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Le Tchad, une République assassinée par les hommes politiques sans éthique

Written by  Oct 13, 2004

Les tchadiens sont désorientés et ont mal à la démocratie. Ce malaise comme cri de détresse et de désespoir des millions de tchadiens qui bravent chaque jour que Dieu fait soleil, chaleur, et autres intempéries à la recherche tout au moins du manger et du boire. 

Ce malaise comme cette chronique qui met à nue les nombreuses plaies qui nous pourrissent et nous rongent l’existence. Ces plaies ont pour noms : l’impunité au sommet de l’Etat, la grande corruption qui ronge l'appareil économique comme de l’acide sulfurique et engraisse une poignée d’individus qui s’enrichit illégalement et entraînant l’appauvrissement illégal d’une classe multitude, le développement de l’affairisme au sommet de l’Etat, la gestion unilatérale et opaque des ressources propres dans l’administration que dans les structures de l’Etat, les manœuvres frauduleuses dans l’attribution des marchés et commandes en causant d’importants préjudices financiers à l’Etat, la faible fiabilité d’une justice déjà engagée-expéditive et discréditive, le manque d’éthique dans la pratique de la politique nationale, la légèreté et le laxisme dans la conduite des affaires coiffés par un népotisme flagrant, et le développement grandissant de l’insécurité.

Dans ces conditions, l’objectif démocratique s’éloigne de jour en jour tandis que les tchadiens sombrent dans la précarité.

Le Tchad depuis son accession à la souveraineté internationale est pris en otage par ses propres dirigeants qui ne sont pas en odeur de sainteté avec le peuple.

Il n’a connu que des Républiques Bananières où l’Etat a complètement démissionné avec une autorité parterre. Conséquence le pauvre peuple meurtri par des guerres d’usure est jeté dans la poubelle voire noyé dans la boue puante en l’étouffant. 

 Tous les espoirs sont enterrés même le vent de démocratisation qui a soufflé un peu partout dans le monde en l'occurrence en Afrique au début des années 1990, les tchadiens n'ont pas pu respirer correctement son air nonobstant le renversement de la sanglante et terrifiante dictature de HISSEIN HABRE.

En outre le plus alarmant, la conférence nationale souveraine tenue à N’Djamena du 15 Janvier au 7 Avril 1993 qui devrait redonner confiance au peuple et permettre l’avènement d’une nouvelle ère d’espoir et de stabilité a été un fiasco, une occasion ratée où l’intelligence a déserté le forum en faisant place à une médiocrité notoire. Cette médiocrité s’explique par le fait que nos chers illustres conférenciers se sont comportés comme des humoristes de mauvais goût en amusant la galerie et étalant leur talent dans un show avec un de flot de verbiage et de baratin creux. Ils ont systématiquement dénaturé ces assisses en les transformant en une tribune de règlements de comptes où aucune vérité n’a été dite. Alors qu’ils devraient nécessairement et copieusement établir un diagnostic sans complaisance des maux cruciaux dont souffrent note chère patrie la Nation-Tchadienne et en proposer des solutions adéquates pour y remédier.

En revanche, dans certains pays qui se respectent ces fameuses conférences Nationales ont été de véritables coups d’Etat civils où toutes les décisions sont respectées solennellement et les conclusions sont sanctionnées par diverses mutations dont la plus importante concerne la situation politique avec apothéose l’avènement de l’alternance démocratique très salutaire. C’est le dynamisme des hommes politiques de diverses sensibilités ainsi que des catégories socio-professionnelles et confessionnelles du pays qui a permis le succès d’un tel événement de par son originalité. Mais au Tchad le constat est amer les vieux des guerres fratricides ont repris avec plusieurs foyers de tensions en continuant de décimer la paisible population. Les responsabilités de cette négativité terrible se situent uniquement au niveau des acteurs de la vie politique, qui par manque d’options et de formations ont pour la plupart trahi le peuple puisqu’ils ont choisi de se prêter au jeu de la loi de l’espèce sonnante et trébuchante et de l’intérêt de classe. Aujourd’hui du fait de cette classe-là, les hommes politiques sont considérés comme des menteurs, des prostitués, des personnes sans parole donnée, « des personnes alitées » sans éthique.

