dimanche 13 juin 2021

Djangbeye H. Rebecca, femme et cheffe de canton

Jui 01, 2021

Les chefferies traditionnelles sont chargées de la prévention et du règlement des conflits dans leur terroir. Elles sont aussi gardiennes des us et coutumes. Elles jouent un rôle important dans le maintien de la paix sociale dans les milieux ruraux. Elles sont souvent la chasse gardée des hommes. Mais au département de la Tandjilé, centre, province de la Tandjilé, une femme est cheffe traditionnelle. Elle s’appelle Djangbeye Habdekebeng Rebecca. Qui est-elle ? comment exerce-t-elle cette fonction ? Portrait d’une cheffe hors du commun.

Teint noir, collier au cou, simple, affable dans sa robe africaine, Djangbeye Habdekebeng Rebecca, la soixantaine est la fille de feu chef de canton du département de la Tandjilé centre Sa Majesté Djangbeye Malloum décédé le, 14 janvier 2014. Ingénieure de formation, spécialité Génie rural, Djangbeye Habdekebeng Rebecca est l’actuelle Chef de canton du département de la Tandjilé centre, province de la Tandjilé. Elle est aussi responsable du développement social-genre du Programme interdépartemental d’adaptation au Changement climatique PIDAC. « Lorsque mon père sentait sa mort, il m’a légué le pouvoir.  Il y a moi et mon petit frère. Mon petit frère a bien voulu que je prenne le pouvoir et c’est depuis 2014 que j’exerce. Je suis en fonction depuis 6 ans », dit-elle. Majestée Djangbeye Habdekebeng est l’aînée d’une famille de dix enfants. « En ce moment, on est six en vie dont quatre filles et deux garçons », précise-t-elle. Selon elle, le pouvoir n’est pas seulement l’apanage des hommes. D’après elle, la question de sexe n’est pas un obstacle. « Il n’y a pas un texte qui dit que tel ou tel pouvoir n’est que pour les hommes. Mon papa a vu en moi quelque chose et ce n’est pas fortuit qu’il a légué le pouvoir à sa fille, à moi, bien qu’il a des garçons. J’ai accepté cette responsabilité. J’ai pris le pouvoir et je l’assume jusque-là. En fait, il n’y a pas un travail qui ne peut concerner que les hommes. Les femmes et les hommes sont égaux ».

La chef de canton du département de la Tandjilé centre relève que les difficultés et les préjugés sont les propres de nos sociétés, surtout lorsqu’on est une femme. Mais dit-elle, quand on est devant une situation, on est obligé de s’y mettre avec conviction. Elle rajoute qu’un adage dit, vouloir c’est pouvoir. « Il ne faut jamais avoir peur d’écouter les préjugés et les critiques. Ce sont des obstacles du progrès dans la vie. Il faut affronter la vie en face. Ce que les autres font, je me mets à leur place pour le faire. Point », signifie-t-elle.  Lors de ma nomination poursuit-elle, c’était étonnant pour tout le monde.  Pour elle, jusqu’à présent beaucoup de Tchadiens ne savent pas qu’il y a une femme cheffe de canton au Tchad. Sa majesté rappelle qu’à la première conférence nationale des chefferies traditionnelles quand elle s’était présentée, il y avait des murmures lourds dans son dos, mais elle a fait fi de cela et à assumer ses responsabilités jusqu’à la fin des travaux. « Je me souviens encore, comme hier, de ce moment-là, deux chefs de cantons se sont levés pour dire non, encourageons notre sœur. C’est historique pour le Tchad. Il ne faut pas murmurer. Maintenant, tout le monde est autour de moi pour m’encadrer et m’encourager, c’est un plus », dit-elle émue.  Sa majesté Djangbeye Habdekebeng Rebecca, indique qu’il y a encore des machos de certains villages qui essayent de contester son autorité, « je les remets à leur place. Ma force provient du soutien de ma population ».

« Je déteste l’hypocrisie, je ne la tolère pas »

Djangbeye Habdekebeng Rebecca gère ses deux fonctions, qu’il s’agisse du chef de canton ou de la responsable du développement social-genre du PIDAC. L’ingénieure en Génie Rural se montre très pragmatique. « Je sensibilise ma population sur l’unité qui fait la force, capable de braver de toutes les difficultés. Ce qui me marque depuis six ans c’est la collaboration avec ma famille et le peuple de mon terroir autour de moi. Mes chefs de villages me respectent, ma population aussi. Lors de nos réunions, on discute très cordialement sur toutes les questions et on trouve toujours de solutions », affirme-t-elle.

La cheffe affirme que c’est le courage et la grâce de Dieu qui la guident en ce moment. Elle dit avoir en horreur l’hypocrisie et rajoute « je suis toujours impartiale sur la question du règlement des conflits ».  Selon la dépositaire des us et coutume de la Tandjilé centre affirme que pour être bon leader, il ne faut pas tenir compte des « on dits ». « Je tranche les conflits sur la base des faits réels et d’une manière claire et véridique », insiste-t-elle.

Pour cette dignitaire traditionnelle, le Tchad en ce moment est en phase de transition et la 2e conférence des chefs traditionnels est arrivée à un bon moment. Ces réflexions fondues en une idée commune nous serviront pour le dialogue inclusif qui se pointe à l’horizon, conclut-elle.

Moyalbaye Nadjasna

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