jeudi 16 septembre 2021

IaltchadTribune

IaltchadTribune (91)

Généralement, quand nous parlons de guerre au Tchad, nous ne voyons que des belligérants tchadiens issus de groupes et régions hostiles et parfois soutenus par des mercenaires venus de l’autre côté de la frontière selon les affinités. C’est une vue très partielle de la réalité des enjeux que constitue notre pays. En vérité, les causes et les sources extérieures de notre drame national sont les facteurs déterminants à ne pas ignorer dans toute analyse et toute démarche visant à trouver des solutions durables et profitables.

La première guerre extérieure du Tchad, en dehors de la colonisation française, était franco-anglaise à la bataille de Fachoda, guerre perdue par la France. Ensuite, la France néocoloniale sera confrontée aux velléités hégémoniques arabes sur le Tchad par la Libye et le Soudan via le FROLINAT. Cela durera quinze années en termes de guerre civile jusqu’à ce que, par accord tactique, la France sauve la mise en soutenant le même camp que les Arabes. La troisième guerre tchadienne vit l’alliance de la France et des USA contre l’expansionnisme territorial libyen sous Hissène Habré. Une fois encore, la France sauva sa mise par la foudre des FANT (Forces Armées Nationales Tchadiennes), pendant que, sous la loi du silence, 40.000 de nos compatriotes disparaissaient dans les ténèbres de la répression politique. Aujourd’hui, c’est la quatrièmeguerre qui commence sous nos yeux, cette fois entre la France et les USA sur le Tchad.
Pourquoi cette nouvelle guerre ? D’un point de vue géostratégique, plusieurs raisons semblent la justifier. La première est la construction de l’Europe et le triomphe du libéralisme économique dans le monde, mettant les pays dominants en concurrence loyale. En conséquence, il ne devrait plus avoir de pré-carré, de chasse gardée en Afrique, chacun pouvant s’installer là où ses capacités technologiques et l’offre d’intérêts nouveaux le permettrait. La seconde découlant logiquement de la première, c’est que les puissances industrielles allaient redessiner la carte du monde en fonction des découvertes avérées des zones potentiellement riches. Alors, la France s’est vue marcher sur les pieds par le géant américain qui réfuta la thèse gaulliste de la pauvreté du sous-sol tchadien par la découverte d’un lac de pétrole alléchant. La troisième raison concomitante est la capacité d’une puissance de réaliser son impérialisme en exploitant effectivement les richesses qu’elle convoite. Là encore, le pays de Bush, par Banque Mondiale et Esso interposées, démontra qu’il est le plus fort et que l’enclavement du Tchad ne sera en rien un frein à ses nouvelles ambitions sur le continent. La réalisation du pipeline Tchad-Cameroun bouleversera définitivement la donne pays enclavé = pays pauvre. Alors interviendra l’autre raison, le contrôle de l’économie du pays. Initialement, la filière coton était le poumon dominé par les intérêts français, mais atteint d’une tuberculose nécessitant une longue et hypothétique cure. Aujourd’hui, la principale richesse est le pétrole qui sera géré d’une manière originale totalement incompatible avec les méthodes Total Elf du golf du Congo. À partir de ce moment, il ne reste plus à la France que des symboles à défendre au Tchad.
Le symbole le plus sacré, c’est sa présence militaire qui rappelle que c’est elle qui décide de la gouvernance de ce pays. Et cela doit aller de pair avec ses intérêts ou du moins à un rythme contrôlé par elle. Malheureusement, après une décennie d’expérimentation du discours de La Baule, ni le rythme ni les pas de danses ne semblent convenir aux Tchadiens. C’est que ceux-ci ont pris conscience de leur isolement et de leur grand retard par rapport aux autres pays africains et au monde moderne, et aussi de l’aubaine inespérée de l’exploitation de l’or noir. Alors où prendre les ordres ? À Paris ou à Washington ? Concrètement, la direction de Washington a pris le pas sur Paris devenu une simple escale, à cause notamment du poids des institutions de Brettons Wood dans la gouvernance du pays. Apparemment, les voix anglo-saxonnes, qui ne se considèrent pas comptable des décennies d’errements et de déchirements des Tchadiens, semblent aller vers les horizons prometteurs que ces derniers croyaient leur être fatalement interdits. Même en matière de formation universitaire et technique, on observe une forte attirance des jeunes tchadiens vers les plateaux d’Amérique du Nord (USA, Canada) et un désintérêt pour l’Hexagone.

Comme toute nouvelle guerre, il faut des thèmes publicitaires pour en préciser la nature et l’ampleur éventuelle. Nous y avions été copieusement servis à l’occasion de la commémoration de deux fêtes nationales de taille cette année : celle de l’Indépendance des USA le 1er juillet et celle connue du 14 juillet français. En ces circonstances, les représentants officiels des deux grandes puissances vont ouvrir la boîte à pandores, c’est le match dont le reportage en direct suit. Il y a schématiquement deux équipes sur le terrain : d’un côté le camp du régime de M. Déby et ses alliés, avec pour coach Son Excellence Jean-Pierre Berceaux, Ambassadeur de France et, de l’autre le camp des forces dites du « Changement » comprenant l’opposition CPDC, la société civile (Associations de Droits Humains, Syndicats) et surtout en ligne d’attaque la presse privée indépendante écrite et audiovisuelle, avec pour coach Son Excellence Marc Wall ambassadeur des USA et coach adjoint la Banque Mondiale. Mais à l’occasion du référendum constitutionnel, le match avait subitement pris une tournure inquiétante pour le camp du régime, en l’absence du capitaine. Alors le coach Son Excellence Jean-Pierre Berceaux a préféré s’emparer du brassard de celui-ci et de prendre sa place sur le terrain, sans enfiler le maillot de l’équipe.

Cette intervention inattendue rend le match encore plus passionnant, car la ligne d’attaque adverse menée par la presse indépendante a semé une grande confusion dans la défense du Mouvement Patriotique du Salut (MPS) au pouvoir. C’est pourquoi l’illustre Représentant de la France gaulliste préféra se substituer au Haut Conseil de la Communication (HCC) et à l’ODEMET (Observatoire de Déontologie et Ethique des Médias), pour redonner l’avantage à son équipe. Le retour du grand capitaine Idriss Déby sur le terrain, en pleine forme, présage une pluie de cartons pour tacles et pugilats à main armée. La seconde mi-temps et les prolongations risquent d’affecter la sous-région CEMAC et le Darfour, car les réservistes Hassaballah Soubiane, Hassane Merdégué, Mahamat Nour et consorts des rébellions armées s’impatientent de remplacer les blessés et les cadavres du match. Or, le Général Déby n’aime pas les prolongations et préfèrera mieux en finir avec ses adversaires avant la fin du temps réglementaire, en l’occurrence les présidentielle de 2006. Du suspens pour les « incidents de parcours » en perspective.

L’Ambassadeur Marc Wall des USA a annoncé la tactique suivante, extraite de son discours historique du 1er juillet dernier, en rappelant les valeurs de la Révolution américaine : « Ces valeurs vivent dans le cœur de chaque américain, que tout être humain naît égal aux autres ; que nous avons le droit de vivre en liberté ; que le peuple devrait choisir son propre gouvernement ». Il commet une lèse-majesté historique en positionnant son pays sur le podium international des libertés : « Les gens à travers le monde entier luttent aujourd’hui afin de réaliser ces valeurs dans leur pays ». De là, un simple pas pour entraîner le Tchad au rang des supporteurs logiques : « Le Tchad est confronté au défi de la construction d’une démocratie. Devant lui se trouve une tâche urgente : la mise en place de ce que Koffi Annan appelle « le changement paisible et constitutionnel du pouvoir ». Le peuple tchadien va choisir ses chefs politiques dans une série d’élections durant l’année qui vient ».  Alors, le Représentant de l’Oncle Sam sort l’As de pic, une véritable communion avec les tendances actuelles de l’opinion nationale : « Vous seuls pouvez choisir votre avenir. Mais nous partageons l’espoir de tous ceux qui croient que vous ayez le droit de le faire à travers un processus électoral ouvert et crédible. Nous partageons la conviction que les votes du peuple tchadien doivent être comptés sans manipulation ; que les listes électorales doivent être justes ; Que toutes les voix doivent se faire entendre, sans crainte de harcèlement ; que les droits des groupes minoritaires doivent être respectés ; Qu’aucun groupe n’est au-dessus de la loi ; Que le jugement rendu par vos bulletins de vote doit être respecté par tous ; Et que la violence ne doit jamais être tolérée. Le Tchad, tout comme mon pays, a connu les affres du conflit civil. Notre espoir est que les Tchadiens vont maintenant se réunir pour forger un consensus, dans le cadre de votre constitution, à propos de la direction de votre nation ». Au passage, il fait un clin d’œil accusateur aux Français comme pour se moquer de leur présence militaire perpétuelle et inefficace : « Et dans le cadre de notre coopération avec le Tchad dans la lutte contre le terrorisme, nous gardons toujours à l’esprit ce simple fait : que les démocraties ont besoin des soldats et des policiers bien formés et efficaces, et que ces soldats et policiers doivent toujours respecter les droits de ceux qu’ils protègent ». Un vrai bouquet de fleurs aux ADH qui s’occupent particulièrement du suivi de cette situation. Et M. Marc Wall d’esquisser le V de la victoire par forfait ou abandon de l’adversaire : « C’est un défi que vous seuls pouvez relever. Mais, comme le Président Bush l’a dit, « quand vous soutenez la liberté, nous vous soutenons ». Les mots utilisés et la logique des idées ne sont pas des erreurs de traduction en français de ce discours peu ordinaire.

Ce discours de M. Wall, au nom du Président Bush, intervient pendant que les journalistes sont l’objet d’un harcèlement et de menaces, et après que les USA venaient de fournir un appui matériel substantiel aux communicateurs. Il y a match parce qu’il y a des adversaires, et la réaction du coach adverse ne s’est pas fait attendre. Son Excellence Jean-Pierre Berceaux, devant le parterre des hauts-fonctionnaires venus célébrer avec lui le 14 juillet, passa à une contre-attaque digne du ton observé entre Français et Américains sur le conflit iraquien. Dans un langage ferme, il rappelle son rôle immuable de « Chef de terre tchadienne et grand maître des rites politiques initiatiques ». Et l’éminent diplomate montrera ses gants et sa matraque à la presse indépendante pour la rappeler à l’ordre : « Laissez-moi évoquer un sujet important ; il s’agit de la liberté de la presse et de la déontologie des journalistes ; La France, depuis toujours, est un ardent défenseur de la liberté de la presse… Mais la France est là pour défendre la liberté de la presse, elle ne saurait cautionner les déviances d’une certaine presse et le manque d’éthique de certains journalistes ou de ceux qui prétendent l’être. Oui, la France soutient et soutiendra une presse d’investigation et non pas une presse manipulatrice qui confond faits et commentaires ; Oui, la France soutient une presse libre et indépendante et non pas une presse partisane ou inféodée à certains intérêts particuliers ; Oui, la France soutient et soutiendra une presse honnête et sincère et non pas une presse raciste qui exacerbe le communautarisme et dresse les groupes ethniques les uns contre les autres à l’intérieur du Tchad ; Oui, la France soutient et soutiendra une presse qui respecte les droits de l’homme et non pas une presse qui désigne à la vindicte populaire d’honorables citoyens tchadiens présentés comme traîtres à leur ethnie, en les qualifiant de façon humiliante de « Laoukoura » ; Oui, la France soutient et soutiendra une presse qui respecte la dignité nationale tchadienne et non pas une presse qui cherche à salir, par tous les moyens , l’image extérieure du Tchad et des Tchadiens ». Jamais une telle vision rébarbative de la presse n’a eu cours en France, même dans les milieux extrémistes du Front National. Jamais un pays étranger n’est entré dans des détails aussi subjectifs à l’égard de personnes ayant un nom propre (Garondé, Samory, Didama, etc.), leur donnant des pouvoirs et une influence que nous sommes tout surpris de découvrir maintenant. À dire que ces personnes modestes soient à la base de toutes les violations massives et systématiques des droits de l’homme, donc qu’elles commanditent même les faits macabres quotidiens commis par des agents impunis et incontrôlés du régime ? Les conflits intercommunautaires et le tribalisme seraient l’œuvre de la presse indépendante ! C’est elle qui aurait défait le savant maquillage de « l’image extérieure du Tchad et des Tchadiens ! »

La rage de la France à leur égard sera encore rappelée à la fin du discours : « Cependant, il faut souligner que les médias ont pour mission de sensibiliser et d’informer la population, pas de la manipuler et encore moins d’instiller la haine raciale ou d’encourager les conflits ethniques internes. Aussi est-il indispensable, pour les responsables des rédactions, de veiller à ce que le code d’éthique et de déontologie du métier de journaliste soit appliqué correctement ». Le HCC et l’ODEMET sont désormais disqualifiés pour n’avoir pas perçu tous ces dérapages graves cités par l’illustre Représentant de la France du 14 juillet 1789. Le retour dans les prisons de la Bastille tchadienne est promis aux brebis galeuses en ces termes : « Ne vous laissez pas dominer par ceux qui, en votre nom, utilisent des procédés détestables, indignes et mensongers pour provoquer le scandale et qui, s’abritant dans vos rangs, tentent de ruiner l’excellente réputation de votre corporation ». Le comble ! La caution claire à une chasse aux sorcières dans les milieux de la presse indépendante suggérée par la France ! Tellement que nos rédactions sont mineures et immatures, elles se sont laissées infiltrées par des mercenaires venus tout droit de la radio des « mille collines » du Rwanda ! Et la France veut prévenir un génocide, au vu du nombre de fois que des mots tels que « racistes », « ethnies » sont placés dans ce discours historique à classer au même rang que celui dit de « Brazzaville ».

Pourquoi un tel acharnement contre la presse d’un pays indépendant ? Pourquoi ce chantage pour rappeler l’époque de la dictature, comme si la France regrettait ce « cadeau » de La Baule qu’est la liberté d’expression « mal utilisée » par les Tchadiens ? La réponse est simple : le rôle joué par la presse privée écrite et audiovisuelle par rapport au référendum a du considérablement gêné le travail routinier des barbouzes françaises rompues dans la manipulation médiatique de tels évènements. La fête promise après cette formalité institutionnelle est compromise, comme à Abidjan et à Lomé. L ‘amertume se traduit donc par l’agitation des vieux masques qui font peur aux élites tchadiennes : le rappel de notre sombre passé. C’est incroyable que Son Excellence Jean-Pierre Berceaux ne prenne même pas soin, dans sa croisade contre la presse indépendante, de dénoncer préalablement l’arbitraire et l’illégalité des arrestations des communicateurs par l’Agence Nationale de Sécurité (ANS) et la «régularisation » des poursuites après coup. Des déviances qui semblent se justifier eu égard aux péchés graves dont il accuse, au nom de la France du 14 juillet 1789, les pauvres journalistes et collaborateurs de presse. Sûr que les demandes de visas pour la France seront examinées à la loupe pour les communicateurs, selon que leur plume ou leurs commentaires plaisent ou non au parapluie des intérêts français locaux. La condamnation prononcée par le tribunal de N’Djaména remanié pour la circonstance ce 18 juillet 2005, à de lourdes peines de prisons contre Garondé Djarma (3 ans de prison ferme) et Samoryngar (3 mois de prison ferme), conforte le constat de la force de l’ingérence française directe dans les affaires tchadiennes. La peur qui s’en suivra pour les autres devrait permettre aux esprits de « se calmer » et d’accepter le cours des évènements selon la volonté souveraine de Paris : c’est ça la Françafrique !

