samedi 25 septembre 2021

Indépendance et « Maréchalat »

Written by  Aoû 11, 2020

Donc le Tchad fête sa 60e année d’indépendance ce 11 août 2020. 60 ans ce n’est pas rien. C’est toute une vie faite des moments de bonheur et des moments de tristesse. 60 ans dans la vie d’un homme ou d’une femme, c’est l’âge du début de sagesse, de repos et de bilan de vie. Quel bilan pour ce pays? Positif ou négatif? Que dire sur le passé. Qu’avons-nous fait du présent? Pouvons-nous évoqué le futur le cœur apaisé?

Positif, parce que le Tchad existe dans ses 1. 284. 000 km carré. Il est encore entier. Ceux qui ont assisté le 11 août 1960 aux célébrations de cette indépendance étaient certainement heureux. Le bonheur simple de s’être débarrassés du système colonial et des colons qui les asservissaient dans leur propre pays. « Enfin libres, enfin nous avons notre destin en mains », doivent-ils se dire. Ne serait-ce que cela, c’est déjà positif. C’est déjà un accomplissement. Un bonheur immense. Cette liberté est une conquête sans prix.

Négatif, parce que la moitié de 60 ans nous les avons passés à se faire la guerre. Oui la guerre entre nous. Beaucoup de destruction. Beaucoup de retard. Beaucoup de rancune. Beaucoup de rancœur et des déchirements. Seuls le temps et la volonté de chacun de nous ont commencé à effacer cela depuis quelques deux décennies. Seules nos valeurs de solidarité, d’hospitalité et de pardon ont commencé à gommer cela. On ne peut parler du présent sans évoquer le passé. Sauf que le Tchad est un pays singulier. Son présent se résume aussi à cela : jusqu’aujourd’hui, les historiens tchadiens n’ont pas restitué dans des manuels un récit national. Nous n’avons presque pas un récit national. La guerre peut constituer un chapitre de notre récit national, mais pas notre guerre fratricide. Triste. Négatif.

Peut-être, la guerre contre l’occupant libyen, le coup de main militaire chez nos voisins, nos victoires sportives même si elles sont très peu, les succès de nos artistes, de nos écrivains, etc. Mais même cela est trop peu. Parce que nous avons passé trop de temps à nous faire la guerre.

Quoi qu’il en soit, il y a mille raisons de célébrer notre indépendance.  Chacun à sa façon. La célébrer parce que le pays existe. C’est déjà un acquis inestimable. Il n’est plus cet État Néant.

Comment évoquer le futur dans le Tchad d’aujourd’hui ? C’est un exercice difficile. Les malins diront qu’il sera radieux. Les réalistes diront que cela sera dur. Les pessimistes diront que cela sera l’enfer. Tous ont raison d’avoir à moitié tort. L’autre moitié appartient à demain. Et demain est une espérance infinie…

Bonne fête Tchadiens (nes)!

Donc en ce 11 août est aussi, officiellement, la date de l’élévation à la dignité de Maréchal de l’actuel Président de la République, Idriss Deby Itno. Pourquoi avoir choisi cette date? Pourquoi a-t-il accepté cette distinction? Le mérite-t-il?

D’abord, Maréchal n’est pas un grade. C’est une distinction sur des faits d’armes. Maintenant, couplé la date de l’élévation à cette distinction de Maréchal avec le jour de l’indépendance du pays n’est pas très brillant. Pas pour être contre, simplement il faut prendre un jour pour fêter notre anniversaire. On ne naît qu’une fois, qu’un seul jour. Et ce jour nous appartient. Le 11 août devrait être consacré seulement à la naissance du pays du Tchad. A son existence comme pays libre et souverain.

Ensuite, dans son entretien avec Alain Foka de Radio France Internationale (RFI), dès l’entame le journaliste a posé une excellente importante question au Président : pourquoi Maréchal? En avez-vous besoin, M. le président? Autrement dit, notre Maréchal est déjà président. C’est le sommet de la hiérarchie. Grosso modo, la réponse du Maréchal Président Deby Itno était : « …je suis un soldat et je n’ai rien demandé. Ce sont les parlementaires qui en ont décidé ».

Enfin, cette réponse est une esquive ou une vérité? Les deux à la fois. Si Deby Itno était resté soldat, oui par ses faits d’armes peu de personnes allaient lui contester cette distinction pour service rendu.

Mais voilà, il est Président. Il n’avait pas besoin d’un titre de plus. Fut-il une distinction militaire. Cette distinction semble un peu le « Mobutiser » mais Deby Itno n’est pas Mubutu. Il est Deby Itno mais Maréchal quand même.

Bello Bakary Mana

  1. Arts & Culture
  2. Musique
  3. Mode-Beauté

Vos Annonces sur votre site Ialtchad Presse

Votre Publicité sur Ialtchad Presse