mardi 28 septembre 2021

Les balayeuses des rues demandent l’amélioration de leurs conditions

Juil 16, 2021

Les femmes balayeuses des grandes artères de la ville de N’Djamena rencontrent d’énormes difficultés dans l’exercice de leur métier. Elles appellent les autorités communales de les doter de matériels de qualité pour mener à bien leur travail. Elles demandent aussi aux usagers de routes de respecter leur travail. Reportage.

Vêtues des gilets roses, inscrits sur le dossard « N’Djamena Nadif » qui signifie en arabe local N’Djamena propre. Ces femmes menues de râteaux, des balais, des pelles et des brouettes, bravent chaque jour un soleil de plomb de la capitale tchadienne pour rendre propres les grandes artères des 10 arrondissements de la ville. Souvent inconsidérées, ces braves dames âgées de 25 à 56 ans font l’objet des injures et de mépris des motocyclistes et des automobilistes. Pour la chef d’équipe des femmes balayeuses de la commune du 3e arrondissement, Mme Rachel Meldé Nansangar, le travail de nettoyage des rues est un travail risqué, mais n’est pas respecté par les usagers. « Nous, nous levons à 6h du matin pour nettoyer les rues jusqu’à 12 h. notre tâche, c’est de rendre les rues de notre capitale propre, mais on ne nous aide pas à faire correctement notre travail », dit-elle.   Cette veuve qui élève seule ses 5 enfants, affirme que ce n’est pas un travail facile, mais il faut s’accrocher. Selon elle, beaucoup de femmes qui font ce boulot le font par contrainte, parce qu’elles n’ont pas d’autre choix. Elle évoque aussi le cas des accidents dont les femmes balayeuses sont souvent victimes. « Nous travaillons pour la commune du 3e arrondissement depuis 2013, et depuis ce temps beaucoup des nôtres ont été victimes des accidents de circulations », explique Mme Rachel. Selon elle, les autorités communales devraient sensibiliser les usagers des voies publiques à respecter les femmes balayeuses des rues de la capitale.

À propos des équipements et des matériels de travail, les femmes balayeuses de la commune du 3e arrondissement demandent d’être dotées de matériels de qualités. Elles ajoutent que les balais ne sont pas de bonnes qualités et souhaitent que la mairie les dote des gants et des bottes pour se protéger contre les éventuelles infections. Toutefois, les femmes balayeuses vivent d’autres situations. Selon leur chef d’équipe qui s’exprime sous l’anonymat, les balayeuses du 6e arrondissement ont un manque criant du matériel de travail. « Nous avons plusieurs fois exprimé les besoins des matériels pour bien faire notre travail, mais les autorités de notre commune nous traînent de rendez-vous en rendez-vous. Nous sommes manqués de tout, pas assez de brouettes et de pelles-bêches, pas de gants et de panneaux de signalisation pour nous protéger contre les automobilistes », remarque la chef d’équipe. Pour ce qui concerne les salaires, elle souligne que « ce qui est aberrant, nous n’avons pas un salaire fixe, tantôt, on nous paye 55.000F CFCA, tantôt 60.000 F CFA ».

 Pour avoir le cœur net, ces dames se sont approchées des autorités de leur commune pour des explications sur leur salaire, mais en vain. Le nettoyage des voies publiques est considéré par beaucoup de Tchadiens comme un sot métier et surtout celles et ceux qui s’y adonnent sont mal vus. Pour les rares hommes qui font ce travail avec les femmes, c’est n’est pas facile. Dans la société tchadienne, voir un homme se mettre à côté d’une femme pour balayer est considéré comme une bassesse. « Je suis un infographiste de formation, j’ai obtenu mon BTS en infographie depuis 2015, j’ai cherché du travail, mais en vain et c’est ma cousine qui m’a proposé de déposer mes dossiers pour être balayeur », déclare Mbïro Joël. M. Mbaïro note qu’au début, ça n’a pas été facile pour lui d’être le seul homme parmi des femmes, mais avec le temps, il a fini par s’adapter. Toutefois, il conseille aux Tchadiens de considérer ces femmes et hommes qui se battent tous les matins avec abnégation pour rendre propres et belles les rues. En s’adressant aux autorités communales, ce dernier appelle celles-ci à réprimer certains usagers des voies publiques, surtout les motocyclistes qui sont à l’origine de beaucoup d’accidents. Sur la question de rémunération, les femmes balayeuses affirment d’une manière unanime que leurs salaires varient de 55.000 à 61.000 F CFA. Pour le recrutement, les autorités communales font une enquête auprès des délégués et des chefs de quartiers. L’administration communale s’intéresse particulièrement aux femmes veuves démunies, des filles mères et quelquefois les chômeurs.

Jules Doukoundjé

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