies sexuellement transmissibles (MST) et notamment contre le VIH SIDA.Nous avons dans ce sens-là acheté et mis à la disposition des populations dans la zone des cartons de préservatifs en quantité suffisante. Dans un autre sens, nous avons acheté et mis à la disposition de la délégation préfectorale sanitaire du Logone orientale des médicaments pour environ 72 millions de FCFA. Nous sommes sur le dossier d’appel d’offre pour réhabiliter l’hôpital de Doba. Nous avons acheté également un groupe électrogène pour l’hôpital de Doba. Nous sommes en train d’évaluer les soumissions pour la construction du centre de santé urbain de Doba. C’est tout ce qui concerne la santé.  Mais également d’autres infrastructures publiques que nous avons pu, soit lancer la construction, soit nous sommes au niveau de la finalisation du dossier de l’appel d’offre. Par exemple, il y a la construction de l’hôtel de ville de Doba et de Bebidja. Dans le réseau eau, assainissement et gestion de déchets urbains, nous avons construit dans une première phase des décharges publiques, des latrines, mais également des bacs à ordure. Nous avons aussi fait des extensions de caniveaux et dans une deuxième phase qui est en cours en ce moment, il y a une construction de château d’eau de Bebidja. Il y a également la construction de deux décharges publiques à Doba et à Bebidja. Donc, tout cela est dans le cadre du réseau assainissement et de gestion de déchets urbains. Et, c’est tout cela qui constitue un certain nombre d’activités et bien sur d’autres activités vont venir, notamment la construction du marché moderne a Doba et a Bebidja. Ce sont ainsi les mesures qui sont prévues dans le plan de gestion de l’environnement et que nous essayons de mettre en œuvre et répertorier d’autres mesures additionnelles pour lesquelles nous sommes en train de chercher des financements notamment la construction des clôtures des écoles pour assurer la sécurité des enfants, la réhabilitation de l’hôpital même de Bebidja etc.

Ialtchad Presse : - Les conséquences sur l’environnement pourraient être énormes en cas de pollution (soit 104$/habitant) alors que les bénéfices du projet sont estimés à 4 dollars/ habitant durant les 30 ans que durera l’exploitation selon l’étude de l’université Wanick en Grande Bretagne en 1999. Ce risque d’un désastre écologique existe. Or, selon la fondation américaine Environment Development Funds, il n’y a jusque-là aucune analyse sur les trajectoires des nappes en cas de fuite, ni de plan d’intervention spécifique. Comment interprétez-vous cela?
Sandjima Dounia : Nous ne dirons pas que dans le cadre de l’exploitation du pétrole, il n’existe pas de risque. Quand vous descendez de votre lit le matin pour aller au travail, vous prenez des risques en traversant la route. Donc, disons que toutes les activités humaines sont soumises à des risques. Cela est sûr.

Maintenant, dire qu’il n’y a pas de plan spécifique et bien sûr il suffit que vous ayez des correspondants à N’Djamena et que vous leur demander d’aller au centre de documentation du CTSNC, on leur montrera les plans spécifiques d’intervention en cas de déversement d’hydrocarbure. D’abord, il faut signaler que le plan de gestion environnemental, dans le document de référence, il existe un plan général avec des principes généraux d’intervention. Après ça, il y a eu des plans spécifiques et notamment en ce qui concerne le cas du Tchad, il y a deux plans spécifiques : Un plan pour la zone des champs pétroliers donc là  où passent les installations de surface. Si vous prenez en termes de canton, c’est le canton de Miandoum, Béré et Komé. Vous avez un second plan spécifique pour le cas d’intervention, en cas de déversement du pipe-line. Donc on ne peut pas dire aujourd’hui qu’il n y a pas de disposition qui ont été prises pour diminuer les risques. Il peut y avoir des risques, un écoulement mais au moins pour intervenir en cas d’écoulement, il y a des documents et ça peut se vérifier. Il suffit d’aller à la documentation du CTSNC ou dans la salle de lecture d’ESSO pour trouver ces documents et pouvoir les lire.

