jeudi 23 septembre 2021

IaltchadTribune

IaltchadTribune (91)

Qu’on l’ait aimé ou détesté, l’homme qui a dirigé à la destinée du Tchad pendant trente longues années vient de disparaitre tragiquement, laissant le peuple tchadien sur le qui-vive au moment même où une énième rébellion armée est repoussée. Comme tout bon croyant le ferait, nous ne pouvons que constater en disant « toute âme goutera à la mort; à Dieu nous appartenons et à lui nous retournons ». En plus de son Président, le Tchad pleure encore une fois de plus beaucoup de ses fils peu importe la cause de leur disparition.

L’autre réalité est qu’en lieu et place du Président Deby Itno, se trouve aujourd’hui le Conseil Militaire de Transition (CMT) qui semble être une couleuvre difficile à avaler pour les uns et un espoir de pérenniser le pouvoir de l’ancien régime pour les autres. Pourtant, qu’on ait été muselé ou invité à la mangeoire, embastillé ou enrôlé pour réprimer, nostalgique du passé ou enthousiaste pour le futur, les Tchadiens doivent se faire à l’idée que dorénavant rien ne sera comme avant. Il est plus que jamais temps que chacun commence à modérer ses ardeurs et privilégier plutôt l’intérêt collectif par-dessus tout. Autrement dit, il serait aberrant que l'égoïsme et l'égocentrisme puissent encore primer sur la chose commune. En outre, s'il est recommandable de faire preuve d’indulgence en ce qui a trait aux erreurs du passé, il serait en revanche important d’exiger plus de rigueur pour ce qui concerne le futur. Le peuple tchadien est mis à l’épreuve et il se doit d’assumer ses responsabilités en se surpassant pour solutionner la crise constitutionnelle qui l’attend: comment basculer vers un pouvoir légitime sans effusion de sang?  

Le Tchad étant un pays géographiquement stratégique et naturellement riche, fait l'objet de beaucoup de convoitises de la part des pays occidentaux, sans oublier qu’il fait partie du fameux pré-carré cher à la France. Celle-ci ne semble pas prête à sacrifier sa chasse gardée au nom du principe de la souveraineté des États indépendants. De plus, l’efficacité avérée de l'armée tchadienne, qui n'est plus qu'un secret de polichinelle, partout où elle a eu à opérer se trouve être le condiment qui manquait à la sauce pour rendre les intérêts géostratégiques encore plus alléchants.

Par conséquent, nous savons par expérience que les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts. A quoi servirait-il donc de pleurnicher sur son sort sachant qu’aucune épaule étrangère ne sera prêtée au peuple tchadien pour pouvoir consoler sa peine? Ceci étant, la solution à la crise tchadienne ne saurait provenir de l’extérieur. Elle doit être d’abord tchado-tchadienne et la communauté internationale pourrait à la limite se contenter de l'accompagner.

Pour ce faire, à notre humble avis, il faudrait résoudre une équation à multiples inconnues qui puisse prendre en compte toutes les parties prenantes : la junte au pouvoir, la société civile, l’opposition démocratique, la diaspora, les politico-militaires ainsi que les personnalités ressources. Chacune desdites partie doit pleinement jouer son rôle pour relever le défi qui l’attend :

  1. Le CMT

Le CMT et son gouvernement de transition doivent sortir des sentiers battus en rompant définitivement avec les méthodes de l’ancien système, en proposant des nouvelles idées et en montrant des signes manifestes de bonne volonté et surtout en faisant beaucoup de concessions. D’abord, ils doivent inviter inclusivement tous les acteurs de la vie publique tchadienne à la table des négociations au terme desquelles une nouvelle constitution représentative des aspirations du peuple devra être votée. Ensuite, s’ensuivra l’organisation des élections libres et transparentes avec tous les préalables que cela implique, à l’issue de laquelle un président civil sera élu. Enfin, la grande muette devra impérativement regagner les casernes pour poursuivre la noble mission inhérente à toute armée républicaine :  observer la stricte neutralité et garantir l’intégrité territoriale de la patrie. C’est à ce prix seulement que le CMT et son Président rentreront dans l’histoire par la grande porte et Dieu seul sait combien ce serait mieux pour tout le monde.

  1. Les politico-militaires  

A partir du moment où les nouvelles autorités les invitent à la table des négociations, les politico-militaires doivent ipso facto abandonner l'option militaire et privilégier le dialogue. Ils doivent répondre à l'invitation officielle du CMT avec pour seul préalable la garantie de leur sécurité ainsi que de leurs biens. Une fois rentrés au bercail, ils peuvent activement participer au processus de changement qui s’amorce avec bien entendu la possibilité de transformer leur mouvement en parti politique légal.

  1. L'opposition démocratique et la société civile

Il va sans dire que l'opposition démocratique et la société civile ont un rôle déterminant à jouer pour influer sur le processus de changement que les Tchadiens appellent de leurs vœux. En revanche, elle doit à son tour rompre définitivement avec les vieilles méthodes abjectes du passé telles les alliances contre nature, l'opportunisme démesuré, le vagabondage politique, le griotisme vulgarisé, le marchandage d’illusions ou encore le colportage des ragots et mensonges. Elles ne doivent pas non plus inciter la population à se livrer à des manifestations outrancières qui n’ont rien à envier à des actes de vandalisme organisé. Toute manifestation, si nécessaire, doit se dérouler pacifiquement dans le sens strict du terme; autrement dit, dans le respect des concitoyens et de leurs biens. 

L'opposition démocratique doit jouer pleinement son rôle régalien à savoir la défense des idéaux de son parti et non se réduire à des considérations d’ordre subjectif et individuel. Aussi, savons-nous par expérience que la qualité d'une démocratie ne s’évalue nullement en fonction du nombre des partis politiques en lice, mais de la substance de leur projet de société.  Et ce dernier doit être porteur des vraies aspirations des militants du mouvement. Aujourd'hui, les Tchadiens attendent de leurs leaders politiques un engagement ferme de s'attaquer aux vrais enjeux de société: la corruption qui gangrène l'appareil étatique, le combat pour la moralisation de la vie publique, la lutte contre la dépravation des mœurs, les détournements des deniers publics, la cherté de vie, le problème d'eau et d'énergie, la défaillance du système éducatif, judicaire et sanitaire...

La société civile doit aussi prendre son mal en patience et saisir toute opportunité de dialogue pour se sortir de crise. Elle doit surtout être prête à sacrifier certains conformismes procéduraux sur l'autel de la paix et de la stabilité politique. Par exemple, si le CMT s’engage solennellement à restituer le pouvoir aux civils selon les règles de l’art au bout de dix-huit mois d’exercice, le retour à l’ordre constitutionnel pourrait très bien attendre. En plus, pourquoi vouloir rétablir une constitution qui reste quand même discriminatoire?

  1. La diaspora tchadienne

Tout au long des trois décennies qui ont précédé la mort du Président Deby, la diaspora tchadienne a été assurément la force vive la plus active et la plus critique de toutes les autres, du fait certainement de sa liberté d’action et d’expression. Malheureusement, certains membres de la diaspora, ignorant la réalité du terrain, se laissent parfois emporter par des considérations subjectives qui les poussent à la culture de la haine et à l’incitation à la violence plutôt que de prôner la paix et la cohésion sociale. Sont-ils seulement conscients des conséquences de leurs démarches? Comme disait Ghandi à juste raison d’ailleurs, « qui connait la mort a plus de responsabilité devant la vie » et surtout poursuivait-il : « Commencez par changer en vous ce que vous voulez changer autour de vous ». La triste réalité est qu’une guerre si elle devait s’éclater, ne saurait faire des victimes sélectives en fonction de leur degré de culpabilité. Est-il nécessaire de rappeler que si le Tchad est ce qu'il est aujourd'hui (avant dernier pays le plus pauvre de la planète malgré ses immenses ressources), c'est quand même par la faute de beaucoup de ses propres fils et filles, toutes obédiences confondues? N'est-il pas temps que chacun fasse sa propre autocritique, son mea-culpa en se demandant ce qu'il aurait dû faire quand il en avait l'opportunité. 

  1. Les personnalités ressources

Les personnalités ressources ne doivent pas non plus attendre de se faire inviter à la table des négociations pour émettre leur opinion. Elles doivent participer activement et contribuer généreusement à bâtir l’édifice national de la paix et de la stabilité politique et ce, indépendamment de leur position géographique ou rang protocolaire

En somme, le pari qui s’annonce difficile n’est pas irréalisable, pourvu que tout le monde y mette du sien.

À bon entendeur salut !

Hissein Idriss Haggar

Par son adoubement instantané de la succession dynastique de Deby, le président Macron remet une pièce dans la machine du procès latent en néocolonialisme de la France.

Feint, fantasmé ou réel, le néocolonialisme ou son sentiment est désastreux pour l’image de la France dans la sphère francophone africaine et sape son universalisme au-delà. L’irrationalité du rapport à l’Afrique de la France, rend sensible toute prise de position de celle-ci sur le continent africain. Espérée par un bord et redoutée par l’autre et inversement : le premier, vouant aux gémonies la France quand elle reste silencieuse ; le second lui réservant le même sort lorsqu’elle parle. Consciente de ce malaise et résistant à l’entrisme de ceux, en Afrique comme en France, faisant fortune de la nébuleuse Françafrique, la France entreprend depuis peu de jeter les bases d’un nouvel édifice partenarial qu’elle voudrait empreinte d’équilibre, de responsabilité et de multilatéralité. Moralité, le Quai d’Orsay peut condamner l’incarcération d’un Alexey Nalvany ou le sort des Ouïgours. Mais pour l’Afrique, il marche sur des œufs. Paris n’ose plus rien dire même sur le reflux ambiant des restrictions des libertés publiques si ce n’est abrité derrière les positions de l’UA ou des organisations multilatérales régionales (CEDEAO, CEMAC, CEEAC). Reste que celles-ci, à la doctrine aussi mouvante qu’élastique sur ces sujets, sont au mieux mezza voce, sinon accommodantes. Il en va ainsi de la vague des modifications pro domo des constitutions ainsi que du destin carcéral réservé aux voix discordantes. Ce faisant, ces organisations réduisent la France au silence, mais couvrent son exposition à la critique. Et puis patatras, est arrivée la dramaturgie tchadienne. Foin de la couverture de l’UA, ni de prudentes réserves : Paris acquiesce doublement ni plus ni moins la violation de la constitution et la succession dynastique. Par le communiqué daté de l’annonce du décès, l’Élysée « prend acte de l’annonce par les autorités tchadiennes de la mise en place d’un conseil militaire »It missa est. On se pince pour y croire. Et quand de N’Djamena où il participait aux obsèques, le président Macron déclare que "La France ne laissera jamais personne, ni aujourd’hui, ni demain, remettre en cause la stabilité et l’intégrité du Tchad", l’incompréhension le dispute à l’incrédulité. Outre le fait que sur la forme, cette déclaration dissipe le bénéfice de la purge de la Françafrique et crée un précédent inespéré pour les rejetons des autocrates régnant en Afrique centrale ; sur le fond, elle paraît inappropriée et d’effets hypothétiques.

