mercredi 27 octobre 2021

Découverte : le Centre national artisanal de N’Djaména

Sep 18, 2021

L’artisanat est un secteur pourvoyeur d’emploi et constitue un levier de développement économique comme les autres secteurs. Mais les artisans peinent à vivre de leur métier. Pour redonner sa lettre de noblesse, les autorités cherchent à moderniser le secteur. Reportage.

Le métier de l’artisanat est l’un des secteurs d’activité le plus rentable au Tchad. Mais depuis quelques années, ce secteur semble négligé. Pour lui donner sa lettre de noblesse, les experts s’activent à moderniser et à réorganiser le secteur. Pour Abdelhakim Mahamat, directeur du centre national d’enseignement artisanal et des arts appliqués (CNEAAP), il faut réhabiliter les centres de formation. Pour lui, le centre a pour vocation, surtout la formation des jeunes et puis la production. Le centre artisanal a, au départ 4 centres : le centre artisanal de N’Djamena, le centre artisanal d’Abéché, le centre artisanal de Sarh et le centre artisanal de Moundou. À son avis, vu la nécessité, l’État vient de créer d’autres centres par arrêté. Le centre de Faya, le centre de Mongo et le centre de Pala. Ces 7 centres artisanaux donnent plusieurs formations aux jeunes. Entre autres, en maroquinerie et cordonnerie, en sculpture, en reliure, en fonderie, en peinture et en broderie. Pour la broderie, le plus grand centre est celui de Sarh qui est le premier centre créé en 1961. Le directeur explique que les cours ont cessé depuis 1990, sans raison valable et que depuis sa nomination, il cherche à rouvrir ces écoles. Selon lui, le métier d’artisanat est le plus grand pourvoyeur d’emploi. « Avec la prochaine ouverture de ces 7 écoles, nous formerons des jeunes qui vont être automatiquement entrés sur le marché d’emploi », dit le directeur.

On entre dans ces centres de formation artisanale par concours. Il faut être détenteur au minimum du Brevet d’Étude Fondamentale (BEF) et après 3 ans de formation, on sort avec un CAP. L’apprenant peut directement s’installer en son compte et peut même être un employeur. « Ces centres peuvent aider à lutter contre le chômage, après la formation, le jeune formé peut ouvrir son atelier (entreprise) », ajoute-t-il. Pour le directeur, pour rouvrir ces centres, il faut de moyens financiers pour réhabiliter les bâtiments, car ils sont vétustes. Il estime qu’il faut acheter des tables-bancs, des tableaux et des chaises pour les apprenants, acheter les matériels de la fonderie, les matériels de la sculpture sont de vieux matériels. « Le centre a d’énormes difficultés, surtout dans les domaines de formateurs et de matériels modernes pour se relancer », lance-t-il. Pour lui, il serait préférable de recruter les enseignants qui sont à la retraite par contrat et chercher les jeunes qui ont fait leurs études dans le domaine de l’art pour relancer les centres de formation. En attendant la réouverture de centre de formation, la structure se contente de la production.  Dans les ateliers du centre, on produit les objets de meilleure qualité qui sont exposés dans la galerie. Toutefois, ces objets n’appartiennent pas seulement au centre artisanal. Mais, à certains artisans indépendants qui exposent leurs objets à la galerie du centre.  

Abondant dans le même sens, le directeur du centre artisanal de N’Djamena, Annour Younous Djibert souligne que ce qui fait la particularité de ce centre par rapport aux autres, c’est sa galerie qui est alimentée par les artisans venant de toutes les provinces du pays. Dans cette galerie prisée par les touristes, l’on trouve des objets d’art fabriqués exclusivement au Tchad. Il y a des objets sculptés à base du bois, des objets en poterie à base de l’argile, la vannerie, la fonderie à base de cuivre et la maroquinerie à base de cuir. Pour le directeur, c’est depuis 2016 que le centre ne reçoit aucune subvention de l’État.

Le Tchad possède 274 métiers artisanaux

Le Tchad a toujours été un grand pays d’artisans. Avant les indépendances, les artisans tchadiens avaient un savoir-faire artisanal ancestral. Ils étaient déjà représentés dans toute l’Afrique-Équatoriale française, par exemple à la foire internationale de 1938. Ahamadaï Barkaï Erdimi, Directeur général technique de l’artisanat affirme que c’est depuis la période coloniale que l’artisanat tchadien était positionné comme un savoir-faire incontournable dans la sous-région. Il affirme que les premiers artisans qui avaient participé aux foires internationales avaient toujours rapporté de médailles en or pour le pays. À l’en croire, le gouvernement s’est toujours intéressé à l’artisanat et au savoir-faire artisanal ancestral. « Le gouvernement s’est intéressé au savoir-faire artisanal en organisant en 1961 la première foire nationale. Tout le pays était représenté, cet effort du gouvernement a permis le rayonnement de l’artisanat tchadien », explique M. Erdimi. Parlant du code de l’artisanat, il ajoute que l’artisanat n’était pas stable et c’est ce qui l’empêche d’avoir un code. Mais de nos jours, souligne le directeur technique, le pays peine à retrouver sa lettre de noblesse. À son avis, le Tchad est le dernier pays en Afrique centrale à ne pas avoir un code de l’artisanat. Selon lui, il faut avoir un code pour règlementer ce métier. « L’artisanat est resté marginalisé au Tchad. Pour qu’un secteur soit développé, il faut règlementer, mais le pays n’a pas de code » souligne M. Erdimi. Toutefois, il précise que le code est élaboré et actualisé et c’est en cours au conseil de ministres. Pour ce passionné de l’artisanat, grâce aux efforts des uns et des autres, le métier est règlementé et que maintenant les artisans sont catégorisés. Il précise que c’est grâce au code qu’on a pu catégoriser les artisans. Selon lui, les artisans ne meurent pas, mais ne tirent pas de meilleurs de leur métier. Le directeur national technique de l’artisanat a fait savoir que depuis 2019 le secteur est règlementé et que le Tchad est le seul pays d’Afrique centrale à avoir la nomenclature du métier de l’artisanat. Pour lui, c’est grâce à cette nomenclature que le pays possède désormais 274 métiers qui sont reconnus comme des métiers artisanaux.

Jules Doukoundjé

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