dimanche 26 septembre 2021

Mme Okala Néloumta, « il y a beaucoup de choses derrières les pesticides… »

Aoû 16, 2021

Votre journal Ialtchad a ouvert un dossier sur l’utilisation des pesticides dans les cultures maraichères. Pour clôturer ce dossier, notre reporter s’est entretenu avec la directrice Adjointe de Protection des Végétaux et du Conditionnement, du ministère du Développement Agricole Mme Okala Neloumta Madibé. Grande Interview d’Ialtchad presse.

Qu’est-ce que signifie pesticides? Et quel est leur rôle ?

Vous avez frappé à la bonne porte. C’est la direction de Protection des Végétaux et du Conditionnement, du ministère du Développement Agricole qui est mandatée par le gouvernement à travers le ministère de l’Agriculture pour la question de protection des végétaux. Pour cela, nous avons une loi, c’est la loi 14 relative à la protection des végétaux qui nous confère cette mission. Les pesticides sont des substances qui permettent de protéger les plantes. La définition des pesticides prend en compte ceux qui constituent des vecteurs des maladies. La FAO considère les pesticides comme toute substances utilisée pour traiter les plantes, assurer la régulation de la croissance des plantes, leur défoliation, ce sont des substances pour faire sécher les plantes. Au Tchad, nous n’utilisons pas toutes ces substances mais elles sont aussi des pesticides. On les appelle aussi des produits agro-pharmaceutiques, phytopharmaceutiques ou phytosanitaires.  Pour nous résumer, ce sont des substances utiliser pour traiter les ennemis de cultures.

Qu’est-ce que vous entendez par ennemis de culture ?

Les ennemis des plantes sont les insectes, les nématodes, les maladies fongiques, virales, les bactéries, les rongeurs (les ras, et autres). Les virus et les bactéries constituent ce qu’on appelle des maladies invisibles aux yeux naturels sauf au microscope. Donc les pesticides permettent de réduire le taux de nuisibilité de ces ennemis de culture et assurer la survie des plantes pour augmenter la production agricole.

Quels sont les types de pesticides ?

Les pesticides sont de nombreux et divers types. Il y en a qui sont en liquide, en solide mais aussi en poudre. Un profane, ne fait pas de différence. Mais si vous avez devant vous un pesticide, il vient dans son emballage, soit dans une bouteille bien conditionnée avec des indications sur l’étiquette. Si c’est en liquide, on parle de pesticide EC (concentré emutionnable, cela veut dire qu’on peut mélanger dans l’eau), si on met WP en anglais Waitable Powder, c’est en poudre mouillable, Dray Powder, c’est à l’usage sans eau. Bref, si c’est en poudre c’est dans des sachets, en liquides dans des bidons (1 litre, 5 litres selon le conditionnement du formulateur, la firme qui les produit). Dans les pesticides nous avons les insecticides (pour insectes), nématoïdes (nématodes), les fongicides (tuent les maladies causées par les champions), le bactéricides (bactéries).

Comment peuvent-ils être utilisés face aux ennemis de culture ?

Il faut bien comprendre qu’il y a des pesticides qui tuent les insectes. Les insectes sont de différentes espèces. Chaque matière active qui se trouve dans un pesticide est destinée à un insecte bien précis, une maladie bien précise. On n’utilise pas les pesticides au hasard. Un producteur qui a des insectes qu’on appelle des puseromes, il doit chercher un insecticide ou pesticide de contact. Cela veut dire qu’une fois pulvériser sur l’insecte et qu’il est touché, et en meurt. Si ce sont des cochenilles phareneuses sur les maniocs, ces genres d’insectes sont protégés par un cocon. Alors, il faut un insecticide systémique qui peut pénétrer son cocon pour le toucher. Vous voyez déjà la différence dans l’utilisation des pesticides.

Et si c’est un maraicher ?

Si c’est un maraicher, il doit chercher un pesticide qui est destiné pour la culture maraichère. Généralement au Tchad, ce sont les maraichers qui en utilisent beaucoup mais c’est avec l’arrivée des chenilles légionnaires que les producteurs en font usage sur les sorghos et le maïs. Maintenant en utilisant il faut savoir ce qui peut convenir avec le maraichage. L’utilisation des pesticides va avec les cultures et les ennemis de culture. C’est pourquoi, il est important que les maraichers se rapprochent des techniciens pour des conseils avant tout usage de pesticides. Certains viennent nous voir et posent leurs problèmes. Nous dépêchons une équipe technique sur le terrain pour faire l’état des lieux et nous ramener des informations. Une fois les cultures identifiées avec les insectes et les maladies, ils prodiguent des conseils aux producteurs et ils leur prescrivent des produits appropriés. Dans les pesticides il y a des matières actives et si celles-ci ne conviennent pas à la cible, on peut pulvériser de tonnes et sans résultats et cela risque de créer plutôt d’autres problèmes.