Ainsi, sur l’intégrité, il n’y a pas de risque actuel d’agression extérieure du Tchad, et l’arrêt de la CIJ de 1994 a obéré la convoitise libyenne sur le septentrion. Le régime fait certes face à des rebellions dans et hors du territoire. Mais aucune d’elle ne professe une aliénation ou la sécession d’une partie du territoire. La nation tchadienne reste un mirage, mais l’État tchadien ne souffre contestation dans aucune des diverses communautés nationales. Les accords militaires de 1976 ne peuvent être actionnés qu’en cas d’agression extérieure. Les rebellions tchadiennes en relèvent-elles ? En convenir, comme le régime l’a régulièrement obtenu de la partie Française, est une acception contestable et sur laquelle l’arbitrage des juridictions de contrôle en France pourrait être appelé. Par ailleurs, le risque d’une préemption d’une partie du territoire (le BET) par des mouvements djihadistes, est une vue de l’esprit. Ces mouvements ne prospèrent que sur des terreaux confessionnels favorables ou par la soumission des populations vulnérables et sans défense. La pratique d’un Islam traditionnel et la culture guerrière innée chez les Toubous, Téda et Kréda qui peuplent cette région ne laissent que peu de chance à cette hypothèse. Quant à Boko Haram, elle peut certes faire des incursions sur le versant tchadien du Lac-Tchad, mais ne peut y conquérir et conserver une position durable.

S’agissant de la stabilité du pays, elle n’était déjà qu’un leurre en trente ans. Il n’y a pour s’en convaincre qu’à constater le foisonnement des rebellions armées et les récurrents soubresauts internes. La poigne de fer du régime n’a jamais pu en tarir la source. Il en sera malheureusement ainsi pendant aussi longtemps que perdureront l’exclusion, la prédation et l’injustice ambiantes. L’insécurité institutionnelle obligeait Deby lui-même à vivre de façon permanente sous le parapluie de l’armée française et à mettre le pays sous un quasi état d’urgence continu. De même, il n’y a pas de stabilité politique sans institutions, or sous ce régime, il n’y a point d’institution digne en dehors de celle de l’hérédité des Itno et de leurs familles par alliance.

Certes Macron appelle au dialogue inclusif pour garantir une transition partagée. La médiation du G5 Sahel devrait y contribuer. Mais cet appel risque de tomber à plat parce qu’il intervient seulement pour rééquilibrer le blanc-seing donné ab initio à la succession dynastique. Or le nouveau président et tous ses hiérarques dont la culture du dialogue se résume à la soumission de l’altérité par la force, la violence ou l’argent risquent de ne retenir du discours de Macron que le premier volet. La preuve en est leur rejet martial de l’offre de dialogue de la rébellion FACT ainsi que malheureusement la répression meurtrière des manifestants civils. Et puis, quel crédit accorder à l’engagement de cette junte de rendre le pouvoir à l’issue de la transition quand ses membres ont été façonnés à la technique éprouvée du reniement de la parole publique et du fait accompli du défunt chef ? Pour l’opposition politique et la société civile dont la confiance en la vertu démocratique du régime frisait le néant, l’adoubement sans préalable du fils a retiré toute illusion d’espoir d’une neutralité de Paris. Plus personne dans ce camp n’attend rien de Paris, ni d’une communauté internationale dont l’alignement sur la position parisienne ou le silence interroge. Pour ceux-ci, seul importe le rapport de force politique, sociale et civique. L’épreuve de feu contre le 6e mandat avait coagulé le mouvement contestataire contre le Maréchal lui-même, alors croire que le fils le contiendrait serait illusoire.

Pour des raisons historiques et stratégiques, l’armée française considère le Tchad comme relevant de son domaine réservé. Elle a trouvé en Deby un interlocuteur digne de ses attentes, fiable et efficace comme relai et partenaire dans l’accomplissement de ses opérations extérieures. Elle le défend avec l’esprit d’un corps de commando. L’arrivée au Quai d’Orsay de Jean-Yves Le Drian qui fut son chef sous Hollande, a achevé d’aligner la diplomatie sur sa position proactive à Deby. Elle s’inquiète à juste titre de l’éventualité d’un retrait des 2600 militaires du contingent tchadien du Nord du Mali et de la zone des trois frontières ; une perspective qui mettrait ses plans en péril, l’obligerait à renforcer ses effectifs et à renoncer au désengagement annoncé. Reste que cette appréhension est exagérée car personne dans la classe politique tchadienne ne remet en cause cette intervention ni celle de la relation à la France (du moins jusqu’aux dernières sorties de Paris sur la succession ouverte). L’opposition ne dénonçait que le biais politique qu’Idriss Deby tirait de l’interventionnisme militaire extérieur du pays et les chantages au retrait de ses troupes en contrepartie du silence de la communauté internationale sur ses abus domestiques. Paris aurait dû ne rien craindre de ces chantages car à la vérité, l’efficience en opération extérieure de l’armée tchadienne est inversement proportionnelle à la fragilité interne du régime. Le concours de l’armée française était indispensable à la survie du régime du père, il l’est davantage pour le fils. Retirer les troupes et se fâcher avec la France, serait suicidaire pour le clan. Le président Macron qui le savait aurait pu saisir cette opportunité unique, inattendue et inespérée pour exiger en préalable un vrai dialogue inclusif et ouvert pour jeter les bases d’une transition partagée. Il aurait été le facilitateur d’une nouvelle ère démocratique et aurait gagné les cœurs de tous les tchadiens y compris, ceux des Itno qui auraient ainsi pu civiliser leur rapport au pouvoir, mais surtout avec le commun des compatriotes.

Orléans le 29 avril 2021
Abdoulaye Mbotaingar, docteur en droit,
Maîtres de conférences à l’université d’Orléans             

Suite à votre allocution prononcée devant les jeunes de Baktchoro ayant suscité l’émoi et le désarroi d’une partie de la population que vous êtes censé représenter, accentuée par le Communiqué de presse du 03 janvier, je voudrais sortir du silence observé par certains cadres intellectuels du Mayo-Kebbi et de la Tandjilé, pour vous exprimer, sans arrière-pensées ni couleur politique (c’est-à-dire loin du débat MPS/UNDR), et surtout loin de citer vos propos, mes inquiétudes, mon étonnement et vous appeler à plus de persuasion et de justesse afin d’espérer encore vous compter parmi, non pas des hommes politiques, mais tout simplement, des leaders intellectuels de nos deux  régions, chantres de paix exemplaire pour tout le Tchad, notre pays.

Inquiétudes parce que la Tandjilé et surtout le Mayo-Kebbi sont constitués d’une population agropastorale vivant en quiétude depuis de nombreuses années, malgré les différends pouvant survenir entre les propriétaires des champs et ceux du bétail. Des conflits souvent réglés à l’amiable auprès des chefs de communautés (communément appelés chefs traditionnels), marginalement avec recours auprès de l’Administration publique, mais toujours sans vengeance privée. Cette quiétude est soutenue par de nombreuses alliances, amitiés, convivialités et habitudes tissées entre les couches sociales, de telle sorte :

  • qu’un agriculteur achète ou loue du bétail pour labourer son champ. Et qu’un éleveur se procure jusqu’aujourd’hui du foin de l’agriculteur pour nourrir ses bêtes en période sèche ;
  • qu’il n’y a pas ce qu’on appelle « le prix du sang » entre les communautés ;
  • et que les promotionnaires d’École, du Collège ou du Lycée gardent leurs souvenirs d’études et leur amitié même pendant leurs carrières professionnelles.

Étonnement parce qu’on comptait toujours sur des intellectuels de la région. Ils sont presque tous, en période de crise, déshabillés de leurs couleurs politiques, de leur appartenance communautaire, de tout parti pris, pour venir calmer les esprits échauffés. Ils raisonnent les protagonistes et préservent par cette approche la paix entre les populations. Des habitants déjà imbriqués et entremêlés par leur mode de vie et leurs vécus quotidiens.

Mais vous avez fait, il me semble, le contraire lors de votre descente dans la zone de conflit.

Plus de persuasion et de justesse parce qu’il n’est jamais trop tard de rattraper ses lapsus et ses erreurs. Et même si erreur il y a, cela ne constitue-t-il pas une édification de l’esprit et des idées pour l’avenir ?

La population des éleveurs des deux régions n’attend pas de vous une réparation sous forme de dommages et intérêts, mais juste un pardon en bon fils du terroir, parent tant des moundang, des peuls, des moussey, des lélés, des massas et autres, et je pense qu’elle le mérite bien, parce que :

  • le terroir est à présent répulsif au discours politicien en quête d’électorat et attentif aux actes concrets et positifs de ses fils.
  • le terroir est un arbre sur lequel plusieurs oiseaux que nous sommes voleront au-dessus, finiront par nous y poser pour trouver du repos et du réconfort, et finiront par disparaître pour laisser place à d’autres de ses fils.
  • le terroir mérite bien qu’on le respecte, le sanctifie et l’honore même pendant les pires des évènements.