Ialtchad Presse : - Avoir un plan est une chose et avoir les moyens et les ressources humaines nécessaires à cette intervention en est une autre. Pensez-vous qu’aujourd’hui en cas de déversement de pétrole, le Tchad dispose de moyens logistiques et des hommes qui pourraient effectivement remédier à cette situation?

Sandjima Dounia : D’abord il faut lever une espèce d’équivoque. C’est que dans le cas d’activités pétrolières, c’est la compagnie pétrolière d’exploitation qui prend les dispositions pour intervenir en cas de déversement d’hydrocarbure. Donc on ne parle pas  de ressources de CTSNC, on parle en termes de ressources du consortium. Dans ce sens-là, nous disons qu’il existe des documents de référence. Premièrement, il y a des équipes qui existent au niveau d’ESSO et qui sont chargées de faire le contrôle autour du pipe-line mais également il existe un système informatique qui permet de surveiller dès qu’il y a une fuite à un niveau ou à un autre. Cela c’est en ce qui concerne le système de contrôle. Pour ce qui concerne les RH, ces ressources humaines existent comme on l’a dit tout à l’heure. Pour ce qui concerne les équipements, ceci dépend des niveaux. Il y a des niveaux de déversement 1 par exemple qui ne nécessite pas beaucoup d’équipements. Et là, le consortium ESSO en dispose à Komé. Il y a les niveaux 2 et 3, là, à partir de ce moment, on fait des interventions avec des équipements qui viennent de l’extérieur. Dans ce cas, bien sûr, les dispositions sont prises. Bien sûr cela prendra du temps. Mais ces équipements existent à Londres et on peut les faire venir. Dans ce sens, il faut signaler que nous avons des dispositions de facilités qui ont été négociées par le gouvernement pour permettre à des experts d’intervention d’entrer facilement sans prendre le détour de visa. Également avec le Ministère des Finances, il y a des facilités de douane. Parce qu’il y a des équipements qui arrivent. On ne doit pas les soumettre aux exigences de la douane. Donc il y a dans ce sens des facilités qui sont offertes et qui font entrer très rapidement les équipements, les experts d’intervention en cas de déversement. De toutes les façons, ceci ne sera pas à l’honneur du consortium de se trouver dans une situation où il y a des déversements et il ne peut pas intervenir. Pour la crédibilité du consortium, ça ne sera pas bien fait pour la compagnie pétrolière de se trouver dans une situation de ce genre a. Donc des dispositions sont prises mais comme nous l’avons dit, il n’y a pas de risque zéro.

Ialtchad Presse : - En 1999, les ONG sont montées au créneau pour dénoncer la faiblesse de l’indemnisation et des compensations. Le cas du manguier est le plus édifiant. ESSO proposait 3500 FCFA pour l’abattage d’un manguier. Après étude, la valeur du manguier est montée à 550 000 FCFA avec en plus, la fourniture de jeunes pousses et de quoi les entretenir. Quelles sont à court terme et  à moyen et long terme les autres indemnisations prévues pour remédier à la situation?
Sandjima Dounia :
D’abord en termes d’indemnisations, il y a les indemnités individuelles que ça soit en espèces ou en argent. Ce sont des indemnités qui ont été faites aux concernés. Il faudrait signaler qu’il y a une possibilité de recours. Cela veut dire si après avoir reçu votre compensation, vous n’êtes pas satisfaits, et que vous vous sentez quelque part lésé (parce que les barèmes existent, par exemple si vous avez une  télécopie, je vous balancerai les derniers barèmes des indemnités), il y a des voies de recours. Il suffit d’écrire soit directement à ESSO soit au CTNSC pour dire : moi, je suis un paysan, j’ai un champ de tant, je devrais une compensation de tant, j’ai par exemple 50 manguiers…On devrait faire ceci et on ne l’a pas fait…Alors nous allons nous rapprocher de vous et nous essayerons de trouver des solutions à partir des barèmes qui sont là. Ceci c'est donc pour la phase compensation : compensation en espèces, en nature, individuelle…Mais il y a également la compensation communautaire. Pour ce qui est de la compensation communautaire, ESSO a commis donc une ONG qu’on appelle GTZ, une ONG allemande qui travaille avec une ONG tchadienne et qui a donc fait de consultations au village pour voir comment, qu’est-ce que la communauté villageoise veut, est-ce un puits, est-ce un grenier communautaire…Et donc, GTZ et les ONG tchadiennes qui travaillent dans ce domaine  la essayent de discuter avec la population pour voir si leurs choix et bientôt nous allons donc passer à la mise en œuvre de ce choix qui été faits par les communautés villageoises avec l’aide technique et les conseils des ONG nationales. Donc nous nous trouvons à ce niveau-là pour les compensations communautaires.

