dimanche 13 juin 2021

« Maladies oculaires, il faut une consultation précoce »

Jui 03, 2021

Aujourd’hui, les problèmes de la vue sont très fréquents. Ils sont liés aux maladies oculaires. Ces maladies peuvent causer de déficit visuel grave si elles ne sont pas dépistées à temps. La population n’a pas d’informations exactes sur les dangers liés au problème de la vue sans la correction. Ialtchad Presse a abordé la question avec le Docteur Mahamat Dicko, Médecin Ophtalmologiste à l’Hôpital Général de Référence Nationale(HGRN). Ialtchad Presse vous propose une entrevue après une une série de 2 reportages.

Quelles sont les maladies qui affectent notre vision ? Ya-t-il de statistiques au Tchad? 

En sciences, pour aborder un sujet, il faut les statistiques. Il faut savoir que 80% de la population mondiale, « je parle de mondiale parce qu’on n’a pas de statistique au niveau local. Aucune étude n’a été menée au Tchad concernant le problème de la vue lié à la correction.» Sur le plan mondial, 80% de la population est porteuse de l’amétropie. Quand on prend la myopie qui est le chef de file de ces maladies, elle tient la première place et, 50% de la population mondiale sera myope à d’ici l’an 2050. S’agissant des maladies imputables aux corrections, elles sont nombreuses. Mais les principales sont les amétropies stérides : la myopie, l’hypermétropie, l’astigmatisme et la presbytie.

Quel est l’impact économique lié à ces maladies ?

Il faut savoir que 33% de la population mondiale active est amétrope (problème de vue lié à la correction). 27% de conducteurs à un problème de vue. Ce qui fait que le coût au niveau des accidents de la voie publique, 60% sont liés au problème de lunettes. Cela peut avoir un impact important sur la productivité. Dans le monde, les dépenses engendrées rien que pour pallier ce problème représentent 270 milliards de dollars par an. C’est le lieu d’alerter les autorités publiques tchadiennes en tant que décideurs politiques afin de pouvoir prendre des mesures, organiser des sensibilisations et demander à la population de se faire consulter pour régler ce problème.  

Quelles sont les causes de ces maladies ?

Les causes sont nombreuses. Mais retenons les deux principales causes : l’hérédité et l’environnement. Si on prend la myopie par exemple, elle est causée le plus souvent par une question d’hérédité. Si un enfant à un des parents qui est myope, il a 50% de chances de devenir myope. Si les deux parents sont myopes, ce pourcentage probable de faire la myopie est multiplié par trois. Il y a ensuite l’environnement. Les études ont montré que dans les zones industrialisées, il y a une forte prévalence de la myopie par rapport  aux zones rurales. Les enfants enfermés dans les maisons développent plus de myopie plus que ceux qui passent beaucoup de temps à l’extérieur de la maison.

Comment savoir qu’on a un anomalie de vision?

La réponse qui s’impose c’est la consultation. Et malheureusement, comme je vous ai dit, 80% de la population mondiale est myope. Et ce n’est qu’hétérogène, cela veut dire que la répartition n’est pas cohérente. Par exemple les gens qui ont le problème de la vision qui ampute seulement 10% de leur vision, s’ils ne sont pas dans les activités qui nécessitent une vision minutieuse, telles que l’enseignement : les élèves et étudiants peuvent facilement constater qu’ils ont un problème de vue. Lorsqu’un enfant à l’école derrière tout le monde et qui ne voit pas le tableau, il se déplace, ses camarades le constatent. Même chose pour l’enseignant qui a tout le temps une activité de vision de loin comme la vision de près, en corrigeant les copies peut facilement constater qu’il a un problème de vision. Un cultivateur ou un paysan qui laboure ne se rend pas vite compte sauf si cela est profond.

Les tchadiens portent les lunettes correctrices à leur guise. Que dites-vous en tant qu’ophtalmologiste?

Vous savez, les lunettes sont un instrument permettant de pallier les défauts visuels ou de protéger les yeux. Mais allez se procurer les verres dans la rue, c’est une très mauvaise habitude sinon un danger. Le problème qui concerne la vision doit d’abord passer par une consultation. Le médecin ophtalmologiste doit prescrire une ordonnance de lunettes avec tous les renseignements retrouvés chez le patient. C’est alors que la consultation qui détermine le degré du verre qu’un opticien pourra le lui confectionner.