Et le nôtre en est un exemple pour le Tchad. Il a montré, hier comme aujourd’hui, qu’il est un havre de paix pour tout le pays. Il est resté en paix même pendant les guerres fratricides qu’il a connues. Et il entend bien le rester dans l’avenir. Jetez, M. Kebzabo, votre orgueil au fleuve Logone. Votre demande de pardon sera un engrais pour la paix. La paix éternelle dans les deux régions.

Mahamoud BOUBAKARY
Ex-TPG et Cadre du Mayo-Kebbi-Est

Pendant que certains responsables politiques regrettent d'avoir soutenu bec et ongles le président Deby, d'autres le qualifient de l'un des meilleurs chefs d'état que le Tchad ait connu et qu'il a apporté une véritable démocratie aux Tchadiens. Pendant que les uns le qualifient d'incarnation du désastre et du désordre, d'autres le qualifient d'un démocrate, loyale et soucieux du bienêtre de son peuple et de son pays et c'est la' la raison de sa longévité au pouvoir. Pendant qu'il est qualifié de premier responsable des dérives de la DDS et qu'il est connu pour son immoralité et ses détournements de biens publics par certains, il est vu comme un chef d'état-major discipline', qui n'a fait qu'exécuter des ordres et combattu pour son pays comme tout patriote exemplaire l'aurait fait.

Bien, en mettant de cote' la personnalité de Deby, qu'en est-il de l'état actuel du Tchad sur le plan économique, social, environnemental, politique, culturel, scolaire, sécuritaire ainsi que sur le plan des infrastructures et la liste peut être encore longue. La catastrophe a atteint son paroxysme dans tous ces domaines précités et pendant que la plupart des gens se demandent par quel miracle le Tchad tient encore debout, certains politiciens insouciants des problèmes du peuple se querellent sur les qualités et les défauts de leur ancien chef et bienfaiteur. Bien qu'étant président, Deby ne peut imposer sa volonté a toute la classe politique et de surcroît au peuple sans la complicité explicite de son entourage politique et familial qui accepte tous les caprices, même les plus ignobles, quoi que si l'entourage familial du président est bien connu, l'entourage politique ne peut être défini par aucun dictionnaire car tous les soi-disant politiciens(de l'opposition ou pas) ont défiles devant la porte du palais présidentiel a un moment ou un autre pendant ces 15 ans de règne pour bénéficier des largesses de l'empereur.

Alors s'il vous plaît arrêtez ces manœuvres politiques, cette hypocrisie connue de tout le monde et pour une fois pensons à ce pays en délabrement et en passe d'être hante' par les démons de la guerre. Pourquoi, nous Tchadiens, on a toujours tendance a' chercher des solutions dans la guerre ? Serions-nous incapables de trouver des solutions par le débat et le compromis ? A-t-on pense' aux conséquences humaines et socio-économiques d'une nouvelle guerre ? En quoi un autre changement par les armes pourrait-il être mieux que celui d’hier ? Les demandeurs de changement d'aujourd'hui ne sont-ils pas les hommes forts d’hier ? Une guerre n'est-elle pas toujours plus facile de la commencer que de la terminer une fois commencée ? Rappelons-nous des exemples récents de l'Iraq et de la Cote d'ivoire. Personne n'avait prévu que la guerre durerait autant. Réfléchissons avant d'agir car le contraire ne peut que ruiner les minces chances qu'on a encore d'échapper à un nouveau Libéria, Somalie ou Haïti.

Pour l'amour du Tchad, PEUPLE TCHADIEN, du petit au grand, du politique à l'apolitique, du riche au pauvre, de l'agriculteur au fonctionnaire, DEBOUT ET A L'OUVRAGE, conquérons nos droits et notre liberté que toutes les constitutions successives nous confèrent depuis octobre 1958.

Il y'a une arme beaucoup plus destructrice et fatale que les kalachnikovs et les M16 pour se faire valoir de ses droits, c'est la MANIFESTATION, faisons-en usage. Des manifestations pacifiques et disciplinées doivent non seulement souder la population entre elle mais elles obligeront les politiques a' aller dans le sens du peuple. On ne peut plus se permettre de s'asseoir en arrière et laisser des irresponsables chroniques décider à notre place, il est grand temps de se faire entendre, de prendre notre destin en main, refuser de rester sur le banc de touche et se faire marginaliser.
Chers compatriotes croyons au pouvoir de la démocratie mais soyons-en certain, jamais une vraie démocratie ne s'installera au Tchad tant que le pouvoir de l'amour ne surpassera pas l'amour du pouvoir.

Oumar Issa Senoussi

La SENAFET est perçue comme une semaine de la femme Tchadienne à l'occasion de laquelle ces dernières se retrouvent pour pouvoir passer en revue les différents maux qui entravent leur épanouissement dans la société tant sur le plan social, économique et professionnel.

Ces activités sont menées pour pouvoir solutionner ou pallier leurs difficultés majeures qu'elles soulèvent. En ville, cette semaine est un grand évènement tant attendu par les femmes. Cela leur permet d'associer les rurales pour solutionner leurs problèmes. Fort malheureusement, l'association est minime et insignifiante du côté des rurales surtout sur les initiatives et les décisions. On assiste chaque année à des séminaires, des débats, rencontres permettant aux femmes de discuter pour se faire valoir et se faire reconnaître comme un être apte à jouir de mêmes prérogatives que les hommes.

En même temps, des activités telles que les expositions sont organisées pour promouvoir les produits fabriqués par la gente féminine.

Des propositions sont faites par-ci et là par les sœurs pour améliorer leurs conditions sociales et trouver des mesures leur permettant de faciliter les tâches dans leurs travaux quotidiens.

D'une manière générale, toutes les femmes se mobilisent pour pouvoir apporter leur pierre à l'édifice. Le problème que nous devons soulever est de savoir quel est le degré d'implication de celles-ci en milieu rural et urbain.

Parlant de maux, les femmes en milieu rural sont plus exposées que leurs sœurs en milieu urbain. Plusieurs facteurs entrent en jeu tels que le poids de la tradition dont l'application y étant plus accentuée soutient l'écart de la femme, la pauvreté, le manque d'infrastructures adéquates, d'opportunités et j'en passe.

Tous les jours depuis des millénaires, au premier chant du coq, les femmes sont debout, pagnes retroussés pour une longue journée de labeur. Elles seront au puits tirant l'eau pour le bain du matin, elles seront aux champs, courbés (souvent avec un bébé au dos) sur la terre asséchée à la recherche de condiments pour le repas des hommes. Et comme tous les jours elles se rendront dans la forêt, houe pendue sur l'épaule, à la recherche de bois mort. En bref, la femme en milieu rural est celle par qui passe l'apport du minimum vital, c'est-à-dire elle est la personne qui assure la prise en charge de la famille tant sur le plan financier que nutritionnel. Malgré tout cela, elles sont battues, humiliées, mal nourries, mal aimées et enrôlées dans la polygamie infinie sans jamais avoir droit ni à la parole, ni au choix décisif concernant leur avenir et celui de leurs enfants. Fatalité de la vie ou ironie du sort ?

Les femmes vivent dans des conditions rudimentaires et elles ne l'ignorent pas mais sont-elles résignées ou n'ont-elles pas d'autres issues ?
 
Gisèle Halimi, d'origine tunisienne, avocate, écrivain, ancienne ambassadrice de France à l'UNESCO et conseillère spéciale de la France à l'ONU, l'affirmait éloquemment :

« La femme n'est pas une catégorie, pas plus que l'homme n'en est une. La femme est une moitié et, à l'intérieur de ces deux moitiés de l'humanité, il y a toutes les catégories, les jeunes, les immigrés, les vieux, les handicapés, etc. Ce qui compte, par conséquent, c'est de faire en sorte que la différence fondamentale entre ces deux moitiés, au lieu d'être une source d'infériorisation et d'une identité réductrice, soit au contraire une source d'enrichissement des hommes et des femmes. »

Si le pays est dans son état actuel de délabrement c'est qu'il n'a jamais su redonner aux femmes qui représentent la couche la plus nombreuse et la plus active de nos sociétés, les droits fondamentaux qu'elles méritent dans le cercle familial et national des prises de décisions.

 Bien que les femmes en ville, actrices principales de ces journées ne peuvent pas mesurer exactement la teneur de ce que vivent au quotidien leurs sœurs en milieu rural, cela ne les empêche pas de chercher comment concilier les objectifs de leur émancipation dans le monde avec leurs différentes réalités. Comment, par exemple, une Sarah et une Gorane peuvent-elles partager, dialoguer dans ce « combat commun » ? Comment la Kanembou et la Massa peuvent-elles se mettre au même diapason, faire fi des particularités individuelles, pour se retrouver côte à côte et parler d'une même voix ? Comment trouver un consensus à partir de cette « alliance » même si les unes et les autres ne connaissent pas nécessairement les mêmes problèmes ? Est-ce une chimère que de penser à un dialogue commun en transcendant les décalages culturels et les diversités religieuses ? Bref, le temps du silence est révolu.

Cela va sans dire que toutes les recommandations ne peuvent être appliquées quand on sait souvent qu'il existe des diversités culturelles ; ce qui fait que ce qui peut être positif dans une zone ne peut l'être dans une autre. L'idée principale est de s'unir et d'échanger sur les conditions souvent misérables des femmes. Ne dit-on pas que l'union fait la force ? En se serrant les coudes, les Tchadiennes constitueront une force extraordinaire et efficace.