Si la presse et la classe politique se laissent faire, les Français auront les coudées franches pour se livrer à leurs jeux favoris de division et de défaire le consensus national actuel dont a fait mention Son Excellence Marc Wall des USA, mais que rejette catégoriquement la France. Moyennant les méthodes brutales connues, d’ici quelques mois, l’opposition, la société civile et les libres penseurs que nous sommes, après avoir encaissé des coups sérieux voire fatals, n’auront pas d’autres choix que de venir s’effondrer, comme des momies dans leurs sarcophages, autour « d’une Table Ronde apaisée » pour recevoir le coup de grâce de la démocratie hasardeuse. Du moins pour ceux qui ne seront pas déjà au cimetière des « incidents de parcours » ! Voilà comment notre génération sacrifiée, qui n’arrive pas à s’adapter aux vieux schémas de la Françafrique, devrait comprendre le discours historique du 14 juillet 2005 à la Résidence de France à N’Djaména !
Nous rappelons que M. Jean-Pierre Berceaux n’est pas le premier ambassadeur français à violer son statut diplomatique de neutralité, pour se jeter dans l’arène locale. De tout temps, ses prédécesseurs l’avaient fait à chaque fois que le pouvoir qu’ils soutenaient était en difficulté. Ainsi, en 1994, le très distingué ambassadeur Aubin de La Messuzière crut bon, en s’impliquant fortement dans la vie politique tchadienne, de corriger le charabia local. Ce qui lui valut la levée de boucliers de l’Association des Etudiants de l’Université du Tchad (AEUT). Les étudiants tchadiens développèrent, dans une lettre ouverte datée du 13 janvier 1994 d’une virulence inouïe, l’idée d’actes de terrorisme contre les intérêts français au Tchad.

Pour ces jeunes n’ayant connu que la guerre et les turpitudes d’une classe politico-militaire défaillante, la politique française était à la base de tous les maux du pays. Alors, sans se cacher, la très officielle AEUT promit de prendre en otage le Premier Représentant de la France officielle, M. De La Messuzière ou certains coopérants français, pour obliger au changement des rapports bilatéraux incriminés. « Nous faisons savoir à la France qu’elle continue de garder son silence complice face à l’aggravation de la crise sociale que traverse le Tchad. Etant donné que la France est au centre de la prise de grandes décisions au Tchad,…la France a intérêt à changer sa politique au Tchad et doit la changer. On ne le répétera jamais assez : la politique française de ses colonies, et en particulier au Tchad, consiste en la protection de ses intérêts. Dans cette situation d’escroquerie qui va galopante, les dignes fils du Tchad ne peuvent s’empêcher de s’y opposer au besoin l’enrayer », écrivaient-ils dans la lettre ouverte à M. De La Messuzière. Et d’ajouter : « En ce qui concerne la politique française au Tchad, nous ne cesserons de dénoncer les velléités hypocrites et égocentriques de la France qui, par l’entremise de certains pantins tchadiens, malmène justement et présentement la gestion du pays. Pour la France, le Peuple tchadien doit demeurer dans un état de pauvreté et de misère continue, malgré ses potentielles richesses. Quant à la coopération militaire française au Tchad, n’en parlons plus car elle est source de lutte et de division. Nous constatons avec regret que la présence militaire française au Tchad ne profite qu’à une caste de privilégiés au détriment du peuple tchadien. C’est pourquoi Élèves et Étudiants exigent le départ immédiat et sans condition de ces forces militaires françaises. Car ce que les soldats français font au Tchad ne reflète pas ce que nos grands-parents ont fait pour la France après l’appel de Londres du 18 juin ».

Les animateurs actuels de la presse privée indépendante, des associations humanitaires et des syndicats sont majoritairement issus de cette génération d’étudiants révoltés de 1994. Leurs regards et leurs récriminations envers la politique française en Afrique n’ont guère changé, bien au contraire. Son Excellence Jean-Pierre Berceaux devrait s’en rendre compte lors des dîners de « conditionnement » auxquels il les convie régulièrement à sa résidence. La loi naturelle voudrait que ces espèces de « Blé-Goudé » à la Tchadienne arrivent inévitablement un jour au pouvoir dans leur pays, même en empruntant les voies tortueuses de la force si tel était le seul chemin possible. Quel sera alors l’ampleur du fossé idéologique et d’intérêts, du conflit de générations entre ces jeunes et les maîtres vieillissants de la Françafrique ? L’Histoire nous le dira bientôt !

      Confusion entre faits et commentaires ? Incitation à la haine tribale ? Le coach français a déjà tout dicté les qualifications requises aux dossiers des journalistes pourchassés à la justice. Pourtant, les affrontements intercommunautaires sont connus : Yomi, Bongor, Bisney, Moïto, Ninguillim, etc. Aucun observateur, aucune enquête indépendante et impartiale n’a établi jusqu’ici un lien de causalité et la responsabilité des médias, tant gouvernementaux que d’opposition dans ces conflits sanglants et répétitifs. Les centaines de victimes de la haine tribale sont tombées sous les balles de groupes connus et impunis à ce jour : n’y a-t-il pas de règles de déontologie de cohabitation pacifique et de loi pour ces groupes particuliers ? Il aura fallu ce 14 juillet 2005 pour découvrir une autre lecture lunaire des faits macabres avérés de la vie quotidienne et nous craignons que cette lecture originale inspire les rapports des barbouzes à Paris et justifie de nouvelles répressions dans notre pays. Car les « Papon » du Tchad s’appellent désormais Garondé, Samoryngar, Nadjikimo, Didama, Tchanguiz et les autres qui seront bientôt débusqués, selon le vœu de M. Jean-Pierre Berceaux. La Lettre ouverte des Kréda ? C’est une fabrication de Samoryngar coordinateur du Journal L’Observateur, un pauvre « Laoukoura » inoffensif ! La haine tribale et ses faits d’armes, c’est le vieux Garondé, auteur du livre « Témoignage d’un militant du FROLINAT » paru chez L’Harmattan ! Le cerveau de la rébellion à l’Est, c’est Didama le Directeur du Journal Le Temps ! Les détournements massifs et la corruption ambiante, ce sont des inventions d’une presse d’intoxication « qui désigne à la vindicte populaire d’honorables citoyens tchadiens présentés comme traîtres à leur ethnie ». Presse partisane ? Y a-t-il un seul organe de presse en France qui ne soit partisane et qui ne relève d’intérêts politiques ou économiques connus ? M. Jean-Pierre Berceaux, au nom du droit d’ingérence historique de la France, somme la nôtre de se comporter en extraterrestres ou en apatrides. Et quoi encore ?

Pour toutes ces raisons et d’autres, la bénédiction urbi et torbi vient d’être donné pour une remise au pas de la démocratie tchadienne selon le rythme et les modalités dictées par la France jusque dans les plus petits détails des rédactions privées.
Dix années après l’incident « isolé » de l’AEUT, au vu des réactions immédiates du camp du « Changement », nous vivons la résurgence des sentiments anti-français qui couvaient poliment. Les grands collectifs tels que l’Union des Radios Privées du Tchad (URPT), la coalition des associations de défense des droits humains, le Syndicat des Enseignants du Tchad (SET), la CPDC ont fustigé, en des termes plus virulents que l’AEUT en 1994, la politique française au Tchad comme une vieille rancœur longtemps camouflée. Le sentiment anti-français renaît sous un nouveau jour au Tchad, après la Côte d’Ivoire. Mais cette fois-ci, il y a un rival de taille qui ne lésinera pas sur les moyens pour gagner la mise ; Contrôlant déjà la principale richesse du pays, il lui reste le cœur des Tchadiens : les USA de Georges Bush ! A suivre…

Enoch Djondang

L'histoire politique du Tchad à cette époque est essentiellement marquée par deux faits :
- la lutte pour l'indépendance en 1946-1958 et la conquête du pouvoir en 1958-1960.
Avant l'indépendance, la France n'avait aucune intention de développer les activités politiques au Tchad. Ce n'est qu'en 1946, qu'un administrateur colonial d'origine guadeloupéenne Gabriel Lisette a pris l'initiative de créer le premier parti politique au Tchad : le Parti Progressiste Tchadien ( PPT) rattaché au Rassemblement Démocratique Africain (RDA. Au sein de ce parti, il n'y avait aucune tendance confessionnelle ou régionaliste. En son sein se côtoyaient Toura N'Gaba, François Tombalbaye, Abba Sidyk, Ahmat Koulamallah, Ahmat Kotoko ect... Leur lutte était de vaincre le colonialisme. Leur slogan commun se résumait dans cette phrase " nous ne voulons plus de chefs, plus d'impôts".
En 1949, un second parti politique a vu le jour : l'Union Démocratique du Tchad (UDT). Ainsi, les deux partis ont commencé par se regarder en chien de faïence sur l'arène politique. En 1950, le Parti Socialiste des Indépendantistes tchadiens (PSIT) est n\e, dirigé par Ahmat Koulamallah comme troisième parti politique. Ce parti à tendance confessionnelle recrutait ses militants en milieu arabe et baguirmien. En 1953, le PSIT est devenu le mouvement du Salut Africain (MSA) et rassemblait en son sein presque tous les learders musulmans. Après le référendum gaulliste de 1958, l'Union Nationale Tchadienne (UNT) est créée sous la direction de Ibrahim Abacha, Mahammat Abba et Aboukar Djalabo. Ce parti se présentait comme le forum des leaders nordistes. de scission en scission, l'Association Sociale du Tchad (AST) et le Groupement des Indépendantistes Ruraux du Tchad (GIRT) s'édifieront sur les décombres de l'UDT. Tous les deux partis sont implantés dans le Nord du pays et une partie du Moyo-kebbi. Pendant que les dirigeants du nord se plaisaient à créer et à recréer des partis politiques au nord du Tchad, Tombalbaye, Toura N'Gaba et Gabriel Lisette restés dans le PPT/RDA consolidaient sa position au sud du Tchad et l'imposaient comme le seul parti. A vec l'application de la loi cadre de 1958, les données de la politique tchadienne vont changer et l'on passera de la première période à la seconde période de la vie politique pré-indépendancte.
Le 28 Novembre 1958, le Tchad est devenu une république. Le 16 décembre de la même année, le premier gouvernement provisoire de la république est formé sous la direction de Gabriel Lisette comme Premier Ministre. En Janvier 1959, sous les intrigues de Ahmat Koulamallah du MSA, Gabriel est mis en minorité à l'Assemblée Nationale puis a démissionné. Le 11 Février 1959, Sahoulbah du GIRT est chargé de former le deuxième gouvernement provisoire. Toujours sous les intrigues de Koullamallah. Ce gouvernement n'a dur\e qu'un mois. Ainsi Koulamallah a été désigné pour former le troisième gouvernement provisoire.
Compte tenu du danger que représentait le sud pour le nord du Tchad, Koulamallah a proposé la scission entre le nord et le sud du Tchad. C'est ainsi que le 24 Mars 1959, Koulamalllah est renversé à son tour par l'Assemblée Nationale. Entre temps, le PPT/RDA venait de se mettre sur pied après une crise aiguë en son sein. Toura N'Gaba qui était le secrétaire général de ce parti est remplacé par François Tombalbaye naguère secrétaire à l'organisation du parti. Cette troisième crise gouvernementale va favoriser la désignation de Francois Tombalbaye comme premier Ministre du quatrième gouvernement provisoire. Suite aux élections législatives de Mai 1959, le PPT/RDA a remporté la majorité des sièges. Le gouvernement de Tombalbaye est donc chargé de conduit le Tchad à l'indépendance. Ainsi, commencera un cycle infernal pour les leaders politiques en général et pour les musulmans en particulier.

Souvent, il est remarqué que lorsque les acteurs sont en lutte, ils mettent en oeuvre des stratégies et manipulent tous les moyens qui sont à leur portée afin d'atteindre leurs objectifs sans se soucier des retombées de leurs actes. Ainsi les données ethniques, régionales, confessionnelles et économiques seront subrepticement manipulées à des fins politiques. Une fois que cette série de crises qui a secoué la scène politique tchadienne est passée, une nouvelle ère a commencé pour le Tchad. Tombalbaye était le seul homme politique qui, selon Antoine Bangui a été monté de toute pièce par la France parce qu'elle s'assurait que seul lui défendrait valablement ses intérêts. Avec la certitude que ce pouvoir lui reviendrait après l'indépendance fixée pour 1960. Tombalbaye entreprit la même année une politique qui, sans nul doute devait exacerber les tensions entre les couches socia-poltiques dont la cohabitation devenait vraiment précaire. Le premier acte posé par le gouvernement de Tombalbaye au lendemain de cette reconduction a été le changement des couleurs du tricolore tchadien qui au début était Vert-Or-Rouge. La proposition de cette combinaison de couleur à l'Etat tchadien par les colonisateurs n'est pas le fruit d'un hasard. Elle tenait compte de certaines réalités socio-culturelles et confessionnelles du Tchad. La couleur verte que l'on trouve partout sur les documents de l'islam représentait pour les musulmans tchadiens leur attachement et leur participation aux affaires de l'Etat. Elle symbolisait encore le caractère laïc de l'Etat tchadien. La première et la plus grosse erreur de Tombalbaye est d'avoir ôté la couleur verte du tricolore tchadien en la remplacent par la couleur bleue car la première combinaison prêtait à confusion avec le drapeau de la Guinée Conakry, du Mali et de l'Éthiopie. Alors. Les musulmans tchadiens ont très mal digéré cet acte. Ainsi, le gouvernement de Tombalbaye est devenu à leurs yeux celui des " kirdis" c'est-à-dire de ceux qui ne connaissent pas le Dieu. Ce premier péché du gouvernement a été renforcé par son séjour d'un mois en Israël pour étudier les stratégies de développement d'un pays. Vu les tensions qui existent entre Israël et les pays arabes à l'époque, cela a trop offusqué les musulmans du Tchad. Ainsi, le climat politique s'alourdissait de jour en jour entre les alliés d'hier.

En bref, il convient de retenir que le Tchad est très mal parti pour l'indépendance. A la veille de celle-ci, l'échiquier politique tchadien était caractérisé par un multipartisme mais bipolarisé. On trouve d'une part les partisans de l'indépendance alliés derrière le PPT/RDA et d'autres part les opposants à celle-ci regroupés dans une opposition. Ce qui hantait les leaders du Nord qui étaient plus opposés à l'accession du Tchad à l'indépendance, c’était :
- Le faible taux de scolarisation qui caractérisait le Nord. D'après les spécialistes,, le sud était scolarisé à 48% alors que le Nord l'était à 8%. Cette disparité numérique avait une répercussion directe sur la représentativité des régions dans l'administration publique. Les sudistes s'étaient taillé la part du lion d'après les musulmans, alors que les nordistes ne représentaient rien du tout.
Ensuite-la ruse de Tombalbaye qui visait à enlever toute expression politique à ses adversaires en général et aux leaders musulmans en particulier. Son plan machiavélique à vouloir supprimer la langue arabe de l'administration publique, de même que son perfide concocté pour les sultans du Nord étaient très tôt affichés. Cela peut laisser aussi présager que c'est d'ailleurs pour des telles causes qu'il aurait réussi à se percher à ce poste avec la bénédiction de la France qui a écarté de l'arène politique les principaux leaders politiques musulmans qui avaient une inspiration plus arabo-marxiste que capitaliste. mis à part ces deux présomptions qui peut-être sont à l'origine de la méfiance des leaders musulmans, il y a une autre raison qui parait fondamentale :
- la frustration qui, sans doute à double sens. La première raison est que les leaders politiques du Nord étaient les plus nombreux sur l'arène politique. Compte tenu de leur passé précolonial, ils s'estimaient mieux préparer pour diriger le Tchad après sa décolonisation. À leur grande surprise totale, c'est le leader sudiste Tombalbaye qui leur a tenu tête. La deuxième raison se trouve dans l'orgueil propre de l'homme.
Les colonisateurs disaient du Tchad qu'il était la zone de captivité des esclaves pour les royaumes du Nord. Donc durant la période coloniale il est probable que l'homme du nord ait à l'esprit que le sudiste quel qu'il soit demeure un esclave. Cela nous amène à dire qu'il y avait effectivement frustration chez les leaders musulmans du Nord de voir le fils d'un ancien esclave devenu le maître du maître et de surcroît un chrétien gouverné le Tchad, pays à dominance musulmane. Alors l'avenir d'une nation en gestion devenant de plus incertain. La seule chance qui devait garantir l'unité nationale résidait dans une bonne pratique politique des futures élites tchadiennes et leur capacité à gérer habilement les contradictions. Malheureusement ce serait le contraire.
Ainsi le Tchad a accédé à l'indépendance le 11 Août 1960 sur un fond de crise totale.