En sus du comportement des politiciens on s’interroge sur l’existence d’une réelle opposition tchadienne digne de nom et capable de construire le renouveau démocratique tant souhaité et rêvé par le commun des tchadiens ?

En effet dans le contexte actuel force est de constater avec amertume qu’elle n’existe que de nom. Nos partis politiques en général sont des clubs électoraux et ayant à leur tête des chefs incontestés et incontestables. Et pourtant certains se réclament du social-démocrate. Après une succincte lecture des partis de l’opposition interne on observe un manque d'éthique, une maladresse autour d’eux. Pire encore ils prônent et encouragent, la discrimination, l’exclusion, le favoritisme, l’ethnocentrisme, le clientélisme.

L’essence d’une vraie opposition en principe réside dans son objectivité, son ambition à œuvrer pour la construction du pays et surtout dans l’éthique. Une opposition ne consiste pas exclusivement à s’opposer à un individu qui se trouve être l’adversaire mais plutôt à un système de mauvais augure qu’il faut combattre tout en étant d’abord représentatif sur le plan national. Et son credo doit être :" venir servir et non venir remplacer" car servir ses concitoyens est la plus noble des ambitions.

De plus le phénomène de la transhumance politique qui est monnaie courante dans cette opposition déchirée, divisée et évasive prouve combien de fois elle est absente.

Parlant des mouvements politico-militaires ou tout simplement l’opposition en exil dont les leaders sont en majorité des traîtres, des égoïstes, des hautains est moribonde, oisive et cauchemardesque. La trahison, les querelles intestines, le favoritisme, l’exclusion, le manque de cohésion dans la conduite des affaires, parfois une sorte de connivence déguisée avec le pouvoir en place sont les principaux maux qui les gangrènent, les affaiblissent et les conduisent vers encore plus de désolation et d’errance.

L’actualité qui défraie la chronique est le projet de la révision de la constitution du 31 Mai 1996 qui est voté par une majorité hyper écrasante de députés marqués à la culotte dans un parlement où se confondent opposition et mouvance présidentielle.

Cette constitution a été adoptée comme loi suprême de l’Etat et approuvée de manière formelle au vu et su du monde entier par un référendum. C’est un acquis du peuple. Une telle révision ne serait-elle pas un calcul politicien ou sa remise en cause ?

C’est vraiment de la pagaille d’y penser à toucher cette très jeune constitution malgré qu’elle renferme quelques insuffisances et contradictions comme toute œuvre humaine et qu’elle soit prévue par elle-même d’où viennent les velléités tonitruantes de cette révision si ce n’est des circuits d’intérêts ?

L’éminent constitutionaliste le Bâtonnier Maître Robert DOSSOU a relevé dans son allocution que deux types de révisions sont à distinguer fondamentalement l’une par voie conjoncturelle et l’autre par voie structurelle sans oublier celles qui sont d’ordre technique.

La seconde s’impose d’elle-même parce que les pensées évoluent dans le temps.