Une chose est certaine, on peut constater qu'indépendamment des origines, les femmes vivent des problèmes communs. Et même si ces problèmes connaissent des divergences, on constate que sur de nombreux points le combat des femmes est semblable. Le moins que l'on puisse dire est que la question des femmes se pose avec acuité. Dans tous les pays du monde, industrialisés comme en voie de développement, des voix s'élèvent pour dénoncer les injustices dont les femmes sont victimes. Quoiqu'il faille reconnaître que la condition des femmes est très hétérogène dans le monde, néanmoins, toutes ensemble, elles parviennent à trouver des points communs pour améliorer leurs conditions de vie. « Le monde des femmes est fait de points communs et de différences. Les points communs sont nombreux : partout les femmes sont chargées de mettre au monde et d'élever des enfants, de constituer et d'entretenir des familles, elles sont également responsables de la contraception. Partout les femmes sont confrontées à des rôles aux exigences contraires. Riches ou pauvres, nous avons les mêmes préoccupations concernant la santé, nous sommes vulnérables à la violence et à la pandémie du siècle qui est le sida, à l'exploitation de notre sexualité.

Il est temps que le Tchad se décide à redonner à la femme ses droits humains fondamentaux sans lesquels aucun processus de développement ne peut aboutir aujourd'hui, car le monde évolue vers l'état de droit impliquant systématiquement le respect des libertés individuelles et un renforcement institutionnel des droits des citoyens, hommes et femmes compris. Certes, les femmes ont des potentialités intellectuelles assez élevées mais elles n'en sont pas convaincues et c'est cela leur faiblesse. On se demande si au sortir de ces débats, les femmes continuent leur lutte pour l'application des recommandations qui s'en sont suivies. On ne peut arriver à ses fins que quand on est convaincu de ce que l'on est en train de faire. D'une part il y a les conditions et les critiques sociaux et de l'autre, l'égocentrisme masculin. En somme, la lutte est longue et on ne doit pas croiser nos bras et attendre seulement ce laps de temps pour mettre au point nos stratégies car l'on a tendance à faciliter à la femme ce qu'elle fait en la circonstance. L'accepter serait comme un gâteau servi. Les Tchadiennes profitent de la SENAFET pour montrer aux hommes qu’elles ne sont pas faites pour consentir l'affrontement dans l'humiliation mais qu'elles sont capables de se battre pour l'avoir.

Les hommes eux pensent que SENAFET est un moment organisé pour permettre à la femme de se défouler, de se ridiculiser ou pire que je ne saurais dire, en faisant du tapage en attendant l'année suivante. Battons-nous avec cette détermination et cette ténacité afin de nous frayer un chemin nous permettant d'accéder à la place à laquelle on aspire mais n'acceptons pas ce don qui représente le 1/52ème du gâteau. Se taire ne veut pas dire accepter la situation, mais les femmes jugent sage de garder leur énergie pour chercher les moyens qui sont en leur faveur c'est-à-dire, ceux avec lesquels elles sont sûres de remporter la bataille, et, SENAFET est une opportunité. Malheureusement, chaque année, les thèmes qui reviennent ont presque les mêmes approches (la femme en actrice opprimée). Si on accepte le fait que derrière un grand chef, se trouve une grande femme, alors, SENAFET et JIF ont toutes leurs raisons d'être.

De tout ce qui précède, il faut que les hommes se détrompent de penser que nous avons accepté que tout le reste est SENAHOT (Semaines Nationales des hommes Tchadiens) mais qu'ils sachent que c'est SENAFET (qui ne dis pas son nom) dans la recherche de voies et moyens qui seront exposés du 1er au 08 mars de chaque année.

Wahilo Diguera

Nous sommes au XXI ème siècle il est vrai mais, cherchons-nous à voir si nous évoluons avec notre époque ? Qui dit évolution ne prend pas seulement en compte le côté matériel mais l'évolution tant matérielle que spirituelle. Ce n'est pas notre pays qui est pauvre (pour ainsi ne pas dire miséreux) mais c'est notre esprit qui l'est.

Cherchons à évoluer pas dans le sens d'imiter les autres dans leur mode de vie mais en sachant ce qu'on fait et ses avantages futurs. Évoluer ce n'est pas seulement réussir à embellir sa vie par tous les moyens mais, savoir exploiter les opportunités dans l'intérêt général avec une vue sur le long terme. Pour cela, il faut être créatif avec des principes s'appliquant à notre vie.

La créativité est cette indispensable faculté qui permet de relever tous les défis que la vie nous propose. Chacun de nous la possède mais peu savent l'exploiter et la développer. De plus soyons conscients que toute entreprise humaine est ouverte au risque, donc, on doit plutôt percevoir tout problème comme une opportunité déguisée et ne pas s'attacher à un seul point de vue.

Comment peut-on concevoir que de nos jours, la jeunesse (dite pierre de lance de la nation) ne puisse rien innover ou s'en soucier en général ? On a toujours affirmé que ce sont les jeunes qui sont l'espoir de demain et personne ne détient un pouvoir de décision sur le devenir de la jeunesse si ce n'est elle-même ?

Hier, nos parents étaient la jeunesse et n'ont pu sortir le Tchad de son gouffre, si aujourd'hui nous restons tranquilles sans nous réveiller on sera conscients quand on aura atteint la vieillesse, demain, ce sera le tour de nos enfants d'être la jeunesse» et nous relayant ainsi par corollaire l'espoir de changement par les jeunes, de génération en génération. Cette phase ne doit pas être perçu comme une simple transition mais une période de concrétisation et de bataille tous azimuts. N'est-il pas dit qu'il faut battre le fer quand il est chaud.

Dans notre capitale, il est courant de trouver des groupes de jeunes (par manque d'occupation tout au long des avenues ou dans des quartiers, attroupés devant des maisons, s'adonnant à des activités non lucratives telles les causeries et observations des passant & suivi de critiques ou commentaires, du matin au soir. Pas le temps de suer pour avoir un gain, mais prêt à s'accaparer de ce qui leur est tendu gratuitement. Les jeunes doivent être responsables dans leurs âmes et consciences. Quand on ne veut pas souffrir, (persévérer ou surmonter des obstacles), on ne peut pas non plus prétendre être fier de sa personnalité et s'attendre au respect mérité dans la peau de notre personnalité, pas respect à l'égard de cette personne qu'on est. La manne, il est vrai est divine mais ne dit-on pas aide toi et le ciel t'aidera.
De toute façon, il n'est pas besoin de le nier, ces jeunes réagissent ainsi car ils n'ont pas une vision sur le long terme en tête. Vivre au jour le jour épargne des tracasseries dans le présent mais bonjour les regrets une fois dépassé le stade de la jeunesse. Essayez par vous-même l'expérience entre la façon de dépenser l'argent dont vous avez travaillé dur pour acquérir et, celui qui vous est offert ou avez acquis facilement.

La projection sur le long terme est négligée sur presque toute l'étendue du pays puisque les fonctionnaires ne pratiquent pas ce qu'on appelle épargne par manque de moyens Pour le moment évitons de rattacher ce sujet au notre.

Il n'est pas honteux de suer pour gagner son pain mais ces jeunes (certains diplômés) se gonflent d'orgueil au point de ne pas accepter ce qu'ils appellent sous métier. C'est l'expérience qu'on a qui peut nous aider à faire plus et chaque situation en a qui peut nous être d'une grande utilité.
Souvent, c'est en étant dans un circuit qu'on peut exploiter les opportunités de faire ce qu'on souhaite. De plus, entre la mendicité déguisée qu'ils pratiquent et le petit gain, le second est digne d'une personne valide même si elle est hautaine.

Sans l'esprit, la richesse matérielle n'est rien car si on n'est pas intelligent, même si on hérite de quelque chose, on peut se retrouver après quelque temps, près du point de départ par contre, avec un peu de créativité, on peut le fructifier. Il est vrai que nos dons et potentialités divergent mais malgré cela, chacun peut y trouver son compte s'il cherche à faire un effort.

Entre se réveiller et courir pour rattraper les autres et somnoler en trébuchant, la jeunesse doit choisir en sachant ce qu'elle est sensée en récolter.

Wahilo Diguera

Les tchadiens sont désorientés et ont mal à la démocratie. Ce malaise comme cri de détresse et de désespoir des millions de tchadiens qui bravent chaque jour que Dieu fait soleil, chaleur, et autres intempéries à la recherche tout au moins du manger et du boire. 

Ce malaise comme cette chronique qui met à nue les nombreuses plaies qui nous pourrissent et nous rongent l’existence. Ces plaies ont pour noms : l’impunité au sommet de l’Etat, la grande corruption qui ronge l'appareil économique comme de l’acide sulfurique et engraisse une poignée d’individus qui s’enrichit illégalement et entraînant l’appauvrissement illégal d’une classe multitude, le développement de l’affairisme au sommet de l’Etat, la gestion unilatérale et opaque des ressources propres dans l’administration que dans les structures de l’Etat, les manœuvres frauduleuses dans l’attribution des marchés et commandes en causant d’importants préjudices financiers à l’Etat, la faible fiabilité d’une justice déjà engagée-expéditive et discréditive, le manque d’éthique dans la pratique de la politique nationale, la légèreté et le laxisme dans la conduite des affaires coiffés par un népotisme flagrant, et le développement grandissant de l’insécurité.

Dans ces conditions, l’objectif démocratique s’éloigne de jour en jour tandis que les tchadiens sombrent dans la précarité.

Le Tchad depuis son accession à la souveraineté internationale est pris en otage par ses propres dirigeants qui ne sont pas en odeur de sainteté avec le peuple.

Il n’a connu que des Républiques Bananières où l’Etat a complètement démissionné avec une autorité parterre. Conséquence le pauvre peuple meurtri par des guerres d’usure est jeté dans la poubelle voire noyé dans la boue puante en l’étouffant. 

 Tous les espoirs sont enterrés même le vent de démocratisation qui a soufflé un peu partout dans le monde en l'occurrence en Afrique au début des années 1990, les tchadiens n'ont pas pu respirer correctement son air nonobstant le renversement de la sanglante et terrifiante dictature de HISSEIN HABRE.

