dimanche 13 juin 2021

Maréchale Hinda Deby Itno

Aoû 13, 2020

Depuis la polémique sur le contrat de sa Fondation Grand Cœur (FGC) alors que la pandémie de la Covid-19 faisait rage au pays, la Première Dame Hinda Deby Itno a disparu des radars médiatiques tellement les critiques étaient virulentes. Elle est réapparue scintillante de joie lors de l’élévation à la dignité de maréchal de son époux, le Président Deby Itno. En direct à la télévision nationale, les Tchadiens ont vu sa joyeuse complicité avec Le Maréchal du Tchad. Portrait d’une Première Dame ambitieuse, joyeuse et qui bouscule une des règles fondamentales du patriarcat tchadien, le « soit belle, silencieuse et invisible ».

Naissance et famille

1979, la capitale tchadienne, N’Djaména est ébranlée par les premières secousses du début de la guerre civile des années 1980. Un an plus tard, le 02 avril 1980 à N’Djaména naît une fille au destin singulier. Ses parents choisissent de la prénommée Hinda. Un prénom qui, dans plusieurs civilisations humaines, veut dire la « perfection ». La Première Dame est née sous le ciel tchadien assombri par les querelles fratricides de la guerre des années 80. Son destin l’a porté jusqu’à la rencontre d’un acteur important de cette période et qui est devenu Président.

Fille de famille de classe moyenne supérieure, elle est issue d’une fratrie de 9 enfants. Fille de Mahamat Abdelrahim Acyl, brillant élève au primaire selon son vieux enseignant M. N’gardoum, ex-haut cadre au Ministère des Finances et de l’Économie de l’époque et diplomate qui a été tour à tour ministre du Conseil Supérieur Militaire (CSM), agent de l’Agence américaine pour le Développement International (USAID), puis du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) et de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) jusqu’à sa retraite en 1996. Puis son retour aux affaires comme Ambassadeur au Soudan et en Côte-D’ivoire. Hinda aime le social et socialise avec tout le quartier Klémat où elle grandit dans la modeste demeure familiale. D’où tient-elle cette facilité à socialiser ? D’où cela lui vient-il ? S’interrogent souvent les Tchadiens et les étrangers. Il coule dans ses veines avec une maman, Mariam Abdelrahim, cadre à la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNPS). Elle le tient de là, enfin peut-être…

Années d’études

Sous la surveillance d’un papa très regardant sur les études, les années 90 ont été celles du Collège et Lycée. Elle s’y applique. En 1999, elle a réussi avec brio son baccalauréat scientifique série D dans le réputé Collège du Sacré Cœur de N’Djaména, tenu par les rigoureuses sœurs religieuses. En 2001, elle part poursuivre ses études à Lomé, au Togo où elle décroche son Diplôme de Technicien supérieur (BTS) en Finance et Banque à l’Institut d’Administration et des Études commerciales (IAEC).

Elle ne semble pas totalement satisfaite, et choisit d’aller se perfectionner au Maroc. Elle approfondit ses études en finances et en comptabilité au réputé Institut du Génie Appliqué (IGA) de Rabat au Maroc en 2003. À la fin de ses études, c’est le retour au pays où elle entame plusieurs stages notamment à la prestigieuse Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC).

Mariage et vie professionnelle

Les années 2000 sont marquées par le début de la vie professionnelle. En novembre 2003, c’est son premier véritable emploi. Elle intègre la Haute Fonction publique. Elle est nommée chef comptable du Ministère de la Santé dans le projet de Renforcement du Système de Santé et d’Appui à la Lutte Contre le VIH SIDA et les Maladies Epidémiques (PRSSALVSME). Elle fait bien son boulot.

Le 2 octobre 2005, elle épouse M. Idriss Deby Itno, Président de la République. Elle y chemine avec lui jusqu’au Maréchalat sous les critiques et courroux des uns et l’admiration des autres.

Première Dame et Dame de cœur, disent certains. Première Dame et Dame accaparante disent d’autres. Hinda marque de son style sa position de Première Dame comme il ne l’a jamais été dans ce pays. Elle veut incarner et moderniser cette fonction dans une société tchadienne qui oscille entre le conservatisme patriarcal passéiste de certains hommes et la forte envie d’émancipation de jeunes femmes. Une société tchadienne qui voit tantôt d’un mauvais œil ses actions, tantôt d’un œil écarquillé d’envie les actes de cette jeune dame qui bouscule presque tous les codes.

Elle commence ses actions au protocole de la Présidence. Elle recadre tout, redresse tout, met de l’ordre et remet tous les visiteurs du soir au pas. Le Palais Rose, c’est le Palais. Tout doit obéir à des normes.