Par Gaya -Ple Seïd

Le Libéria, le plus ancien pays africain noir indépendant, coincé entre la Côte d’Ivoire, la Sierra Léone et la Guinée Conakry, est l’Etat ouest-africain qui présente le plus de similitudes politiques avec le Tchad, pays de Toumaï. Non par la population (3.130.000 h, près de la moitié de la population tchadienne), ni par la superficie (111.370 km², soit 11 fois moins étendue). Peuplé majoritairement de descendants rapatriés d’esclaves Africains Américains des Etats-Unis d’Amérique, et de quelques minorités autochtones mandingues, ce pays est connu pour ses immenses plantations d’hévéa (caoutchouc), ses mines de diamants et surtout la guerre civile depuis 14 années, qui a embrasé les pays voisins. Quelles similitudes avec le Tchad ?

Dans les années 80, le monde découvrit avec horreur les images macabres d’exécution sur la plage de Monrovia des membres du gouvernement de Tolbert, renversé par un jeune sergent-chef de l’armée, un inconnu du nom de Samuel N’Do. Ce soldat d’ethnie mandingue croyait prendre une revanche historique par rapport aux discriminations et à la marginalisation subies par sa minorité ethnique depuis des générations. Mais une gouvernance basée sur la revanche devient rapidement une dictature affreuse et extravagante, comme ce fut le cas de Hissène Habré.

La roue de l’Histoire se fixera sur un trafiquant de diamants nommé Charles Taylor, dont les déboires avec Samuel N’Do le conduiront sur le chemin de la rébellion armée, aidé par certains pays voisins. On assistera alors à une formidable mutation de Taylor en chef de guerre redoutable, entraînant dans son sillage de sinistres individus tels que le caporal Fodé Sanko et Mosquito de la Sierra Léone (auteur des mutilations “manches longues et courtes“). Pour éviter que les troupes de Taylor ne s’emparent de la capitale Monrovia, les forces nigérianes d’interposition seront dépêchées sur place. Taylor bloqué dans les faubourgs de Monrovia, Samuel N’Do se croyant rassuré, se rendit naïvement au siège de la force panafricaine. Dommage pour l’exécuteur des Tolbert ! Un autre petit chef de guerre rival aux aguets, Prince Johnson, au mépris des règles internationales, blessa et captura Samuel N’Do sous les regards impuissants des soldats nigérians. Humilié et sauvagement torturé à son tour par Johnson, la fin tragique de Samuel N’Do sera visionnée sur cassettes VHS à travers tout le continent. Il semblerait que ces images terribles auraient décidé Hissène Habré à fuir N’Djaména pendant qu’il était encore possible de le faire le 30 novembre 1990.

La mort de Samuel N’Do prolongea la crise politico-militaire, obligeant les forces nigérianes de l’ECOMOG à de véritables engagements contre les troupes de Taylor, jusqu’à ce que la solution des urnes soit enfin acceptée pour mettre un terme à la guerre. Surprise ! Charles Taylor, désigné comme l’un des co-responsables de la tragédie libérienne, gagne les élections et une nouvelle virginité politique. Cependant, le naturel de trafiquant chassé revint au galop sous le costume de chef d’Etat. En instaurant un régime de prébendiers, rassemblant autour de lui des aventuriers sans scrupules, s’accaparant des richesses de son pays, Taylor poussa la folie jusqu’à exporter son système mafieux de gouvernance vers les pays voisins. La Sierra Léone, pays paradisiaque mais vulnérable, souffrira particulièrement des ingérences de Taylor, à l’instar d’un voisin du Tchad.

La solution boiteuse, pour la communauté internationale, était une fois de plus, la mise à l’écart manu militari de Taylor, président élu mais dangereux. Le processus d’expatriation de Taylor, par ailleurs réclamé par la justice internationale, n’allait pas se faire en douceur. De terribles combats allaient encore embraser ce petit pays meurtri par les chefs de guerre. Pendant que tous ces drames se déroulaient, un jeune des quartiers déshérités de Monrovia, un fils de « Laoukoura » ou de « Mandjago », allait connaître un destin exceptionnel. Maître incontesté du ballon rond, ses talents le conduiront sur les podiums européens et mondiaux, pendant que son pays subissait les affres de la classe politico-militaire des « mieux éduqués ». Mais le jeune Georges WÉA avait acquis des convictions humanistes et s’engagea aux côtés des opprimés de son peuple. Il mit sa fortune de professionnel à la disposition d’œuvres socio-économiques remarquables. Malgré tout, sa belle maison de Monrovia sera brûlée intentionnellement par les guerroyeurs jaloux lors de la dernière bataille – inutile et meurtrière- de la capitale. Georges WÉA ne se découragera pas pour autant, et fidèle à ses convictions, il répond à l’appel du destin en osant se présenter contre la puissante racaille politico-militaire de son pays. Même s’il ne gagnait pas ces élections, le jeune Georges WÉA aura déjà inscrit son nom sur le registre sélectif des bâtisseurs de l’Afrique digne et libre, à son âge !

Revenons à présent aux comparaisons. Le Tchad aussi est otage des chefs de guerre, négriers et rabbistes de notre époque. Pendant que certains groupes « rebelles » fatigués reviennent au bercail, d’autres clans guerriers se détachent, avec les mêmes arguments et dans le même style que les premiers, pour nous imposer une nouvelle tragédie à la somalienne, pour la conquête du pouvoir. La démocratie en panne, l’hibernation, le manque d’audace, d’imagination et de vision des 70 partis politiques légalisés, ainsi que la main étrangère habituelle, leur ouvre cette nouvelle brèche. En dehors de la rhétorique habituelle de la diabolisation du pouvoir clanique en place, aucune solution rationnelle de fond, aucun programme convaincant n’est proposé. Le vrai programme, risquerons-nous de le dire, ne serait-il pas encore l’imposition de nouveaux tributs au peuple amorphe, en cas de… ? Dans tous les cas, pendant que la peur de mourir ou de tout perdre d’un côté et les calculs hypocrites intéressés de l’autre minent les « démocrates » tchadiens face à cette situation, l’image très évidente d’une « somalisation » de notre pays, définitivement possédé par les bandes armées tribales, dans un proche avenir me terrorise !

À la différence du Libéria, il n’y a pas de forces étrangères neutres et conséquentes au Tchad, sur qui le peuple apeuré pourrait espérer une résurrection de la République et l’avènement de la paix civile véritable. Sinon, ça fait 35 années que les drames humains, les massacres, l’instabilité politique et administrative, l’alternance clanique par coups de forces sanglants, l’anarchie et la paupérisation forcée de la population active, ont cours comme un ordre logique qu’il ne faudrait pas remettre en cause ! Donc, sauf un tsunami (événement social imprévisible et irrésistible à au moins 7,5 degrés à l’échelle du changement) briserait la malédiction qui plane toujours sur le peuple tchadien.

Autre comparaison négative : des vedettes de la trempe de Georges WÉA, notre pays en a connu dans le domaine du sport et de la musique. Au ballon rond, il y a eu Tokomo Nabatingué et plus récemment N’Doram Japhet. Dans la musique, il y a MC Solar (tantôt franco-sénégalais) et d’autres. Ces vedettes ont connu en leur temps, la gloire des médias occidentaux et beaucoup d’argent, pas du CFA froissé ! Mais contrairement à Georges WÉA – je me trompe peut-être - ils n’ont pas estimé utile d’aider la jeunesse déboussolée et malheureuse de leur pays d’origine. En tous cas, je n’ai entendu aucun groupe local se prévaloir de leur parrainage volontariste et généreux. L’auraient-ils fait sous d’autres cieux ? Je ne puis répondre à leur place. Seul mon cher ami et homonyme Nocky N’Djédanom s’est inscrit dans la logique de Georges WÉA, avec la littérature (qui ne paye pas de surcroît). Bravo, Nocky ! Je ne dis pas que ces vedettes internationales d’origine tchadienne devraient être candidates aux « formalités électrocurales » de 2006. Cependant, si elles avaient pensé à leur pays, avec le grand capital médiatique des stars engagées et généreuses, elles seraient pour notre jeunesse (plus de 52 % de la population) des alternatives crédibles par rapport aux dinosaures (hommes politiques du passé encore en activité) et aux politico-militaires de la jungle somalienne.

J’avais même secrètement en projet, entre 1995 et 1997, de tenter d’organiser à N’Djaména un grand symposium des vedettes et stars tchadiennes de la diaspora, dans le but et l’espoir de susciter une nouvelle dynamique constructive et optimiste au sein de la jeunesse, à l’exemple de ce qui se passe sous d’autres cieux africains. Mais il était difficile de manager un tel projet dans la position statutaire militante qui était mienne à l’époque. Je ne désespère pas que cette idée devienne une réalité, par d’autres entrepreneurs sociaux audacieux, comme l’est devenue Fest’Africa-Tchad des confidences lilloises de Nocky N’Djédanom en 1995 !

Hors je dois constater, à contrario, que Georges WÉA pourrait s’appeler chez nous Tchanguiz Vathanka, ce réfugié d’origine iranienne bahaï. Qu’une personne de race persique fasse des milliers de kilomètres, fuyant une réalité barbare dans son pays d’origine, pour devenir au fond de la savane tchadienne, un « BRAKOSS » digne de ce nom, c’est déjà une légende comme Georges WÉA ! À la différence que Tchanguiz ne voudra être ni maire, ni député de Moïssala, son terroir d’adoption, ni candidat en 2006 aux présidentielles. Malgré ses œuvres grandioses et sa vulnérabilité juridique (il est toujours un réfugié politique), d’aucuns ne rêvent que du jour où il sera arbitrairement expulsé du Tchad, pour retrouver leur sommeil « vempireux ».

En faisant ces comparaisons contestables, n’y a-t-il pas lieu de se dire enfin qu’il y a véritablement un problème humain de références, de modèles dans notre pays ? Je suis même sûr que si Tchanguiz était originaire de son Moïssala ou Tchadien d’origine tout court, il n’aurait pas eu le temps d’achever sa deuxième réalisation communautaire, car ses frères de sang l’auraient empoisonné ou d’autres l’auraient déjà flingué. Je me rappelle les confidences faîtes par des amis ayant travaillé sur les chantiers de la zone pétrolière de Doba : certains affirment avoir échappé de justesse à la mort par voie occulte (bangossienne), pour simplement avoir osé investi leurs économies dans la construction de résidences confortables dans leur terroir. Alors, combien de victimes la gestion des 5% des revenus dévolus à la région productrice fera-t-elle en son temps, sur ce registre de mentalité rétrograde ?

L’ambiguïté tchadienne : d’un côté nous sommes devenus champions de la mendicité internationale (la moindre calamité est une aubaine), de l’autre nous n’aimons pas construire nous-même notre pays par nos initiatives et celui qui ose le fait à ses risques et périls. Jusqu’à quand, ya djamâa ? Bravo, Georges WÉA ! Courage, Nocky N’Djédanom ! Pour finir, permettez-moi de proposer deux citations à la jeunesse tchadienne :

  • q       « Le succès est plutôt le résultat de la ténacité et du refus d’abandonner ;
    Le succès est le fruit d’une décision suivie de la volonté de ne pas se rendre. »
    (Maltbie Babcock) ;
  • « L’excellence obtenue par les grands hommes du passé ne dépendait pas d’un coup de chance ou d’un effort éphémère. Alors que les autres dormaient, ils passaient des nuits blanches, redoublant d’efforts en vue du succès final … »
    (Longfellow).

Enoch Djondang

Aujourd’hui, des voix s’élèvent d’Afrique, contre le jugement en Belgique de l’ancien président tchadien Hissein Habré. L’on invoque la souveraineté du Tchad, ou l’africanité, pour inviter le président sénégalais Abdoulaye Wade à ne pas extrader l’ancien dictateur.
Ces Africains qui parlent ainsi veulent-ils aujourd’hui militer pour plus d’impunité ? Autrement, je ne vois pas le bien-fondé de cette idée.

En effet, Hissein Habré a commis des crimes graves pendant son règne. En 1984, après avoir destitué le Gouvernement d’Union Nationale du Tchad (GUNT) de 1980, mis en place sur compromis afin arrêter la guerre, cet homme n’a-t-il pas entrepris de pacifier le Sud du Tchad par la violence ? Pouvez-vous imaginer des hommes qui brûlent des cases, des greniers dans les villages, qui abattent hommes, femmes, enfants et bétail sur leur passage ?  C’était le désarroi. Les populations villageoises se réfugiaient dans la brousse ou la forêt, en proie à l’humidité, aux moustiques, etc. Mais évidemment, si vous n’êtes pas Tchadien et que vous n’avez pas vécu ces choses personnellement ou du moins de près, vous ne le comprendriez peut-être pas.

Et peu après, ne s’en est-il pas pris aux populations du Nord, parce que quelques-uns des leurs s’étaient révoltés contre lui (notamment les Hadjeraï et les Zaghawas), alors qu’en grande partie des ressortissants de ces populations l’avaient servi aussi bien dans la rébellion que dans la pacification du Sud ?

Et tout ne s’arrête pas là. Dans ses prisons politiques, Hissein Habré faisait torturer ses prisonniers. Physiquement et moralement. Par la violence, par la faim, par des moyens humains. Je parle de l’humanité, mais même un animal, je ne vois pas pourquoi le soumettre à de tels traitements. Lire Les moments difficiles de Zakharia Fadoul Kidhir et le rapport de l’enquête sur les crimes de Hissein Habré, publié peu après l’arrivée de son complice Idriss Déby au pouvoir.

L’on a vu, un peu partout, la soldatesque débarquer, du bord de ces sinistres véhicules Toyota pick up 4x4, bourrés d’armes aussi bien légères que lourdes, puant la mort. L’on a vu ces hommes enlever des chefs de familles, dont les épouses et les enfants n’auront plus de nouvelles. Du moins pas de bonnes nouvelles. Ces hommes que l’on transporte hors de la ville, pour égorger et enterrer dans des fosses communes. Sans procès, sans procession. Dieu ait leurs âmes.

Moi qui vous parle, j’ai bien vécu cela. Gamin apeuré, témoin de terribles drames. Mon père avait dû fuir la petite ville de Koumra où nous étions des réfugiés dans notre propre pays, pour gagner son village, puis la brousse, afin d’éviter d’être égorgé. Plus tard, ce sera au tour de ma mère d’être prisonnière, pour une bête affaire de tract, séparée de son bébé âgé alors de quelques mois seulement. Heureusement, les miens avaient eu la chance de ne pas être tués. Pourtant, ils ne faisaient pas la politique. Encore qu’il n’y a aucun mal à faire la politique, pour la bonne marche de sa cité. Je voudrai que justice soit faite. Je n’écris pas par idée de vengeance, mais je souhaite que justice soit faite pour ceux qui la revendiquent.

Aujourd’hui, je peux l’affirmer, sans risque de me tromper, que plus de 50% de Tchadiens ont perdu tout au moins un des leurs par les faits du régime de Hissein Habré. Pourtant, nos frères de l’Afrique de l’Ouest, et pas seulement hélas! comme des traîtres, osent lever le doigt, défiant tous les principes de l’humanité, pour défendre un bourreau du peuple, avec des arguments aussi fallacieux qu’infondés ni en droit, ni en moral, ni en fait. Habré n’est qu’un terroriste ayant pris tout un peuple en otage. Meurtres et tortures à volonté, pas de droit de grève, pas de presse indépendantes, etc.