Les tchadiens n’ont pas une culture de lunettes. La majorité des femmes par exemple ont de problème de la vision mais refuse de porter les lunettes. Les problèmes profonds de la vision ne peuvent qu’être corrigés que par des lunettes. Au Tchad, qui dit problème de correction dit problème des verres. Il y a les verres, les lentilles de contacts, la chirurgie rétractile qui entrent dans le traitement de ces pathologies d’ordre correctionnel

Pourquoi on n’a pas cet arsenal thérapeutique?

Mais ici au Tchad on n’a pas cet arsenal thérapeutique, on a que les lunettes correctrices mais qui peuvent également résoudre ce problème. Cependant, les lentilles de contact et la chirurgie rétractile ne sont pas pour le moment au niveau de service technique ophtalmologique tchadien. Alors il faut que la population consulte les ophtalmologues au moindre signe visuel pour recevoir conseils adaptés au port des lunettes correctrices.

Le traitement se fait seulement par le port de lunettes ou existe-t-il d’autres produits ?

Grosso modo, les lunettes correctrices sont recommandées pour le moment au Tchad comme instrument de traitements proposés pour le problème liés à la correction. Toutefois, il y aussi les verres correcteurs et la chirurgie refractile. En Europe et en occident, certaines personnes refusent les verres correcteurs. Ils voient un chirurgien refractile qui va leur proposer la chirurgie qui les corrige pour toujours. Les lentilles ne sont pas adaptées à nos climats avec un environnement poussiéreux et chaleur. Ce sont des conditions qui ne sont pas favorables au port de lentilles ici au Tchad. Ceux qui ont essayé ont eu des infections au niveau de corneille. Ce sont des patients qui ont un niveau intellectuel un peu élevé qui le porte et en font très attention à l’entretien. Nous conseillons plus l’utilisation des lunettes correctrices et accessibles à tout le monde.

Conseils à la population ?

D’abord, il y a beaucoup des idées reçues qui sont là. « J’ai reçu beaucoup de patients qui disent : Dr les lunettes on nous dit avec le temps ça détruit l’œil, créer une atrophie au niveau du globe. Il y a ceci et cela ». Ailleurs dans d’autres pays, mêmes les gens qui n’ont pas problèmes de correction, voient les ophtalmologues pour prendre de conseils pour mieux protéger leurs yeux. Aujourd’hui, tout le monde est planté devant les écrans : smart phones, tablettes, téléviseurs, ordinateurs. Ces appareils dégagent la lumière bleue très nocive pour l’œil. Ce sont là des raisons fondées pour se rendre chez un ophtalmologiste, rien que pour chercher des conseils sur l’acquisition des lunettes anti reflet. Les lunettes en général c’est très bien pour l’œil. Les bonnes lunettes n’ont que de bénéfices pour l’œil.

Combien de patients en moyenne recevez-vous par jour?

Je n’ai pas fait le cumul par mois ou par jour. Mais je suis à l’HGRN. On est trois ophtalmologistes et chacun a ses jours de consultation. J’ai deux jours de consultations dans une semaine et je limité à 15 patients. Je fais ça parce qu’au niveau diagnostic lors qu’on en fait trop, ce n’est pas rentable en termes de résultats. Il n’y a pas assez d’ophtalmologues au Tchad. Ce dernier temps, oculaire on a le devoir de sensibilisation. A chaque fois qu’on reçoit un patient, on prodigue des conseils sur des conduites à tenir. Cela porte de fruit, car un nombre assez important de personnes viennent se faire consulter. C’est encourageant. Il y a tellement de choses que les gens racontent sur les verres qui ne sont pas vraies. Les bonnes informations ne peuvent être trouvées qu’auprès des ophtalmologues.

Que vous inspirent les caravanes ophtalmologiques qui se font chaque année au Tchad ?

Ces caravanes sont organisées et pilotées par un programme au sein du ministère de la Santé Publique, appelé le Programme national de lutte contre la cécité. Il s’occupe de la politique de santé oculaire. Elles se font plus dans les zones périphériques et des provinces afin de traiter les démunis.  Mais le PNLC peut solliciter à tout moment l’intervention des médecins ophtalmologistes.

Propos recueilli par Moyalbaye Nadjasna

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