Quelles précautions doivent prendre les maraichers pendant l’usage des pesticides ?

Ce que les maraichers doivent comprendre c’est d’être prudent lors de l’utilisation des pesticides. Il leur faut des équipements de protection individuelle. Il s’agit des combinaisons : bottes, gants, lunettes, chapeaux. Mêmes nous qui sommes de spécialistes, pour manipuler nous nous rassurons de nos équipements de protection individuelle. Malheureusement nos maraichers, ne le font pas. Cependant ils n’ont pas aussi tort parce qu’ils manquent d’informations. Ils ne sont pas formés dans le domaine, c’est à nous de les aider mais les moyens font défaut. Ceux qui viennent vers nous sont informés mais ce n’est pas le cas de la plupart d’entre eux. Lorsqu’ils mettent le produit dans le seau et ils y trempent les branchent des Neem pour les asperger sur les plants c’est dangereux. Ils ramassent le produit sur leur corps, avaler la vapeur qui peut causer de problème de santé.

Quels avantages à tirer dans l’usage des pesticides ?

Un, les pesticides tuent les ennemis de culture, améliore la production agricole. Si ces insectes ou maladies nuisibles à la culture ne sont pas éliminés, Deux, mal utilisés, ils détruisent la culture et le producteur ne peut rien gagner au finish. Trois, si le producteur les utilise en respectant les normes, il peut plus gagner. Mal utiliser, cela peut créer de problème.

Quelles sont les conséquences sur la santé humaine ?

Sur la santé humaine, il y a beaucoup des conséquences. Le pesticide lorsqu’il est mal utilisé et dans de conditions requises, il peut causer de maladies à long termes. Surtout pour les femmes et les enfants c’est très dangereux, ça agit sur la santé de reproduction. Il y a des pesticides qui sont cancérigènes. D’autres sont repro-toxiques et agissent sur les gamètes et peuvent causer la malformation des enfants. Ici, des études ne sont pas faites mais sous d’autres cieux, les études les ont démontrés. Si vous en avalez ça vous intoxique fatalement. Juste en contact, vous ramassez les pesticides dans la peau. Il y a trois voies de pénétration : la pénétration par contact, par inhalation (les dérives de vape dus au vent), et la pénétration par voie orale (confondre le pesticide à l’eau, par exemple).  Lorsque les maraichers pulvérisent leurs plants, il y a ce qu’on appelle, le « délai avant récolte ». Il faut utiliser les pesticides proportionnellement à chaque hectare cultivé. Il y a beaucoup de choses derrières le pesticide.

Le délai avant récolte, qu’est-ce que cela veut dire ?

Cela veut dire simplement que lorsqu’on pulvérise, il y a de temps à observer à respecter avant de récolter les plants. Cela dépend, ça peut durer 3 jours, une semaine, un mois après la pulvérisation. Sinon la récolte précoce après la pulvérisation, met le consommateur qui en achète en danger. Il mange le résidu du pesticide dans les légumes, tubercules ou fruits. Pour cela, il faut un temps maximum pour que le pesticide pulvérisé sur les plants se dégrade avant toute récolte. En accumulant les petites doses de pesticides jusqu’à la dose rectale, ça peut créer la maladie chez le consommateur. On peut laver les légumes à l’eau de javel pour détruire les microbes à la surface mais le pesticide est dans la plante. Donc le laver ne suffit pas. L’important, c’est de résoudre le problème à la racine avec les maraichers. Il y a un grand travail à faire avec eux à ce niveau.

Et les conséquences sur l’environnement et le sol ?

Pour l’environnement quand on déverse n’importe comment les pesticides ça peut souiller les eaux de fleuves ils peuvent s’infiltrer dans les nappes phréatiques aussi. Les gens qui pèchent avec les pesticides tuent les poissons, ils polluent l’eau qui peut tuer tout ce qui s’y trouve. Ça agit sur la biodiversité. Aujourd’hui, certaines espèces d’insectes ont disparu suite à la mauvaise utilisation des pesticides. Les abeilles par exemple, favorisent la pollinisation pour que les plantes puissent donner de fruits meurent tous, on aura de problèmes. Dans certaines zones, a force d’utilisation des pesticides, les abeilles disparaissent.

Les pesticides appauvrissent également le sol, les terres cultivables surtout. Les herbicides par exemples sont utilisés pour tuer les mauvaises herbes. Certaines molécules lorsque vous pulvériser ça peut détruire les microflores qui se trouvent dans le sol. Or ce microorganisme joue un rôle important dans la fertilité du sol pour le rendre cultivable. Au Mayo-Kebbi ouest notamment à Pala, nous avons fait une enquête sur l’utilisation des herbicides. Il apparaît que c’est beaucoup utiliser pour la culture de maïs mais les producteurs se sont rendus compte qu’ils ont de problème avec le sol. Cela est dû à l’utilisation abusive et anarchique des herbicides.

Réalisation Moyalbaye Nadjasna

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