Ensuite, elle déblaie l’entourage forte de son autre titre et poste de Secrétaire particulière du Président. Pour elle, le Palais doit cesser de ressembler à un souk où parents, amis, courtisans se pavanent toute la journée. Et où on ne sait pas qui est qui? Et qui fait quoi? Elle y tient, fonce parfois avec douceur souvent avec autorité. Elle réussit à remettre de l’ordre.

Aussi, beaucoup des Tchadiens l’applaudissent et ne jurent que par elle. Plusieurs la détestent et mettent tous les maux du pays sur ses frêles épaules. Le 9 mars 2011, elle reçoit le Trophée de meilleure Première Dame de l’année. Une distinction décernée par le Groupe Prestige Communication pour le rôle important qu’elle joue dans la vie de la nation tchadienne par l’écoute des besoins des Tchadiens. 

En janvier 2012, elle lance son vaste Plan d’Action pour l’élimination de la transmission mère-enfant du VIH et en faveur de la Santé de la reproduction (SR). Un Programme qui a reçu l’approbation des Partenaires techniques et financiers. Entre autres : l’UNICEF, l’UNFPA, l’OMS, ONUSIDA, OPDAS.

En novembre 2012, elle est désignée par ses consœurs de l’organisation féminine du Mouvement patriotique du salut (OPF/MPS) comme Présidente d’honneur de l’organisation des femmes du MPS.

En mai 2013 à Addis-Abeba, Hinda est élue à l’unanimité par ses sœurs, Premières Dames d’Afrique, Présidente de l’Organisation des Premières Dames d’Afrique, engagée et solidaire dans la lutte contre la pandémie du VIH/SIDA dénommée OPDAS. Depuis, elle est triple marraine de la Campagne pour l’Accélération de la Réduction de la mortalité maternelle et néo-natale en Afrique (CARMMA), des violences basées sur le genre (VBG) et de la lutte contre la fistule obstétricale. Hinda s’engage dans toutes les luttes des femmes tchadiennes. Elle pince son époux et le pousse à proposer et entériner l’égalité et la parité homme-femme. Elle est dans la lutte pour la scolarisation des jeunes filles, dont celle pour la mobilisation et la conscientisation des sages-femmes pour une saine maternité, etc. Elle est partout sur le front des causes féminines, voire féministes.

Œuvres

En janvier 2017, la Première Dame crée alors la Fondation Grand Cœur (FGC) pour le Bien Être Social et de Développement avec pour mission : lutter contre les inégalités sociales, rechercher le bien-être des populations, le développement, l’encouragement du mérite et la promotion de l’excellence.

La FGC intervient aussi dans la prévention des conflits et des catastrophes, l’assistance humanitaire et la lutte contre l’indigence, l’appui aux activités socio-économiques des groupements féminins et des jeunes, la prévention et la lutte contre les pratiques sexuelles à risque et la violence sexuelle ainsi que celle basée sur le Genre.

Pour ses adversaires, Hinda s’accapare de tout pour sa Fondation. Pour ses amis, seuls les résultats de ses œuvres comptent. « Et ils retentissent au-delà des frontières du pays », selon les membres de la FGC. Pour eux, en moins de 5 ans d’existence, il y a : des caravanes médicales d’ophtalmologues qui sillonnent le pays et redonnent la vue à des milliers des Tchadiens, des vivres sont distribués aux démunis, des caravanes médicales d’opération de thyroïdes et la prises en charge des enfants atteints de malformations congénitales à travers le Tchad, acheminements d’imminents médecins au Tchad et leur incorporation dans les caravanes médicales pour des opérations complexes etc.

Enfin, son apparition à la cérémonie, vêtue en blanc comme une fée marchant vers son mari, debout dans sa tenue de Maréchal a donné au Président et à la cérémonie une touche plus humaine tellement l’évènement était codifié. Là aussi, Hinda a bousculé les habitudes très figées laissant certains s’occuper de son accoutrement jusqu’à ses accessoires, comme s’il fallait qu’elle se présente en guenille, un « gouf faa » à la main. Au-delà de la partisanerie, n’est-elle pas la Première Dame d’un grand pays ? Bref, elle félicite son mari avec une attention complice. Les deux sont tout souriants de joie. Ils sont aux anges, au sommet de leur gloire. C’était en direct à la télévision nationale, sous le regard médusé de certains téléspectateurs et approbateurs des autres. Cette apparition renvoyait l’image d’une jeune Première Dame venue réclamer aussi une part de ce Maréchalat. Comme pour dire qu’elle est une partie du Premier Maréchal d’un pays si conservateur, si patriarcal. Elle a choisi sciemment de ne pas être invisible. Et de ne pas se taire. Comme quoi, derrière un Maréchal, il y’a toujours une Maréchale.

Bello Bakary Mana

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