dimanche 26 septembre 2021

Djaili Amadou Amal, « le premier mari de la femme c’est son diplôme »

Mai 22, 2021

Dans une interview accordée à Ialtchad Presse, l’écrivaine camerounaise Djaili Amadou Amal, lauréate du prix Goncourt des lycéens 2020, décline son identité et retrace le chemin de sa victoire littéraire. Entrevue.

Qui est Djaili Amadou Amal?

Je suis écrivaine, camerounaise et lauréate du prix concours des lycéens 2020. Je suis venue qu’aujourd’hui à Ndjamena pour présenter mon roman intitulé « Les Impatientes » publié au Cameroun sous le titre de Mougnal, la patience.

Quelle a été votre réaction lorsque vous avez été déclarée gagnante du prix littéraire du concours lycéen?

Vous savez durant tout le pré concours a été un processus. Il y a d’abord eu une présélection sortie en septembre et j’étais la seule africaine sur la liste mais aussi la première fois qu’un africain est sur la liste du Goncourt. Ce n’était plus moi seule mais je me suis dit c’est notre Goncourt. Et on peut être fier de nous lorsqu’on arrive jusqu’en finale. Je suis une preuve vivante que la littérature africaine qui est une littérature de qualité quand bien même que nous n’avons pas assez de moyens. Mais nous sommes honorés en termes de qualité et il faut qu’on continue à écrire. Nos gouvernements doivent avoir une vraie politique du livre. Avoir des imprimeurs, des vraies maisons d’édition, un vrai circuit du livre, des libraires en Afrique centrale, on n’a pas encore ce dispositif. Et cela freine la distribution des livres et sa disponibilité. Partout en Afrique on continue de dire que les africains ne lisent pas. Mais comment voulez-vous qu’on lise si on n’a pas de livre sur le terrain. Surtout en zone CEMAC, pour faire rentrer les livres au Tchad ça a été très compliqué. Or les livres devraient circuler librement et être moins chers pour que nos enfants puissent se les procurer. Ça ne doit pas être un produit de luxe mais de première nécessité.

Un mot sur les valeurs peules

La communauté Peule est une communauté très chaleureuse. L’association international des peuls Tabital Poulaaku a toujours encouragé tous les peuls et ceux qui se démarquent positivement. Ce prix-là, il est d’abord africain mais aussi la fierté de tous les Peuls. Nous avons de valeurs très nobles, de fraternité, d’accueil, de pudeur, de patience, de dignité, de maitrise de soi, du don positif de soi et des autres.

Qu’est-ce qui a joué à votre faveur pour rempoter ce prix?

La sensibilité, l’authenticité du texte et la gravité du sujet, mais peut-être la simplicité aussi. Mais dans tous les cas, les lycéens ont beaucoup aimé le livre et la preuve est que dans d’autres pays aussi nous avons gagné le choix du concours de la Tunisie, la Serbie de Royaume Uni

Les impatiences, est-ce une autobiographie?

Ce n’est pas vraiment une autobiographie, mais mon livre est inspiré de la réalité mais aussi de ma propre histoire et celle des autres.

Qu’est-ce que vous mettez en exergue dans votre roman?

Un message particulier, il faut que les femmes connaissent leur place, savoir identifier leurs problèmes et apporter des solutions pour que le monde change afin d’arrêter les violences faites aux femmes.

Quel message entendez-vous passer aux jeunes lycéens que vous avez côtoyés pendant votre séjour au Tchad?

C’est l’Institut français au Tchad IFT qui m’a invité. J’ai eu ensuite une rencontre avec les lycéens et collégiens au CEFOD. C’était juste un appel à une prise de conscience sur la situation de la femme et de la jeune fille. Comment prévenir les violences faites aux femmes. Le premier mari de la femme, c’est son diplôme.

Vous venez de dire que vous êtes invitée par IFT, comment appréciez-vous votre séjour au Tchad?

J’ai répondu tout de suite oui à l’invitation parce que c’est d’abord un pays voisin et frère. Je me sens chez moi et cela me fait vraiment plaisir. Je ne regrette pas du tout d’être là. Mes livres sont désormais disponibles à la librairie la Source. Certains lycées les ont déjà achetés pour leur bibliothèque. J’espère que les jeunes filles voudraient bien me prendre comme un modèle positif. Une fille peut avoir des rêves et peut bien les réaliser.

Quel plaidoyer pouvez-vous faire des femmes ou filles victimes des violences ?

Je dirai aux parents de ne pas envoyer leurs petites filles en mariage trop jeunes. Elles risquent de revenir à leur charge. Laisser les filles continuer leurs études, les prévenir de toutes formes de violences. Je propose beaucoup de sensibilisation et de causeries éducatives au Tchad pour faire passer le message. Pour les jeunes filles, je pense que nous avons reçu une éducation à respecter nos ainés et les parents. Ce sont des très grandes valeurs. On doit les conserver, instaurer le dialogue avec les parents. Et ça ira pour le mieux. A l’État, je crois que des lois existent déjà au Cameroun comme au Tchad. Le mariage est fixé à la majorité qui est de 18 ans. Il faut que sur le terrain, cette loi soit appliquée et que l’État ne doit pas tout permettre. C’est à cause de l’impunité qu’il y a beaucoup de victimes.

Propos recueillis par Moyalbaye Nadjasna

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