De quel droit Hissein Habré, si cher à mes frères ouest africains, devait-il faire cela ? S’il voulait travailler pour le Tchad, donc pour les Tchadiens, pourquoi devait-il tuer la plupart de ses compatriotes (40 000 morts environ) ? Quelqu’un qui massacres ses compatriotes afin de régner sur les survivants n’est pas là pour le peuple, mais bien pour servir ses intérêts : par exemple, s’assurer une bonne retraite au Sénégal (encore avec des serviables et corvéables à ses pieds comme au Tchad) avec l’argent du peuple tchadien ; se faire célèbre, même si ce n’est que tristement célèbre…

Que mes frères africains calment leurs nerfs. Aux yeux d’un mec comme Habré, ce ne sont que des «enculés», excusez-moi les termes. Mais en effet, les uns sont des vendus (sauf les avocats qui font leur boulot), et les autres sont des pauvres naïfs manipulés. Encore une fois, que l’on pose des questions à n’importe quel tchadien. La majorité optera pour le jugement d’Habré en Belgique, quel que soit le prix à payer, nonobstant les arguments de souveraineté ou d’africanité.

Souveraineté ! Hou là là !  Voilà un mot aussi noble qu’ambiguë et obscure, selon son utilisation. À mon avis, si l’on parle de souveraineté au sens vrai, il faudra alors se plier au vouloir des Tchadiens. Ceux-là veulent que l’on juge Habré. On peut peut-être faire un référendum là-dessus si Idriss Déby le veut bien, et s’il décide, dans ce cas, de ne pas piper les dés. Alors, que les autres arrêtent leur délire. Même Idriss Déby, président non légitime, même cet ancien collaborateur d’Habré, même cet homme qui a dirigé l’opération devenue Septembre noir au Sud du Tchad (hommes égorgés etc.) n’est pas contre ce procès. Alors, que l’on arrête de nous distraire avec des idées de souveraineté.

Maintenant, parlons de l’africanité. En fait, ce mot ne paraît pas rendre compte tout à fait de cet autre argument. Mais je l’utilise toutefois faute de mieux. L’affaire Habré n’est pas une affaire africaine. L’Africain n’est pas un homme à part. Prétendre le contraire serait approuvé tous les propos racistes. L’Africain fait partie de l’humanité et le juge belge aussi. Sauf si l’on veut traiter l’affaire Habré à la manière de Déby qui vole le pouvoir au peuple, ou à la manière de Blaise Compaoré qui assassine son camarade de lutte et un journaliste sans répondre, ou à la manière de ces Togolais qui confisquent le pouvoir au sein d’une famille, à la manière d’une monarchie, et j’en passe.

En plus, quel est ce mécanisme africain qui fonctionne si bien dans la justice et la limpidité, et qui puisse permettre valablement de juger un ancien président ? L’affaire tchadienne n’est pas une affaire africaine. C’est une affaire humaine tout simplement. On ne le répètera jamais assez. Qu’elle soit traitée en Europe, en Amérique, en Asie ou en Afrique, cela n’a pas d’importance. L’essentielle est qu’elle soit traitée.

En plus, ce tortionnaire du peuple tchadien n’est-il pas bien parti avec l’argent du peuple tchadien (plus de 2 milliards de CFA [plus de 3 millions d’euros]) ? C’est peut-être une petite somme, pour le peuple tchadien, pas si riche, c’est beaucoup d’argent, surtout qu’Habré n’avait aucun droit de l’emporter. Cet argent qu’il distribue sans doute à volonté en Afrique de l’Ouest, et qui sans doute inspire tant les manipulateurs, détracteurs du peuple tchadien, pourtant assoiffé de justice. Ce peuple qui attend, entre autres, qu’Habré lui rende son argent.

Enfin, il est difficile de se mettre dans la peau de l’autre. Un Sénégalais ou un Burkinabais etc. devant son ordinateur, ou devant son auditoire, et qui s’acharne à incriminer le jugement de Habré en Europe n’a pas une idée réelle du drame tchadien. En 7 ans de règne Habré n’a pas seulement tué ; il a appris aux Tchadiens la résignation, il leur a appris à ne pas s’exprimer. Il en a fait des ombres vivants. Cela est aussi pire que tuer.

Je pense qu’il ne faut pas jeter de la poudre aux yeux. Hissein Habré ne doit pas tricher jusqu’à la fin et toujours triompher. L’argument religieux qui lui donne la côte devant les communautés sunnites du Sénégal, il l’avait déjà employé au Tchad. On se souvient de ces défilés dans certaines villes, où des musulmans manipulés clamaient «Islamik Hissein!» Ils croyaient qu’Habré allait faire du Tchad un Etat islamique comme il le prétendait pour gagner leur confiance. Mais au Tchad, le pourcentage des musulmans est presque égal au pourcentage des non musulmans. La chose est simplement impossible. C’était au début de son règne. Peu après, mêmes les musulmans n’avaient pas été épargnés par la rage sanguinaire et destructrice. Ces musulmans, plus souvent commerçants et hommes d’affaires, en ont vu, en plus, de toutes les couleurs, avec un régime où il est presque interdit de s’enrichir sans devoir en payer les prix. Une réflexion qui s’impose, est qu’il faudrait que les responsables religieux musulmans ne laissent pas trop d’interprétation à la mauvaise utilisation de l’islam. Le reste des hommes, c’est aussi des humains. La triste histoire vécue par le catholicisme en ce domaine, et qui a abouti heureusement aux changements, doit être édifiante : les hommes doivent servir du passé, même si ce n’est pas le leur.

Que justice soit faite. La justice contre des faits aussi graves n’a pas de temps. Elle n’a pas de pays. Elle appartient aux hommes. C’est leur droit. Que l’on arrête de torturer doublement les Tchadiens. Ils en ont assez vu. Ils étaient presque les premiers en Afrique à connaître la guerre, le déchirement, le ravalement de l’humain à un statut de chose ou d’animal.

Que justice soit faite. Ce sont des Tchadiens qui ont déclenché ce procès. De grâce, que l’on arrête de gesticuler. Le Tchad aux Tchadiens, comme dirait Habré. S’ils veulent la justice, qu’on la leur fasse. Que justice soit faite, c’est le moins qu’on puisse souhaiter. Quant aux autres, arrêtons de nous mêler aux affaires qui ne nous regardent pas. Le président Wade est un juriste. Qu’il contribue à faire triompher le droit. Cela l’honorera plus que les perspectives électoralistes. Contribuer à la justice peut s’avérer plus honorable que de vouloir se perpétuer au pouvoir. L’histoire nous en édifie constamment.

Patrick Khalil Kodibaye

Au-delà des défilés, des cortèges bruyants et du tintamarre organisés par le régime de Déby à l’occasion des similis élections et des célébrations de ses « victoires », la tristesse et la grisaille demeurent le lot commun des tchadiens tant dans les villes que dans les campagnes. Ce raffut régulièrement mené vise à couvrir l’indifférence à son égard de la population surtout préoccupée par la lutte quotidienne pour sa survie.

Un moment de réflexion sur le bilan de quinze années de règne de Déby sur l’économie tchadienne s’impose. La grande œuvre autoproclamée, l’exploitation du pétrole et ses effets favorables sur l’éradication de la pauvreté, a été reconnue par son auteur lui-même comme un énorme raté (1). Après avoir dépensé sans compter les ressources reçues pendant la période d’investissement, Déby a « découvert » que les recettes budgétaires issues du secteur pétrolier ne sont pas à la hauteur de son immense boulimie financière et de l’inextinguible soif d’argent et de ses affidés.

A posteriori, les tchadiens se rendent compte qu’ils avaient raison initialement en priant pour que le pétrole reste encore quelques temps dans le sous-sol. C’est la triste revanche de tous ceux qui ont été traités d’anti patriotes, pourchassés et embastillés avec la bénédiction du FMI et de la Banque Mondiale, Wolfenshon en tête. Pourtant, dès le bonus attribué par le consortium bénéficiaire du permis d’exploitation, avant le démarrage des travaux de construction des structures de production, un détournement avait été opéré sur les fonds destinés aux projets de développement économique et sociaux.

La période d’investissement dans le bassin pétrolier de Doba a été édifiante sur l’incapacité du régime à promouvoir l’essor du secteur privé avec le constant de la faible participation des entreprises tchadiennes aux travaux. Quelques mois après le lancement de la production pétrolière, l’opinion a été surprise par l’aveu sur les erreurs commises dans la négociation des conventions pour l’exploitation des champs de Komé, Bolobo et Miandoum.

Cet aveu tardif n’est pas sincère. Il n’a pour but que de diluer l’incompétence et les arrangements intéressés exercés lors des discussions relatives à ces conventions. Pouvait-on espérer un miracle de négociations menées par un groupuscule de tchadiens, dont l’expertise principale est l’inféodalité à Déby, alors qu’il avait en face une armada d’experts camerounais aux compétences variées et de représentants des compagnies pétrolières chacun rompu dans son domaine ? Dernièrement dans une interview, Déby a voulu faire porter la responsabilité de son incurie à Habré qui aurait signé ces conventions en 1998 ! Pourtant, alors qu’il a eu tout le loisir de renégocier ces accords, sa volonté de disposer de ressources faciles avant les élections de 20001 a conduit à accepter un dispositif qu’il conteste aujourd’hui. Ainsi, dans ses discours de campagne, il affirmait qu’avec les revenus procurés par le pétrole, il fallait offrir le bonheur que ses opposants refusaient au peuple.

La faillite de Déby est patente depuis que les arriérés de salaire des fonctionnaires, de pensions de retraités, de bourse d’étudiants et des fournisseurs de l’Etat sont devenus récurrents à partir de l’année 2003. L’accumulation de ces arriérés, surtout dans les provinces où vit la majorité de la population dans un état de misère endémique, provoque l’arrêt fréquent des cours et des soins ainsi que le marasme du secteur non pétrolier en 2004. Les raisons avancées pour justifier ces défaillances (hausse de la masse salariale, changement de grille des militaires, etc.) ne convainquent pas car le programme du gouvernement, soutenu par la Facilité pour la Réduction de la Pauvreté et la Croissance (FRPC) du FMI et d’autres apports de la communauté financière internationale, notamment les produits de l’allègement de la dette issus de l’Initiative PPTE, prenait en compte ces mesures en faveur des secteurs dits prioritaires, dont particulièrement la santé et l’éducation.

La croissance record du PIB enregistrée en 2004 relève de l’anecdote car elle n’était due qu’à l’émergence de la production pétrolière dans les comptes nationaux. Les fluctuations excessives du PIB non pétrolier, soumis aux seuls aléas climatiques non anticipés et donc non maîtrisés, expriment bien l’inexistence d’une vision du développement durable du pays. Le recul paradoxal du Tchad de la 167eme place en 2003 à la 173eme en 2004 de l’indice du développement humain publié par le PNUD, malgré l’exploitation pétrolière, prouve l’inanité de la politique économique poursuivie par Déby sous la bienveillante houlette des institutions internationales et avec le soutien agissant de Chirac.

Le gouvernement impute ses difficultés de trésorerie à la loi 001 du 11 janvier 1999 sur la gestion des revenus pétroliers du bassin de Doba. Dans un communiqué publié début février 2005, il attribue par ailleurs aux législateurs l’adoption de cette loi dont il avait présenté lui-même le projet, incité par la Banque Mondiale à la recherche de l’alibi autorisant l’octroi de son prêt et sous la pression des organisations de la société civile nationale et internationale ! A peine une année après sa mise en œuvre, pour entretenir la gabegie déjà en cours, le pouvoir s’efforce de la modifier dans les dispositions qui font son originalité : constitution d’un fonds des générations futures (10%) et affectation principale aux secteurs prioritaires limitativement définis.

Cependant, les règles de gestion des revenus pétroliers en particulier et des ressources de l’Etat en général sont régulièrement contournées grâce aux personnes liges placées dans le circuit des finances publiques. En effet, sont essentiellement nommés aux divers postes stratégiques (Ministres des Finances, du Plan, du Contrôle d’Etat, des Infrastructures, du Pétrole, etc. ; Président du Collège de Contrôle et de Surveillance des Revenus Pétroliers, CCSRP ; Directeur national de la Banque centrale régionale, la BEAC ; Trésorier Payeur Général, Directeur Général du Trésor, Directeur Général des Douanes, Inspecteur Général des Finances, Caissier Général, Directeurs Administratifs et Financiers des ministères, administrateurs des projets de développement, etc.) les apparentés familiaux et ethniques de Déby, les clients fidèles du régime, sans considération de leur état de service, et quelques rares fonctionnaires sans texture que l’ambassadeur de France au Tchad, interdit d’appeler « Laoukouras » (2)

Issu de limbes du parti unique de Hissein Habré, le régime de Déby dont la nature profondément anti-démocratique et les velléités guerrières sont reconnues, manifeste un rejet viscéral d’une gestion républicaine des finances publiques. La persistance des dépenses hors budget malgré les engagements pris et jamais réellement respectés le prouve amplement. Pour financer ses interventions militaires en RCA depuis 2002 et son activisme au Darfour, couvrir les dépenses incontrôlées autour des soins médicaux à l’étranger du chef de l’Etat (location d’avions médicalisés, entretien des déplacements des membres de sa famille, etc.), s’assurer des victoires électorales, le Trésor public est définitivement devenu une cassette royale affectée à Déby.

Les satisfecit délivrés régulièrement au Tchad par le FMI et la Banque Mondiale, dédouanent le pouvoir d’un réel effort de redressement de sa gestion. Pour tenter de maintenir leur programme avec le Tchad « on the track », les bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux ferment les yeux sur des pratiques non orthodoxes dangereuses pour l’économie : absence ou inapplication du plan de trésorerie public, multiplication d’avances exceptionnelles de la Banque centrale régionale à l’Etat, emprunts à taux élevé auprès des banque gagés sur les ressources pétrolières, etc. Tout ceci est commis en violation flagrante des dispositions du même programme tendant à éviter les effets inflationnistes d’une gestion incontrôlée des ressources pétrolières, à l’inciter l’Etat à poursuivre ses efforts de collecte des recettes fiscales traditionnelles et à promouvoir le développement du secteur privé. En attendant, le Tchad a toujours le taux de prélèvement fiscal le plus bas d’Afrique, à cause principalement d’une forte évasion fiscale commise avec une administration publique désormais dominée par des faux diplômés et le népotisme poussé à son paroxysme.

L’échec de 15 ans de règne de Déby vient d’être admis par le Président de l’Assemblée Nationale lui-même, en interpellant son énième Premier Ministre sur les promesses non tenues. Malgré l’adoption en 2003 de « stratégies » nationales de réduction de la pauvreté et de bonne gouvernance, imposées par les bailleurs de fonds, seules des mesures sectorielles surfacturées, soutenues à bout de bras par les donateurs et leurs assistants techniques surpayés ont étés réalisés et la corruption (3) est dorénavant bien armée, comportant toutes chances de développement durable.

En définitive, le gouvernement et ses partenaires extérieurs sont noyés dans un cercle vicieux et pris dans une fuite en avant dont on ne perçoit pas le bout. Pour justifier l’acharnement dans leurs appuis, les bailleurs de fonds étrangers, malgré le gaspillage et les dilapidations de ressources grossiers, prétendent que l’arrêt de leurs aides serait plus préjudiciable aux pauvres. La communauté financière internationale doit cesser son hypocrisie et suspendre sa prime accordée à la mauvaise gestion. Si les pays du G8 sont sincères dans leur volonté de contribuer à la lutte contre la pauvreté des populations africaines, ils doivent sortir de leur résignation complice, aiguillonnés par leurs citoyens. Il faut dès maintenant éviter au Tchad l’expérimentation sahélienne traumatisante du syndrome hollandais !

