jeudi 16 septembre 2021

N’Djaména-Kélo, le trajet de la tourmente

Sep 15, 2020

Il n’est pas aisé de voyager ces derniers temps vers le sud du Tchad. En cause, la dégradation avancée de la route nationale. Elle tourmente les voyageurs. Reportage.

« C’est quand l’enfant voyage qu’il se rend compte que voyager est bien fatigant et rempli d’obstacles », dit une maxime Gor, peuple de la région de Kouh Est. Ceux qui ont l’habitude de voyager sur l’axe N’Djaména-Kélo comprendront tout le sens de cette parabole. Ce trajet, long de 415Km, est un cauchemar sinon un véritable calvaire pour les voyageurs. Rien qu’à penser à l’état de la route peut déjà décourager tout voyageur.

Ce jeudi 10 septembre 2020, le troisième bus d’une des grandes agences de voyages s’apprête à quitter la capitale en direction de Sarh, une ville située à 284Km de N’Djamena. À l’intérieur, hommes, femmes et enfants, cache-nez à la bouche, sont embarqués. Pandémie du Covid-19 oblige. C’est la seule mesure de prévention respectée par les agences de voyages. La distanciation sociale n’est qu’un lointain souvenir.

À 7h 18mn, le départ pour ce long et pénible voyage est donné. Sur les sièges arrière, Rebecca et son grand-frère prennent place. Un siège vide sépare les deux dames ayant chacune un gosse. Causeries, rires, coups de fil donnent une ambiance bon enfant dans le bus. L’allure au départ de N’Djamena jusqu’à La Loumia, localité située à 60 km de la capitale, malgré les dos d’âne et des nids-de-poule qui faisaient ralentir de temps à autre le bus, laissait croire que le trajet sera vite parcouru. Ce sont ceux qui empruntent cet axe pour leur première fois qui pensent ainsi. Les avertis savent à quoi la suite ressemble. Ils prédisent souvent l’heure approximative à laquelle le bus arrive à destination. Rebecca et son grand-frère n’ont pas le temps de profiter longtemps du confort qu’offre le bus. Déjà, à la sortie de la commune de La Loumia, des secousses violentes se font sentir. Nids-de-poule, creux, les bus et véhicules sont obligés de serpenter en slalomant à vive allure. Il faut avoir l’estomac solide. Rien que pour 150 km, il a fallu 4heures de route pour que Rebecca et les autres voyageurs arrivent à Guelendeng. Trajet qui, auparavant, se faisait en moins de deux heures.   

L’axe Guelendeng-Bongor est distant de 75Km. Une autre paire de manches. Sur presque 20 km, la route de sortie de la ville de Guelendeng est agréable à carrosser. Elle fait vite oublier le calvaire du tronçon N’Djaména-Guelendeng. Le chauffeur étale toute sa performance, les passagers commencent à prendre leurs aises, mais très vite, les secousses et les slaloms reprennent de plus belle.

À 20 km de la ville de Bongor, c’est la zone de sautillement. « Je veux vomir », lance la voisine de Rebecca qui ne supporte pas ces petits sauts en continu. « Il me faut trouver un autre siège un peu devant », dit-elle. Arrivée à Bongor, Rebecca craque, « je suis déjà fatiguée. J’espère que la suite sera moins zigzagante ».  Son grand-frère, un habitué de ce trajet, l’observe en souriant. Une petite pause dans cette ville a permis aux voyageurs épuisés, de descendre se dégourdir les jambes, de se rafraichir et de s’alimenter comme pour alourdir leurs estomacs torturés par les secousses et les slalomes.

Le bus reprend son parcours entre de Bongor vers Kélo, long de 190Km. Il faut 4heures de route. C’est le tronçon de l’impossible. L’état de la route est inquiétant. Presque tout le parcours est jalonné des creux remplis d’eau des pluies, la boue, l’asphalte (goudron) dégradé tapissent la route comme des morceaux de galettes posés avec attention… Pour éviter d’amortir leurs bus, les chauffeurs roulent presque au ralentie. « C’est fatiguant. Lorsque tu fais un aller-retour sur cet axe, l’agence donne une journée de repos », dit le chauffeur, agrippé à son volant.

Dans le bus, les voyageurs ont le regard vide, hagard. Ils ont hâte d’arriver à Kélo. Ils jettent péniblement leurs regards pour voir la plaque qui annonce cette ville soulage. Parce que la ville de Kélo indique la fin du calvaire routier. Il est presque 18heures, Rebecca et ses compagnons voient apparaître la plaque Kélo. C’est la fin du calvaire. « Enfin nous sommes arrivés. Nous allons maintenant embarquer sur un tapis », lance le grand-frère à Rebecca. Au revoir les sautillements, les zigzags, les creux, le trajet de la mort. Près de 11 heures d’horloge pour parcourir 415Km, soit 41,5km par heure. Le voyage continue. 

Kélo-Koumra, le trajet du plaisir

De Kélo en passant par Moundou, Doba et Koumra jusqu’à Sarh, les chauffeurs prennent plaisir à rouler. Les voyageurs, quant à eux, profitent du confort dans les bus pour dormir et combattre ainsi la fatigue du difficile axe N’Djaména-Kélo. De Kélo à Koumra, destination de Rebecca, le bus a roulé 3 heures de temps pour 275Km. Pourtant N’Djaména-Bongor fait 225, mais il faut rouler pour près de six heures.

Arrivée à destination, Rebecca, prend un grand souffle, s’étire et dit, « l’État doit envisager la reconstruction de l’axe N’Djamena-Kélo. Sinon il y aura des catastrophes terribles ». La ville respire la verdure. Les habitants vaguent à leurs occupations dans une ambiance provinciale.

Christian Allahdjim  

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