En outre le plus alarmant, la conférence nationale souveraine tenue à N’Djamena du 15 Janvier au 7 Avril 1993 qui devrait redonner confiance au peuple et permettre l’avènement d’une nouvelle ère d’espoir et de stabilité a été un fiasco, une occasion ratée où l’intelligence a déserté le forum en faisant place à une médiocrité notoire. Cette médiocrité s’explique par le fait que nos chers illustres conférenciers se sont comportés comme des humoristes de mauvais goût en amusant la galerie et étalant leur talent dans un show avec un de flot de verbiage et de baratin creux. Ils ont systématiquement dénaturé ces assisses en les transformant en une tribune de règlements de comptes où aucune vérité n’a été dite. Alors qu’ils devraient nécessairement et copieusement établir un diagnostic sans complaisance des maux cruciaux dont souffrent note chère patrie la Nation-Tchadienne et en proposer des solutions adéquates pour y remédier.

En revanche, dans certains pays qui se respectent ces fameuses conférences Nationales ont été de véritables coups d’Etat civils où toutes les décisions sont respectées solennellement et les conclusions sont sanctionnées par diverses mutations dont la plus importante concerne la situation politique avec apothéose l’avènement de l’alternance démocratique très salutaire. C’est le dynamisme des hommes politiques de diverses sensibilités ainsi que des catégories socio-professionnelles et confessionnelles du pays qui a permis le succès d’un tel événement de par son originalité. Mais au Tchad le constat est amer les vieux des guerres fratricides ont repris avec plusieurs foyers de tensions en continuant de décimer la paisible population. Les responsabilités de cette négativité terrible se situent uniquement au niveau des acteurs de la vie politique, qui par manque d’options et de formations ont pour la plupart trahi le peuple puisqu’ils ont choisi de se prêter au jeu de la loi de l’espèce sonnante et trébuchante et de l’intérêt de classe. Aujourd’hui du fait de cette classe-là, les hommes politiques sont considérés comme des menteurs, des prostitués, des personnes sans parole donnée, « des personnes alitées » sans éthique.

En sus du comportement des politiciens on s’interroge sur l’existence d’une réelle opposition tchadienne digne de nom et capable de construire le renouveau démocratique tant souhaité et rêvé par le commun des tchadiens ?

En effet dans le contexte actuel force est de constater avec amertume qu’elle n’existe que de nom. Nos partis politiques en général sont des clubs électoraux et ayant à leur tête des chefs incontestés et incontestables. Et pourtant certains se réclament du social-démocrate. Après une succincte lecture des partis de l’opposition interne on observe un manque d'éthique, une maladresse autour d’eux. Pire encore ils prônent et encouragent, la discrimination, l’exclusion, le favoritisme, l’ethnocentrisme, le clientélisme.

L’essence d’une vraie opposition en principe réside dans son objectivité, son ambition à œuvrer pour la construction du pays et surtout dans l’éthique. Une opposition ne consiste pas exclusivement à s’opposer à un individu qui se trouve être l’adversaire mais plutôt à un système de mauvais augure qu’il faut combattre tout en étant d’abord représentatif sur le plan national. Et son credo doit être :" venir servir et non venir remplacer" car servir ses concitoyens est la plus noble des ambitions.

De plus le phénomène de la transhumance politique qui est monnaie courante dans cette opposition déchirée, divisée et évasive prouve combien de fois elle est absente.

Parlant des mouvements politico-militaires ou tout simplement l’opposition en exil dont les leaders sont en majorité des traîtres, des égoïstes, des hautains est moribonde, oisive et cauchemardesque. La trahison, les querelles intestines, le favoritisme, l’exclusion, le manque de cohésion dans la conduite des affaires, parfois une sorte de connivence déguisée avec le pouvoir en place sont les principaux maux qui les gangrènent, les affaiblissent et les conduisent vers encore plus de désolation et d’errance.

L’actualité qui défraie la chronique est le projet de la révision de la constitution du 31 Mai 1996 qui est voté par une majorité hyper écrasante de députés marqués à la culotte dans un parlement où se confondent opposition et mouvance présidentielle.

Cette constitution a été adoptée comme loi suprême de l’Etat et approuvée de manière formelle au vu et su du monde entier par un référendum. C’est un acquis du peuple. Une telle révision ne serait-elle pas un calcul politicien ou sa remise en cause ?

C’est vraiment de la pagaille d’y penser à toucher cette très jeune constitution malgré qu’elle renferme quelques insuffisances et contradictions comme toute œuvre humaine et qu’elle soit prévue par elle-même d’où viennent les velléités tonitruantes de cette révision si ce n’est des circuits d’intérêts ?

L’éminent constitutionaliste le Bâtonnier Maître Robert DOSSOU a relevé dans son allocution que deux types de révisions sont à distinguer fondamentalement l’une par voie conjoncturelle et l’autre par voie structurelle sans oublier celles qui sont d’ordre technique.

La seconde s’impose d’elle-même parce que les pensées évoluent dans le temps.

La première conjoncturelle n’est que pour faire plaisir aux chefs d’Etat pour leur éternisation au pouvoir ou la prorogation de leurs mandants qui sont constitutionnellement expirés. Ainsi une telle révision ne profite qu’au système en place en continuant de rouler le peuple dans la farine et s’accaparer massivement des richesses du pays et des fruits de la croissance économique. Donc le peuple tchadien doit être prudent parce que les révisionnistes par élan ont guetté des éléments très fébriles de révision structurelle pour glisser dans la constitution. Dans le contexte actuel où nous sommes à la phase informelle de la démocratie c'est-à-dire à l'apprentissage il est inconcevable et illégitime qu'on puisse parler d'une quelconque modification de la loi fondamentale. C'est de la pure stupidité de la part des dits partisans de s'accrocher fermement sur le principe de la légalité de la révision et en balayant du revers de la main celui de la légitimité soit par ignorance ou par insouciance vis à vis du peuple. Ne savent-il pas que vouloir défendre à tout prix le droit par le droit on risque de tordre le cou au droit et tomber une confusion épouvantable et ridiculisant. C'est une attitude politicarde qu'il faudrait bannir par tous les moyens et retenir qu'un vil profane du droit n'a pas un arsenal assez puissant pour soutenir le droit .Ainsi il leur est souhaitable de faire une consultation juridique ou d'avoir un minimum de culture juridique avant de soutenir le droit. Mais ce qui est suicidaire dans cette lignée figurent d'illustres juristes soit par ignorance ou par contrainte ou par pure opportunisme en recherchant ses propres intérêts. Ensuite comprendre qu'on ne légifère pas par de simples discours, conférences de presse ou interviews. Si on affirme et soutient que réviser est démocratique force est de remarquer qu'on s'éloigne radicalement du concept de la démocratie en oubliant qu'il est par excellence la dictature des lois qu'on applique avec élégance même celles les plus répressives. Ce comportement des révisionnistes est la résultante de leur acculturation démocratique. Par conséquent toucher à notre loi suprême c'est remettre en cause tout le processus démocratique en cours. Ces parties visibles de l'iceberg nous justifient l'incapacité des révisionnistes à prouver au peuple du bout des doigts l'incohérence d'un tel ou tel article qui ferait l'objet de perfectibilité si n'est par voie conjoncturelle ou pour des circuits d'intérêts.

En définitive il est à retenir que de la manière qu'on ne touche pas aux textes sacrés que sont l'EVANGILE et le CORAN, on ne saurait non plus à toucher, du moins comme à certains textes tels que la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme à laquelle notre constitution est comparable. Si aujourd'hui on ne peut pas reprendre cette déclaration qui pourtant ne dit rien pour condamner la Traite Négrière et la Colonisation alors ne toucher pas à cette constitution. Toutefois il en ressort qu'une éventuelle révision doit obéir à une périodicité de Trente (30) Ans soit l'équivalent du temps de sa gestion.

En dépit de tous ces maux, le TCHAD doit pouvoir sortir de cette situation chaotique et l'espoir doit renaître avec un grand optimisme puisqu'il doit y exister certainement des personnes vaillantes, intègres, et dignes pour gérer l'Etat afin redorer le blason démocratique et se hisser sur le podium des Etats normaux qui se respectent et ne baignant pas dans l'irrationnel, il urge alors de valoriser à nouveau la fonction politique au Tchad par la formation des personnes chargées d'animer la vie politique avec une vision durable d'une Économie au service de l'Homme. Cette valorisation doit passer nécessairement par:
    - l'exigence pour une qualification morale, sociale et technique de tout candidat à la fonction politique
    - l'interpellation de chaque citoyen afin qu'il travaille quotidiennement pour l'émergence d'une alternative véritable dans pays à travers le renouvellement qualitatif des hommes et femmes pour de nouvelles valeurs positives pour servir la nation
    - le suivi rigoureux des dispositions et des textes régissant la vie administrative et économique de notre pays.

    Notre pays doit reconquérir son droit à l'espérance et nous devons l'accompagner à franchir le cap : c'est un devoir de citoyen, c'est une exigence historique et c'est une mission engageante de conscience. Nous devrions trouver les moyens d'aller au-delà des péchés qui caractérisent notre classe politique et le mouvement démocratique dans notre pays et nous ancrer une fois durablement dans la réflexion et l'action au service du pays, du grand nombre et du nous-même.

    Ce qui soude les groupes et décuple leur efficacité ce n'est pas seulement les capacités intrinsèques de chacun de leurs membres, mais bien la mise en commun de leurs efforts et de leurs talents dans le cadre d'une vision partagée.

En l'élite politique doit être plus humble, plus tolérante et soucieuse du drame tchadien afin de faire prévaloir la primauté de l'intérêt général par rapport aux intérêts particuliers ou partisans ensuite la société civile qui se trouve être absente de la scène politique doit renaître activement en s'enracinant vivement dans la vie politique pour relever la patrie en cas de trébuchement............. Donnons-nous en partage une vision et une ligne pour le présent et l'avenir de notre pays.

Pour une Ligne Démocratique et Plus d'éthique.

NOURADINE MAHAMAT TAHER

Dans notre précédent article intitulé « Quelles réformes pour une diplomatie de développement au Tchad ? », nous avons mis en évidence les aspects généraux des dysfonctionnements au sein de certaines de nos représentations diplomatiques et dans quelle mesure nous pouvons contribuer à la redynamisation de la diplomatie tchadienne pour le développement national. Dans cette deuxième partie, nous allons tenter d’appréhender les avantages que nous pouvons tirer des pratiques diplomatiques et de leur évolution pour un réel développement de notre pays.

