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Encore une année qui s’en va pour le Tchad

Written by  Déc 20, 2004

Encore une année s’achève aussi pour notre pays ! Mais, encore une fois de plus, l’on n’aura pas noté d’avancée significative sur les plans politique, social et infrastructurel.

Sur le plan politique, le pouvoir en place continue à tout monopoliser : la présidence de la république et celle de l’Assemblée nationale, la primature et en bref, tous les postes clés de responsabilité depuis le plus haut sommet de l’Etat jusqu’au chef de village. Rien de mal à cela si le sens civique et citoyen pouvait être de mise à tous les niveaux ! Mais, ce qui constitue le menu quotidien de tant de citoyens tchadiens qui vivent justement et honnêtement du fruit de leur travail n’est que désolation croissante et même exponentielle. Cette désolation est tout naturellement imposée par l’incivisme notoire, endurci et par l’amateurisme qui caractérisent un grand nombre de ceux qui sont responsabilisés dans notre pays.

Je ne sais pas trop bien quel critère sous-tend la responsabilisation des personnes chez nous. Il me semble très original en tant qu’il échappe au bon sens. Plus on échoue, on détruit plus on est promu. Que sont devenus par la suite des personnes auxquelles l’on avait confié la gestion de la Cotontchad et de la Sonasut et qui les avaient bradées ? Non seulement elles n’ont pas été poursuivies par les services judiciaires à cause de leur appartenance au parti au pouvoir, mais à cause aussi de cette même appartenance et du bradage, elles ont été promues. Cet exemple n’est qu’un cas de figure du système qui parait désormais légal au Tchad.

Toujours sur le plan politique, le rapport entre le parti au pouvoir et les autres forces politiques de la société, en particulier l’opposition, est passé des accusations mutuelles à une opacité. Dans sa course pour modifier la Constitution afin de permettre à Deby de briguer un troisième mandat, le Mouvement Patriotique du « Salut » n’a pas voulu prendre en compte les suggestions de l’opposition pouvant permettre une bonne organisation des consultations électorales. D’où l’appel au boycott lancé par le Comité pour la Défense de la Constitution. Mais au sein de ce Comité, une voix se met en marge qui appelle la population à participer aux prochaines consultations électorales. Il n’est pas exclu que d’autres voix se détachent du Comité pour se joindre à elle le moment opportun. Aussi un des poids lourd de l’opposition qui opère en solitaire appelle-t-il, la population à voter. À qui le pauvre tchadien doit se fier ?  Les tchadiens dans leur ensemble, je me demande s’ils se sont déjà fiés une fois, à part les députés MPS, au parti au pouvoir. L’opposition, avec son incapacité à faire consensus autour d’un candidat énerve (sens étymologique) le peuple. Quel avenir, s’il en est un, pour le Tchad ?

Beaucoup de tchadiens parmi lesquels les étudiants avaient cru que l’exploitation du pétrole allaient changer du jour au lendemain leur condition de vie de façon générale. C’est ce qui a justifié leur mobilisation énergique en faveur de la réalisation de ce projet. Cet espoir s’avère maintenant un mirage macroscopique : le salaire des fonctionnaires continues à tomber de façon irrégulière ou à ne pas être payé sur des mois. Même situation pour les étudiants quant au versement de leur bourse. Les uns, pour se faire reconnaître le droit à la survie, arrêtent de travailler pendant des semaines. Et les autres, en plus de l’arrêt des activités, descendent dans la rue et organisent des casses pour attirer l’attention des gouvernants sur leur condition. Comment un pays peut-il aller de l’avant si, chaque fois, il faut cesser de travailler pour être payé ? Comment un pays peut-il être socialement stable si le voleur, le bradeur, l’incompétent reçoit des distinctions de toute sorte au détriment du travailleur consciencieux qui se voit imposer officiellement une sanction mortelle ? C’est triste, mais ainsi va le Tchad.

Cette sanction, il me semble que, les agents de l’ordre la ressentent jusque dans les os. Ils le font payer à la population par le racket, la violence à l’occasion soit de quelque contrôle à l’intérieur d’une agglomération soit au poste de contrôle sur des routes. Ce qu’ils oublient, c’est que leur concitoyen vive une situation identique à la leur. Mais il faut reconnaître qu’ils sont encouragés à exceller dans ces pratiques par l’impunité et par la complaisance même de l’autorité hiérarchique.

Au sujet des infrastructures, le Tchad est le pays le plus attardé en la matière. Il aura fallu attendre plus de quarante années d’indépendance pour que N’Djamena (la capitale) soit relié à l’une des principales villes par une voie bitumée. Encore aujourd’hui, pour aller d’une ville à l’autre, il est facile de perdre trois ou quatre jours en route pour un voyage qui aurait pu se faire en quelques heures. Le téléphone et l’électricité continuent à faire partie des objets de luxe. Les salles de classe sont pléthoriques tout simplement parce que le nombre des salles de classe disponible est très réduit ou par manque d’enseignants. - Des enseignants ! On note une grande carence dans les disciplines scientifiques dans nos collèges et lycées et cela dure depuis des années.

Une année passe et l’autre arrive dans une sorte de mouvement croissant, mais le Tchad, lui, ne veut pas rentrer dans ce mouvement naturel du temps ; il reste statique ou il fait le mouvement inverse. Où veut-il aller ? En tout cas, une histoire décroissante, personne n’en fera mémoire. Mais, tout n’est pas perdu. Il nous reste toujours la possibilité d’une véritable construction nationale à portée de nos mains par un usage plein d’humanité de notre volonté. Car notre gros problème réside dans le manque de volonté de changer, de changer nous-mêmes pour changer nos conditions, notre pays et son image.

Joyeux Noël et bonne année 2005 !

Christophe Koulyo