Député ALI Gabriel GOLHOR

(1) Communiqué de presse du service de presse de la Présidence d’Octobre 2004
(2) Nom ngambay synonyme de sous-fifre, gratte-papier, fonctionnaire docile.
(3) Rapport 2004 du CCSRP : un table-blanc de mauvaise qualité à 125 000 F CFA au lieu de 30 000 F CFA

Dans le débat autour de l’affaire Habré, les Africains ont montré beaucoup d’enthousiasme et cela semble montrer l’évolution de l’opinion publique africaine. Une opinion qui se doit de grandir et de s’imposer parallèlement au ‘’syndicat des chefs d’Etats’’ à qui le Sénégal a décidé de confier Habré. Or, notre opinion évolue-t-elle dans le bon sens ? Est-ce qu’elle soulève le bon débat, quand en majorité on refuse la « justice des blancs » sans vouloir réclamer la nôtre ? C’est ce que montrent les positions nombreuses et passionnées de nos frères qui, pour la plupart, ne connaissent ni le Tchad, ni Hissein Habré.

Il convient de rappeler que l’histoire du Tchad, celle de ses injustices n’a pas commencé en 1982, et donc pas avec Hissein Habré. Pour une raison ou une autre, ce dernier n’a pas cherché, à son arrivée au pouvoir, à parcourir les pages de l’histoire pour déterminer les responsabilités, potentiellement nombreuses, de ses prédécesseurs dans les massacres des populations civiles entre 1960 et 1982. Pas plus que Deby ne cherche aujourd’hui à passer au crible de la justice ceux qui ont gouverné avant lui. Cela est d’ailleurs une coutume qui caractérise tous les régimes.

En réalité, il n’y a jamais eu de vraie rupture politique entre les régimes successifs depuis 1960 en termes de projets nouveaux et novateurs qui nécessiteraient, comme cela fut le cas au Mali, la détermination des responsabilités des anciens dirigeants dans la persécution et les pillages. Il est logique qu’un régime qui s’attèle à commettre les mêmes bavures que le précédent ne cherche pas à le juger. Dans le cas contraire, la jurisprudence ainsi établie s’appliquerait à lui par la suite. Ainsi donc, les Tchadiens n’ont jamais connu de régimes de rupture politique. Au Tchad, aucune victime d’un tortionnaire politique n'a obtenu que le coupable soit traduit devant la justice, et ce depuis l'indépendance. Pire encore, les acteurs d’un précédent régime intègrent élégamment le nouveau système sans qu’on émette le moindre murmure sur leurs actes antérieurs. Ceux qui ont obtenu justice l'ont fait eux-mêmes par des règlements de compte personnels. Par exemple, en 1985 à Moundou (sud du Tchad) a eu lieu l’exécution publique d'un ancien tortionnaire par le benjamin de la famille victime d’un massacre en 1979. Comme quoi, nos ‘’révolutions’’ n'ont rien révolutionné.

Bien sûr, la tolérance et les amnisties sont nécessaires pour qu’un peuple s’habitue à se supporter, à ne pas être dur envers lui-même. Mais ceux qui ont pensé à l’amnistie pour résoudre leurs problèmes sont ceux qui s’engagent à écrire leur histoire sur de nouvelles pages et donc à  exclure d'éventuelles excuses (si elles existent) de ceux qui diraient  qu’on aurait mieux fait de ne pas trop creuser au risque de raviver les tensions. Non, nos dirigeants griffonnent chacun sur les pages de leurs prédécesseurs. Les assassins de Tombalbaye l’ont tué parce qu’ils ont jugé qu’il n’y a rien à lui reproché, c'est-à-dire qu’il n’est même pas utile pour répondre de ses actes devant la justice. Et on sait, à ce propos, que beaucoup de Tchadiens ont souffert pendant son règne, personne n’a bénéficié de la justice parce que ceux qui ont chassé Tombalbaye ne l’ont pas fait à cause de ses résultats politiques, sinon ils l’auraient arrêté vivant, ou même jugé après sa mort. La même logique s’applique aux régimes successifs et les populations victimes des abus n’ont jamais eu une tradition de confiance dans la justice.

On peut donc comprendre qu’au Tchad, obtenir justice d’un abus politique est un luxe que seul peut s’offrir celui qui est fort. Et donc comment saisir le cas de Hissein Habré dans ce contexte pour éviter de verser dans l’arbitraire ? Déjà, un doute tombe : les Tchadiens n’ont jamais cherché à le juger, parce qu’ils ne sont pas habitués à une telle tradition, luxe dont ils sont privés depuis 1960. Il convient d’observer l’indifférence populaire face à la question pour s’en convaincre. Telle n’est pas non plus la volonté du gouvernement tchadien, même si Deby affirme, pour ne pas réagir le dernier, qu’il faudra extrader Habré en Belgique. Aussi, la fin de l’impunité ne semble pas pour demain quand on considère les discours des opposants qui affirmaient simplement qu’il faut « balayer Deby » ou encore « Deby doit partir » (Yaya Dillo). Cela sous-entend qu’on ne lui reproche que son fauteuil après 15 ans de règne, Drôle de façon de faire de la politique, on ne prévoit même pas un audit dans l’éventualité d’une succession !

Pour le cas de l’ancien président tchadien, il convient d’abord de dissocier le contexte actuel (médiatisation des rapports internationaux, mutation de l’opinion africaine) du fait que ce cas n’a rien de banal par rapport à ce qu’ont commis ou commettent certains autres tortionnaires africains. L’affaire Habré peut être une affaire tristement banale en Afrique quand elle cesse d’être médiatisée et politisée.

Cependant, quand le débat se place sur un terrain africain, on doit d’abord exiger qu’on puisse agir raisonnablement. La justice est une denrée rare en Afrique, une matière à laquelle tout le monde a droit mais que l’égoïsme réserve aux aristocraties gouvernantes. Rappelons que c’est parce qu’on se prive de justice que nos frères se sont fait tirer comme des lapins à Melilla, et même ceux qui réussissent à arriver chez les autres le font pour échapper à nos injustices socioéconomiques, politiques et culturelles. Le lien peut être fait avec le cas Habré : où étions nous, où étaient les Chefs d’Etats africains quand des citoyens africains ont demandé à la justice sénégalaise de juger Habré, où étaient nos intellectuels, surtout sénégalais, pour imposer le débat quand une personne se sentant victime demande justice et que celle-ci lui répond qu’elle ne l’aura pas ?  Ces victimes, comme les malheureux de Melilla, sont simplement allé chercher justice de l’autre côté de la Méditerranée là où elles pensaient la trouver et en jouir pleinement.

Il n’y a qu’un Tchadien qui aime vraiment son pays qui puisse saisir agréablement l’admiration des Sénégalais pour Hissein Habré qui, faut-il le noter, même accusé, fut un grand homme dans notre histoire. Il a défendu et gagné une cause tchadienne avant même que la Justice internationale ne reconnaisse au Tchad son territoire spolié par la Libye. Cependant, la construction africaine devant se faire sur des bases saines et dans le respect des droits de l’homme, quel que soit sa place dans l’histoire, un Africain doit en conséquence répondre de ses actes quand on l’accuse de crimes.

Or, le manque de courage, à chaque fois qu’on nous met au défi d’un acte historique, nous a valu encore l’humiliation quand un petit pays comme la Belgique nous amène à débattre sur nos maux, ne sachant sur quel pied danser et versant dans le sensationnel. N’est-ce pas là le manque de grandeur qui est le fait de méconnaître, sans modestie, son déficit juridique au lieu de reconnaître le mérite de ceux qui sont en avance dans le domaine ? Et tout ça, parce que les autres ont mené le débat avant nous et à notre place, parce que l’UE dont nous voulons suivre l’exemple pour l’UA a d’abord commencé par la question des droits de l’homme et de la démocratie. Ne devons-nous pas garder l’émotionnel pour des lendemains meilleurs ? L’important si on saisit bien ce qui se passe avec l’affaire Habré, c’est de construire quelque chose en Afrique pour que les Africains puissent enfin croire à quelque chose, qu’ils n’aillent pas quémander ailleurs et qu’on puisse garder une courtoisie honorable avec le reste du monde. N’est-ce pas Pr Malick Ndiaye et Pr Moustapha Cissé ? Je ne vous accuse pas de vous opposer à l’extradition de Habré en Belgique, mais je pourrais valablement le faire pour vos silences comme tant d’autres intellectuels face au déficit judiciaire dans votre pays et en Afrique.

Le malaise des autorités sénégalaises face à la décision inactive de la justice, peut témoigner de l'évolution de la démocratie sénégalaise, et celle de l’opinion africaine en général même si on n'a pas posé le débat de façon valable partout. Extrader Habré sans l'aval de la justice peut sembler difficile, ne pas le faire ne grandit guère au contraire, car la justice a laissé la question en suspens. Le gouvernement sénégalais s’est trouvé dans une situation compréhensible sauf, effectivement, quand il cherche à résoudre le problème sans procédure. Agir, comme l’a fait le Sénégal, au-delà d’une certaine limite de procédure normale serait bafoué les droits de Hissein Habré lui-même.  Et en plus, même le plan B ne rend pas service à la justice : remettre l’affaire devant les Chefs d’Etats africains, ce serait politiser davantage le problème. Et sur ce point, les esprits naïfs sont aussi bien au Sénégal qu’au Tchad. Dans ce pays, une décision collégiale de chefs d’Etats pour le jugement de Habré peut être assimilée à une manœuvre de Deby. Et si la décision est allée dans ce sens, ceux qui connaissent le Tchad pourront s’inquiéter valablement pour ce pays fragile où le fait tribal occupe une place de choix en politique.

D’ailleurs, au nom de quelle procédure, de quel principe, un sommet politique d'une organisation régionale décide d'une question complexe mais avant tout purement juridique ? Il n’y a pas de doute qu’en se réunissant à Khartoum, les chefs d’états africains vont essayer de résoudre un problème qui sera d’abord à leur service avant celui de la justice. Ils vont d’abord tenter de résoudre le problème de Wade qui est aussi le leur. Si l’on veut poser un précédent concernant la justice, il est important qu’il provienne de la justice elle-même. Cela doit, à mon avis, mobiliser les juristes africains soucieux de la place du droit dans la construction africaine, car les politiques veulent les dépasser en la matière. Parce qu’elle concerne aussi l’impunité qui fait autant de victimes, la question devrait mobiliser la jeunesse africaine. La fierté africaine ne se réclame pas simplement d’une africanité, il faut des actes et ces actes concernent aujourd’hui la justice qui ne pourrait tolérer la dérobade. L’impératif de justice en Afrique n’attend pas et quand ce sont ceux qui contournent souvent le droit qui doivent régler le problème, les citoyens africains doivent veiller à ce que cela aille dans leur sens. Quel que soit le résultat du sommet de l’UA, il sera décisif : car il va décider si l’impunité a assez duré ou non. Dans le premier cas cela pourrait inspirer l’espoir, dans le cas contraire, autant faire le deuil de l’actuel projet panafricain, car la base s’avérera fade et creuse. L’Union Africaine ayant été amorcée en dehors du peuple africain, le devoir revient à ce peuple martyr d’exiger des valeurs pour défendre ses intérêts.

En somme, c’est peut être une aubaine que le problème soit renvoyé au niveau africain même si la justice et ceux qui vont en débattre ne partagent pas souvent les mêmes intérêts. Mais au niveau citoyen, la mobilisation peut peser et orienter les démarches politiques vers le sens de la justice qui est un impératif souvent absent en Afrique. On peut exiger, par exemple, que ce procès puisse se dérouler en Afrique pour faire profiter pédagogiquement nos populations du bénéfice auquel elles ont légitimement droit. Et ainsi nourrir valablement l’orgueil de ceux qui, dans l’émotion, croyaient à un africanisme vide, un africanisme béat ignorant qu’il ne faisait ni l’honneur de Habré, ni celui des autres africains.

M.D 
N'djamena, Tchad

Une fois de plus des tchadiens meurent sous les feux d’autres tchadiens et cela n’est pas prêt de s’arrêter. Et pourquoi ? Arrêtons l’hypocrisie ! C’est le dessein fantasmatique de conquérir le pouvoir et de jouir des avantages qu’il procure qui exhorte certains à tenter l’aventure jusqu’à tuer ou en mourir si besoin est. Nul ne peut très honnêtement, à moins d’être autiste, croire que les innombrables groupuscules politico-militaires qui écument l’est du pays soient exclusivement mus par un idéal démocratique et « libertaire » dont ils seraient les promoteurs et les défenseurs invétérés. Qu’ils aient tous un point d’ancrage commun, le rejet de Deby, soit ! Mais par-delà cette considération factuelle, deux évidences : la première, c’est qu’un masque ne sert que pour le besoin d’une pièce. Autrement dit, tous, on a bien conscience de l’instrumentalisation de la démocratie et du fait indéniable qu’une fois ce dessein inavoué et inavouable atteint, le masque tombera de lui-même.

La seconde évidence est que la contestation d’un pouvoir, d’un homme n’est pas en elle-même constitutive d’une alternative. Encore faut-il être apte à offrir une perspective qui ne se résume pas à une hypothétique promesse des lendemains qui chantent en lieu et place d’un présent qui serait oppressif.

Or qu’y a-t-il en commun entre ces individualités et entre ces mouvances politico-militaires subversives ? Mis à part les ambitions personnelles et l’opportunisme éhonté de certains, rien justement ! Car tous les oppose autant les uns que les autres. Comment en effet, ne serait qu’esquisser une conciliation entre mille et une incompatibilités rédhibitoires ? Imagine-t-on un seul instant que l’intérêt du peuple tchadien réside dans une mosaïque écartelée entre des bases claniques divergentes, entre des ambitions égoïstes concurrentes, entre des générations de pseudo-opposants différentes ? Et ce n’est pas fini. Par quel miracle, les opposants « historiques » (ceux qui ont inscrit à cette logique très tôt) parviendront-ils à définir un avenir pour le Tchad en collaboration avec des opposants nouvellement et curieusement convertis à la dénonciation expiatoire alors que pour certains d’entre ces derniers, ils ont non seulement cautionné un régime devenu subitement infréquentable à leurs yeux, mais n’ont pas bougé le moindre doigt sous le régime Habré qui était franchement tout, sauf démocratique. Quiconque regarde la réalité avec objectivité, c'est-à-dire sans œillères mais avec lucidité, ne souhaiterait troquer le régime en place (quelque soient ses insuffisances) avec l’incertitude et les infirmités disqualifiantes des maladroits vendeurs de chimères.

Bien que l’on ne puisse se satisfaire de l’état actuel du pays, il ne faut pas non plus occulter le chemin parcouru depuis 1990. Autant il serait prétentieux de hisser le Tchad d’aujourd’hui parmi les nations les plus démocratiques du monde, autant il serait exagéré de qualifier le régime tchadien de dictatorial. Seuls ceux qui ignorent la progressivité de l’ancrage des principes et du réflexe démocratiques s’étonneront du fait que notre démocratie ne concurrence pour l’instant, ni dans son contenu, ni dans ses contours la démocratie française entre autres. À ceux-là, il faut rappeler que la France qui est leur référence, s’est retrouvée sous le joug d’un empereur quinze ans après la proclamation des principes de la révolution de 1789. Le parallèle est certes relativisé par la temporalité des contextes, mais au moins, on ne peut reprocher à Deby d’avoir installé un régime impérial !

La question principielle et préjudicielle qu’on devrait se poser c’est de se demander si, ceux qui se disputent la place du roi aujourd’hui, auraient fait mieux que l’actuel chef de l’état. À chacun sa conviction.

L’honnêteté intellectuelle doit néanmoins nous incliner à accréditer les insuffisances protéiformes dont pâtit notre pays et les réformes multidimensionnelles qu’il faudra incessamment entreprendre. Seulement, là également, il serait simpliste de restreindre la responsabilité de toutes les difficultés nationales à une seule personne sans prendre en compte d’autres facteurs déterminants, telle la hantise de la prise du pouvoir (par tous les moyens) elle-même génératrice d’une réaction, source principale et légitimante des dérives. De ce fait, le recours à la force comme mode de conquête du pouvoir est plus que jamais anachronique dans son principe et toujours dommageable dans son procédé. L’apport de l’opposition démocratique – symbolisé par l’activisme courageux et bénéfique d’un certain Yorongar- dans l’évolution de la société tchadienne est sans commune mesure avec l’action oh combien régressive des nombreuses aventures militaires dont on a fait l’expérience. C’est une preuve de plus que le progrès ne viendra pas envelopper dans la haine, le sang et les rêves.

