dimanche 26 septembre 2021

Au-delà du film « Lingui » de Mahamat Saleh

Juil 12, 2021

Donc « Ab Chanapp » (le moustachu) Mahamat Saleh Haroun (MSH) nous surprend, encore une fois. Il surprend toujours notre compatriote avec ses films qui parlent toujours de nous. Et qui parle souvent des petits bonheurs des petites gens. Et de nos grands travers. Bref, de nos misères à tous. Pauvres comme riches. Son dernier film « Lingui, les liens sacrés » est en compétition au grand Festival de Cannes pour la Palme d’or. Il semble que c’est un film qui prend par les tripes. Il nous renvoie à la face les hypocrisies de notre patriarcat. Un système essoufflé, bousculé par les temps modernes, mais qui s’accroche vaille que vaille sur des niaiseries surannées pour exister.

D’abord, « Lingui » ce troisième long métrage est une fierté pour le pays. Déjà le titre « Lingui » est évocateur. Un mot typiquement tchadien. Fièrement N’Djamenois. Il est parfaitement bien traduit en français par « Liens sacrés ». Oui « lingui » c’est sacré. Ce sont tous ces gestes du quotidien qui lient les Tchadiens les uns aux autres, qui les unissent malgré, comme disent certains, la malédiction ou le bonheur d’être Tchadien. C’est selon les jours, les heurs et les circonstances. MSH aime trop ce pays. Presque tous ces films se déroulent au Tchad. Question : quel message MSH envoie-t-il aux Tchadiens? Ialtchad tente des réponses, mais….

Que relate ce film? Il raconte une histoire dramatique rendue banale au Tchad. C’est le drame d’une mère de famille monoparentale Amina. Elle vit seule avec sa fille unique, Maria. Les deux femmes vivent quelque part dans une banlieue de la capitale, N’Djamena. Une ville qui signifie en arabe locale du pays (traduction libre) : lieu de repos, mais la vie n’a pas été de tout repos pour elles. La vie, pour elles et pour plusieurs femmes comme elles, est fragile, dure et amère. La maman Amina découvre que sa fille, Maria, adolescente est enceinte. Une grossesse que la future fille-mère n’en veut pas. Que faire? Avorté? Comment le faire dans une société où la religion condamne l’avortement? Où l’avortement est prohibé par la loi. Où le regard social, le « mauvais œil », les « mauvaises langues », comme on dit, rejettent ces adolescentes si elles accouchent ou si elles avortent. Une société qui les juges seules responsables du drame qui les assaille. Comme si donner vie ou refuser de porter seul le fardeau est une offense divine. Pire, un déshonneur aux hommes de la famille : les gardiens du patriarcat.

Ensuite, MSH, dans ce film semble-t-il nous envoie à la violence sexuelle voulue ou pas sur les femmes. Entretenu ou pas. Sciemment ou inconsciemment. Des vrais sujets de débats. MSH fait de ces sujets son combat. Et du cinéma une arme pour abattre ces interdits. Il est comme on dit, interdit t’interdire. Un laxisme sur le sujet de la violence sexuelle faites aux femmes ravage le pays. Oui c’est un énorme vrai problème au pays. Certains diront que la violence sexuelle n’est qu’une vue de l’esprit. Pire c’est la vision des « Tchadiens occidentalisés » qui veulent imposer aux autres « tchadiens, labélisés locaux locaux » les comportements et les attitudes venus d’ailleurs. Ils sont nombreux les adeptes de ces faux arguments. Eh bien non. Les violences faites aux femmes sont réelles. Il y a même plusieurs sortes de violences. Celles qui défraient les chroniques sont les violences sexuelles. L’actualité de ces derniers jours, mois et années nous le rappelle constamment : affaire Zouhoura, affaire des enfants des généraux qui kidnappent et violent une fille parce qu’ils la juge trop hautaine « achamanée » comme on dit. Ce film de MSH est une ode aux femmes de son pays. Entendre par là : au respect de la femme. Il faut que cela change. Le réalisateur par cette énième œuvre tente de souffler le vent du changement. Il a su bien le dire aux collègues de TV5 Monde, en toute modestie « je ne suis qu’un vent qui passe pour que la vie continue il faut aussi d’autres vents, des bourrasques ». Il faut donc que chacun de nous change, pour que la femme tchadienne, porteuse de vie, vive sa vie dans la bienveillance.

Enfin, ceux qui ont vu le film en projection presse disent que MSH a tenté de parler à travers ce film de l’horizon d’un possible changement. Échappe-t-on à son destin? Non. Lui MSH échappera-t-il au sien? Non. Il lui reste une chose à faire. Son pays traverse un moment des grandes incertitudes. MSH a déjà goûté à la politique pratiquée par des « politiciens » sans conviction. Il a démissionné pour repartir à ses caméras, à son « dada », le cinéma. Il est temps pour ce N’Djamenois de revenir mener un autre combat. De mettre sa notoriété au service des siens. De libérer son pays des obscures ambitions politiques des uns contre les autres. De revenir simplement faire de la politique active. Pas comme un messie, ni un prophète, mais comme fils ordinaire aimant son pays. Beaucoup des Tchadiens lui sauront gré. Lui qui les a toujours mis à l’honneur pour qu’enfin la bourrasque du changement bouleverse ce pays pour le meilleur.

La palme d’or sera décernée le samedi 17, Lingui, les liens sacrés est en lice pour le titre. Bonne chance à notre compatriote.

Bello Bakary Mana

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