mercredi 16 juin 2021

Entrevue Exclusive : Khayar Oumar Defallah

Written by  Juil 15, 2010

Khayar Oumar Defallah est un enseignant et écrivain. Il a aussi occupé de hautes fonctions administratives et politiques telle que celle de Ministre de la culture, jeunesse et des sports. L’auteur du “ fils du nomade”, un œuvre autobiographique, est aujourd’hui conseillé à la primature. Il nous a reçus à son bureau. L’éducation, la culture, son œuvre, ses projets, sont au menu de notre rencontre avec l’éducateur Khayar. Il s’est prêté sans détour à nos questions.

Ialtchad Presse : Qui est Khayar Oumar Defallah ?
Khayar Oumar Defallah : Je suis K.O.D. J’ai 65 ans. Je suis marié et père de 4 enfants. Je suis à la veille de ma retraite de l’Éducation nationale. Je suis présentement conseiller technique du Premier ministre chargé de la Culture, de la Jeunesse et Sports. Je suis héritier de parents nomades chameliers.

Ialtchad Presse : Le secteur de l’enseignement connaît des difficultés de tout ordre. Quelles sont-elles ?
Khayar Oumar Defallah : J’ai 38 ans de métier. C’est un domaine où on ne peut pas tricher. Il faut l’aimer pour le faire correctement. Il est délicat. Dieu merci j’ai choisi parmi tant de professions celui d’être enseignant. Je l’ai fait avec dévouement malgré les contraintes liées à son exercice.

Ialtchad Presse : On parle de manière récurrente de baisse de niveau et de décrochage scolaire. À qui la faute ?
Khayar Oumar Defallah :
La querelle autour de la baisse de niveau est aussi vieille que l’école. Tout le monde est coupable : les enseignants, l’État, la formation des formateurs etc.

Ialtchad Presse : Quelle place occupe la Culture et l’Éducation au Tchad ?
Khayar Oumar Defallah : Le budget de l’Éducation Nationale est un des plus gros. Cet effort consenti par l’État ne permet pas permet pas, à bref échéance d’atteindre, l’objectif de l’Éducation pour tous. Une éducation de qualité pour former une élite intellectuelle qui pourra préserver les intérêts vitaux du pays face à ce monde de concurrence et de compétence qui entoure notre fragile Tchad.

La culture est devenue le cinquième roué qui ne sert que lorsque la voiture Tchad tombe en panne. L’artiste, le créateur est marginalise. Savez-vous plusieurs de nos instruments musicaux, surtout ceux qui fonctionnent aux vents, ne peuvent plus être joués faute de relève. Les jeunes ne veulent pas être indexés comme “griots”. Ce phénomène s’amplifie. Regardez l’âge de ceux manient ces instruments lors des cérémonies traditionnelles. Pourquoi cela ? Parce qu’au pays le griot et l’artiste ont une mauvaise image. Alors qu’il est indispensable, plus qu’indispensable d’introduire l’enseignement artistique à tous les niveaux dans nos écoles. Avant cela, il est important de créer des écoles pour les formateurs et les professeurs d’art. L’objectif est de pérenniser notre culture.

Ialtchad Presse : Que retenir de votre ouvrage “Fils de nomade” ?
Khayar Oumar Defallah : De cet œuvre, il faudra retenir le message suivant : apprendre chaque jours de la diversité de mon pays. Un citoyen se construit sur des bases philosophiques très simples. Il se doit de développer le savoir-vivre, le respect, la tolérance, la solidarité, l’écoute de l’autre et le pardon. Je profite toujours des instants qui passent pour observer et écouter ceux qui m’entourent.

Ialtchad Presse : Dans cet ouvrage vous faite un plaidoyer pour l’éducateur. En quoi l’éducateur est différent de l’enseignant ?
Khayar Oumar Defallah : L’éducation est différent de l’enseignement. L’enseignant donne des notions alors que l’éducateur se donne une mission. Une sorte de sacerdoce. L’éducateur enseigne des notions, développe la curiosité de l’élève mais aussi son esprit critique, le savoir-faire, le savoir être et le savoir-vivre. Tout cela pour le préparer à être un citoyen utile à son pays. Par ses dires et ses faits et gestes inculquent des valeurs positives à ses élèves. Entre autres des valeurs : d’honnêteté, l’amour du travail bien fait et le don de soi pour être un agent de progrès pour soi-même et pour son pays.

Ialtchad Presse : Votre conviction, vous le dîtes “se former soi-même et former les autres”. Avez-vous le sentiment de l’avoir réalisé ?
Khayar Oumar Defallah : Je ne sais pas. Je ne peux me juger moi-même. Mais du fait que tous ceux que j’ai enseigné ont à différents niveaux (banques, administration, politique, organisations internationales) réussie une vie professionnelle. Encore aujourd’hui plusieurs me consultant pour l’orientation de leurs enfants. Je me dis que mon apport n’a pas été inutile.

Ialtchad Presse : Avez-vous des projets d’écriture dans les tiroirs ?
Khayar Oumar Defallah : Je travaille sur la suite du “Fils de nomade”. Il y a d’autres projets d’écriture en gestation et de participation à des films.

Ialtchad Presse : Que pouvez-vous nous dire de la politique actuelle au pays ?
Khayar Oumar Defallah :
Vous savez en politique 1 + 1 ne font jamais 2. Je suis un observateur attentif. Je constate comme plusieurs la pléthore des organisations politiques et les débats jusqu’ici civilises entre les acteurs. Je préfère bien sûr le débat d’idées que les armes. De mes observations et réflexions naîtront une pièce de théâtre ou un film.

Ialtchad Presse : Votre dernier mot. Qu’avez-vous envie de dire ?
Khayar Oumar Defallah : Il faut dire à notre jeunesse de continuer de croire en elle-même. Qu’elle doit croire en ses capacités, Ne pas se laisser décourager par les contraintes du moment. Permettez-moi de paraphraser Patrice Lumumba en affirmant ceci “l’avenir de notre pays sera beau. Il sera encore plus beau si chacun y apporte son intelligence et sa compétence”.

Propos recueillis par Moussa Yayami, Hamid

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