Par ABDOULAYE-SABRE FADOUL, ABDEL-GADIR FADOUL KOUYOU, MAHAMAT SENOUSSI ABDOULAYE

La Banque Mondiale, crée à Bretton Woods en 1944 dans le contexte de l’époque, avait pour mission de soutenir la reconstruction des pays européens d’après-guerre. Plus tard, sa mission a été élargie aux cas de catastrophes naturelles et aux urgences humanitaires résultant des conflits dans les pays en développement. Influencée par les activités des Nations Unies durant ces dernières années, la Banque Mondiale décida d’orienter ses activités dans le cadre de la lutte globale contre la pauvreté.  Et malgré ses multiples réformes internes, la qualité de ses opérations laisse parfois à désirer et suscite plutôt des tensions sociales graves et des crises au sein des populations des pays en développement.

Néanmoins, la Banque Mondiale s’est élargie à d’autres Institutions de développement [1][1] et ses activités couvrent plusieurs domaines. Avec ses partenaires et Etats clients, elle joue un rôle important au niveau de la politique mondiale, surtout en cas de situation d’urgence complexe. Vu la disponibilité des pays en développement souvent demandeurs, la Banque Mondiale donne parfois un appui financier substantiel dans certains de leurs grands projets.

Mais de nos jours, sous prétexte de venir en aide à ces pays en développement et d’organiser leur méthode de gestion, l’Institution de Breton Woods influencée par le zèle de certain de ses fonctionnaires, se comporte malheureusement en Gendarme néocolonial des pays démunis. Ce qui justifie d’ailleurs les accusations des Organisations de la société civile qui lui reprochaient de ne pas respecter ses propres principes dans certains projets connus.
Au Tchad, les multiples conflits politiques et armés avaient bloqué son réel développement économique et social. Par contre, ce pays recèle d’importantes richesses dans les secteurs de l’agriculture, de l’élevage, de la pêche et surtout des ressources minières et du pétrole. Le pétrole, cet Or noir qui aujourd’hui, est de plus en plus sollicité pour le développement industriel mondial, a été sciemment occulté au Tchad par l’ancienne puissance coloniale. Mais, il a été progressivement identifié, exploré et exploité par des Firmes multinationales privées. Vu l’importance de sa quantité et de sa qualité, le pétrole tchadien a été l’objet de convoitise de plusieurs Etats, des Compagnies multinationales et même des Institutions internationales.

L’enjeu du pétrole tchadien aurait même provoqué des conséquences dramatiques, dont le reversement des régimes des anciens présidents Tombalbaye en 1975 et Habré en 1990. Ces Chefs d’Etat, à un moment donné de leur époque, s’étaient fermement opposés à la main mise de certains de nos partenaires qui tentaient de bloquer l’exploitation du pétrole tchadien, afin de maintenir le pays dans la perpétuelle dépendance économique et plonger son peuple dans la misère et la servitude. Ce pétrole aurait occasionné également, la disparition mystérieuse des hauts cadres tchadiens et membres du Gouvernement, impliqués dans sa négociation et le suivi.
Membre de la Banque Mondiale depuis 1963, le Tchad tout comme les autres pays d’Afrique noire, à plus de quatre décennies d’indépendance politique. Il possède des ressources humaines importantes, qui sont utilisées également par des Institutions internationales, telle la Banque Mondiale. Ses dirigeants, quelle que soit leur capacité de gouvernance, ils ont acquis une certaine expérience politique, tout comme de gestion. Et malgré leurs difficultés internes, ils savent défendre les intérêts de leurs citoyens et préserver leur souveraineté.

Au Tchad, les difficultés quotidiennes sont vécues par les populations, mais non par les fonctionnaires de la Banque Mondiale. Ces derniers qui sont officiellement affectés pour assurer l’exécution et le suivi des projets, se livreraient en fait à des dépenses absurdes par rapport aux objectifs des dits projets et au détriment du pauvre contribuable tchadien. Et leurs évaluations souvent fantaisistes vont dans le sens favorable à leur prestation. La survie professionnelle de certains de ces Experts ne dépend que de l’existence de projets des pays en développement. Et même si l’exécution et la faisabilité de ces projets ne reflètent pas les réalités locales, ils sont financés par les prêts de la Banque Mondiale et plongeant d’avantage nos Etats dans l’interminable spirale de la dette extérieure.
Au cas où les dirigeants politiques tiennent à les rappeler à mettre de l’ordre, commencent alors des menaces, des représailles et même du chantage à l’égard des Gouvernements. C’est dans cette logique de stratégie machiavélique que se situe le différend actuel entre le Tchad et la Banque Mondiale.

Le Tchad est ainsi accusé de violer l’Accord signé en 1999 avec la Banque Mondiale sur le Programme de Gestion des Revenus Pétroliers. La Banque Mondiale reproche au Gouvernement tchadien, soutenu par son Assemblée Nationale, de vouloir élargir l’utilisation des 10% du fonds prévus pour les générations futures à l’administration territoriale et à la sécurité. C’est pourquoi, elle a pris des mesures de représailles à l’encontre du Gouvernement tchadien, en bloquant le décaissement des crédits de 124 millions de dollar US, alloués au Tchad par l’Association Internationale pour le Développement (IDA) pour financer huit projets en cours d’exécution, dont le montant total est de 297 millions de dollar US.

Le Gouvernement tchadien de son côté, a réagi de manière conséquente en signant avec la République de Chine/Taiwan un Accord pour l’exploitation des autres gisements de son pétrole. C’est un acte certes audacieux qui a ses conséquences, mais quelle que soit la perception politique des uns et des autres vis à avis du régime actuel de N’Djamena, il faut saluer le courage du président Idriss Déby à prendre cette décision de diversifier nos partenaires énergétiques.

Surpris par la réaction conséquente du Tchad, certains responsables de la Banque mondiale s’agitent pour chercher une porte de sortie de crise, provoquée par leur propre intransigeance aveugle. Le Tchad n’a jamais eu l’intention de rompre sa coopération avec la Banque Mondiale. Toujours est-il que la position du Gouvernement tchadien, confirmée par son Assemblée Nationale est légitime. Il revient alors aux Experts de la Banque Mondiale de faire des propositions concrètes et réalistes qui prendraient en considération les priorités immédiates du Tchad afin de trouver une solution rapide et équitable à ce différend.

En fait, les responsables de la Banque Mondiale chargés de suivi du dossier Tchad souhaitent-ils réellement le développement de ce pays pour le faire sortir un jour de sa pauvreté ? Sinon, pourquoi suspendre le décaissement du fonds des projets qui sont en cours d’exécution ? Si le Tchad n’avait pas ce projet de Pétrole, la Banque ne financerait-elle pas les projets dont elle vient de mettre son embargo financier ? La Banque Mondiale a-t-elle l’intention de faire asphyxier le Tchad, déstabiliser son régime politique actuel et renverser le président Idriss Déby?

Est-il normal que le Tchad produise d’énormes quantité de pétrole et que ses fonctionnaires perçoivent de salaire de misère, vivent dans l’obscurité et sans avoir régulièrement de l’Eau potable, ni bénéficier des soins et couverture sanitaire adéquate. Pourtant l’Éducation, la Santé et les Infrastructures sont identifiés comme secteurs prioritaires et dont l’exécution des projets est suivie et évaluée par la Banque Mondiale ?  Pourquoi la situation est si dégradante et la Banque Mondiale reste muette ou indifférente jusqu'à la récente décision de l’Assemblée Nationale tchadienne d’amender la Loi 001 sur la Gestion des Revenus pétrolier du Tchad ?

Serait-il juste que des fonds importants évalués à plus de 36 millions de dollars US déjà disponibles, soient stockés dans des Banques commerciales en Europe, pour les générations futures, alors que dans les Hôpitaux et Maternités[2][2], des milliers des enfants tchadiens meurent déshydratés à la naissance, faute de Sérum et des jeunes femmes décèdent à l’accouchement par manque d’antibiotique ou encore des vieillards crèvent du simple fait de paludisme ?

Quel avenir de la génération future pourrait-on préparer en immobilisant ces fonds propres du Tchad à l’extérieur, jusqu'à l’épuisement total de sa production pétrolière avant de les utiliser ? Or dans l’immédiat malgré l’apport de la Banque Mondiale, tous les enfants tchadiens ne vont pas à l’École et même ceux qui partent ne bénéficient pas d’encadrement conséquent du fait des troubles psychologiques et morales de leurs Enseignants, qui n’arrivent pas à subvenir régulièrement à leur besoin alimentaire quotidien. Et les étudiants tchadiens à l’extérieur sont abandonnés à eux-mêmes sans bourses d’études. Quel modèle de développement pour le Tchad la Banque Mondiale voudrait-elle expérimenter ?

Dans de telles conditions, comment la Banque Mondiale pourrait-elle réaliser au Tchad, son Programme de Réduction de la Pauvreté ? Comment pourrait-elle accompagner ou du moins créer les conditions favorables pour permettre au Tchad d’atteindre les objectifs du Développement du Millénaire fixés et adoptés par les Nations Unies ?

Le Tchad n’a jamais refusé de rembourser les prêts octroyés par la Banque Mondiale pour la réalisation de son Projet de l’Oléoduc ? Le fait que le Tchad décide d’utiliser dans l’immédiat une partie de ses propres ressources pétrolières, afin d’accélérer son développement et offrir à ses générations futures un cadre de vie plus agréable que celui vécu actuellement par ses populations meurtries, doit-il le soumettre à cet embargo. Et pourtant, ce n’est pas le Gouvernement mais les populations innocentes qui sont brimées par cette mesure de représailles.

Le Tchad ne peut-il pas demander légalement d’utiliser ses propres ressources, même si elles étaient prévues pour les générations futures ? Ou bien nos Experts de la Banque Mondiale préfèrent plutôt voir les autorités tchadiennes aller solliciter d’autres nouveaux prêts aux intérêts exorbitants, qui seraient encore grignotés par les fameuses missions de négociation et d’évaluation dans lesquelles se précipiteraient certains fonctionnaires prédateurs de la Banque , dont certains seraient de moralité douteuse ?
La Banque Mondiale est-elle mieux placée que les autorités tchadiennes pour apprécier les besoins réels du Tchad ?  La Banque s’est-elle octroyée des nouvelles compétences dans l’appréciation des problèmes sécuritaire des pays en développement ? N’est-il pas légitime pour le Tchad de se préoccuper de sa stabilité et de la sécurité de ses populations ? Quel modèle de gestion la Banque Mondiale voulait-elle innover au Tchad, si ce n’est qu’une autre nouvelle forme de main mise néocoloniale ?

La Banque Mondiale est habituée à s’interférer dans la gestion des pays en développement. Cela serait une bonne chose et même salutaire, si son interventionnisme aboutit à améliorer les conditions actuelles de vie des populations tchadiennes. Dans le cas contraire, même si le Gouvernement tchadien ne réagirait pas, les élus du Peuple tchadiens ou encore les populations elles-mêmes la dénonceraient.

Certes, la Banque Mondiale a fait des efforts importants pour soutenir certains projets de développement du Tchad, dans les domaines de l’agriculture (US. $ 20 millions), de la réforme du secteur de l’Éducation (US. $ 42.34 millions), de la Santé des populations (US. $ 24.56 millions), mais en tant qu’Institution de Développement, elle doit rester au-dessus des humeurs subjectives de ses fonctionnaires agissant de manière politicienne.
Accusant le Tchad de violer l’Accord signé en 1999 sur le Programme de Gestion des Revenus Pétroliers et dénonçant la mauvaise gestion des autorités tchadiennes, la Banque Mondiale continue sa menace en brandissant d’autres recours qui « incluraient la suspension de nouveaux crédits ou dons, l’arrêt des déboursements des fonds liés à tout ou partie des  opérations en cours, l’accélération du remboursement des prêts et crédits alloués au Tchad ».[3][3]
Le pétrole de Doba appartient-il aux Tchadiens ou à la Banque Mondiale. Ce pétrole a jailli après de longues et difficiles années de  lutte contre certaines puissances et leurs Multinationales, contre certaines Organisations non gouvernementales et même contre certains leaders politiques tchadiens, qui sous prétexte de défendre certains idéaux, n’étaient pas conscients de la situation dramatique de misère sociale dont sont plongées nos populations.
Le Gouvernement du Tchad avec ses partenaires internationaux et ses citoyens issus de différentes couches sociales, avaient mené cette longue lutte pour convaincre les pays donateurs et membres de la Banque Mondiale et aboutir à l’Accord de financement du Projet de construction de l’Oléoduc pétrolier DOBA-KRIBI. Malgré les difficultés rencontrées depuis l’élaboration, la négociation et la réalisation de ce projet, les Tchadiens savent ce qu’ils veulent et le Gouvernement du Tchad n’a pas perdu de vue ses intérêts.
Aujourd’hui, le prix du baril du pétrole est en hausse par rapport à celui indiqué dans l’Accord signé en 1999. Aucune modification n’a été réclamée parce que le Tchad tient à respecter ses engagements internationaux. Mais les richesses pétrolières du Tchad doivent bénéficier aux populations tchadiennes qui en ont besoin d’abord maintenant et demain également. Il serait donc absurde de laisser crever nos populations actuelles pour préserver l’avenir des générations futures. Le cadre de vie et le bien être des générations futures doivent être mis en place dès maintenant. Le Tchad n’accepterait pas de chantage et ne sera pas la chasse gardée de la Banque Mondiale. Il revient aux responsables de l’Institution de Bretton Woods de faire des propositions concrètes respectant les priorités urgentes et actuelles du Tchad, déterminé à atteindre les objectifs du développement du Millénaire adoptés par les Nations Unies.
En tant que citoyen Tchadien, nous avons le droit de nous prononcer sur cette question importante qui concerne notre pays, En donnant ici notre avis personnel, nous espérons enfin que les discussions entamées récemment à Paris, entre les délégations du Tchad et de la Banque Mondiale avec la participation du Fonds Monétaire International comme observateur, se poursuivent pour aboutir à des propositions concrètes, prenant en considération les préoccupations réelles du Tchad.

L’avenir du Tchad et l’enjeu de son pétrole ne sont pas comparables, ni négociables par rapport à la stratégie de gestion de la Banque Mondiale. Il serait important de ne pas perdre de vue cette donnée si les responsables de la Banque Mondiale veulent mettre fin à ce contentieux et enfin permettre à chacun de rentrer de ses droits légitimes. /-

Hassane Mayo-Abakaka

[1][1]- Le Groupe de la Banque Mondiale est composé de cinq Institutions de développement étroitement liées : il s’agit de la Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement (BIRD), l’Association Internationale de Développement (IDA), l’Agence Multilatérale de Garantie des Investissements (MIGA) la Société financière Internationale (SFI) et le Centre international de règlement des différends internationaux (CIRDI).
[2][2] - Voir le film «DEAD MUMS DON’T CRY» sur DVD de Dr. Grâce KODINDO, Ob/Gyn, Chad produit par la BBC-PANORAMA SERIES en Juin 2005, sur la situation dramatique des femmes et enfants nouveau-nés à la Maternité de N’Djamena, la capitale tchadienne.
[3][3] -Lire le Communiqué de la Banque Mondiale sur la révision de la loi portant gestion des revenus pétroliers, N0. 2006/227/AFR du 29 Décembre 2005.

 

 

Le président Tombalbaye disait : « Le Tchad, c’est le cœur de l’Afrique ; quand le cœur est malade, c’est tout le corps qui est malade ». La focalisation des actualités sur le Tchad confirme les propos du Grand Compatriote. Une fois encore, notre pays est au centre de grandes polémiques qui divisent, non seulement les Tchadiens eux-mêmes, mais les élites du continent africain. Que ce soit l’affaire Habré ou la question de la gestion des revenus pétroliers, les camps se sont bien rangés en ordre de bataille.