La première conjoncturelle n’est que pour faire plaisir aux chefs d’Etat pour leur éternisation au pouvoir ou la prorogation de leurs mandants qui sont constitutionnellement expirés. Ainsi une telle révision ne profite qu’au système en place en continuant de rouler le peuple dans la farine et s’accaparer massivement des richesses du pays et des fruits de la croissance économique. Donc le peuple tchadien doit être prudent parce que les révisionnistes par élan ont guetté des éléments très fébriles de révision structurelle pour glisser dans la constitution. Dans le contexte actuel où nous sommes à la phase informelle de la démocratie c'est-à-dire à l'apprentissage il est inconcevable et illégitime qu'on puisse parler d'une quelconque modification de la loi fondamentale. C'est de la pure stupidité de la part des dits partisans de s'accrocher fermement sur le principe de la légalité de la révision et en balayant du revers de la main celui de la légitimité soit par ignorance ou par insouciance vis à vis du peuple. Ne savent-il pas que vouloir défendre à tout prix le droit par le droit on risque de tordre le cou au droit et tomber une confusion épouvantable et ridiculisant. C'est une attitude politicarde qu'il faudrait bannir par tous les moyens et retenir qu'un vil profane du droit n'a pas un arsenal assez puissant pour soutenir le droit .Ainsi il leur est souhaitable de faire une consultation juridique ou d'avoir un minimum de culture juridique avant de soutenir le droit. Mais ce qui est suicidaire dans cette lignée figurent d'illustres juristes soit par ignorance ou par contrainte ou par pure opportunisme en recherchant ses propres intérêts. Ensuite comprendre qu'on ne légifère pas par de simples discours, conférences de presse ou interviews. Si on affirme et soutient que réviser est démocratique force est de remarquer qu'on s'éloigne radicalement du concept de la démocratie en oubliant qu'il est par excellence la dictature des lois qu'on applique avec élégance même celles les plus répressives. Ce comportement des révisionnistes est la résultante de leur acculturation démocratique. Par conséquent toucher à notre loi suprême c'est remettre en cause tout le processus démocratique en cours. Ces parties visibles de l'iceberg nous justifient l'incapacité des révisionnistes à prouver au peuple du bout des doigts l'incohérence d'un tel ou tel article qui ferait l'objet de perfectibilité si n'est par voie conjoncturelle ou pour des circuits d'intérêts.

En définitive il est à retenir que de la manière qu'on ne touche pas aux textes sacrés que sont l'EVANGILE et le CORAN, on ne saurait non plus à toucher, du moins comme à certains textes tels que la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme à laquelle notre constitution est comparable. Si aujourd'hui on ne peut pas reprendre cette déclaration qui pourtant ne dit rien pour condamner la Traite Négrière et la Colonisation alors ne toucher pas à cette constitution. Toutefois il en ressort qu'une éventuelle révision doit obéir à une périodicité de Trente (30) Ans soit l'équivalent du temps de sa gestion.

En dépit de tous ces maux, le TCHAD doit pouvoir sortir de cette situation chaotique et l'espoir doit renaître avec un grand optimisme puisqu'il doit y exister certainement des personnes vaillantes, intègres, et dignes pour gérer l'Etat afin redorer le blason démocratique et se hisser sur le podium des Etats normaux qui se respectent et ne baignant pas dans l'irrationnel, il urge alors de valoriser à nouveau la fonction politique au Tchad par la formation des personnes chargées d'animer la vie politique avec une vision durable d'une Économie au service de l'Homme. Cette valorisation doit passer nécessairement par:
    - l'exigence pour une qualification morale, sociale et technique de tout candidat à la fonction politique
    - l'interpellation de chaque citoyen afin qu'il travaille quotidiennement pour l'émergence d'une alternative véritable dans pays à travers le renouvellement qualitatif des hommes et femmes pour de nouvelles valeurs positives pour servir la nation
    - le suivi rigoureux des dispositions et des textes régissant la vie administrative et économique de notre pays.

    Notre pays doit reconquérir son droit à l'espérance et nous devons l'accompagner à franchir le cap : c'est un devoir de citoyen, c'est une exigence historique et c'est une mission engageante de conscience. Nous devrions trouver les moyens d'aller au-delà des péchés qui caractérisent notre classe politique et le mouvement démocratique dans notre pays et nous ancrer une fois durablement dans la réflexion et l'action au service du pays, du grand nombre et du nous-même.

    Ce qui soude les groupes et décuple leur efficacité ce n'est pas seulement les capacités intrinsèques de chacun de leurs membres, mais bien la mise en commun de leurs efforts et de leurs talents dans le cadre d'une vision partagée.

En l'élite politique doit être plus humble, plus tolérante et soucieuse du drame tchadien afin de faire prévaloir la primauté de l'intérêt général par rapport aux intérêts particuliers ou partisans ensuite la société civile qui se trouve être absente de la scène politique doit renaître activement en s'enracinant vivement dans la vie politique pour relever la patrie en cas de trébuchement............. Donnons-nous en partage une vision et une ligne pour le présent et l'avenir de notre pays.

Pour une Ligne Démocratique et Plus d'éthique.

NOURADINE MAHAMAT TAHER