mardi 21 septembre 2021

G5 sahel, les raisons du retrait des 600 soldats

Aoû 23, 2021

Le Conseil Militaire de Transition (CMT) a décidé de retirer 600 soldats sur les 1200 déployés dans la zone dite des 3 frontières : Mali, Niger, Burkina Faso. Pour certains, c’est une surprise. Pour d’autres c’est une décision inévitable depuis la mort du Maréchal président Idriss Deby Itno. Alors quelles sont les raisons de ce retrait? Est-ce une bonne nouvelle? 

D’abord, les raisons officielles. Selon le ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement M. Abdramane Koulamallah il ne s’agit pas d’un retrait, mais plutôt d’un redéploiement stratégique. Sur les ondes de RFI, M. Koulammallah s’est démené pour expliquer que ce retrait n’est qu’un simple redéploiement. C’est, dit-il, un non-évènement. La rédaction a contacté le ministre pour éclaircissement. Il affirme même que ce redéploiement était prévu depuis le dernier sommet du G5 Sahel. Il a avancé aussi d'autres raisons : le fait que les forces tchadiennes dans cette zone étaient des forces trop lourdes et trop nombreuses. Conséquences : impossible de constituer un nombre exact de bataillons. Surtout que la lutte contre les terroristes est devenue asymétrique. Une lutte qui nécessite des troupes légères et mobiles contrairement au déploiement tchadien, qui constitué de blindés, s’est avéré inefficace. Les jihadistes, eux, ont opté pour une guerre de mouvement, pas pour une guerre de positionnement. Difficile alors pour les Tchadiens en intervention extérieure d’être en opération mobile tout le temps. Sinon la guerre en mouvement est une spécialité de l’armée tchadienne. 

Ensuite, les raisons officieuses. Selon les observateurs, derrière ce retrait il y a des raisons stratégiques qui touchent à la sécurité interne du pays. Du temps de son vivant, le Maréchal Deby Itno avait déjà montré quelques signes d’agacement. La présente décision du CMT est stratégique. Elle concerne la sécurité interne et la consolidation de la transition contre les menaces qui s’amoncellent, quoi qu’on dise, aux frontières. Entre autres: à la frontière libyenne avec la rébellion du Front pour l’Alternance et la Concorde au Tchad (FACT). Au sud avec la Centrafrique. Et au centre avec la nébuleuse Boko Haram qui malgré son affaiblissement déstabilise la zone du Lac Tchad et fait perdre à l’armée tchadienne des valeureux soldats. 

Enfin, les raisons objectives. Il était temps de partir. Il était temps depuis fort longtemps. Peut-être pas toute la troupe d’un coup, mais ce retrait est une bonne chose. Rien ne sert de faire semblant. Si le Tchad s’amusait à faire le bilan de cet engagement au Mali et dans la zone dite de 3 frontières il n’y aura au tableau que des morts, des blessés, des veuves et des orphelins sans ressources. Oubliés. Le Tchad n’a rien gagné en intervenant tous frais  payés dans une région pas toujours reconnaissante. Pourtant le Tchad est aussi, sinon plus pauvre que le Mali et ses voisins. Plus pauvre par exemple que la Côte-D’Ivoire, le Sénégal, etc. Il est bien vrai que la question du terrorisme est importante, mais le Tchad ne peut se sacrifier, sacrifier sa jeunesse pour des pays qui ne sont pas ou peu en première ligne. Il aurait été mieux pour le Tchad d’adopter la stratégie mauritanienne qui consiste à assurer sa sécurité interne et celle de ses frontières. Pourtant c’est un pays géographiquement au milieu de cette guerre d'usure. Une guerre sans fin comme celle des talibans afghans.

Le rapprochement est un peu hasardeux, mais ce qui se passe dans l’espace G5 Sahel, surtout dans les pays dits « les maillons faibles » : le Mali, le Niger et le Burkina, risque d’être long. Et la transformation de cette zone en un « Sahélistan » est de plus en plus possible. Personne ne fera la guerre à la place des armées de ces pays. Et le Tchad ne peut continuer à envoyer ses soldats pour une guerre sans issue. Il est un temps où il faut s’occuper de soi après s’être occupé des autres. Le Tchad en est là. En cette phase de transition, le pays est à la croisée des chemins. Et cette décision est un bon pas dans la bonne direction. C’est donc une bonne chose. 

Bello Bakary Mana

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