Concernant l’affaire Habré, l’unanimité sur le refus de l’impunité vient d’être consacrée par le sommet de Khartoum. Cependant, la recherche de la meilleure formule de procès divise toujours. Même la société civile panafricaine, réunie récemment en Afrique de l’Ouest, n’est pas unanime. La tendance majoritaire est l’option pour une juridiction africaine qui, en réalité, n’existera pas de sitôt. Du pareil au même donc, l’affaire Habré est devenue un poison qui risque de ravager d’autres Etats en veilleuse. Alors, les victimes tchadiennes pourront attendre longtemps ou se débrouiller autrement, telle est la leçon à tirer ! Malheureusement pour l’ancien lion de l’UNIR, plus la perspective d’un procès est repoussée, plus il subira une terrible torture morale et physique, avec ses proches, à cause des campagnes et des pressions massives contre sa personne et son parcours d’homme d’Etat. Car ses supporteurs semblent de moins en moins douter de sa culpabilité et veulent simplement gagner du temps. D’ici là, M. Habré aura complètement perdu son aura de nationaliste intransigeant qui lui valut tant de sympathie à travers l’Afrique. Faire face courageusement à ses détracteurs et ex-collaborateurs devant un tribunal équitable, fut-ce en Belgique, lui aurait permis de livrer ses contre-vérités et lui conserver un minimum d’honneur, comme Moussa Traoré du Mali par exemple.

Concernant le Darfour et l’Est du Tchad, l’opinion publique ne fait que prendre davantage conscience de l’existence récurrente de l’autre danger néocolonialiste d’origine arabe sur l’Afrique noire. Ce phénomène a fait le malheur des Tchadiens depuis les dates du 22 juin 1966 (création du FROLINAT à Nyala), les accords de Khartoum entre le régime de M. Malloum et le CCFAN de M. Hissène Habré en 1978, Bamina et aujourd’hui les tentatives de El Géneina. On peut à l’avance prévoir dans les détails de ce qu’attend le peuple de ces vents d’Est, tout sauf la liberté, le bien-être et la justice. Même s’il est possible que ce chemin de Rabbah réussisse à l’un des héritiers culturels du conquérant esclavagiste soudanais, ce sera l’inhumation définitive du Tchad et de la république. Ce que d’aucuns appellent « changement » doit être pour les démocrates et les patriotes pire qu’un tsunami et que Dieu nous en préserve ! Autre leçon à tirer du sommet de Khartoum !

Le sujet qui nous intéresse est plutôt la guerre de tranchées entre la Banque Mondiale et le pouvoir du général Idriss Déby Itno, suite à la modification de la loi 001 sur la gestion des revenus pétroliers. Dans l’article intitulé « Faut-il une seule loi pour tous les puits de pétrole ? » [cf. forum pétrole ialtchad.com], nous avions prévenu qu’il y avait bel et bien problème : « Bien des secteurs pourraient demain devenir prioritaires : le gouvernement pourrait valablement décider de consacrer une triennale budgétaire pour régler définitivement le problème de l’Armée par exemple (réorganisation des corps, équipement, casernement, formation, etc.), un chantier gigantesque attendu par tout le monde. Alors que dans le même temps, l’Administration territoriale aurait besoin de ressources adéquates pour son redressement total et sa modernisation comme préalable à la bonne gouvernance et au développement. Il ne faudrait donc pas s’enfermer dans les contraintes d’une loi qui a déjà fixé les quotas de répartition. La Loi 001 voudrait épargner des revenus pour les générations futures. En réalité, les Tchadiens ne maîtrisent pas facilement la gestion de cette épargne. C’est de l’argent public qui fera le bonheur des banquiers, alors que la notion de « générations futures » mérite d’être sérieusement débattue dans tous ses contours et non pas comme une vérité intangible collée à une loi votée à une époque donnée. Nous croyons sincèrement que le Tchad ne peut continuer de se contenter du statut de pays producteur, attendant que la City Bank lui verse chaque fois l’aumône. En tant que nationaliste, nous disons tout haut que le Tchad doit dès à présent se préparer à être actionnaire dans tous les consortiums qui vont exploiter ses gisements pétroliers. Il y a d’énormes avantages pour notre pays à entrer un jour dans le cercle de la grande magouille, c’est à dire des actionnaires de notre pétrole. Il ne faut jamais perdre de vue le fait historique que le pétrole a été la cause du renversement des régimes précédents et de la guerre civile ! Pour devenir un jour les maîtres de nos richesses nationales, nous devons développer dès maintenant des visions futuristes pour notre pays que d’être toujours à la traîne, gouvernement et société civile, des courants venus de l’extérieur ».

Nous constatons qu’après les premières réactions croisées de la société civile et de l’opposition politique en faveur de la Banque Mondiale, la révélation des en-dessous de ce partenariat, au gré de la crise actuelle, divise encore dans les camps. Des groupes importants et crédibles de la société civile comme le Syndicat des Enseignants du Tchad (SET), prennent parti pour le gouvernement contre la Banque Mondiale. Le SET part de deux constats simples : i) Quand un contrat est mauvais ou vicié, il faut impérativement le changer ; ii) Il n’est pas question d’injecter l’argent du pétrole dans le secteur dit prioritaire de l’éducation nationale et ignorer délibérément le sort de l’enseignant qui en est le pilier. Personne n’ose contester publiquement la position du SET, sauf qu’elle conforte celle du gouvernement par analogie.

Au contraire des ADH dont la position fluctue selon les influences. En effet, après une pression remarquable au départ du projet pétrole, sous l’influence des milieux écologistes et altermondialistes, les ADH semblent faire volte-face et se ranger du côté de la Banque Mondiale pour des raisons plus politiques qu’humanistes. Les ADH ont capitulé sur le fond pour se braquer sur la forme de la problématique du partenariat Banque Mondiale – Tchad. En prenant le risque de s’identifier à des oppositions radicales et systématiques contre le pouvoir du général Idriss Déby Itno, les ADH ont publiquement plaidé pour le respect des engagements contractuels du gouvernement envers la Banque Mondiale. Le credo évoqué par elles, légitime faut-il le souligner, est la mauvaise gouvernance actuelle du pays. Cependant, l’honnêteté intellectuelle aurait voulu que les ADH reconnaissent que la Banque Mondiale est partie prenante de cette mauvaise gouvernance tchadienne depuis le début. En dehors de la France qui joue son rôle de gardienne de l’immense cimetière tchadien avec son armée, c’est la banque Mondiale qui gouverne le Tchad pour l’essentiel. Les projets de budget général de l’Etat lui sont préalablement soumis chaque année, avant que le parlement les entérine, après des semblants de débats publics. Ainsi, les députés décrétés, analphabètes et élus sont tous tenus de ne pas toucher au noyau dur du projet de loi de finance imposé par Washington, sous peine de la fermeture des robinets.

En plus de cette mainmise de la Banque Mondiale sur l’activité parlementaire, aucun des projets et programmes qu’elle propose à la partie nationale ne doit être rejeté. Les ministres s’y investissent personnellement pour réduire les ardeurs des techniciens nationaux rigoureux, et faire passer rapidement les projets au parlement de Diguel. C’est donc avec une grande facilité que la Banque Mondiale impose sa camelote aux autorités tchadiennes, même si leur contenu et leur montage sont des fois scandaleux. Pour mieux s’assurer ses intérêts, aucun prêt de la Banque Mondiale n’est exécuté avant ratification préalable par une loi. En d’autres termes, le Banque Mondiale se protège contre d’éventuelles remises en causes de ses interventions et des risques par la partie nationale. Nous sommes toujours tenus de rembourser à 100 % ces prêts, même si 75 % de leur enveloppe repartent par les inévitables experts étrangers imposés et le reste dans les gabegies locales.

Il ne faut pas se tromper sur le compte des institutions de Bretton Wood : le FMI et la Banque Mondiale ont été les instruments de la reconstruction de l’Europe après la seconde guerre mondiale. Cette phase achevée, elles ont été converties en véritables leviers de l’impérialisme économique sur les pays pauvres du Tiers-Monde. Aucun pays du Sud ne s’est développé grâce au soutien de ces deux institutions. C’est un débat qui est toujours d’actualité au sein des élites internationales, sauf au Tchad où les élites sont démissionnaires. Le constat des échecs gravissimes et des crises causées ici et là par les remèdes imposés par ces deux institutions géantes, a poussé la Banque Mondiale à lancer le défi de sortir le Tchad de la pauvreté par l’exploitation de son pétrole. Cependant, malgré ses intentions louables, la Banque Mondiale n’a           pas opéré les mutations internes nécessaires dans sa vision et ses méthodes anciennes, pour relever effectivement ce défi sur le Tchad. La mise en œuvre du projet pétrole de Doba a clairement révélé ces contradictions.

Je ne reviendrai pas sur les griefs de la mauvaise gouvernance manifeste du pouvoir en place. La stratégie secrète du général Idriss Déby Itno consistait, à tout prix, à faire couler le pétrole. Le général Idriss Déby Itno, qu’on a tendance à trop sous-estimer, usa à merveille de deux atouts chers : la ruse et la patience, tirant les leçons de la chute précipitée de ses prédécesseurs, de Tombalbaye à Habré, renversés chaque fois à l’avant-veille de la mise en exploitation annoncée de l’or noir, pour avoir placé la barre trop haute. Le général Idriss Déby Itno avait ménagé les susceptibilités des majors et des puissances occidentales, en leur facilitant les contrats juteux, pourvu que le pipeline et l’exploitation deviennent une réalité. En contrepartie, son régime a été stabilisé contre ses opposants de l’intérieur et de l’extérieur, dont les rebellions armées, pendant quinze ans. Le général Idriss Déby Itno dit la vérité quand il affirme publiquement que les interventions de la Banque Mondiale n’ont pas servi les intérêts des populations tchadiennes. C’était un secret d’initiés qu’il dévoile, car si notre pays s’imposait la rigueur des contrôles et des évaluations, il y a longtemps que les forces vives auraient réclamé un autre type de partenariat équitable. Mais venant du général Idriss Déby Itno, cet aveu ne pouvait que déclencher une riposte du style « Far West » de la part du président de la Banque Mondiale, l’un des tombeurs de Saddam Hussein d’Irak

La colère de « Tonton Paul » n’est pas liée à la modification de la loi 001 opérée unilatéralement par les autorités tchadiennes. La banque Mondiale ne pardonne pas à son ancien élève modèle d’avoir mis à nu sa propre supercherie orchestrée sur le Tchad. La mesure de suspension des projets et celle du gel du compte ouvert à la City Bank de Londres sont totalement contraires au droit. Elles s’apparentent aux vieilles méthodes utilisées contre les régimes nationalistes et socialistes de Salvador Allendé de Chili ou du Dr Mossadegh d’Iran, pour les faire partir, au profit des intérêts des majors pétroliers. Même si le pouvoir actuel ne ressemble en rien à ces régimes révolutionnaires.

Il ne peut y avoir de corrélations logiques entre la modification de la loi 001 et la suspension des financements des projets Banque Mondiale au Tchad. Tous ces projets relèvent des prêts consacrés par des conventions signées distinctement et ratifiées (les yeux fermés) par les députés. Les principes élémentaires du droit international, en matière de commerce, voudraient que, lorsque l’une des parties rompt unilatéralement sa participation à l’exécution d’un contrat, elle en assume totalement les conséquences. La Banque Mondiale est donc responsable de ce qui adviendra pour les populations tchadiennes du fait de cette mesure. Quelles que soient les rancœurs des uns contre le régime du général Idriss Déby Itno, c’est une vérité qu’aucun tchadien ou africain conscient ne devrait occulter.

Concernant le gel du compte à la City Bank , la Banque Mondiale agit dans l’illégitimité. En effet, il ne s’agit que d’un compte de transit où s’effectue le triage de tous les intérêts et remboursements dus par le Tchad, y compris à la Banque Mondiale. Donc la Banque Mondiale n’a pas le droit de bloquer la modique part résiduelle qui reviendrait au Tchad : c’est un hold-up en bonne et due forme !

Concernant l’argument de violation d’une disposition du contrat pétrolier interdisant « toute modification de la loi 001 susceptible de briser l’équilibre du projet », le débat reste ouvert. En effet, si le consortium pétrolier de Doba et ses sous-traitants exhibent souvent la supériorité des traités internationaux pour refuser de respecter notre Code du travail et les droits de nos travailleurs (cas de la TTC, par exemple), pourquoi la Banque Mondiale transformerait-elle la loi 001 en une norme supérieure et préjudicielle de ce contrat ? C’est vraiment absurde d’obliger le parlement d’un pays indépendant à voter une loi qui aurait pu simplement figurer comme un chapitre d’un contrat commercial international ! La convention Banque Mondiale – Tchad aurait alors clairement indiqué les dispositions intangibles, à savoir le fonds des générations futures et le collège de surveillance et de contrôle. Car, au contraire des conventions sur les droits de l’homme, dont la ratification par un Etat partie les rend intangibles, les traités commerciaux sont, par nature, évolutifs et sujets à des contentieux réguliers et normaux devant des instances d’arbitrage. Jamais la Banque Mondiale ne prendrait les mêmes mesures à l’encontre du plus petit pays européen, fut-il celui de Milosévic, au risque de le payer chèrement : deux poids, deux mesures pour les Africains !

Alors, quelle sera la solution entre la mauvaise gouvernance actuelle et la dimension criminelle des mesures de la Banque Mondiale ? La solution passe, à notre humble avis, par la prise de conscience la plus large de notre élite, le changement de mentalités rétrogrades et des pratiques politiques apatrides des Tchadiens. Quel que soit le pouvoir qui sera aux affaires au Tchad, il devra trouver des réponses claires à deux questions préjudicielles de notre partenariat extérieur : 1) A qui appartiennent les ressources naturelles et l’argent public (y compris les prêts) ? ; 2) Qui doit faire quoi dans le partenariat, autrement la définition de nouvelles règles plus équitables de ce partenariat ? Contrairement à ceux qui penseraient que je suis « un allié providentiel » du régime actuel, je signale que je me contente de soulever les omissions au débat, là où Déby ou pas, il y a la réalité néo-impérialiste incontournable. Pour le reste, on se connaît entre Tchadiens.

Enoch DJONDANG

C’est à partir de 1979 que le Tchad a vraiment défrayé la chronique par le théâtralisme des chefs en guerre et son cortège de massacre. Même si les causes immédiates de cette guerre peuvent se situer à cette époque, les causes lointaines sont antérieures à la genèse de l’Etat tchadien. Elles sont d’ordre géographique, historique, politique, et économique, on peut les considérer aujourd’hui comme des causes endogènes.
Le conflit tchadien est l’un les plus vieux et les plus cruels du continent africain. Les maladresses politiques n’expliquent pas elles seuls les fondements de ce conflit. L’histoire précoloniale et la structure géographique de cet Etat sont des caractéristiques de ce conflit qui dure jusqu’aujourd’hui.

