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Euqsam est « un manifeste de la résilience », Kaar Kaas Sonn

Written by  Sep 17, 2020

L'artiste musicien et poète tchadien, Flavien Kobdigué alias Kaar Kaas Sonn, a annoncé la sortie de son nouvel album intitulé Euqsam, masque à l'envers. Dans une interview accordée à Ialtchad, il parle de ce neuvième album, de la pandémie de Covid-19 et du confinement ainsi que de ses projets.

Bonjour Kaar Kaas Sonn, vous allez bien ? Votre actualité musicale semble bien se porter avec ce nouveau mot et nouvel album Euqsam ? Qu’est-ce que cela signifie ?

Bonjour et merci de me donner la parole. Je vais bien. Avant tout, je tiens à vous remercier et, particulièrement, à vous féliciter d’avoir remis au goût du jour l’un des ancêtres des médias tchadiens en ligne.

Mon actualité musicale c’est la sortie de mon album Euqsam (masque, à l’envers). J’avais démarré un projet de disque avec Djim Radé, mais Monsieur Corona est passé par là et a fait tout stopper. Cloitré dans ma maison, après le télétravail et la lecture, j’avais écrit un texte, je me suis mis sur l’ordinateur. Tous les soirs, les applaudissements aux soignants et la promenade de ma chienne étaient autant de virgules de respiration, de répit… Et je me remettais devant l’ordinateur, à enregistrer un, puis deux, puis trois, quatre morceaux. Et l’écriture plus précise de quelques textes m’a donné envie de poursuivre. J’ai aussi fait régulièrement des concerts confinés depuis chez moi, histoire de communier avec les mélomanes et partager ces moments dont la lourdeur était accentuée par les chiffres quotidiens de malades et de décès du Covid19 égrenés dans les médias. Je me suis fait homme-orchestre, à jouer de la guitare, du piano, de la basse… et à faire le chant. Euqsam est ainsi conçu et a vu le jour.

Vous avez annoncé, via votre compte Twitter, la sortie prochaine de votre nouvel album. Parlez-nous un peu de cet album ?

Il fallait affronter le confinement, le bagne planétaire n’était pas acceptable. Il fallait bouger, porter l’obsession de la vérité et porter la lumière sur cette obscurité jetée sur le monde. Quelques notes de musique, cela suffit pour le dire, il n’en fallait pas plus. Ces quelques notes, c’est ma participation, mon message pour dire que la vie doit se poursuivre, la liberté doit triompher. La crise sanitaire nous met face à la réalité que nous nous efforcions de ne pas regarder. Les hommes en société ne sont pas qu’une juxtaposition d’individus indépendants, nous sommes un corps social interdépendant. Cette crise devrait nous inspirer à considérer, à l’instar du climat, que nous ne nous en sortirons pas individuellement, chacun dans son coin, mais tous ensemble. Au lieu de cela, nous assistons à un « coronationalisme » incompréhensible, cela n’est pas admissible.

Quels sont les sujets qui y sont évoqués ? 

Les différentes chansons font état de cette situation de notre monde. L’amour des uns et des autres ne doit pas laisser place à l’intérêt égoïste, refusons d’être des aveugles volontaires. Comme ces attaques contre les chevaux, ces chefs d’État qui s’autocongratulent alors qu’ils ont échoué sur toute la ligne –il n’est que de voir comment vivent leurs peuples !

J’essaie de dire que l’amour est plus fort, c’est le plus important !

Comment avez-vous vécu la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19 ? Le confinement vous a-t-il été bénéfique ?

Pour quelqu’un qui a subi la guerre, la violence et la dictature comme moi, il y a la perte de la liberté, cette sorte de servitude volontaire à abdiquer et à laisser libre champ aux politiques de tester un peu n’importe quoi. Mais j’avais pris la chose avec pudeur. C’est un avantage que donne la souffrance endurée au Tchad, de considérer cette épreuve avec flegme et philosophie. L’album est un acte de survie, un acte de rébellion contre l’enfermement, un manifeste de la résilience. De ce point de vue, il est bénéfique. Je n’ai pas cherché à trop le polir. Il fallait qu’il garde toutes ses aspérités, et celles et ceux qui avaient suivi et partagé ces moments s’y reconnaîtront.

Quels sont vos projets à court et long terme ?

Il y a le projet initial avec Djim Radé qui va reprendre. Je souhaite qu’il aboutisse d’ici fin 2021. Nous en reparlerons.

Entrevue réalisée par Maurice Ngonn Lokar