Ialtchad Presse : - Le député Yorongar prévoyait entre 80 000 et 100 000 le nombre de personnes à déguerpir. Quelles sont les mesures qui ont été prises pour relocaliser ces personnes?
Sandjima Dounia :
D’abord nous ne savons pas d’où est-ce que le député Yorongar tire ses chiffres. Ce que nous savons, c’est que nous avons réinstallé 26 familles. Si vous prenez la moyenne des familles tchadiennes 6 personnes selon les démographes. Nous sommes ainsi peut-être au-dessus de 100, 150 à peu près. Donc il y a cette réinstallation qui a été faite. Parler de 80 000, 100 000, je préfère ne pas m’aventurer sur les chiffres. Nous nous donnons les chiffres que nos experts socio-économiques sur le terrain nous rapportent. Donc nous ne pouvons pas considérer les chiffres de 80 000, 100 000 personnes. Peut-être il vous dira un peu plus d’où est-ce qu’il a tiré ces chiffres.

Ialtchad Presse : - Comment le gouvernement prévoit-il réduire la pauvreté avec l’exploitation du pétrole?
Sandjima Dounia :
D’abord pour ce qui concerne la région pétrolière, nous sommes en ce moment au Canada pour discuter avec un bureau d’étude qui a été retenu en association avec un bureau d’étude tchadien la SOGEMAC, pour élaborer un projet de développement régional et une évaluation environnementale régional. Déjà l’élaboration de ce plan régional fournit un document référentiel pour des actions qui peuvent être entreprises dans les 5 années à venir au profit de la région pétrolière. Ceci, c’est la première phase. Un autre aspect qu’il faut signaler dans le cadre de la réduction de la pauvreté, c’est que dans le prêt que le gouvernement a fait auprès de l’Association International pour le développement, il y a un point qui n’est pas négligeable, resservie à un fonds social appelé Fonds d’Actions Concertées d’Initiatives Locales (F.A.C.I.L). Ce fonds a trois volets d’activités :

     1- un volet sur les infrastructures socio-économiques de base : écoles, centres de santé, ouvrage de franchissement sur les cours d’eau….

     2- un deuxième volet d’actions : renforcement de capacité et le développement local

     3- un troisième volet d’actions : actions génératrices de revenus ou les micro-crédits.