Le 12 février 1979, peu après 10 heures 30 mns, un groupe d’élèves nordistes a fait irruption dans une salle de classe et a demandé au professeur d’arrêter le cours afin de leur permettre de diffuse un communiqué du CCFAN. Certains élèves sudistes se sont opposés à cela. Alors la bagarre a commencé au sein de la classe puis s’est généralisée dans la cour du lycée Félix Eboué. Les gendarmes qui assuraient la protection de la radio-tchad en face de dit lycée sont intervenus juste pour séparer les batailleurs en tirant en l’air. Les soldats du CCFAN chargés de la protection du premier ministre Hissein Habré à Sabangali ( non loin de la radio-tchad )  ont pris d’assaut le lieu sous prétexte de venir en aide à leurs militants agressés. C’est ainsi que des tirs nourris ont été entendus au sein du lycée pendant un temps puis les combats se sont intensifiés dans plusieurs endroits de la capitale tchadienne d’une part entre les FAN et les FAT et d’autres part entre les paisibles citoyens.
D’une simple jacquerie le Tchad entrait ainsi dans une guerre civile qui durera deux ans. Après une trêve qui a permis à qui des sudistes ou des nordistes de trouver refuge dans le quartier où les siens sont majoritaires, les massacres ont commencé à N’Djaména.
Sur le plan militaire, les FAT au nombre de 3500 hommes à N’Djaména ont été tenus en échec par les FAN pour plusieurs raisons :

-          Les FAN recevaient de l’aide du détachement de l’armée française basée à N’Djaména.
-          L’Ambassadeur de France au Tchad conseillait au général Malloum Président de la République, la modération dans cette guerre.
-          L’Armée Nationale Tchadienne (ANT) s’est désagrégée. Chaque soldat a choisi son camp.
-          Le chef d’Etat major des armées, à l’époque le Colonel Nguemourou n’était pas associé aux travaux préparatoires de cette guerre, a refusé de donner l’ordre aux militaires d’entrer en guerre aux côtés de la gendarmerie dirigé par à l’époque par Colonel Kamougué qui était la seule unité de l’ANT à se battre contre les FAN.

Le 14 février, Nguemourou a donné sa démission de l’État-major des armées. Il a été remplacé aussitôt par le général Negué Djogo. Vu les divergences qui opposaient les frères sara et les Mbaï depuis le coup d’Etat du 13 avril 1975, le Général Djogo (qui est sara) a adopté une position peu mitigée vis-à-vis de Kamougué.
Magré tout, Kamougué et ses troupes avaient une parfait maîtrise de la situation. La France a imposé un cessez-le-feu entre les deux forces en présence. Cette interruption de combat a permis d’une part à l’armée française d’acheminer le reste des soldats du CCFAN d’Abéché à N’Djaména et d’autre part aux autres tendances du FROLINAT d’arriver dans la capitale afin d’apporter leurs aides à Hisseine Habré. Opération certes, réussie, sauf le CDR de Ahmat Acyl a refusé son aide à Habré. Cette trêve a aussi permis aux cadres et officiers sudistes de s’unir autour de Kamougué pour défendre les intérêts des sudistes. Ils ont formé le” comité de Défence”et ils tenaient les quartiers sud de N’Djaména où les sudistes sont majoritaires. Les autres tendances du FROLINAT tenaient aussi les quartiers nord de la capitale. Mais à la fin du mois, les combats ont repris de plus belle.
Vu la résistance que la gendarmerie a opposée aux forces du FROLINAT, la France, la Libye et le Nigeria soucieux de cette tragédie ont privilégié la voie diplomatique. C’est ainsi qu’une série de conférences s’est ouverte au Nigeria afin de réconcilier les belligérants. La première, baptisée Kano 1 a eu lieu du 10 au 14 mars 1979 à Kano. Après une longue négociation entre quatre tendances militaires présentes, on est parvenu à un accord.
Selon les clauses de cet accord, le dernier point a été appliqué à l’immédiat. Le Général Malloum Président de la République et Habré Premier ministre ont effectivement démissionné de leur fonction. Le Nigeria a accordé l’asile politique au Général Malloum. Un gouvernement d’Union National de Tradition ( GUNT ) a été formé.
Goukouni est devenu le Président provisoire du Tchad. Kamougué qui s’est imposé à la tête des FAT est exclu de ce gouvernement. Cependant le non-respect des autres clauses de cet accord a entraîné au lendemain de sa signature la reprise des combats à N’Djaména entre les factions armées. C’est ainsi que la deuxième conférence dénommée Kano 2 a réuni les protagonistes tchadiens du 3 au 11 avril 1979 à kano. Onze tendances politico-militaires étaient présentes. Goukouni a été démis de ses fonctions du Président de la République.
Lol Mahamat Choua ( actuel président de RDP ) est devenu le Président du GUNT et le général Negué Djogo le vice-président, juste pour équilibrer les choses. Goukouni a occupé le poste de ministre de l’interieur et Habré celui de la défence.
Avec l’envoi effectif des forces armées nigeriannes à N’Djaména après des violents combats entre les belligérants, Kamougué a obtempéré à l’une des clauses de Kano1 qui prévoyait le retrait de toutes les fractions armées de N’Djaména. ( au moins 80 km de la capitale ). Certaines sources affirment qu’il a été vaincu, d’autres soutiennent que c’était une stratégie pour lui permettre de s’organiser. C’est ainsi que le 15 avril 1979, Kamougué a quitté N’Djaména pour Moundou avec ses troupes. Derrière ce retrait se cachait aussi son plan de partition du Tchad.
Pendant que les tentatives de réconciliation sont menées sur le plan diplomatique, le carnage est organisé sur presque l’ensemble du territoire national. À N’Djaména, en trois semaines de combat, la Croix-Rouge a dénombré 4000 à 5000 morts (militaires comme civils).
La retraite des FAT de N’ Djaména a occasionné le départ des sudistes de la capitale tchadienne. Au même moment de leur départ, les nordistes et les forces du FROLINAT qui avaient le contrôle effectif de la capitale ont organisé très rapidement le pillage systématique de leurs biens et la poursuite de ceux qui se trouvaient dans les environs. Les sudistes qui ont pu atteindre leur région natale en ont fait exactement comme ce qui se passait à N’Djaména. D’ailleurs, Thierry Lemoine avance un chiffre de 1000 nordistes tués dans les deux logones et le moyen-chari. Quant aux drames des sudistes dans la zone septentrionale à notre connaissance, aucun document n’en fait mention, mais Alain Focca lors d’une émission radiodiffusée (RFI) archives d’Afrique du 16 août 1997 reconnaît que 350 officiers et sous-officiers des FAT, tous prisonniers de guerre à Faya-Largeau ont été abattus nuitamment. De même après la chute d’Abéché, tous les prisonniers de guerre et les civils sudistes qui s’y trouvaient ont été décimés.

Cette guerre avait effectivement pris une dimension nord/sud et musulmans/chrétiens dans certaines régions. Mais sur le plan politique, cette façon de voir a été balayée d’un revers de main ; car Ahmat Acyl leader du CDR qui est arabe, nordiste et musulman a préféré soutenir Koumougué qui est sudiste et chrétien.
Beaucoup de cadres sudistes tels que Ousman Gam, l’un des cerveaux des opérations des FAN du 12 février 1979, le capitaine Gouara Lassou à l’époque et le docteur Gali Ngotté ont préféré quant à eux de s’allier aux autres Forces du FROLINAT à dominance nordistes.

Dans sa retraite de Moundou, Kamougué s’est autoproclamé président du sud. Ayant appris que Kamougué et les cadres du sud s’organisaient en Etat, le gouvernement de N’Djaména qui considérait le sud comme une rébellion a décidé d’envoyer des troupes au sud du pays pour étendre l’autorité de l’Etat. Dans l’enphorie et le délire de la victoire, les forces du PROLINAT avaient la certitude que Kamougué était vaincu et qu’il fallait le poursuivre jusqu’à sa retraite de Moundou. C’était l’occasion en or pour certains éléments du FROLINAT victimes depuis tant d’années des injustices des sudistes d’aller leur régler leurs comptes. Après un moment de négociation avec les cadres du sud en rébellion le ministre de l’intérieur Goukouni Weddei n’a pas hésité à brandir des menaces en ces termes : ”au cas où ils persisteraient ( dans leur refus ), je crois qu’ils ne pourront pas résister, qu’ils seront tous cramés et les survivants le regretteront”.
Goukouni a oublié que Kamougué disposait d’une bonne partie des éléments de FAT avec des armements nécessaires. En plus de cela, Ahmat Acyl a opéré un rapprochement auprès de ce dernier. Ils ont uni leurs forces pour faire face aux forces du FROLINAT. Ils recevaient l’aide nécessaire de la Libye pour leurs actions. Au lendemain de cette déclaration de presse de ministre de l’intérieur, les principales tendances armées du FROLINAT qui ont formé le Front d’Action commune dénommé ( FAC ) ont convoyé leurs soldats dans la zone méridionale, principalement dans le Mayo-kebbi sous la direction de Mbang Madi. Le 7 mai 1979, la ville de Bongor est conquise. De Bongor ils ont lancé l’offensive vers l’ouest du Mayo-kebbi, la principale cible était Pala. Chose faite, de là ils s’assuraient qu’ils pourront facilement atteindre Moundou. Etant des soldats mal formés, les Forces du FAC cambriolaient tout sur leur passage et se comportaient dans cet esprit de haine comme des véritables colons.

La déclaration de Goukouni et la manière de faire des forces du FAC, MPLT, FAP, FAN…) ont tiré certains cadres sudistes de leur léthargie. C’est ainsi que le 10 mai 1979 le Comité Permanent, organe dirigeant le sud composé de dix membre a été formé dont Kamougué s’est imposé à la fois comme chef politique et chef militaire. Pendant ce temps, le gouvernement de N’Djaména renforcait la position de ses troupes à Bongor et à Pala par avion. Le 20 ami 1979, la grande offensive fut lancée contre Moundou par trois colonnes. Vers cette même date, les FAT qui s’étaient déjà suffisamment organisées étaient eux aussi en route pour la reconquête de N’Djaména. C’est ainsi que le 21 et le 30 mai 1979, elles ont été tué cramé d’une part à Eré et d’autre part à Pala les soldats du FAC. C’était donc la fin de l’aventure des forces du FAC dans la zone méridionale. Elles ont replié jusqu’à N’Djaména laissant ainsi toute la zone méridionale entre les mains de Kamougué.
Face à cette situation, une troixième conférance dénommée Lagos 1 a reunie les frères en guerre à Lagos au Nigeria du 26 au 27 septembre 1979. ce fut encore un échec car les intérêts de la France , du Nigeria et de la Libye divergeaient. Sur le terrain, le Tchad était partagé entre huit ( 8 ) tendances armées plus quelque partis politiques à N’Djaména.

1- Forces Armées Tchadiennes (FAT) de Kamougué opérait dans les deux logones, Mayo-Kebbi, Moyen-chari, et Tandjilé.

2-Conseil de Commandement des Forces Armées du Nord (CCFAN) de Hisseine Habré contrôlait totalement le Batha, Biltine et le Ouaddai.

3- Forces Armées Populaires ( FAP ) de Goukouni Weddei se trouvait dans le BET et le Kanem.

4- Conseil Démocratique Révolutionnaire ( CDR ) de Ahmat Acyl oppérait dans la moitié de batha, chari-baguirmi et le guéra.

5- 1ère Armée ou Front populaire de Liberation du Tchad ( FPLT ) de Mahamat Abba seid se baladait entre le salamat, le guéra jusqu’à Bokoro dans le chari-baguirmi.
6- PROLINAT Volcan de Abdoulaye Adoum Dana,  est dans la moitié du chari-baguirmi.

7- Mouvement Populaire de Liberation du Tchad ( MPLT ) de Aboubakar Abdermane se touvait dans le Lac.

8- Forces Armées de l’Ouest ( FAO ) ou 3ème Armée de Moussa Medela se trouvait également dans la moitié du lac.

9- PROLINAT –Originaire de docteur Abba sidick politiquement se trouvait à N’Djaména tout comme PROLINAT-Fondamental de Hadjero Senoussi et Union Nationale pour la Démocratie ( UND ) de Facho Balam.

Chacun gérait et administrait sa zone à sa manière. Les tractations politiques étaient constantes afin d’amener les tchadiens à reprendre leur vie communautaire d’avant 1979. C’est pourquoi la dernière tentative a été la deuxième conférence de Lagos dénommée Lagos 2 tenue le 11 novembre 1979 au Nigeria. L’une des clauses importantes de cette conférence est la désignation de Goukouni comme président du GUNT et Kamougué comme vice-président. Mais le GUNT sera vite confronté à d’énormes difficultés à cause de :
- sa division en onze tendances sur des bases ethniques, régionales et tribales.
- Hisseine Habré dont de devenir le Président du Tchad était un rêve ne se lassait de brandir des ménances au sein du GUNT.
- la France et les Etats-unis n’appréciaient pas tellement la politique de Goukouni.
- l’attachement de Goukouni à la Libye sapait sa politique nationale et internationale.

Profitant de toutes ses difficultés, l’instigateur Habré a déclenché la deuxième bataille de N’Djaména le 21 mars 1980. les premiers combats opposaient les FAP et les FAN. Après une concertation, les autres tendances armées ont décidé de s’allier aux côtés de Goukouni même Acyl et Kamougué qui étaient tous contre Goukouni.
En ce temps là, les principaux leaders qui disposaient des troupes sur le terrain étaient: Kamougué 11000 hommes, Goukouni 9000 hommes, Habré 11000 hommes et Ahmat Acyl 3500 hommes ( parmi lesquels beaucoup n’ont pas des armes à la main ).
Nul ne doute que l’armée francaise basée à N’Djaména n’a manqué d’apporter son soutien à Habré. Face à tout ce qui se tramait entre Habré, la France et les États-Unis, le GUNT à son tour a signé un accord de coopération militaire avec la Libye précisément le 5 juin 1980. Au terme de cet accord, la Libye est entré officiellement en guerre aux côtés de GUNT le 18 novembre 1980, avec au moins 2500 hommes, 200 chars de combats et des avions de chasse de marque Tupolev 22 ont été mobilisés par le Guide de la Révolution Libyenne.
C’est ce qui a permis aux principales forces unies autour de Goukouni de serrer l’étau pour briser la résistance de CCFAN. Alors, 10000 obus ont déversés sur la position des FAN et partout dans la ville de N’Djaména en trois jours de combats.
Cela a contraint Habré et ses soldats à quitter la capitale tchadienne le 15 décembre 1080 pour se refuger à Haramkolé à la frontière soudanaise.
Pendant neuf mois de combat, la population N’Djaménoise venait de vivre encore un des moments les plus difficiles de son histoire. La Croix-Rouge a dénombré au moins 1000 à 1500 morts pendant cette guerre. Mais il faut le dire ce chiffre est loin de la vérité.

Ainsi se présente d’une manière générale la situation que notre pays le Tchad a connu de 1979 à 1980. Après la défaite de Habré de la capitale, tous les tchadiens croyaient que le Tchad avait désormais rompu avec la guerre. Cependant, cet espoir sera vite déçu car le pouvoir d’arrêter ou de faire la guerre nous semble que ne dépend pas trop des tchadiens eux-mêmes, il y a toujours la main étrangère. C’est ainsi qu’en janvier 1982, les Américains, Français, et OUA actuel UA ont réarmé Habré qui, en six mois de combat a renversé le GUNT…
Le 7 juin 1982, il s’est emparé du pouvoir. Beaucoup d’auteurs s’acharnent à dire que ce fut la fin de la guerre civile au Tchad. À notre humble connaissance, c’est une fin théorique car c’est après 1982 que commencera la véritable guerre civile qui n’a jamais dit son nom au Tchad. La preuve en est que jusqu’aujourd’hui la guerre continue au Tchad.
Le 7 juin 1982, Habré s’est installé au pouvoir. Son objectif est enfin atteint. Pendant huit ans, l’homme fort de CCFAN règnera en Dieu sur le Tchad avec son parti unique UNIR.
Mais le 1ère décembre 1990, il est détrôné par son ex-chef d’État-major aux Armées, le colonel Idriss Déby.

Pour que le Tchad n’offre plus jamais au monde du 21ème cette triste réalité d’un pays soumis à l’arbitraire de ses gouvernants, il faut que l’homme politique à qui incombe le destin de ce pays sache que, ”être homme politique, c’est exercer le pouvoir selon les règles et la science qui font que l’on est tour à tour gouvernant et gouverné”
Il faut que le dialogue soit l’arme du politique car la véritable paix ne s’instaurera au Tchad que par des tchadiens eux-mêmes et sous la base de leurs rencontres autour des débats francs pour se pardonner réciproquement et regarder tous vers l’avenir.

Gaya – Ple Seïd

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