Le diplomate camerounais M. Jean Claude SHANDA TONME a considéré, dans ses mémoires d’un diplomate africain, que « la diplomatie est un art de cynisme éprouvé, constamment habillé dans un costume cousu de fausses convivialités, d’amabilités trompeuses, de ruses, d’ingratitudes extraordinaires et bien souvent d’égoïsmes mortels. Elle n’est en effet ni une science, ni une religion, mais une méthodologie indépendante de protection et de promotion des intérêts modulables selon le temps, les partenaires, les objectifs et les facteurs d’influence ». Il ajoute qu’on ne naît pas diplomate et on ne se forme pas pour devenir diplomate. Il y a tout un processus d’acquisition, d’héritage, de captage et d’adaptation aux exigences d’un métier qui est surtout une somme de trait de caractère, de fait d’armes et d’intelligence. Avoir étudié les relations internationales et être impliqué dans la structure active de conception ou d’exécution des stratégies d’un ministère des affaires étrangères ou d’une organisation internationale, ne confèrent point la qualité de diplomate.

Nous pensons, à quelques nuances près, que cette conception de la diplomatie de M. SHANDA TONME peut être profitable aux pratiques diplomatiques des Etats les moins avancés en général, et du Tchad en particulier, dans le sens que l’engagement personnel et habile, nourri d’une volonté et d’une expérience conséquentes, enrichi par ailleurs par une culture générale expansive et prospective, permet de dépasser ses habillages formels (convivialités, amabilités, formations ….) et d’approcher la réalité de la carrière diplomatique avec réalisme, dynamisme et flexibilité en vue de résultats tangibles.

Il est vrai que les réelles prédispositions caractérielles mêlées à un sens élevé de la curiosité et de l’information sont nécessaires et utiles à un diplomate. Cependant, les formations qui intègrent dans leur cursus des programmes relatifs au métier de diplomate contribuent sans aucun doute à la préparation et à l’initiation des futurs diplômés à la carrière diplomatique. Elles leur donnent aussi les capacités de s’intégrer au monde diplomatique et de s’adapter à son évolution, dans un mouvement permanent d’innovation, de création et de progrès. Ceci est un clin d’œil lancé à l’Ecole Nationale d’Administration et de la Magistrature (ENAM) du Tchad, l’un des piliers de la formation des cadres tchadiens, pour réorienter ses perspectives de formation au regard de l’évolution du contexte national et international en général, et du monde diplomatique en particulier.

 Dans le contexte international actuel, la diplomatie évolue très rapidement de sorte qu’elle oblige la plupart des pays les plus vulnérables, disposant de peu de ressources, de s’y adapter continuellement en mettant à contribution toutes leurs forces pour être partout où la nécessité s’impose, en faisant appel à l’intelligence, aux capacités et aux qualités de leurs cadres. C’est le cas lors des négociations bilatérales et multilatérales dans les domaines du commerce, du développement, du règlement pacifique des conflits de tout genre, etc.

Dans ce genre de rencontres, les diplomates des pays les moins avancés se doivent d’user de tous les moyens formels et surtout informels à leur disposition pour obtenir des résultats souhaitables et bénéfiques pour le développement durable de leurs pays. Quelques fois, ils y parviendront, mais dans la plupart des cas les résultats attendus ne sont pas à la hauteur des espérances et des sacrifices consentis. Ainsi, à partir du bilan des expériences personnelles et collectives, chacun de nous pourrait s’interroger si le diplomate d’un pays pauvre devrait intervenir sur la scène diplomatique de la même manière que les diplomates des pays riches.

Personnellement, nous pensons que les diplomates des pays les moins avancés – dont le Tchad fait partie – ne devraient pas rester prisonniers de la diplomatie classique, des habillages trompeurs ; même si les règles et conventions sont les mêmes pour tous, les dés sont pipés : les points de départ étant différents entre les diplomates des pays pauvres et ceux des pays riches. De ce fait, il serait illusoire de penser que la diplomatie classique a les mêmes avantages et les mêmes contraintes pour ces diplomates ; les priorités et l’urgence des situations des pays pauvres doivent primer sur d’autres considérations. 

Au-delà des règles et conventions diplomatiques internationales auxquelles les pays les moins avancés ont souscrit et face aux attentes légitimes de leurs populations, la difficulté majeure de ces pays réside dans leur capacité et leur habileté à se faire entendre dans les négociations bilatérales et multilatérales. Dans la même ligne de pensée que M. SHANDA TONME, nous considérons qu’au-delà des ressources disponibles, le problème se pose en termes de conviction et d’engagement individuels et collectifs, d’union sacrée au sein d’un groupe donné dans une structure internationale (par exemple les pays africains au sein de l’OMC, la CNUCED, l’OMPI, le HCR, le HCDH etc.) ainsi que de la capacité à user de tous les moyens et opportunités informels pour atteindre des résultats voulus. Sans conscience des intérêts nationaux, point de diplomate efficient et efficace. Sans recours à tous les moyens possibles à la hauteur des objectifs poursuivis, point de résultats souhaités et souhaitables.

Il serait judicieux que, dans le cadre de sa coopération bilatérale et multilatérale, le Tchad aille au-delà des aspects non utilitaristes des relations diplomatiques. En plus de la recherche de la paix et de la stabilité du pays, l’Etat tchadien se doit de sortir de la diplomatie attentiste et user de ses atouts formels et informels pour mener une offensive diplomatique tournée vers de nouveaux partenaires plus bénéfiques – à moindre coût, dans des domaines essentiels pour le développement du pays tels que l’énergie, la santé publique, l’eau, l’environnement, l’enseignement supérieur, technique et professionnel, les banques, les assurances, etc. Il se doit aussi de tirer le maximum de profits de l’expertise technique et scientifique des institutions internationales.

Pour être à la hauteur de cette ambition, une mobilisation et une gestion rationnelle de toutes les ressources humaines et matérielles dont dispose le Tchad dans le domaine de la diplomatie ainsi que l’acquisition de nouveaux atouts techniques et scientifiques sont impératives. Dans cette optique, il est non seulement indispensable que nos représentations diplomatiques assainissent leur fonctionnement, mais aussi nécessaire que nos diplomates sortent de la « clochardisation » qu’évoquait déjà en 1995 notre confrère Mahamat Ahmat Adamou (Cf. M. Hassan Mayo Abakaka, dans son article « Quelle diplomatie pour le Tchad ? »). Par ailleurs, face au rythme auquel évoluent la diplomatie internationale et le contexte national et international, notre diplomatie a besoin du sang neuf, de nouveaux talents, de nouvelles compétences et qualités, en plus de l’expérience des aînés, dans une complémentarité constructive et une harmonie créatrice.  

En définitive, l’influence diplomatique du Tchad sur la scène régionale et internationale ainsi que la contribution de sa diplomatie au développement local et national, dépendent de la volonté de nos décideurs politiques, de leur capacité et de la vitesse de réaction et d’adaptation face aux multiples et nouveaux défis nationaux et internationaux en général, et diplomatiques en particulier.

Talha Mahamat Allim

Un débat très important est passé –presque- inaperçu il y a quelques semaines dans notre pays. Il s’est malheureusement arrêté aussi rapidement qu’il a commencé sans avoir de relais dans le public. Le sujet est en effet d’une délicatesse certaine et l’on ne saurait l’évoquer sans y laisser de plumes. C’est une question nationale d’importance qui ne doit pas être occultée et mériterait d’être traitée dès maintenant avant qu’il ne soit trop tard. Il ne sert à rien de se cacher sous un manteau de laïcité ou de nationalisme quand on sait que les braises d’un affrontement religieux ou régionalo-religieux sont encore ardentes au Tchad ; il est vrai que d’épaisses cendres les couvent encore, mais nous savons qu’elles pourraient s’envoler à la moindre bise : alors, pourquoi ne pas en parler ?

Dans la seconde quinzaine du mois de juin dernier, les Catholiques ont organisé un atelier de formation des formateurs d’observateurs électoraux, dans la perspective de probables élections communales, et après des élections présidentielles et législatives controversées. Ce qui nous paraît tout à fait normal et responsable de la part d’une grande institution nationale qui n’a pas marqué de parti pris en la circonstance. Le ministre de tutelle lui-même n’y a pas vu de problème, puisqu’il y a délégué un représentant. Mais quand les Catholiques ont annoncé que les observateurs ne devaient pas seulement se contenter d’observer, mais qu’ils devaient dénoncer les élections si elles étaient truquées, cela n’a pas plu au pouvoir. Le ministre y est allé d’une réplique virulente où la menace le dispute à l’intimidation : assimilation à un parti politique, intégrisme déguisé, pas impardonnable franchi, mise en garde sévère…tous les ingrédients classiques ont été utilisés contre l’Église Catholique.

Celle-ci, assurément, est décidée à ne plus s’en laisser conter et, dans un communiqué signé de l’Union des Cadres Chrétiens du Tchad (UCCT), a remis vertement le ministre dans son fauteuil. Morceau choisi : « n’est-t-il pas du devoir de l’Église d’enseigner à ses fidèles le rôle qu’ils doivent jouer le jour des élections et surtout leur responsabilité dans la situation que vivent leurs concitoyens en portant leur choix sur tel ou tel candidat ? Où est donc le délit ? Pourquoi autant de peur, de menace, d’intimidation lorsque l’Église Catholique cherche à instruire ses fidèles, ce qui peut être utile pour la société tout entière ? NON ! Notre Église doit s’adapter aux réalités sociales et politiques de l’heure. Les citoyens chrétiens ne veulent plus vivre dans l’obscurantisme, la terreur, l’oppression, le mépris… C’est contre tous ces aléas que la commission Justice et Paix s’est donnée la mission de sortir les chrétiens de l’ignorance de leurs droits et devoirs, de les aider à travailler pour que le Tchad soit une patrie de paix… A bon entendeur, salut ! »

Le débat aurait pu rester à ce niveau si la presse ne s’en était mêlée Les deux principaux journaux de la place, Le Progrès et N’Djaména bi-hebdo ont consacré à l’incident des commentaires inédits qui ont jeté l’huile sur le feu, mais sans provoquer, en notre connaissance, de réaction de l’une ou l’autre partie.