Dans chacune de ces actions, il y a des actions qui sont entreprises. Par exemple, récemment nous avons été à Miandoum pour savoir à quel niveau se trouve les constructions de six salles de classes du Collège d’enseignement général (CEG) de Miandoum. Nous rappelons que le CEG de Miandoum est un Collège où il y a des salles de classes en paille tressée, en secco ou les élèves sont assis sur des troncs d’arbre, sur des briques etc. Donc; la communauté villageoise a demandé  en premier lieu, qu’on construise des salles de classe pour leurs enfants. Et c’est cela que le F.A.C.I.L s’attache à faire en ce moment. Et c’est presque fini. Il y a également d’autres salles de classes en constructions dans d’autres localités.
Deuxièmement, dans le cadre de renforcement de capacité, il y a eu, par exemple, la formation en gestion des associations des parents d’élèves. Il y a eu la formation en greffage et certaines cultures maraîchères. Donc, ce sont des formations de ce genre. Troisièmement en actions génératrices de revenus ou en micro-crédit, il y a également des ONG intermédiaires qui ont signé des contrats avec le FACIL et ont reçu à avoir le fonds qu’il faut pour rétrocéder ou donner, des prêts à des bénéficiaires pour faire des activités du micro-crédit. Donc, dans ce sens-là aussi nous pouvons dire qu’il y a un souci de réduire la pauvreté par le gouvernement. Le troisième élément qu’on peut citer, il y a un plan de développement de F.A.C.I.L. C’est qu’il y a une loi qui porte sur la gestion du revenu pétrolier. Dans cette loi, on dit qu’il y a une part importante qui va être consacrée au secteur prioritaire : la santé, l’éducation, les infrastructures, le développement rural, l’agriculture, l’élevage, l’environnement, l’eau etc. Ainsi, du fait que déjà dans ces dispositions de la loi, il est prévu qu’on puisse orienter une part importante des revenus pétroliers dans ces secteurs-là, signifie, si on le veut bien, que le gouvernement s’attache, se soucie à la réduction de la pauvreté non pas seulement dans la région pétrolière mais dans tout le Tchad. Voilà ce qu’on peut dire pour montrer la volonté du gouvernement à réduire la pauvreté à travers le projet pétrole.

Ialtchad Presse : - Le Tchad a créé un comité de surveillance formé de fonctionnaires, de parlementaires et de membres de représentants de la société civile pour veiller à la bonne gestion des recettes pétrolières. Cependant, Marie-Helene Aubert, député française, trouvait l’administration tchadienne exsangue et va à vau-l’eau, incapable de suivre l’exécution correcte et transparente du projet. Les recettes du pétrole sont, selon elle, susceptibles de détournement. Qu’en pensez-vous?

Sandjima Dounia : Bon, premièrement il faut sauter sur le mot « susceptible », heureusement elle dit que c’est « susceptible.» Donc elle-même n’est pas sure de ce qu’elle dit.
Deuxièmement, le collège de contrôle et de surveillance de revenu pétrolier est une institution qui comporte des gens d’une certaine respectabilité. Et il faudrait que les autres apprennent à respecter ceux qui sont dans les institutions, à ne pas se baser sur des aprioris, sur des préjugés pour pouvoir dire que les revenus pétroliers doivent être mal gérés. Il vaut mieux que le collège existe, attendre qu’il se mette à l’œuvre pour pouvoir lancer de tels jugements ou dire un certain nombre de choses. Là-dessus, c’est le point de vue de Mme Marie-Hélène. Démocratiquement, nous acceptons qu’elle dise ce qu’elle pense.

Ialtchad Presse : - Je trouve que nous sommes arrivés au terme de notre entretien. Toutes les questions qui suscitaient d’ambiguïté dans l’esprit des tchadiens en général et  des internautes de Ialtchad Presse en particulier, ont été touchés. Donc, je ne peux que vous remerciez de nous avoir accordé cet entretien. Et on trouve toujours que ce n’est que partie remise parce que le dossier pétrole pour nous vient de commencer. Et donc 25 à 30 ans d’exploitations voire plus avec tout ce qu’on a comme gisement pétrolier au Tchad. Ce n’est vraiment que le début du commencement. On aura besoin de vous, vous qui êtes personnellement impliqué dans ce projet pour permettre aux tchadiens tant de l’intérieur que de l’extérieur de savoir au jour le jour comment évolue ce dossier.
Ainsi en mon nom personnel, tout le groupe Ialtchad Presse vous remercie une fois de plus.

Sandjima Dounia : Merci, bon courage
Ialtchad Presse : - Merci

Entretien réalisé Par Ahmad Mandekor

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