dimanche 26 septembre 2021

Indépendance du Tchad : rétrospective politique

Aoû 09, 2021

Le 11 août 1960, 11 août 2021, le Tchad va fêter ses 61 ans d’indépendance. Après six décennies, quel est l’état des lieux de la politique tchadienne? Le politologue, Dr Évariste Ngarlem Toldé analyse la situation politico-militaire.

Le politologue Dr Évariste Ngarlem Toldé précise que, les problèmes du Tchad ont leur origine dans les différentes constitutions taillées sur mesure. Il rappelle qu’à l’ère du Mouvement Patriotique du Salut (MPS), la constitution de 1996, a été modifié trois fois en 2005, 2018 et 2020. Selon lui, la modification à mainte reprise de cette loi fondamentale a constitué le nerf de guerre des acteurs politiques tchadiens. « Les politiciens continuent à s’entredéchirer jusqu’aujourd’hui. Cela fait que le Tchad avance d’un pas en avant et de deux pas en arrière remettant ainsi en cause la situation politique du pays », dit-il. Dr Évariste rajoute que la rébellion à commencer pendant l’indépendance et aujourd’hui encore on connaît des rébellions dans ce pays. Pour lui, le problème de la réconciliation et de la paix n’a jamais été réglé de façon fondamentale depuis les années 1965-66 entre les Tchadiens.

Pour revenir à l’actualité, le politologue note que le Conseil Militaire de Transition(CMT) est mal placé pour organiser le dialogue national inclusif. Car soutient-il que le CMT ne peut pas être juge et parti. Il souhaite par ailleurs que, les assises nationales soient confiées aux facilitateurs neutres avant de proposer par exemple, la francophonie ou l’Union africaine. Juste pour inspirer confiance aux acteurs, argumente-t-il. « Je crois que les gens demandent au CMT de revoir la charte de transition. Imaginez-vous, le CMT n’est constitué que des militaires, ce n’est pas diffèrent d’un coup d’État. Alors il faut faire en sorte que les civiles intègrent le gouvernement. Sinon, un gouvernement civilo-militaire. Le CMT doit remettre la balle à terre », dit Dr Évariste. D’après lui, si ce travail en amont rate, cette rencontre va porter les germes d’une dislocation future du pays. « Je préfère le terme Conférence Nationale Souveraine(CNS) au lieu de Dialogue national inclusif », insiste le politologue.

François Tombalbaye devient Premier ministre le 29 mars 1959 et son parti remporte les élections législatives de mai 1959. L’indépendance du Tchad est proclamée le 11 août 1960. Deux ans après l’indépendance, en 1962, François Tombalbaye a interdit tous les partis politiques à l’exception du parti présidentiel, le Parti Progressiste Tchadien(PPT). Le Tchad ne faisait pas œuvre originale en Afrique et la culture du parti unique s’est installée. Hissène Habré et Idriss Deby, chacun à sa manière, en fait usage. Fin octobre 1965, les paysans se révoltent à Mangalmé (préfecture du Guéra) contre une administration locale corrompue et des impôts trop lourds.

Dr Ngarlem Toldé, précise que le premier coup d’État au Tchad a été organisé en 1963. Il rajoute qu’après la mort de Tombalbaye, en 1975, de 1975 à 1979, c’était le règne militaire en association avec certains rebelles. Le politologue explique qu’en 1979, la Charte fondamentale a permis à Hissène Habré de devenir 1er ministre du Tchad. « La guerre civile éclate en plein cœur de la capitale, N’Djamena. C’était la guerre civile des tendances politico-militaires qui vont morceler le pays. Il y a eu plusieurs conférences de consultation qui n’ont pas abouti. 1982 Hissène Habré s’empare du pouvoir. 1989 c’est le parti unique, Unir, avec une 1ere constitution. Un an après, en 1990, le MPS est arrivé au pouvoir », explique l’enseignant chercheur. Il affirme que la conférence de réconciliation de Kanon 1 regroupait 4 tendances de rébellions et celle de Kanon II, 11 tendances. Selon lui, en 1969 , Ngarta Tombalbaye à l’époque, a envoyé le dossier avec Aboubakar Abba Sidick qui dirigeait le FROLINAT à Tripoli. Felix Malloum, lui, envoie son vice-président Mamari pour négocier un accord à Khartoum avec Hissène Habré. Pour Dr Évariste, ces rencontres de négociations et de réconciliations n’ont pas jeté les bases de la paix pour les fils du Tchad.  « Le Tchad est très fragile à cause de plusieurs problèmes comme l’insécurité, le fédéralisme, le bilinguisme. Les vrais problèmes du Tchad n’ont pas été débattus, du moins pas à la conférence nationale souveraine de 1993. Le cahier de charge n’a pas été mis en application », explique le politologue. Dr Évariste Ngarlem Toldé insiste sur les modifications répétitives de la constitution. C’est pour lui la base de tous les maux du Tchad. Il réitère son propos en mentionnant, « les différentes réconciliations nationales n’ont pas produit les résultats escomptés. »

Moyalbaye Nadjasna

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