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Pétrole : quelques dates de l’histoire du pétrole tchadien2

Nov 22, 2019

Les recherches pétrolières ont commencé au Tchad en 1962 mais c’est en 1969 que le pétrole tchadien a été découvert par la compagnie américaine CONOCO.

L’histoire du pétrole tchadien est une longue histoire. Elle est marquée par le gigantesque projet de construction du pipeline Tchad- Cameroun un projet exemplaire d’intégration régional entre le Tchad et le Cameroun. Le projet a été regroupé plusieurs partenaires, le gouvernement tchadien, le gouvernement camerounais, le consortium constitué d’ESSO l’opérateur, Chevron et Pétronas notamment la Banque mondiale qui a joué un rôle de catalyseur en accompagnants le Tchad et le Cameroun dans le suivi dudit projet. Le projet de mise en valeur du pétrole tchadien a connu une longue période de maturation émaillée de débats houleux qui ont opposé les partisans de l’exploitation inconditionnelle du pétrole et les partisans du moratoire conduits par la société civile , les ONG et autres associations. Après plusieurs débats à l’intérieur et à l’extérieur du pays, la Banque mondiale dirigée à l’époque par l’Australien, James Wolfeshon avait décidé de donner son accord pour le financement du Projet. Le 18 octobre 2000, Idriss Déby Itno reçoit à Komé son homologue Paul Biya au cours d’une cérémonie grandiose qui marque le lancement des travaux de constructions des installations de surface et du pipeline Tchad-Cameroun. A Komé les différents représentants des parties impliquées dans le projet se succèdent au micro pour mettre l’accent sur l’importance de ce projet pour le développement du Tchad. Du haut de la tribune, le président Déby s’engage solennellement devant les partenaires de faire de faire du pétrole une manne pour le développement du Tchad.

 Le 20 octobre 2000, Paul Biya accueille à son tour son homologue Idriss Déby Itno à Kribi où le pipeline transportant le pétrole tchadien va terminer sa course dans le terminal flottant à 12 kilomètres de Kribi dans l’océan atlantique pour les marchés internationaux. A Kribi, la fête double d’intensité dans une grande cérémonie où se brassent tchadiens et Camerounais. Paul Biya se réjouit de la coopération exemplaire entre le Tchad et le Cameroun et magnifie ce projet qui va offrir des opportunités d’affaires et d’emplois au Camerounais. Il demande aux Camerounais de manifester leur gratitude au Tchad qui a bien voulu que le pipeline traverse le Cameroun. D’une durée de deux ans, les travaux herculéens de construction des installations de surface et du pipeline se terminent avant le délai. Le 2 octobre 2003, le premier chargement du pétrole tchadien se déroule à Kribi au terminal flottant en présence d’une délégation tchadienne et des autres partenaires.

 Le 10 octobre 2003 c’est l’apothéose Komé 5 où le président Idriss Déby Itno ouvre de vanne en laissant éclater sa joie en brandissant les deux bras en l’air en signe de victoire. Le 1 juin 2004 c’est une manifestation à Kribi à lo’occasio de l’inauguration du terminal. Paul Biya reçoit Déby, Blaise Campaoré, Bozizé, Théodoro Obiang Guéma. Mains dans les mains en l’air, les six présidents passent devant une foule impressionnante avant de prendre place à la tribune officielle. Paul Biya et Idriss Déby Itno se succèdent au micro en magnifiant les relations  entre les deux pays et soulignant l’importance du pipeline dans la vie économique des deux pays. Se tournant vers Idriss Déby, Paul Biya, tout souriant dira : « Ce qui est bon pour le Cameroun est bon pour le Tchad ».

L’ouverture de la vanne à Komé 5 et l’inauguration du terminal de Kribi marquent la fin de ce long feuilleton qu’a été le projet pétrole pipeline Tchad-Cameroun, un long feuilleton à plusieurs épisodes où se sont nouées et dénouées les intrigues et les maneouvres de sabotage.

Avec la construction du pipeline Tchad- Cameroun, idriss Déby Itno et PauL Biya ont marqué l’histoire de leur pays car la construction  du pipeline Tchad-Cameroun a été une œuvre gigantesque réalisée grâce à la volonté et à la détermination des deux présidents. Face aux assauts de la coalition des ONG et de société civile les deux hommes ont su garder leur calme et sont restés de bout à bout attentifs aux observations de ces ONG et de la société civile qui les ont aidé à réajuster le projet pour le rendre crédible devant les partenaires et surtout devant la Banque mondiale qui financé le projet dans la partie tchadienne et dans la partie camerounaise.

 

Quelques dates de l’histoire du pétrole tchadien

1962-1965 : Une compagnie française, le Bureau de Recherches pétrolières entreprend des recherches  dans le Nord du pays mais les autorités françaises affirment qu’il n’y a pas du pétrole au Tchad.

1965-1967 : L’ORSTOM, un institut français de recherche fit des explorations qui s’avèrent également infructueuses.

1969 : Une compagnie américaine, la CONOCO (Continental Oil Compagny) obtint des permis de recherches et entreprend des travaux qui se révèleront fructueux au sud du pays. Détentrice du permis de recherche à 100%, CONOCO  mène une vaste campagne de recherche en avion, en hélicoptère au-dessus du lac-Tchad, de Doba, et du Salamat en passant par Sarh. Dès 1971, la société hollandaise, Shell, entre en scène avec 50% des parts.

 Septembre 1973 : Le premier puits de pétrole est creusé dans la région de Doba par la société américaine Conoco.