N’Djaména bi-hebdo a réservé toute la « une » du n° 600 du 4 juillet à l’affaire, par l’éditorial « une concurrence déloyale ?» et le dessin humoristique « l’Église Catholique diabolisée ». Le ton est mesuré, en dessous de la tonalité habituelle du journal qui, en l’espèce, a défendu les principes et s’est interrogé sur le bien-fondé du « tir nourri contre l’Eglise Catholique ». Il n’y aurait rien à redire si le n° 602 n’avait réservé toute sa dernière page à la polémique. Sous le titre : « la politique de deux poids, deux mesures », le journal prend cette fois ouvertement position pour l’Eglise Catholique dont il cite tous les bienfaits et bonnes initiatives et tente d’assimiler le gouvernement au clergé musulman. Tout l’article est un mélange insidieux des positions du journal avec le communiqué de l’UCCT qu’il signe : la rédaction ! Comprenne qui pourra. 

Le Progrès du 15 juillet 2002, lui, renvoie les deux premiers dos à dos, et présente l’affaire comme une position de la communauté chrétienne qui cherche à s’imposer aux autres au nom de la laïcité. Dans la droite ligne éditoriale du journal, l’article intitulé «le tamponnoir de l’Église Catholique » occupe deux pages, tandis que le billet quotidien « avec sourire » qui fait rarement sourire y est revenu. Sous la signature de son directeur de publication, le journal passe allègrement de l’information au commentaire, parfois confusément, mais avec insistance et sans jamais convaincre, contre l’Église Catholique.

Le Progrès écrit deux contre-vérités qu’il faut relever : le cheikh Hissein Hassan « aurait fustigé le comportement d’un candidat musulman de l’opposition, en demandant de soutenir un Musulman au détriment d’autres lors de la dernière présidentielle, il a essuyé tous les tirs francs, même de certains Musulmans. Le chef de la communauté majoritaire du pays est ainsi réduit au silence quant à son implication politique. Aujourd’hui l’on appuie, au contraire, l’église Catholique à s’immiscer dans les consultations électorales, sans voir aucun danger venir ».

En l’espèce, l’usage du conditionnel nous paraît quelque peu spécieux, voire vicieux, car le comportement du cheikh surnommé « colonel » dans la communauté musulmane dont il n’est nullement le chef, a été sans ambages et scandalisé plus d’un citoyen. D’autres ont été choqués par le fait que le cheikh n’ait pris en compte, lors de la dernière présidentielle, que les deux candidats issus du Nord et omis les deux autres du Sud. Le cheikh et les autres Musulmans Nordistes feraient-ils de la ségrégation régionale islamique, ou, y aurait-il deux poids deux mesures ? Nous sommes déjà au cœur du débat, car au fond, c’est la question religieuse qui est en cause, avec sa dimension politique tchadienne.

Une dizaine de fois, dans ce numéro, Le Progrès insiste sur l’aspect majoritaire de l’Islam au Tchad et affirme que ce fait seul pourrait donner le droit aux Musulmans de refuser, par exemple, la laïcité qui leur est imposée par une Constitution d’inspiration chrétienne ! Si cette affirmation grave devait être largement partagée au sein de la communauté musulmane, alors, il y a lieu de tirer la sonnette d’alarme, car notre pays couve une grave crise qui va nous exploser entre les mains à court terme. Cela donne des frissons dans le dos, car le phénomène rappelle la situation de 1979 où Hissein Habré a eu à galvaniser pour rassembler autour de lui des Musulmans, qui ont servi en définitive une cause qui était loin d’être la leur et n’a rien rapporté à leur religion. Vingt-trois ans après, devons-nous revenir à la case de départ ? J’en ai bien peur.

L’Islam au Tchad a toujours été tolérant et cela est tout à son avantage. Ce qui veut dire que les accents guerriers de ce genre ne peuvent pas trouver d’écho dans l’opinion, puisque la communauté musulmane tchadienne est multiforme et se compte dans toutes les régions du pays. Si le journaliste du Progrès devait aller au bout de son idée, il devrait défendre clairement l’option d’une République islamique. Je crois qu’il a dû lui-même mesurer les limites de cette démarche et n’a pas osé -pour le moment ?- franchir le Chari ! Il revient souvent de certains Musulmans tchadiens (intellectuels ?), qu’ils ne sauraient tolérer davantage la laïcité qui ne rime pas avec l’Islam ! Je me contenterai de citer le débat sur l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne dans JA/L’Intelligent du 15 décembre 2002 où Alain Faujas écrit : « quelle Europe voulons-nous construire ? Nous la voulons laïque, au sens français du terme, c’est-à-dire séparant nettement la sphère privée, à laquelle appartient la religion, de la sphère publique, où se règlent les affaires de la cité. Car c’est la seule façon de préserver la paix et d’éviter les ravages de l’intolérance et du tribalisme. La laïcité n’est pas l’absence de religion, mais la coexistence des religions, des agnosticismes et des athéismes (…) La Turquie devra nous apporter cet islam sécularisé qui fera barrage à tous les fondamentalismes. » J’adhère parfaitement à cette opinion que je rapporte au Tchad. Ne nous laissons pas aveugler par l’ignorance qui prépare le lit de l’intolérance et du rejet de l’autre. En l’espèce, nous ne ferons jamais mieux que d’autres pays plus Musulmans que nous et qui nous entourent.

Ce qui me désole, avec mes coreligionnaires, c’est l’absence de débat. Le débat dans le monde d’aujourd’hui, par exemple, ne porte plus sur la religion au premier niveau, comme semblent s’y complaire certains Tchadiens. La question que les Musulmans se posent est de savoir comment mettre la religion au service de la démocratie et du développement, pour atteindre les performances démocratiques et sociales des sociétés avancées, sans les perversions qu’elles entretiennent en leur sein. Les Musulmans de par le monde réfléchissent profondément à l’avenir en s’ancrant dans la modernité par la maîtrise de la science et de la technologie. De ce point de vue, ceux d’Asie, les plus nombreux de la planète, y sont arrivés, tandis que ceux du Proche-Orient commencent à y arriver. Les guerres qui ensanglantent ces régions et la volonté américaine de réduire certains pays au silence est la réponse occidentale à la lutte des moins nantis de se frayer une voie et de s’imposer avec leur culture…et leur religion. Les Asiatiques sont respectés depuis quelques décennies tandis que les Arabes, avec les évènements que nous vivons, sont en train de l’être. Ce n’est qu’une question de temps.

Et les Noirs dans tout cela ? Le débat n’est pas exactement celui-là, mais il pourrait être dialectiquement le chemin pouvant guider les Tchadiens, en particulier les Musulmans du Tchad. Il me semble que l’Islam tel que vécu au Sénégal, Mali, Niger, Nigéria…ou même au Soudan voisin, plus militant et éclairé, ne porte pas les stigmates de l’arriération et de l’acculturation entretenue dans notre pays où la majorité musulmane n’atteint pas l’importance des pays cités. D’ailleurs, de quoi peuvent se prévaloir les Musulmans tchadiens, sinon que de donner une mauvaise image de leur religion par les tares qu’ils inoculent ? Le Tchad, n’est-il pas depuis vingt-deux ans dirigé par des Musulmans qui ont fait de leur pays un non-Etat, une non-nation, sous-éduqué, acculturé-négativiste, livré à des hordes de tueurs, de pillards et de prévaricateurs qui, faute de se réclamer d’un combat pour l’Islam, l’utilisent grossièrement pour diviser le pays en deux ? Le gouvernement agit d’ailleurs dans cette ligne héritée du CCFAN dont on sait qu’il est encore le maître à penser idéologique de nos princes qui n’ont, malheureusement pour le Tchad, aucune autre vision politique.

Les exemples sont nombreux et édifiants. Au sommet de l’Etat, dans les structures politiques, administratives et militaires, la domination nordiste est patente, arrogante et révoltante car non justifiée et contre nature, parfois. Un coup d’œil sur l’organigramme de la présidence de la République ou de la haute hiérarchie militaire et paramilitaire est éloquent. La justice est rendue au détriment des sudistes, surtout quand elle l’est par les gendarmes dont on sait que presque tous les commandants de brigade sont issus de la même ethnie. La même situation est observée aux douanes où, non seulement les Nordistes sont traités avec faveur, mais les responsables à tous les échelons détournent purement et simplement les recettes qui manquent gravement dans les caisses de l’Etat en faillite. Même dans le privé, où les talents ne manquent pourtant pas au sein de toute la communauté nationale, ce sont les Musulmans et singulièrement le clan, qui s’imposent aux autres Tchadiens. Le transport en commun urbain et rural, le charbon, le pétrole…tout est entre leurs mains. La difficile, devenue l’impossible cohabitation agriculteurs-éleveurs ne trouvera jamais de réponse tant que l’idée sous-jacente sera l’envahissement et l’occupation du Sud par les nomades. Le mal est tellement profond qu’il n’épargne pas nos enfants. En effet, la brutalité grandissante dans les établissements scolaires est l’une des conséquences de cette mauvaise politique du MPS qui apprend aux enfants qu’ils sont supérieurs à leurs maîtres, surtout si ceux-ci sont issus du Sud. Le crime de l’élève qui a poignardé son professeur en est un exemple, et le manque de réponse de l’administration une preuve : on aurait pu, au moins pour l’exemple, exclure de l’école tchadienne tous ces adolescents fiers de leur crime. Au lieu de cela, c’est plutôt un haut responsable qui est venu se confondre en explications inopportunes. Ainsi va le Tchad nouveau d’Idriss Déby !

