mardi 28 septembre 2021

Nanga Thierry, leader sacrifié des diplômés sans emploi

Juil 04, 2021

Il est dans la lutte pour l’intégration des diplômés sans emploi depuis huit ans. Il est aujourd’hui le coordinateur du collectif des lauréats des écoles professionnelles en instance d’intégration. Qui est Nanga Thierry, ce leader engagé pour la cause de ses camarades ? Portrait.

Crâne rasé, lunette de vue claire toujours aux yeux, Nanga Thierry préside pour la énième fois la réunion du collectif des lauréats des écoles professionnelles en instance d’intégration. Voix pédagogique, d’un charisme et d’une éloquence remarquables, il coordonne les actions de ce collectif depuis 2019.

Titulaire d’un CAP/CEG obtenu à l’ex ISSED en 2010, Nanga Thierry attend toujours d’être intégré à la Fonction publique, malgré son âge. Il en a 42.  Dès l’année de l’obtention de son diplôme, l’Historien a déposé son dossier au ministère en charge de la Fonction publique. « Logiquement, le lauréat d’une école professionnelle n’a pas besoin de constituer son dossier pour l’intégration. C’est le procès-verbal et l’arrêté d’admission qu’on envoie à la Fonction publique et c’est tout », affirme sur ton posé Nanga Thierry. Malheureusement, dit-il, ce n’est plus le cas. Les lauréats déposent individuellement leurs dossiers. Et lui, il en a déposé jusqu’à six. Ce, à cause de « la négligence des bureaucrates de la Fonction publique qui perdent la trace des dossiers à tout temps », fait-il savoir.

L’intégration tarde à se concrétiser. Pour se prendre en charge, ce père de famille de trois enfants se rabat sur la vacation dans les établissements privés. « Là même c’est du pur esclavagisme », crie-t-il. Selon ses explications, les rémunérations dans ces établissements ne permettent pas de mener une vie digne. « Imagine on te paye 500F l’heure pour plus ou moins dix heures par semaine. À la fin du mois, tu te retrouves avec ce qui te permet de payer juste le loyer », dit-il, ému. Pour lui, dans ces conditions, ce n’est plus une vie, mais « une survie ». Pendant les vacances, il dépose les craies et prend la truelle. Nanga est aussi ouvrier dans le chantier de construction. Pendant cette période morte, il part à la recherche des travaux de construction. « Voilà comment je fais pour nourrir ma famille depuis 2010. C’est ça la vie que je mène », conclut-il, dans un demi-sourire.

En 2013, il s’engage dans la lutte pour l’intégration des diplômés en instance d’intégration. Il dirige un premier bureau. Puis un deuxième. Maintenant il en est à son quatrième. « Au départ c’était pour la cause de tous les diplômés. Mais les camarades se laissaient faire. C’est ainsi que je me suis retiré pour créer un autre collectif pour défendre la cause des lauréats des écoles professionnelles en 2016 », rapporte-t-il.

Dès lors, c’est un sacrifice. Pression sur pression, Thierry tient toujours. Certains de ses camarades de lutte sont intégrés. Mais pas lui. Aujourd’hui il a dépassé l’âge limite pour une intégration régulière. Il lui faut une intégration à titre exceptionnel. « Je suis juste une victime de mon engagement », estime-t-il. Car, soutient-il, les autorités avec lesquelles il était confronté savent qu’il est un « dur à cuir ». Et elles ont décidé de « me brimer », lâche-t-il.

Malgré tout, Nanga Thierry se dit fier du combat qu’il mène. « Grâce aux actions des bureaux que j’ai dirigés, certains camarades sont intégrés. Même si moi je suis toujours écarté, je suis fier », exprime-t-il. Son dernier combat qu’il veut mener s’il arrive à être intégré, c’est de poursuivre l’État en Justice. « Je vais tenter de le faire pour l’injustice qu’il m’a fait subir », laisse-t-il entendre.

Christian Allahadjim

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