18 décembre 1973 : Inauguration du premier puits de pétrole à Nya, près de Doba par le président Ngarta Tombalbaye. A cette occasion, il a déclaré : « Nous souhaitons que le tout premier forage soit fructueux en montrant la richesse de notre sol. La réalisation de cette espérance, nous permettrait de poser les jalons de plus en sûrs en faveur de notre développement ».

1974 : Entrée de Chevron dans le consortium en prenant 25% des parts de Conoco.

1975 : découverte du gisement de Séduigui. Les premières études ont montré la viabilité économique du gisement, mais sa taille ne permet qu’une consommation locale.

1976 : Une autre compagnie américaine, Esso, fait son entrée dans le, consortium en prenant 12,5% des parts de Conoco. Le consortium est ainsi constitué comme suit : Shell : 50%, Conoco : 12,5%, Chevron 25 :25%,Esso :12,5%.

1977 : Esso rachète 12,5% de Shell et prend la part de Conoco pour se retrouver avec 35% comme Shell.

1978 : le dossier du projet de construction de la raffinerie de Farcha est pratiquement bouclé.

1979 : Guerre civile, Conoco se retire et arrêt des activités dans le secteur pétrolier.

1982 : Hissein Habré arrive au pouvoir. Le dossier d’exploitation du gisement de Sédigui est ressorti du placard mais les principaux acteurs estiment que les conditions ne sont pas réunies. Les prospections par contre continuent, mais il n’y avait presque pas d’information sur le sujet.

1988 : Le gouvernement tchadien et Esso signent une convention de recherches d’exploitation et de transport des hydrocarbures.

1988 : Esso réalise des études supplémentaires qui mettent en évidence la viabilité économique du gisement de Sédigui qui peut répondre à la demande de la consommation locale en produits pétroliers et en électricité.

1982 : Chevron quitte le consortium et est remplacé par Elf, une compagnie française. Le consortium est constitué de Exxon - Shell - Elf. Les négociations se poursuivent discrètement et l’implication de la Banque mondiale dans le projet commence à se préciser.

30 juillet 1992 : signature entre le consortium pétrolier, le Tchad et le Cameroun, de la lettre d’intention de construire un pipeline qui servira à l’évacuation du brut tchadien à travers le Cameroun.

14 janvier 1994 : signature du protocole d’accord par lequel, le Tchad, le Cameroun et le consortium, énoncent des principes directeurs à prendre en compte pour la réalisation du tronçon camerounais du système de transport des hydrocarbures par pipeline.

8 février 1996 : signature d’un accord bilatéral entre le Tchad et le Cameroun pour la construction d’un pipeline. On sent l’implication des ONG dans la réalisation des actions tendant à atténuer les effets négatifs du projet sur la population et l’environnement.

5 août 1996 : promulgation de la loi 96/13 ratifiant l’accord bilatéral Tchad-Cameroun.

= promulgation de la loi 96/14 portant régime de transport par pipeline à travers la République du Cameroun des hydrocarbures en provenance des pays tiers.

1998 : révision de la Convention de 1888 entre le consortium et le gouvernement du Tchad. Dans la nouvelle convention, le projet de Doba et le projet de Sédigui sont liés.

8 novembre 1999 : retrait d’Elf et de Shell du consortium au motif que les gisements gaziers et pétroliers au large de l’Angola sont plus rentables, le groupe Exxon lui, réaffirme son intérêt pour le projet et s’engage à trouver des nouveaux partenaires.

9 novembre 1999 : séparation du projet de Sédigui  de celui de Doba.

16 novembre 1999 : manifestation à N’Djaména pour protester contre le retrait de Elf. Le Tchad accuse la France de lui avoir porté un mauvais coup. Le drapeau français est brûlé à cette occasion

03 avril 2000 : reconstitution  du consortium. Exxon-Mobil 40%(groupe américain), Pétrona (société malaisienne) 35% et Chevron pétrolière (société américaine)25%.

6 juin 2000 : Approbation par le Conseil d’Administration de la Banque Mondiale du projet d’exportation tchadien, dans une formule sans précédent, destinée à «faire directement profiter les déshérités, les vulnérables et l’environnement de la manne pétrolière ».

18 octobre 2000 : cérémonie de lancement officiel des travaux de construction du pipeline Tchad-Caméroun à Komé présidée par les  présidents Idriss Déby Itno et Paul Biya.

20 octobre 2000 : Cérémonie de lancement officiel des travaux de construction du pipeline à Kribi au Cameroun.

10 octobre 2003 : ouverture de la vanne du pétrole à Komé 5 par le président Idriss Déby en présence de certains de ses pairs africains.

Comme on peut le constater à travers les diverses dates, l’histoire du pétrole tchadien est un véritable feuilleton palpitant à plusieurs épisodes où se nouent  et dénouent les intrigues. Il a fallu la détermination et la persévérance des dirigeants tchadiens pour faire jaillir le pétrole tchadien. Avec le président Idriss Déby Itno, le projet d’exploitation du pétrole tchadien est passé du rêve à la réalité après 10 ans de débats houleux entre les inconditionnels de l’exploitation du pétrole et les partisans du moratoire qui voulaient avoir toutes les garanties de la gestion transparente des revenus pétroliers avant que le pétrole ne jaillisse. La Banque mondiale a donné son accord pour le financement du projet, a joué un rôle très important dans la mise en valeur du pétrole tchadien. Les Tchadiens doivent lui en savoir gré même si la bonne gestion des revenus pétroliers ne fait pas l’unanimité. Ce n’est pas la faute de la Banque mondiale qui s’était montrée très exigeante à ce sujet.