samedi 12 juin 2021

L’alcool frelaté ravage les jeunes

Déc 13, 2020

Appelées Kitoko, Johnny, Score, Lion d'or, Pastis, l’alcool frelaté inondent les marchés de N’Djamena malgré l’interdiction. Et les jeunes sont de plus en plus accroc avec des conséquences néfastes. Reportage.

Une boisson frelatée est une boisson distillée de façon illégale et par conséquent dans les conditions non particulières, a défini Dr Adama Dar Blague, médecin à la Clinique Melina. Au Tchad, la production et la vente de cette boisson sont interdites. Mais elles sont importées de manière frauduleuse et livrées à la consommation sur les différents marchés, coins et recoins de la capitale, N’Djamena. 

Emballées dans des petits sachets, il y a plusieurs marques avec des noms comme Kitoko, Johnny, Lion d’or, Tir, Score etc. Des boissons prisées par les jeunes n’djamenois. Le soir, au carrefour ou dans des endroits spéciaux, des jeunes se livrent à la consommation de ces boissons frelatées. Les prix varient de 50 à 100 francs CFA. Les jeunes les préfèrent à d’autres boissons conventionnellement produites.

Diverses raisons  

Alex est un fidèle consommateur de ces boissons alcoolisées. Il justifie son choix, « je préfère consommer cette boisson comparée à la bière. Il est moins cher et plus efficace. Avec deux sachets qui coûtent seulement 300 F, je me saoule, mais la bière je dois utiliser plus de 5 000 f », dit-il.

Modjingar Frédéric, 13 ans seulement, est un grand consommateur de ces produits prohibés. Il a suivi des amis et depuis lors il est accro, « mes amis en consommaient. Moi aussi j’ai essayé et suis devenu consommateur. Aujourd’hui je ne peux pas m’en passer », avoue-t-il.

Pour d’autres, ces boissons leur permettent de surmonter leurs problèmes. Un consommateur qui requiert l'anonymat dit que ces boissons lui font oublier un tant soit peu ses soucis. « Quand j'ai des problèmes que je n’arrive pas à résoudre, je prends 5 sachets et je dors tranquillement », dit-il.

Les ex-consommateurs reconvertis

Après plusieurs années de consommation, certains décident d'arrêter. « Je prenais plus de 5 sachets par jour. Après quelques années de consommation, j'étais tombé gravement malade. J'ai été opéré suite au gastrique. Depuis ma sortie de l'hôpital, je n'ai plus repris mes anciennes habitudes. Je me sens maintenant en bonne forme » témoigne l’ex-consommateur.

« J’étais devenu consommateur des boissons frelatées à mon jeune âge. Mais en grandissant, j'ai compris que ce n'est pas bien pour moi. J'ai décidé arrêter », dit un autre.

Vendeurs malgré l’interdiction

La vente de ces boissons est interdite au pays. Mais les vendeurs arrivent à importer. Mme Solange, une veuve, mère de 4 enfants, exerce ce commerce illégal depuis 6 ans. Elle dit être au courant de l’interdiction d’importer ces produits. « Après la mort de mon mari, c'est le seul moyen que j’ai trouvé pour subvenir aux besoins de mes enfants et de moi-même », affirme-t-elle. Grossiste, elle se ravitaille depuis la ville de Kousseri au Cameroun avec toutes les tracasseries possibles pour livrer aux détaillants. « Le sachet de 100 f, je vends la douzaine à 2 000 f et celui de 50 f à 1 500 f ».

Diplômé en sciences exactes, Elias devient, après plusieurs années de chômage, vendeur des boissons frelatées. Il s’est aménagé un coin spécial avec des bancs disposés dans un kiosque pour accueillir ses clients. Dans une bassine remplie d’eau, il fait diminuer la température de ces boissons frelatées. L’endroit ne désemplit pas en soirée. « Après avoir fini mes études en licence, j'ai cherché du travail pendant 2 ans sans en obtenir. Alors j'ai commencé à vendre ces boissons. Je paie mon loyer et j'arrive à me nourrir, m’habiller et courir mes petits besoins », dit le jeune homme. Malgré l’interdiction, il continue son commerce avec tous ses risques. Il arrive que des agents de la Police municipale fassent de contrôle et les réprimandent sévèrement en confisquant toutes leurs marchandises avec des amendes.

Selon Dr Adama Dar Blagué, médecin généraliste, ces substances exercent un effet analgésique. Elles soulagent temporairement la douleur, mais n'éliminent pas la cause. Elles entraînent aussi un effet anesthésique, elle supprime la sensation de la douleur lors de la consommation. Et masquent ainsi la douleur. Aussi ces produits « stimulent la muqueuse gastrique qui produit davantage de l'acide gastrique et celui-ci entraîne une détérioration de la muqueuse gastrique qui va se manifester plus tard par des douleurs de l'estomac, des nausées et des vomissements ».

Selon Dr Adama, la consommation de ces produits est nuisible. Ils produisent d’autres problèmes de santé publique tel le vagabondage sexuel, qui fini par des grossesses indésirées et des infections au VIH Sida, infections. Et même des maladies mentales.

Pour éviter tous ces maux, elle conseille au pouvoir public de mener une compagne plus agressive d’interdiction. Et de sensibiliser les jeunes sur les conséquences néfastes de ces produits.

Orthom L’Or

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