L’honnêteté voudrait que les Musulmans rasent les murs, par la faute de leurs chefs politiques. Dans la phase actuelle de l’évolution du Tchad, ils portent une lourde responsabilité disqualifiante dans les échecs. Plus précisément et pour être juste, il s’agit de dénoncer leur avant-garde qui est une minorité agissante aux commandes. Comme en 1979, c’est elle qui prépare l’avenir du pays sur des bases totalement fausses. La politique menée par Idriss Déby depuis douze ans est uniquement d’essence et d’inspiration tribalo-régionalo-religieuse, pour se perpétuer au pouvoir, au profit exclusif d’une infime minorité qui a le même mépris pour tous les Tchadiens. N’est-ce-pas Déby qui, il y a quelques années, pour justifier l’implantation d’un projet dans sa région, a voulu sensibiliser un expert étranger en évoquant l’exemple des Tutsis au Rwanda ? …

Ceux des Nordistes qui, aujourd’hui, pensent bénéficier des privilèges du système, qui ne leur réserve en réalité que des miettes, se trompent lourdement et ils ne doivent pas entraîner la majorité dans leur erreur. Rares sont les hommes politiques qui dénoncent cette dérive qui porte atteinte à l’équilibre national. Gouverner un peuple, c’est savoir gérer toutes les différences pour en faire une dynamique porteuse d’espoirs et de mobilisation. Or, sous Déby, il y a plusieurs Tchad et le Nord lui-même est divisé en plusieurs parties. Il suffit de cocher sur une carte les projets réalisés ou en cours d’étude et les infrastructures socio-économiques réalisées pour se rendre compte de l’ampleur des injustices érigées en politique de gouvernement. Et tout cela dans un capharnaüm où Déby lui-même ne se retrouverait pas, car c’est tout, sauf du développement. Il n’y a que la Banque Mondiale qui semble s’y retrouver, au grand dam des Tchadiens qui n’y comprennent plus rien !

Le dernier découpage administratif est une autre preuve de ce dessein machiavélique et de cette obstination à gouverner contre tout bon sens. Sous le régime du MPS, le Tchad est passé de quatorze préfectures et une quarantaine de sous-préfectures, à 13 régions, 48 départements et 205 sous-préfectures, dans le seul souci de placer des hommes et de multiplier des prébendes. Dans un but évidemment électoraliste, puisque l’on y retrouve toujours la même tonalité régionaliste qui servira lors des futures consultations électorales, puisque ce découpage fait largement la part belle au Nord. Certains y voient un jalon dans la perspective d’un probable référendum appelé à tordre le cou à la Constitution pour permettre à Déby de postuler un nouveau mandat.

Car toute la stratégie qui se met actuellement en place ne vise qu’à mettre Idriss Déby sur orbite pour un autre mandat de cinq ans, sinon plus. Ses partisans ont-ils conscience qu’en 2006 Déby aura dirigé le pays pendant seize ans pour rien ? Qu’il aura fragilisé le pays qui sera divisé en deux et n’aura amorcé aucun développement ? Comme j’ai eu à le souligner par ailleurs, le régime actuel est le plus tribaliste que le Tchad ait connu depuis l’indépendance. Un dernier exemple : tout le système financier est entre les mains d’une ethnie. Cela est de plus intolérable et accentue la division du pays. Se demande-t-on pourquoi les fédéralistes gagnent de jour en jour du terrain ? C’est leur réponse à cette pratique d’exclusion systématique.

En conclusion, les patriotes du Sud et du Nord, fort nombreux malgré les apparences, doivent se mobiliser pour dénoncer et combattre cette politique qui hypothèque gravement l’avenir du pays. Car demain, ce sont les ressources du pétrole qui seront utilisées pour diviser davantage les Tchadiens et les opposer encore plus en Nordistes et Sudistes, chrétiens, animistes et musulmans, au profit d’un clan. C’est cela qu’il faut dénoncer et combattre vigoureusement, maintenant, car demain il sera tard. Ce débat s’impose à tous et fait partie des sujets que devrait traiter un grand forum national que les démocrates appellent de tous leurs vœux.

Saleh Kebzabo, député,
Président de l’UNDR

Étant définie comme l'étude des rapports entre les données géographiques naturelles et la politique de l'état La géopolitique ne fait pas seulement partie des sciences humaines mais elle est la science humaine, réaliste, qui a pour objet de déterminer, derrière les apparences, quels sont les caractères objectifs de la géographie physique et humaine qui conditionnent les choix stratégiques des acteurs de la vie idéologique, politique et économique.

C'est une science qui devrait être indépendante mais qui a été politiquement utilisée, et qui le demeure, notamment au travers de ses concepts fondamentaux et de ses concepteurs instrumentalisés par les acteurs eux-mêmes. 

Elle est l'étude des déterminants géographiques qui interviennent dans la politique des États, tant intérieure qu'extérieure. Ces déterminants relèvent de toutes les branches de la géographie.

Mais au Tchad, en l'appliquant, a-t-on réellement fait la comparaison entre ses effets positifs et négatifs ? Pour être un peu plus précis, prenons le cas de concours organisés pour l'accès aux différents instituts universitaires. Celui de la médecine en est un à revoir.

 Je me rappelle d'une conversation que j'ai eue avec une copine à l'approche des examens partiels à l'université au département de gestion. Devant passer le concours d'entré à la fac de médecine, je lui demandai si elle n'était pas stressée à passer 2 examens consécutivement, celle-ci me répondit en ces termes

- ma chère je suis sûre d'être retenu car ils tiennent compte du nombre de candidats par région et comme je suis la seule dans la mienne, je n'ai pas à m'inquiéter.

 L'état devrait essayer de se pencher un peu sur ce problème. Pourquoi favoriser certains candidats. Il y a sûrement qui auraient fait mieux mais ne sont admis car il faut que toutes les régions soient représentées même s'il faut que le soit disant représentant soit un cancre! C'est à plaindre quand on dit qu'il faut l'Homme qu'il faut à la place qu'il faut.

Cela est contraire à l'objectif de cette politique et ne cadre pas avec car, l'objet de cette discipline est d'étudier l'influence du milieu et du temps sur l'évolution et le comportement des peuples. Autrement dit, les peuples sont mis en condition, sont formés par le lieu physique dans lequel ils vivent et par les épreuves ou par les succès qu'ils ont partagés en commun au fil des temps. Ceci veut dire que comme les régions sont inégalement composées et que les climats, les reliefs, le régime des eaux, la fertilité des terres, créent un cloisonnement, et les peuples, par nature, se retrouvent être différents en fonction des zones territoriales qu'ils occupent. Cela veut dire, par corollaire, qu'il faut respecter les peuples tels qu'ils sont : ils ne sont ni bon ni mauvais, ils sont ce que la nature et le temps en ont fait, ils sont des facteurs indépendants des individus. D'où la nécessité de ne pas intervenir dans les affaires des autres peuples par respect, de ne pas les juger, tout du moins de ne pas les juger par rapport aux sentiments que l'on a de soi, ce que l'on fait aujourd'hui abusivement. L'on doit plutôt essayer de comprendre en respectant leurs modes de vie. C'est un défi à relever par tout fonctionnaire dans l'exercice de son métier dans quelle région du pays qu'il soit. 

D'autre part, c'est aussi nourrir le régionalisme et le ghetto culturel que de vouloir absolument doter chaque région de son natif en l'y affectant. On devrait plutôt se concentrer sur l'appartenance au pays et la faire passer avant les autres notions même si celles de région ou religion ne doivent pas être perdu de vue. Il faudrait que chaque être s'impose par ce dont il est capable ou mérite et non par ce qu'on peut lui tendre servi. Il faut de la volonté positive .pour faire quelque chose de profitable à son pays.

 Je crois qu'un tchadien doit servir le Tchad en premier même s'il estime qu'il doit à sa région. De ce fait, l'état contribue indirectement à la division nationale et la haine entre les tchadiens car on est tous issus d'horizons différents mais du même pays. Le service devrait au contraire être un moyen de brassage entre fils du pays dans la mesure où un sudiste qui exerce au nord (s'il fait bien son travail) ne sera qu'estimé par les autochtones et il en est de même pour un nordiste exerçant au sud. On sait que quand quelqu'un rencontre un être qui parle ou comprend le même dialecte que lui l'accueille comme un frère donc c'est un facteur qui vu nos diversités culturelles et de langues peut être perçu comme un plus.

 Pourquoi penser que l'autre nous rejettera alors qu'on n'est pas allé vers lui (toujours des préjugés n'est-ce pas un de nos dons)? On peut facilement intégrer un groupe quand on est courageux et ne se reproche rien mais quand on a peur, c'est qu'on reconnaît une certaine défaillance en soit.

De plus, la géopolitique est fatale dans certains domaines comme la médecine car l'exercice du métier demande une certaine aptitude. Un médecin est celui qui fait son travail par vocation, avec amour pas par ambition. Il doit être capable contrairement à un boucher qui apprend dans le tas. Autrement dit, face à une situation grave, il ne pourra que renvoyer à la mort son patient car il ne saura que lui administrer.

Comme résultat, la plupart des médecins se prennent pour le centre du monde devant leurs patients (d'ailleurs cette notion n'est plus de leur langage, autant dire clients pour eux) car ils n'ont pas un comportement digne de leur titre.

Normalement, la géopolitique qui est l'étude de la volonté du pouvoir appliquée aux situations de la géographie physique et humaine ne doit en aucun cas servir à légitimer les ambitions des uns et des autres. Ces acteurs sont multiples : hommes d'état, diplomates, cadres de l'armée, opinion publique.
Tous ces acteurs devraient être conscients des fruits de la géopolitique au niveau du pays et plutôt laisser l'état (qui est le seul critiqué en cas de problème quelconque) l'appliquer selon les normes requises.

Avoir dans chaque région son natif qui ne contribuera pas à son plus, ou un fils du Tchad tout court qui apportera sa pierre à l'édifice telles sont les deux options parmi lesquelles notre état doit faire son choix à l'ère où la question de santé est majeure en faisant fi des ambitions des uns et des autres.

Wahilo Diguera

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